CHAPITRE IV
AVÈNEMENT A L EMPIRE. — SACHE. — CAMPAGNE D'AUTRICHE, DE TRUSSE ET DE POLOGNE. — PAIX DE TILSITT.
« Tout ce qui peut contribuer au bien de la patrie est « essentiellement lié à mon bonheur; j'accepte le titre « que vous croyez utile à la gloire de ma nation. Je sou- « mets à la sanction du peuple la loi de l'hérédité; j'es- « père que la France ne se repentira jamais des hon- « neurs dont elle environnera ma famille. Dans tous les « cas, mon esprit ne sera plus avec ma postérité le jour « où elle cesserait de mériter l'estime et la confiance de « la grande nation. » Ainsi parla Napoléon lorsque le président du sénat, Gambacérès, lui présenta, à Saint- Gloud , le sénatus-consulte du 28 floréal.
Du fond de sa retraite, Lous XVIII adressa à tous les cabinets une protestation contre l'avènement de l'empereur; mais le bruit des grands événements qui s'accomplissaient en Europe, et les acclamations du peuple français parlèrent plus haut que le prince exilé.
A peine l'empereur Napoléon est-il porté sur le pavois,
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qu'aussitôt des décombres de la république s'élève , comme par enchantement , une cour splendide, avec son connétable, son grand électeur, son archichancelier, son architrésorier, ses chambellans , ses écuyers et ses pages. Le titre de maréchal de l'empire est conféré à dix-huit généraux issus de la révolution : ce sont Berthier, Murât, Moncey, Jourdan, Masséna, Augereau, Bernadotte, Soult, Brune, Lannes, Mortier, Ney, Davout, Bessières, Kellermann, Lefebvre, Pérignon et Sérurier; les évêques saluent par de nombreux mandements l'avènement à l'empire, et peut-être le bonheur qu'ils ressentent en voyant le nouvel ordre de choses garantir la paix à la religion , leur fait-il trop perdre de vue que le nouveau Cijrus, le nouveau Mathathias , le nouveau Josaphat, retournera trop tôt contre Borne cette puissance et ce glaive qui ne lui ont été remis que pour le salut de la société et la ruine de l'anarchie.
Cependant l'empereur signale par un acte de clémence le premier moment de son règne. Georges Cadoudal attendait la mort avec ses complices, au nombre de vingt, parmi lesquels on comptait Armand de Polignac, le marquis de Bivière, Bouvier de Lozier, le général Lajolais, Bussillon , Bochelle, Gaillard et Charles d'Hozier. L'impératrice Joséphine joignit ses larmes à celles de Mme de Polignac : « Je puis pardonner à votre mari , dit Napoléon ; car c'est à ma vie qu'on en voulait. » La grâce d'Armand de Polignac fut prononcée. Mme Murât, sœur de l'empereur, se chargea de celle de M. de Bivière, et l'obtint. Le général Bapp, aide de camp de Napoléon , alla à Saint-Cloud solliciter celle de Russillon ; il réussit comme Mme Murât. L'empereur remit encore leur peine à cinq autres : ainsi huit des conjurés échappèrent à l'échafaud. Georges, n'ayant pas voulu demander sa grâce, périt avec douze autres conjurés.
Une loi de l'an X avait créé l'ordre de la Légion d'hon-