GUERRE DE SYRIE
thollet, Dolomieu, Vincent, Say, Lepère, Jomard, Monge, et beaucoup d'autres personnages dont les noms sont chers à la science. Monge présidait cet Institut; Bonaparte n'en était que le vice-président.
Trois mois s'étaient écoulés, pendant lesquels Bonaparte organisait la partie de l'Egypte qu'occupaient ses armes, et envoyait des expéditions dans la haute Egypte, lorsque soudain une révolte éclata au Caire. Le signal de l'insurrection fut donné aux Turcs du haut des minarets. En un moment les Français furent attaqués partout, et le général Dupuis, commandant la place, fut tué d'un coup de lance. Le général en chef monta surle-champ à cheval, suivi seulement d'une trentaine de guides. Il se porta sur tous les points menacés, donna ses ordres et parvint à contenir les révoltés. Cependant la populace, refoulée autour de la grande mosquée, s'y était barricadée dans des rues étroites; des mortiers placés sur une hauteur la foudroyèrent pendant deux jours. Le troisième jour tout rentra dans l'ordre; mais il en coûta la vie à un grand nombre de rebelles. Vers le même temps une tribu d'Arabes qui avaient massacré des Français fut surprise et détruite. Les têtes coupées des hommes de cette tribu furent exposées, sur une place du Caire, aux regards de tout le peuple.
Le général en chef n'avait point renoncé au projet d'aller attaquer l'Inde britannique par la Perse : il lui tardait de déployer son génie sur les champs de bataille où avait combattu Alexandre. Pour s'ouvrir la porte de l'Asie, il fallait se rendre maître de la Syrie. C'est là que ses efforts vinrent échouer.
Bonaparte, suivi d'une escorte, partit pour l'isthme de Suez, afin de reconnaître la route et d'étudier le problème du canal qui réunirait les deux mers. Il passa la mer Rouge à l'endroit voisin de la cote où cette mer est guéable à marée basse; là, s'étant écarté de la route, il
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courut les plus grands dangers, et faillit être englouti dans les flots comme Pharaon. Bonaparte se rendit ensuite aux sources appelées Fontaines de Moïse, qui sont situées près delà côte orientale, et un peu au-dessus de Suez. C'est par cette route que passent les caravanes de Tor et du mont Sinaï. Cette dernière montagne était à six jours de marche, et le général français ne put s'y rendre, bien qu'il en éprouvât le désir. Il se borna à envoyer aux moines schismatiques grecs qui habitent le couvent du Sinaï une sorte de firman au moyen duquel ces religieux étaient déclarés exempts de tribut, et ils inscrivirent le nom de Bonaparte parmi ceux de leurs protecteurs, à la suite des noms d'Ali, de Salah-Eddin et d'Ibrahim, si révérés des Orientaux.
Quelques jours après, Bonaparte, suivi cette fois de son armée, entrait en Syrie par Gaza, après s'être emparé de la forteresse d'El-Arich. La Syrie était défendue par le féroce Djezzar- Pacha; elle allait avoir pour auxiliaires encore plus redoutables le génie anglais et la peste.
L'armée avançait lentement sur Jaffa, l'antique Joppé. Le 4 mars 1799, elle mit le siège devant cette ville, qui fut prise d'assaut le 6 mars. Au moment de l'attaque, la population chrétienne se réfugia dans les rangs français, portant pour emblème de fraternité et de paix un crucifix. Elle fut bien accueillie; mais on ne fit point de grâce à la garnison musulmane, et le massacre fut horrible. Un certain nombre d'Albanais et d'Arnautes furent épargnés par les aides de camp Beauharnais et Croisier, qui leur lirent mettre bas les armes en leur promettant qu'ils auraient la vie sauve. Cette promesse, faite de bonne fui, ne fut que trop méconnue. Souvent les privations que la guerre impose exaltent le cœur du soldat jusqu'à la férocité, et ce ne fut qu'un cri parmi la troupe, pour que les prisonniers fussent mis à mort. Le