CAMPAGNE D'AUTRICHE
L'Angleterre, satisfaite d'avoir réussi â former une coalition contre la France, avait laissé aux puissances continentales le soin d'arrêter le détail des plans qui devaient être mis à exécution. Le premier projet des coalisés fut d'ouvrir la campagne avec 400,000 hommes, savoir : 2fiO,000 Autrichiens, 115,000 Russes, et 35,000 Suédois ou soldats des autres petits Ëtats de l'Allemagne que les subsides britanniques décidaient à la guerre. Gomme il s'agissait d'attaquer Napoléon, l'Autriche trouva ses troupes seules insuffisantes pour agir A la fois efficacement en Italie et sur le Rhin. Son ambassadeur auprès d'Alexandre représenta k l'autocrate russe que, le difficile étant de faire arriver en ligne les Russes avant qne les Français n'entrassent en Allemagne et n'attaquass^t eux-mêmes les Autrichiens, il était indispensable, afin de détourner l'eHbrt des soldats de Napoléon, d'agù* énei^quement en Italie et de rester sur la défensive en Allemagne. L'égoîsme dn cabinet de Vienne l'aveuglait; il
ne faisait la guerre que dans Tespérance de reconquérir Tltalie , et il en concluait à tort que c'était là où tous les efforts de la coalition devaient avoir lieu. L'Autriche s'exagérait aussi les forces disponibles de l'empereur des Français : elle prétendait qu'il pouvait porter 600,000 hommes sur le Rhin, lorsqu'il ne lui était pas possible , ayant à garder un littoral fort étendu, de mettre en campagne plus de 250,000 honmies.
Le cabinet de Saint-Pétersbourg répondit que les Russes n^avaient que 284 lieues à faire pour arriver de Brody à Branau, et que, de Boulogne i Branan, la grande année française en aurait 274 ; qu'ainsi, en calculant le temps nécessaire pour que Napoléon , prévenu de rentrée des Russes sur le territoire autrichien, donnât à son année l'ordre de marcher sur rADemagne, les Russes devaient arriver sur Tlnn, et même sur riser, avant les Français.
Il fht done décidé :
1^ Que l'Autriche agirait en Italie avec 130,000 hommes d'infanterie et 13,500 chevaux, enT3rroI avec 50,000 hommes d'infanterie et 2,000 chevaux , en Allemagne avec 94,000 fantassins et 24,500 chevaux; (le total de ces forces s'élevait à 274,000 fantasnns et 40,000 chevaux.)
2^ Que la Russie porterait 100,000 hoounes en Allemagne; que de Gorfou elle enverrait à Naples, afin de s'y réunir aux Anglais et aux Napolitains , et de^iarcher sur le Pô , une seconde armée ; qu'un troisième corps russe se joindrait dans la Poméranie à l'armée suédoise commandée par Gustave IV; qu'enfin une quatrième armée russe serait placée en titmrvation sur la frontière de Pologne , afin de menacer et de contenir la Prusse.
Le roi Frédéric-Guillaume , qui voulait à tout prix conserver sa neutralité, avait refusé le passage aux alliés dans la par^ tie polonaise de ses £tats, et empêché ainsi par son exemple les deux grandes puissances continentales, placées à la tète de la coalition , d'entraîner dans la guerre conti*e la France tous les petits États de l'Allemagne. L'Angleterre ne désespérait pas pourtant, une fois les hostilités commencées, d'amener la courdeBerimàfoirecausecommuneavecrAutricheetiaRussie.
L'électeur de Bavière, que ses sentimens personnels atta-
cbaieot & la France , et qui se méfiait des préteutions du cabinet de Vienne , avait annoncé qu'il voulait rester fidèle à TaUiance qui Tunissait à Napoléon.
Les électeurs de Wurtemberg et de Bade auraient sans doute , à cause de leurs relations de famille avec la Russie , volontiers pris part à la coalition ; mais leur proximité de Strasbourg et de Mayence leur faisait craindre d'être victimes de cette guerre. Ils résolurent de rester les alliés de la France.
Les hostilités commencèrent sans déclaration préalable. Une armée autrichienne envahit la Bavière, et (d>ligea TÉlecteur à chercher un refuge hors.de ses États.
A la première nouvelle de cette insigne violation des traités, Napoléon donna ses ordres pour que tous les corps de Tarmée commençassent simultanément leur mouvement
La grande armée, c'est le nom que reçut alors Tarmée d'Angleterre , était divisée en sept corps.
Le premier occupait le Hanovre ; il avait pour chef Bemadotte, homme fin et astucieux, d'un extérieur brillant, habile dans le cabinet, mais meilleur lieutenant que général en chef.
Le deuxième corps se trouvait en Hollande, au camp de Zeist ; Marmont , ancien aide de camp de l'Empereur » le commandait , quoiqu'il ne fût pas encore maréchal.
Les troisième, quatrième, cinquième et sixième corpsétaient campés sur la côte de Boulogne , depuis Ambleteuse jusqu'à Montreuil. Lé maréchal Davoust commandait le troisième. Ce général, qui avait reçu une bonne éducation, avait unetète fortement organisée et des idées de guerre très justes ; ses manières dures et son caractère soupçonneux lui ont fait beaucoup d'ennemis, et il a été souvent mal apprécié. Équitable, mais sévère envers ses subordonnés , il savait maintenir l'ordre et ia discipline ; aucun des maréchaux n'exigeait plus que lui , et aucun ne faisait servir avec autant d'exactitude.
Le quatrième corps était confié au maréchal Soult, qui, doué d'un physique mâle , d'un esprit étendu , laborieux , actif, infatigable, avait fait preuve en Suisse et à Gènes de talens supérieurs .
Le maréchal Lannes était à la tète du cinquième. Couvert de gloire et de blessures, ce brave manquait de principes faits sur la guerre; mais il y suppléait par un jugement admirable , et sur un champ de bataiUe il n'était inftrienr à aucun de ses collées.
Le sixième corps avait pour chef le maréchal Ney, assez connu de toute llÊurope pour qu'il soit inutile d'entrer dans de grands détails sur ce qui le concerne. Si , entraîné par une fatale destinée , il ne fut pas toij^ours le chevalier sans reproches , il fut incontestablement le chevalier sans peur. Sa force d'ftme n'avait pas de bornes ; son courage était ferme et audacieux tout ^ la fois. Il n'entendait point la guerre en grand sur la carte ; mais, sur le terrain, rien n'égalait son assurance , son coup d'oeil et son aplomb.
Le septième corps se forma à Brest , sous les ordres du maréchal Augereau, général dont le physique imposant et les manières soldatesques avaient fait la fortune. Il s'était distingué à Gastiglione et à Aroole , mais il n'avait rien fait depuis pour justifier sa réputation.
Outre ces sept corps principaux, la grande armée avait une réserve de cavalerie , composée de sept divisions , à la tèle de laquelle était placé le maréchal Murât. Ce beaufrère de l'Empereur avait de l'esprit naturel, un conrage brillant , une grande activité , et des manières chevaleresques qui en faisaient l'idole du soldat. La garde impériale formait aussi un corps de réserve ; l'infanterie avait pour chef le maréchal Mortier, et la cavalerie le maréchal Bessières. Mortier, peu brillant, était solide; son calme et son sang-froid, passés en proverbe parmi les soldats, lui avaient acquis la confiance des troupes et valu plus d'un succès. Quant à Bessières, doué de peu de talens militaires , il n'avait pour lui qu'un grand esprit d'ordre et une valeur héroïque '.