‹ Histoire de l'empereur Napoléon 1erChapitre 18 sur 32 · CAPTIVITÉ DE PIE VII · texte numérisé non relu

CAPTIVITÉ DE PIE VII

nis, de ruiner les chantiers d'Anvers, où Ton construisait vingt autres vaisseaux de ligne, et de rendre la navigation de l'Escaut à jamais impraticable. Cette expédition, qui tourna contre ses auteurs, parut débuter heureusement pour nos ennemis. Flessingue et l'île de Walcheren tombèrent en leur pouvoir. Fouché, duc d'Otrante, alors ministre de la police générale, suppléa par l'activité de ses mesures à l'absence de l'empereur ; il mobilisa les gardes nationales de l'empire, et cette mesure, jointe aux efforts du maréchal Bernadotte, fit échouer les plans de l'ennemi. Les Anglais évacuèrent Flessingue, après avoir perdu douze mille hommes, morts de la fièvre ou détruits par nos armes.

Mais l'Italie était le théâtre des plus douloureux événements.

Le 17 mai 1809, Napoléon avait rendu de son camp impérial de Vienne le trop fameux décret qui réunissait les États de l'Église à l'empire français. La ville de Rome était déclarée ville impériale et libre. Les terres et les domaines du pape étaient augmentés jusqu'à concurrence d'un revenu net de deux millions. Une consulte devait prendre possession des Élats pontificaux et y organiser le régime constitutionnel. Pour toute réponse, le pape prépara une bulle d'excommunication contre les auteurs ou complices des attentats dirigés contre li saintsiège (1).

Le général Miollis, qui commandait à Rome les troupes de l'empereur, fit signifier au cardinal Pacca que le gouvernement allait être changé, et peu d'heures après, le 10 juin, au bruit de l'artillerie du château Saint-Ange, le pavillon pontifical fut descendu, et l'on éleva le pavillon français : en même temps le décret de réunion fut publié à son de trompe dans la ville éternelle. La

(I) Ces expressions riaient celles de la bulle ci' excommunication : le pape n'avait pas voulu nommer l'empereur.

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nuit suivante, la bulle d'excommunication lancée contre l'empereur fut placardée sur les murs de Rome par les soins des cardinaux, et arrachée par la police française. De part et d'autre on passa les jours suivants à s'observer. Enfin le 6 juillet, le jour même où Napoléon combattait à Wagram, le général Miollis donna ordre au général Radet d'enlever le pape et de l'éloigner de Rome.

Pie VII s'était retiré au fond du Quirinal, et avait fait fermer les portes de ce palais. Un attroupement composé de la lie des faubourgs donna l'assaut aux murailles de l'édifice. Les portes furent enfoncées à coups de hache ; et les soldats de Miollis , ayant à leur tête le général Radet, pénétrèrent dans les appartements. La garde suisse, sommée de mettre bas les armes, obéit sans résistance, et Pvadet, suivi de sa troupe, se trouva en face du saint-père. Le vénérable pontife était entouré de ses cardinaux et d'un petit nombre de serviteurs fidèles. Pendant quelques minutes un profond silence régna ; tt la fin, le général français, la figure pâle , la voix tremblante et pouvant à peine trouver quelques paroles, dit au pape qu'il avait à remplir une mission pénible, mais qu'ayant juré fidélité à l'empereur, il ne pouvait se dispenser d'exécuter son ordre (1) ; qu'en conséquence il le sommait de renoncer à la souveraineté temporelle de Rome. Le pape répondit avec dignité et assurance : « Si vous avez cru devoir exécuter de tels ordres de l'empereur parce que vous lui avez fait serment de fidélité et d'obéissance, pensez de quelle manière nous devons, nous, soutenir les droits du saintsiége, auquel nous sommes lié par tant de serments. Nous ne devons pas, nous ne pouvons pas , nous ne voulons pas... » Quelques moments après, le pape demanda

(I) Ce n'était point l'empereur qui avait ordonné d'enlever le pape; mais le général Miollis n'en fut point desavoué.

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