Révolte et cbAtiment du Kaire
Les révoltés, après «voir perdu 4,000 bommes . se soumettent Le général Dupuy et le cbrf de brigade Sulkowski sont massacrés dans Im raes.
27 décembre. Bxcurnon du général Bonaparte à Fisthme de Suez et aux sources de Moïse.
22 janvier. Bataille de Sanboud, gagnée par le général Desaix dans la haute Egypte.
18 février. Combat d'Abou-Mana dans
la haute Egypte.
3 mort. Combats de Goptos, de Bardis et de Girgeh, dans la haute Egypte.
10 — Combat de Gcbemi , ^ms la haute Egypte.
Combat de Kagoun , dans la
bajote Egypte.
15 — Combat de Korsum.
18 avril. Combats de Beneadi et de Sienne.
Tnm. — Dn riiii|»rinierîe tW Riawot'x rt C**, ruedes FrKiicft-Bmirgt.'oîft-Saiiil*Michrl , 8.
La fatale issue du c(HDbat naval d'Aboukir aEFecta profondément te général en cbef, bien qu'aux yeux de l'année il conservât un calme stoïque. Mais Iwsqu'il se trouvût seul oa entouré de quelques s»vit«urs intimes , il déplorait uAferemeirt l'ioexécutieii de ses ordres et l'triiMraatioQ de Bmeys, obstinatilm que l'amiral avait d'ailleurs expiée par une moK glonoise. Son chagrin s'eihalait en plaintes iavokffitaina : c'était AugHste redemandant i. Vanis ses légitHii.
La periede l'escadre friffiçaise chasgeait toutes les dtancea de l'expédition ; cependant eUe ne devait pas ôter tout espoir. Si oa était privé des m«yais de sortir de VÊgfjtte , il était poisiUe de s'y mamteur en rattachant le* babkaas i la cause françaice. Avec de l'argent , des armes et des ofSders , «es r^iiDens pouraieBt «e recnricr dans le pairs : les Mametadcs jr avaient réussi. Toutes les poisées du général en chef se toamèrent doBC vers les moyeos de conquérir, par une tonne
administration , TaffiBCtion des Égyptiens. Cest dans œ bat politique d'une conciliation nécessaire qu'il assista aux fêtes nationales du peuple, à la rupture de la digne des eaux du Nil , à la célébration de la fête de Mahomet 11 accueillait avec bienveillance les sdieicks et les imans, causait fréquenunent avec eux, dierchait à s'instruire des besoins du pays et des moyens d'amélioration ; et même parfois , pour flatter leurs préjugés religieux , il leur laissait habilement entrevoir que l'armée républicaine ne serait pas éloignée d'embrasser le culte de Mahomet.
Dans le même temps il mettait de l'ordre dans l'administration des finances , améliorait le système de perception des impàts , organisait une police régulière dans le pays , instituait des tribunaux équitables pour rendre à chacun bonne et prompte justice, traçait des chemins militaires, faisait nettoyer et réparer les canaux , ordonnait des essais de cultures coloniales, établissait au Kaire une imprimerie arabe, turque et française, créait les febriques nécessaires à l'habillement de l'armée, les usines et les fonderies propres à la confection des munitions de guerre, fondait, pour travailler efficacement à la civilisatioi^ du pays, cet institut d'Egypte dont les travaux ont laissé de si honorables souvenirs; et enftai célébrait, avec une pompe qui frappa singulièrement les habitans du Kaire , l'anniversaire de la République.
L'administration juste et régulière de Bonaparte portait ses fruits. Les sentimens des Arabes commençaient à devenir favorables aux Français, dont la domination était évidenunent plus douce et plus supportable que celle des Mamelucks. Encore quelques mois , et le but du général en chef aurait été atteint. Des ag^ns secrets de la Porte-Ottomane vinrent changer ces bonnes dispositions en réveillant et en excitant le fanatisme d'une populace grossière.
Quand Bonaparte avait quiué la France, il avait été convenu avec le Dbectoire que le ministre des relations extérieures, Talleyrand, se rendrait h Gonstantinople pour essayer de prouver au sultan que l'expédition d'Egypte ne devait lui donner aucun ombrage , qu'elle n'avait d'autre but que de châtier les beys mamelucks , dont la France avait à
DE L'EMPIBEUR NAPOLÉON |1|
M jdtindre, rmqor |e tommetce dôs Anglais ixa» Viait , tl rendre à l'Egypte TeiiCrepfk de rOriedt. La pé^ociation 4^{t difficile • mais bon imposable : Talleyrand ne tfiqplit pas la promesse qu'il avait fiiite de s'en charger : il trouva des pré* textes pour confier cette mission h un subalt^ue , et resta i ftiris, La Poifte, ainsi abandonnée à Finfluenee de ta Russie et de TAngleterre , déclara la i^^uerre à la France.
La nouvelle de cet événement , répandue en Egypte par des émissaires envoyés de Syrie, ne tarda pas à se répand dans touq le pays et y eaqsa une fermântatioD génécale. Les m^ontens s'or{^isërpnt , profitant de la liberté laissée à r-e%ercice de la religion , fis changèrent lea exhortations à la prière , pronpncées du bai^t des minsurets , en appels h ïm* snrrection. Le chef des musulmans s'étant déclaré contre les Français^ on ne devait plus les considérer que comme des chiens d'infidèles qu'il était méritoire d'extermineà Une ré* volte sérieuse éclata au Kaire le 22 octobre. Le sén^ral Dupuy, gouverneur de la ville , et 300 trfficiera ou soldats furent égorgés. Un aide-de^ofmp du général en chef , le Pohmais Sulkowski , officier de mérite , y fut tué. Bonaparte jugea qu'U était indispensable de sévir avec vigueur. Les troupes campées autour dfs la ville reçurent Tordre d'y pénétrer, et fusillèrent tous ceux qq'ils trouvèrent lea armes à la main. Le reste des rebelles se réfugia dans la grande mosquée , et foudroyé par Tartillerie de la citadelle fiit obl^ 4e se rendre à discrétion ; tous devaient être mis à mort , Bonaparte se laissa fléchir par leur désespoir, six des plus coupables seulement eurent la tète tranchée. La répression et le châtiment de cette sédition consolidèrent la puissance des Français en Egypte.
Pendant que Bonaparte réprimait la révolte du Kaire , Desaix achevait la soumission de la haute Egypte, en gagnant sur les débris des Mamelucks la bataille mémoraUe et décisive de Sédiman.
Le repos de Varmée d-Ëgypte , après la pacification du Kaire et la défaite de Mourad-Bey , ne fut pas de longue durée. Lé général en chef avait reçu Tavis qu'une armée torque
ne HISTOIRE
se , rassemblait en Natotie et qu'elle projetait d'entrer en Egypte en longeant la côte oriaitale de la Méditerranée. Djezzar, pacha de Saint-Jean-d'Acre, totnait des magasins pour cette année , et réunissait en Syrie des troupes pour la renforcer lors de son passage. Bonaparte pensa que le meilleur moyen de déconcerter les projets de Tennemi, était d'aller détruire ces préparatifs avant que Tannée ottomane fût en mesure de secourir Djezzar. Il se résolut à marchar sur la Syrie.
Les troupes dont il pouvait disposer , sans compromettre la sûreté et la tranquillité de TÉgypte, ne s'élevaient qu'à douze mille hommes d'infiamterie des divisions Bon , Lannes , Reynier et Kléber. La cavalerie, commandée par Murât , se composait de neuf cents chevaux. Bonaparte avait formé en Egypte plusieurs escadrons d'une arme nouvelle , destinée à éclairer l'armée et à donner la chasse aux Arabei^ c'était le régiment des dromadaires; chacun de ces animaux portait deux hommes parfiiitement armés et assis dos-à-dos. La vigueur et la célérité du dromadaire sont telles, que ces troupes légères pouvaient faire en un jour et sans s'arrêter, des traites de vingt-cinq à trente lieues. Elles rendirent de grands services pendant la campagne de Syrie.
Vers le milieu de février, et après des marches où se renouvelèrent les fatigues et les souffrances que les soldats avaient éprouvées lors de leur premier voyage dans le désert en allant d'Alexandrie à Ramanich , la petite armée fut réunie devant El*Arich.
Malgré les privations de toute espèce , les sièges qu'il fallut fiiire/et les déserts qu'elle dut traverser, elle franchit rapidement la distance qui la séparait de Saint-Jean-d'Acre.
Dans cette marche , le fort d'El-Arich capitula après quatre jours de siège. Ghazah se rendit saas coup férir. On y trouva des magasins abondamment approvisionnés, ressources précieuses pour l'armée qui manquait de vivres. La ville de Jaflâ, l'antique Joppé , après un siège de quelques jours , fut emportée de vive force, et saccagée. par les soldats, indignés de ce que le comoiandant turc avait fait trancher la tète à un parlementaire envoyé la veille par le général en chef. Deux
mille hommes, reste de la garnison massacrée dans la ville, s'étaient retirés dans un caravanserai : ils furent iàïts prisonniers. Uimpossibililé de les conduire en Egypte; le manque de vivres , et la certitude que ces hommes, renvoyés sur parole , iraient aussitôt renforcer les troupes du pacha de Saint- Jean-d'Acre, imposèrent au conseil de généraux, rassemblés pour décider ce qu'il en fallait faire , la pénible obligation de déclarer que le salut de Tarmée exigeait leur mort.; Le général en chef laissa exécuter cette condamnation avec la plus vive douleur; mais c'était son devoir : la nécessité est impérieuse et impitoyable.
La peste, dont quelques bataillons avaient apporté le germe d'Egypte, se déclara pendant le séjour à Jaffa, et fit de grands ravages dans l'armée. L'imagination des soldats était frappée et leur courage abattu. La stupeur était universelle. Les malheureux atteints du fléau étaient repoussés par leurs camarades. Le dévouement généreux des officiers de santé ne pouvait suffire pour chasser ce lâche égolsme, et rappeler l'armée à des senlimens plus dignes de l'humanité. Bonaparte voulut, par une démarche éclatante et publique , relever le moral de ses soldats. Le 11 mars, suivi de tout son étatmajor , il alla visiter les deux hôpitaux où les blessés et les pestiférés étaient soignés séparément. 11 resta plus d'une heure dans celui des pestiférés , s'arrêta auprès de tous les soldats , et adressa à chacun d'eux des paroles de consolation et d'encouragement. Dans le but de montrer aux malades que l'afFeclion n'était pas aussi contagieuse qu'ils le supposaient , il en toucha plusieurs, et il aida à soulever le cadavre d'un soldat tout souillé par l'ouverture d'un bubon pestilentiel. Enfin , et sur les vives instances du médecin en chef Desge-: nettes , qui lui représenta qu'un aussi long séjour dans une atmosphère remplie de miasmes infects devenait beaucoup plus qu'inutile, il consentit à se retirer, et quitta l'hôpital comblé des bénédictions de ces malheureux expbans. Lorsqu'il sortit, les officiers de son état-ms^or, justement alarmés, lui firent de vives observations sur son imprudence. «C'était mon devoir, leur répondit-il avec calme ; je suis général en chef.»
lift HISTOIRE
L'irmée arriva le 18 mars devant Saint-lean-d*Acre , où Djetzar s'était eûfiermé avec toutes ses richesses et une forte garnison. La thmcHée Ait ouverte te 20 mars. Les fortifies* tioûs de cette place île tonsiiitaient qu'en un mur d'ehceitite flanqué de tours et couvert par un fossé profond. L'artillerie ftm<^ise n'était composée que de qbatire pièces de IS, huit obusiers , une caronade de 33 et une Ireiiiaine de pièces dé 4. Bonaparte attendait des pitres de sié{;e; mais ces pièces , envoyées par mer, avaient été priéiespar l'amiral ançlais Sidney-Smith , qui croisait avec une escadre dans la mer dé Syrie : elles avaient été données par lui â Djezzâr, et armaient les remparts dé Saiut-Jeaii-d'Acre. Enfin l'iaiHillerie manquait de boulets, et on ne s'en Jit-ocuràit qu'eh Faisant ramasser ceux qui partaient de la place et des vaisseAux anglais, émbossés non loin de la plage.
Cependant i\ Djezzar avait été livré & ses propres res* sourceè, la ville n'aurait pas résisté long-fems à l'audace dé nos grenadiers et à Thabilelé de nos artilleurs. Deux circon* êtancés fatales rendirent le siège aussi opiniâtre que sanglant, et prolongèrent une résistance désespérée : la croisière de ramiral Sidney*Smi(h , et la présence, dans la place, de dèiix émigrés firançài^ ( Philippeaut , ingénieur d'un rare mérite , aiiciéki condisciple de Bonaparte â l'école de Brilpnne , et Tt^melln , officier d'artillerie distingué) , qiii foretat chargés des traVàUi de ta défense. En buire, ta garnison ne cessait de recevoir, par mer, des secours et des muttiiîons de toute espèce, tandis qtie l'airmée française épuisait insensiblement ses ressources.
Le général en Iphef venait de lîvt^er ft Saînt-Jèan-d'Acrfe . on premier assaut qui avait été infructueux , lors qu'il reçut là nouvelle qu'isné armée ennemie rassemblée à I)amas , et ^réssie dans sa marche par lesTurc^ de la Palestine, marchait contre lui. Il emnoya aussitôt , pour observer le mouvement de têtlc armée, et h contenir lorsqu'elle approcherait , la dîvièîon feléber â Nazareth , et Murât avec 2,000 hommes à Saftah. Peu de jours après (au moment même où la garnison i*flFcfetualt utîe sortie) , il apprit que l'ennemi avait passé le Jourdain , et que Kléber allait être attaqué. Alors, et dès que
les Turcs furent rejetés A:\m la ville, prenant avefc lui la division Bon et de la cavalerie , il partît , le 15 avril, pour aller au secours de son lieutenant.
Arrivé, le lendemain au matin, auprès du Môilt-Thabbr; il aperçut dans la plâirié célèbre d'Esdreion Titifaliterie ehhemie arrêtée dans le village de Fouli, et au milieu de vingt miriè cavaliers, la division Kléber, entièremetit entouWe j fôrtaëé cfl deux carrés, cortibattant avec utt ordre admirable; Le combat durait depuis six heures , et depuis sis heiii^s cette bravé division Recevait sans se rompre, tantôt sûr àes baïonnettes , tantôt avec un feu â bout portant , les cbairgèS ithpétueuses des Mamelucks et des Arabes. Bonaparte Jugea qu'il n'y avait pas an instant â perdre. Il Ordonna A la division Bot de se réunir en carré et de s'avancer t*apidemént dans la plaine, dé manière â fbrmet* un tridnglle équilatél*al avée les deux carrés de Kléber. Cette belle mânapuvre, dont le But était de mettre rénhémi aU centré , l^éul^it complétémébt. Kléber , entouré de fén et de fliméé , ne pouvait ]pas Vdi^ l^ë qui se passait autour de lui. Le bruit du cation lui aniionçà rarrivée dé Bonaparte , dont l'apparition fut Uri coup dé foudre pour Tènnemi. Bientôt un feu terrible partant dés trois extrémités du triangle, éclata et dispersa lés Màmélucks; lié 8 'enfuirent en désordre au grand galop de leurs chevaux. Lés grenadiers de Kléber repriren! TofFensive. Utié cblofahé s'avança Sur Fouli. Le village fut emporté à la naïonhette , rinfanterîé enneniie foudroyée par rartillërié, repousséè dfc tous tôtés par la fusillade ou farme blanche, se précijpita vers le Jourdain pour trouver une issue A sa fuite. Elle tbrht^ au milieu de la cavalerie de Murât, qui eti fit iin cnrnagè affreux. I/armée ottomane perdit à la bataillé du Mont-Thabèr plus de six mille ho;nmes, cinq cents charaéaiix, des pircj9îsious et des richeisses considérables.
Crtle victoire ftit décisive : les ennemis, pendâtit !ê tttfe du siège , n'osL»rent plus inquiéter Tàrmée.
Après Soixante jours de tbtichée ouverte ^ après huit assauts infructueux , où avaient péri Télite deis tiroupes et pWsieurs généraux. Bon, Venoux , Raînibaud; où d'autres, tels c|UB Lannès, Viai, Rampon, avaient été blessés, le général
lao
en cbeF, désespérant de vaincre la résistance opiniâtre des Turcs, qui avaient reçu des renforts, et voyant arriyer.la saison des débarquemens , se décida à lever le siège de Saint- Jean-d'Acre.
La peste continuait à décimer Tarmée. L'esprit de révolte se ranimait en Egypte ; une insurrection , «citée par un fanatique , qui, sous le nom d'Ange-EI-Modhy, s'était fait passer parmi les Arabes pour uii être surnaturel , avait mis en grand péril les Français établis dans le Delta et le Babireh. Enfin une expédition se préparait dans les ports de TArchipel pour tran^rter en Egypte une armée turque. . Le 21 mai , Tarmée s*éloigna de Saint-Jean-d'Acre. Elle avait perdu trois mille hommes par la peste ou par les combats. Avant d'abandonner les travaux de tranchée , et afin d'employer des munitions devenues inutiles, et que, faute de chevaux, il n'eût pas été possible d'emporter, le général en chef fit , pendant les trois derniers jours du siège, jeter dans la ville tout ce qui lui restait de bombes et d'obus , et la réduisit presque en cendres.
. Le retour en Egypte fut accompagné de plus de souffrances et de fatigues que la marche sur la Syrie. On avait à transporter un grand nombre de blessés et de malades. Le général en chef s'occupa d'eux avec une extrême sollicitude ; il donna l'ordre que tous les chevaux, ceux des généraux, de l'étatnuyor, les siens mêmes, leur fussent réservés. Afin de donner l'exemple , il marchait à pied à la tête des colonnes.
L'armée s'avançait le long de la Méditerranée, au milieu des sables mouvans et embrasés, ravageant les villes, les villages , incendiant les moissons, détruisant tout ce qui pouvait protéger la marche de l'ennemi ou lui offrir quelques . ressources. Dans le trsy et , le général en chef faillit être assassiné. Un Arabe de Naplouse, embusqué dans un buisson, lui tira, presque à bout portant , un coup de fusil qui ne l'atteignit point ; ce misérable s'enfuit, et réussit à gagner au milieu tle la mer, un rocher où il espérait être à Tabri de toute . vengeance ; mais les balles de nos soldats en firent justice. Les troupes s'arrêtèrent quatre jours à JafFa pour se reposer de leurs fatigues. La peste n'avait pas cessé de frapper
des victimes; le nombre. des pestiférés était considérable, Bonaparte fit une nouvelle visite à rhôpital , et donna Tordre d'évacuer sur TÉg^ypte tous ceux qui pourraient supporter le transport. Cet ordre fut exécuté. Cependant, quelques années après, les rivaux du général, les envieux du consul, les emiefflis de Tempereur, ont accusé le général en chef de l'armée d'Egypte d'avoir ordonné T empoisonnement de ses soldats fiiippés par la peste. La haine que soulève toujours un grand génie et les basses passions des hommes peuvent seules, expliquer comment cette accusation calomnieuse a été répandue et propagée! Aujourd'hui que la question a été scrupuleusement examinée, et que la vérité est débarrassée de tous ses voiles, on peut affirmer qu'aucun empoisonnement de pestiférés n'a eu lieu à JafFa. Tous, à.l'exception de cinquante, parvenus au dernier période de la maladie , et hors d'état d'être transportés, ont été évacués, les uns par mer sur Damiette, les autres par terre sur El-Arich, et y sont arrivés. Des cinquante malades restés à JafFa, la majeure partie mourut, quelques-uns retrouvèrent la force de suivre la retraite , sept seulement restèrent dans l'hôpital , et expirèrent le lendemain du départ de l'armée.
Bonaparte arriva au Kaire le 14 juin. Il était temps qu'il reprit les rênes du gouvernement; un relâchement funeste s'était manifesté dans les administrations civiles et n^litaires , et avait favorisé les espérances de révolte. Les mesures sévères et l'activité du général en chef firent bientôt tout rentrer dans le devoir.
Le peu de succès de l'expédition de Syrie; fit sentir plus vivement à Bonaparte le besoin de négocier avec les» ministres de Vislamisme peur agir sur l'esprit des Égyptiens.. Il leur demanda de publier un fetam pour ordonner au peuple de prêter serment d'obéissance au général en chef. Cette proposition les fit pftlir. Un vieillard lui répondit : «Pourquoi ne ^^ «vous feriez-vous pas musulman avec toute votre armée? «alors cent mille hommes accourraient sous vos drapeaux , et «après les avoir disciplinés à votre manière vous rétabliriez la «patrie arabe et soumettriez l'Orient. » Bonaparte, sans
vouloir contredire cette proposition , fit qaelques objeclioQfi fondées sur les habitudes de ses soldats. Ktais les schcicks et les ulémas , jaloux de lever tous les obstacles , déclarèrent que, «ms être circonsci s et en buvant do vin , on pouvait être bon muéulman , pourvu que Ton doublât les œuvres de bien- Aisance. Alors vouhint (jagner du temps , le général en chef, sous prétexte d'élever un monument k la conversion Fulore de sm armée , fit tracer le plan d^une mosquée plas grande que celte c|tti avait été ruinée lors de la révolte du Caire. Les scheicks , satisfaits , rendirent le /efam d'obéissance et prociamèretit le général de Tarmée républicaine ami et protégé du Prophétie.
Open(bnt les Mamelucks reparurent dans la basse Egypte, et Mourad-Bey s'avança jusqu'à Ghizch. On dît làème que ce ctief monta ^ùr la plus haute des pyramides et y resta une partie de la journée à considérer, avec sa lunette, les maisons du Kaire, les vastes jardins de Ghizeh et le beau palais qui avait él^ sa demeure. De toute la puissance des Matnelucks, il ne lui restait que quelques centaines de compagnons erraus et Aigitifs comme lui, n'ayant plus d'autres propriétés qae leurs armes , souillées de sang et de pouss^ière , d'autre patrie que la selle de leurs chevaux. Mourad-Bey contempla , d'un o^il stolqùe, la campagne qui s'étendaft h ses pieds, et sans pousser un soupir , se retira en s'écriant : Jllaà Kerim ! Dieu est grand !
Instruit de son approche , le général en chef sortît sur-lecbamp du Kaire et se dirigea vers les Pyramides ; niais le chef des Mamelucks s'était déjA jeté dans le désert. Aprts lui avoir donné la chasse toute la journée , mais sans pouvoir réussir ù l'atteindre, Bonaparte, campé auprts des Pyramides, i^ë reposait des fatigues dû jour , et, assis an ^ied du Sphinx de granit , .jouissait de la fraîcheur du soir , lorsqu'un mbt ar^ivant en hâte d'Alexandrie Ikii remit une lettt*e du jg^éâéràl Mànnôut ; cette dépêche lui annonçait qu'un corps de dit-huit mille Janissaires turcs était débarqué à Aboukir èous la protection d'une escadre anglaise. Aussitôt, sans perdre bb moment , !e général en cheiF rentre dans sa tente et expédie, jusqu'à trois heures du matiil, ses ordres pour le dé-
part des troupes qui doivent ié suivre, et ses instnictioiis pour le gouvernement pendant son absence.
A quatre heures il était A bbeval, et troil^ jours aprte, le 19 juillet, il arrivait A Ramameh , lieu qu'il avait fixé pour la* réunion des troupeë. D<^ Ramameh il se porta sur Aiexandrîef afin d'examiner lui-même la {Misition dé TenneinL
Un des meilleurs généraux de la Porte, Mustapha , padm de Romélie , cohimandàit Tàrmée turque , qui ne se côra-* posait que d'infanterie : c'étaient de braves JanMsaines armés^ il est vni , de fhsils sans baïonnettes , mais habitués ^ après avoir ftdt fèn et rejeté leur fîisil en bandoulière , à combattre le sabre et le pistolet à la main. Ils étaient dirigés par des offlriers anglais et avaient une artillerie nombreuse et biéii servie. Quant à là cavalerie, Mustapha comptait sur laceopé* ratioa de Mourad-Bey^ qui devait lui amener ses Mamducks. Les eimemis occupaient Tétroite presqu'île d'Aboukitk Lear portion était couverte par deux lignes de retranchnaens ; la première â mille txA%es en avant du village , et la secrinde bê villagb même, prott^gée par \me ibrte redoute et par les Mx de trente chalt)uj[)es canonnières. C'est là qu'était le gros de leurs forces, ehviron dix mille hommes et douse pièces de canon. Uoe réserve de quinzecentshommesoccupait le fort d'Aboukir.
Après a\''oir reconnu ces dispositions, Bonaparte qui voulait d'abord attendre l'arrivée dé toutes ses divisions , se d^^ cida à aller les attaquer sur-le-champ , avec iseulement six mille homtides, qu'il avait déjà à sa disposition, des divîsiDns Laimes, Bon et Mural. Il savait que les fontassins turcs re<doQteut singulièrement la cavalerie , et il conçut son projet <1 attaque en conséquence. Pendant que deux divisions devaient marcher de front aux retranehemens élevés sûr les deux ailes de l'ennemi , Murât , avec ses escadrons de hussards et de dragons , avait Tordre de pénétrer par le centre de là ligne dans l'intervalle des réiraachemens, Afin et prendre rennemî à i^cvers. Cette manœuvre eut un pleîfa succès , la première ligne fut forcée , malgré l'énergie de la iéknse , et ceux de ses défenseurs qui échappèrent aux sahres de notre cavalerie et aux baïonnettes de notre itdtoterie rentrèrent en désordre dans le Vfflage où le combat r#-
■ISTOIRI
«jVii Mtat le plat eiact , avec ooe quantité de recrues saffi- • sautée pour réparer les pertes des deui campagnes. Le gou* « vememenl vous fera coooatlre alors ses intention^, et moi, etiomme public ou particulier, je prendrai des mesures «pour vous faire avoir fréquemment des nouvelles. -«* Si par «des événemens incalculables , tontes les tentatives étaient «inAuctneuses , et qu'au mois de mai vous n'eussiez reçu ao- «cun secours ni nouvelles de Fmce ; si cette année , malgré «toutes les précautions, la peste était en Egypte, et que vous «perdissiez plus de quinze cents soldats , perte considérable , «puisqu'elle serait en sus de celle que les événement de la «guerre oceasionneraient journellement; je dis que , dans ce «cas , vous ne devez point vous hasarder de soutenir là cam- «pagne prochaine, et ^ne vous êtes autorisé à conclure la «paix avec la Porte ottomane, quand même l'évacuation «devrait en être la condition principale. Il fisiudrait seule- «ment éloigner Tesécution de cet ordre, si cela était pos- «sible^ jusqu'à la paix générale. — Vous savez aussi bien que «personne, citoyen général, combien la possession de l'Ë- «gypte est importante pour la France. L'empire turc, qui «tombe en ruines éd tous cètés, s'écroule aujourd'hui, et « l'évacuation dé l'Egypte par la France serait on malheur «d'autant plus grand que nous verrions , de nos jours, cette «belle province passer^ en d'autres mains étrangères. — Les «nouvdles des revers ou des succès de la République en «Europe doivent influer puissamment sur ces calculs. — Vous ffConnai}(sez , citoyen général, quelle est ma manière de voir «la politique de l'Egypte. Il faut endormir le fanatisme en «attendant qu^on puisse le déraciner. En captivant l'opinion «ttes grands Scheicks du Kaire, on a l'opinion de tonte « TÉgypte et de tous les chefis du peuple. Il n'y a rien de plus «dangereux pour nous que ces chefs peureux et pusilla- «nimes, qui ne savent pas se battre, et qui, semblables à «tous les prêtres, imposent le fanaiisme sans être fanatiques. « — Quant aux fortifications, Alexandrie et El-Arîch, voilà les «deux clefs de l'Egypte. J'avais le projet de faire établir cet «hiver des redoutes de palmiers, deux depuis Salahieh jus- «qu'à Katieh, et deux de Kalieh à El-Ârich ; une de ces der-
« Diérèse serait trouvée dansFendroitoùle général Menou a dé- « couvert de Teau potable. — ^La place importante que vousallez «occuper va vous mettre à même de déployer les talens que «la nature vous a donnés. L'intérêt de ce qui se passe est vif, «et les résultats en seront immenses sur le commerce et la « civilisation : ce sera Tépoque d'où dateront les grandes ré- « volutions. — Accoutumé à ne voir la récompense des peines «et des travaux de la vie que dans Topinion de la postérité , «j'abandonne TÉgypte avec le plus grand regret. — L'inté- «rét de la patrie, sa gloire, l'obéissance, les événemens «extraordinaires qui viennent de se passer, me décident à «traverser les escadres ennemies pour me rendre en Europe. « — L'année que je vous confie est toute composée de mes en- «fens. J'ai eu dans tous les temps ^ même au milieu de leurs «plus grandes peines, des marques de leur attachement. «Entretenez-les dans ces mêmes sentimens,vous le devez «pour l'amitié et l'estime toute particulière que j'ai pour «vous , et l'attachement que je vous porte. i>
Deux frégates, la Muiron et la Carrère, dehappées au désastre d'Aboukir, avaient été secrètement préparées pour recevoir Bonaparte et sa suite. Le 22 août il s'embarqua presque en vue d'une corvette anglaise. L'apparition du bâtiment ennemi inspirait de vives inquiétudes à ses compagnons de voyage; on tremblait d'être surpris, on voulait rentrer à Alexandrie : «Ne craignez rien , dit Bonaparte , nous «passerons ; la fortune ne nous trahira pas , nous arriverons «en dépit des Anglais.» En effet, après quarante-huit jours d'une navigation difficile sur une mer couverte de vaisseaux ennemis, les frégates, habilement dirigées par l'amiral Gautheaume , mouillèrent , le 9 octobre , dans le port de Fréjus. Bonaparte y débarqua au milieu d'unanimes acclamations , et partit pour Paris, où il entra le 16 octobre 1799. La nouvelle de son arrivée se répandit aussitôt par toute la France , et la confiance d'un meiUeur avenir rentra dans tous les coeurs : le peuple pressentait que Bonaparte allait être le sauveur de la patrie.
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE
GABIPAGNE DE STRIE. — 1799.
6 février, Marche sur la Syrie.
9 — Combat d'EI-Arieh.
10 — Le gtoéral Booiparte aort da Kaire.
19 — Prite dn fort dHEl-Arteii.
24 — Entrée à Ghazah.
7 mari, Priae et «ac de Jaffia (10 oa« nons. La garniaoD ftat fusillée).
8 — Les premiers syrapttaiei de la peste paraissent dans rarmée française.
11 — Le général fionaparle visite Tbôpital des pestiférés.