‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 22 sur 46 · COMPOSITION DE LA CRARDB ARMÉE · texte numérisé non relu

COMPOSITION DE LA CRARDB ARMÉE

1®' Corps. Bernadotte : divisions d'infanterie , Drouet, Rivaud ; cavalerie, Kellermann.

2® Corps. Marmont : divisions d'Infanterie, BoudeC|Grouchy, Dumonceau ; cavalerie , Guérin.

Lorsque Farinée entra en Allemagne, deux divisions bavaroises, commandées par denx officiers distingués, les gêné--; raux De Wrede et Deroi , vinrent s^y réunir.

Les troupes françaises qui allaient combattre en Allemagne présentaient un total de 160,000 hommes. Elles avaient, en outre pour, auxiliaires Tarmée dltalie , dont les opérations devaient se lier à celles de la grande armée, qu'elle rejoignit à Klagenfurh, après de longues et savantes marches, marquées par de nombreux succès.

Masséna avait été mis à la tête de cette armée ; sa victoire de Zurich lui donnait des titres à obtenir de préférence le commandement d'une armée isolée : il avait reçu de la nature tout ce qui fait un excellent homme de guerre, un grand caractère, un courage éprouvé, une promptitude de décision toigours heureuse , un coup d'oeil sur et militaire ; cependant il brillait plus dans le combat que dans le conseil. Son arméç pouvait présenter un effectif de 50,000 hommes ; elle était partagée en 5 divisions d'infanterie aux ordres des généraux Duhesme, Gardanne, Molitor, Yerdier, Partouneaux et Seras ; et en 3 divisions de cavalerie , conunandées par les généraux Pully, Mermet et Espagne. Ces troupes , au moment où les hostilités commencèrent, occupaient sur l'Adige une ligne parallèle à celle des Autrichiens.

3® Corps, Davoust : divisions d'infanterie , Bisson , Priant , Gudin ; ca-

yalerie, Fauconnet.

4« Corps. Soult : divisions d'infiainterie , Saint -Hilaire^Yandamme,

L^rand; cayalerie , Margaron.

5^ Corps. Lannes: divisions d1n£anterie, Suchet, Gazan; grenadiers

réiinis,Oudinot.

6^ Corps. 'Ney : divisions d'infanterie , Dupont , Loison , Malher ; cava^

lerie , Ciolbert ; dragons à pied , Baraguey d'illiers. 7® Corps. Augereau ; divisions d'infanterie , Desjardios , Mathieu. Réserve. Murât : divisions de cuirassiers, Nansouty , d*Haupoult ; divisions de dragons , Klein , Walter, Beaumont , Bourcier ;

divisions de cavalerie légère , Treilhard.

Garde impériale : garde à pied, Mortier, 8 bataillons ; garde

à cheval , Bessières , 14 escadrons.

Nota.. Le maréchal Soult avait d'abord 4 divisions, mais Suchet en fut détaché. Mortier eut ensuite sous ses ordres , outre l'infanterie de la Garde, un corps tiré des autres corps et formé des divisions Dupont , Gazan et Dumonceau.

Les forces de F Aatriche étûent bien supérienres en nombre aux troupes firançaîscs. L'armée qui, après aTOir ravahi la Bavière et franclû User et le Lcch , s'était établie sur le Danabe et lHler, comptait 110,000 combattans. Elle ayait pour chef Varchidnc Ferdinand , mais le jeune prince n'était général que de nom; il avait pour conseiller et en quelque sorte pour tuteur le fèld-maréchal Mack , que toute TAllemagne croyait un grand général , quoiqu'il eût déjà fût paraître son incapacité en Flandres et à Naples. Une autre armée de 40,000 hommes , commandée par Tarchiduc Jean , occupait le Tyrol. Enfin rarchiduc Charles , avec 100,000 hommes , devait envahir lltalie.

Avant de partir pour Tannée, l'Empereur se rendit au Sénat , où le ministre des relations extérieures exposa les grieft de la France contreF Autriche. Napoléon prit ensuite la parole:

«Sénateurs! dit-il, dans les circonstances présentes de «l'Europe, j'éprouve le besoin de me trouver au milieu de a vous et de vous faire connaître mes sentimens.

a Je vais quitter ma capitale pour me mettre à la tète de € l'armée , porter un prompt secours à mes alliés, et défendre (des intérêts les plus chers de mes peuples.

« Les vœux des étemels ennemis du continent sont accomaplis : la guerre a commencé au milieu de TAUemagne; aTAntricfae et la Russie se sont remues à i'Anf^leterre , et «notre génération est entratnée de nouveau dans toutes les «calamités de la guerre. Il y a peu de jours, j'espérais en- «core que la paix ne serait point troublée ; les ma^aces et les «outrages m'avaient trouvé impassible; mais l'armée autri- « chienne a passé l'inu, Munich est envahie, l'électeur de «Bavière est chassé de sa capitale : toutes nos espérances se «sont évanouies.

c C'est dans cet instant que s'est dévoilée la méchanceté «des ennemis du continent. Ils craignaient encore la mani- «festation de mon profond amour pour la paix; ils crai- «gnaicnt que l' Autriche, à l'aspect du gouffre qu'Us avaient «creusé sous ses pas, ne revînt à des sentimens de justice et

«de modération ; ils Font précipitée dans la guerre. Je gémis «encore du sang quil va en coûter à TEurope , mais le nom «français en obtiendra un nouveau lustre.

«Sénateurs! quand, à votre vœu, à la voix du peuple fran- «çais tout entier, j'ai placé sur ma tète la couronne impéariale , j'ai reçu de vous , de tous les citoyens , rengagement aie la maintenir pure et sans tache. Mon peuple m'a donné «dans toutes les circonstances des preuves de sa confiance et «de son amour ; il volera sous les drapeaux de son empereur «et de son armée, qui, dans peu de jours, auront dépassé «les frontières.

«Magistrats, soldats, citoyens , tous veulent maintenir la «patrie hors de l'influence de l'Angleterre, qui, si elle pré- « valait, ne nous accorderait qu'une paix environnée d'igno- «minie et de honte, et dont les principales conditions seraient «la perte de nos flottes, le comblement de nos ports et Va- «néantissement de notre industrie.

«Toutes les promesses que j'ai faites au peuple français, je «les ai tenues; le peuple français, à son tour, n'a pris aucun «engagement avec moi qu'il n^ait surpassé. Dans cette cir- « constance si importante pour sa gloire et pour la mienne , «il continuera à mériter le nom de grand peuple, dont je le « saluai au milieu des champs de bataille.

«Français! votre empereur fera son devoir, mes soldats «feront le leur ; vous ferez le vôtre ! r>

Cette séance solennelle fiit suivie de deux sénatus-consultes. L'un appelait 80,000 conscrits sous les drapeaux, l'autre réorganisait les gardes nationales. En 'partant pour aller porter la guerre chez les nations étrangères , Napoléon songeait à la sécurité de la France. Un corps d'armée, réuni à Boulogne sous les ordres du maréchal Brune , fut chargé de la défense du camp et des côtes. Deux camps volans de grenadiers furent établis à Rennes et dans la Vendée. Deux corps de réserve plajcés à Mayence et à Strasbourg s'organisèrent sous les ordres des maréchaux Lefebvre et Kellermann. L'enthousiasme populaire répondait avec empressement à l'appel fait par le chef de l'État.

L'Empereur passa le Rhin à Kelh, et reçat , à son arrivée sarlariveâroitedufleitveyleshommagesde rélecteur de Bade.

Une proclamation annonça aux troupes qu'il venait se mettre ^ leur tète. Elle était ainsi conçue :

a Soldats! la guerre de ta troisième coalition est commen- <x cée ; Tarmée autrichienne a passé rinn , violé les traités , at- «taqué et chassé de sa capitale notre allié.... Vous-mêmes, « vous avez dû accourir à marches forcées à la défense de «nos frontières; mais d^à vous avez passé le Rhin.... Mous «ne nous arrêterons plus que nous n'ayons assuré rind^[>en- « dance du corps germanique, secouru nos alliés, et confondu « Voi^ueil de nos iiyustes agresseurs. Nous ne ferons plus de « paix sans garantie , notre générosité ne trompera plus notre «politique.

a Soldats I votre empereur est au milieu de vous, vonsn'èctes que l'avant-garde du grand peuple; s'il est nécessaire, «il se lèvera tout entier k ma voix pour confondre et disson- «dre cette nouvelle ligue qu'ont tissue la haine et l'or de «l'Angleterre.

cMais, soldats, nous aurons des mardies forcées à faire , « des fatigues, des privations de toute espèce ^ endurer. Quel- «ques obstacles qu'on nous oppose, nous les vaincrons, et « nous ne prendrons pas de repos que nous n'ayons planté nos « aigles sur le territoire de nos ennemis. i>

En même temps , afin d'exciter dans l'armée bavaroise les mêmes sentimens qui animaient l'armée française, Napoléon adressa aux soldats de TËlecteur cette autre proclamation :

«Soldats bavarois ! je viens me mettre à la tête de mon « armée pour délivrer votre patrie de la plusiiquste agression.

«La maison d'Autriche vient détruire votre indépendance « et vous incorporer à ses vastes États. Vous serez fidèles à la «mémoire de vos ancêtres, qui, quelquefois oppressés, ne « furent jamais abattus , et conservèrent toijû^urs cette indé- «pendance, cette existence politique qui sont les premiers «biens des nations, comme la fidélité à la maison palatine « est le premier de vos devoirs.

«En bon allié de votre souverain , j'ai été touché des mar-

«qaes d^amour que vous lui avez données dans cette circon- «stance importante. Je connais votre bravoure ; je me flatte «qn^après la première bataille , je pourrai dire à votre prince «et 3i mon peuple que vous êtes dignes de combattre dans les «rangs de la grande armée. »

La force totale des troupes que FEmpereur avait à sa disposition sur la rive droite du lôiin s'élevait à 180 mille hommes, en comptant les Bavarois ; il résolut démettre à profit sa supériorité numérique pour détruire Tarmée ennemie, en se jetant sur sesderrières, eten coupant ses communications avec les Russes qui arrivaient par la Moravie. Les mouvemens de tous les corpsdela grande armée furent dirigés dans ce but, et réussirent complètement. Malgré le mauvais temps et la pluie continuelle qui avaient gâté les chemins, ils s'opérèrent avec la plus grande rapidité. Un jour, dans une marche au milieu de la boue, les soldats, trempés par la pluie, rencontrèrent TËmpereur et lui dirent : «Cette fois-ci, ce n'est point avec «nos baïonnettes, c'est avec nos jambes que vous faites la «guerre. — C'est vrai, leur répondit-il ; mais c'est pour épar- « gner votre sang que je vous fais essuyer d'aussi grandes « fatigues. »

L'armée avait passé le Rhin à la fin de septembre ; l'Empereur n'avait quitté la France que le V^ octobre ; quinze jours suffirent pour refouler dans Ulm tous les corps de l'armée autrichienae , et ces quinze jours furent marqués par autant de ivictoires. Le 6 , le général Yandamme avait battu l'ennemi à Donawerth. Le 7, le général Valther avait passé le Lech de vive force, et taillé en pièces lès cuirassiers autrichiens qui voulaient lui disputer le pont de Rain. Le 8, le maréchal Murât avait vaincu l'ennemi à Wertingen. Le 9 , le maréchal Soult était entré dans Augsbourg ; le même jour, les deuxième et troisième corps forçaient le passage du Danube à Neuboui^ , et le prince Ferdinand , accouru à Gontzbourg pour s'opposer à la marche du maréchal Ney, était complètement battu. Napoléon , arrivé le 10 à Augsbourg , s'arrtta sur le pont du Lech ; lorsque le corps du maréchal Marmont défila , il fit former le cercle à chaque régiment , parla aux soldats de la situation de l'ennemi , de l'imminence

HISTOIRB

d'one grande batailte , et de la confiance qu'il avait en eai. Cette harangue arait lieu pendant un temps^afAreux : il tombait une neige abondante , et la troupe , qui avait de la boue jusqu'aux genoux, éprouvait un firoid asset vif; tnais lespa. rôles de l'Empereur étaient de flamme^ ^cnles écoutant, le soldat oubliait ses ftitignes et ses privations j et se montrait impatient de voir arriver l'heure du combat

Le 11 , le maréchal Soult s'était porté avec son corps d^armée ft Lensberg, et avait coupé, par ce mouvement, une des grandes communications de l'ennemi. Son avant- garde rencontra le régiment de cuirassi^s du prince Ferdinand et le dispersa, apris lui avoir enlevé son artillerie. Le même jour, 6000 Français ( division Dupont) étaient attaqués ft AIbeck par une colonne ennemie de 25,000 hommes : estait le prince Ferdinand qui , désespérant de pouvoir tenir dans Ulm , tentait un dernier effort pour s'ouvrir un chemin vers l'armée auxiliaire russe (celle-ci s'avançait à marches R^rcées et était déjà arrivée au-delà de Lintz). Le combat fut des plus opiniâtres; cernés par des forces quadruples , les Français résistèrent sur tons les points, etflrentl^SOOprisonniers; mais ils ne purent empècherla colonne ennemie de continuer sa route.

Le 13 octobre , le maréchal Soult s'empara de Memmingen, et y fit prisonnière une division autrichienne forte de neuf bataillons. Le lendemain 14, le maréchal Ney enlevait îa position d'Elchingen. Cette position était formidable : le village d'Elchingen s'élève en amphithéâtre sur le flanc d'une colline au bord du Danube. Il est entouré de jardins clos de murs , formant des terrasses superposées. Un vaste couvent couronne la hauteur. Le temps était affreux , le Danube était débordé , le pont en partie brûlé venait d'être réparé imparfaitement : 16,006 hommes et 40 pièces de canon défendaient le passage ; Ney, en grande tenue de maréchal , se mit i la tète de la division Lotson , passa le fleuve , gravit la colline sous le feu de l'ennemi , et emporta de vive force lecouvent retrandié, où l'câinemi s'était posté. Les Autrichiens tenaient encore. Une bataille rangée s'engagea sur le plateau ; mais le reste du

' CHucfaièthe bDlletHi cte la ^nMé année.

DE UfiMPBREUR NAPOLÉON.

siiième corps passa le Danube, et bientôt, appuyé dans ion iHonvement par la cavalerie des généraux GaU>ert et Sourcier et par rinftnterie du général Malher, Mey put attaquer sur tous les points romemi, qui, après une résistance opiniâtre^ perdit 20 canons, 3,000 prisonniers, et fkit rejeté sur Ulm^ où on le poursuivit jusque dans ses retrancbemens.

L'investissement delà place fat aussitôt ordonné par TEmpe^ reur. Ulm, revêtu d'une encânte bastionnée avec des fb^ pleins d'eau, est situé dans un fond dominé par les hauteurs du Mîdielsberg et de la Tuilerie, sur lesquelles on avait éta** bli, en 1800, un camp retranché, seul système de défense convenable pour cette place. Ces fortifications extérieures avaient été détruites pendant la guerre précédente , mais le géiiéi^l Mack avsdt commencé à en faire relever le relief.

Après la bataille d'Elctdnfen , le maréchal Lannes gagna les hauteurs qui dominent le village d'Epfoêl ; ses tirailleurs enlevteent la tète du pont d'Ulm. Le désordre fut extrême dans toute la ville* Murât, dans. ce moment, faisait manora-» vrer la cavalerie française , qui partout mutait en déroute celle des ennemis. Le même jour, plusieurs divisions d'ift* fimterie occupèrent les ponts d'Unterkirch et d'Oberkirch , à Tembouchure de llHer dans le Danidw, et toutes les com^* munications de Tennemi sur TUler.

Le 15, à la pointe du jour, Napoléon, qui ne s^élait pas reposé un seul moment depuis l'ouverture de la campagne , et qui depuis huit jours n'avait pas même ôté ses bottes, se porta devant Uiin, malgré la phiie qui tombait par tôrrens. Les corps des maréchaux Lannes et Ney , soutenus par Mural^ se placèrent en bataille pour donner l'assstut , et forcer les retranchemens de l'ennemi , tandis que d'autres corps bk^* quaient la ville sur la rive gaudie du Danube, et la cernaient de tous les côtés.

L'ofdre d'attaque était donné. Ns^léon l'avait annoncé la veille à ses troupes par cette proclamation :

c Soldats , il y a un mois que nous étions campés sur l'O*» «céan, en face de l'Angleterre ; mus une ligue impie nous a <i obligés de voler vers le Rhin« .

«Il n'y a pas quinze jours que nous Tavons passé ; et les

220 HISTOIRB

«Alpes wtembergeoises, le Necker, le Danube et le Lech, «barrières si célèbres de rÂlIemagne , n'ont pas retardé «notre marche d'un jour, d'une heure, d'un instant L'indi- «gnation contre un prince que nous ayons deux fois replacé «sur son trône , quand il ne tenait qu'à nous de l'en prédpi- «ter, nous a donné des ailes. L'armée ennemie , trompée par «nos manœuvres , est entièrement tournée ; elle ne se bat plus «que pour son salut; elle voudrait bien pouvoir échapper et «retourner chez elle : il n'est plus temps. Les fortificatiims «qu'elle a élevées à grands frais le long de l'Uler, en nous at- «tendant par les débouchés de la forêt noire, lui deviennent «inutiles, puisque nous arrivons par les plaines de la Bavière.

« Soldats , sans cette armée que vous avez devant vous, «nouis serions aujourd'hui à Londres, nous aurions déjà «vengé six siècles d'outrages et rendu la liberté aux «mers.

«Mais souvenez-vous demain que vous vous battez contre «les alliés de l'Angleterre, que vous avez à vous venger «d'un prince parjure, dont les propres lettres respiraient la «paix, quand il faisait marcher son armée contre notre « allié ; qui nous a supposés assez lâches pour croire que nous «verrions sans rien dire son passage sur l'Inn , son entrée à «Munich, et son agression contre l'électeur de Bavière. 11 «nous croyait occupés ailleurs. Qu'il apprenne, pour la troi- «sième fois , que nous savons être partout où la patrie a des «ennemis à combattre....»

Déjà les postes avancés du camp retranché, le Michelsberg et la Tuilerie, étaient enlevés à la baïonnette; notre artillerie pouvait plonger dans la ville, quand Napoléon, voulant encore épargner le sang que l'assaut général devait faire répandre, fit appeler le prince Lichtenstein qu'il estimait, et qui se trouvait dansUlm : «Vous voyez, lui dit-il, votre position; « si vous ne capitulez pas sur-le-champ , je prendrai la ville « d'assaut, je serai forcé de faire ce que je fis à Jaffa, où lagar- «nison fut passée au fil de l'épée; c'est un droit bien triste, «mais c'est le droit de la guerre. Prince, épargnez à la brave «nation autrichienne et à moi la nécessité d'un acte aussi rf- « frayant : la place n'est pas tenable. »

DE L'EMPKREUR NAPOLEON. 221

Mack, épouvanté, capitula. 19 généraux, 40,000 hommes, 3,000 chevaux, 40 drapeaux, 80 pièces de canon attelées, des caissons et des bagages en proportion, tombèrent en notre pouvoir. Cette armée défila le 19 , et déposa ses armes devant FEmpereur.

Le lendemain, avant de quitter son quartier général pour marcher contre Tarmée russe. Napoléon témoijgna aux troupes combien sa satisfaction était grande.

Soldats de la grande armée ! leur dit-il, en quinze jours « nous avons fait une campagne ; ce que nous nous proposions «de faire est rempli : nous avons chassé de la Bavière les «troupes delà maison d'Autriche, et rétabli notre allié dans «la souveraineté de ses États.

a Cette armée qui , avec autant d^ostentalion que dlmpru- «dence , était venue se placer sur nos frontières, est anéantie.

a Mais qu'importe à T Angleterre ! Son but est rempli : nous <cne sommes plus à Boulogne , et son subside ne sera ni plus am moins grand.

a De cent mille hommes qui composaient cette armée, «soixante mille sont prisonniers. Ils iront remplacer nos «conscrits dans les travaux de la campagne.

«Deux cents pièces de canon, tout le parc , quatre-vingt- «dix drapeaux, tous leurs généraux, sont en notre pouvoir: «il ne s'est pas échappé de cette armée quinze mille hommes.

« Soldats I je vous avais annoncé une grande bataille, mais «grâce aux mauvaises combinaisons de l'ennemi, j'ai pu ob' «tenir les mêmes succès sans courir aucune chance ; et ce qui «est sans exemple dans l'histoire des nations, un si grand « résultat ne vous affaiblit pas de plus de quinze cents hommes «hors de combat.

« Soldats I ce succès est dû à votre confiance sans bornes « dansvotreEmpereur, à votre patience à supporter les|fatigues «et les privations de toute espèce, à votre rare intrépidité.

«Mais nous ne nous arrêterons pas là : vous êtes impatiens «de commencer une seconde campagne.

«Cette armée russe, que l'or de l'Angleterre a transportée «des extrémités de l'univers, nous allons lui faire éprouver «le même sort.

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«A ce combat est attaché plus spédalemait rhooneor de a rinfiuiterie firançaise : c'est là queya se dtcidcar^ pour bse- «oonde fois, cette questioa qui Fa d^à été une fois eu Suisse «et en Hollande, si llnfiuiterie française est la première on «la seconde de FEurope.

«Il n'y a pas là de généraux contre lesquels je puisse avoir « de la gloire à acquérir : tout mon soin sera d'obtenir la neatoire avec le moins possible d'effusion de sang. Mes soldats «sont mes enfims. »

Non content de manifester sa satisfisction par des paroles, Napoléon voulut encore récompenser l'armée de son dévouemoA par des avantages et d» lai^esses à la manière des empereurs romains. 11 rendit, au quartier général d'Eldiingen, deux décrets dont voici les principales dispositions :

« Le mois de vendémiaire de l'an XIV (septembre et

«octobre 1805) comptera comme une campagne à tous les « individus composant la grande armée. Ce mois sera compté «comme tel pour l'évaluation des pensions et pour les ser- «vices militaires.

« Les contributions de guerre qui scaront levées,

«ainsi que les contributûms ordinaires, seront toutes au pro- «fit de la grande armée. Tous les magasins qui seraient pris «à l'ennemi, autres que les magasins d'artillerie et de sub* «sistances, seront également à son profit; chacun aura une «part, dans les contributions, proporlicmnée & ses appmn- «temens, etc.A

Aussitôt <pw l'Empereur avait eu connassance de la fuite du prince Ferdinand , il avait donné fordre à Murât de le poursuivre sans relâche. Le résultat de cette poursuite acbar* née fut la prise de 18 généraux, de 16,000 hommes et de 60 pièces de canon. L'archiduc Ffnrdinand ne s'échappa luimême qu'en abandonnant son corps d'armée , et suivi seule* mentd'unpetitnombredecavaliers,réussitàgagnerlaBohème.

Dans le même temps , les corps d' Augereau et de Ney, appuyés par la division bavaroise du général Deroi , nuircbaieDt sur le Tyrol pour y détruire les divisions autrichiennes qui y étaient restées.

La Bavière était délivrée. Napoléon entra i Munich en fibé*

rateur, salué par les acclamations unanimes d'une population reconnaissante. L'Empereur ne s'arrêta que trois jours dans cetteyille. Il apprit que le général russe Kutusoff, avec 40,000 hommes, s^était avancé jusqu^à Branau. U donna ses ordres, et malgré les rigueurs de l'hiver et la neige quicouvraittous les chemins , la campagne continua. Les Russes n'obtinrent pas contre les troupes françaises plus de succès que n'en avaient obtenu les Autrichiens. Enquinze jours encore, le passage de rinn fut forcé , les magasins immenses deBranau et cette forte ville tombèrenten notre pouvoir; la Traun Ait franchie à Lambach; Ebersberg et Lintz furent occupés; Murât atteigmt et vainquit Bagration à Amstetten; Inspruck fut pris ; le Tyrol balayé; Kutusoff, rcijeté sur la rive gauche du Danube , fut battu à Diernstehi ; la grande armée , descendant rapidement la vallée , arriva dans Vienne , s'empara du pont qui lui ouvrait le chemin de la Moravie, et enfin l'Empereur éta* blit son quartier général dans le château impérial de Scboenbrunn, le Versailles de l'Autriche.

Les messages pacifiques que l'empereur d'Autriche, réfugié au quartier général russe, envoya à Napoléon pour gagner du temps , n'arrêtèrent point le cours des opérations. Le prince Murât , les maréchaux Mortier et Lannes passèrent le Danube et s'avancèrept dans la Moravie. Le prince Bagration fût battu à HoUabrûn , et Kutusoff n'échappa h la honte de poser les armes qu'à la faveur d'une suspension d'armes qu'il eut l'adresse d'obtenûr de Murât en lui persuadant que l'armée russe allait se retirer en Pologne.

Bientôt l'empereur T^apoléon , apprenant que tous les corps de l'arma russe et les débris des armées autrichiennes avaient opéré leur jonction, passa lui-même le Danube et transporta s<»i quartier général à BrOnn, près du lieu où il prévoyait qu'une bataille décisive allait être livrée.

Cependant l'armée d'Italie , après avoir franchi l'Adige , la Brenta,iaPiave, le Tagliamento , et battu successivement les Autrichiens à San-Michele , à Galdiero, à Gara-Albertini , à Gastel-Franco , opéra , à Klagenf urth, sa jonction avec les troupes françaisesquioccupaient leTyrol,et par cette réunion, résultat de glorieux succès , prit rang dans la grande armée.

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«PvMItaiMaiMO

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

CABfPÀGRE d'àDTRICHE.

TSaoàt. Uarmée navale rentre dans le port de Bottloffne.

SI aoàt, 1 , 2 et 3 septembre. Les V,

4^t 5*^ et 6^ corps partent de Boulogne et marchent sur le Rhin.

2 septembre. Le 2® corps part d'Utrecbt et se dirige sur 1c Mayn.

— - — Le 7^ corps quitte le camp de Brest et se dirige sur le Haut-Rhin.

17 — Le 1®^ corps part de Hanovre et se dirige sur le Mayn.

as — L'Empereur vjuiu Sénat. S. M. déclare que la guerre de la d<° coalition est commenoée , et qu'elle part pour commander l'armée.

25 — Le 2* corps, parti de Hollande, passe le Rhin à Mayenoe.

26 — Le 3® corps, parti de Bruges, passe le Rhin à Manheim.

Le 4® corps, parti de Boulogne,

passe le Rhin à Spire.

Le 0® corps , parti de MontreuU ,

passe le Rhin près de Dourlach.

25 — Le 5® corps et la cavalerie passent

le Rhin à Kelh.

!«' octobre. L'Empereur, arrivé à

Strasbourg, passe le Rhin sur le

pont de Kelh.

2 — L'Électeur de Wurtemberg vient

recevoir l'Empereur à Louisbourg.

6 — Le 4® corps rencontre l'ennemi A

Donawerth.

8 — Le maréchal Murât bat l'ennemi à Weilingen.

Entrée des Français à Wertingen,

9 — Le 4® corps entre dans la ville d'Augsbourg.

Sddoctobre. Les2«et 3^ corps passent le Danube à Neubourg.

9 — Guntzbourg est attaqué et pris.

9 — L'Empereur distribue des honneurs sur le pont de Zusmershanseo.

10 — L'Empereur arrive â Augsbourg.

11 harangue le V corps sur le pont du Lech, et en reçoit le serment de vaincre.

13 >- Le 4® corps arrive devant Memmingen.

}Le maréchal Soult cerne et prend

une division ennemie dans Memmingen. 6,000 Français cernés à A1bech par 25,000 hommes battent l'ennemi et font 1 ,600 prisonniers.

14 — Le maréchal Ney force le pont d'Elchingen , et enlève la position de l'Abbaye.

Le fossé de la porte dlJhn est attaqué.

15 — L'Empereur arrive devant Dhn ; acclamations de l'armée.

Attaque et prise du Michelsberg.

17 — Le maréchal Berthier reçoit la capitulation d'Ulm.

19 — ïje général Wemeck et sa division sont faits prisonniers.

20—1,500 officiers et 40,000 hommes sortent d'Ulm, posent les armes et se rendent en France.

20 — Le feld- maréchal Mack et dixhuit généraux remettent leur épée en présence de TEmpereur.

La victoire inscrit sur un bouclier

l'histoire de cette première partie de la campagne (on lit sur le bouclier:

Capitulation d'Ulm).

* Ce résumé chronologique est composé entièrement avec les inscrIpUons placées par ordre de l'Empereur pour servir de légendes aux bas^reUeù de la Colonne de la plaça Venddme» monument triomphal élevé à la grande armée.

Paris. •« Ds l'ImpriMorta de fliaeoiit et C", rna iw Fraua-BoufrgeoU-Sftiat-MidMi, t.

BATAILLE D'AUSTEIU.ITZ.

La réuDJOD des Russes avec les Autrichiens portait les forces des coalisés à 104 bataillons et 150 escadrons. Napoléon n'avait auprès de lui qu'un peu plus de 40,000 hommes ; mais Kutnsoff, qui avait pris le commandement en chef, lui donna le temps de choisir son champ de baiaiLte et d'appeler à lui les corps des maréchaux Bernadottc et Davoust. Le général russe ne tarda pas i s'avancer vers l'armée française, qu'il espérait cerner et détruire après lui avoir coupé toute retraite.

Le 29 novembre, rempereor Alexandre et son armée, devancés par une nuée de Cosaques, entrfront à Wischau. Dès que Napoléon sut l'arrivée d'Alexandre dans cette ville , il y envoya le général Savary, son aide de camp , pour le complimenter. Savary avait aussi la mission de sonder les dispositions personnelles de l'empereur russe. 11 revint au quartier général français au moment où l'Empereur faisait la reconnaissance des feux et des bivouacs ennemis ; il rendit

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compte de sa mission. Alexandre et son Frère Constantin lui avaient fait un très-bon aecaeil ; mais il lui avait été facile de reconnaître , par les conversations des jeunes courtisans qui, sous dtfférens titres, environnaient Tempereur de Russie, que la présomption, Tignorance et la témérité régnaient dans les décisions du cabinet militaire, comme elles avaient régné dans celles du cabinet politique.

Une armée ainsi conduite ne pouvait tarder I faire des fautes. Le plan de Napoléon fut dès iora de les attendre , et d'épier Tinstant d'en profiter. H donna sur-le-champ Tordre de retraite à son armée; se retira de nuit, comme sHl eût essuyé une défliite, prit une bonne position à trois tteaes en arrière, entre Turay et BrOnn, et fit travailler avec beaucoup d*ostentation i la fortifier et i y établir des batteries.

Une entrevue avait été proposée de sa part ft Tempereor de Russie I qui lui envoya son aide de camp, le prince Dolgorouki. Cet officier put remarquer que dans le camp firançais tout respirait la réserve et la crainte. Le placement des grand'gardes , les fortifications que Ton élevait k la hâte; tout semblait indiquer une armée à demi battue.

L'empereur des Français s'était rendu à ses avant-postes pour entendre l'aide de camp d'Alexandre. Après les premiers complimens , l'envoyé russe voulut entamer des questions politiques; il ne les comprenait pas, et, malgré sa profonde ignorance des intérêts de l'Europe et de la situation du continent , il parlait avec suffisance. L'Empereur, voulant étudier le caractère des hommes dont Alexandre faisait ses £ivoris , le laissait parler. Le jeune officier finit par proposer à Napoléon de céder la Belgique et de renonce à la couronne d'Italie. On concevra sans peine combien l'Empereur devait souffrir de ce langage. Il se contint, cependant, et Dolgorouki se retira , persuadé que l'armée firançaise était à la veille de sa perte.

Ce qu'il raconta à son retour dans le camp russe augmenta, comme Napoléon le désirait , la folle exaltation des courtisans d'Alexandre. Ils se livrèrent sans mesure à leur présomption naturelle ; il n'était plus question seulement de battre les Français, il fallait les tourner et les prendre. Ce fut en vain

qu'essayant de 'calmer cette fougue iQconsiclér4ie , de vieux géoérsLïxx autrîdûem , qui avaient fait plusieurs campagnes contre Napolépn, prévinrent le conseil de guerre qu'on œ de* vait pas attaquer avec cette copfiance une armée comjposée de tant de braves scddats et tant d'officiers du premier mérite. Ils sgoutèrent qu'ils avaient vu en Italie le général Bonaparte, réduit à une poignée de monde^ dans les circonstances les plus difficiles, ressaisir la victoire par des opérations rapides et imprévues, et détruire les armées qui, fières de leur nombre et de leur position, se croyaient assurés du triom^e. Us rappe* lirent que, d^uis le commencement d^ la campagne, l'armée coalisée n'avait obtenu aucun succès ; qu'au contraire tous les combats avaient été à l'avantage des Français.  des remon* trances si sa^es et si prudentes , cette jeunesse orgueilleuse (q[>po8ait la bravoure de 80,000 {lusses , l'enthousiasme que leur inspirait la présence de leur Empereur, le corps d'élite de la garde impériale , et enfin les talens militaires de leurs généraux, qu'ils éievaieat fort au-dessus ^e ceux de Napoléon.

Le V décembre, l'Empereur, du haut de son bivouac, aperçut, avec une indicible joie, l'armée russe commençant, à deiix portées de canon de ses avant-postes, un mouvement de flanc pour tourner sa droite. Il vit alors jusqu'à quel point la présomption et l'ignorance de l'art de la guerre avaient égaré les conseils d'Alexandre; il dit plusieurs fois : «Avant «demain au soir cette armée est à mol, » L'ennemi avait des espérances bien différentes. Il défilait à portée de pistolet de nos avant-postes. Dans sa march^e de flanc , il devait prolonger l'armée française sur une ligne de.ipiatre lioies. Cette armée paraissait ne pas oser sortir de sa position. KutusofF n'avait qu'une inquiétude, c'était qu'elle ne lui échappât. Pour confirmer l'ennemi dans l'idée que l'armée française éprouvait des craintes, Napoléon donna ordre au prince Murât de faire avancer un petit corps de cavalerie dans la plaine , mais de le faire rentrer, ensuite tout d'un coup â la hâte, comme s'il était étonné des forces immenses de l'ennemi. Ces manoeuvres tendaient â faire persévérer le général russe dans l'opération mal calculée qu'il avait commencée.

Le soir, l'Empereur voulut visiter à pied et incognito tous

29$ HISTOIRB

les bivouacs ; mais à peine eut-il fait quelques pas qu'il fut reconnu. La nuit était sombre ; on n'apercevait que les feux de rennémi perçant dans le lointain Tobscurité du del , lorsque tout à coup une large et vive splendeur enflamma lliorizon. Cent mille flambeaux brillèrent simultanément sur la ligne française. L'armée s'était rappelée que le lendemain était l'anniversaire du couronnement, et afin de célébrer ce grand jour et de manifester son attachement pour l'Empereur y chaque soldat, par une inspiration soudaine , avait converti la paille de son bivouac en torches de réjouissance , placées au bout de perches devant le front de bandière. Les fanfares des régimens se mêlaient aux acclamations des troupes. L'allégresse et l'enthousiasme étdent au comble : l'illumination brillante et improvisée semblait une célébration anticipée de la victoire du lendemain. Napoléon , sensible à cette marque inattendue d'affection que lui donnait son armée , parcourut toute la ligne , accompagné de ses maréchaux. A chaque instant il s'arrêtait pour parler aux soldats , pour les écouter et rire avec eux. a C'est votre fête , disait celui-ci ; aujourd'hui l'illumination , demain le bouquet. »^a Bataille à sept heures , s'écriait celui-là , à midi la victoire ! d Tous : « Combattons les Russes ; cette nuit même , menez-nous i la gloire ! à la baïonnette ! d Et mille autres propos énei^qnes qui peignaient la confiance , l'attachement et Tadmiration. Un vieux grenadier s'approcha de l'Empereur : « Sire , lui dit-il , tu n'auras pas besoin de t'exposa, a Je te promets , au nom des grenadiers de l'armée, que tu a n'auras à combattre que des yeux , et que nous t'amènerons « demain les drapeaux et l'artillerie de l'armée russe j pour a célébrer l'anniversaire de ton couronnement. »

La tournée de Napoléon fut longue ; il rentra à son bivouac à minuit , et les airs retentirent, encore long-temps après, des cris de vice l'Empereur! vive Napoléon! vive notre invincible général ! Ému d'une scène aussi touchante qu'imprévue, il s'écria en entrant dans sa baraque : a Voilà tt la plus belle soirée de ma vie ; mais je pense avec peine que « demain je perdrai bon nombre de ces braves gens. »

A une heure, il monta à cheval, parcourut les avant-

postes, et se fit rendre compte de ce qu'ils avaient pu dé* couvrir du mouvement des. Russes. Il apprit que des patrouilles ennemies s'étaient, présentées pédant la nuit sur notre droite, aux villages de Telnitz et de Sokolnitz, et que déjà Tartillerie russe filait sur ce point. Certain dès lors que le généralKutusofFn'avaitpaschangédeprojet,ilachevadeprendre ses dispositions pour Faction générale qui allait s'engager.

Dès la veille au soir, toute l'armée française était concentrée sur le terrain choisi à l'avance par Napoléon, dette position avait cela d'avantageux, qu'elle était très resserrée, sans que néanmoins son peu d'étendue nuisit à la sûreté de ses flancs , que les précautions prises permettaient peu de tourner., Nos troupes, placées dans des plis du terrain, ne pouvaient être aperçues par l'ennemi ; elles occupaient en outre, sur leur front, plusieurs défilés faciles à défendre, et qui étaient autant de débouchés dans la plaine pour le moment de l'attaque. .

ht corps du maréchal Lannes, composé des divisions Suchet et Gaf farelli , formait la gauche , qui s'appuyait à la hauteur du Santon ( Saint-Antoine ) , position superbe qui avait été fortifiée, et sur laquelle était placée une batterie de dix-huit pièces de canon. Les divisions Rivaud et Drouet , du corps du maréchal Bemadotte , en ligne derrière le village de Girskowitz, formaient le centre. La droite, commandée par le maréchal Soult, était entre Kobelnitz et Sokolnitz; la division Yandamme à gauche , échelonnée derrière celle du général Saint-Hilaire , placée au centre , et la division Legrand tenant l'extrême droite, entre Sokohiitz et Telnitz, et occupant ces deux villages par de gros détachemens d'infanterie. La cavalerie , sous les ordres du prince Murât , était rangée entre la gauche et le centre, sur deux lignes; la cavalerie légère , sous les ordres du général Kellermann , en première ligne , et la grosse cavalerie en seconde. La réserve se composait de dix bataillons de la garde impériale, de dix bataillons de grenadiers réunis du général Oudinot , et de quarante pièces d'artillerie de la garde. Ce corps d'élite, fort de quinze mille hommes, était en arrière de Schlapanitz, au centre de Farmée. La division d'infanterie du général

Friaat » et la division de dragons du général Boorcier^ soui les ordres do maréchal Davoust, avaient été placées à deux lieues de rextrème droite de Tarmée , près Tabbaye de Raygem, pour contenir Tennemi dans le cas où il voudrait déboucher de ce côté.

Le jour parut enfin ; Napoléon passa devant les troupes : Cl Soldats, leur dit-il , il fout finir cette campagne par un coup «de tonnerre qui écrase nos ennemis. Ne vous attachez pas «d tifler beaucoup de coups de ftasils, mais plutôt à tirer «juste, de soir nous aurons vaincu ces peuplades du nord «qui osent se mesurer avec vous. » Il adressa ensuite succès* sivement la parole à tous les corps. Au 28^ de ligne qui se recrutait dans le département du Calvados, 3 dit : < J*espb« (tque les Normands se distingueront aujourd'hui?» Au 57^: a Souvenez- vous qu'il y a long-temps que je vous ai surnommé c( le Terrible. » Chaque régiment obtint de lui un mot encourageant , et plus d'un soldat , en se le rappelant au milieu du danger, sentit son ardeur s'accroître et son courage grandir.

Le soleil qui allait éclairer cette journée mémorable, où TËmpire allait recevoir le même sacre de gloire que Marengo avait donné au Consulat , se leva radieux, et eut bimtôt dissipé les brouillards du madn. Des hauteurs de Scblapanitz on aperçut alors Tennemi quittant imprudemment ses belles collines de Pratzen pour diriger tonte sa gauche sur l'extrémité de notre droite, et descendre dans la pkine à travers un terrain coupé et dilBcultueux. On le laûsa s^ engager.

Napoléon avait gardé auprès de lui les maréchaux qui attendaient ses dernières instructions. « Combien vous faut-il a de temps, demanda- t-il au maréchal Soolt, pour couronner «les hauteurs de Pratzen?-^ Une heure, répondit le maréachal; car mes deux divisions de gauche, placées dams le «fond de la vallée , ne peuvent être aperçues de rennemi , él « n'en éprouveront pas d^obstacle.— On cecas , attendons eur «oore un quart d'heure, s Quelques instans après on amionça à l'Empereur que la gaudie de l'ennemi paraissait devant Telnitz , et que la division Legrand allait être attaquée. H donna ses ordres; chacun des maréchaux partit au galop pour rejoindre son corps, et bientôt le feu commença à notre droite.

Uarmée coalisée était divisée en sept colonnes. Sa gauchei aux ordres du général Buxhowden, était forte de 30,000 hommes et divisée en trois colonnes, qui marchèrent sur Telnitz et Sokolnitz. Le centre , sous les ordres de Kolowrath» avec lequel était le quartier général , devait s'avancer en une colonne sur Kobelnitz ; il se composait de douze bataillons russes et de quinze bataillons autrichiens de nouvellelevée.La cinquième colonne , formée de quatre-vingts escadrons et commandée par le prince Jean de Lichtenstein , devait seconder la droite en marchant vers la chaussée de BrQnn. La droite^ composée de Tavant- garde deBagration, comptait douze bataillons et quarante escadrons; elle était chargée d'attaquer les hauteurs du Santon et de Bosenitz. Une septième colonne, composée des gardes russes sous le grand -duc Cionstantin, formait la réserve de Taile droite.

Aussitôt que Tempereur Napoléon eut donné le signal ^ toutes les divisions françaises s'ébranlèrent.Bemadotte franchit le défilé de Girskowitz et s'avança sur Blasowitz, soutenu à gauche par Murât ; Lannes marcha à la même hauteur des deux Gôt^ de la chaussée de Brûnn; la garde et la réserve suivirent à quelque distance le corps de Bemadotte , prêtes adonner sur le centre, si Tennemi voulait y reporter ses forces.

Le maréchal Soult partit du ravin de Kobelnitz et de Puntowitzà la tète des divisions Saint-Hilaire et Yandamme, soutenues par la brigade Levasseur. Deux autres brigades de la division Legrand restèrent en flanqueurs pour couvrir les défilés de Telmtz et de Sokolnitz , menacés par Buxhowden. Le maréchal Davoust reçut ordre de partir de Rayçem avec les divisions Priant et Bourcier, pour contenir les tètes de colonnes russes jusqu'à ce qu'il convint k TEmpereur de les attaquer plus sérieusement.

Dès que le maréchal Soult eut gravi la hauteur de Pratzen, il attaqua le corps de Kolowrath, marchant au centre, et qd, se croyant garanti par la gauche qui le précédait , s*avançait en colonne de route par pelotons. L^empereur Alexandre , Kutusoff et son état-ma^jor étaient avec cette colonne. Les bataillons russes furent^ culbutés aussitôt qu'ils se présentèrent formés pour résister aux réglmens français. Les batail-

Ions autrichiens qui les suivaient éprouvèrent le même sort. L'empereur Alexandre chercha à rallier ses troupes, mais n*ayant à sa disposition aucune division pour lui servir de réserve, il ne put les empêcher d'être repoussées jusqu'à Hostiradeck. La brigade Kamenski, qui appartenait à la troisième colonne de la gauche, vint réimir ses efforts à ceux de KutusofF, mais ne put résister aux efforts combinés des généraux Saint -Hilaire, Vandamme et Levasseur. Le centre de l'armée ennemie, menacé d'être précipité dans un vallon marécageux , fut ainsi obligé de se replier sur Wischau, en laissant en notre pouvoir toute son artillerie embourbée dans la glaise à demi gelée.

Au moment où ce coup décisif était frappé , les deux premières colonnes de Buxhowden avaient débouché de Sokolnitz et de Telnitz , malgré les efforts de la division Legrand , trop faible pour résister aux masses russes. Mais le maréchal Davoust , arrivant de Raygem avec la division Priant, rétablit l'équilibre. Le combat devint opiniâtre et meurtrier ; Sokolnitz pris et repris, resta un moment aux Russes. Les généraux Langeron et Pribichefski attaquèrent même les hauteurs de Marxdorf; mais nos troupes, disposées en croissant, chargèrent plusieurs fois leurs flancs avec succès.

La fortune était favorable à l'armée française , aussi bien au centre qu'à la gauche. Il arriva au grand-duc Constantin et aux gardes russes ce qui était arrivé au quartier général et à la colonne du centre ; ils devaient être en réserve et ils se trouvèrent assaillis les premiers.

Le général Bagration avait appuyé sur la droite pour déborder et attaquer la position du Santon. La cavalerie de Lichtenstein avait aussi marché sur la droite pour seconder cette attaque ; en sorte que le grand-duc et les gardes se trouvèrent en première ligne, au moment où Bernadotte s'avançait sur Blasowitz, etLannes sur les deux côtés de la chaussée de Brûnn.

Revenu enfin après un long détour à la droite du grandduc , le prince de Lichtenstein commençait à se former quand les hulans de la garde russe, entraînés par une valeur intempestive, se jetèrent entre les divisions de Bernadotte et de

Lannes pour atteindre la cavalerie de Kellermann, qui se repliait devant eux. Victimes de cette ardeur, ils furent chargés par les réserves de Murât, culbutés, et ramenés sous le feu de nos deux lignes d'infanterie, qui en coucha par terre la moitié.

Cependant ks' progrès du maréchal Soult avaient forcé Kutusoff de rappeler Lichtenstein au secours du centre de Tarmée. Ce prince, également menacé à droite et à gauche, ne savait où porter les premiers secours; il se hâta néanmoins d'envoyer quatre régimens de cavalerie, qui arrivèrent pour être témoins de la défaite de Kolowrath.

De son côté, 0)nstantin voyant les colonnes d'infanterie française pénétrer dans Blasowitz et en déboucher, prit le parti de descendre des hauteurs pour leur épargner la moitié du chemin; et, tandis qu'un furieux combat d'infanterie s'engageait entre la garde impériale russe et la division Drouet, il ordonna aux gardes à cheval (régiment de cuirassiers) de charger le flanc droit de cette division formée du 4® régiment de ligne. Les cuirassiers russes , malgré l'impétuosité de leur attaque, ne purent réussir qu'à entamer un bataillon de ce régiment, qui dans la bagarre perdit son aigle. Napoléon, dont le regard planait sur le champ de bataille , ordonna au maréchal Bessières de se porter sur ce point avec la cavalerie de la garde impériale française. Le choc fut terrible. La ligne ennemie, après la plus opiniâtre défense, fuf obligée de céder aux efforts réunis de Bemadotte et de Bessières ; l'infanterie de la garde russe , hors d'état de résister plus long-temps , fut rejetée sur Krzenowitz. Les chevaliersgardes, arrivés à Tinstant même d'Austerlitz, se flattèrent en vain de résister plus long-temps ; ce régiment d'élite, chargé par le général Rapp, à la tète des grenadiers à cheval, fut aussitôt enfoncé et détruit. Tout le centre de l'armée russe fut alorsobligé de battreen retraiteprécipitammentpar lechemin d'Austerlitz. Pendant ce combat, Murât et Lannes avaient attaqué avec succès le corps de Bagration et la cavalerie russe qui le soutenait. Nos cuirassiers avaient culbuté tout ce qui avait essayé de tenir devant eux. Les divisions Suchet et Gaffarelli contribuèrent aussi à la destruction de cette aile droite de l'armée russe.

•vAi

Certain qae Bernadette, Lannes et Marat aéraient plas qae auffiaana pour acherer Tennemi de ce côté , TEmpereur se di* rigea sur sa droite avec la garde et la réserve aux ordres du général Oudinot, pour aider le maréchal Soult à détruire Taile gauche de Tannée russe, compromise au milieu des lacs. Il était deux heures de raprto<*midi quand Soult , enflammé parrapprochederEmpereur,réumt les divisions Saint-Hilaire et Legaand pour attacpier Sokolnitz à revers, tandis que les troupes de Davoust Tassailliraient de front.

La division Pribicheftki , cernée dans le village , se vit contrainte k poser les armes. Le général Langeron, attaqué à son tour, ne fut guère plus heureux, et la moitié de sa division seulement parvint à r^oindre Buxhowden. Celui-d , qui avait perdu plusieurs heures en escarmouches inutiles du côté de Tebiitz , jugeant enfin qu'il était temps de pmser a son pro^ pre salut, se mit en mouvement pour revenir sur Aujest et sortir du défilé où il se trouvait engagé , en longeant le fond de la vallée entre les lacs et les hauteurs. Il débouchait du village, en colonne , lorsque Vandamme, se jetant avec impétuosité sur son flanc , pénétra dans Aiqest et coupa la colonne en deux. Buxhovvden , hors d'état de revmir sur ses pas, continua sa route avec les deux bataillons de la tète pour rejoindre KutusofP; mais Doctorof et Langeron, avec les vingt-huit f»ataillonsrestans,se trouvèrent pressés dans le gouffre entre les lacs et les hauteurs couronnées par les divisions Saint* Hilaire, Vandamme et par les réserves. La tète de la colonne du c6té d*Aujest , escortant rartillerie, essaya de fuir à travers les canaux formés par le dessèchement du lac ; mais le pont se rom* pit sous le poids des canons; et, pour sauver leurs pièces, les soldats russes se hasardèrent à traverser le lac , couvert d^une couche épaisse de glace , qui paraissait solide ; malheureusement pour eux la glace, sillonnée par nos boulets, se brisa sous le poids de cette masse , et tout disparut englouti , hommes , chevaux et canons. Ge fut un spectacle horrible à voir, et dont le souvenir seul suffit pour frapper de terreur Timagination.

La victoire d*Austerlitz eut d'immenses résultats: les Russes perdirent 45,000 hommes tués , blessés ou prisonniers; Vingt généraux, plusieurs aides de camp deTempereur de Russie,

et un grand nombre d'officiers de distinction, restèrent sur le champ de bataille. On prit 200 canons , 400 voitures d'artillerie, tous les équipages et 45 drapeaux, parmi lesquels figuraient les étendards de la garde impériale d'Alexandre.

La fiiite des Russes vers la Pologne fut si précipitée, qu'ils laiss^ent derrière eux les routes couvertes de canons, de caissons, de chariots et de bagages. Dans la plupart des bourgs et villages où entrèrent les Français détachés à la poursuite des débris de Tarmée ennemie , on trouva les granges et les églises remplies de blessés abandonnés sans aucuns secours. Le général KutusofF s'était contenté de fave placer sur les portes des écriteaux portant , en langue française : Je reconv^ mande ces malheureux à la générosité de V Empereur Napoléon, et à l'humanité de ses braises soldats.

Le soir même de l'action , et pendant plusieurs heures de la nuit. Napoléon parcourut le vaste champ de bataille d'Austère litz, faisant compter les morts et enlever les blessés. Rien n'était plus touchant que d'entendre ces derniers exprimer leur reconnaissance pour l'intérêt qttel'Empereur leur témoignait, et s'informer du résultat de la journée. « La victoire est d sans doate ft nous, s*écriai t l'un : l'Empereur avait pris de trop «boimes dispositions pour qu'elle nous échappât.» Un autre disait : « Il y a huit heures que je suis abandonné et que j'ena dure deii souffrances inouïes ; mais j'ai pris patience en pentfsant que J'avais fait mon devoir, et que mes camarades ont a fait le leur. » Ceux-ci, s'adressant directement à l'Empereur : «Eh bien^ sire , vous devez être content de vos soldats U

Napoléon dit aux ofAders qui l'entouraient : «J'ai livré a vingt bfttailtes aussi diaudes que celle-ci ; mais je n'en ai vu a aucune où la vîecoire ait été aussi promptement décidée, et «les destins si peu balancés.»

Dans le courant de la journée , la garde impériale à pied et le» grenadiers d'Oudinot témoignaient leur impatience de n'être pas engagés avec Tennemi, et demandaient qu'on les fit donner. «Réjoutssez-vousde ne rien (aire, réponditl'Empereur, «je vous garde en réserve ; tant mieux si l'on n'a pas besoin de « vous aujourd'hui. » Les ennemis étaient stupéfeîts de la précision que toutes les troupes françaises avaient mise dans leurs

mouvemens , et se plaignaient amèrement de rimpéritie de leurspropres généraux. Uncommandantd'artiUeriede la garde russe, fait prisonnier, dit, en passant devant Napoléon : «Sire, « faites-moi fusiller : je viens de perdre mes pièces. » —«Jeune tf homme, lui répondit TEmpereur, j'apprécie vos regrets; a mais on peut être battu par mon armée , et avoir encore a des titres à la gloire. »

Yalhubert fiit le seul offider-général dont Tannée eut à regretter la perte. Tous ceux qui avaient été blessés guérirent de leurs blessures. Lorsque ce brave général eut la cuisse emportée , les soldats de sa brigade s'empressèrent autour de lui pour le relever et le transporter au poste des chirurgiens: <c Souvenez-vous de Tordre du jour, leur dit-il, et reprenez «vos rangs; si vous êtes vainqueurs, vous m'enlèverez du «champ de bataille; si vous êtes vaincus, que m'importe un «reste de vie?» Et bientôt après il syouta : «Quen'ai-je perdu «plutôt le bras, je pourrais combattre encore avec vous et «mourir à mon poste ! » Yalhubert ne survécut que vingtquatre heures à sa blessure, et, quelques instans avant de rendre le dernier soupir, il écrivit cette lettre touchante à Napoléon : «J'aurais voulu faire plus pour vous ; je vais mou- «rir, et je ne regrette pas la vie , puisque j'ai participé à une «victoire qui vous assure un règne heureux. Quand vous «^penserez aux braves qui vous étaient dévoués , rappelez- «vous de moi. Il me suffit de vous dire que j'ai une famille ; «je n'ai pas besoin de vous la recommander. »

La générosité de l'Empereur envers les troupes qui avaient combattu à Âusterlitz fut grande comme la victoire.

Il adopta tous les enfans de ceux qui étaient morts dans cette bataille , se chargea de leur éducation et de leur établissement, et leur permit de joindre à leur nom celui de Napoléon. Il accorda 6,000 francs de pension aux veuves des généraux, 2,400 francs à celles des colonels et msgors, 1,200 à celles des capitaines, 800 francs à celles des lieutenans et sous-lieu tenans, et enfin 200 francs à celles des soldats. Quant aux braves qui survécurent à la victoire , il leur témoigna sa satisfaction dans cette proclamation , devenue pour eux le plus beau titre de gloire :

DE L'EMPEREUR NAPOLÉOr^.

«Soldats! je suis content de vous; vous avez, à la journée «d'Austerlitz, justifié tout ce que j'attendais de votre intré- «pidité; vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire: a une armée de cent mille hommes , commandée par les em opereurs de Russie et d'Autriche, a été, en moins de quatre c( heures, ou coupée ou dispersée; ce qui a échappé à votre «feu s'est noyé dans les deux lacs

«Soldats! lorsque le peuple français plaça sur ma tète la «couronne impériale je me confiai à vous pour la maintenir «toujours dans ce haut éclat de gloire qui seul pouvait lui «donner du prix à mes yeux; mais, dans le même moment, «nos ennemis pensaient à la détruire et à l'avilir, et cette cou. «ronne de fer, conquise par le sang de tant de Français, ils «voulaient m'obliger de la placer sur la tète de nos plus cruels « ennemis : projets téméraires et insensés que , le jour même «de l'anniversaire de votre empereur, vous avez anéantis et «confondus. Vous leur avez appris qu'il est plus facile de nous «braver et de nous menacer que de nous vaincre.

«Soldats! lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le «bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je «vous ramènerai en France. Là vous serez l'objet de mes ten- «dres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie, et il «vous suffira de dire : J'étais à la bataille d' Austerlitz , pour «qu'on vous réponde : FoUà un brave! »

Les deux empereurs, François H et Alexandre, des hauteurs d' Austerlitz , avaient vu la défaite de toute la garde russe et la destruction de leur armée.

Deux jours après la bataille , l'empereur d'Autriche vint saluer le vainqueur à son bivouac. Napoléon lui dit en l'accueillant : «Je vous reçois dans le seul palais que j'habite de- «puis deux mois, o — «Vous tirez si bien parti de cette ha- «bitation, répondit François II, qu'elle doit vous plaire. «> Dans cette entrevue , les deux Empereurs convinîent d'un armistice et des principales conditions de la paix future.

François II fit aussi connaître à Napoléon qu'Alexandre désirait faire la paix, et demanda une trêve pour les restes de l'armée russe. Napoléon lui fit observer qu'ils étaient cernés, que pas un homme ne pouvait échapper; «mais, ajouta- t-il ,

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«je désire faire une chose agréable i Tempereur Alexandre : a je laisserai passer Tarmée russe , j'arrêterai la mardie de mes «colonnes, si votre nuijesté me promet que cette armée éva- «cuera rAUemagne et la Pologne autrichienne et pmssienoe. « — Cestrintentionde l'empereur Alexandre, répondit Fempe- « reur d'Autriche ; je puis vous l'assurer; d'ailleurs, danslanuit « vous pourrez vous en convaincre par vos propres offid^^. » Après Tentrevue , le général Savary accompagna l'empereur d'Autriche à son quartier général , afin de savoir si Alexandre adhérait à la capitulation, Savary trouva les Russes sans artillerie ni bagage, et dans un épouvantable désordre. Il était minuit Le général Meerféld avait été repoussé de Godding par le maréchal Davoust; l'armée russe , environnée de tous c6tés , était en quelque sorte prisonnière. /

Le prince Gzartorinski introduisit le général français auprès de l'empereur Alexandre. «Dites à votre maître, loi cria «celui-ci , en le voyant, que je m'en vais; qu'il a fait hier des « miracles ; que cette journée a accru mon admiration pour lui ; «qu'il est prédestiné du ciel , qu'il faut i mon armée cent ans fa4^**^ •pwsr égaler la sienne. Mais puis-je me retirer avee aûretéP ^fya«- Oui , sire , répondit l'aide de camp de Napoléon , A votre «rnsgesté ratifie ce que les empereurs de France et d'Aile- «magne ont arrêté dans leur entrevue. ^ Ehl qu'est-ce? — «Que l'armée russe se retirera par journée d'étape, et éva- A.«euera l'Allemagne et la Pologne autrichienne et prusôemie: ^^ar ^ 'l^^'^f^ ^ ' H àcette condition , je suis chargé de me rendre \ nos avantr * •«*^cA*'^ «postes qui vous .ont déjà tourné, et d'y donner des ordres /^'^''^^r*^'S «pour protéger votre retraite, l'Empereur voulant respec- "^^^ a ter l'ami du premier consul.*-Quelle garantie faut-il pour «cela? — Sire, votre parole. -*- Je vous la donne, » Le général Savary s'éloigna sur-le*diamp au grand galop pour transmettre au maréchal Davoust l'ordre de laisser l'armée russe continuer tranquillement sa retraite.

Napoléon, en se montrant trop généreux dans cette circonstance, commit une faute grave; il pouvait prendre et détruire les restes de l'armée russe. Il le savait bien, car il lui échappa, après son entrevue avec l'empereur d'Allemagne, de dire : « Cet homme me fait Êdre une grande

Ai^ /i

DE LEMPEREUR iNAPOLÉON.

«foute. » Mais pour se justifier à ses propres yeux, il ajouta : ali y a déjà assez de larmes et de safig répandu , n'en faisons «pas couler davantage.» Noble excuse, trop belle' pour ne pas être respectée de tout ami de rhumanitél

La paix de Presbourg termina dignement cette glorieuse campagne et dénoua la troisième coalition. Une fédération des princes du Rhin fût fermée pour servir à l'avenir de barrière aux desseins ambitieux de la Russie et de rAutriche. François II perdit les états vénitiens qui renforcèrent le royaume dltalie, et leTyrol qui agrandit la Bavière. L'électeur de Bavière, celui de Wurtemberg, qui s'étaient montrés fidèles à la France, virent leurs États érigés en royaumes, et le margraviat de Bade devint un grand-duché. En donnant des marques de sa satisfaction aux princes qui étaient restés ses alliés , l'Eqapereur n'oublia pas les généraux qui avaient combattu sous ses ordres. Berthier reçut la principauté de Neufchâtel, et Murât le grand-duché de Berg; le prince Eugène épousa la fille du roi de Bavi^, et fut déclaré héritier présomptif de la couronne d'Italie , dans le cas où Napoléon mourrait sans postérité. Peu de temps après. Napoléon devait donner Joseph, son frère, pour souverain iNaples, et son autre frère, Louis, à la Hollande. Ainsi l'homme que la coalition avait voulu renverser de son trône dispensait luimême des couronnes et faisait des rois.

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RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

CABIPAGNE DE MORAVIE. — BATAUXE d'aUSTERLITZ.

24 octobre. Entrée de PEmpereor à Munich. *

27 — Le l^i" corps passe rinn à Vasser-

28— Le 3» corps passe rinn à Mohldwf .

29 — L'Empereur entre à Branau, chef

de r Autriche , et prend les magasins

et l'artillerie de l'ennemi.

1®*" novembre. Le 3® corps passe la

Traun à Lambach.

2 — Prise d'Ébersherg sur la Traun.

3 — Le 5® corps entre à Lintz.

5 — Le Prince Murât avec son corps d'armée, ayant passé l'Ion à Muhldorr, bat l'armée russe à Amstetteo.

Entrevue de TEmpei^eur Napoléon

et de l'électeur de Bavière, près de Lintz.

4 et 5 — Le 6® corps s'empare du Tyrol , après la capitulation du fort de Luetasch, le combat de Scharnitz, et le combat en avant d'Inspnick.

7 — Prise des magasins d'Inspruck; les malades sont confiés à la générosité française.

Les drapeaux français sont repris

dans l'arsenal d'Inspruck.

8 — L'Empereur fait son entrée dans Pabbaye de Molk.

9 — Le 5® corps et la réserve entrent à Saint-Polten.

1 1 — Combat de Krems près de Diernstein.

13 — Le maréchal Murât, avec la réserve, entre à Vienne.

Le maréchal Murât et le maréchal Lannes surprennent le pont de Vienne.

L'Empereur à Schoenbrunn harangue son armée.

14 — Les habitans de Vienne présentent les clefs de leur ville à l'Empereur.

L'Empereur remet aux maires de

Paris les drapeaux pris sur l'ennemi.

15 et 16 — Combat d'HoIlabnmn connu sous le nom de Schongraben.

20 — L'Empereur reçoit à BrUnn les députés de la Moravie.

23 — Des reconnaissances arrivent jusqu'à Ohnutz.

27 et 28 — Le maréchal Davoust entre à Presbourg, capitale de la Hongrie.

29 — L'Empereur fait prendre position à rarmée, et fortifie le Santon.

L'Empereur congédie un parlementaire russe.

l**" décembre. L'Empereur visite ses

avant-postes pendant la nuit.

2— L'Empereur donne ses ordres aux généraux le matin de la bataille d'Austcrlitz.

Bataille d'Austerlitz.

*i%s généraux et des soldats rosses /faits prisonniers . sont amenés à l'Empereur.

Une partie de l'armée russe s*en-

gloutit sous les flots.

4 — Les deux Empereurs au bivouac

près du moulin de Saruschitz.

6 — Suspension d'armes.

Les canons et les armures de l'arsenal impérial de Vienne sont transportés en France.

Le ministre des relations extérieures passe le Danube devant Presbourg.

26 — Paix de Presbourg.

Venise rendue à l'Italie.

Ratification du traitédc Presbourg

L'électeur de Bavière et l'électeur de Wurtemberg sont proclamés rois.

La garde impériale rentre <en

France.

2f Janvier, L'empereur arrive à Paris.

Trophées de la campagne.

La renommée publie la nouvelle

de la paix de Presbourg.

1 Ce résumé est composé avec les inscriptions placées aux sculptures de la Colonne de la place Vendôme. Il offre, réuni au résumé de la feuille précédente, la série complète des légendes qui accompa^ent les bas-reliefs de cet admirable monument.,

Pirb. •• De l'Imprimeria de RieMon et C«, rue des ITMin^fSoiilf eoù^Sûnt-Midiel , S.

Après la 'victoire d'Aust»-titz et le trailé de Prcsboui^, rempereur Napoléon eut ud ingtaiit l'espérance fimdëe de voir la pais de VEuropç complètement assurée par une alliance sincère de l'Angleterre avec la France. La mort de William Pitt avait appelé à la tète du ministère anglais son rival célèbre, Georges Fos ; cet illustre homme d'Etat n'oublia point les sentimens d'estime et d'action qui le liaient au premier consul. Vu de ses premieM soins, lors de son entrée au ministère , fut de renouer avec l'empereur des Français des négociations dont le but était de rendre la tranquillité à son pafs et le repos au monde. Sa mort, trop prompte, détruisit malbeureusement la bonne volonté de l'Angleterre , et Napoléon dut perdre tout espoir de voir te cabinet britannique consentir à la paii européenne.

La neutralité de la Prusse, pendant la troiùème coalititm, n'avait pas été sans arrière - pensées ; elle attendait , pour se dédara-, que les succès des coalisés lui permissent ^e le faire

saas danger. Le roi Frédéric-Guillaume avait eu à Potsdam, avec Alexandre, devant le tombeau du grand Frédéric, une entrevue où il avait promis de joindre ses troupes & celles de rAutriche et de la Russie : seulement , avant de rompre entièrement avec Tempereur des Français , et comme pour mettre le bon droit de son côté, il avait demandé une réparation, qu'il savait devoir lui être refusée , pour la violation du territoire prussien lors du passage de Bemadotte dans la principauté d'Anspach. Ce Fut k cette occasion que le prince d'Haugwitx était venu trouver Tempereur Napoléon au bivouac d'Austerlitz. L'Empereur remit à s'entrenir avec lui au lendemain de la bataille ; mais après la vittoire signalée qui venait d'être remportée par les Français , il ne pouvait plus être question des réclamations menaçantes de la Prusse : le prince d'Haugwitz était trop bon diplomate pour taire antre chose au vainqueur que des complimens , dont Napoléon ne Fut pourtant pas la dupe; car, après avoir reçu les félieitations du ministre prussien, il se tourna vers ses généraux , et leur dit en souriant : «Voilà un compliment que la victoire a « Fait changer d'adresse. » Néanmoins il espéra rallier Franchement le roi de Prusse à la cause de la France , en lui donnant une part dans les provmces conquises. Frédéric-Guillaume reçut en échange du petit territoire d'Anspach , qui Fut donné à la Bavière , le bel électorat de Hanovre. En lui rémettant ainsi les États héréditaires de la maison de Bruns- S^ck, Napoléon espérait élever entre les cours de Londreë et de Berlin un siget perpétuel de guerres. 11 se trompa. La Prusse, qui' fot au moment de combattre TAngleterre, céda aux instigations des nouveaux ministres anglais , et prit part t une quatrième coalition , où entrèrent également là-Russie et la Suède.

Les griefis que la Prusse allégua contre la France furent : 1® Textension de puissance acquise à Tempire Français par la réunion de lUlyrie et des États vénitiens, ainsi que par la création des royaumes de Hollande et de Naples, et par celle de la confédération germanique ; 2^ l'occupation prolongée des provinces allemandes. Elle demandait aussi que la France ne mtt aucun obstacle à la formation de la ligue du

DE L^EMPEREDR NAPOLÉON.

Nord, qui devait embrasser sans exception tous les Étals allemands non compris dans Tacte fondamental de la confédération du Rhin.

Le roi de Prusse n'ignorait pourtant point que la cause du séjour des troupes françaises en Allemagne était la non exécution, par la Russie, de certains engagemens pris en son nom par rÂutriche dans le traité de Presbourg ; il poussa Taveuglement, plein de confiance sans doute dans les armemens nombreux qu'il avait réunis depuis quelques mois , jusqu^l adresser un ultimatum à Tempereur Napoléon , dans lequel il exigeait , pour le 8 octobre , une satisfaction précise à tous ses grieft , et l'évacuation immédiate de TAllemagne.

« MttFéchal , » dit l'Empereur au prince de Neufchàtel , en recevant la sommation prussienne, «on nous donne un rendeza vous d'honneur pour le 8. Jamais un Français n'y a manqué ; «mais, comme on dit qu'il y a une belle reine qui. veut être «témoin des combats, soyons courtois, et marchons sans «nous coucher pour la Saxe.)> La reine de Prusse était effectivement à l'armée , vêtue en amazone et portant l'uniforme du régiment de dragons qui portait son nom. « Il semble , «disait le premier bulletin de Napoléon, voir Armide, dans «son égarement, mettant le feu dans son propre palais. »

Napoléon, parti de Paris le 28 septembre, avait le 6 octobre son quartier général à Bamberg. La grande armée était rassemblée autour de lui , forte encore de 180,000 hommes.

L'armée prussienne s'élevait à 200,000 hommes. Les troupes de la Saxe et de la Hesse électorale s*y étaient réunies.

Le roi , en se mettant lui-même à la tête de son armée , avait exhumé tous les vieux généraux de la guerre de sept ans pour lui servir de guides. Leduc de Brunsvnck et Mollendorf devaient conduire les Prussiens à la victoire. Le premier, général d'avant-garde sous son ^^ètT^^ qpgnd F er dinand , n'avait combattu depuis qu'à Kaisersiautem, où il avait défendu bravement son camp contre Hoche. Bon administrateur , vaillant dans le combat , mais timide dans le cabinet , il n'avait rien su apprendre durant les quinze années de

te-

guerre qui venaient de s'écouler, bien que ces années fussent riches en grandes leçons militaires. Mollendorf , non moiiis brave, n'était pas plus habile capitaine. Uàge avait glacé, chez ces deux généraux , les qualités qui avaient Sût leur réputation, sans leur donner du génie ; car le génie n'est ni le fruit de Tàge ni celui de Texpérience. Le prince de Hohenlohe et Massenbach , son lieutenant, n'avaient que des idées fausses sur l'art de la guerre. Ces habiles manœuvriers , plongés dans un sommeil léthargique depuis dix ans, comptaient si bien reconduire Napoléon à Mayence , qu'aucune de 4eurs places de première ligne , situées à quelques marches des cantonnemens français , n'avaient été mises en état de défense. L'armée prussienne était d'ailleurs belle ^ d'une tenue et d'une discipline admirables ; l'artillerie excellente ; la cavalerie brave , exercée et manœuvrière. Enfin , l'état-msyor était composé d^officiers instruits.

L'armée française était ainsi disposée , et devait se mettre en marche par trois points différens :

La droite , composée des corps des maréchaux Soult et Ney, et d'une division de Bavarois , se réunit à Bareuth pour se porter sur HofF; le centre, composé de la réserve de Murât, des corps de Bemadotte , Davoust et de la garde impériale, débouchant par Bamberg sur Gomach , devait arriver le 8 à Saaibourg , et de là se porter par Schleitz sur Géra ; la gauche, composée des corps de Lannes et Augereau , devait marcher de Schweinfurlh sur Gobourg , Graffenthal et Saalfeld.

Napoléon avait fait ses dispositions ; sa présence animait les soldats du plus vif enthousiasme ; la bataille d'Âusterlitz avait anéanti l'antique préjugé de la supériorité des Russes ; Thonneur français avait maintenant à détruire sans retour la réputation des savantes manœuvres prussiennes, que la mémoire du grand Frédéric protégeait encore dans tous les esprits. ^

Les hostilités commencèrent par des succès que l'armée française obtint à Saaibourg , à Schleitz et à Géra.

Un des parens de Frédéric-Guillaume trouva la mort dans un des premiers combats, à Saalfeld; c'était le prince

Louis de Prasse, cousin germain du roi, et Tun des plus ardens provocateurs de la guerre : il avait combattu à la tète de la cavalerie avec la plus grande intrépidité ; mais , ses escadrons étant culbutés par les hussards français, il suivait le mouvement rétrograde de cette troupe pour chercher à la rallier, lorsqu'il fut joint par un maréchal-de-logis du 10® de hussards, nommé Guindé, qui lui cria de se rendre. Le prince s'arrêta , fit volte-face , et engagea avec son intrépide adversaire un combat corps à corps. Guindé, prenant le prince pour un simple officier, lui réitéra sa sommation. «Rendez- vous , lui dit-il , ou vous êtes mort. » Il reçut pour réponse un coup de sabre sur le visage. Alors , dans la nécessité de se défendre , ne suivant plus que le mouvement d'une juste vengeance, il plongea son sabre dans le corps dii prince , qui tomba mort à ses pieds.

Le projet du roi de Prusse avait été de commencer les hostilités le 9 octobre , en débouchant sur Francfort par sa droite , sur Wurtzbourg par son centre , et sur Bamberg par sa gauche. Toutes les divisions de son armée étaient disposées pour exécuter ce plan; mais le mouvement de l'armée firançaise sur Saalbourg, Schleitz et Géra ayant tourné sa gauche, il résolut de rappeler tous ses détachemens. Le 3, il se présenta en bataille entre Gapellendorf et Auerstaedt avec une armée forte de près de 150,000 hommes.

A deux heures après midi, l'Empereur arriva à léna, et monta sur un petit plateau qu'occupait notre avant-garde. De là il aperçut les dispositions des Prussiens, qui paraissaient manœuvrer pour attaquer le lendemain , et forcer sur notre droite les divers débouchés de la Saale. L'ennemi défendait en force, et par une position inexpugnable , la chaussée de léna à Weimar, et paraissait penser que les Français ne pourraient déboucher dans la plaine sans avoir forcé ce passage. 11 semblait impossible en effet de faire monter de l'artillerie sur le plateau , qui , d'ailleurs , était si resserré , que quatre bataillons pouvaient à peine s'y déployer. Napoléon en jugea diffiéremment : il fit travailler toute la nuit à un chemin dans le roc , et l'on parvint à conduire Tartillerie sur la hauteur.

Le maréchal Davoust reçut l'ordre de marcher sur Naum-

«» -t , I. ' .. ' ■ I J-5A' aiJiux r*

bourg, pour défendre les défilés de Kosen, si rennemi sV vançait sur cette ville , et de se rendre à Apolda pour le prendre à dos s'il restait dans ses positions.

Le corps du maréchal Bernadotte fut destiné à déboucher par DoriÂourg pour tomber sur les derrières de Tennemi, soit qu'il $e portit en force sur Naumbourg , soit qu'il se portât sur léna.

La grosse cavalerie ne pouvait rejoindre Tarmée française qu'à midi ; la cavalerie de la garde impériale était en arrière, à trente-six heures de marche. Maïs il est des momens, à la guerre , où aucune considération ne doit balancer l'avantage de prévenir l'ennemi et de l'attaquer le premier. Napoléon fit masser, sur le plateau que l'ennemi avait négligé, et vis* si- vis duquel il était en position, tout le corps du marécha| Lannes ; la garde impériale s'y fornui aussi en bataillon carré. L'Empereur bivouaqua au milieu de ces braves. La nuit offrait un spectacle remarquable, celui de deux armées dont Tune déployait son front sur six lieues d'étendue , et embnh sait de ses feux l'atmosphère; l'autre dont les feux apparens étaient concentrés sur un petit point ; et dans l'une et l'autre armée, de l'activité, du mouvement. Les bivouacs des deux camps étaient à une demi-portée de canon; les sentinelles se touchaient presque, et il ne se fiiisait pas un mouvement qui ne fût entendu.

Les corps des maréchaux Ney et Soult marchèrent toute la nuit pour arriver au lieu de la bataille. A la pointe du jour, l'armée prit les armes. La division Gazan était rangée sur trois rangs , sur la gauche du plateau ; la division Suchet formait la droite ; la garde impériale occupait au centre le sommet du monticule, chacun de ces corps ayant ses canons dans les intervalles. De la ville et des vallées voisines, on avait pratiqué des débouchés qui permettaient le déploiement le plus facile aux troupes qui n'avaient pu être placées sur le plateau; car c'était peut-être la première fois qu'une armée devait passer par un si petit débouché.

Un brouillard épais obscurcissait le jour, L'Empereur passa devant plusieurs lignes. Il recommanda aux soldats de se tenir en garde contre cette cavalerie prussienne qu'on peignait

œmme si redoutable. aSouveaez-voas, leur dit-il, qu'il y a a un an à pareille époque vous avez pris Ulm ; Tarmée pruaa sienne, comme alors Tarmée autrichienne, est ai^ourdliui «cernée; elle a perdu sa ligne d'opérations, ses magasins; <c elle ne se bat plus pour la gloire ^ mais pour la retraite. «(Elle cherchera à faire une trouée sur difFérens points; les oc corps qui la laisseraient passer seraient perdus d'bonaneur et de réputation. Je compte sur vous.)>A ce discours animée les soldats répondirent par des cris de mar^ chons.

Les tirailleurs engagèrent Faction; la Fusillade devint vive. Quelque bonne que fût la position que Tennemi occupait, il en fut débusqué , et Tarmée française, débouchant dans la plaine , commença à prendre son ordre de bataille.

De son côté, le gros de Farmée ennemie, qui n'avait eu le projet d'attaquer que lorsque le brouillard serait dissipé, prit les armes. La gauche, forte de 50,000 hommes, avait marché dès la veille pour couvrir les défilés de Naumbourg et s'emparer des débouchés de Kosen , où elle devait rencontrer le maréchal Davoust. Le centre et la droite , formant une force de 80,000 hommes , se portèrent au-devant de l'armée française , qui débouchait du plateau d'Iéna. Le brouillard couvrit les deui armées pendant trois heures; mais enfin il fot dissipé par un beau soleil d'automne. Les deux armées s'aperçurent à petite portée du canon. La gauche de l'armée française , appuyée sur un village et sur des bois, était commandée par le maréchal Augereau. La garde impériale la séparait du centre , qu'occupait le corps du maréchal Lannes. La droite était formée par le corps du maréchal Soult ; le maréchal Ney n'avait sous ses ordres qu'un corps de 3,000 hommes, seules troupes qui fussent arrivées de son corps d'armée.

L'armée ennemie , commandée par le prince de Hohenlohe, était nombreuse et montrait. une belle cavalerie. Ses manœuvres étaient exécutées avec précision et rapidité. L'Empereur eût désiré retarder de deux heures le.signal d'en venir aux mains , afin d'attendre, dans la position qu'il venait de prendre après l'attaque du matin , les troupes qui devaient le joindre,

et surtout sa cavalerie ; mais l'ardeur française l'emporta. Plusieurs bataillons s'étant engagés au village de HoUsted, il vit Tennemi s'ébranler pour les en déposter. Le maréchal Lannes reçut ordre sur-le-champ de marcher en échelons pour soutenir ce village. Le maréchal Soult attaqua un bois sur la droite; Tennemi ayant fait un mouvement sur noire gauche, le maréchal Augereau fut chargé de le repousser. En moins d'une heure, l'action devint générale; de part et d'autre on manœuvra constamment comme à une revue. Parmi nos troupes , il n'y eut jamais le moindre désordre ; la victoire ne fut pas un moment incertaine. L'Empereur conserva toujours auprès de lui , indépendamment de la garde impériale, un grand nombre de troupes de réserve pour pouvoir parer à tout accident imprévu.

Le maréchal Soult ayant eîailevé le bois qu'il était chargé d'attaquer, fit un mouvement en avant. Dans cet instant, on prévint l'Empereur que la division de cavalerie française de réserve commençait à se placer, et que deux nouvelles divisions du corps du maréchal Ney arrivaient sur le champ de bataille. Il fit alors avancer toutes les troupes qui étaient en réserve sur la première ligne, et qui, se trouvant ainsi appuyées , culbutèrent l'ennemi dans un clin d'œil , et le forcèrent à la retraite. Les Prussiens la firent en ordre pendant la première heure ; mais elle devint une affreuse confusion au moment où les divisions de dragons et de cuirassiers , ayant le grand-duc de Berg à leur tète, purent prendre part à l'affaire. La cavalerie , l'infanterie prussiennes, ne purent soutenir leur choc. L'infanterie se forma en vain en bataillons carrés, cinq de ces carrés furent enfoncés ; artillerie, cavalerie, infanterie, tout fut culbuté et pris. La cavalerie française arriva à Weimar en même temps que l'ennemi, qu'elle poursuivit ainsi pendant six lieues.

tandis que l'Empereur remportait , la . victmre d'iéna, le maréchal Davoust obtenait à Âuerstaedt des avantages non moins. signalés sur la ^uche de l'armée ennemie, où était en personne le roi de Prusse. Ce corps, commandé par le duc de Brunswick , se trouvait déjà k cinq lieues sur la gauche, du champ de bataile d'iéna, lorsque .son avant-garde

rencontra les avant-postes du maréchal Davoust, qui avait pris position à Naumbourg. Le défilé de Kosen séparait les Français et les Prussiens. Brunswick , croyant n'avoir affaire qu'à un fort détachement , au lieu de chercher à s'emparer aussitôt de ce défilé, s'arrêta à Auerstaedt, et y fit bivouaquer ses divisions. A l'aube du jour, elles s'ébranlèrent ; mais le brouillard épais qui régnait dans toute la vallée, de la Saale ccAatraria et retarda leur marche. Cependant la division Schmettau, qui formait l'avant-garde, arrivant près d'Hassenhausen , donna sur la division Gudin, qui pendant la nuit avait occupé le défilé de Kosen , afin d'offrir aux divisions françaises le moyen de déboucher sur le plateau.

Le maréchal Davoust avait reçu , à deux heures du matin , les ordres de l'Empereur; il proposa au prince Bernadotle, dont le corps d'armée s'avançait sur Domboùrg, de marcher avec lui par Kosen sur Apoldà, et offrit même de lui déférer le commandement des deux corps. Bernadotte s'en tint h l'exécution littérale de l'ordre qu'il avait reçu, et refusa. Tout ce que Davoust put lui dire pour le convaincre fut inutile ; il prit le chemin de Dornbourg. Son opiniâtreté, difficile à expliquer, et qu'on attribua alors au désir d'acquérir de la gloire aux dépens de son collègue , faillit compromettre le succès de la bataille.

Le roi de Prusse , que le brouillard empêchait de voir ce qui se passait , avait ordonné au général Blûcher de s'avancer avec 2,500 chevaux pour charger les troupes qui auraient pu déboucher sur le plateau. La division Gudin y arrivait précisément. Notre cavalerie légère , attaquée à l'improviste par la cavalerie, bien supérieure en nombre, de Blûcher, fiit obligée de reculer; mais la brigade Gauthier eut le temps de se former en carré , et l'artillerie française , placée sur la chaussée, soutenue par l'infanterie, arrêta les escadrons prussiens, qui multiplièrent inutilement leurs charges.

Cette résistance inattendue étonna le duc de Brunswick ; il voulait ranger l'armée en bataille , et attendre la chute du brouillard. Le vieux général Mollendorf prétendit encore que les Français n'avaient là qu'un corps de partisans et qu'il fallait le culbuter dans le ravin de Kosen. Le roi, partageant

2S0 HISTOIRE

cet avis , ordonna en conséquence aux divisions de Wartoasleben et du prince d'Orange de franchir le ravin d'Auerstaedt. et de pousser vigoureusement tout ce qu^elles rencontreraient devant elles.

Wartensleben , qui déboucha le premier, attaqua la gauche de Gudin , pendant que Blûcher chargeait la droite de la division française. Le brouillard s'était un peu éclairci : l'attaque fut vive et opiniâtre ; mais Davoust plaça ses carrés en échiquier, et , fort de Thérolque contenance de son infanterie , repoussa plusieurs charges consécutives. Blûcher eut son cheval tué ; ses escadrons , rencontrant partout un finont hérissé de bsûonnettes, et exposés aui feux croisés des carrés, perdirent un grand nombre de braves. La cavalerie prussienne fut rejetée en désordre sur le chemin d'Eckartsberg.

L'arrivée de la division Fri^t acheva d'assurer le succès sur la droite. Débarrassés dl^ce côté, les Français furent bientôt assaillis sur leur gauche par les troupes de Wartensleben , tandis que Schmettau , soutenu par le prince d'Orange , les attaquait de front. Il était neuf heures du matin. Le duc de Brunsvrick dirigeait cette attaque générale : il était luimême à la tête de la division Wartensleben; mais, malgré la grande disproportion du nombre , Tinébraulable Gudin tint ferme contre ce nouvel effort. Les Prussiens s'avancèrent comme à une parade , et, fiers de leur ancienne réputation, visaient à conserver leur alignement et leurs distances. Nos soldats, blottis derrière les haies, les petits fossés et les arbres qui entourent le village de Hassenhausen, où la division Gudin s'appuyait, les criblèrent de balles. Les bataillons, prussiens plièrent; le duc de Brunswick, en voulant les rallier, fut blessé à mort; Schmettau eut le même sort; Wartensleben eut son cheval tué. Privée de ses chefs , la ligne ennemie hésita, s'arrêta, mais ne rétrogradait pas. Malgré' son énergique résitance , Gudin allait succomber , quand la division Morand parut sur le plateau. Le choc de ces troupes fraîches et électrisées fut décisif. Les Prussiens furent repoussés d'Hassenhausen ; mais ils se reformèrent à quelque distance en arriére. Le roi Frédéric-Guillaume ordonna à sa cavalerie de tenter sur notre gauche un effort

pareil à celui qui avait si mal réussi à Blûcher contre notre droite. Cet effort Sjs brisa sur les carrés de la division Momnd. Malgré te courage obstiné de prince Guillaume qui la commandait, la cavalerie prussienne, arrêtée par des baïonnettes croisées , fusillée à bout portant , mitraillée par nos batteries, fut repoussée. Le prince, blessé lui-même, ne put arrêter le désordre de ses escadrons qui se sauvèrent partie sur Neus/llza , partie sur Âuerstaedt.

Dans ce moment, Priant, pénétrant jusqu'à Tauch\dtz, débordait la gauche de la ligne ennemie. A peine Morand eutil repoussé cette attaque de cavalerie , qu'il se précipita sur Rebausen. Le roi de Prusse s'était trouvé partout au plus fort du combat, il avait eu un chevaltué sous lui ; il conduisit luimême une partie de sa réserve au-devant de notre gauche ; mais, battu en flanc par notre artillerie, il lui fut impossible de rétablir le combat et d'empêcher la prise dé Rehausen.

Le désordre et la confusion commençaient à s'introduire dans l'infanterie prussienne. Davoust jugea que le moment était venu de frapper le coup décisif, en s'emparant des hauteurs d'Eckartsberg et en fermant ainsi à l'ennemi sa dernière ligne de retraite.

11 y dirigea les divisions Gudin et Priant. Rien ne put résister à l'impétuosité de leur choc. Eckartsberg fut emporté, et les troupes prussiennes rquissèrent en désordre le ravin profond d'Auerstaedt.

Prédéric- Guillaume, ignorant le résultat de la bataille d'Iéna , ordonna la retraite sur Weimar; la ruine de son armée eût été complète, si Bernadotte eût, comme il le pouvait, débouché deCombourgsurSûlza, et attaqué les Prussiens dans leur fuite. Ce maréchal préféra continuer sa marche sur Dornbourg, en sorte qu'il n'arriva qu'à la nuit aux environs d'Apolda. Toutefois, son apparition inopinée sur ces hauteurs, qui flanquent la route de Weimar, et la rencontre des fuyards du corps de Hohenlohe, achevèrent de porter le désespoir dans les troupes prussiennes qui se débandèrent de tous côtés.

Telle fut l'issue du célèbre combat d'Auerstaedt, où Davoust, avec 25,000 hommes, isolé et sans être soutenu, battit une

armée deux fois plus nombreuse , et acquit un titre étemel de gloire.

Les trophées de la victoire dléna , qui comprend les deui batailles dléna et d'Auerstaedt, furent 40,000 prisonniers, 60 drapeaux et 300 pièces de canon. L*armée prussienne , dont presque tous les généraux furent tués ou blessés , fut complètement dispersée et détruite. Le roi lui-même eut peine à s'échapper à travers les divisions françaises , et faillit rester prisonnier. La reine, cette belle princesse, qui avait contribué à entraîner son époux à la guerre , n'eut que le temps de s'enfuir de Weimar, au moment où Tavant- garde fhinçaise y arriva poursuivant les fuyards.

Pendant la bataille , Napoléon s'était montré sur tous les prânts. Sa présence ranimait les courages et retrempait toutes les âmes. Au fort de la mêlée, voyant ses ailes menacées par la cavalerie, il se porta au galop pour ordonner des manœuvres et des changemens de front en carrés. En donnant ses ordres il fut interrompu à chaque instant par des cris de viue F Empereur! La garde impériale à pied voyait, avec un dépit qu'elle ne pouvait dissimuler, toute l'armée aux mains et elle dans l'inaction. Plusieurs voix firent entendre les mots en aidant! a Qu'est-ce ? dit l'Empereur, ce ne peut être qu'un jeune «homme sans barbe qui ose vouloir préjuger ce que je «dois £3dre; qu'il attende qu'il ait commandé dans trente a batailles rangées avant de prétendre me donner des «avis. » Les voix se turent. Ceux qui avaient parlé étaient effectivement déjeunes vélites dont le courage était impatient de se signaler.

L'Empereur coucha, le lendemain de la bataille, à Weimar, dans les appartemens qu'avait occupés deux jours auparavant sa belle ennemie , la reine de Prusse.

11 y reçut une lettre du roi de Prusse en réponse à une lettre qu'il lui avait adressée avant la bataille. Cette démarche de l'empereur Napoléon était pareille à celle qull avait faite auprès de l'empereur de Russie avant la bataille d'Austerlitz. Il avait écrit au roi de Prusse: «Le saccès de mes

armes n'est point incertain. Vos troupes seront battues ; mais «il en coûtera le sang de mes enfans; s'il pouvait être épargné «par quelque arrangement compatible avec llionnenr de ma «couronne, il n'y a rien que je ne fasse pour épargner un «sang si précieux. Il n'y a que l'honneur qui, à mes yeux, «soit encore plus précieux que le sang de mes soldats.» Le roi Frédéric-Guillaume ne répondit qu'après la bataille perdue, et en demandant un armistice. L'Empereur refusa en disant qu'il lui était impossible après une victoire de donner à l'ennemi vaincu le temps de se rallier, et qu'il ne traiterait qu'à Berlin.

Sept jours avaient suffi à Napoléon pour déjouer toutes les combinaisons des généraux du grand Frédéric; une seule journée avait triomphé de l'armée prussienne ; il ne fallut h rEmpereur que sept semaines pour conquérir toutes les villes fortes çle la Prusse, du Brandebourg et de la Silésie, pour faire prisonniers les corps de réserve et les divisions détachées que la victoire d'Iéna avait laissés intacts ; enfin pour chasser de tous les États de Prusse et de Pologne le roi Frédéric-Guillaume, qui avait eu l'audace de lui prescrire d'évacuer l'Allemagne. L'armée française s'étendit comme un orage dans toute la Prusse. Erfurth, qui renfermait 14,000 hommes et 120 pièces de canon, capitula le 16 octobre. L'armée de réserve , de 12,000 hommes , commandée par le duc de Wurtemberg , fut, le 17, atteinte et défaite à Halle. Spandau capitula le 25. Fulde fut prise le 27 : l'armée française entra le même jour à Berlm, saluée par les acclamations du peuple, qui accueillit les soldats de Napoléon plutôt en libérateurs qu'en conquérans. .

Le 29 on prit possession du duché de Brunswick , et la forteresse de Prenzlow capitula après un combat où 16,000 hommes d'infanterie et six régimens de cavalerie, débris que le prince de Hohenlohe cherchait à réunir autour de Magdebourg, mirent bas les armes. Le même jour, la forteresse de Stettin , avec une garnison de 5,000 hommes, se rendit à un corps de cavalerie légère commandé par le général Lasalle. Le 1^ novembre le maréchal Davoust entra, par capitufaition, dans Gustrin, et le maréchal Âugereau à Francfort -sur-

rOder. Mortier, de ooacert avec le roi de Hollande, occupa la Hesse électorale. Le 7 novembre, 21,000 hommes, que le général BlUcher avait conduits jusqu'à Lubeck, forent forcés dans cette ville et obfigés de capituler. Magdebourg, défendue par 800 canons et par 22,000 hommes de garnison, se rendit le 8. Cette capitulation fot suivie de celles de Grentzchau, de Hammeln, de Nienbourg, de Plassembourg et de Toccupaticm de Brème, de Hambourg, du Hanovre et du duché de Posen.

Pendant que ses lieutenans achevaient la conquête de la Prusse, Napoléon était resté dans Berlin, centre d*où il dirigeait tous leurs mouvemens.

A Potsdam , il avait visité le tombeau du grand Frédéric et pris, dans les appartemens occupés par ce roi illustre, Tépée , la ceinture de général qu'il portait à la guerre de sept ans, et son cordon^derAigle-Noire.« J'aime mieux ces «trophées que vingt millions, dit l'Empereur, je les enverrai «aux Invalides ; les vieux soldats qui ont survécu aux guerres «de Hanovre verront que l'afFront deRosbach a été vengé.»

Ce fot à Berlin que l'Empereur lança ledécret deblocus des Hes Britanniques, représailles foudroyantes à l'ordre du ministère anglais , qui mettait les ports de la Manche en état de blocus. Cette mesure, que les ennemis de Napoléon lui ont si souvent reprochée, n'a pas besoin d'être justifiée. Une grande nation , qui possède avec ses alliés plus de deux mille lieues de c6te, cent vaisseaux de ligne et des colonies, ne pouvait tolérer l'arrogance de l'Angleterre, prétendant fermer nos ports sans avoir besoin de flottes ni de vaisseaux, au moyen d'un simple arrêté ministériel.

L'Empereur signala aussi son s^our à Berlin par un trait de clémence qui mérite à juste titre l'admiration de la postérité.

Le prince d'Halzfold avait été conservé par l'Empereur dans, le commandement de Berlin. Un jour, en sortant d'une audience qu'il avait eue de l'Empereur, il fut arrêté ; il devait être traduit devant une commission militaire , et aurait été inévitablement condamné à mort. Une lettre adressée par lui

DE L'EMPEREUR NAPOLÉOrf. 255

au général Hohenlohe , interceptée aux avant-postes, avait appris que, quoiqu'il prétendit ne s'occuper que du gouvernement civil de Berlin , il instruisait Fennemi des mouvemens des Français. Sa femme, fille du ministre Schulembourg, vint se jeter aux pieds de Napoléon ; elle croyait que la haine de son père contre la France était la seule cause de l'arrestation de son mari. L'Empereur la détrompa bientôt , et lui fit connaître qu'on avait saisi des papiers dont résultait la preuve évidente que son époux jouait un double rôle , et que les lois de la guerre étaient impitoyables pour un pareil crime. La princesse attribuait à llmposture cette accusation qu'elle appelait une calomnie de ses ennemis : a Vous connaissez récri- « ture de votre mari , dit TEmpereur, je vais vous faire juge. » Il fit apporter la lettre interceptée , et la lui remit. Cette dame, enceinte de plus de huit mois, s'évanouissait à chaque mot qui lui découvrait jusqu'à quel point son mari était compromis. Napoléon , touché de la douleur et des angoisses qui la déchiraient, lui dit avec bonté : «Hé bien, vous tenez «cette lettre, jetez-la au feu; cette pièce anéantie, je ne «pourrai plus faire condamner votre mari. » La princesse reconnaissante obéit, et son mari fut sauvé.

En quittant Berlin , l'Empereur se rendit à Posen , où fut conclue une suspension d'armes que le roi de Prusse, rassuré par l'approche de l'armée de l'empereur de Russie, refusa de ratifier. L'armée française prit position sur la Vistule pour attendre les nouveaux ennemis qu'elle allait avoir à combattre ; et le plus jeune des frères de l'Empereur, Jérôme Napoléon , acheva la conquête de la Silésie , en prenant les six forteretôes qui gardent ce pays, Glogau, Breslau, ftîeg, Neisse, Schwiednitz et Glatz. Napoléon, qui avait d^à résolu la création du royaume de Westphalie , voulait que son frère montrât à l'armée, par la manière dont il savait se servir d'une épée, qu'il était digne de porter une couronne.

■MMMa

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

CAMPAGNE nE PRUSSE. — BATAILLE d'iÊNA.

t^^ Janvier, L'électeur de Bavière et

le duc de Wurtemberg soot procla-'

mes rois.

23— Mort de Wmiam Pilt.

28— Le Sénat décrète Térectioii d'un

moDutnent à Napoléon-Ic-Graod.

8 février. L'armée française entre

dans le royaume de Naples.

15 — Entrée du prince Joseph Napoléon

à Naplcg.

8 mars. Traité entre la France et la Prusse relatif â des modifications sur la convention fl5 «f^c.tS05) d'échange du Hanovre contre les pays d'Anspach, Clèves et Neufchâtcl.

15 — Joadiim Murât est déclaré grand •

duc de Berg.

30 — Statut oonstitmionnel de la famille

impériale de France.

Joseph Napoléon est déclaré roi

de Naples et de Sicile.

Le maréchal Berthier est déclaré

prince de Neufchàtel.

20 avril. Manifeste du roi d'Angleterre

contre le roi de Prusse.

1®'' mai. Réunion des États vénitiens

au royaume d'Italie.

9 — Promulgation du Code de procédure civile.

27 — Prise de possession de Raguse par les Français.

ijuin. Loiiis Napoléon est déclaré roi de Hollande.

12 juillet. Confédération du Rhin. Napoléon en est déclaré le protecteur.

18— Prise de Gaëte.

20*— Préliminaires de paix entre la France et la Russie, non ratifiés par le cabinet de Saint-Pétersbourg.

taoût. L'empereur d'Autriche ^Fran-

Sais n , renonce au titre d'Empereur 'Allemagne.

9 — Le roi de Prusse mobilité son

armée.

15 — La Russie refuse deratifier les préliminaires signés à Paris, le 20 juiIIeL i^ septembre. Mort de Charles Fox.

18 — Assemblée à Paris des députés israélites de FEmpire. Constitution du culte juif.

26 — L'Empereur quitte Paris pour aller rejotaidre son année d'Allemagne.

6 octobre. Quatrième coalition contre la France. Napoléon porte son quartier général à Bahibôrg.

9 — Commencement des tiostilités.

10 — Combat de .Saalfeld. Mort dapçnioe Louis de Prusse (1,000 prisonniers , 30canons>.

14 — Combat d^Aucrstcdt. — Bataille d'Iéna (40,000 prisonniers, 300 canons .\ •

16 — Capitulation d'Erfurth (14,000 prisoimters^

17 — Combat de Halle. — Défaite de l'armée prussienne de réserve.

Convention de neutralité entre la

Saxe et l'empereur Napoléon.

25 — Capitulation de Spandau.

27 — Entrée de Napoléon à Berlin.

Prise de Fuloe.

28 et 29 — Combat de Prenziow (16,000 hommes d'infanterie et 6 régimens de cavalerie mettent bas les armes).

Prise de possession du duché de

Brunswick.

Capitulatioa de la forteresse de

Prenziow.

29 — Capitulation de SteUin.

31 — Occupation de La Hesse électorale.

i^^novembre. Capitulation deCostrin.

3 — Décret impérial qui divise les états

pniitsicas en quatre départemeng.

6 et 7 — Bataille de Lubeck, 21,000

hommes aux ordres du général BlCi-

cber, mettent bas les armes.) 8 — Capitulation de Magdcbourg

(22,000 prisonniers, 800 canons).

10 — Occupation de Posen.

id. du Hanovre.

16 — Suspeusion d'armes de Chartot-

tenbourg , non ratifié par la Prusse.

19 — Capitulation de Crentzcbau.

Occupation de Hambourg et de

Brème.

Capitulation de Hamein (9,000 prisonniers).

21 — Décret de Berlin qui déclare les

Iles Britanniques en état de blôcos. 25 — Capitulatioa de Niembourg (4^

prisonniers^

Capitulation de Plassenboorg.

28 — La Russie déclare la goerre â la

France^

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