‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 14 sur 46 · PAIX GÉNÉRALE —CONSULAT A VTE · texte numérisé non relu

PAIX GÉNÉRALE —CONSULAT A VTE

UIHINISTRITION — TRAITES DE LONCVILLB ET d'jLNIINS.

L'administration régulière qui réf^t la France est un des résultats du gouvernement de 1 empereur Napoléon. Mais nous qui jouissons mamtenant des fruits et des créations de son génie , nous oublions que c'est à lui que nous devons cette organisation facile et vigoureuse de l'État; un corps judiciaire respectable ; une armée régulière , disciplinée , habillée et payée; un trésor dont la comptabilité est claire et facile à survdiler ; des impAts établis légalement , et perçus d'après des règles égales pour tous; des codes aussi parfaits que les hommes peuvent les faire, uniformes pour toute la France ; un gouvernement dont la hiérarchie bien coordonnée assure l'action protectrice et continue. En présence de tant d'ordre , nous ne nous figurons pas le chaos , nous ne concevons pas l'anarchie complète, la désorganisation générale, et nous n'imaginons pa» ce qu'a fait pour la France

le Consulat de Bonaparte; et cependant, s'il fallait le résumer en peu de mots , il conviendrait de dire : oRien n'existait ; atout a été créé. D

Pour apprécier seulement d'une manière sommaire les bienfaits d'tm gouvernement qu'on s'est trop plu à signaler comme entaché de despotisme parce qu'il roulait arriver promptement au bien , il faut consulter les contemporains.

Voici quelques parties d'un tableau de la première année du Consulat, tracé en 1799, par uik homme qui a été témoin et âicteur dans ces grands êvéneinens qui rendirent à la France la vie, la gloire et le tepoê^ le ^nateur Rttderer. Ce tableaii , publié à l'époque où il a été composé, n'a été ni démenti ni tf^aibli par les antres témoignages contemporains. « Les première soins que réclamaient la liberté et la propriété detaietit être pour l'abolition dt^ lois dirigées contre elles, et la soleiinelle réititégratioti de leurs droits. Le ^ brumaire an Yiii vit l'abrogation de la loi sur les otages, et de la loi portant établissement de Teftiprunt forcé. Des paroles du premier consul annoncèrent , dès les premiers jours du Consulat provisoire y que la révolution du 18 brumaire n'entraînerait aucune proscription , et en ferait cesser plusieurs ; et, en effet, les déportés de fructidor sont biratôt rappelés. Barthélémy, l'un d'eux, est présenté par le premier consul au Sénat conservateur, heureux présage des arrêtés qui placèrent ensuite Siméon au Tribunat, Barbé -Marbois et Portails au Conseil d'État. Tout serment est abrogé , comtne faisant Violence aux consciences. Les prêtres déportés â la Guiane dont ramenés. Les édifices destinés au culte sont ouverts tous les jours i ceux qui ne sont point aliénés sont rendus aux comtnunes. Toutes les fêtes dites nationales , instituées par les passions, et faites pour irriter les passions Éontraif es , sont abolies : l'anniversaire du 14 juillet et du 1^ vendémiaire sont Seuls conservés. Uù arrêté rend aux citoyens la liberté de se marier le jour qu'il leur plaira , et la liberté plus sacrée encore de travaillei* suivant leurs forces et les besoins de leur famille. L'œil du premier magistrat en parcôut*ant la liste des émigrés y reconnaît de nombreuses proscriptions : de grands travaux sont aussitôt ordonnés pour marquer cette

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distinction. En attendant , Is fatale liste est close , et la râdiation des membres de l'Assemblée constituante qui ont voté pour TabolitiOn des distinctions héréditaires est ordonnée. Enfin, cent mille noms d'agriculteurs, d'ouvriers habiles, d'hommes industrieux , de femmes , sont retirés , par une disposition générale , de la liste qui déclarait cette précieuse population perdue pour la France et acquise â l'étranger.

« Ces travaux de justice réparatrice sont entremêlés avec tous ceux que demandaient la sagesse et la prévoyance pour la conservation et la réhabilitation de l'État.

«Une constitution nouvelle , dont Bonaparte a discuté toutes les parties , et qu'il a marquée du sceau de son esprit en donnant à l'autorité du gouvernement cette force régulière qui assure à la fois l'ordre et la liberté, est présentée au peuple A'anQaiâ et mise en activité. Un Conseil d'État , composé d'honunes probes et etercés aux affaires, est établi. Les communications du gouvernement arec les autres autorités législatives sont assujetties par la loi à un ordre régulier. Le territoire de la République est Soumis â une nouvelle division et à des administrations provinciales. Cent préfets, quatre cents sous^préfets , dix mille maires sont noinmés à la satisfaction générale^ Un nouveau système judiciaire est sub^ stitué au système informe qui avait prévalu depuis dix années ; des tribunaux de première instance sont multipliés ; de grands tribunaux d'appel sont institués , le tribunal de cassation réorganisé , et partout la solennité est rendue aux fonctions de la justice. Enfin , de longues discussions sont ouvertes sur les moyens de parvenir à la formation des listes de notabilité prescrites par la Constitution.

«Voilà les travaux exécutés ou commencés pour l'organisation politique , administrative et judiciaire de la RépUbUque.

«En même temps, et concurremment, marchent les réformes et les améliorations dans les finances; la contribution mobiliaire est réduite de dix millions ; la taxe d'entretien des routes, qui grevait le commerce en raison de la difficulté des chemins et de la faiblesse des chevaux , est ramenée à des prhicipes plus équitables ; des octrois municipaux sont accordé» aux conmiuneS , pour l'entretiefl de leurs hospice^;

des honneurs publics sont promis et décernés aux départemens qui auront le plus tôt payé leurs contributions; des receveurs soivables remplacent des préposés ignorans, sans moyens, sans crédit, et ofFrent au gouvernement des ressources pour le service courant ; une caisse d'amortissement, une banque publique sont fondées ; le trésor national reçoit une' nouvelle organisation; des receveurs infidèles sont poursuivis devant les tribunaux ; en un mot , le glaive de la justice, le levier de Thonneur, Tœil de la surveillance, tout concourt au rétablissement des finances ; le trésor public est garni ; le crédit renaît; et à compter du second semestre de Fan vni, les rentes et pensions commencent à être acquittées en numéraire.

« Cependant Tennemi était à nos portes , et nos armées presque détruites ; sous le premier guerrier de TEurope , devenu le premier magistrat de la France , tout se refait comme de soi-même. Les braves se raniment , les débris se rassemblent , les conscrits marchent aux drapeaux qui les attendent. En peu de mois les anciennes armées sont réorganisées....

«Spectacle non moins honorable que les victoires ! les armées françaises, partout triomphantes, sont partout disciplinées; partout elles respectent Tordre, la propriété, le malheur. Plus de pillages; les exactions sont punies; les contributions militaires sont imposées avec modération, reçues avec ordre et décence , dépensées pour le soldat avec fidélité , et enfin soumises à une exacte comptabilité.

a Des consolations , des dédommagemens sont assurés aux soldats mutilés par la guerre. Uhôtel des vétérans est embelli ; le temple de Mars est décoré de leurs noms. Les grenadiers de Tarmée reçoivent une récompense commune , et une illustration d'un genre nouveau , par Télévation d'un héros descendant de Turenne , au litre, jusqu'alors inconnu, de premier grenadier de l'armée. Un nouvel hommage est consacré à la valeur et au talent militaire, joints avec la vertu et la modestie civiques , par l'inhumation solennelle de Turenne lui-même, par le monument élevé à sa mémoire, dans le temple de Mars , au mépris des préjugés nouveaux

qui avaient proscrit le mérite uni à une haute extraction , comme les anciens préjugés avaient repoussé le talent privé des recommandations de la naissance. L'émulation est excitée dans Tàme de tous les braves , par les médailles , par lés colonnes qui consacrent à la postérité le dévouement de Desaix , de Kléber, et de tant d'autres guerriers morts au champ d'honneur, et enfin par ces mots, sortis de Fàme du premier consul lorsque la mort frappa Desaix : «Que ne m'est*ii «permis de pleurer ! »

«En inéme temps que le premier consul préparait ses victoires sur les ennemis extérieurs de TÉtat, il réduisait les ennemis de rintérieur dans les départemens révoltés. Il commence par les faire déclarer hors de la constitution, sûr qu'un grand déploiement de la force militaire dispensera d'en faire un sanglant asage. 60,000 hommes sont rassemblés en Vendée; un plan de campagne est arrêté ; les rebelles sont partout attaqués , poursuivis , combattus , vaincus ; et tandis que des généraux sages et habiles exécutent le plan de Bonaparte , Bonaparte lui-même, par sa modération et sa justice , attemt et désarme dans leur conscience ceux des rebelles que nos guerriers n'ont pu réduire ; il gagne les âmes , change les volontés , dissipe les préventions , tandis que ses généraux enchaînent les bras et domptent les fureurs.

«Bonaparte devait avoir dans le sentiment de ses forces et de ses talens le pressentiment de ses victoires ; il n'en fut pas moins modéré dans sa politique envers les nations étrangères. A peine consul , il offre la paix à l'Autriche, il offre la paix à l'Ajigleterre , il accueille les propositions amicales des États-Unis. L'Autriche aveuglée par l'Angleterre, l'Angleterre, vaine des complaisances de l'Autriche, refusent la paix, l'une avec hauteur, l'autre avec insolence, et il faut vaincre encore. Mais les forces de la France ont doublé par les sentimens de justice offensée, de longanimité blessée qui transportent les armées républicaines ; celles de l'ennemi sont diminuées par la honte dont ses troupes sont frappées en se voyant condamnées à servir une animosité farouche et un pacte destructeur : ainsi Bonaparte a assuré sa vengeance par l'offense même à laquelle il a cru que son devoir

Tobligeait à s'exposer, n achève d'intéresser les paissamees neutres à sa cause , en substituant des institutions et des rëglemens favorables à leur commerce et compatibles avec la liberté des mers,* aux vexation» par lesquelles l'ancien Gouvernement avait ci^u devoir enchérir sur les prétentions orgueilleuses de l'Angleterre. Vembargo mis dans tous les ports de la République sur les navires neutres est levé ; la neutralité des cargaisons sous pavillon neutre est solennellement reconnue; un tribunal des prises, placé trop près du Gouvernement pour n'être pas au-dessus de la corruption , est institué pour juger administrativement les questions de prises qui, depuis long- temps étaient soumises à toutes les lenteurs de la justice révolutionnaire : en un mot , le droit des gens est rétabli dans toutes les relations maritimes de la République.

(f Cest dans ces circonstances que la campagne s'ouvre en Italie. La victoire paie à Bonaparte le prix de sa modération , et sa modération se déclare de nouveau comme pour honorer la victoire et en assurer les heureux fruits. Il offre une seconde fois la paix sur le champ de bataille conquis par sa vaillance, et le Nord s'étonne de sa sagesse autant que de ses triomphes. Les préventions de la Russie sont dissipées ; elle cesse de nourrh* les espérances de l'Angleterre. Le Danemarck prend une contenance assurée devant les flottes anglaises. De toutes les parties de l'Europe , du sein même des bataillons ennemis , des acclamations de paix répondrait au premier consul que son vœu sera rempli.

« Les ministres américains amenés en France par Tespé* rance de rétablir Tancienne amitié des deux nations trouvent dans Bonaparte victorieux autant de justice que de gloire , autant de longanimité que de puissance. Un traité rétablit les relations commerciales entre la France et les États-Unis , rend à notre commerce maritime de l'activité , assure la subsistance de nos colonies , promet l'oubit des vexations exercées contre le commerce américain sous le régime révolutionnaire , garantit l'indépaidance des États- Unis et leur prospérité , dont les suites doivent être si utiles à la France » enfin consacre des principes favorables ft la neu-

twlité en opposition avec tes violeiices que te Gouvernement anglais s'est permises contre ses propres alliés.

a Ne négligeons pas, en parlant de la conduite de 3011a*parte à Fégard de^ puissances étrangères , de rappeler les égards plans de convenance dont il a accompagné les actes de sa justice et de sa politique. Les négociations avec rAmér Pique furent heureusement préparées par les bonneuro finies bres que le premier eonsâl fit rendre i Washington, à la DOuveUe de sa mort. Un bon accueil a été préparé près de TAmériqne au traité q^i a été opo^lu , par la fête dpnnée ans minisfi^es américains après la signature, ^empereur d'Aile^ magne, Tempereur de Russie n'ont pu être] indiggrenî aux \>m^ tiTiitemens exercés envers les of Aciers autrichiens fA les QflSdeps russes prisonnier^ de guerrre , ainsi qu'à l'humanité qui a pourvp au bon entretien des soldats des im% puMh saneas. Snftn, qui n'a pas été touché daçs USuropie entière de ce respnct pour le malheur, pour la eeodre des motti et l'hospitalité nationale , qui a fait rendre à Pie VI les he^nepff funèbres dus à son rang? I^e premier magistrat de U Répu-r blique u'a-t^l pas servi tout h \^ fois et les mosiirs et I4 poUtlT que, en faisant revivre dans la diplomatie cep bi^n$éance^ f)<mï le sentiment délicat à toujours caractérisé la nation française?

«Dans le tableau de tant de choses , grandes par leur importance et leur difficulté, où placer tftie foule d'actes d'administration bienfaisante ou noble et brillante? Où viendront se placer et L'institution de la gradualité dans les emplois diplomatiques, et les règlements qui préparent et annoncent pour un avenir très prochain la restauration d'une formidable marine ; et les dispositions faites pour faciliter l'établissement du nouveau système métrique ; et enfin l'expédition du eapitaîne Baudin?

ce Dans les actes qui viennent de passer sons nos yeui^, beaucoup sont des lois qui supposent les discussions arides , difficiles et des connaissances spéciales. Plus d'un lecteur crmra peut-être que Bonaparte les a adoptées de confiance : ce serait une erreur. Depuis l'arrêté qui change la dénomhiation des poids et mesures jusqu'à la loi qui organise les tribunaux , Bonaparte a tout discuté , et très souvent tout édairé.

tes HISTOIRE

Infiitigable au travail, assidu à ses conseils d'administratiffli , assidu au Conseil d'État, il met à tout Tautorité de son talent, a?ant d'y mettre celle de sa place; et ayant d'y mettre l'autorité de son talent, il a encore le soin de provoquer celui de tous les hommes dont il s'est environné. Il a établi dans le Conseil d'État , une discussion vive et femilière, exempte des inconvéniens attachés aux discussions de| tribune, où les auditeurs sont presque toujours entre les orateurs qui entraînent et les orateurs qui endorment. La parole dans le Conseil est à l'orateur quiéclaire ; et le ton y est tel qu'il doitètre pour aider an mouvement de l'esprit, sans exciter celui des passions...

« Encore un mot sur ce qu'il a fait pour la morale, n a donné aux Français l'exemple d'une vie laborieuse et simple, mêlée de peu de plaisirs , et de plaisirs nobles, tels que ceux du théâtre et particulièrement de la scène tragique. Ni son rang, ni sa gloire, n'ont pu lui rendre indÉfërens ni les amis qui lui furent dévoués, ni les hommes que l'intérêt public a engagés avec lui dans des périls communs, ni les douceurs de là vie domestique et de l'union conjugale. Il a remis en honneur le travail, l'amitié, le'mariage, ces trois grandes garanties du bonheur particulier. »

Revenons aux événemens qui suivirent la brillante campagne de 1800.

L'armée d'Allemagne avait répondu dignement aux succès de l'armée d'Italie. Cinq jours après le triomphe de Marengo, Moreau , victorieux à Hochstett , vengeait la gloire nationale d'un grand revers éprouvé par les armes de Louis XIY ; de nouveaux succès , l'invasion du Voralberg , l'occupation de la vallée des Grisons , la communication ainsi établie entre les armées de Moreau et de Masséna obligèrent l'ennemi à /demander et à conclure l'armistice de ParsdofF. Les hostilités cessèrent sur toute la ligne, en Allemagne et en ItaUe. Un congrès s'ouvrit à Lunéville. Les peuples fatigués se reposèrent dans l'espoir d'une paix prochaine. C'était aussi le vœu du premier consul ; mais l'Autriche et l'Angleterre n'avaient voulu que gagner du temps. L'armistice fut rompu et la

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{^erre reGommcnça. Bientôt la victoire d'Hobenlinden, qai conduisit Tannée de Moreau à vingt lieues devienne, le succès de Tarmée gallo-batave, conunandée par Augereau, les prodiges de Tarmée des (kisons , aux ordres de Macdonald (4pii passa le Splugen au milieu de Thiver, en surmontant des obstacles non moins grands que ceux qui avaient été vaincus au Saint-Bernard) , les victoires de Brune avec Farmée dltalie, ne laissèrent plus à Tempereur d'Allemagne d'autres resr sources qu'une prompte paix; elle fut conclue à Lunéville le 9 février 1801.

Cette paix porta joie dans tout le pays. Un des frères do premier consul avait été le représentant de la République au congrès. Les intérêts de la France y furent défendus avec beaucoup d'babiieté. Une suspension d'armes faite en .Italie par les généraux en chef avait laissé Mantoue au pouvoir des Autrichiens. Une convention signée à Lunéville par les plé nipotentiaires mit l'armée française en possession de cette place importante. C'est au sujet de cet incident Remarquable des négociations que Moreau , général en chef de l'armée du Rhin, écrivit à Joseph Bonaparte: «Citoyen-ministre, reccr a vez mes compiimens pour la manière dont vous avez as- « siégé et pris Mantoue sans quitter Lunéville. d

La victoire et la paix n'étaient pas les seuls liens qui rattachaient les esprits au premier consul, l'administration intérieure du pays était encore entièrement dirigée dans l'intérêt de la gloire et de la prospérité nationale. Cette heureuse situation des choses ôtait toute espérance aux divers partis qui , dans un but d'intérêt personnel , désiraient encore des révolutions; mais la vie du premier consul était la seule ga* rantie de repos et d'avenir pour le pays. Cette vie précieuse fut menacée. Dlss républicains fanatiques Topîno-le-Brun, Arena, Demerville, Cerracchi, formèrent le complot de l'ascsassiner. Leur projet fut déjoué : mais , à peine échappé à ce danger, Bonaparte faillit périr par l'explosion d'une machine infernale, œuvre "des royalistes Carbon et St-Rejean, autres misérables fanatiques qui pensaient que le but justifie les inoyoïs , et se seraient aussi fait gloire d'un assassinat.

La pa)x de Lunéville fut , dans la même année , suivie de

tmtés qui féconcilièreat ta France avec le reste de l'Europe continentale. Un concordat avec le pape termina tes différends ecclésiastiques, et sépara d'une mani^ positive les attrbntions du pouvoir temporel et les droits du pouvoir spirituel. La religion , qui après de longues calamités est un besoin pour les peuples , comme dans les grandes infortunes eUe est une consolation pour les particuli»s, recouvra son éclat et son indépendance.

L'Angleterre seule , dans FEurope pacifiée , continua la lutte qu'elle avait excitée contre la République ; et dans cette guerre avec les tyrans des mers , nos marins remportèrent fréquemment de brillans avantages. D'immenses préparatifs furent faits sur les côtes de l'Océan, hérissées de redoutes depuis la Gironde jusqu'à l'Escaut. On y commença la construction de cette flottille de débarquement qui devait se réunir plus tard & Boulogne. Une armée déjà rassemblée en face du Pas-de-Calais gardait nos positions, et, paf spn attitude menaçante , par sa disposition à tout entreprendre , jetait la terreur en Angleterre. Nelson, fier de notre désastre à Aboukir, avait été appelé pour défendre les côtes de la Grande-Bretagne , et pour détruire nos petits bâtiments de transport ; il échoua dans toutes ses tentatives et éprouva des pertes graves, en attaquant nos frêles chaloupes canonnières.

L'Angleterre , abandonnée à elle seule , ne pouvait pas continuer long-temps à combattre. La coi^fédération des puissances du nord s'opposait aux prétentions qu'elle avait élevées pour la visite des bâtiments neutres. La Russie et l'Espagne ne s'étaient pas bornées àfaire la paix avec la France, d'ennemies elles étaient devenues alliées. Le cabinet britannique se décida à suivre l'exemple que lui avait donné la cour de Vienne. La paix fut signée à Amiens.

Lors de la signature du traité , et c'est Napoléon qui a raconté ce feit , lord Gornwallis, plénipotentiaire anglais, donna un bel exemple de fidélité à une parole donnée , fidélité dont peu de diplomates auraient été capables. Les bases de la paix étaient arrêtées et convenues ; on recopiait l'acte qu'il avait promis de signer le lendemain à une heure fixée. Quelques

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empêchement majeimle retinrent chez lui , mais il envoya sa parole ; le même soir, un courrier arriva de Londres avee des dépêches qui, s'il n'était pas trop tard , lui interdisaient certaina articles. Il répondit , non sans regrets mais en homme d'honneop, que le traité était fait, et il alla sur-le-diamp y apposer sa signature.

Le traité d^Amiens ouvrit les portes de la France aux Anglais. Ils y arrivèrent en foule pour voir le grand homme dont la renommée remplissait déjfe le monde. Bonaparte , en détestant la politique égoïste et perfide du Gouvernement britannique, politique dont il ne pouvait être long-temps la dape , estimait néanmoins les qualités généreuses , la franchise , la loyauté , la fermeté qui distinguent le peuple anglais. Il accueillait avec faveur les hommes honorables qui Iid étaient présentés. (Tétaient toutes les célébrités du temps. Fox, le rival de Pitt , Pillustre chef de l'opposition anglaise, ne fut pas des derniers à lui apporter le tribut de son admiration. Il était venu en France immédiatement après le traité d'Amiens. Il s'occupait d'une histoire des Stuarts, et il demanda l'autorisation de faire des recherches dans nos archives diplomatiques. Le premier consul ordonna que tout Mt mis à sa disposition. Cet illustre orateur eut de fréquens entretiens avec Bonaparte qui avait reconnu en lui un bon cceur, une belle àme, des vues larges, généreuses, libérales , pour le bonheur de Thumaniti. Napoléon lui portait une véritable affection et une profonde estime; car, en pn4ant à Sainte- Hélène des hommes d^État de l'Angleterre , il disait : «Une « demi-douzaine de Fox et de Gomwallis suffirait pourfiiire « la fortune morale d'une nation. »

Il est impossible de décrire l'enthousiasme produit par le traité avec l'Angleterre , et la reconnaissance que la France vouait alors au premier consul. Les bienfaits de son aAninistration le rendaient encore plus cher au peuple qae ses victoires ne l'avalent rendu grand.

Bopiiparte proQta de la p^ix pour consolider )^ Wfititiitr lions qu'il avait créées en {taliie. Il était devenu le pré^id^

m HISTOIRE

de la r^imblique italienne. Il organisa aossi les gouvememens de la Saisse et de la Hollande. Dans rintérieur FUniversité française fut rétablie, la Légion-d'Honneur instituée; récompense accordée aux services civils comme aux services militaires. Sa devise, d'une noble simplicité, porta ces seuls mots : honneur et patrie.

La prospérité réelle du pays, Tétat florissant du commerce, de rindustrie et de l'agriculture, Téclat que jetaient sur le pays les progrès des sciences exactes, la renaissance des lettres et des arts, encouragés par rétablissement des prix décennaux, les partis réduits à Timpuissance , une amnistie générale couvrant tous les délits politiques , rouvrant la France à tous les exilés; tant d'ordre , de repos et de bonheur, devait compenser quelques revers. L'évacuation forcée de l'Egypte, la funeste issue de l'expédition de Saint-Domingue , s'oublièrent ainsi au sein de l'ivresse causée par la pacification générale.

Cependant plus la France avait de prospérité et de repos , plus elle désirait en voir assurer la durée. La raison publique attribuait justement le bonheur général au gouvernement de Bonaparte. L'opinion se prononçait pour qu'il fût maintenu au pouvoir le plus long-temps possible.

Le Sénat, obéissant à ce vœu, prolongea de dix années audelà des dix premières années fixées par la Constitution la durée du Consulat conféré à Bonaparte. Le premier consul répondit à la députation qui fut chargée de lui présenter le décret du Sénat :

« Le suffrage du peuple m'a investi de la suprême magistra- « ture. Je ne me croirais pas assuré de sa confiance , si l'acte « qui m'y retiendrait n'était encore sanctionné par son suffrage.

«Dans les trois années qui viennent de s'écouler, la fortune a a; souri à la République; mais là fortune est inconstante : et «combien d'hommes qu'elle avait comblés de ses faveurs, ont a vécu trop de quelques années !

« L'intérêt de ma gloire et celui de mon bonheur semble- « raient avoir marqué le terme de ma vie publique au moment «où la paix du monde est proclamée. Mais la gloire et le «bonheur du citoyen doivent se taire quand l'intérêt de l'Ëtat « et la bienveillance publique l'appellent.

DE L'EMPEREUR NAPOLÉON. m

« Vous jugez que je dois au peuple un nouveau sacrifice; je aie ferai, si le vœu du peuple ïne commande ce que votre a suiTrage autorise. »

Le Sénat n'avait voté qu'un Consulat de dix années. La question , soumise au vote populaire , fut plus complète. Napoléon Bonaparte sera-t-il consul à vie? Tous les citoyens jouissant des droits politiques (et le nombre alors en était nombreux) furent appelés à faire connaître leur opinion par la voie de registres ouverts dans les municipalités. Toutes les opinions purent s'exprimer librement : 3,577,259 citoyens prirent part à l'élection. C'est la masse la plus grande d'électeurs qui ait jamais été chargée de décider une question. Dans le nombre, 8,374 se prononcèrent contre, et 3,568,885 pour : imposante majorité où il est impossible de ne pas reconnaître l'expression puissante des vœux et des besoins populaires !

La paix d'Amiens n'avaitf été pour l'Angleterre qu\me suspension d'armes afin de reprendre des forces dans une lutte qui commençait à l'affaiblir, sans alliés et sans le secours des puissances continentales. La paix, aux conditions qu'elle avait été forcée d'accepter, lui était onéreuse : il aurait fallu rendre Malte » et évacuer l'Egypte. Elle voulait garder Fune et occuper l'autre. Le moment lui parut favorable pour rompre avec la France , dont l'activité commerciale et l'industrie développée commençaient à inquiéter ses intérêts. La mort de Paul F , événement tragique , à laquelle les agens anglais ont été soupçonnés d'avoir pris part , enlevait l'alliance de la Russie au premier consul. L'Autriche , pendant deux années de repos , avait réformé ses armées. Les cours de Berlin et de Naples , que les envoyés britanniques avaient pressenties, paraissaient disposées à prendre part à une coalition nouvelle.

' La possessioii de Malte semblait tellement importante à rAngleterre, que son ambassadeur, à Paris , osa fiire dire au premier oonsul qu'on le reconnaîtrait roi de France, et qu'il lui serait, en outre, donné une somme de trente millions s'il voulait céder Malte à TÂngleterre. Bonaparte refusa avec indignation en disant : < Si la nation firançaise ne m*élit pas roi , je > n'emploierai jamais Tinllnence anglaise pour le détenir. »

HISTOIRB

En présence de ses intérèU ^ le cabinet de Londres fait peu d^attendon à ses traités. La guerre reoonunença*

Fox , dans ses conversations avec le premier consul « atût toujours nié la participation de r Angleterre M complot qui s'était manifesté par Vattentat du 3 nivAse; mais cet iltastre défenseur des libertés et de llionneur de son pays n'aurait pas pu réussir à disculper les ministres de George III du crime d'avoir trempé dans une conspiraticm dirigée , après la rupture du traité d'Amiens, non-seulement contre la puissance, mais encore contre la vie de Bonaparte. Leora vaisseaux avaient débarqué Gadoudal et ses complices sur le territoire français. Heureusement pour la France , cette conspiration échoua comme la précédente. Bonaparte ne devait pas mourir sous le poignard d'un assassin : le Gouvernement anglais lui réservait une mort plus lente et plus cruelle.

Gadoudal et quelques-uns de ses complices fureni condamnés à mort et subirent leur peine. Mais Napoléon, devenu empereur, signala son avènement au trône en atcoMant un généreux pardon à huit autres des conjurés. Il dit à madame Armand de Polignae ( nom qu'il ne faut pas confondre avec celui du ministre de Charles X) : «Madame, je puis pardta* ttuer à votre mari , car c'est à ma vie qu'il en voulait »

Pourquoi faut-il , après avoir rapporté cet acte de Cl6^ mence , que nous ayons à ternûner le récit des grandes dio* ses faites par le premier consul en rappelant un événement déplorable , la mort du duc d'Enghien ? ^

On sait de quelle façon ce prince fut arrêté , conduit dé^ vent un consril de guerre , condamné et fusillé. L'Empereur à Sainte-Hélène, dans sa large intelligence des obligittioifl imposées à ceux qui tiennent le pouvoir, a voulu être chargé seul de la responsabilité. Pour apprécier jusqu'A quel point cette responsabilité doit peser sur lui^ il convient de bien con* nattre quelles circonstances amenèrent cette castatrophe. Yoidi des détails exacts qui nous sont comnmmqués par une perlonne qui n'a pas quitté Bonaparte k cette époque difficile, et qui a joui de toute sa confiance.

Quand le premier consul se décida à faire arrêter to due d'Enghien , un volcan était soua sea piedà. On conspirait , et

■HsaasubaiSas;

non -seulement il ne pouvait pas atteindre les chefs de la consptradon , mais même ils lui étaient inconnus. Dans cette situation critique, il apprend, par des rapports qu'il devait croire exacts , que le duc d'Enghien a auprès de lui à Ettenhèim , non loin de la frontière française , le général Dumouriez , et que dans la prévoyance des empècïhemens que les événemens de mer ou toute autre cauâe peuvent apporter au débarquement projeté du diic de fierry , le même duc d'ËBghien est te dief désigné potit* venir prendre , à mû déiàut, le commandement, lorsqde les coqjurés auront frappé le premier consul. Les révélation^ de quelques-uns des conjh plices de Gadoudal pouvaient faire croire que ce prince était déjà venu à Paris , et s'était concerté avec les conjurés. Là résolution du premier consul fut prise à l'instant ; aucune influence ne le décida. H ne vit que le danger imminent qui menaçait ïa République et son devoir comme chef d'titl État cpie le complot tendait à renverser de fond en comble. Ses ordres furent dionnés avec la rapidité de la foudre , comme au moment décisif d'une bataille. La persontie de qui noil^ tenons ce fait était seule auprès de Idi à cette époque; elle a connu ses résolutions ; elle a écrit sous sa dictée tous ses ordred; Le duc d'Enghien , dans ses interrogatoires devant leeonseil de giierlre , avoua qu'il restait à Ettenheim par ordre du gouvernement anglais , dont il f ecevâit une pension. Cet aveu confirma dans l'esprit des juges toutes leè» conjectures qcie les rapports précédens avaient fait naître. U fut ctmdatnné. Ah ! sans doute , il est permis de croire que , si la lettre que ce prince voulait adresser au premier consul eût été remise J celui-cî se serait ressouvenu de la grande^ belle et presque divine prér(^atîve de l'autorité âupfème; ah! sans doute , malgré la reèfMinsabilité qui pesait sur lui cotnme ôhéf de l'État, nmlgré la situation grave et terrible de la République, assaillie à la fois dans l'ombre et à force ouverte, malgré rembarras de conserver prisonnier le duc d'IËngtaien vivant, malgré rmconvéùient tiôn moins grand de lui retidf ê une complet* liberté, il aurait usé du dltrit de faire grâce. Bonaparte ne pouvait refuser la tie à un petH^ld du grafid Goûdé.

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

PAIX GÉHÉRALE. — CONSdAt À TIE.

Vi Juillet. ArmisUoe de Pandoff.

6 êeptembre. Bedditioo de Malte.

22 — Traiulatioii do corps de Tnreime ans Inyalides.

19 octobre. Départ do capitaine Baudin pour un yoyage autour du uioode.

12 et 20 novembre. Rupturede l*armit-

tice en Italie et en AllemaipM.

t'^ décembre. Passage des Alpes tyroliennes par rarmée des Grisons.

3 — Bataille et yictoùfede Hohenlinden, (6.000 ennemis tués , 10,000 prisonniers , 80 canons.)

16 Traité de Pétersbourg entre les puissances neutres , pour faire respecter leur papillon par l'Angleterre.

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