CAPTIVITÉ DE PIE VII
s'il fallait qu'il partît seul, et Radet lui accorda d'emmener avec lui le cardinal Pacca. Bientôt le pape et le cardinal , environnés de gendarmes , de sbires et de rebelles, marchant avec peine sur les débris des portes jetées à terre, furent conduits à la principale issue de Monte-Cavallo, où se trouvait prête la voiture du général Radet. Sur la place étaient rangées en bataille des troupes napolitaines. Le pape les bénit, ainsi que la ville de Rome, puis monta dans la voiture avec le cardinal Pacca; un gendarme ferma les portes à clef, et l'escorte prit la route du Nord, par la porte du Peuple. Le pape n'emportait pour tout bien qu'une petite pièce de monnaie valant à peine un franc , et n'avait d'autres habits que ceux qui couvraient son corps, se conformant à la lettre à ce divin précepte : « Vous ne porterez rien en chemin, ni pain, ni deux tuniques, ni argent. » Et, le soir même, des mains hardies inscrivaient sur les murs de Rome cette apostrophe sublime de Dante : « Je « vois le Christ captif en son vicaire; je le vois encore « une fois moqué ; je le vois encore abreuvé de vinaigre « et de fiel ! »
A quatre heures du matin (huit heures d'Italie), on partit de Rome pour la Toscane; la stupeur régnait sur le visage du peuple. A Monte rosi, beaucoup de femmes, ayant reconnu le saint-père dans un carrosse entouré de gendarmes le sabre nu , et le voyant transporté comme un prisonnier, imitèrent la tendre compassion des femmes de Jérusalem, et commencèrent à se frapper la poitrine en versant des larmes. Le général Radet, redoutant ces démonstrations pieuses, fit baisser les rideaux de la voiture, en dépit d'une chaleur étouffante. A Florence, Élisa Bacciochi, sœur de Napoléon et grande-duchesse de Toscane , envoya complimenter le pape et lui offrir ses services. A Alexandrie, le peuple parut vouloir se soulever en faveur de l'auguste cap-
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tif; mais Pie VII l'engagea à se résigner comme lui. Partout les populations se livraient aux marques les plus certaines d'afflictions et de deuil ; c'était à qui s'approcherait du saint-père pour baiser ses mains, le consoler et le plaindre. Gomme le pieux pontife approchait de Grenoble , la garnison de Saragosse , prisonnière dans cette ville , obtint la permission d'aller au-devant de lui, et se prosterna tout entière pour recevoir sa bénédiction. La population de Grenoble avait suivi ce mouvement, et s'était partout agenouillée sur le passage du pape. C'était là qu'une résidence avait été assignée au saint-père. A peine y était-il arrivé, que le cardinal Fesch, oncle de l'empereur et archevêque de Lyon, lui envoya ses grands vicaires et des traites pour cent mille francs.
Ces généreuses protestations qui émanaient du peuple et de la famille même de Napoléon n'eurent point pour résultat d'éclairer l'empereur, et de le rappeler à une politique plus conforme aux vœux et aux intérêts du peuple chrétien. Cependant le pape reçut l'avis de se préparer à partir pour Valence , puis pour Avignon , et enfin pour Nice et Savone. C'est dans cette dernière ville, voisine de Gênes, qu'il lui fut permis de résider : là aussi il eut à souffrir de douloureuses tribulations , qu'adoucirent les respects et les pieuses sympathies des fidèles.