PREMIÈRE CAMPAGNE DE POLOGNE
La Pologne avait été vaincue , divisée , morcelée, rayée du rang des natîoiis... Les restes de ses liérolques défenseurs n'avaient trouvé d'asile que dam les armées républicaines où ils avaient combattu, en Italie et en Egypte, à côté des soldats de Bivoli et des Pyramides. Le brave peuple polonais, qwHque smunis i un joug étranger, était habitué ft tour-
4dt de la France son salut tt sa liberté. Aucune déception n'avait encore trompé cette généreuse confiance. La présence
peut êtrecomparéqu'à celui de lagrande majorité desFran^
de donner des preuves au maréchal Davoust , entré le prewier
étabUr son quartier gënâ^l à Posen. La nombreux parti-
devant de celui qu'ils regardaient comme le libérateur de la Pologne. Remplis d'admiration pour le vainqueur des coalitions, et versant des larmes généreuses, ils réclamaient de lui rafFranchissement de leur patrie, le rétablissement du trôné libre du grand Sobiesky, de ce Sobiesky qui avait sauvé à Vienne la liberté des peuples de TAUemagne, et qui nesedoutait pas qu'un jour ces mêmes nations allemandes se réuniraient aux hordes moscovites pour soumettre au joug étranger les descendans de leurs courageux libérateurs.
Ah! sans doute! Napoléon nourrissait aux fond de son cœur le généreux dessein de rendre nne patrie à ces héroïques opprimés. Leurs nobléi sentimens pariaient à son âme; il les comprenait et les encourageait
«L'amour de la patrie, disait-il alors dans un de sesbulle- ^i tins , ce sentiment national , s*est non-seulem^t conservé en « entier dahs le ccBur du peuple polonais, mais 11 a été retrempé «par le malheur; sa première passion , son premier désir, est a de redevenir nation. Les plus riches sortent de leurs chàieaiix «pour venir demander à grands cris le rétablissement du a royaume , et offrir leurs ënfans , leur fortune , leur influence. «Ce spectacle est vraiment touchant D^& ils ont partout «repris leur ancien costume, leurs anciennes habitudes. 9
Les questions de hante politique revenaient ensuite se placer entre ses désirs et sa puissance. Il lûoutait :
4iLe trAne de Pologne se rétablira-^t-il, et cette grande «nation rqprendra-t**elle son existence et son indépendante? «Du fond da tombeau renattra-^t-dle à la vieP Dieu seul , qm «tient dans ses mains les combinaisons de tous les événe- «mens, est Tartiltre de ce grand problème politique; mais «certes il n'y aura jamais d'événement plus mémorable, plus «digne d'intérêt»
Pourquoi ftut^il qa'tfbra FEmpereur n*ait pas oédé à ses ioipiratlonB I D voulait recomposer la Pologne. Deux fois il parut en avoir la possibilité^ en 1807 et en 1812, et deux fols de filiales droenstances, de grands embarras politiques, le forcèrent d'ayoumer l'exécution de ce projeta Le rétablissement de la Pologne jurait aliéné l'Autriche , etrendu tout traité impossible avec la Prusse et la Bussiez L'finpereor,
MMMMMaMIki ■■MUaMMdM
pour rendre aux Polonais une patrie , attendait que la victoire remit entre ses mains les mojrens d'indemniser les puissances auxquelles il devait reprenidire ks andetmes pro«* vinces polonaises.
Ce fût donc avec la ferme volonté de rétablir la Pologne dans un temps plus on moins rapproché , qull reçut ft Posen la députation de la haute ncAlesse; 11 lui fit raccueil le plus encourageant ;ses discours et sespromessesentretinrentrespérance que les nobles Polonais avaient conçues de voir enfin leur patrie renaître de ses cendres. Cette espérance suffit pour les odtir à faire tons leurs efforts pour seconder Napoléon» Ils prirent les armes et fermèrent, sous la direction du général Dombrowsky , depuis long-temps admis dam nos rangs, des régimens qui rendirent » par la suite, dlmportans services aux armées françaises. —— — ^
Nos troupes entrèrent dans Varsovie : en apprenant Toccupation de la capitale de la Pologne, TEmperenr adressa (le 2 décembre ) cette proclamation i son armée ;
« Soldats ! il y a aujourd'hui un an , à cette heure même, que «vous étiez sur le champ mémorable d'Austerlitz. Les bataillions russes épouvantés fuyaient en déroute, ou, enveloppés, «rendaient les armes à leurs vainqueurs. Le lendemain ils < firent entendre des parolea de paix ; mais elles étaient trom- <r penses. A peine échappés , par Vetkî d'une générosité peut- «être condamnable, aux désastres de la troisième coalition, «ils en ont ourdi une quatrième. Mais Tallié sur la tactique «duquel ils fondaient leur principale espérance, n'est déjà «plus. Ses places fortes, ses capitales, ses magasins, ses ar- «senauxy 280 drapeaux, 700 pièces de bataille , cinq grandes «places de guerre^ sont en notre pouvoir. L'Oder, la War- «tba, les déserts de la Pologne, les mauvais temps de la «saison n'ont pu vous arrêter un moment. Vous avez tout « bravé I tout surmonté; tout a fui à votre approche.
« C'est en vain que les Russes ont voulu défendre la ca- «pitale de cette ancienne et illustre Pologne; l'aigle française «plane sur la Vistule. Le brave et infortuné Polonais, en «vous voyant, croit revoir les légions de Sobieski de retour «de leur mémorable
t Soldats! nous ne déposerons point les annes que la «paix générale n*ait affermi et assuré la puissance de no6 «aUiéSy n'ait restitué à notre eonunerce sa liberté et ses coa lonies. Nous avons conquis sur FElbe et TOder, Pondidiérjr, <cnos établissemens des Indes , le cap de Bonne-Espérance et «les colonies espagnoles. Qui donnerait le droit de faire es- «pérer aux Russes de balancer les destins? Qui leur don- «nerait le droit de renverser de si justes desseins? Eux et a nous ne sommes-nous pas les soldats d'AusterUtz P ' »
« Cette belle proclamation était suivie d'un décret dont nous dterons quelquei articles , et qui, en prouTant à rannée combien TEmperenr avait «oin de sa gloire, Tencourageait à de nouveaux triomphes.
Article i^^, «Il tera établi, sur remplacement' de la Madeleine de ndTe bonne ville de Paris , aux frais du trésor de notre couronne, un monument dédié à la grande armée, portant sur le frontispice: L'Empereur Napo^ léon aux Soldats de Ut grande armée.
Art. II. ■ Dans Tintérieur du monument seront inscrits sur des tables de marbre les noms de tous les bonmies par corps d*armée et par régiment qui ont assisté aux batailles d*Ulm, d'Austerlitz et d*1éna, et sur des tables d'or massif,, les noms de tous ceux qui sont morts sur les cliampsde bataille; sur des tables d'argent sera gravée la récapitulation par département , des soldats que chaque département aura fournis à la grande armée.
Art. m. < Autour de la salle seront sculptés des bas-reliefi où seront représentés les colonels de chacun des régimens de la grande-armée avec leurs noms; ces bas-reliefs seront £aits de manière que les colonels soient groupés autour de leurs généraux de division et de brigade, par corps d'année. Les statues en marbre des maréchaux qui ont commandé des corps, ou qui ont fait partie de la grande armée, seront placées dans l'intérieur de la salle.
Art. IV. «Les armures, statues, monumens de toute espèce, enlevés par la grande armée dans ces deux campagnes ; les drapeaux , étendards et timbales conquis par la grande armée, avec le nom des rumens ennemis auxquels ils appartenaient, seront déposés dans l'intérieur du monument.
Art. T. « Tous les ans aux anniversaires des batailles d'Austerlitz et d'Iéna , le monument sera illuminé, et il sera donné un concert, précédé d'un discours sur les vertus nécessaires au soldat , et d'un éloge de ceux qui périrent sur le champ de bataille dans ces journées mémorables. Un mois avant, un concours sera ouvert pour recevoir les meilleures pièces de poésie et de musique analogues aux circonstances. Une médaille d'or de cent cinquante doubles napoléons sera donnée aux auteurs de chacune de ces pièces qui auront remporté le prix. Dans les discours et odes, il est expressément défendu de faire aucune mention de l'Empereur.,. »
L'ordre de Napoléon aurait sans doute été exécuté. On n'aurait pas parié du grand homme, mais il eût été présent à toutes les pensées.
DE L'EMPEREUR NAPOLÉON. 26f
L'empereur Alexandre avait mis une gprande activité à réparer les pertes de la bataille d'Âusterlitz; non-seulement ses régimens avaient été tous portés au complet , mais encore il avait augmenté lesforces de son état militaire. L'armée destinée à agir en Pologne de concert avec l'armée prussienue présentait un total de plus de 100,000 combattans. Elle cmnptait ( avec la garde impériale , placée sous les ordres du prince Constantin) 180 bataillons, 206 escadrons et 688 pièces de canon. Beningsen commandait en chef cette armée , mais , d'après l'ordre d'Alexandre, il remit le commandement au fèld maréchal Kamenski, vieillard octogénaire , qui, dans les guerres de l'impératrice Catherine, avait montré de l'énergie et de la vigueur , qualités que son grand âge lui avait fait perdre.
L'armée française , obligée de faire le siège de nombreuses places fortes , de contenir les Suédois en Poméranie, d'occuper les provinces prussiennes et de garder le littoral de la Baltique , ne pouvait pas présenter en ligne plus de 86,000 combattans. Elle avait encore une inféricnrité plus grande sous le rapport de l'artillerie , dont les Russes avaient considérablement augmenté le nombre dans toutes leurs divisions ; mais elle avait pour chef Napoléon.
D'après l'ordre de l'Empereur l'armée se mit en mouvement. La cavalerie de Murât et le corps de Davoust formèrent l'avant-garde. La destruction du pont de Varsovie sur la Yistule ne les arrêta pas; bientôt le fleuve fut franchi , et Praga occupée par les troupes françaises. Davoust établit son quartier général en avant de ce faubourg. Murât poussa plus loin et ne s'arrêta que sur les bords du Bug, rivière qui descend de la Gallicie et se perd dans la Vistule, près de Varsovie. Cependant , avec la gauche de l'armée , Ney passait la Vistule à Thom , et , se dirigeant aussitôt sur Sharborg , y culbutait un corps russe et y plaçait ses avant-postes. Alors Davoust et Murât passèrent le Bug de vive force , et prirent position sur cette rivière, sur la Narew et à l'embouchure de la Wkra«
m HISTOIRE
Napoléon, à aob arrtvde lar le terrain, ordonna d'enlever les retrancbemen* que Teonemi avait élevés à Giar* powa sur laWartba; 16,000 hommes lesdéfendaient; malgré leur résistance opiniâtre, ils forent culbutés et forcés de chereber leur salut dans la fuite, en abandonnant aix pièces de canon. Mey , de son oftté , atteignait et battait le général rusM Tolstoï, entre Gutzo et Lautenburg. A Bieran, Bes< sières triomphait du général prussien Lestocq. Bapp et Lemarrois s'emparaient de Cursomb, sous le feu de rennemi , pendant que D'Alhmann renversait les Russes dans la Sonna. A la suite de ces succès, Bernadotte, Ney, Bessièrea se por* tèrent de Bie^un aor Grodao, Soult aur dûcanofw, Augo* reau sur Golymin, Unnes sur Pultnsk, et pour lier ces
deux corps, Davoust marcha entre Golymin et PuUnsk. Ney trouva rennemi concentré I Dnoldow et MIava , rattaqna et lui prit sii pièces decanon. Le même jour Lannes engageait le combat avec le corps entier de Beningsen , retrwcbé dans Pultusk , ractîon fut chaude et préaenta des chances dlverr ses. Les Russes se montrèrent fermes et opiniâtres; la nuit seule mit fin au combat. Les ennemis s'étaient distingués par leur défiense , mais «craignant d'être déboisée par leur droite, ils profitèrent de la nuit pour évacuer leur camp de PnW stuck , et se retirèrent en bon ordre sur Ostrolenka. Des deux côtés, le combat sanglant de Pultusk fut présenté comme une victoire. On chanta le Te Tâum h Komisberg pendant que nos troupes occupaient le camp abandonné par les Russes. Dans le même temps, Davoust, Augereau et Murât attaquaient è Golymin d'autres corps d'armée qui ae bat^ tirent avec o{»iniêtreté, mais qui bâtèrent leur retraite, dans la crainte d'être coupée par le maréchal fik)ult,qtti, retenu par des chemins difficiles, n^avancait que lentement sur Makow; cette lenteur imprévue sauva les débris de tons les corps qui avaient combattu coptre nous.
Dans ces marches et ces combats , habituellement dirigés par rEmpereur, les Russes avaient perdn, en vingt jours, 80 pièces d'artillerie , presque tous leurs cessons, 1,900 vot* tores et 95,000 hommes tués . blessés ou prisonniers.
Malgré ces échecs successifs , ils auraient pu attendre
■ J » J. L " . ■ ■■ « Jt g -g ' J"» » . -MA -Ll ' -H*. f JJ-IW
*. ' .-j. ji^ur^"'
et condMttre en ligne rannée française , mais rêva-* ciiation de la Pologne et leur retraite , qu'aaeun engagement sérieuxne rendait encore nécessaire, étaient une conséquence du plan de campagne qu'avait adopté Fempereur Alexandre. Ce prince voulait dès lors suivre le système qu'il employa dnq ans plus tard , c*est**i-dire attirer Tannée française dans les pays difficiles et pauvres du territoire russe , la fttigtter par de continuelles escarmouches et par les privations , et ne prendre une vigoureuse offensive que lorsqu'elle aurait été aflbiblie par des marches pénibles à travers un pays sauvage et ravagé. Quel qu'ait été, en 1813 , le succès de ce plan, firvorisé par un hiver extraordinaire ^ prématuré, il fut, en 1807 , déjoué complètement par la prévoyance de rEoi" pdreur.
Les troupes françaises,hara8sées par trois mois de manAtes continuelles, avaient besoin de repos. Le pays devenu le théâtre de la guerre était dévasté et n^offrait aueune ressource en vivres ni en fourrages; le dégel l'avait rendu im« praticable : les rivibres étaient débordées^ les routes défon* cées , ou plutôt il n'en existait plus. Le sol , délayé à iui0 gpande profondeur, ne présentait plus de résistance : sa surfooe offrait l'aspect d'une vaste mer de boue, où s'engloo« tissaient les canons, les chevaux, et même les hommes. Napo» léon ne suivit donc pas les Russes dans leur retraite, et se contentant d'occuper des positions respectables, il rapprodj» l'armée de la Vistule, lui fit prendre des quartiers d'hiver, et transporta à Varsovie son quartier général,
Les deux armées restèrent près d'un mois dans une cooh plète inaction; mais, vers la fin de décembre, les gtoéraux russes résolurent de reprendre l'offensive. Leur dessein était de couper la ligne française « qui s'étendait de Varsovie audelà d'Elbing, et, par une trouée sur la Vistule, de séparer ses deux ailes. Le 2S décembre ils se mirent donc en mouve* ment par leur droite , et attaquèrent les cantonnemens du prince de Pont^ «Gorvo.
L'Empereur avait deviné leur projet; il ordoma au mare*
■ tj w»- - -r- fc. i
chai Bernadotte de faire une marche rétrograde vers la Yistule, afin. d'attirer renaeini sur le fieave. Ensuite il partit de Varsovie, concentra ses troupes, et laissant le cinquième corps sous les ordres du général Savary, pour défendre le haut Bug et la Narew , il se porta sur l'armée russe avec la garde impériale, la réserve de cavalerie et les corps des maréchaux Davoust , Ney et Augèreau.
Après avoir d'abord attaqué à Mohrungen, avec une grande vivacité, le prince de Ponte-Gorvo, l'ennemi s'arrêta tout à coup. L'ofBder envoyé par Napoléon au maréchal Bernadotte était tombé entre les mains des Cosaques sans avoir pu détruire les ordres dont il était porteur. Le général russe, découvrant le danger qui le menaçait , se bâta de battre en retraite.
Les Russes n'avaient pas de temps à perdre : leur aile droite, d^à débordée vers son flanc gauche, par les corps sous les ordres immédiats de l'Empereur, était sur le point d'être jetée sur la Vistule. Napoléon, s'apercevant que l'ennemi avait changé ses dispositions , ne voulut pas lui donner le temps d'asseoir une autre base d'opérations, et le poussa vigoureusement.
Les combats de Bergfried , de Deppen et de Hoff firent perdre aux Russes leurs communications avec le Bug, leurs magasins sur l'Aile, et une partie de leurs bagages , que leur enleva notre cavalerie légère. Rejetés ainsi hors de leur ligne d'opération primitive, ils se retirèrent dans la direction de Kœnisberg. Enfin, le 7 février, ils arrêtèrent leur marche rétrograde et prirent position en arrière de la ville d'Eylau, décidés à engager une affaire générale.
Le même jour leur arrière-garde, qui s'était établie en avant de la ville , en fut dépostée après un combat sanglant, digne prélude de la bataille du lendemain. Le choc ne fut pas moins rude dans Eylau : le général Barclay de ToUy, soutenu par la division du prince Gallitzin, y rentra deux fois au milieu des ténèbres, et ne la céda une troisième fm qu'à la vigueur de la division Legrand , qm occupa enfin cette ville à dix heures du soir. Le grand-duc de Berg s'établit en face de l'ennemi, et annonça à l'Empereur que les Russes battaient en retraite. La prise d'Eylau rendait cette
sapposition plausible. Napoléon y ;gouta foi et s'endormit , excédé de fetigae. Depuis Varsovie, il marchait ou travaillait vingt heures par jour.
L'armée marchait depuis huit jours, sans magasins, au milieu des glaces et des neiges; les troupes du maréchal Soult avaient emporté Eylau la nuit de vive force , le pillage d'une ville ainsi prise ne se peut guère éviter. La moitié des régimens s'était dispersée dans les maisons. Leur réveil fot terrible. L'Ëmperair, levé avant le jour, était déjà occupé à la visite de ses troupes , lorsque la canonnade commença. - Le général russe, décidé à livrer bataille, avait compris qu'il devait tout tenter pour reprendre Eylau , couvert alors seulement par le corps du maréchal Soult, réduit à 18,000 hommes. Davoust marchait sur Domnau , Ney sur Krentzbourg. L'Empereur appela en toute hâte le corps d'Âugereau pour soutenir celui de Soult , plaça la garde impériale dans le cimetière d'Eylau , et envoya à Davoust l'ordre de rabattre à gauche pour entrer en ligne , et à Ney celui de revenir à droite.
L'armée russe était forte de 80,000 hommes. La cavalerie était placée aux ailes et en réserve, réunie à deux fortes divisions d'infanterie; le reste de l'infanterie se forma sur deux lignes, par bataillons alternativement déployés, et en colonnes d'attaque. 60 pièces d'artillerie légère formaient la réserve d'artillerie, et outre cette réserve formidable, 160 pièces de douze et 260 obusiers ou i»èees de six étaient r^[)artis sur lejront des deux lignes.
La division Saint-Hilaire, du corps de Soult, qui occupait le cimetière d'Eylau, soutint seule avec vigueur le premier effort de l'ennemi : il fallait les braves d'Austerlitz pour résister à un pareil choc. La division du maréchal Soult avait oonttdérablement souffort , lorsque le 7® corps (Augereau) déboucha pour former le centre de l'armée française, et attaquer celui de l'ennemi. La cavalerie de Murât, renforcée de la division Saint-Hilaire , appuyait à droite pour faciliter l'arrivée de Davoust. La neige tombait à gros flocons , l'air était obscurci , on ne voyait pas à deux pas.
Le général russefit avancer sa réserve pour s'opposer de
M HISTOIRE
frwt i AvflfereM , tandii qa^me divinon manonivra ponr le prendre ea flanc Maibeureotement, le corps d^Angereau, ég^ré par Tobscurité et par la neige , s'engagea entre la réserve de eavalerie russe et la résenre d^infiuitaie. Le marecbal ne s*en aperçât que lorsque les escadrons ennemis attaqntrenl m première division. U ordonna de former les earrésv mais il n'était phis temps. Les fusils trempés ne faisaient pas fen, et les troupes françaises, assaillies de tontes parts , battues par 40 pièces de position , devfairent victimes d*one funeste erreur. La division Desjardins fut à moitié mitraillée on sabrée , et celle du général Heudelet n'eut pas nn meilleur sort Le premier périt^ et le second fut grièvement blessé; le marécbal reçut un coup de fien.
L'£mpereur,pourdégagersoncorp6, «Mrdonnaan graïkMue de Berg décharger avec la réserve de cavalerie sur le centre ennemi quifut enfoncé. Dans sonchoc impétueux, la cavalerie française perça les deux premières lignes et arriva jus» qu'A la troisième, adossée à un bois. Linflmterie russe montra le plus grand courage : disposée à se faire hacher plutôt qu'A se rendre , elle resserrait les rangs aussitôt que nos escadrons Tavaient rompue et dépassée. Chargés k leur tour par des troupes fraîches, nos braves cavaliers se virent forcés de revenir sur leurs pas. Les généraux Gorbineau, d^Hautpoult, D^Albmann, et plusieurs autres cheft distingués étaient restés sur le diamp de bataille. Le retour ne fot pas moins difficile que Tattaque, les Russes r^rmés avaient Adt face en arrière ; ce ne fut qu'en chargeant de nouveau avec la plus grande résolution , que la cavalerie française s'ouvrit un passage*
Cependant une des colonnes russes qui avaient repoussé Augereau était arrivée, en longeant la rue ocddmtale d'Eylau,jusqu'aivrès du cimetière, où TEmpereur se trouvait avec une batterie d'artillerie , et non loin de six bataillons de vieille garde qui formaient une dernière réserve. Napoléon ordonna à Tescadron de service auprès de sa personne de charger le firont de cette colonne pour comprimer son élan et donner le temps aux grenadiers d'arriver. Cette charge réussit, Tennemi s'arrêta. L'attaque d'unbataillon de la garde,
tmit^m
DE L'EMPBRBUR NAPOLÉON.
qui «'avança bieat6t Vwmt m bras , jata da TÂdérâioa dans ia colonne russe. En ce moment la brigade Bruyère, difla^ chée par Mural, la prit en flanc. En un instant les Russes forent enfoncés et sabr^« La destruction de ce corps <tail un noble équivalent A Téchec d'Augareau,
dépendant la division Sàint«*Hilaire et une partie de la ett Valérie de Murât combattaient h chances balancées eontre la gauche de Tennemi. Le succès de la bataille était compnv* mis , rÈmpereur attendait avec impatience que Davoust de* bouchât sur la droite , comme il en avait reçu Tordre ; ce mouvement seul pouvait ramener la yictoire. Enfin, à une heure, Davoust arriva sur les hauteurs, poussant devant lui les brigades russes qui lui étaient opposées. Le général en* nemi apprenant que son flanc gaudie, débordé, pliait de tontes parts , y porta une division de troupes firaldies ; mais Davoust , secondé par les dragons du général Milhaud, et par la division Ssint-Hilaire, culbuta cette division sans s'arrêter, et toute la gauche russe fut repoussée jusqu'à Kutsehiten. Beningsen profitant de l'avantage qu'il avait obtenu au centre contre Augereau, envoya successivement toutes sei troupes disponibles pour soutenir sa gauche oompromîse* Tant de forces réunies , arrêtèrent enfin Davoust. Dans ce moment , et comme pour ajouter à Vembarrss du maréehal français, le corps prussien de Lestocq, s'étant soustrait à la poursuite de Ney, arriva sur le champ de bataille sans être poursuivi, et passant parnlerrière les lignes russes, porta I leur gauche un surcroît de secours. Davoust fut obligé d'é« vacuer Kutsehiten, et de prendre position en arrière sur les hauteurs d'Ankiapen. H se trouvait en présence de plus de la moitié de Tarmée ennemie. Heureiisement Ney, auquel les Prussiens avaient dérobé leur mouvement, apprit par hasard la bataille qui se livrait; il n'avait ni entendu le canon, ni reçu Tordre de TEmpereur, Aussitôt il se décida h rabattre sur Schmoditten pour se rallier h l'aile gauche de l'armée française. La nuit allait mettre fin au combat sens résultat marqué, lorsque son arrivée en arrière du flanc dnHt des Russes les décida i abandonner le champ de bataille , et i battre en retraite pendant la nuit.
ii - i ■ ■ m » I nwwt— — » i i' i ■ lamrf^rir .- . ' .. ■■■ — ^ " ■ ' ' '■"' ' ' - ■ -• • 'tJM.^
Le Imdemain , l'Empereur parcourut 8ucces8i?eiiient toutes les positions qu'avaient occupées, pendant la bataiUe, les dif- (énm corps français et russes. La campagne était couverte d'une couche épaisse de neige, que perçaient çà et là les morts , les blessés et les débris de toute espèce ; partout de larges traces de sang souillaient la blancheur passagère da sol. Les endroits où avaient eu lieu les chai^^ de cavalerie se faisaient remarquer par la quantité des chevaux morts , mourans et abandonnés. Des détachemens de soldats français et de prisonniers russes parcouraient en tous sens ce vaste champ de carnage , et enlevaient les blessés pour les porter aux ambulances. C'était un horrible spectacle : des lignes d'armes , de cadavres, de blessés, de mutilés , dessinaient le plan de chaque bataillon. Les morts étaient entassés sur les mourans, au milieu des caissons brisés et des canons démontés.
Napoléon s'arrêtait à chaque pas, faisait questionner les blessés , leur donnait des consolations et des secours. On pansait ces malheureux ; les dbasseurs de la garde les transportaient sur leurs chevaux, les officiers de sa maison s'empressaient d'exécuter ses ordres dictés par l'humanité. Les Russes, au lieu de la mort qu'ils attendaient, d'après l'absurde crainte qu'on leur avait inspirée, trouvaient un vainqueur généreux ; dans leur étonnement , ils se prosternaient devant lui ou lui tendaient leurs bras défaillana , en signe de reconnaissance. Le regard consolateur et la pitié de l'empereur des Français semblait adoucir pour eux les horreur^de la mort.
Cette lugubre visite avait sensiblement afRecté Napoléon. L'homme dominait le général , le cœur parlait plus haut que la tète. Un de ses généraux, le voyant si afSigé de la perte de tant de l vieux soldats, qui lui avaient donné, dans tous les temps , les plus constantes preuves d'attachement et d'intrépidité , lui fit lobservation que ce malheur avait été exagéré, et dierchait à faire valoir, pour le lui faire oublier,la gloire nouvelleque la journée d'Eylau lui avait donnée, a Un père qui vient de perdre ses enfans, lui répondit tf l'Empereur, ne goûte aucune des chances de la victoire;
«quand le cœur parle, la gloire même n'a ploa d'ilinsions.» Nobles et touchantes paroles, qui expriment un sentiment vrai et profond. Les bulletins de l'armée offrent , d'ailleurs, la trace des pénibles pensées qui déchiraient le cœur du vainqueur.
—«Après la bataille d'Eylau, disent-ils, TEmpereur apassé «tous les jours plusieurs heures sur le champ de bataille, «spectacle horrible/ mais que le devoir rendait nécessaire. 11 «a fallu beaucoup de travail pour enterrer tous les morts. On «a trouvé un grand nombre de cadavres d'officiers russes «avec leurs décorations. Il parait que parmi eux il y avait un «prince Repnin. Quarante-huit heures encore après la ba- « taille, il y avait plus de 6,000 Russes blessés qu'on n'avait pas «encore pu emporter. On leur faisait porter de l'eau-de-vie et «du pain ; et successivement on les a transportés à l'ambu- « lance.
«Qu'on se figure, sur un espace d'une lieue carrée, 9 à «10,000 cadavres, 4 ou 6,000 chevaux tués, des lignes de «sacs russes , des débris de fusils et de sabres, la terre cou- «verte de boulets, d'obus, de munitions; 24 pièces de canon «auprès desquelles on voyait les cadavres des conducteurs , «tués au moment où ils faisaient des efforts pour les enle- «ver : tout cela avait plus de relief 'Sur un fond de neige : ^ ce spectacle est fait pour inspirer aux princes l'amour ^de la paix et V horreur de la guerre. »
La bataille d'Eylau , où l'armée française perdit 16 généraux , tués ou morts des suites de leurs blessures , est , eu égard au nombre des combattans , la plus sanglante qui ait eu lieu sous l'empire. On ne peut, de toutes celles de la révolution, lui comparer que la fatale bataille de Novi ^
Dans les deux armées on chercha à cacher la perte de la
* Uo seul fait pourra donner une idée du carnage effh)f able <iui eut lieu ^ Eylau: un oncle de Fauteur de cette histoire, le capitaine Hugo (aujourd'hui maréchal de camp, commandant le département de l'Aude ], comnundaitdans le cimetière une compagnie de grenadiers du Ô^ de ligne, qui ^t exposée au premier féu de Fartillerie russe et qui perdit 81 hommes ^ ^. Tous les officiers furent tués, excepté le capitaine, qui, atteint d'an biscaien, reçut une blessure si grave que sa guérison dura dix-huit uh^
joumée ; mai» d'après la durée de Tactioii , racharoemeni: du combat , le nombre des pièces d'artillerie mises en batterie , les pertes ne peuvent avoir été pour les Ru$s<» , moindres de 30|000 hommes tués ou blessés, et pour les Français, moindres de 16,000. Chaque armée ne comptait que 80,000 combat-
^ÛSÙtéOt
Les mêmes considérations qui avaient empêché l'Empereur de poursuivre Fennemi, après les combats de Pultusk et de Golymin, le portèrent à adopter encore à Eylau le même système de prudence. Les Russes, en se retirant, avaient tout ravagé ; un dégel complet succédant encore une fois à un froid rigoureux, détériorait les routes, empêchait toutes les communications , et rendait impossible Tarrivée des convois de vivres et de munitions. Napoléon se décida donc à se rapprocher de la Vistule, et remit à un autre temps une nouvelle attaque contre Tarmée ennemie, échappée à une destruction presque certaine, par un de ces accidens (1) auxquels Texpérience ni le génie ne peuvent parer. L'armée française revint sur la Passarge , où elle prit de fortes positions, et rentra dans ses quartiers d'hiver. En portant son quartier général yJitnelanha , l'Empereur annonça ainsi aux troupes le repos momentané qu'elles allaient avoir:
«Soldats! nous commencions à prendre Un peu de repos a dans nos quartiers d'hiver , lorsque l'ennemi a attaqué le «premier corps et s'est présenté sur la Basse- Vistule. Nous «avons marché à lui. Nous l'avons poursuivi Tépée dans les «rems pendant l'espace de quatre-vingtslieues. Ils'est réfugié « sous les remparts de ses places , et a repassé la Pregel. Nous «lui avons enlevé, aux combats de Bergfried, de Deppen, «de HofF, à la bataille d'EyIau, 60 pièces de canon, 16 «drapeaux, et tué, blessé ou pris plus de 40,000 hommes. «Les braves qui, de notre côté, sont restés sur le champ <i d'honneur, sont morts d'une mort glorieuse : c'est la mort
* La prise ds l'efficlsr d'étaC-major porteur do dipéche an maiMal Beniadolte.
«des vrais soldats. Leurs familles auront des droits constans «à notre soHicitiide et à nos bienfaits.
«Ayant ainsi déjoué tous les projets de Tennemi, nous «allons nous rapprocher de la Vistule et rentrer dans nos «cantonnemens. Qui osera en troubler le repos s'en repen- «tira; car, au-delà de la Vistule, comme au-delà du Da- «nube, au milieu des frimas de l'hiver comme au comamencement de Tautomne, nous serons toigours les soldat! «français, et les soldats français de la grande armée. >
Tandis que la grande armée, apris les belles campagnes d'Autriche, de Moravie, de Prusse et de Pologne, victorieusement terminées en moins d'une année, se préparait par un repos nécessaire aux fatigues d'une cinquième et demiire expédition , le maréchal Mortier, vainqueur à Stralsnnd du chevaleresque Gustave IV, chassait les Suédois de la Pom^ ranie, et le maréchal Lefebvre faisait k siège de Dantrig. Là , ce vieux et respectable guerrier montrait aux soldats de l'Empire y l'audace , l'activité et les talens de Tanden général de la République ; là, ce brave maréchal retrouvait sa jeunesse, sa vigueur et son infatigabiUté de l'armée de Sambre-et- Meuse; secondé par l'héroïque garde de Paris^ après avoir supporté les ftitigues et aJFfronté les hasards d'un siège de trois mois, il obligeait à capituler un autre vieil et opiniâtre guerrier, soldat du grand Frédéric, le feld-maréchal Kalkreuth, l'honneur des armées prussiennes. Lefebvre, maître de cette forte place, reçut de l'Empereur le titre de duc de Dantzig; ce fut une dignité justement et honorablement gagnée, un titre non pas de noblesse, mais de gloire.
MMMi
riWM
«•«napi
w«ai.
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE
PREBIIÈRE CABDPAGUE DE POIOGRE.
1806. SSyoïii^i^r.LetlioitilittfineoiBBKBniit
avec les HuttM.
23 novembre. Entrée de Moral à Var- 25 — Combat de Mohrangeih
soTie. 81 — L'Eoiperenr porte «m çiartier 2 décembre. Proclamation de FEm- géoéral â Willenberg.
pereor. 1®** février. Combat de Panenheim.
PrMedeGlogan(enSi1étie}. 8— Combat et prise du pont de Beig-
6 — Prise de Thorn. fried.
9 — Combat de Gollup. 4 et 5 — Combat de Deppen.
11 — PiBSMfjfe du Bog. 6 ^ Combat de Hoff.
Traité de Posen ayec Pélecteur 8 — Bataille de Preosch-Eylao.
de Saxe. 12 — Combat de Stralsimd, (Poméranis 15 — Itaité de Posen avec les princes suédoise.)
de la maison ducale de Saxe. 16 — L*amiée reprend des quartiers 19 — ArrivéederEmpereuràVarsovie. d'hiTcr.
23 — LTmpereur passe le Bug. ^^ — Combat de Neogartd (Silésie.) . Combat de Biezun. 25 — Combat de Braunsbergf.
24 — Combat de Nasielsk. 12 mars. Investissement de Dantzig. Combat de Cursombw » Passage ^6 — Combat d*Ostrolenka.
du \Vkra. Combat de Stolzenberg (Dantzig.)
25 — GondMt de Pnltusk. 20 — Prisede 111e de Nehrung (Dantzig.) L'armée prend ses quartiers d*hi- 2 açrii. Ouverture de la trancbée dever. — fietour de l'Empereur à Var- ^^^ Dantzig.
sovie. 18 — Armistice avec les Soédois.
7 mai. Occupation de Itle d'Holm,
1807. (Dantzig.)
15 — Les russes attaquent Parmée de
5 Janvier. Prise de Breslan. siège et sont repousses.
6 — Occupation de la Poméranie sué- 24 ^ Cap tulation de Daatzig. doise. —Combat de Wollin. t^^juin. Capitulation de Neiss (Silésie.)
y«rit. .• D« l'l»pri»tria im RiaMcw et Cfi, nm An n-«DCt-Bottr|M>lf.Saiat-llidMl , S.