SECONDE CAMPAGNE DE POLOGNE
Après la bataille d'Eylau, quatre mois s'écoulèrent en négociations pour uiie pacification générale que les puissances coalisées ne désiraient pas sincèrement, mais ce délai était nécessaire à la Russie pour réparer les pertes que loi avait causées une lutte meurtrière, et h la Grande-Bretagne pour réunir 60,000 hommes de contingent, qu'eHe avait promis d'envoyer en Poméranie , aSn de prendre à dos l'armée française pendant que les Russes et les Prussiens l'attaqueraient de front.
Ce traité de pais que la diplomatie n'avait pas pu conclure en seize semaines. Napoléon devait le dicter au bout d'une campagne de dis jours.
Le 4 juin, les hostilités recommencèrent; les Russes attaquèrent à l'improviste nos avant-postes, et furent battus. Chaque jour, pour eus , fut marqué par un échec , et pour l'armée française par un triomphe. Le fi, pendant que le
prince de Pontc-Gorvo battait Tennemi à Spanden, le maréchal Soult culbutait deux fortes divisions russes à Lomitten. Le lendemain 6 , ce fut le tour du maréchal Ney, qui , attaqué dans sa position sur la Passarge k Deppen , repoussa Tennemi, et lui tua ou blessa plus de 5,000 hommes. Le même jour, à VolfsdorfF, le quatrième corps, aux ordres de Soult, attaquait et dispersait la division russe du général Kamenski. L'empereur dirigeait en personne tous les mouvemens de son armée. Un corps ennemi , fort de 25,000 hommes , dont 10^000 d'excellente cavalerie, voulut arrêter la marche des troupes firançaises qui se dirigeaient sur Heilsberg. Il prit position àGlottau ; mais le grand-duc de Berg , qui ocMnmandait Tavant-garde , formée de la cavalerie de réserve, le débusqua successivement de toutes ses positions, et t'çmpart^lê^ Guttstadt, après un combat où les régnnens de cavalerie de la garde russe furent très multraités.
L'Empereur laissa en observation, à Guttstadt, le corps du maréchal Davoust^ et, par la rive gauche de TÂlle , suivit Tennemi avec le reste de Tarmée. Le 10 juin , vers midi , notre avant-garde atteignit, en avant d'Heilsberg, son arrière-garde , commandée par le prince Bagration , et la repoussa. Heitsbérg renfermait une partie des magasins de Tarmée alliée, et était couvert par des retranchemens garnis d'une nombreuse artillerie. Vers deux heures, le corps du maréchal Soult se trouva formé; il débusqua Teunemi d'un bois qui couvrait une partie de son frqpt , et se p(Nta sur les retranchemens. L'armée française, arrivant successivement, marcha sur la ville, en loii^;eant de près la rivière, et força les alliés à se replier dans leurs lignes. Celles-ci furent alors attaquées ; les fusiliers de la garde , les divisions Verdier et Saînt- Hilaire s'avancèrent jusqu'aux palissades ; le régimentde Paris enleva même une redoute à fa baïonnette , mais il fut (d>ligé de l'abandonner. Il était neuf heures du soir ; malgré i'obs- 'curité croissante , on se battait vivement sur tous les points, mm nous n'avions encore obtenu aucun succès important. L'armée coalisée, réunie tout entière à Heilsberg ^paraissait décidée à une défense opiniâtre. Ses nombreuses batteries faisaient essuyer de grandes pertes à l'armée française* Le
géoéral Roussel avait eu la tète emportée par un boulet , le général d'Espagne était blessé, le grand-duc de Berg avait eu deux ebevaux tués sous lui ; la cavalerie de Tarmée avait combattu avec le plus grand acharnement ; les cuirassiers s'étaient distingués par plusieurs charges brillantes. Le colonel du sixième régiment de cuirassiers, d'Avenay, s'était iivancé vers Murât et, lui présentant son sabre dégouttant de sang, lui avait dit : «Prince^ faita la revue de mon régiment , vous verrez qu'il n'est aucun soldat dont le sabre ne soit comme le mien.»lja nuit mit fin à un combat glorieux, mais sanglant, et les troupes bivouaquèrent dans leurs positions d'attaque. Tout annonçait pbur le lendemain une de ces batailles qui décident du sort d'une campagne.
L'Empereur resta la journée du U sur le champ de bataille ; il y passa en revue les régimens qui avaient le plus SQuffiert , leur distribua d'honorables récompenses militaires, et disposa les différens corps de son armée pour la bataille qu'il comptait livrer* L'armée alliée, quelles que fussent ses dispoûtions de la veille , ne sortit pas de ses lignes; elle semblait comprendre que cette barrière était nécessaire pour la sauver d'une défaite. L'Empereur, voyant que le général russe rtfusait de prendre l'offensive, donna Tordre au maréchal Davoust de faire un mouvement qui intercepta le chemin d'Eylau, et fit des préparatifs pour attaquer lui-même de nonveau le lendemain les retranchemens d'Heilsberg.
Mais, à l'aspect de ces préparatifs , l'ennemi ne jugea point ces retranchemens assez formidables pour le mettre à l'abri de l'impétuosité des troupes françaises. A dix heures du soir, les divisions russes commencèrent à passer sur la rive droite de l'Aile, abandonnant Heilsberg et toute la rive gauche aux Français, et laissant en leur pouvoir les blessés, les magasins et ces redoutes fortifiées, ouvrage de quatre mois d'un travail long et pénible. Le 12, i la pointe du jour, lorsque les troupes firançaises s'ébranlèrrat , elles furent étonnées de n'éprouver aucune résistance dans leur marche sur les lignes ennemies; Heilsberg fut immédiatement occupé.
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En quittant Heilsberg , le général russe s'était dirigé sur Friedland , où il voulait repasser TAUe, pour arriver à Kœnigsberg avant Tarmée française; mais il était trop tard. Déjà TEmpereur avait envoyé deux de ses corps d'armée ( Soult et Davoust) et la réserve dé cavalerie (Murât) se poster entre Friedland et Kœnigsberg; avec le reste de son armée il poursuivait les Russes , afin de les forcer à livrer cette bataille décisive qu'ils avaient refusée à Heilsberg.
Ce fut à Friedland même que le général Beningsen^ se voyant pressé par les troupes françaises , se résolut à les at-* tendre et à les combattre. Le 14 juin , à trois heures du matin, les grenadiers réunis, commandés par le général Oudinot ( du corps du maréchal Lannes ) , débouchèrent du village de Posthenen et commencèrent l'attaque. Napoléon, entendant le canon, s'écria , avec l'accent de la joie : « C*est un jour de bonheur, & est l'anniversaire de la bataille de Marengoh Dans lé même moment le maréchal Mortier, appuyé au village d'Heinrichsdorf , attaquait la droite de Tennemi.
Les divisions françaises n'étaient pas encore toutes en ligne ; l'ennemi voulut essayer de profiter de sa supériorité numérique pour forcer la route de Kœnigsberg. Une violente canonnade s'engagea alors de toutes parts , et dura , sans interruption , jusqu'à cinq heures du soir. Mais il fut repoussé de tous côtés, et , malgré tous ses efforts , l'armée française garda ses positions. .
L'Empereur avait reconnu celles de l'armée russe. La gauche, composée de quatre divisions, sous le prince Bagration, s'appuyait d un côté sur l'Aile, un peu au-dessus de Friedland, et de l'autre sur un ruisseau qui traverse la plaine , et qui séparait cette aile de la droite. Celle-ci, forte de trois divisions, aux ordres du prince Gortschakof, et d'une nombreuse cavalerie, s'étendait dans la plaine, en face Hcinriebsdorf. L'ennemi, pour faciliter ses communications, avait jeté trois ponts sur l'Aile, immédiatement à côté de la ville et près de son aile gauche. L'Empereur reconnut que, pour frapper un coup décisif, il fallait d'abord culbuter cette aile gauche , afin de s'emparer de Friedland et des ponts ; et ensuite détruire la droite , qui se trouverait acculée à l'Aile et
coupée. Ses ordres furent aussitôt donnés; ils étaient ainsi conçus ;
« Le maréchal Ney prendra la droite , depuis Posthenen «jusque vers Sortlack, et il s'appuiera à la position actuelle «du général Oudinot Le maréchal Lannes fera le centre, «qui commencera à la gauche du maréchal Ney, depuis Hein- «ricbsdorf jusqu'à *pen près vis-à-vis le village de Posthe- «nen. Les grenadiers d'Oudinot, qui forment actuellement la adroite du maréchal Lannes, appuieront insensiblement à «gauche pour attirer sur eux l'attention de l'ennemi. Le ma- «réchal Lannes reploiera ses divisions autant qu'il le pourra^ «et, parce ploiement,. il aura la facilité de se placer sur «deux lignes. La gauche sera formée par le maréchal Mor- «tier , tenant Heinrichsdorf et la route de Kœnigsberg, et de «là s'étendant en face de l'aile droite des Russes. Le maréchal «Mortier n'avancera jamais, lemouveme^t devant être fait «par notre droite qui pivotera sur la gauche.
«La cavalerie du général Espagne et les dragons du gé- «néral Grouchy ^ réunis à la cavalerie de l'aile gauche, ma- «nœuvrerontpour faire le plus de mal possible à l'ennemi, «lorsque celui-ci, pressé par l'attaque vigoureuse de notre «droite , sentira la nécessité de battre en retraite.
«Le général Victor et la garde impériale à pied et à cheval «formeront la réserve, et seront placés à Grunhof, Botkein «et derrière Posthenen.
«La division des dragons Lahoussaye sera sous les ordres «du général Victor; celle des dragons Latour - Maubôurg «obéira au maréchal Ney; la division de grosse cavalerie du «général Naqsouty sera à la disposition du maréchal Lannes, « et combattra avec la cavalerie du corps d'armée de réserve «au centre.
«Je me trouverai à la réserve.
«On doit toujours avancer par la droite, et on doit laisser «l'initiative du mouvement au maréchal Ney, qui attendra «mes ordres pour commencer.
«Du moment que la droite se portera sur l'ennemi , tous «les canons de la ligne devront doubler leur feu dans la di- «rection utile pou%protéger l'attaque de cette aile. »
En conséquence, vers cinq heures et demie, le maréchal Ney, prolégé , dans son mouvement, par la forêt de Sortiack, et précédé d'une batterie de vingt piîces de canon , s'ébranla et marcha ft rennemi ; il fut aussitôt débordé par la cavalerie russe; mais le général Latour-Maubonrg la repoussa, et le maréchal Ney continua son mouvement. Pendant ce temps le général Sénarmont portait à quatre 'cents pas, en avant de la ligne, une batterie de trente pièces, et, par un lira à mitraille, écrasait les masses ennemies. L'aile gauche russe, ainsi attaquée de front et par le flanc, fit un mouvement offensif sur la droite du maréchal Ney, mais, culbutée à Yv»tant même et pressée par nos baïonnettes, elle se réfugia sous Friediand , aprCs une grande perte d'hommes dont une partie ftit précipitée dans la rivière. Le maréchal , voyant Tennemi fuir sur Friediand, ordonna un quart de convenu à son aile gauche et la porta sur un ravin qui entourait cette ville. La garde impériale russe était embusquée sur ce pcnnt; dès qu'elle vit nos colonnes s'approcher, elle déboucha avec intrépidité , et fit une charge qui ébranla un moment nos soldats; mais la division Dupont (delà réserve) s'avança alors sur la garde russe , l'enfonça et en fit un horrible carnage.
Le but de l'Empereur était atteint. L'aile gauche ennemie était acculée sur Friediand , resserrée dans un espace étroit , entre l'Aile et le ruisseau dont no«s avons parlé.
Mitraillé de tous côtés, et ne pouvant, même dans ce terrain défavorable, utiliser sa bravoure, l'ennemi ftit obligé de chercher son salut dans la fuite. Friediand fut emporté par nos braves bataillons; les rues étaient jonchées de morts, et les RuMes repassèrent la rivière, abandonnant leur artillerie et un grand nombre de prisonniers.
La destruction de Taile gauche laissait l'aile droite russe sans appui au milieu de la plaine ; aussitôt que le général Gortschakof , qui la commandait , en eut connaissance , il arrêta ses attaques et se mit en retraite sur Friediand , croyant y trouver une arrière-garde chargée de lui garder le passage; mais, en fuyant, les Russes avaient brûlé les ponts. L'incendie s'était même communiqué â la ville , dont le maréchal Ney défendait les approches. Gortschakofjfpressé de tous côtés,
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DE L'EMPEREUR iNAPOLÉON.
se vit au moment de mettre bas les armes. Heureusement pour lui, il découvrit un gué, et ses divisions y passèrent TAUe; mais ce gué était si profond, et le passage fut si précipité , que la moitié de son corps d'armée se noya , fut pris ou tué. Quelques pièces d'artillerie seulement purent être sauvées , le reste demeura sur la rive gauche et tomba en notre pouvoir. Il était onze heures du soir : la nuit sombré n'était éclairée que par les flammes qui s'élevaient au-dessus de Friedland ; mais la victoire était complète : 17,000 morts Russes ou Prussiens couvraient le champ de bataille; 70 pièces de canon-, un grand nombre de caissons , plusieurs drapeaux et 20,000 prisonniers furent les trophées de la journée.
L'ennemi , après la bataille , se retira en hâte sur le Niémen. Sa retraite présentait l'aspect de la déroute la plus complète: à chaque pas les vainqueurs recueillaient des prisonniers , des caissons, des armes et des bagages.
A la nouvelle de la victoire, Kœnigsberg fut abandonné par les Prussiens ; Soult y entra aussitôt , y trouva des richesses extraordinaires , plusieurs centaines de milliers de quintaux de blé , trois cents bàtimens chargés , venant tle Russie , plus de 20,000 blessés russes et prussiens ; tout ce que r Angleterre, prodigue d'argent et de subsides , à défaut de contingent en soldats , avait envoyé à la Russie^ et entre autres objets, 160,000 fusils non encore débarqués.
Masséna , dé son côté , culbutait l'ennemi sur la Narew et rOmulew, et le poursuivait jusqu'à Ostrolenka. En Silésie , Neitz , Glatz et Kosei avaient capitulé ; il ne restait au roi de Prusse que Kolberg , Grandeutz et le fort de Silberberg. Le combat de Labiau , où Davoust fut victorieux , l'occupation de Instori^urg par Ney, et l'arrivée de Napoléon à Tilsit , terminèrent les événemens militaires de cette campagne.
Le Niémen était dès lôrs la seule barrière qui restât à franchir pour que l'armée française portât la guerre sur le territoire russe. La saison était favorable, nos guerriers pleins d'ardeur et de confiance : ceux d'Alexandre , au contraire, après avoir montré , dans deux campagnes successives , un courage digne de leurs adversaires, étaient entièrement dé-
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moralises. Soldats, nés serfs et attachés par la servitude à leurs drapeaux , quoique braves , ils reculaient devant des soldats fils de la liberté et défenseurs de Tégalité parmi les hommes. Us fuyaient avec le sentiment de leur faiblesse etde leur impuissance. Les arrière-gardes russes, depuis Friedland, n^avaient plus donné des preuves de cette fermeté stoïqne , qui , dans d'autres circonstances , leur avaient valu Testime de leur vainqueur. Il est vraisemblable que si Napoléon eût , alors voulu conduire Tarmée francise en Russie , son expédition aurait eu une tout autre issue que celle qu'il tenta cinq ans plus tard. Dans la guerre de 1807, les Busses étaient les agresseurs, et ces peuples superstitieux courbaient la tète et s'attribuaient Ja faute de leurs défaites. Ils n'eussent opposé aucune résistance /i^^/o/uz/eauxprogrèsde l'armée française.
Alexandre ne vit pas sans effroi l'armée victorieuse des coalitions parvenue sur les confins mêmes de ses propres États. Le prestige des promesses britanniques s'était évanoui ; il ne pouvait plus espérer de réunir |i temps de nouveaux moyens de résistance. Il se rappela la générosité de Napoléon en 1806 ; il prit la résolution de s'humilier une seconde fois devant l'empereur des Français. Après avoir refusé si opiniâtrement la paix qui lui était offerte, il ne craignit pas^ de 1} solliciter lui-même. Il se soumit aux conditions qull plairait à son ennemi de dicter, conditions que le caractère connu du vainqueur d'Austerlitz lui faisait espérer favorables et modérées. Napoléon ne démentit point , dans cette circonstance , la modération qu*il avait montrée précédemment à l'égard du monarque russe. Au moment même où, franchissant la faible barrièee qui le séparait d'une armée accablée et à Tayance vaincue , il pouvait mettre le comble aux succès de cette campagne , il eut la générosité d'arrêter sa marche victorieuse, et d'écouter les premières propositions qui lui furent faites pour le rétablissement de la paix entre les deux empires. Le 21 juin, un armistice préliminaire d'un traité plus durable fut signé.
Les soldats français frémissaient d'impatience; ils appelaient de tous leurs vœux de nouveaux combats. Pour les calmer, l'Empereur leur adressa des paroles de satisfaction ;
2Si
«Soldats , leur dit-il^ le lendemain de Tarmistice avec Fem- «pereur de Russie , le 5 juin nous avons été attaqués dans nos cccantonnemois par Tarmée rasse. L'ennemi s'est mépris sur «notre inactivité. Il s'est aperçu trop tard que notre repos «était celui du lion, il serepent de l'avoir troublé.
«Dans les journées de Guttstadt , de Heilsberg , dans celle «à jamais mémorable de Friedland , dans dix jours de cam- «pagne enfin , nous avons pris 120 pièces de canon, 7 dra- «peaux ; tué, blessé ou fait prisonniers 60,000 Russes ; enlevé «à l'armée ennemie tous ses magasins , ses hôpitaux , ses am- «bulances, la place de Kœni^erg, les 300 bàtimens qui «étaient dans ce port , chargés de toutes espèces de muni- « tions;160,000 fusils que l'Angleterre envoyait pour armernos « ennemis.— Des bords de la Yistule , nous sommes arrivés sur «ceux du Niémen avec la rapidité de l'aigle. Vous célébrâtes à «Austerlitz l'anniversaire du couronnement; vous avez cette «année dignement célébré celui de la bataille deMarengo,qui «mit fin à la guerre de la seconde coalition.
«Français! vous avez été dignes de vous et de moi. Vous «rentrerez en France couverts de tous vos lauriers, et après «avoir obtenu une paix glorieuse qui porte avec elle la ga- «rantie de la durée. Il est temps que notre patrie vive en re- «pos , à l'abri de la maligne influence de l'Angleterre. Mes «bienfaits vous prouveront ma reconnaissance et toute l'éten- «due de l'amour que je vous porte. »
Afin d'accélérer la conclusion d'une paix indispensable à son armée et souhaitée de tôt» ses sigets , l'autocrate russe demanda une entrevue à l'empereur Napoléon.
Le fleuve même qui séparait les deux armées fut choisi le lieu de celteconférence.
Le 24juin, i«général4ttoiiiHe HC fran y i it ^ LaRiboissière/ fit établir au milieu , à égale distance des deux rives , un radeau sur lequel fut élevé, avec tout l'art et toute la magnificence que permettait la promptitude des préparatifs , un pa* Villon destiné à recevoir les deux empereurs.
Le lendemain 25, à une heure de l'après-midi. Napoléon, suivi
HISTOIIU:
deMurat, des maréchaux Berthier et Bessières, du général Daroc et du (p*and-écuyer Gaulincourt, s^embarqua aurun bateau conduit par les marina de la garde, et se rendit à ce pavillon. De son côté , et an même moment , partit de la rive droite Tempereur Alexandre, accompagné du grand*duc Gonstan* tin , do général en chef Beningsen , du prince Latenow, du général Ouvarow, et de Taide de camp général comte de Liéwen.
Les deux bateaux arrivèrent en même temps, les deox empereurs s'embrassèrent en mettant le pied sur le radeau , et entrèrent seuls dans le pavillon , où ils eurent une conftreoee qui dura deux heures, et pendant laquelle Alexandre témoi* gna i Napoléon une vive affection et nne admiratim sinc^. U était fier, disait^l, de s'approcher du héros moderne. Lorsque Tentretien Fut terminé, les personnages qui avaient accompagné les deux souverains furent introduits. Alexandre s'empressa de témoigner aux généraux français toute Testime qu'il avait conçue pour eux, et Napoléon , de soû cAté , parla avec bienveillance au grand-duc Constantin et au général en chef Beningsen, qui, malgré les revers de Tarmée russe, avait montré dans les campagnes précédentes del'instructioD et de Thabileté. Beningsen , vaincu par Napoléoa, était en* core un général d'une haute distinction. Les deux empei^eurs remontèrent avec leur suite diacun dans la barque qui les avait amenés , et retournèrent i leur quartier général.
Le lendemain , la ville de Tilsit ayant été déclarée neutre, l'empereur Alexandre y vint demeurer. Il y fut suivi par le roi et la reine de Prusse, ces deux souverains malheureux que les victoires de Napoléon avaient expulsés de leurs États. Napoléon montra, pour la jeune reine qui s'était si audadeusèment et si imiurudemment déclarée son ennemie, des sentimens de respect et de condescendance. Le chef de l'empire français sembler avoir à comr itoimtifler l'ancienne réputation de galanterie chevaleresque que la nation qu'il représentait possédait depuis plusieurs siècles. La belle Amélie s'abusa un instant sur ce Qu'elle pouvait espérer de Napoléon; mais elle reconnut bientôt que la galanterie polie et courtoise de l'Empereur laissait toute liberté aux intérêts de sa politique.
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Le roi Frédéric ne recouvra se^Ëiat^qu'â la sollicitation d*A^ lexandre. La paix, conclue le 7 juillet avec la Russie , fut û^ gnée le 9 avec la Prusse.
Mais la Prusse avait provoqué la guerre, et il fallait que quelqu'un en payât les fhiis. Elle s'était trop montrée notre ennemie pour espérer qu'elle deviendrait jamaisfirancbement notre alliée. L'Empereur adopta le parti de renforcer son s]rs* tème fédératif à ses dépens : cela était indispensable* Il créa le duché de Varsovie, comme base de la rc»iaissance fiiture de la Pologne, dont$ quoi qu'on ait dit, il n'abandomiait paa le généreux projet. Il augmenta la confédération du Rhin dn royaume de Weslphalie, formé des provinces prussiennes depuis la rive gauche de l'Elbe jusqu'à Magdebourg , des Etats de l'électeur de Hesse-Gassel, et du duché de Brunswick. Ce royaume fut la récompense de son frère Jérôme. Plus tard, il s'accrut encore du Hanovre , que Napoléon s'était réservé à Tilsit , afin de conserver un moyen de rap|H*ocbemènt avec la maison d'Angleterre. La confédération du Rhin avait déjà été renforcée précédemment de la Saxe ; l'électeur prit le titre de roi) et reçut celui«âe graiid'-duc deVarsoyie : son aïeul avait occupé le trône de Pologne, et, de la part deNapoléon, ce choix annonçait assez l'intention de relever ce trône. L'empereur de Russie reconnut à Tilsit les souva^inetés accordées aux flrères de Napoléon, et , en acceptant Ja Prusse orientale , re^ çut ausai sa part des dépouilles qu'une guerre malheureuse, dont il avait partagé les débites, enlevait à son fidèle allié, le roi de Prusse* &itre frères d'une même famille, cela eôt passé pour un acte infâme, tandis qu'Alexandre est encore vanté pour son caractère chevaleresque; c'est que la fraternité des rois a d'autres règles du bien et du juste que celles qui aont imposées aux peuples par la morale et l'équité. >
L'empereur Napoléon revint à Paris. Des fêtes magnifiques accueillbent dans la capitale le retour des soldats de la garde impériale, ces dignes représentans de la grande armée. Ce fut une véritable fête nationale : joie du peuple, satisfaction du citoyen, enthousiasme du soldat, rien n'y manquait. Essayons de la retracer : .
Prè8 de la barrière par où s'avancèrent les 10,000 guerriers de la garde, la ville de Paris avait fait élever un arc de triomphe de la plus grande proportion connue. Il n'avait qu'une seule arcade; mais vingt hommesy pouvaient passer de front. Ce monumentd'un gmresimpleet noble était surmonté par un quadrige doré. Sur chacune des faces, on lisait des inscriptions rappeliuit les grands événemens de la campagne ; et , quoiqu'on n'y eût employé ni colonne ni aucun de ces or*nemens dont les architectes sont trop souvent prodigues, il avait un caractère de grandeur véritable et de nçble simplicité. Dès neuf heures du matin, une foule immense entourait l'arc de triomphe; des cris d'enthousiasme annoncèrent, vers le milieu du jour, l'approche des braves ; ils parurent, et bientôt leurs aigles réunies ne formèrent qu'un seul groupe qui précéda la colonne.
Le corps municipal de Paris s'avança au-devant de la garde impériale , en tète de laquelle se trouvait le maréchal Bessières. Les troupes s'arrêtèrent : un roulement général des tambours commanda le silence, et le préfet de la Seine , d'une voix émue quoique sonore, prononça 1« discours suivant :
«Héros d'Iéna, d'Eylau, de Friedland, conquérans de la et paix, grâces immortelles vous soient rendues!
«C'est pour la patrie que vous avez vaincu, la patrie éter- «niseilst le sonvenir de vos triomphes; vos noms seront légoés «par elle, sur le bronze et sur le marbre, à la postérité la «plus reculée , et le récit de vos exploits, enflammant le cou- «rage de nos derniers descendans, long-temps encore après «vous-même, vous protégerez, par vos exemples, ce vaste «empire si glorieusement défendu par votre valeur.
«Braves guerriers, ici même un ace triomphal dédié à la «grande armée s'élève sur votre pasisage; il vous attend : «venez recevoir, sous ses voûtes, la part qui vous est due «des lauriers votés par la capitale à cette invincible armée. « Qu'ainsi commence la fête de votre retour : venez , et que ces «lauriers, tressés en couronnes par la reconnaissance publi- «que, demeurent appendus désormais aux aigles impériales «qui planent sur vos têtes victorieuses...»
Bessières répondit dignement , et en peu de mots.
On remarqua dans son discours le passage suivant :
6 Les atnés de cette grande famille militaire vont se rea trouver avec plaisir dans le sein d'une ville dont leshabitans «ont constamment rivalisé avec eux d'amour,. de dévouea ment et de fidélité pour notre illustre monarque. Animés a des mêmes sentimens, la plus parfaite harmonie existera «toujours entre les habitans de la grande vilte et les soldats «de la garde impériale. Si nos aigles marchaient' encore, en «nous rappelait Te serment que nous avons fait de les dé* ((fendre jusqu'à la mort, nous nous rappellerons aussi-que «les couronnes qui les décorent nous en imposent doublement oirobligation. » *
Après ces deux discours, les couronnes d'or votées par la ville de Paris furent appeudues aux aigles de la gardeimpériale.
Le corps municipal vint se placer ensuite d^ns une des deux tribunes qui avaient été ménagées dans l'intérieur de Tare de triomphe. La seconde était occupée par un nombreux orchestre, qui exécuta aussitôt le Chant du Retour, composé pour cette solennelle réception, et dont les paroles et la musique étaient dues à deux membres de l'Institut ( M. ArnaaltetM. Méhul).
La garde impériale défila dans l'ordre suivant : les fusiliers de la garde, les chasseurs à pie4, les grenadiers à pied, les chasseurs à cheval , les.mamelucks, les dragons, les grenadiers à cheval, la gendarmerie d'élite. Chaque régiment étoit précédé des officiers-généraux et supérieurs chargés de son commandement.
Cest dans cet ordre, et entourée d'une innombrable population , que la garde parvint au palais des Tuileries. Elle y entra par l'arc de triomphe du Carrousel, déposa ses aigles dans le palais, et, traversant le jardin impérial, où elle déposa ses armes en faisceaux, elle se rendit aux Champs- Elysées. Là, tous les corps qui la composaient et un détachement de la garde de Paris prirent place à un immense banquet qui leur était préparé , et dont le corps municipal fit les honneurs. •
Le lendemain, des représentations gratuités à tous les théâtres continuèrent la fête ; deux jours après le Sénat se réunit
pour lémoigiier à Farinée tt reeoniuissanee et doa admîra- Uoiu Une fête fut donnée à la garde impériale dans le jardin dn palais da Loxemboorg. Le président du Sénat adressa à eette occasion le discours suivant au maréchal Bessières :
«Monsieur le maréchal , invincible garde bnpérialé,
c Le Sénat vient au-devant de vous ; il aime k voir les dignes «représentans de la grande armée remplir ses portiques; il se « plaît k se voir entouré de ces braves qui ont combattu à Au»- «terliti, à léna, à Eylau, à Friedland, de'ces £ivoris de la « vietoire, de ces enfans chéris du génie qui préside aux ba« s tailles. Cette enceinte doit vous plaire, invincible garde impé* « riale. Ces voûtes ont tant de fois retenti des acclamaCions qui i ont célébré vos immortels faits d'armes et tous les triomphes «de là grande armée : vos trophées décorent nos murailles ; « les paroles sacrées que le plus grand des monarques daigoa «nous adresser du haut de son char de vicCoire, et au nom des «braves, sont gravées dans ce palais par la reconnaissance, « et vous retrouvez parmi nous plusieurs de ceux qui ont porté «la foudre de notre Empereur, et dirigé les hardis mouve- «ments de ses phahinges redoutables.
«Représentans de la première armée du monde, recevcar , « par notre organe , pour vous et pour tous vos frères d'armes, «les VŒUX du grand et bon peuple, dont Tamour et Tadmi- «ration vous présagent ceux de la postérité, d
Si la flatterie allait chercher les soldats, on peut croire qu'elle ne manquait pas au général , ft TEmpereur. Cétait dans tous les corps de TÉtat une émulation de louanges fort naturelle, sans doute, et fort belle, si elle n'avait pas dû, quelques années plus tard, pour la honte de la plupart de ces hommes puissants, se changer en outrages et en- imprécations. .
L'Empereur écoutait tous ces disoours avec patience; mats il n'en était point ébloui. Il vint lui-même quelque temps après , sans emphase , sans morgue , sans orgueil , dérouler au Corps-Législatif, avec netteté et brièveté, le tableau des grands événemens qui venaient de s'accomplir et de la prospérité de la France.
«Messieurs les Députés et messieurs les Tribune, dit-il,
«Depuis votre dernière session, de nouvelles guores, de
Mfc».— .— iiiM m^i^^mm'mrmmi-^0^»0m»
«nouveaux triomphes, de nouveaux traités de paix ont changé c( la face de l'Europe politique.
a Si la maison de Brandebourg , qui la première se conjura «contre notre indépendance, règne encore, elle le doit à la <i smcère amitié que m'a inspirée le puissant empereuréu Nord, o— Un prince français régnera sur lElbe; il saura concilier «rintérèt de ses nouveaux sujets avec ses premiers et plus «sacrés devoirs. — La maison de Saxe'a recouvré, après cin- «quante ans, rindépendance qu'elle avait perduc-^-Les pence pies de la ville de Varsovie, du duché de Dantzicjk ont «recouvré leur patrie et leurs droits.
«La France est unie aux peuples de rÀUemagne par les «lois de la confédération du Rhin, à ceux des Espagnes, de «la Hollande, de la Suisse et de lltalie , par les lois de notre «système fédératif. Nos nouveaux rapports avec la Russie sont a dmentés par Testime réciproque de ces deux grandes nations.
«Dans tout ceque j'ai fait, j'ai eu uniquement en but le bon- «heur de mes peuples, plus cher à mes yeux que ma propre «gloire, -—Je désire la paix maritime. Aucun ressentiment «n'influera jamais sur mes déterminations: je ne ^nrai jamais « en avoir contre une nation, jouet et victime des partis qui la «déchirent, et trompée sur la situation de ses affaires comme « sur celle de ses voisins. — Mais qiielle que soit l'issue que les «décrets de la Providence aient assignée à la guerre mari- «time, mes peuples me trouveront toujours le même, et je «trouverai mes peuples dignes de moi.— Français ! votre cpn- «duite dans les derniers temp>s, où votre Empereur était «éloigné de cinq ceiits lieues, a augmenté mon estime et «l'opinioi^ que j'avais conçue de votre car^ictère^ je me suis «senti fier d'être le premier parmi vous.
« Si pendant ces dix mois d'absence et de périls , j'ai été « présent à votre pensée, les marques d'amour que vous m'avez adonnées ont excité constamment mes plus vives émotions , « toutes mes sollicitudes ; tout ce qui pouvait avoir rapport « même à (la conservation de ma personne ne me touchait « que par l'intérêt que vous y portiez , et par l'importance « dont elle pouvait être pour vos futures destinées. Fous êtes « un bon et grand peuple. »
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RÉ3UMÉ CHRONOLOGIQUE