L'Empereur de Russie vient loger "f^"* . ,
^ fjlgil 19 coût. Suppression du TTibunat.
28 — Le roi«t la reine de Prusse Tien- 23-28 novembre. Fêtes donnéesà Paris, nent loger i Tiisit. à la parde impériale.
Paris. — De l'IoipriiiierM ddftfMMOOi et C*, rae ites nruic*-Bmirgeeia-SMikt-Mickti , 8.
ADMIKISTfiATION DE L'EMPIRE. -ÉVtKÊIl]EI\S DE BAYomE.
La directioD des graudes opérations mililaires, les embarras et les fatigues de la guerre, ne dL-lournaient pas l'attention de Napoléon des affaires de la polilique et des soins de l'administration intérieure de l'empire fram;ais.
Pendant la campagne de Pologne, et tandis que les armées russes et prussiennes combattaient l'armée française, la Russie et l'Angleterre attaquèrent simullanément la Turquie, afin de la forcer à rompre sou alliance a\ec la France. Les troupes d'Alexandre avaient pénétré en Moldavie, et une escadre anglaise, forçant le passage des Dardanelles, était venue s'embosser en face de Cunslantiuople, devant le sérail du sultan.
La paix de Tilsit rendit inutiles les succès obtenus par les Russes; et l'cnlrepri.se audacieuse de l'amiral anglais n'eut aucun résultat, grke ;\ l'habilelé de l'ambassadeur français auprès de la Porte ottomane. Le généi-al Sébastiani ranima
le courage des Turcs , leur communiqua son activité et sa résolution , parvint en peu de temps à faire établir des batteries sur tous les points qui dominaient Tescadre, et les vaisseaux ennemis, vigoureusement canonnés, durent se hâter de quitter le mouillage dangereux qu'ils avaient pris. Leur retour à travers les Dardanelles ne fut pas aussi facile que l'avait été leur passage , et ils y éprouvèrent de fortes avaries.
Une expédition que les Anglais tentèrent à la même époque contre TÉgypte n'eut pas une meilleure issue; ils attaquèrent inutilement Rosette, et furent battus dans toutes les rencontres par ces mêmes mamelucks qu'avaient si souvent vaincus les soldats français.
Peu de temps après cette expédition ^ le bombardement de Ck)penhague, et la prise de la flotte danoise sans déclaration de guerre préalable, apprit aux princes de l'Europe le cas qu'ils devaient faire de la bonne fbi du cabinet de Londres. Cette insigne violation du droit des gens détermina le roi de Danemarck et l'empereur de Russie à accéder au décret de blocus fulminé par Napoléon, pour fermer aax vaisseaux anglais les ports de tous les États du continent européen.
Le prince régent de Portugal, enchaîné par l'influence britannique , avait seul , au moment où l'Europe entière adoptait le système continental, refusé d'yconsentir. Il désirait, disaitil, conserver la neutralité entre la France et l'Angleterre. Dans la réalité , c'était pour le Portugal rester soumis à la dommation des Anglais, maîtres par d'anciens traités de tout le commerce d'importation et d'exportation du pays.
Napoléon ne pouvait admettre cette neutralité illusoire; il était assez fort pour ne vouloir que des amis ou des ennemis, et il exigea du ministère portugais une rupture avec l'Angleterre. Le prince régent crut en vain sauver ses États par une répcmse évasive. Napoléon avait menacé d'appuyer, par les armes, ses dispositions diplomatiques. Une armée rassemblée sur les bords de la Gironde attendait une destinatioii. Aussitôt que la réponse de la cour dé Lisbomie arriva au cabinet impérial, qu'elle ne satisfit point, cette armée, commandée par Junot, reçut l'ordre de passer la Bidassoa, et d'agir contre le Portugal , de concert avec un corps d'ar-
mée, qu'aux termes du traité d'alliance, TEspagoe fut obligée de fournir.
Le mariage du nouveau roi de Westphalie avait suivi de peu de jours le retour de TEmpereur à Paris. Jérôme épousa la fille du roi de Wurtemberg, la princesse Catherine, belle autant qu'aimable et spirituelle. Cette digne et vertueuse femme, par son dévouement à un époui malheureux, s'est montrée l'honneur de son sexe et de sa royale famille.
La suppression du Tribunat et sa réunion au Corps-Législatif furent l'acte politique le plus important qui signala le retour de l'Empereur à Paris. C'était un changement grave à la constitution consulaire de l'an VIII, seule loi fondamentale (avec quelques sénatus- consulte) de l'empire de Napoléon. Le Tribunat avait montré en différentes occasions de l'opposition au gouvernement, et l'opposition en présence d'une guerre de coalition paraissait au chef de l'état toucher de bien près à la irahioon . Quoi qu'il en soit, cet acte du gouvernement impérial fut alors diversement et même peu favorablement apprécié.
Napoléon, dans sa capitale, consacraitses journées aux soins de l'administration et à l'organisation de l'armée. Ses fréquentes revues de la garde impériale et de la garnison de Paris, tout en offrant un spectacle intéressant à la jeunesse belliqueuse, entretenaient parmi les soldats les sentimens de dévouement pour leur patrie et leur Empereur.
Quant aux actes utiles du gouvernement, aux créations et aux décrets qui intéressent la prospérité publique , l'espace nous manque pour les développer tous, et nous devons nous borner à donner un relevé de ce qui fut arrêté et effectué sous le régime impérial de 1805 à 1808 , en distinguant seulement ce qui se rattache à chaque partie de l'administration générale.
Constitutions de VEmpire. — Formedu sceau de l'État. — Forme des sceaux et timbres des autorités publiques. — Fixation des jours où les décrets sont exécutoires. — ^Réformation des listes des plus imposés. -— Rétablissement du calen-
/iU^Uù^a
drier grégorien. — Attributions et tenue des assemblées cantonales. — Sépulture des empereurs. — Renouyellement du Ciorps-Légîslatif. — Prérogatives des légionnaires , memlMres des collèges électoraux. •— Organisation d'un conseil d'État. — G*éation d'une nouvelle noblesse.
Cette création a été vivement critiquée depuis quelques années. Cependant il est juste de remarquer, qu'en attribuant à sa noblesse des rangs et des honneurs, Napoléon ne lui a donné aucuns privilèges. Lorsqu'il jugea convenable de l'établir, des raisons politiques militaient en faveur de cette institution. L'établissement d'une noblesse héréditaire devait réconcilier peu à peu la France nouvelle avec l'Europe et la France ancienne; elle substituait la noblesse acquise par des services à celle qui se fondait sur la féodalité. Toute l'Europe était gouvernée par des nobles qui s'étaient opposés à main armée à la révolution française , et la France rencontrait partout en eux des obstacles à son influence. Il importait de f^ire cesser celte lutte.
Pour assurer la fusion des deux noblesses , l'Empereur se pro]K)sait de stipuler que le chef de toute famille qui aurait compté parmi ses ancêtres un maréchal de France ou un ministre , pourrait obtenir le titre de duc. Un aïeul amiral , lieutenant général ou. archevêque, aurait donné des droits an titre de comte, etc. , etc. Il aurait suffi de constituer les msyorats nécessaires. Cette noblesse historique eût fait oublier le passé et aurait été la garantie du présent et de l'avenir. Un Montmorency eût été duc, non parce qu'il était Montmorency, mais parce qu'un de ses ancêtres avait été connétable. Chaque citoyen pouvait, en servant honora^^lement l'Ëtat, aspirer au même grade et au même titre. Cette création , comme celle de la Légion - d'Honneur, était essentiellement libérale; ce n'était autre chose qu'une couronne civique. Le peuple n'y attacha pas d'autre idée. Chacun de ceux qui l'avaient obtenue l'avait méritée par ses œuvres; tous pouvaient y atteindre; une pareille distinction n'était offensante pour personne. Dans un temps où l'on pensait qu'une aristocratie est un fait impossible à empêcher, puisqu'au besoin elle se crée toute seule par la fortune ou par les emplois, la noblesse impériale
devait être Taristocratie des talents et des grandes aclions. Organisation administratii^e.-r-ÈtabWfysenient des budgets des communes. — Organisation municipale de Lyon , Marseille, Bordeaux, etc. — Remplacement des secrétaires généraux de préfecture. — Renouvellement quinquennal des présidens de cantons , maires et adjoints. — Mode d'acceptation des legs Faits aux communes. — Attribution des autorités administratives. —Division en dépar temens des nouvelles provinces ajoutées à la France , etc. ; (en 1808 , le nombre des départemens de TEmpire s'élevait à 126.)
Organisation judiciaire. — Mode d'élection des juges de paix. — Organisation du notariat. — Discipline et hiérarchie des tribunaux. — Haute cour impériale. — Comité (^s contentieux au conseil d'État.— Institution de la cour descomptes. — Juges auditeurs , etc.
Législation civile, — Code Napoléon. — Code de procédure civile. — Tarifs des frais en matière criminelle. — Fixation du taux de l'intérêt. — Hypothèques du trésor public sur les biens du comptable , etc.
Législation criminelle et correctionnelle. — Police. — Presque toutes les lois qui ont trouvé place dans le code pénal. —Mode de recouvrement des frais de justice. — Police des prisons. — Police des communes. — Journaux. — Sépultures. — Maisons de détention. — Ateliers de condamnés.— Théâtres. — Maisons de jeux. — Incendies et sapeurs-pompiers. — Passe-ports, etc.
Législation rurale et forestière. — Police des chasses. — Écoles vétérinaires. — Plantation des routes et chemins vicinaux. — Courses de chevaux. — Organisation des haras. — Dessèchement et défrichement. — Bergeries. —Introduction de mérinos. — Perfectionnement des instrnmens (itratoires. — Pépinières. — Vers à soie. — Cultures de la garance, du coton , etc.
Législation commerciale. — Code de commerce. — Entrepôts. — Pèches maritimes. — Manufactures. — Chambres de commerce. — Roulage. — Fabriques pour l'exportation. — Foires, etc.
L'Empereur portait un grand intérêt à la prospérité du
commerce. Il soutenait de sa bourse dans les momcns difficiles les grands élablisscmens manufacturiers, et i! encourageait par de nobles récompenses les négocians qui, par leur probité et leur intelligence, honoraient leur profession.
En 1806, avant de commencer la campagne de Prusse, il se rendit, accompagné de Tlmpératrice et suivi d'une partie de sa cour, à Jouy, dans la vallée de la Biëvre, pour visiter la belle manufacture de toiles peintes de M. Oberkamfp. L'Empereur parcourut toutes les salles de travail, examinant soigneusement tous les détails et jugeant d'un œil exercé les procédés et les résultats. Le créateur de cet établissement répondait à ses questions avec modestie et simplicité. Arrivé dans la prairie où Ton fait sécher les toiles , Napoléon s'arrêta tout à coup, et regardant M. Oberkamfp avec surprise : a Quoi, « lui dit-il, vous n'avez pas l'étoile de la Légion ? »— « Non, sire, «c'eût été l'honneur que j'aurais souhaité le plus.» •— «Vculà «la mienne, continua l'Empereur en la détachant de sa bou- (( tonnière et la lui donnant , faime à récompenser ceux c( qui servent leur patrie comme vous. C'est dans vos ate» <i tiers qu'on fait bonne et sûre guerre à l'ennemi I au a moins n 'en coûte-t-il pas une goutte de sang au peuple. »
Instruction publique, belles lettres, sciences et arts.-^ École de pharmacie. —École de Saint-Cyr.— Écoles de droit. —Société centrale de vaccine. —Prix décennaux. — Fabrication des médailles. — Université impériale. -- Création de 2,150 bourses dans^ 43 lycées. — Droit accordé à toutes les familles qui ont sept enfans vivans d'en faire élever un aux frais de l'État.
Travaux publics. — Mines. — Routes. — Canaux. — Digues. — Ponts. — Fontaines. ^ Monumens. — Colonnes. — Arcs de triomphe. — Quais de Paris. — Pompes et machines hydrauliques. — Ports. — Bourses. — Musées. — Temples, etc.
Secours publics. — Hospices et Hôpitaux. — Monts-de- Piété. — Médicamens gratuit<). — Bureaux de bienfaisance.^ Sociétés maternelles. ^ Prêts aux propriétaires de vigneblés , etc.
Tel esi le sommaire abrégé des objets de haute administration qui, avec les décrets administratifs relatifi$ à Tarméc , à la
marine, aux colonies et aux finances, ont rempli les heures que Napoléon pouvait ne pas consacrer S la guerre ou à la politique. Son génie embrassait à la fbis plusieurs choses, il savait tout foire marcher de front. Dans les camps , il s'occupait de gouvernement ; comme dans son palais , il s'occupait de guerre : et souvent , après un bulletin qui annonçait à la France un nouveau triomphe , il rédigeait un décret destiné à feire ouvrir une route utile ou à rectifier des règlemens imparfaits. L'amélioration d'une des branches de l'administration publique lui semblait aussi digne de son intérêt qu'une victoire sur l'ennemi ; et il estimait une conquête de l'industrie française à l'égal d'un accroissement de territoire. N'est-ce pas à isa volonté persévérante , et pourtant si long-temps mal appréciée , que nous devons ces belles toiles imprimées et ce brillant sucre de betterave qui ont affranchi notre consommation intérieure des éi|ormes tributs qu'elle payait aux sucreries coloniales et aux manufactures des Indes anglaises ?
L'administration des finances , que Napoléon avait trouvée, en arrivant au pouvoir, dans un état si déplorable, attirait aussi son attention, et il fit d'importantes améliorations. Nous trouvons à ce sujet dans V Histoire financière de la France, par M. Bresson , ouvrage important fait pour avoir autorité dans cette matière , des détails remplis d'intérêt.
«Tons les ans, dit-il. Napoléon fixait le crédit annuel de chaque ministère, et la dépense à faire pour chaque service. Tous les mois il déterminait, par un décret particulier, la somme partielle que chaque ministère et chaque service puiseraient au Trésof pendant le mois. Ainsi, douze fois par ati, dans une heure de travail, le chef du gouvernement impérial passait en revue toutes les dépenses y fixait la somme que chacun emploierait le mois suivant, et maintenait autant que possible la balance entre les dépenses et les recettes; ralentissant on pressant les paiemens, augmentant ou diminuant les fonds des caisses partielles, suivant l'abondance des rentrées, l'exigence des besoins , et tes changemens que les événemens du jour pouvaient apporter. Enfin, le ministre du Trésor, contrôleur général des finances, ne devait payer les ordonnances qu'autant que le ministre-ordonnateur s'était exacte-
ment conformé au budget de Tannée et au crédit mensuel qui lui était ouvert.
«On n'avait pas encore vu la perception de rimp6t mieux régie, et une comptabilité aussi exacte, aussi bien ordonnée que sous le régime de Tempire ; il y eut bien quelques hauts fonctionnaires de TÊtat qui firent de grandes fortunes, mais ce fut aux dépens des souverains étrangers; il était devenu presque impossible de tromper ou de voler TËtat; Tordre des comptes était si bien établi et si bien simplifié, que Napoléon avait toujours avec lui des états ou se trouvait la situation complète des recettes , des dépenses, de Tarriéré, des ressources ordinaires et extraordinaires. j>
Les dépenses de la maison impériale n'étaient pas réglées avec moins d'ordre et d'économie. Le budget du grand-maréchal, pour les dépenses ordinaires^ ne s'élevait, enl806, qu'à 2,770,841 francs. Pourtant le service était fait avec un luxe et un éclat dignes de Tempereur des Français; et qu'on ne croie pas que le trésor du domaine extraordinaire , ce trésor particulier de Napoléon, si souvent accru par la victoire, était employé à ses dépenses personnelles : il recevait un emploi plus généreux.
a Plus de cent millions , dit encore M. Bresson , ont été consacrés aux embelUssemens de Paris. Le Louvre et Versailles sont sortis de leurs ruines. Plus de soixante millions ont été employés à restaurer les résidences du souverain; plus de trente millions à ses meubler. Les diamans de la couronne, engagés à Tépoqne de nos troubles , ont été dégagés ; de nouveaux y ont été ajoutés. Nos musées , vastes dépôts de nos trophées , ont été enrichis encore de tous les tableaux , de tous les objets d'art et d'antiquité, acquis légitimement ou par de l'argent, ou par des conditions de traités de paix connues de tout le monde, en vertu desquels ces chefs-d'œuvre furent donnés en commutation de cession de territoire ou de contributions. Plusieurs centaines de millions ont ainsi porté la splendeur de la France au plus haut degré , et ce qu'il faut dire , c'est que ces dépenses de luxe n'ont point été comprises dans celles des budgets annuels ; elles ont été acquittées sur les fonds particuliers du chef du gouvernement , tandis qu'une
dotation imputée sur le domaine extraordinaire assurait Fachèvement du Louvre et la réparation du château de Versailles. —Au milieu de tant de millions consacrés à la gloire et à la praspérité de la nation, les amis de Thumanité ne manqueront pas de remarquer les millions répandus dans la Vendée pour en cautériser les plaies , et plus de douze millions consacrés à construire des asiles aux orphelins et des refuges à la mendicité. »
Depuis le traité de Bàle, TE^agne avait toujours vécu en bonne intelligence avec la France , Tavénement de Napoléon au pouvoir n'avait fait que resserrer les liens qui unissaient les deux États. L'Empereur, attaqué par les puissances du . Mord, croyait pouvoir compter sur la sincérité et la loyauté de l'alliance espagnole. Cependant , en 1806, au moment où les hostilités soudaines de la Prusse semblaient annoncer une nouvelle coalition contre l'empire français, parut une proclamation du prince de la Paix, proclamation singulière , et qui appelait tous les Espagnols aux armes contre un ennemi qu'elle ne désignait pas. Napoléon ne s'abusa point, il reconnut l'influence anglaise, mais il ne témoigna rien de ses soupçons. La Prusse n'était pas encore vaincue et la Russie se montrait menaçante. La guerre avec le Midi eût, en ce moment , été impolitique et désastreuse, en ce qu'elle pouvait faire une puissante diversion en faveur des rois coalisés , et jeter l'empire français dans de grands embarras. Napoléon temporisa. Sans laisser paraître qu'il eût été inquiété de la proclamation, il demanda dans quel but elle avait été faite. La victoire dléna venait de décider du sort de la monarchie prussienne, et le ministre espagnol, effrayé de son imprudente levée de boucliers , répondit qu'il avait craint une tentative armée de l'empereur de Maroc et quelques mouvemens militaires du Portugal ; le monarque français eut l'air de trouver cette réponse satisfaisante.
Gq[>endant la glorieuse paix de Tilsitt laissa l'Empereur libre dé s'occuper des soins de sa vengeance , et contre l'Espagne, d'où était partie la proclamation , et contre l'Angleterre , qui avait poussé l'Espagne à cette dangereuse mani-
festadon. Il comprit que ralliance avec le Midi ne lui ofFrait plus la même stabilité que par le passé : TEspagne, ruinée dans son commerce, et privée, par le système continental , des ressources de ses colonies , désirait la rupture du traité qui la Hait à la France. Napoléon voulut prévenir cette rupture, recommencer, comme il disait , TouvragedeLouisXIV, en renouant avec solidité la ligne des États du Midi, et en plaçant des princes de sa famille à la tète de tous ces États. Il est douteux , quoiqu*on Tait assuré , que les desseins de sa politique aient été plus étendus; les mots qui lui sont attribués : « Avant peu , ma dynastie sera la plus ancienne de VEu^ aropeh ne peuvent être appliqués qu'au Midi. Sa famille, quoique nombreuse , ne Taurait point été assez pour occuper et conserver tous les trônes; il le savait bien; mais se considérant comme héritier , par le choix populaire , de la couronne de Louis XIV, il voulait être le maître de tons les royaumes qui avaient formé Théritage des descendans de ce monarque.
La guerre avec le Portugal lui fournil Foccasion de fiiire entrer des troupes en Espagne. Un traité conclu avec le ministre tout-puissaut,Godoy, prince de la Paix, mettait même à sa disposition T armée espagnole , et dans ce traité était stipulée rintroductionen Espagne de 30,000 hommes de troupes impériales , destinées , en apparence, à agir contre le Portugal , et , en réalité . à assurer Tinvasion de la Péninsule.
Les troupes françaises entrèrent en Espagne, et il y en entra plus du double de ce qui avoit été convenu dans le traité. Elles s'emparèrent par surprise des forteresses de Barcelone, Figuières, Pampelune et Saint-Sébastien, et s'avancèrent lentement dans la Péninsule , en alliés qui ne demandaient qu'à devenir ennemis.
Il ne faut pas croire , cependant, que les Espagnols les regardassent comme tels. Dans les royaumes où il y a un favori, Fhéritier présomptif de la couronne est naturellement son ennemi. Ferdinand , alors prince reconnu desÂsturies, avait, dans le dessein de se ménager un appui contre le prince de la Paix, sollicité Vamitié de Tempereurdes Français, et Napoléon, tout en traitant avec Godoy, n'avait point repoussé les
ouvertures du fils de Charles IV ; quelques agens secrets correspondaient avec celui-ci, et le peuple, trompé par les bruits qu'ils répandaient , croyait que l'armée impériale ne s'avançait en Espagne que pour le délivrer de la tyrannie des favoris et faciliter les réformes désirées dans les lois et l'administration. La surprise des citadelles ne détruisit même pas cette opinion favorable. On n'y vit que le désir de s'assurer une garantie contre les partisans du prince de la Paix. Les Français furent donc reçus comme des frères et des sauveurs. Pour bien comprendre cet accueil amical , il faut jeter les yeut sur l'état déplorable où l'Espagne se trouvait réduite par suite de l'administration dirigée par le favori.
La machine du gouvernement était désorganisée ; toutes les branches de l'administration étaient livrées an plus ef* froyable désordre. Les troupes de terre et de mer n'étaient point payées; il en était de même des employés des administrations et des tribunaux. L'État, chargé d'une dette énorme, était sans crédit : une immense quantité de valès circulaient avec une perte scandaleuse; les biens des hôpitaux et des fondations pieuses, dont l'État s'était emparé, en les destinant à l'extinction de ces billets royaux, avaient été détournés de leur destination; les conditions des emprunts n'avaient pas été remplies. Les grands établissemens nepou^ valent venir au secours de l'État; les uns (la Banque) ^ parce que l'État leur devait presque tous ses capitaux ; les autres ( la Compagnie des Philippines et les corporations des C/n^- Gremios\ parce que les sommes considérables qu'ils avaient prêtées au trésor public n'étaient pas rentrées dans leurs caisses ; d'autres encore ( le Consulat de Cadix\ parce^qu'ils avaient épuisé tous leurs moyens pour réaliser les emprunts faits pour le compte du gouvernement. Enfin, le désordre de l'administration était tel, que toutes les ressources de l'Espagne et des Indes ne pouvaient suffire aux besoins de chaque jour.
Il était naturel, avec cet état de choses, qu'on désirât un changement dans le gouvernement du royaume.
D'ailleurs Napoléon était alors l'admiration du peupDs espagnol. Son portrait se trouvait dans toutes les maisons,
son nom et ses louanges dans toutes les bouches. Les Espagnols connaissaient ses victoires , ses grands actes d'administration et son code des lois civiles; ils voyaient en lui le vainqueur de Tanarchie, et le restaurateur de la religion en France; ils espéraient que, par amitié pour leur jeune prince, et par intérêt pour sa propre gloire , il viendrait rétablir en Espagne , comme il Tavait fait en France, un gouvernement régulier et stable.
L'approche des troupes françaises exalta les partisans du prince des Asturies. La cour était alors à Arai^uez : deux émeutes successives y eurent lieu. La première enleva au vieux roi Charles IV le favori qu'il était habitué à chérir; la seconde lui ôta sa couronne. Ferdinand fut-il étranger aux mouvemens populaires excités par ses partisans? Il Ta toujours prétendu , malgré les reproches véhémens de son père; néanmoins il en profita. Le vieillard fut forcé d'abdiquer, et Ferdinand VII devint roi , sorte d'usurpation sans exemple dans l'histoire moderne. Il faut remonter jusqu'à Louis-le- Débonnaire, pour trouver un fils s'asseyaht, à la suite d'une abdication forcée, sur le propre tr6ne de son père.
Le grand-duc de Berg , général en chef des troupes françaises , attendait , à Aranda de Duero , des ordres de TEmpepereur. Dès qu'il apprit les premiers événemens d'Araiyuez, il se mit en marche sur Madrid, où il entra le 33 mars, à la tète de ses troupes. L'attention publique, exclusivement occupée du roi Ferdinand , qui était attendu pour le lendemain, ne se laissa pas distraire, par cet événement, de son but favori. L'entrée des Français, cette entrée qui devait être si importante pour le sort de la monarchie espagnole , causa peu de sensation parmi les habifans de Madrid, l^ vieux roi fit aussitôt parvenir au prince Murât une protestation contre l'abdication qu'il avait été forcé de signer, et demanda à se rendre à Rayonne auprès de l'empereur Napoléon, dont l'arrivée prochaine était annoncée. Le grand-duc de Berg garda le secret sur cette importante communication, et se borna à traiter Ferdinand non en roi, mais seulement en prince , remettant à lui rendre les honneurs dus à la royauté à l'époque où l'Empereur l'aurait reconnu.
Afin d'accélérer cette reconnaissance, Ferdinand se laissa persuader d'aller jusqu'à Rayonne à la rencontre de Napoléon. Il fut suivi dans cette ville par Charles IV, par la reine Marie-Louise , sa mère , et par tous* les Infans ses frères. Là , le vieux roi, irrité comme monarque, ulcéré eomme père, voulut- prendre l'empereur des Français pour juge de ses discussions domestiques. Des scènes violentes eurent lieu entre lui et son fils. Cette misérable famille portait la peine de la faiblesse du père et de l'impudicité de la mère. Le résultat de toutes ces querelles, qui servaient sans doute les vues de Napoléon, mais auxquelles il demeura étranger, fut une abdication formelle et complète de Charles IV, de Ferdinand Vil et de tous les Infans, en faveur du prince qu'il plairait à Tempereur des Français de donner pour roi aux Espagnes et aux Indes.
Aussitôt que Napoléon se vit lâaître de disposer de celle couronne , il convoqua à Rayonne une junte nationale. Celte junte, régulièrement assemblée, se composait des grands d'Espagne , des députés des conseils nationaux , et de presque tout ce que l'Espagne comptait d'hommes éminens dans les ordres ecclésiastiques, militaires et administratif. L'Empereur annonça que son intention était de placer un de ses frères sur le trône d'Espagne ; et , pour donner au nouveau souverain l'appui de la volonté nationale et consacrer le résultat des événemens de Rayonne par une sorte d'élection libre, il engagea le conseil de Gastille, la junte de gouvernement établie à Madrid , les conseils municipaux des principales villes, et rassemblée de Rayonne , à choisir un roi parmi les princes de sa famille. H ne leur cacha pas qu'il verroit avec plaisir que ce choix s'arrêtât sur son frère Joseph , alors roi de Naples , mais il les laissa maîtres de choisir. Aucun autre ne pouvait mieux convenir que ce prince aux besoins de l'Espagne : on connaissait sa douceur, ses vertus et ses intentions honorables; son administration dans se^Ëtats de Naples faisait concevoir de favorables espérances^l fut solennellement demandé à l'Empereur par les adresses des corps de l'Ëtat et des villes espagnoles ; et , le 6 juin liSOS , un décret impérial , accédant à ce vœu, le proclama roi des Espagnes et des Indes.
HiSTOIHE
Joseph Napoléon arriva te tendemain à Bayonne. H accepta le tr6ne qu^on lui offrait, après avoir lu, dans Tacte, cette phrase de Napoléon : «Nous garantissons au roi des Espagnes i « X indépendance et ïiniégritéàt ses ÉUts soit d'Europe, soit a d'Asie , soit d'Afrique , soit d'Amérique, » et après avoir déclaré qu'il ne consentait à régner sur l'Espagne que dans Tespérance qu'il réussirait à assurer le bonheur et la prospérité de ses sujets.
Aussitôt que la nouvelle de l'arrivée du nouveau roi fat répandue dans la ville, les grands d'Espagne et les Espagnols de toutes les classes s'empressèrent d'aller lui présenter leur hommage. La noblesse de ses manières , son afFabilité , ses paroles gracieuses parurent lui avoir conquis tous les cœurs.
Une députation de la grandesse lui fut présentée. On comptait alors, parmi les grands réunis à Bayonne, les hommes les plus illustre de l'Espagne par leur nom , leur naissance et leur fortune : MM. le prince de Gastel - Franco , les ducs de rinfantado, de Prias , del Parque, de Hgar et d'Ossuna; les marquis d'Harizas et de Santa-Gruz , et les comtes de Fernand Nunez , d'Orgaz et de Santa-Golona. Dans le discours de félicitation qui fut adressé k Joseph au nom de tous par le duc de rinfantado , on remarqua le passage suivant :
«Les Espagnols attendent leur bonheur du règne de votre a majesté. On désire ardemment votre présence en Espagne «pour fixer les idées, concilier tous les intérêts et rétablir «l'ordre, si nécessaire pour la régénération de la patrie. « Sire , les grands d'Espagne se sont toiûours distingués par a leur fidélité envers leur souverain : votre majesté l'éprou- «vera ainsi que notre affection personnelle.»
L'adresse de l'armée, présentée par le duc del Barque, celle du conseil d'État , du conseil de Gastille et du conseil de Tmquisition, renfermaient de pareilles protestations de dévouement et de fidélité.
C'était peu que de témoigner ainsi publiquement leur satisfaction; ces Espagilbls, les premiers de la nation , qui, quelques mois apri^ , devaient abandonner honteusement le parti qu'ils avaient si solennellement embrassé , consignaient encore dans leur correspondance privée l'expression de teur
DE L EMPEREUR NAPOLÉOrf. S03
dévouement. On Ht dans une lettre confidentielle d'un des anciens ministres de Ferdinand (Pedro Cervalîo, celui qui défendit avec le plus de ténacité les intérêts de son^ maître contre les prétentions de Napoléon) ces lignes qui sont sans aucun doute Texpression libre et volontaire des sentimens de Técrivain : «J'ai eu Thonneur d*étre présenté au roi «qui est arrivé hier de Naples, et je crois que sa seule préa sence , sa bonté et la noblesse de son cceur qu'on découçre « à la première vue , suffiront pour pacifier les provinces sans « avoir recours aux armées. »
Dans la ferveur de leur naissant amour pour Joseph , tous les Espagnols, qui attendaient à Rayonne Fouverture des travaux de l'Assemblée nationale , voulurent mettre le temps à profit, et donner spontanément une marque éclatante de lenr zèle pour le nouveau souverain. Ils composèrent et publièrent une proclamation à leurs compatriotes, pour les exhorter à se soumettre tranquillement à la dynastie nouvelle. Afin de mieux lever tous les obstacles , les plus habiles s'étaient chargés de développer, avec chaleur et avec logique, les avantages que présentait pour le bonheur de l'Espagne le changement opéré dans le gouvernement.
Enfin, après avoir discuté et arrêté la constitution future du peuple espagnol , tous les membres de la junte prêtèrent serment à leur nouveau roi, qui, lui-même, la main sur l'Évangile , jura d'observer le pacte constitutionnel , et de gouverner pour le bien de l'Espagne. Joseph Napoléon, honnête, loyal, consciencieux, était certainement l'homme de bonne foi dans cette assemblée, où était pourtant réunie l'élite d'une grande nation.
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE
▲DBaniSTRÂTlOll DE L £HPIB£.
DE BATOmiE.
12 août Mariage de Jérôme Napoléon
avec la prineeste Catberiiie de Wnr-
leàibcrg.
19 — SupprcssioQ du Tribunal.
S septembre. Bombardement de Ca
prâhafpie.
2 octobi'e. L'ambassadeur de France
quille Lisbonne.
18 — Entrée du corps de Junot (armée
de Portqgal) en Espagne.
30 ^ Arrestation du Prince des Asfu-
lies, Ferdinand, accusé de complot
contre son père.
- 6 novembre. Son pire loi pardonne
et le fait remettre en liberté.
Installation de la coor des Comptes.
16— Départ de Napoléon pour ritalie.
17 décembre. Décret de Milan , qoi dé-
^clare de bonne prise tout bAtiment
neutre pris airec le pavillon anglais.
1^** Joiwier. Retour de Napoléon à Paris.
Mise â exécution do Code de Commerce.
16 — Gonfirmatiott des sUtiiU de la Banque.
^Janvier, Entrée du corps de Monoey
en Biscaye.
2 février., EnUée du corpe de Du-
besmc eu Catalogne.
17 — Surprise de la citadelle de Pam-
pclune.
29 — Surprise de la citadelle de Baroe-
looc.
Occupation de Figuière.
Occupatfou de Saint-Sébastiéo.
19 mars. RéyoStcd'Aranjaez. — -.Midicalioa de Cbarles IV.
21 — ProlcsLalion de CbarIcsIV contre son abdication.
23 — Entrée du grand-duc de Beig â
Madrid. 10 ai^rii. Dépoit de Ferdinand Vn de
Madrid.
14 — Arrivée de Napoléon à Bayonnc.
20 — AniTée de Ferdinand A Bayonne.
2 mai. Insurrection de Madrid.
5 — Renonciation de Cbarles IV à la couronne d'Espagne.
6 Juin. Renonciation de Ferdinand VII et des Infans.
Joseph Napoléon est prodamé roi
d'Espagne et des Indes.
15 — Ouvcrtora de la junte de Bayonnc.
28 — Premier siège de Saragosse.
7 JuiUet. Serment prêté à Joseph et A la Constitution par les membres de rassemblée de Bayonne.
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