‹ Histoire de l'empereur Napoléon 1erChapitre 10 sur 32 · AVENEMENT A L'EMPIRE · texte numérisé non relu

AVENEMENT A L'EMPIRE

neur : Napoléon, qui se souciait peu désormais défroisser les susceptibilités révolutionnaires, songea enfin à distribuer solennellement les croix et les cordons de cette nouvelle chevalerie. Comme par un défi jeté aux idées de 1789, l'empereur choisit l'anniversaire de la prise de la Bastille pour inaugurer cette institution monarchique. La fête eut lieu sous le dôme des Invalides. Pour la première fois depuis leur avènement au trône , l'empereur Napoléon et l'impératrice Joséphine se montrèrent au peuple à la tête d'un cortège déjà digne des Césars. Un des premiers soins de l'empereur avait été de rétablir toutes les formules de l'étiquette de l'ancienne cour des Bourbons.

L'empereur se rendit au camp de Boulogne pour y surveiller par lui-même les armements destinés à la conquête de l'Angleterre. Les armées de terre et de mer, rassemblées sur la côte, l'accueillirent avec les démonstrations les plus vives d'allégresse et d'enthousiasme. Ce fut alors que l'empereur eut la pensée de distribuer solennellement à l'armée expéditionnaire les décorations qui avaient été tenues en réserve pour elle. La fête fut sans exemple dans l'histoire. Plus de cent mille soldats entouraient la hauteur où s'était placé Napoléon ; le bruit des canons, des fanfares et' des tambours retentissait le long des rivages de l'Océan ; le ciel était pur et serein, un soleil d'été resplendissait dans toute sa gloire. Au centre de l'amphithéâtre Napoléon était assis sur Je trône de fer des anciens rois mérovingiens ; derrière lui était le bouclier de Bayard ; les croix d'honneur emplissaient le casque de du Guesclin ; partout s'élevaient des trophées, surmontés de guirlandes, et formés à l'aide des armes et des drapeaux enlevés aux ennemis dans les campagnes d'Egypte, d'Italie et d'Allemagne. Vingt fois, durant la cérémonie, la distribution des croix fut suspendue par le cri de Vive Vempe-

reurï c'était comme une intronisation militaire, comme un engagement solennel entre le nouveau chef des Francs et ses leudes. Le séjour de l'empereur au milieu de l'armée expéditionnaire se prolongea encore six semaines, durant lesquelles toute la côte fut inspectée de Boulogne à Ostende.

Napoléon partit ensuite pour Aix-la-Chapelle; cette vieille résidence de Gharlemagne, qui n'était plus pour l'Europe moderne que le chef-lieu du département de la Roër, retrouva pour quelques heures son antique splendeur et son importance historique. Napoléon y reçut pour la première fois l'ambassadeur de l'empereur d'Autriche; c'était comme la reconnaissance de ce fait, que l'empire français, sous la dynastie de Bonaparte comme sous celle de Charles le Grand , était devenu l'empire d'Occident, le saint empire. Bientôt tous les gouvernements catholiques saluèrent à leur tour Napoléon du titre impérial.

Le 10 frimaire (1er décembre) , le sénat présenta à Napoléon le plébiscite qui reconnaissait l'hérédité de la dynastie impériale dans sa famille. Soixante mille registres avaient été ouverts dans les départements : leur dépouillement constata trois millions cinq cent vingt et un mille votes en faveur de l'empire , et seulement deux mille cinq cent soixante-dix-neuf suffrages négatifs. « Je monte au trône , dit Napoléon au sénat, au trône où m'ont appelé les vœux unanimes du sénat, du peuple et de l'armée , le cœur plein du sentiment des grandes destinées de ce peuple que, du milieu des camps, j'ai le premier salué du nom de grand. Depuis mon adolescence , mes pensées tout entières lui sont dévolues... Mes descendants conserveront longtemps ce trône. »

Napoléon, ayant sans cesse devant les yeux l'exemple de ce même Gharlemagne dont nous venons de prononcer le nom, voulut, comme lui, ajouter à ses droits

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impériaux la consécration du souverain pontife. Dès son avènement à l'empire, il avait fait présent au pape Pie VII du brick le Saint- Pierre; quelques mois plus tard il demanda au saint-père de venir à Paris, comme autrefois le pape Etienne, oindre de l'huile sainte la tète du fondateur d'une nouvelle dynastie. Le pape hésita : mais, n'écoutant que les intérêts de l'Église, il consentit à se rendre au vœu de l'empereur ; il traversa donc la France, où la présence d'un souverain pontife était, depuis le moyen âge, un spectacle inaccoutumé : les peuples s'étonnèrent de l'involontaire respect dont les saisissait la vue de ce pauvre vieillard , débile de corps, courbé sous les années , et que le monde catholique saluait du nom de vicaire de Jésus-Christ.

L'empereur se rendit à Fontainebleau pour y recevoir lui-même le pape. Pie VII, à son arrivée à Paris, occupa un logement aux Tuileries; par suite d'une attention délicate de Napoléon, la chambre qu'occupa Sa Sainteté était distribuée et meublée absolument de la même manière que celle qu'il occupait à Rome, à Monte-Cavallo , sa résidence habituelle.

Pie VII avait la figure empreinte du double caractère de la noblesse et de la bonté ; on remarqua, pendant son séjour à Paris, qu'il parlait peu, mais toujours avec dignité : indulgent pour les autres , il usait pour lui , selon la Coutume des saints, d'une rigueur extrême; il dînait seul et ne buvait que de l'eau. Dans les intervalles que ses occupations laissaient libres, il visitait les églises et les monuments publics, et partout sur son passage il trouvait une multitude nombreuse et agenouillée pour recevoir ses bénédictions. On remarqua surtout qu'à l'exemple de notre divin maître , qui a prononcé cette parole : « Laissez venir à moi les petits enfants, » le pieux successeur de saint Pierre se plaisait à bénir et à caresser les enfants que leurs mères venaient lui présenter, ou

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qu'il distinguait lui-même dans la foule. Il était vêtu d'une soutane blanche et sans ornements. Gomme il visitait l'imprimerie impériale, le directeur de ce vaste établissement lui fit hommage d'un volume qu'il venait de faire imprimer en sa présence. Ce même jour, il se trouva dans la foule un jeune homme du peuple qui s'obstina à garder son chapeau sur la tête devant le saint-père; les spectateurs, indignés, se préparaient à faire justice de cette insolence; mais Pie VII retint ce mouvement spontané, et, s'approchant de celui dont l'obstination causait ce scandale, il lui dit d'un ton paternel : « Découvrez-vous, jeune homme, la bénédiction d'un vieillard porte toujours bonheur. » Et celui à qui s'adressaient ces paroles, vaincu par tant de charité, s'inclina avec respect.

Le 11 frimaire an XIII, sous les voûtes de la vieille cathédrale de Paris, étincelante de feux et d'or, eut lieu la cérémonie imposante du sacre. Dès neuf heures du matin, le pape sortit des Tuileries dans une voiture à huit chevaux , surmontée d'une tiare et des attributs de la papauté, pour se rendre à l'église Notre-Dame. Une heure après, l'empereur et l'impératrice suivirent la même route : le couple impérial occupait une voiture éclatante d'or et de peintures précieuses , conduite par huit chevaux de couleur isabelle et richement caparaçonnés. Napoléon et Joséphine étaient revêtus d'ornements magnifiques, et qui rappelaient le costume pittoresque du moyen âge. Le manteau du sacre était de velours cramoisi, parsemé d'abeilles d'or, doublé de satin blanc et d'hermine. Jamais, aux jours mêmes des splendeurs de Louis XIV et de François Ier, les yeux n'avaient été éblouis par une si grande pompe et par un si prodigieux amas d'or et de pierreries. Le nombre des spectateurs s'élevait à près de cinq cent mille, tant sur le passage du cortège que dans la cathédrale et sur le faîte des toits. Le temps,

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