‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 27 sur 46 · GUERRE D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

GUERRE D'ESPAGNE

bcui jours après avoir reçu le sennfent de ses douveaax siyets, Joseph Napoléon se mit en route pour prendre possession de ses États, Avant de quitter Bayonne, son minis- (ère et sa maison avaient] été formés des anciens ministres de Charles IV, de FerdînaDd VU et des grands officiers de la maison de Charles IV. Tous avaient biigué cet honneur avec empressement, tous avaient promis fidélité au frère de Napoléon.

Dès le 24 juin, le marquis de la Romana, chef du corps d'année espagnol, cantonné sur les rivages de la Baltique , lui avait envoyé le procès-verbal de prestation de serment par tout son corps d'armée, depuis le général en chef jusqu'au dernier soldat.

Le premier acte de souveraineté exercé par Joseph, i son oitrée sur le territoire espagnol, fut un acte de clémence; il pardonna aux habîtans de Saint -Ander qui venûent de se révolter contre les troupes françaises et qui

étaient en conséquence menacés d'une exécution militaire.

Il recueillit, pendant son voyagç dlrun à Madrid , autant de témoignages d'attachement qu il en avait reçus pendant son séjour à Bayonne. Toutes les villes qui se trouvaient sur son passage, toutes celles qui avoisinaîent la route, s'empressèrent de lui prêter serment de fidélité.

Un régiment espagnol, le régiment d'Afrique, poussa l'enthousiasme jusqu'à vouloir dételer les chevaux de sa voiture; Joseph s'y refusa , mais il ne put empêcher les soldats de le suivre pendant trois lieuea en raccompagnant dé leurs acclamations.

Il arriva à Madrid le 20 juillet, et il y fit son entrée au milieu des vii^ai de la multitude. Le spectacle des combats de taureaux , donné gratis à la population , des secours pécuniaires répandus parmi les classes pauvres, le paiement des pensions échues , firent en peu de jours bénir, dans toute la ville , le nom de Joseph Napoléon.

Cependant l'insurrection de Madrid du 2 mai , si promptement et si rigoureusement réprimée par le grand-duc de Berg, avait été suivie, dans toutes les provinces, d'insurrections partielles, excitées à la fois par le saint amour de la patrie et par l'horrible* fanatisme religieux. Des Juntes s'étaient formées dans toutes les parties de TEspagne non occupées par les troupes françaises. L'Angleterre leur envoya des agens qui cqiitribuèrent à égarer davantage les populations sur leurs véritables intérêts. NéanriÎDs quelque violens que fussent les hommes qui s'étaient emparés dès le principe du pouvoir populaire, ces insurrections n'offraient encore rien de redoutable au gouvernement futur de Joseph. Les classes moyennes et les hautes classes n'y avaient pas encore pris part.

Tandis que le roi voyageait vers Madrid, le maréchal Bessières, à Médina deRio-Seco , battait, avec 14,000 hommes, un rassemblement insurgé, auquel la présence du général Gnesta avec quelques régimens wallons et espagnols faisait donner le nom d'armée, et qui avait conçu la folle pensée d'empêcher Joseph d'arriver dahs la capitale de l'Espagne. Après un combat de six heures , cette armée forte de 45,000 trômmes

Fut complètement détniite par les 14,000 Français. Les curés des paroisses voisines certifièrent au maréchal Bessières qu'ils avaient enterré plus de 27 ,000 cadavres espagnols; la perte des Français ne s'éleva pas au-delà de 3000 hommes tués ou blessés*

En apprenant cette victoire , très glorieuse pour le petit nombre de Français qui avaient combattu , mais que le nom da général Guesta faisait paraître beaucoup plus importante qu'elle ne Tétait réellement, l'empereur Napoléon s'écria : «C'est une nouvelle bataille de Villa-Viciosa. Bessières a mis Joseph sur le trène. »

Aassitôt après son arrivée à MadHd, Joseph fut proclamé roi des Espagnes, suivant le cérémonial usité en pareil circonstance, et reçut les sermens de tous les corps de TÉtat. Seul le consdl de Gastille, qui avait été le premier k le demander pour souverain , semblait , en tardant à lui présenter l'hommage de son dévouement , vouloir être le dernier à le reconmdtre comme roi.

D^à cette reconnaissance avait été faite par toutes les puissances de l'Europe , VÂngleterre exceptée : leurs ambassadeurs, auprès de Joseph étaient en route pour Madrid, ou même déjà arrivés dans cette capitale.

Toute la noblesse qui n'était pas à Bayonne , les grands d'Espagne , les comtes , les vicomtes , les barons , les chevaliers des ordres militaires, prêtèrent sans hésitei^le serment demandé , et le conseil de Gastille tardait toujours à donner cette dernière marque de soumission. On connut bientôt la cause de ce retard. Le président du conseil savait qu'il s'opérait uq mouvement militaire dans l'Andalousie, et il voulait en attendre le résultat pour se décider. Le résultat, défavorable aux Français , fut la capitulation de Bayleu.

Dès que cette nouvelle parvint à Madrid, les témoignages de dévouement s'arrêtèrent; la plupart des grands seigneurs, qui s'étaient empressés de donner des gages d'attachement à un roi qu'ils pensaient alors devoir régner à jamais sur l'Espagne, quittèrent sa cour sur-le-champ, et sans prendre f congé de lui. Il crurent voir , dans l'avantage remporté par le général Gastanos , le renversement de la puissance de Na-

aOS HISTOIRE

poléon , et il ne voulurent pas soutenir un pouvoir qui leur paraissait chanceler.

Néanmoins , lorsqu'à la suite de cel événement , Joseph se retira sur Vitloria , il fut encore suivi d'un grand nombre d'Espagnols, connus par leurs talens et par leur naissance, qui ne pensèrent point qu'un serment pût être rompu sans félonie , lorsqu'il avait été prêté sans contrainte.

Après Baylen , l'orgueil national , exalté par la victoire de Gastanos, conçut l'espérance de résister à Napoléon. On accepta l'appui offert par l'Angleterre. La connaissance des événemens de Bayonne, présentés comme un trahison dansnne relation imprimée de D. Pedro Gevallos , le même dont nous avons cité une lettre confidentielle , devint populaire; elle excita au plus haut degré Tindignation nationale , et depuis iprs seulement le peuple espagnol fut divisé en deux partis, celui de la guerre et celui de la paix. Le premier se sépara de Joseph après lui avoir juré fidélité : le second resta fidèle à son serment , convaincu d'ailleurs qu'un triomphe unique ne suffisait pas pour arrêter la marche conquérante de Napoléon, et pensant que l'Espagne ne pouvait que gagner, sous le rapport de rindustrie, du commerce, de l'agriculture et de l'instruction générale au règne d'un prince français.

La victoire de Baylen donna delà force etde laduréeàl'insurrection espagnole; néanmoins ce serait une erreur de croireque la résistance populaire ait suffi pourchasser les Français de la Péninsule. Malgré l'aide des soldats de l'Angleterre , malgré les divisions scandaleuses de quelques généraux français , secours inattendu pour l'ennemi*, le gouvernement insurrectionnel aurait vu enfin Joseph affermi sur son trône et l'Espagne pacifiée^ sans les désastres de la campagne de Russie, qui, en obligeant Napoléon à rappeler de la Péninsule tous les vieux soldats, affaiblirent Tarméc française à un tel point que Toccupation de TEspagne devint impossible au petit nombre de braves qui y restaient. Ce fut la chute de Napoléon, et non pas la résistance des Espagnols qui rendit la couronne à Ferdinand. Cette résistance, quoiqu'on ait dit, n'a

^ L'année espagnole^insurçée était en 1813, même après l'affaire des Ârapyles» en pourparler pour faire sa soumission au roi Joseph.

même pu contribuer que d'une manière très secondaire au grand événement qui a changé la face du monde. Il fallait la conjuration des élémens , les glaces de la Russie et les armes de FEurope entière pour renverser le colosse impérial. Alors seolement, délivrées de son poids, FEspagne qui avait combattu, la Hollande et Tltalie qui s'étaient soumises sans combats, recouvrèrent une indépendance qui jusqu'à présent ne paraît leur avoir procuré ni le bonheur ni la lô)erté \

Avant de quitter Rayonne, l'Empereur donna au grandduc de Rerg , Murât , son beau-frère , le trône de Naples devenu vacant par l'acceptatioa que Joseph avait faite de la oourpnne d'Espagne.

Ce fut à Bordeaux , en revenant à Paris , que Napoléon ap-

■ Les Espagnols qui reconnuFent la nouvelle dynastie voolaieùt épargoer à leur patrie les malheurs de la guerre et les ravages de l'invasion; ils cherchaient à conserver Tint^frité du territoire national. L'attachement qu'ils témoignèrent à Joseph fut d'ailleurs justifié par la conduite de ce DJonarque. On a loué, et avec raison , le roi Louis-Napoléon , d'avmr, étaoA souverain de la Hollande, embrassé et défendu avec énergie et contre tous les intérêts de son royaume. Joseph mérite de pareils éloges. Roi d'Espagne, il était devenu Espagnol lui-même. Il s'était entovré de ses nouveaux sujets; sa cour, à l'exception de qudques généraux français attachés depuis longtemps à sa fortune , ne renfe^pait que des Espagnols. Les grands officiers de iâ couronne, les premiers officiers de son palais , sauf ces généraux peu nombreux dont il -vient d'être* question , avaient tous été choisis dans les familles illustres de l'Espagne. Me voulant rien changer au sort des Espagnols attachés aux deux rois ses prédécesseurs , il avait admis dans sa maison tous ceux d'entre eux qui lui avaiei^t offert leurs services ; ses pages même, que leurs f6nctions particulières attachaient à sa personne, étaient Espagnols tous, excepté un seul.

Sa gaide se composait, comme celle des rois Charles IV et Ferdinand Vil, de régimens espagnols et de r^imens étrangers.

Pendant son règne, aucun Français ne fut revêtu des importantes fonctions du ministère. Elles furent exclusivement réservées aux Espagnols. Tous les tribunaux , toutes les municipalités , tous les établissemens civils, le eonseU d'État, les conseils de commerce, n'étaient remplis que d'Espagnols. Les Français n'occupaient que les dignités militaires , où néanmoins l'on remarquait encore un grand nombre d'Espagnols.

Le roi Joseï^ se montra , en toute circonstance, prêt à défendre l'indépendance et l'intégrité de son royaume. Â peine nionté sur le trône , il reconnut que les intérêts de l'Espagne réclamaient une paix maritime, et il demanda à Napoléon (vainement, il est vrai) l'autorisation de garder la

prit la capitulation de Baylen. U en fut afBigé et indigné profondément. U comprit que cet événement nécessiterait la retraite de toutes les troupes françaises sur l'Ëbre ( dans le même temps, Tarmée de Portugal, après une honorable capitulation à Cintra, rentraiten France sur les vaisseaux anglais), et il résolut d'aller lui-même en Espagne se placer à la tète de ses armées et soumettre la Péninsule.

Mais avant de retourner vers le midi , il se rendit à Erfuth où Alexandre le rejoignit. Là, dans les épanchemens d'entretiens intimes, les deux empereurs resserrèrent les liens d'amitié et de politique qui unissaient la France et la Russie. L'autocrate, russe, était fier idws de Tafiection que lui témoignait Napoléon. A une représentation d'ÛEétf/^i quand Philoctète , parlant d'Hercule, dit:

neutralité avec la GraDde-BraCagoe : lorsque eomUeon établit, parim décret impérial, des arrondissemeng militaires en Espasne , il adrpsta à ton trèn les plus yives réclamations; enfin, lorsqu'en 1811 , U Tit les généraux ds Napoléon traiter ses £tats en pays conquis , et ses ministres frad^is imilw leur exemple ens'emparant par la nomination d'intendans.cîTils de Tadm»* nistration des provinces entre l'Ëbre et les Pyrénées , ses représentations devinrent presque menaçantes. Dans la même année, apprenant qn'an mé* pris du décret qui l'avait |dscé sur le trtoe d'Espagne, la question d'ajouter ail territoire français les provinces de Biscaye, de Navarre, d'Aragon et de Catalogne, s'agitait dans le cabinet impérial Joseph quitta sans hésiter ss capitale , arriva à Paris sous prétexte d'assister au b^tèms du roi de Rome, 1^ se présenta devant l'Empereur, et lui déclara que, ne pouvant pas feire le bonheur de l'Espagne, il renonçait à régner sur ce pays; quil voulait étrs roi et non pas oppresseur. Napoléon , ému de eette chaleur généreuse, se décida , pour calmer son frère , à abandonner ses prétentions sur la Péninsule, et à faire rendre l'administration des provinces aux autorités espagnoles. Dans cette occasion, et pour fournir au roi les moyens de réprimer les excès des chefs militaires , l'Empereur lui donna le titre et les^^voirs de généralissime des années françaises en Ëspa^ine.

Joseph revint ^ Madrid et recommença & défendre avec courage ses sujets espagnols contre les vexations des généraux français : mais voyant que leur d^béissance rendait nuls tous ses efforts, il envoya à Paris son secrétaire intime , avec une lettre pour Napoléon. Celte lettre, interceptée par la prise du convoi dans le défilé de Salinas, a été publiée k Cadix en 1812, dans la Gazette de la Régence. Le passage suivant fera connaître quels nobles sentimens animaient alors Joseph : < Sire, écrivait-il \ l'Empereur, les évé- « neroens ont trompé mes espérances; je n'ai fait aucun bleu, et je n'ai pas • respoii* d'eu faii« : je prie doue votre majesté de me pei*n)eUre de déposer « entre ses mains les droits qu'elle daigna me transmettre sur la couronne

^^(jîapitale,

L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dteux.

Alexandre, pressant chaleureusement la main de Tempereur des Français, s'écria avec efFusion : JeV éprouve tousles jours. Ces mots, entendus de tous les spectateurs , retentirent bientôt dans toute l'Europe. Ce n'était malheureusement qu'une parole royale.

L'Autriche avait fait des prépâratife militaires qui n'alarmèrent point l'Empereur. Il savait avoir le temps de frapper un coup dédsif en Espagne avant d'être obligé de venir vaincre de nouveau sous lés murs de Vienne. Sa prévoyance avait d'aillçurs fait augmenter l'armée , et il était en mesure de faire face à la fois à l'ennemi, en Espagne et en Allemagne.

L'avant-garde de la grande armée devait être arrivée d^s la Péninsule ; Napoléon, en la passant en revue à Paris, avant

« d'Espagne, il y a quatre ans. Je n*ai Jamais eu d'autre but, en l'acceptant,

< que celui de faire le bonheur de cette monarchie ; cela n'est point en mon

< pouvoir. > Lorsque le roi Joseph signait cette honorable renonciation à la couronne (23 mars 1812), la Péninsule était occupée par une armée nombreuse et triomphante , la campagne de Russie n'avait pas encore ébranlé le trône de Napoléon , et la bataille des Arapyles n'avait pas encore commencé en Espagne les désastres des Français.

Tous ceux qui ont approché de Joseph peuvent rendre témoignage de' sa bonté, de sa douceur, de son affôbilité et de son égalité de caractère au milieu des événemens les plus divers. On le voyait, dans sa prospérité , cherchant à répandre sa fortune sur tous ceux qui l'entouraient ; dans ses désastres, moins occupé de lui-* même que de ceux que son malheur entraînait avec lui.

11 était brave dans les combats : le jour de la seconde affaire des Arapyles (novembre 1812), je l'ai vu rester long-temps sous le féu d'une batterie ennemie, donnant des ordres aisec- calme. A la malheureuse bataille de Vittoria, un officier d'état-major a été frappé d'une balle à ses côtés, tant il s'était avancé au milieu des ennemis.

8a clémence égalait son humanité ; on le vit, pendant la bataille d'Ocafia , parcourir les rangs français, et recommander aux soldats de ménager les vaincus. Après la bataille , il fît grâce de la vie à un grand nombre de soldats espagnols qui , après lui avoir prêté serment de fidélité, avaient été pris les armes à la main, combattant contre lui.

Lors de la grande famine de 1811 à 1812, les finances étaient épuisées ; <^^pendant il trouva moyen de venir au secours des pauvres de Madrid eu ^^âuisant au strict nécessaire toutes les dépenses de sa maison. Enfin, tant que dura la famine, il fit servir sur sa table un pain noir et grossier, voulant, disait-il , manger dû pain d^ pauvres , et il ajoutait en souriant : Pan ^soldàdo,pànderex:p^i^àe9o\dàtypàiskÛËTO\. ^

ai2 HISTOIRR

son voyage d*Erfiirth) lui avait adressé ime de ces proclamations dont Teffet était sur et durable ;

Soldats, après avoir triomphé sur lesbords du Danube et de a la Vistule, vous avez traversé TAUemagne à marches forcées; «je vous fais aiyourd'hui traverser la France sans vous donner <r un instant de repos. Soldats , j'ai besoin de vous ; la présence «hideuse du léopard souille le continent de TEspagne et do a Portugal ; qu'à votre aspect il fuie épouvanté devant vos « aigles triomphantes , jusqu'aux colonnes d'Hercule ; là aussi a nous avons des iiqures à venger.

€ Soldats, vous avez surpassé la renommée des armées mo- «demes; mais vws avez égalé la gloire des armées de Rome, «qui, dams une même campagne, triomphèrent sur le Rhin «et l'Euphrate, en Illyrie et sur le Tage. Une longue paix, aune prospérité durable seront le prix de vos travaux. Un <r vrai Français ne peut ni ne doit prendre de repos jusqu'à ce «que les mers soient ouvertes et affranchies. Soldats, tout ce, « que vous avez fait , tout ce que vous ferez encore pour le «bonheur du peuple Français et pour ma gloire , sera étemel- « lement gravé dans mon cœur. i>

Les deux empereurs se séparèrent après s'être renouvelé la protestation de leur mutuelle amitié, et Napoléon revint à Paris.

Reparti de Paris aussitôt , il arriva à l'armée d'Espagne dans les premiers jours de novembre. Les troupes espagnoles étaient divisées en trois armées principales : celle du centre {armée eTEsiramadure) ^ forte de 20,000 hommes, occupait Burgos. Napoléon se dirigea sur cette ville avec la cavalerie commandée par le maréchal Bessières , duc d'Istrie , et le deuxième corps aux ordres du maréchal Soult , duc de Dalmatie.

Le 10 novembre, à la pointe du jour, la division Mouton (du corps de Soult) fut accueillie, à Gamonal, par une décharge de trente pièces de canon. Elle attaqua aussitôt l'ennemi. Au premier choc , les gardes wallones et espagnoles furent culbutées. Le maréchal Bessières, avec sa cavalerie, tourna les depx ailes de l'armée ennemie et sabra plusieurs

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de ses bataillons : la déroute des Espagnols devint complète. Ils s'enfuirent dans toutes les directions , laissant 3,000 hommes tués sur le champ de bataille , et en notre pouvoir 3,000 prisonniers , vingt-cinq pièces de canon et douze drapeaux. Les troupes françaises entrèrent dans Burgos pélemèie avec les fuyards.

Pendant que Farmée du centre était ainsi vaincue et dispersée dans les plaines du Burgos, Tarmée espagnole de gauche {armée de Galice) était également attaquée et batr tue à Espinosa.

Cette armée, où se trouvait le corps du marquis de la Romana, qui , avec le secours des Anglai», s'jjitait échappé de Copenhague , faussant ainsi sa parole d'honneur et son serment, était forte de 45,000 hommes ; le général Blacke la commandait. Elle avait d'abord manœuvré sur la droite de Tannée française, pour lui couper ses communications en Biscaye; mais culbutée par le maréchal Lefebvre, duc de Dantzick , à Gueaès et à Valmaceda , elle avait été repoussée toujours en combattant de gorge en gorge, de mamelon en mamelon , jusqu'à Espinosa , point d'intersection des trois Toutes de Santander , de Reynosa et de Yillarcayo, où étaient ses parcs, ses hôpitaux et ses magasins: là, afin de couvrir leur retraite, elle prit position. La ligne espagnole couronnait les montagnes en avant d'Espinosa , la droite appuyée à des précipices, la gauche. couvrant Santander, et le centre défendu par un mamelon escarpé , garni d'artillerie.

Le maréchal Victor, duc de Bellune, qui avait suivi et harcelé le général Blacke dans sa retraite précipitée , arriva te. 10 novembre , à trois heures de l'après-midi , devant les positions ennemies et les attaqua aussitôt. Le général Pacthod , avec deux régimens, se porta sur le mamelon fortifié. La position était âpre à aborder, et défendue par les meilleurs soldats de l'armée espagnole , ceux du marquis de la Romana* ; les Français gravirent l'escarpement l'arme au bras, quoique sous un feu de mitraille; et après deux heures d'un combat opiniâtre, le mamelon fut emporté et ses défenseurs culbutés dans les précipices environnans; les régimens de Zamora et delà princesse furent détruits.L'ennemi , sentant l'importance

de la position qu'il avait perdue , fit à plusieurs reprises des efforts pour la reprendre; mais, malgré Ténergie de ses attaques, toutes ses tentatives furent vaines. La nuit mit fin au combat.

Le lendemain, les Espagnols , formés en masse sur le plateau qu'ils occupaient en face du mamelon , attendirent une nouvelle attaque. Le maréchal Victoressaya de tourner leur gauche. La brigade Maison se porta vers la route de Santander, et gravit audacieusement la montagne escarpée sur laquelle Tennemi l'attendait. Celui-ci fit une défense vigoureuse; mais, attaquée à la baïonnette, la gauche fut promptement enfoncée, séparée i]u centre, et mise dans une épouvantable déroute. Le reste de Tarmée espagnole voyant ses communications avec Santander coupées, sa gauche dispersée, lâcha pied au moment où la division Ruffin s'ébranlait pour l'attaquer. Il fut poursuivi la baïonnette dans les reins'. Le général Maison s'empara du pont d'Espinosa, et tout ce qui ne fut pas tué ou précipité dans la rivière fut contraint de mettre bas les armes.

Dans ce moment arrivait le maréchal Lefebvre. Une de ses divisions (Sébastiani) poursuivit les fuyards dans la direction de Yillarcayo, culbuta une division ennemie et lui enleva son artillerie.

Le général Blacke , quoique complètement défait, voulut essayer le lendemain de tenir dans la position de Reynosa. Mais le maréchal Soult arrivait par la route de Burgos ; l'armée de Galice fut obligée de se disperser entièrement dans les montagnes pour éviter une complète destruction.

60 pièces de canon , 20,000 hommes tués ou pris , le reste dispersé, 12 généraux espagnols tués, tous les secours en armes , habillemens , munitions , que les Anglais avaient débarqués, tombés en notre pouvoir, furent les résultats de cette brillante victoire. Notre perte fut peu importante et ne s'éleva pas au - delà de 7 ou 800 tués ou blessés. Aucun officier de marque n'y périt.

Ainsi furent anéantis , chacune en un seul combat , les armées d'Estramadure et de Galice. Elles comptaient n'avoir besoin pour vaincre que de paraître , elles parurent et furent écrasées. La plupart des troupes qui les composaient, nou-

vellement créées par Tiasurrection, avaient toutes la présomption de rinexpérience. Parmi les prisonniers , on en trouva plusieurs portant à la boutonnière un aigle renversé percé de deux flèches , avec cette inscription : Aa vainqueur de la France. Les compagnies créées par Tinsurrection portaient des noms analogues à Tesprit de ceux qui les formaient; on y voyait déjà les indices de ces partis qui divisèrent FEspagne après la révolution de 1820. Les compagnies des étudians des universités portaient le nom de compagnies de Brutus , de Cassius, du Peuple^ de la Liberté, etc. Celles des paysans, les noms de Saint- Jacques , de Saint-François^ de Saint-Ignace^ etc. Contraste bizarre qui parut alors digne de remarque , mais dont on ne pouvait encore comprendre toute la portée.

Restait, après la défaite de ces deux armées, à détruire T^rmée d'Andalousie, qui formait Tailedroite delà grande armée espagnole et qui était forte de plus de 60,000 hommes. Composée des coi^s levés en Andalousie , en Castilie , dans les royaumai de Valence et d'Aragon, elle avait pour cheft les généraux Gastanos et Palafox.

L'Empereur marchait sur Madrid ; il ordonna aux maréchaux Lannes et Môncey de se porter avec leurs corps à la rencontre de cette armée , et de la traiter comme celles qui avaient combattu à Burgos et à Espinosa. Les deux corps réunis se dirigèrent vers Tennemi , et, le 23 liovembre, ils le rencontrèrent en position, occupant une ligne mince longue d'une lieue et demie, la droite en avant de Tudela , et la gauche près du village de Cascante ; ordre de bataille trop étendu , et vicieux en ce. qu'il ôtait aux Espagnols les moyens de porter secours aux points qui seraient attaqués par des niasses.

A. 9 heures du matin, nos colonnes se formèrent : la division Maurice Mathieu (corps de Laniies) attaqua en colonne serrée le centre de l'ennemi et l'enfonça du premier choc. La division de cavalerie du général Lefebvre-Desnouettes passa aussitôt par cette trouée, et par un. quart de conversion à gaudhe, enveloppa toute la droite espagnole qui fut sabrée et dispersée. La gauche ne fît pas une plus longue résistance» Le village de Cascante, où se trouvait Castaiies, fut em-

porté par le général Lagrange ; rarmée tout entière, ea déroute complète, s'enfuit alors abandonnant sur le champ de bataille 4000 tués ou blessés , 3000 prisonniers, 30 pièœs de canon et 7 drapeaux. Le général Palafox avec 10,000 hommes qu'il parvint à rallier réussit â ^gner Saragosse , où il soutint , grâce au dévouement héroïque des habitans, un siège à jamais mémorable. .

L'armée dirigée par l'Empereur en personne continuait à s'avancer sur la route de Madrid.

Le 30 novembre, le corps du maréchal Victor arriva au pied duSomo-Sierra, où douze mille Espagnols, derrière seize pièces de canon, attendaient les Français avec non moins de résolution que les Grecs chargés de défendre lesThermopyles n'en avaient à l'approche deXercès. Somo-Sierra, avaient-ils dit , devait être les Thermopyles de l'Espagne. Cette position , fortifiée par la nature ,est en effet des plus faciles à défendre et des plus formidables à attaquer. La grande route longue et sinueuse s'élève dans un défilé formé par deux mOntagnes qu'elle sépare ; à leur sommet, le passage est dominé par d'autres montagnes, qui forment deux plateaux; la route, dans toute sa longueur, est commandée par les montagnes qui la bordent. Les Espagnols occupaient les plateaux du sommet et les montagnes des flancs. Leur infanterie s'y développait et soutenait la batterie placée sur li route derrière une tranchée.

Pendant que l'infanterie française cherchait à gravir les hauteurs par les deux flancs de la route, les chevau-légers polonais de la igarde impériale arrivaient à l'ennemi par- la chaussée. Ces intrépides cavaliers chargèrent la batterie qui les criblait de mitraille. L'escadron de service auprès ée l'Empereur, commandé par le chef d'escadron Kosictulski , arriva jusque sur les pièces , mais il fut (^ligé de revenir, ramené par le feu violent de la batterie et des tirailleurs espagnols. Cependant, soutenu par les autres escadrons du réghnent , il chargea de nouveau , au galop , franchit la coupure, pénétra dans le retranchement et sabra l'infanterie espagnole, qui, étonnée de tant d'audace, abandonna ses pièces et sa position.

Cette charge est le plus audacieux fait d'armes dont la cavalerie ait fourni Texemple. Des quatre-vingts lanciers polonais qui composaient le valeureux escadron, neuf seulement restèrent debout sur le terrain qu'ils venaient dç reconquérir; mais leur héroïque action couvrit de gloire tout leur régiment, qui dès lors fut placé au premier rang dans les corps d'élite de Farmée française. .

Le combat de Somo-Sierra laissait libre la route de Madrid. L'Empereur arriva le 2 flétembre devant cette capitale, livrée aux meneurs d'une populace exaltée, et qui annonçait Tintention de se défendre comme se défendirent les babitans de Sarago^se. La majorité des habitans des classes aisées, et les troupes de la garnison, reconnaissant l'impossibilité de cette défense, étaient d'avis de capituler. On combattit néanmoins pendant deux jours : l'Empereur, irrité , menaça de livrer la ville aux conséquences d'une attaque de vive force, et Madrid capitula.

L'Empereur y fit son entrée le 6, précédé par la publication d'une proclamation sévère adressée aux habitans; mais il n'y séjourna pas, il revint à son quartier général de Ghammartin, où , le 9 décembre, une députation de douze cents notables, députés de tous les corps et de tous les quartiers vinrent lui présenter leurs hommages et prêter devant lui serment de fidélité au roi Joseph.

Napoléon les accueillit avec plus de bienveillance qu'ils n'en devaient attendre , et leur fit connaître ses projets pour l'amélieration présente et future de l'Espagne, dans un discours trop remarquable pour que nous n'en citions pas les principaux passages :

a Je me suis empressé de prendre des mesures qui tran- «quillisent toutes les classes de citoyens; sachant combien (d'incertitude est pénible pour tous les peuples et pour tous «les hommes. J ai conservé les ordres religieux, mais j'ai res- «treint le nombre des moines. Avec le surplus des biens des «couvens , j'ai pourvu aux besoins des curés, de cette classe «la plus intéressante et la plus utile parmi le clergé. J'ai «aboli ce tribunal contre lequel le siècle et l'Europe ré~ ^^clamaient : les prêtres doivent guider les consciences,

« mais ne doivent exercer aucune juridiction extérieure et « corporelle sur les citoyens. J'ai supprimé des droits usurpés «par des seigneurs dans les temps des guerres civiles où les «rois ont trop souvent été obli^ d'abandonner leurs droits «pour acheter leur tranquillité et le repos des peuples. J'ai «donc aboli les droits féodaux, et chacun pourra établir des «batelleries, des fours, des moulins, des madragues, des pè- «chéries , et donner un libre essor à son industrie, en obser- «vant les lois et les règlitraens de la police. Gomme il n'y a «qu'un Dieu , il ne doit y avoir dans un État qu'une justice. «Toutes les justices particulières avaient été usurpées, et «étaient contraires .aux droits de la nation; je les ai dé- « truites. «

«J'ai aussi fait connaître à chacun ce qu'il pouvait avoir à «craindre comme ce qu'il avait à espérer. Je chasserai les «armées anglaises de la Péninsule; Saragosse, Valence, «Séville, seront soumises ou par la persuasion ou par la force « des armes. Il n'est aucun obstacle capable de m'arrèter plus «long-temps dans l'exécution de ma volonté.

« Mais ce qui est ^u-dessus de mon pouvoir, c'est de consti- « tuer les Espagnols en nation sous les ordres du roi s'ils con- « tinuent à être imbus des principes de scission et de haine «envers la France , que les partisans des Anglais et les en- «nemis du continent ont répapdu au sein de TEspagne; je «ne puis établir une nation, un roi, et l'indépendance des « Espagnols , si ce roi n'est pas sûr de leur affection et de leur «fidélité

« II me s^ait facile de gouverner .FEspagne en y établissant « autant de vice - rois qu'il y a de provinces; cependant je ne «me refust pas .à céder mes droits de conquête au roi et à «l'établir dans Madrid, lorsque les 30,000 citoyens que ren- (fferme cette capitale, ecclésiastiques, nobles, négocians, « hommes de loi«, auront manifesté leurs sentimens et leur fi- « délité , donné l'exemple aux provinces , éclairé le peuple et «fait connaître à la nation que son existence et son bonhéor «dépendent d'un roi et d'une constitution libérale, fevorable «aux peuples et contraire seulement à l'égoîsme et aux pasm sions orgueilleuses des grands.

o Si tels sont les sentimens des habitkns de la ville de Ma- <c drid, que ses 30,000 citoyens se rassemblent dans les églises, «qu'ils prêtent devant le Saint -Sacrement un serment qui a sorte non - seulement de la bouche , mais du cœur , et qui «soit sans restriction jésuitique; qu'ils jurent appui, amour « et fidélité au roi ; qu& les prêtres au conf(Qssionnal et dans la «chaire, les négocians dans leur correspondance, les hom- «mes de loi dans leurs écrits et leurs discours^ inculquent « ces sentimens au peuplé; alors , je me dessaisirai du droit de «conquête, je placerai le roi sur le trône , et je me ferai une «douce tâche de me conduire envers les Espagnols en ami « fidèle. La génération présente pourra varier dans ses opî- « nions ; trop de passions ont été mises en feu ; mais vos neci veux me béniront comme votre régénérateur : ils placeront «au nombre des jours mémorables ceux ou j'ai paru parmi a vous, et de ces jours datera la prospérité de TEspagne.»

Napoléon put croire.que ses paroles avaient été entendues et comprises. Les citoyens de la capitale, au nombre de plus de 27,000 pères de famille, avaient avant la fin du mois inscrit leur serment de fidélité à Joseph sur les registres ouverts chez tous les magistrats.

La destruction des armées espagnoles et la prise de Madrid furent suivies de la défaite d'une quayîème armée formée des débris des trois autres et que le maréchal Victor, duc de Bellune, vainquit et dispersa complètement à Uclès. L'armée Anglo-Portugaise avait aussi osé pénétrer en Espagne /le* maréchal Soult;6i ttrcha ' A - ott gcn ca nt f o^ l'atteignit et la battit successivement à Mansilla, Gacabelos , Piedra-Hillar et Lugo, et obligea les Anglais, après avoir coupé eux-mêmes les jarrets de tous les chevaux de leur cavalerie, à se rembarquer à la Corogne. *^/r^— «A/ fu^*^^^/^ ^ •

La pacification de la Péninsule hispanique paraissait donc* prochaine; alors, tandis que Joseph rentrait en roi à Madrid, l'Empereur revint à Paris, afin d'être à portée de marcher sur l'Allemagne, où les dispositions de l'Autriche devenaient de plus en plus menaçantes.

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RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

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