U HISTOIRE
les rosser à Rivoli, Lodi, Arcole, Millesîmo, et on te ne les lâche pas. Le soldat prend goût à être vainqueur. Alors Napoléon vous enveloppe ces généraux allemands qui ne savaient où se fourrer pour être à leur aise , les pelote très-bien, leur chippe quelquefois des dix mille hommes d'un seul coup en vous les entourant de quinze cents Français, qu'il faisait foisonner à sa manière. Enfin, leur prend leurs canons, vivres, argent.
DE LEMl'ERElH.
imiiiilions, tout ce qu'ils avaient de bon à prendre, vous les jette à l'eau, les bat sur les montagnes , les mord dans Tair, les dévore sur terre, et (es fouaille partout. Voilà des troupes qui se remplument, parce que, voyez-vous, TEmpereur, qu'était aussi un homme d'esprit , se fait bien venir de l'habitant , auquel il dit qu'il est arrivé pour le délivrer. Pour lors, le pékin nous loge et nous chérit, les femmes aussi , qu'étaient
m HISTOIRE DE LEMPEUEUR.
des femmes très-judicieuscfi. Fin tinale, en ventùse 90, qu'était dans ce temps-là !♦• mois (le mars d'aujourd'hui, nous étions acculés dans un coin du pays des marmottes; mais, après la campagne, nous voilà maîtres de l'Italie , comme Napoléon l'avait prédit; et au mois de mars suivant, en une seule année et deux campagnes, il nous met fMî vue de Vienne : tout était brossé. Nous avions mangé trois armées successivement ditterentes, et dégommé quatre généraux autrichiens, dont un vieux qu'avait les ch(>veux blancs, et qui a été cuit comme un rat dans les paillassons à Mantoue. Les rois demandaient grâce à genoux ! La paix était conquis(\
« Un homme aurait-il pu faire cela ?
Non. Dieu l'aidait, c'est sur. Il se subdivisionnait comme les cinq pains de l'Évangile , (ommandait la bataille le jour, la préparait la nuit , que les sentinelles le rayaient toujours aller et venir, et ne dormait ni ne mangeait. Pour lors, reconnaissinU ses prodiges, le soUlat te l'adoj»!*'
Lr< >i'iiliiirllc,^ 11' voyniciil loiijoiirs .illcr ri vrtiii
HISTOIRE DE LEMl'EREUU.
pour son père. En avant! Les autres à Paris , voyant cela , se disent : « Voilà un pèlerin qui paraît prendre ses mots d'ordre dans le ciel , il est singulièrement ra-
il r3«sonil)lo srs nioillnirs lapins
pable de mettre la main sur la FraiK »• : faut le lâcher sur TAsie ou sur l'Amérique, il s'en contentera peut-être ! » Ça était écrit pour lui comme pour Jésus-Christ. Le fait est qu'on lui donne ordre de faire faction en Egypte. Voilà sa ressemblance avec le tils de Dieu. Ce n'est pas tout. // rassemble aes meilleurs lapins, ceux qu'il avait particulièrement endiablés, et leur dit comme ça : « Mes amis , pour le quart d'heure , on nous donne l'Egypte à chiquer. Mais nous l'avalerons en un temps et deux mouvements, comme nous avons fiait de l'Italir. l^es simples soldats seront des princes (jiii auront des terres à eux. En avant! » Kri avant! mes amis , disent les sergents.
Et l'on arrive à Toulon, route d'Egypte Pour lors, les Anglais avaient tous leius vaisseaux en mer. Mais quand nous nous embarquons, Napoléon nous dit : « Us iw nous verront pas , et il est bon que vous sachiez dès à présent que votre général possède une étoile dans le ciel qui nous guide (^t nous protège! » Qui fut dit fut fait. En
Toulon, roule d'Égypl c.
IlISTOIKh
passant sur la nier, nous pnniDi.s Malt,ctnnme ^^ne orange pour le désaltérer <1«
sa soif de victoire, car c.'étail un lionuiu (jui ne pouvait pas être sans rien faire. Nous voilà en Ejjjypte. Bon. Là, autre consigne. Les Ej-yptiens, voyez-vous, sont des hommes f[ui , depuis (jue le monde e^i
DE L'EMPEKiaR iî
monde , ont coutume d'avoir des géan(s pour souverains, des armées nombreuses ( omme des fourmis; parce que c'est un pays de génies et de crocodiles , où l'on a bâti des pyramides grosses comme nos montagnes, sous lesquelles ils ont eu Tima^ination de mettre leurs rois pour les conserver frais, chose qui leur plaît gêné ralement. Pour lors, en débarquan! , le l)etit caporal nous dil : « Mes enfants , les pays que vous allez conquérir tiennent à un tas de dieux qu'il faut respecter, parce (jue le Français doit être Tami de tout le monde, et battre les peuples sans les vexer. Mettez-vous dans la coloquinte de ne toucher à rien , d'abord , parce que nous aurons tout, après! Et marchez ! «Voilà qui va bien. Mais tous ces gens-là auxquels Napoléon était prédit, sous le nom de Kébir- Bonaberdis, un mot de leur patois qui veut dire: le sultan fait feu, en ont une (X'uicomme du diable. Alors le (irand-Turc , l'Asie , l'Afrique, ont recours à la magie , et nous envoient un fh'Muon , no?um('' le
'jî HLSTOIRK
.^fftt;, sovpçnnn é iVvtrc descendu du ciel
s(ir lin clioval (jni t'tait , ('omm<; son niaîtio, incombustihlo au l)onlot , et (\u\ Ions doux vivaient de Tair du temps. Il y en a ([ui l'ont vu ; mais moi je n'ai pas de raison pour vous en faire certains. C'étaient les puissances de l'Arabie et les Mamelucks <|ui voulaient faire croire à leurs troupier^
DK L'EMPEREUR.
qiio le iMody était capable de les emj)ôchf*r (le mourir à la bataille, sous prétexte qu'il était un 'du^e, envoyé pour combattre Napoléon et lui prendre le sceau de Salomon, un de leurs fourniments à eux, qu'ils prétendaient avoir été volé par notre général. Vous entendez bien qu'on leur a fait faire la (jrimaee tout de même.
'il. HISTOIRE
«Ha cil, dites-moi (roii ils avai«^nl su le pacte fie Napoléon? Etait -ce naturel ?
« Il passait [)our certain dans leur « ;^prit ({u'il commandait aux génies , et se transportait en un clin d'œil d'un lieu à un autre, comme un oiseau. Le fait est (pril ('tait partout. Entin, qu'il venait leur enlever une reine, belle comme le jour, pomlaquelle il avait otiert tous ses trésors et des (iiamants gros comme des œufs de pigeon . marché que le Mameluck dont elle était la particulière, quoiqu'il en eût d'autres, avait n^fusé positivement. Dans ces termes-là, les affaires ne pouvaient donc s'arranger qu'avec beaucoup de combats. Et c'est ce dont on ne s'est pas fait faute , car il y a eu des coups pour tout le monde. Alors nous nous sommes mis en ligne à Alexandrie , à Giseb et devant les Pyramides. Il a fallu marcher sous le soleil , dans le sable , où les gens sujets d'avoir la berlue voyaient des eaux dont on ne pouvait pas boire , et de l'ombre que ça faisait suer. Maix nmix mon-
DE LEMl'EHEl li 'iT
geun< le Mamcluclc à iordinturc. et lout
plie à la voix de Napoléon , (|iii seniparr de la haute et basse Egypte , TArabie , entin jusqu'aux capitales des royaumes qui n'étaient plus, et où il y avait des milliers de statues , les cinq cents diables de la nature, puis, chose i)articulière , unr nifiuii(
de lézards, un tonnerre de pays où chacun pouvait prendre ses arpents de terre, pour peu que ça lui fût agréable. Pendant qu'il s'occupe de ses affaires dans Tintérieur, où il avait idée de faire des choses superbes , un institut rempli de savants, et des manufactures de tout, les Anglais lui brûlent sa flotte à la bataille d'Aboukir, car ils ne savaient quoi s'inventer pour nous contra-
rier. Mais Napoléon , qui avait Testinie de rOrient et de l'Occident, que le pape l'appelait son tils , et le cousin de Mahomet , son cher père , veut se venger de l'Angleterre et lui prendre les Indes, pour se rem • placer sa flotte. Il allait nous conduire en Asie, par la mer Rouge, dans des pays où il n'y a que des diamants, de l'or, pouifaire la paye aux soldats, et des palais pour étapes , lorsque le Mody s'arrange avec la peste et nous l'envoie pour interrompre nos victoires. Halte ! Alors tout le monde défile à c'te parade d'où l'on ne revient pas sur ses pieds. Le soldat mourant ne peut pas te prendre Saint-Jean-d'Acre, où l'on est entré trois fois avec un entêtement généreux et martial. Mais la peste était la plus forte , il n'y avait pas à dire : Mon bel ami ! tout le monde se trouvait très-malade. Napoléon seul était frais comme une rose, et toute l'armée l'a vu buvant la peste sans que ça lui fit rien du tout.
« Haçà, mes amis, croyez-vous que c'était naturel?
ÔO HISTOIRE
a Les Mamelucks , sachant que nous étions tous dans les ambulances , veulent nous barrer le chemin ; mais, avec Napoléon, c'te farce-là ne pouvait pas prendre. Donc ildit à ses damnés, à ceux qui avaient le cuir plus dur que les autres : — « Allez me nettoyer la route. » Junot, qu'était un sabreur au premier numéro, et son ami véritable , ne prend que mille hommes, et vous a décousu tout de même Tarmée d'un pacha qui avait la prétention de se mettre en travers. Pour lors nous revenons au Caire, notre quartier-général. Autre histoire. Napoléon absent , la France s'était laissé détruire le tempérament par les gens de Paris qui gardaient la solde des troupes, leur masse de linge, leurs habits , les laissaient crever de faim et voulaient qu'elles fissent la loi à Tunivers, sans s'en inquiéter autrement. C'étaient des imbéciles qui s'amusaient à bavarder au lieu de mettre la main à la pâte. Et donc nos armées étaient battues , les frontières de la France entamées : l'homme n'était plus là. Voyez-vous
DK L'EMPEREUR.
je dis l'homme parce qu'on Ta appelé coniine ça, mais c'était une bêlise , puisqu'il avait une étoile et toutes ses particularités : c'étaient nous autres qui étions les hommes î Il apprend l'histoire de France après sa fameuse bataille d'Aboukir, où , sans perdre
plus de trois cents hommes , et avec une seule division , il a vaincu la grande armée des Turcs, forte de vingt-cinq mille hommes , dont il a bousculé dans la mer plus d'une grande moitié, rrah ! Ce fut son dernier coup de tonnerre en Egypte. Il se dit, voyant tout perdu là-bas : — «Je suis le sauveur de la France, je le sais , faut que j'y aille. » Mais comprenez bien que l'armée n'a pas su son départ , sans quoi on l'aurait gardé de force pour le faire empereur d'Orient. Aussi nous voilà tous tristes, quand nous sommes sans lui, parce qu'il était notre joie. Lui laisse son commandement à Kléber, un grand mâtin qu'a descendu la garde , assassiné par un Egyptien qu'on a fait mourir en lui mettant une baïonnette dans le derrière, qui est la manière de guillotiner dans ce pays-là; mais ça fait tant soutfrir qu'un soldat a eu pitié de ce criminel, il lui a tendu sa gourde : et aussitôt que l'Egyptien a eu bu de l'eau, il a tortillé de l'œil avec un plaisir infini. Mais ne nous amusons pas à cette ba-
gatelle. Napoléon met le pied sur une coquille de noix , un petit navire de rien du
yt HISTOIRE
tout qui s'appelait la Fortune, et, en un clin d'œil, à la barbe de l'Angleterre qui le bloquait avec des vaisseaux de ligne, frégates et tout ce qui faisait voile, il débarque en France, car il a toujours eu le don de passer les mers en une enjambée.
« Etait-ce naturel?
« Bah ! aussitôt qu'il est à Fréjus, autant dire qu'il a les pieds dans Paris. Là, tout le monde l'adore; mais lui, convoque le gouvernement. Qu'avez-vous fait de mes enfants les soldats? qui dit aux avocats ; vous êtes un tas de galapiats qui vous fichez du monde , et faites vos choux gras de la France , Ca n'est pas juste, et je parle pour tout le monde qu'est pas content! Pour lors ils veulent babiller et le tuer, mais minute! il les enferme dans leur caserne à paroles , les fait sauter par les fenêtres, et vous les enrégimente à sa suite, où ils deviennent muets comme des poissons , souples comme des blagues à tabac. De ce coup, passe consul ; et, comme ce n'était pas lui qui pouvait douter de
l'Etre-Supi'ènie , il remplit alors sa promesse envers le bon Dieu , qui lui tenait sérieusement parole ; lui rend ses églises , rétablit sa religion ; les cloches sonnent pour Dieu et pour lui. Voilà tout le monde bien content : primo, les prêtres qu'il empêche d'être tracassés; «c^on^io, les bourgeois, qui fait son commerce sans avoir à
craindre le rapiamus de la loi qu'était devenue injuste ; tertio, les nobles qu'il défend d'être fait mourir comme on en avait injurieusement contracté l'habitude. Mais il y avait des ennemis à balayer , et il ne
s'endort pas sur la gamelle , parce que , voyez-vous , son œil vous traversait le monde comme une simple tête d'homme.
Pour lors paraît en Italie comme s'il passait la tête par la fenêtre , et son regard suffit. Les Autrichiens sont avalés à Marengo comme des goujons par une baleine! Haouf! Ici, la victoire française a chanté sa gamme assez haut pour que le monde
entier l'entende, et ça suffit. — Nous n'en jouons plus, que disent les Allemands, — Assez comme ça ! disent les autres. Total : l'Europe fait la cane, l'Angleterre met les pouces. Paix générale où les rois et les peuples font mine de s'embrasser. C'est là que l'Empereur a inventé la Légion-d'Hon-
.ks histoire
neur, une bien belle chose, allez! En France, qu'il a dit à Boulogne devant Tarmée entière , tout le monde a du courage! Donc la partie civile qui fera des actions d'éclat sera sœur du soldat, le soldat sera son frère , et ils seront unis sous le drapeau de l'honneur. Nous autres, qui étions làbas, nous revenons d'Egypte. Tout était changé ! Nous l'avions laissé général , en un rien de temps nous le retrouvons empereur. Ma foi, la France s'était donnée à lui comme une belle fille à un lancier. Or , quand ça fut fait, à la satisfaction générale, on peut le dire , il y eut une sainte cérémonie comme il ne s'en était jamais vu sous la calotte des cieux. Le pape et les cardinaux, dans leurs habits d'or et rouges , passent les Alpes exprès pour le sacrer devant l'armée et le peuple, qui battent des mains. Il y a une chose que je serais njuste de ne pas vous dire. En Egypte , dans le désert près de la Syrie , l'homme uouGE lui apparut dans la montagne de Moïse, pour lui dire : « Ça va bien. »
Puis, à Marengo, le soir de la victoire, pour la seconde fois, s'est dressé devant lui, sur ses pieds, V Homme Rouge, qui lui dit : « Tu verras le monde à tes genoux , et tu seras Empereur des Français , roi d'Italie, maître de la Hollande, souverain de l'Espagne, du Portugal, provinces illyriennes, protecteur de l'Allemagne, sauveur de la Pologne, premier aigle de la Légion-d'Honneur, et tout. » Cet Homme Rouge, voyez-vous, c'étaitson idée à lui, une manière de piéton qui lui servait, à ce que disent plusieurs, pour communiquer avec son étoile Moi, je n'ai jamais cru cela; mais l'Homme Rouge est un fait véritable, et Napoléon en a parlé lui-même, et a dit qu'il lui venait dans les moments durs à passer, et restait au palais des Tuileries, dans les combles. Donc, au couronnement. Napoléon l'a vu le soir pour la troisième fois , et ils furent en délibération sur bien des choses. Lors l'Empereur va droit à Milan se faire couronner roi d'Italie. Là commence véritablement le triomphe du soldat. Pour
W HISTOIRK DE LEMFEREUR
lors, tout ce qui savait lire passe officier. Voilà les pensions , les dotations de duchés qui f)leuvent ; des trésors pour Tétat-majoi qui ne coûtaient rien à la France, et la Légion-d'Honneur fournie de rentes pour les simples soldats, sur lesquelles je touche encore ma pension. Enfin, voilà des armées tenues comme il ne s'en était jamais vu Mais TEmpereur, qui savait qu'il devait être TEmpereur de tout le monde, pense aux bourgeois, et leur fait bâtir, suivant leurs idées, des monuments de fée là où il n'y en avait pas plus que sur ma main. Une supposition, vous reveniez d'Espagne pour passer à Berlin ; eh bien ! vous retrouviez des arches de triomphe avec de simples soldats mis dessus en belle sculpture , ni plus ni moins que des généraux. Napoléon, en deux ou trois ans, sans mettre d'impôts sur vous auties, remplit ses caves d'or, fait des ponts, (les palais, des routes, des savants, des IV'Ies, des lois, des vaisseaux, des ports, vous dépense des millions de milliasses, et iMut et lîuit . (pTon m"ji dit fju'il en aurait
(Ml l'if.'t pccluM (Ifs loyaiimr's ;i la baïoniU'Hc.
pu paver la France de pièces de cent sous, si ça avait été sa fantaisie. Alors, quand il se trouve à son aise sur son trône, et si bien le maître de tout, que l'Europe attendait sa permission pour faire quelque chose, comme il avait quatre frères et trois sœurs, il nous dit en manière de conversation, à l'ordre du jour : a Mes enfants, est-il juste que les [)arents de votre Empereur tendent la main ? Non. Je veux qu'ils soient flambants tout comme moi. Pour lors, il est de toute nécessité de conquérir un royaume pour chacun d'eux , afin que le Français soit le maître de tout; que les soldats de la garde fassent trembler le monde , et que la France tousse où elle veut, et qu'on lui dise, comme sur ma monnaie : Dieu vous protège! — Convenu ! répond l'armée , on t'ira -pêcher des royaumes à la baïonnette, n Ah! c'est qu'il n'y avait pas à reculer, voyez-vous! et s'il avait eu dans sa boule de conquérir la lune , il aurait fallu s'arranger pour ça , faire ses sacs, et grimper ; heureusement qu'il n'en a pas eu la volonté. Les rois qu'étaient ha-
Kl s'il .ivail eu dans sa boule deconqucrirl a lu«ir.
r.i HISTOIHK
bitués aux douceurs de leur trône se tout naturellement tirer l'oreille; et alors, en avant, nous autres! Nous marchons, nous allons, et le tremblement recommence avec une solidité générale. En a-t-il fait user, dans ce temps-là , des hommes et des souliers ! Alors on se battait à coups de nous si cruellement, que d'autres que les Français s'en seraient fatigués. Mais vous n'ignorez pas que le Français est né philosophe , et , un peu plus tôt un peu plus tard, sait qu'il faut mourir. Aussi nous mourions tous sans rien dire, parce qu'on avait le plaisir de voir l'Empereur faire ça sur les géographies. (Là, le fantassin décrivit lestement un rond avec son pied sur l'aire de la grange.) Et il disait : « Ca, ce sera un royaume! n Et c'était un vrai royaume. Quel bon temps! Les colonels passaient généraux le temps de les voir; les généraux maréchaux, les maréchaux rois. Et il y en a encore un, cpii est debout pour le dire à l'Europe, quoique ce soit un Gascon, traître à la France pour liardtT sa couronne , qui n'a pas rougi do
I)K I/KMl'KKKl H.
Iionle, parce que, voyez-vous, les couiouues sont en or! Enfin, les simples sapeurs qui savaient lire étaient princes tout de même. Moi qui vous parle, j'ai vu à Paris onze rois et un peuple de princes qui entouiaient Napoléon comme les rayons du soleil ! Vous entendez bien que chaque soldat ayant la chance de chausser un trône , pourvu qu'il en eût le mérite , un caporal de la garde était comme une curiosité qu'on l'admirait passer, parce que chacun avait son contin-
l n caporal de In pnidc clait coniiiu' iiiir cm iojilf
HISTOIRE DE LEMPERELR. 07
gent dans la victoire parfaitement connu dans le bulletin. Et y en avait-il de ces batailles ! Austerlitz , où Tarmée a manœuvré comme à la parade ; Eylau , où Ton a noyé les Russes dans un lac comme si Napoléon avait soufflé dessus; Wagram, où Ton s'est battu trois jours sans bouder. Enfin , y en avait autant que de saints au calendrier. Aussi alors fut-il prouvé que Napoléon possédait dans son fourreau la véritable épée de Dieu. Alors, le soldat avait son estime, et il en faisait son enfant , s'inquiétait si vous aviez des souliers, du linge, des capotes, du pain, des cartouches, quoiqu'il tînt sa majesté, puisque c'était son métier, à lui, de régner. Mais c'est égal, un sergent, et même un soldat du train pouvait lui dire : a Mon Empereur, » comme vous me dites à moi quelquefois : «Mon bon ami. » Et il répondait aux raisons qu'on lui faisait, couchait dans la neige comme nous autres; enfin, il avait presque l'air d'un homme naturel. Moi qui vous parle, je l'ai .vu, les: pieds dans la mitraille , pas plus fjcné que
m HISTOIRE
vous êtes là, et mobile, regardant avec sa
lorgnette, toujours à son affaire. Alors, nous restions là tranquilles comme Baptiste. Je ne sais pas comment il s'y prenait, mais, quand il nous parlait, sa parole nous envoyait comme du feu dans Testomac ; et , pour lui montrer qu'on était ses enfants, incapables de bouquer, on allait pas ordi-
nairc devant des polissons de canons qui •gueulaient et vomissaient des régiments de boulets sans dire gare. Enfin, les mourants avaient là chose de se relever pour le saluer et lui crii'r : « Vive l'Empereur! »
(lÉt ait-ce naturel? auriez-vous fait cela |)()ur un simple homme?
« Pour lors, tout son monde établi, Timpératrice Joséphine , qui était une bonne femme tout de même , ayant la chose tournée à ne pas lui donner d'enfants, fut obligé de la quitter, quoiqu'il l'aimât considérablement. Mais il lui fallait des petits, rapport au gouvernement. Apprenant cette difficulté , tous les souverains de l'Europe se sont battus à qui lui donnerait une femme. Et il a épousé, qu'on nous a dit, une Autrichienne, qu'était la fille des Césars, un homme ancien dont on parle partout, et pas seulement dans nos pays , où vous entendez dire qu'il a tout fait, mais en Europe. Et c'est si vrai , que moi qui vous parle en ce moment, j'ai été sur le Danube, où j'ai vu les morceaux d'un pont bâti par cet homme, qui paraît qu'a été à Rome parent (ie Napoléon, d'où s'est autorisé l'Empereur d'en prendre l'héritage pour son fils. Donc , après son mariage , qui fut une fête pour le monde entier, et où il a fait grâce au peuple de dix ans d'impositions, qu'on a j>Hy«''<'s tout de même, parce que les bureaux
rfen ont pas tenu compte, sa femme a eu un petit qu'était roi de Rome, une chose
qui ne s'était pas encore vue sur la terre ; car jamais un enfant n'était né roi, son père vivant. Ce jour-là, un ballon est parti de
ri
Paris pour le dire à Ronir, el ce ballon n fait le chemin en tin jour.
« Ha çà, y a-t-il maintenant quelqu'un de vous autres qui me soutiendra que tout ça était naturel? Non, c'était écrit là-haut! Et la gale à qui ne dira pas qu'il est en-
voyé par Dieu même pour faire triompher la France !
« Mais voilà Tempereur de Russie, qu'était son ami, qui se fâche de ce qu'il n'a pas épousé une Russe, et qui soutient les Anglais, nos ennemis, auxquels on avait toujours empêché Napoléon d'aller dire deux mots dans leur boutique. Fallait donc en finir avec ces canards-là. Napoléon se fâche et nous dit : — « Soldats ! vous avez été maîtres dans toutes les capitales de l'Europe; reste Moscou, qui s'est allié à l'Angleterre. Or, pour pouvoir conquérir Londres et les Indes qu'est à eux, je trouve définitif d'aller à Moscou. » Pour lors, assemble la plus grande des armées qui jamais ait traîné ses guêtres sur le globe, et si curieusement bien alignée, qu'en un jour il a passé en revue un million d'hommes. — Hourra! disent les Russes. Et voilà la Russie tout entière, des animaux de Cosaque^s qui senwlent. C'était pays contre pays, un boulevari général , dont il fallait se garer. Et comme avait dit l'Homme Rouge à Na-
Des animaux (Je- Cosaques (|U s'envole ni .
IIISTOIUK DK L'IiMl'l-Hiai;. 7.)
Ijoléon : «C'est l'Asie contre l'Europe! — Suffit , qu'il dit , je vais me précaulionnei-.)' El voilà fectivement tous les rois qui viennent lécher la main de Napoléon! I/Au-
trielie, la Prusse , la Bavière, la Saxe, la Pologne , ritalie , tout est avec nous, nous flatte, et c'était beau! Les aigles n'ont jamais autant roucoulé qu'à ces parades-là, qu'elles étaient au-dessus de tous les drapeaux de l'Europe. Les Polonais ne se tenaient pas de joie, parce que l'Empereur avait idée de les relever; de là, que la Pologne et la France ont toujours été frères
T<) HISTOIRH
Enfin : « A nous la Russie! » crie Tarmée. Nous entrons bien fournis; nous marchons, marchons; point de Russes. Enfin, nous trouvons mes mâtins campés à la Moscowa. C'est là que j'ai eu la croix, et j'ai congé ûv dire que ce fut une sacrée bataille! L'Empereur était inquiet; il avait vu l'Homme Rouge, qui lui dit : « Mon enfant, tu vas plus vite que le pas ; les hommes te manqueront, les amis te trahiront. » Pour lors, proposa la paix. Mais avant de la signer : '(Frottons les Russes? » qui nous dit.
«Tope! » s'écria l'armée. « En avant! » disent les sergents. Mes souliers étaieni usés, mes habits décousus, à force d'avoir trimé dans ces chemins-là, qui ne sont pas commodes du tout! Mais c'est égal! «Puis- <iue c'est la fin du tremblement, que je nudis, je veux m'en donner tout mon soûl ! >' Mous étions devant le grand ravin ; c'étaient les premières places! Le signal se donne; sept cents pièces d'artillerie commencent une conversation à vous faire sortir le sang pur les oreilles. Là, faut rendre justice à sps
DK i;i:MiM:iu:rH
ennemis. Les Russes se faisaient tuer connue des Français, sans reculer, et nous n'avancions pas. « En avant, nous dit-on, voilà TErupereur! » C'était vrai; passe au galop en nous faisant signe qu'il s'importait beaucoup de i)rendrela redoute. 11 nous anime.
HlSTOTRi;
nous courons, j'arrive le j)nuTiiei au ravin. Ah ! mon Dieu ! les lieutenants tombaient , les colonels, les soldats! C'est égal! Ça faisait des souliers à ceux (jui n'en avaient
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pas, et desépaulettes pour les iiiliigauls qui savaient lire. Victoire ! c'est le cri de toute la ligne. Par exemple, ce qui ne s'était jamais vu, il y avait vingt-cinq mille Français par terre. Excusez du peul C'était un vrai champ de blé coupé : au lieu d'épis, mettez des hommes. Nous étions dégrisés, nous autres. L'homme arrive, on fait le cercle autour de lui. Pour lors, il nous câline, car il était aimable quand il le voulait, à nous faire contenter de vache enragée par une faim de loup. Alors mon câlin distribue soi-même les croix, salue les morts; puis nous dit : « A Moscou! — Va pour Moscou ! » dit l'armée. Nous prenons Moscou Voilà-t-il pas que les Russes brûlent leur ville , que ça été un feu de paille de deux lieues qui flambe pendant deux jours, que les édifices tombaient comme des ardoises ! Il y avait des pluies de fer et de plomb fondus qui étaient naturellement hornbles; et, Ton peut vous le dire, à vous, ce fut l'éclair de nos malheurs. L'Empereur dit : « Assez comme ça; tous mes soldats y
i-O llISTOlHt
lesteraicMit. » Nous nous amusons à nous rafraîchir un potit moment et à se refaire le cadavre, parce qu'on était réeltement fatigué beaucoup. Nous emportons une croix d'or qu'était sur le Kremlin , et chaque soldat avait une petite fortune.
Mais, en revenant, l'hiver s'avance d'un mois, chose que les savants qui sont des béte* noni pas expliquée suffisamment; le froid
mnis pince. Plus d'armée, entendez-vous?
j)lus de généraux, phis de sergents même. Pour lors, ce fut le règne de la misère et de la faim, règne où nous étions réellement tous égaux. On ne pensait qu'à revoir la France, Ton ne se baissait pas pour ramesser son fusil ni son argent ; et chacun allait devant lui, arme à volonté, sans se soucier de la gloire! Enfin , le temps était si mauvais, que l'Empereur ne voyait plus son étoile. 11 y avait (pielque chose entre le ciel et lui. Pauvre homme, qu'il était malade de voir ses aigles à contretil de la victoire! Et ça lui en <» donné une sévère, allez ! Arrive la Bérézina. Ici , mes amis , l'on peut vous aftirmer, par ce qu'il y a de plus sacré, sur l'honneur, que , depuis qu'il y a des hommes , jamais , augrand jamais, ne s'était vue pareille fricassée d'armée, de voitures, d'artillerie, dans de pareille neige, sous un ciel pareillemenl ingrat. Le canon des fusils vous brûlait la main, si vous y touchiez, tant il (Hait froid . C'est là que l'armée a été sauvée par les ponionnkrs ^ qui se sont trouvés solides au
mSTOlIit
poste , et où s'est parfaitement comporté Gondrin , le seul vivant des gens assez entêtés pour se mettre à l'eau afin de bâtir les ponts sur lesquels l'armée a passé , et se sauver des Russes , qui avaient encore du respect pour la grande armée, rapport aux
DE L'EMPERELH S:i
victoires. Et, dit-il en montrant Gondrin, (jiii le regardait avec Tattention particulière aux sourds, Gondrin est un troupier fini, un troupier d'honneur même , qui mérite vos plus grands é^^iards.
« J'ai vu, reprit-il, TEmpereur debout près du pont, immobile, n'ayant point froid. Était-ce encore naturel?
« 11 regardait la perte de ses trésors , de ses amis, de ses vieux Égyptiens. Bah ! tout v passait , les femmes , les fourgons , fartillerie, tout était consommé, mangé, ruiné. Les plus courageux gardaient les aigles ; parce que les aigles, voyez-vous, c'était la France, c'était tout vous autres, c'était l'honneur du civil et du militaire qui devait rester pur et ne pas baisser la tête à cause du froid. On ne se réchauffait guère que près de l'Fjîipereur, puisque quand û était <Mi danger, nous accourions, gelés, nous (pli ne nous arrêtions pas pour tendre la main à d(is amis. On dit aussi qu'il pleurait la nuit sur sa pauvre famille de soldats. Il ifv avait que lui cl des Français pour sp
l.rs plus ('(jur.iiçtMix •îardaienl les ai^los.
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lircr do là; et Ton s'en est tiré, mais avec des pertes et de grandes pertes que je dis! Les alliés avaient mangé nos vivres; tout commençait à le trahir, comme lui avait dit THomme Rouge. Les bavards de Paris, qui se taisaient depuis l'établissement de la garde impériale , le croient mort et trament une conspiration où l'on met dedans le préfet de police pour renverser l'Empereur. 11 apprend ces choses-là, ça vous le taquine , et il nous dit quand il est parti : « Adieu , mes enfants, gardez les postes, je vais revenir. » Bah ! ses généraux battent la breloque, car sans lui ce n'était plus ça. Les maréchaux se disent des sottises, font des l)êtises, et c'était naturel : Napoléon , qui était un bon homme, les avait nourris d'or. Ils devenaient gras à lard qu'ils ne voulaient plus marcher. De là sont venus les malheurs , parce que plusieurs sont restés en garnison sans frotter le dos des ennemis derrière lesquels ils étaient, tandis qu'on nous poussait vers la France. Mais l'Empereur nous revient avec des conscrits et de
Si)
faweiia: conscrits^ donl il changea le inoral paifailenient et en lit dos chiens linis à mordre quiconque , avec des l)ourgeois en ^arde d'honneur, une belle troupe qu'a fondue connue du beurre dans la poêle.
Malgrc'î notre tenue sévère , voilà que tout est contre nous. Mais l'année fait encore des piodiges de valeur. Pour lors, se donnenl (les halaillcs (\o montagnes , p(Mq)lcs
1)1 i;i-Mi*i:iu:i H.
contre peuples , à Dresde, Lutzeii , ïkmizen...
« Souvenez-vous de ça , vous autres , parce que c'est là que le Français a été si particulièrement héroïque , que dan>! ce fempx-là un bon grenadier ne durait jias j)(us de six mois !
a Nous triomphons toujours; mais sur
Dans ce Icmps-Ià un buti i^teiiadier ne durait pas plus de six mois
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los derrières , ne voilà-t-il pas les Anglais qui font révolter les peuples en leur disant des htMises! Enfin on se fait jour à travers ces meutes de nations. Partout où TEmpereui paraît , nous débouclions , parce que , sur terre comme sur mer, là où il disait. « Je veux passer! » nous passions. Fin finale, nous sommes en France, et il y a ])Ius d'un pauvre fantassin à qui, malgré la dureté du temps , Tair du pays a remis rame dans un état satisfaisant. Moi , je {mis dire, en mon particulier, que ça m'a rafrai- <'hi la vie. Mais à cette heure il s'agit de détendre la France, la patrie, la belle Franc( entin, contre toute l'Europe qui nous en voulait d'avoir voulu faire la loi aux Russes , en les poussant dans leurs limites pour qu'ils ne nous mangeassent pas, comme c'est l'habitude du Nord, qui est friand du Midi , chose que j'ai entendu dire à plusieurs généraux. Alors l'Empereur voit son propre beau-père, ses amis qu'il avait assis rois , et les canailles auxquelles il avail rendu leurs trônes, tous contre lui. Enfin .
SK) IIISTOIHK
même des Français et des alliés (jiii se tournaient , par ordre supérieur , contre nous, dans nos rangs, comme à la bataille de Leipsick. N'est-ce pas des horreurs dont de simples soldats seraient peu capables? ('a manquait à sa parole trois fois par jour, vl ça se disait des princes! Pour lors Tinvasion se fait. Partout où notre Empereuimontre sa face de lion , Tennemi recule , et il a fait dans ce temps-là plus de prodiges en défendant la France, qu'il n'en avait fait pour conquérir Tltalie, TOrient . l'Espagne , TEurope et la Russie. Pour lors, il veut enterrer tous les étrangers, pour leur apprendre à respecter la France , et les laisse venir sous Paris, pour les avaler d'un coup , et s'élever au dernier degré du génie par une bataille plus grande que toutes les autres , une mère bataille enfin î .Hais le.t Parisiens ont peur pour leur peau de lietix liards et pour leurs boutiques de deux sous, ouvrent leurs portes; voilà les Uagusades qui commencent, et les bonheurs qui finissent : l'impératrice (\u(m
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embête, et le drapeau blanc qui se mcî aux fenêtres. Entin les généraux , qu'il avait fait ses meilleurs amis, rabandonnenl pour les Bourbons dont n'avaient jamais entendu parler. Alors il nous dit adieu à Fontainebleau. — u Soldats !.. . » Je Yen-
inSÏOIRK
ir-nds encore , nous pleurions tons comme (le vrais enfants ; les ailles , les drapeaux étaient inclinés comme pour un enterrement , car on peut vous le dire , c'étaient les funérailles de Tempire , et ses ariu^'-es
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pinipantps n'c'taiont plus (pie des S(pHlettes. Donc il nous dit de dessus le perroii de son château : — « Mes enfants , nous sommes vaincus par la trahison , mais nous nous re verrons dans le ciel , la patrie des hraves. Défendez mon petit que je vous confie : vive Napoléon II !» Il avait idée de mourir ; et pour ne pas laisser voir Na- |)oléon vaincu , prend du poison de quoi tuer un régiment , parce que , comme Jésus-Christ avant sa passion , il se croyait abandonné de Dieu et de son talisman ; mais le poison ne lui fait rien du tout. Autre chose! se reconnaît immortel. Sûr de son affaire et d'être toujours empereur, il va dans une île pendant quelque temps étudier le tempérament de ceux-ci , qui ne manquent pas à faire des bêtises sims fin. Pendant ((u'il faisait sa faction , /ex Chinois et les animaux de la côte dWfrique, Rarbaresques et autres qui ne sont pas commodes du tout , le tenaient si bien pour autre chose qu'un homme , qu'ils respectaient son pavill(jn en disant (ju'y loucher.
HISTOlHi;
c'était se frotter à Dieu. Il régnait sur le monde entier, tandis que ceux-ci l'avaient mis h la porte de la France. Alors s'embarque sur la même coquille de noix d'E- ^'vpte , j)asse à la barbe des vaisseaux anglais, met le pied sur la France, la ?>ance
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le roconnaît , lo sacré coucou s envole de clocher en clocher, toute la Franco cric : —
Vive l'empereur! Et par ici Tenthousiasme pour cette merveille des siècles a été solide , le Dauphiué s'est très-bien conduit ; et j'ai été particulièrement satisfait de savoir qu'on y pleurait de joie en revoyant sa redingote grise. Le 1" mars Napoléon débarque avec deux cents hommes pour conquéri r le royaume de France et de Navarre, (\i\\
le 20 ni\rs était rodovenii l'empire français. L'Homme se trouvait ce jour-là dans Paris; ayant tout balayé, il avait repris sa chère France , et ramassé ses troupiers en ne leur disant que deux mots : Me voilà ! C'est le plus grand nuracle qu'a fait Dieu ' Avant lui, jamais un homme avait-il pris d'empire rien qu'en montrant son chapeau": L'on croyait la France abattue! Du tout. A la vue de l'aigle , une armée nationale se refait, et nous marchons tous à Waterloo. Pour lors, là, la garde meurt d'un seul coup. Napoléon au désespoir se jette trois fois au-devant des canons ennemis à la tête du reste, sans trouver la mort! Nous avons vu ça, nous autres! Voilà la bataille perdue. Le soir, l'Empereur appelle ses vieux soldats, brûle dans un champ plein de notre sang ses drapeaux et ses aigles ; ces pauvres aigles, toujours victorieuses, qui criaient dans les batailles : — En avant! et qui avaient volé sur toute l'Europe, fiu'ent sauvées de l'infamie d'être à l'ennemi. Les trésors de l'Angleterre ne pourrai»^nt pas
seulement lui donner la queue d'une aigle. Plus d'aigîes! le reste est suffisamment
connu. L'Homme Rouge passe aux Bourbons comme un gredin qu'il est. La France est écrasée , le soldat n'est plus rien , on le prive de son dû, on te le renvoie chez lui pour prendre à sa place des nobles qui ne pouvaient plus marcher, que ça faisait pitié
HISTOIKE
l/oii s'empare de Napoléon par trahison, les Anglais le clouent dans une île déserte de la grande mer, sur un rocher élevé de dix mille pieds au-dessus du inonde. Fin fina-
le, est obligé de rester là, juscju'à ce que rilomme Uouge lui rende son pouvoir pour le bonheur de la France. Oux-ci disent
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(juil <'st mort! Ah bien oui mort! on voit hion qn'ils ne le connaissent pas. Ils répètent c'te bourde-là pour attraper le peuple et le faire tenir tranquille dans leur bara- (pie de gouvernement. Écoutez. La vérité du tout est que ses amis l'ont laissé seul dans le désert, pour satisfaire à une prophétie faite sur lui , car j'ai oublié de vous apprendre que son nom de Napoléon veut dire le Lion du désert. Et voilà ce ((ui est vrai comme TÉvangile. Toutes les autres (ihoses que vous entendrez dire sur l'Empereur sont des bêtises qui n'ont pas forme humaine. Parce que, voyez-vous, ce n'est pas à Tenfant d'une femme que Dieu aurait donné le droit de tracer son nom en rouge comme il a écrit le sien sur la terre, ((ui s'en souviendra toujours ! Vive Napoléon , le père du peuple et du soldat ! »
— Vive le général Eblé ! cria le pontonnier.
— Comment avez-vous fait pour ne pas mourir dans le ravin de la Moscovva? dit une paysanne.
HISTOmt
— Est-ce que je sais? Nous y sonnnes entrés un régiment; nous n'y étions debout que cent fantassins, parce qu'il n'y avait que des fantassins capables de le prendre! L'infanlerie, voyez-vous, c'est tout à l'armée...
— Fischtre f et la cavalerie, donc! s'é-
cria Tofticier en se laissant couler du haui du foin , et apparaissant avec une rapidité qui fit jeter un cri d'effroi aux plus courageux. Eh! mon ancien, tu oublies les lanciers rouges de Poniatowski, les cuirassiers, les dragons, tout le tremblement! Quand Napoléon, impatient de ne pas voir avancer sa bataille vers la conclusion de la victoire, disait à Murât : « Sire, coupe-moi ça en deux! » Là-dessus, nous partions d'abord au trot, puis au galop, wne, deux! l'armée ennemie était fendue comme une pomme avec un couteau. Une charge de cavalerie, mon vieux , mais c'est une colonne de boulets de canon !
— Et les pontonniers? cria le sourd.
— Ah çà , mes enfants ! reprit l'officier, lout honteux de sa sortie en se voyant au milieu d'un cercle silencieux et stupéfait, il n'y a pas d'agents provocateurs ici ! Tenez, voilà pour boire en son honneur.
— Vive l'Empereur ! crièrent d'une seule voix les gens de la veillée.
— Chut ! enfants, dit l'officier en s'effor-
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IlISTOIRi:
.-ant (Je cacher sa piotbnde douleur ; chut 1 // est mort en disant: «Gloire, France et hataille. » Mes enfants, il a dû mourir, lui ; mais sa mémoire !.. jamais »
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(i<3guelat fil un signe d'incrédulit<3 , puis il dit tout bas à ses voisins : « L'officier est encore au service , et c'est leur consigne de dire au peuple que l'Empereur est mort. Faut pas lui en vouloir, parce que, voyezvous, un soldat ne connaît que sa consigne. »
En sortant de la grange, le conunandanl entendit une paysanne qui disait : « Cet ofticier-là, voyez-vous, est un ami de l'Empereur et de M. Benassis. Alors, tous les gen.v de la veillée se précipitèrent à la porte pour revoir le commandant, et, à la lueur de la lune, l'aperçurent prenant le bras du médecin.
« J'ai fait des bêtises, dit l'officier. Rentrons vite. Ces aigles, ces canons, ces campagnes , je ne savais plus où j'étais.
— Eh bien ! que dites-vous de mon Couuelat? lui demanda le médecin.
loi HISTOIRE DE L'EMPEREUR
— Monsieur, avec des récits pareils , la France aura toujours dans le ventre les quatorze armées de la République, et pourra parfaitement soutenir la conversation à coups de canon avec T Europe. Voilà mon avis.
J.-J. DUBOOHET et Compagnie.
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