GUERRE D ESPAGNE
9 junte t. Entrée du roi Joseph en Espagne.
14 — Bataille de Médina de Rio-Seco.
14 -- Murât, grand -dnc de Berg, est proclamé roi de Napics, sous le nom de Joachim Napoldon.
19 — Bataille de Baylcn.
20 — Entrée de Joseph à Madrid.
21 — K.'Empcrcur quitte Bayonnc pour reycnir â Paris.
22 — Capitulation du général Dupont à Andujar.
26 — tléTolte de Baraictar. — Mort de Selias. — Proclamation de Mahmoud.
31 — Débarquement des Anglais en
Portugal.
V'^aoat. Retour de l'Empereur à Paris.
Inauguration de sa statue sur la
colonne de la place Vendôme.
22 — Bataille de Yimeïro (en F6rf ugal).
30 — Capitulation du général Junot à
Cintra C Portugal). •
27 septembre. Arrivée de TËmperem* à Erfurth.— Conférence avec l'empereur de Russie.
12 octobre. L'Empereur donne la croix de la Légion-d'Uonneur à («pëlhe et à Wieland.
19 — Retour de Napoléon à St. -Clond.
25 — Ouverture du Corps-Législatif.
27 — Réception des députés italiens.
29 — L'Empereur part pour l'armée.
4 novembre. Il entre en Espagne.
7 — Son arrivée à Villoria. — Entrevue avec 8on frère le roi Joseph.
10 — Combat et Prise de Burgos.
10 novembre. Bataille d'Espinosa (60 canons, 12 généraux, 20,000 hommes tués ou pris).
16 — Prise de Sant-Ander.
23 — Bataille de Tudcla ( 30 canons , 7 drapeaux, 7,000 homUMS tsés ou pris}.
30— Combat de Somo-Sicrra(16canons, 10 drapeaux).
2 décembre. Arriv4ki devant Madrid.
4,5— Soumission de Madrid.
6 — Entr^ de l'Empereur à Madrid.
7 — Proclamation de l'Empereur au peuple de Madrid.
9 — Disoom's des notables de Madrid à l'Empennir. — Réiwnse de Napoléoa.
11 — Prise de Talavera-de-ia-Reyna.
16 — Combat de Carderon.
22 — L'Empereur quitte Madrid.
24 — Passage du Tage à PArz^Mspoet à Almaraz (4 canons , 500 prisonniers).
29*- Combat de Benavente.
30 — Combat de Mansilla (2 drapeaux, 1,500 prisonniers).
3 janvier. Combat de CacabékM. —
4 — Combat de Piedra-Filla.
8 — Combat et prise de Lugo.
13 — Bataille d'Uclès (40 canons, 34
drapeaux, 10,000 prisonniers).
16 — Combat et prise de la Corogne.
22 — Entrée du roi Joseph à Madrid.
23 — Retour de TEmpcccur à Paris.
25 — Combat d'AlcanifcS 27 — Prise du Ferrol.
21 février . Prise de Saragossc.
P«n«. «-De I ImiMamcrie de Riowap» «t çe, ru» je» PrmCT.BaHtfeoM.aaiBt'Michd , 8.
BITUILB v'bCKMOBL. — VNTRRE k TIBNNE,
Les divisions territoriales, résultat des traitéR de Presbour^ et de Tîlsit, avaient excité un vif mécontentement en Allemagne; les villes Hanséatiques détestaient le sj-sième continental qui les privait de commerce maritime ; les États divers, réunissous letitre de Royaume de Westphalie, supportaient avecimpatience la domination de Jérôme; le Tyrol, fidèle à. la maison de Hapsbourg, menaçait de briser le joug bavarois. Et tandis que toutes les démarches de TAutriche tendaient à fomenter ces sentimens de haine qui se coloraient d'une teinte de nationalité et de patriotisme, une vaste conjuration, ourdie dans le même but , s'étendait dans toute l'Allemagne. Des sociétés secrètes et mystiques , sous le titre de fédérés de la verta , s'étaient d'abord fondées en Prusse, puis dans les autres parties de l'Allemagne, pour rallier tous les ennemis de fa France à un centre commun d'action. Une foule de passions de natures diverses servaient
à raccroissement de ces sociétés , dans lesquelles se trouvaient réunis les hommes des principes les plus opposés : les nobles si fiers de leur origine Féodale, et regrettant les privilèges oppressifs dont ils se voyaient dépouillés; les membres des universités , professeurs et élèves , dévoués aux grands principes de liberté et d'égalité que les gouvernemens manifestaient rintention de faire fleurir en Allemagne ; les militaires , humiliés des revers essuyés par les armées nationales ; les bourgeois, veiés des charges dés cantonnemens militaires, et accablés de Tétat de souffrahce du commerce et des manufactures: tous supportaient avec la même impatience ll^joug d'une occupation. Tous, alors du moins, aristocrates, démagogues, idéologtlcs, soldats, patriotes germaniques, tous s'accordaient à désirer, non le rélablissemetit du vieil empire romain, mais l'indépendance de TAUcmagne , le rétablissement de ses rapports maritimes , sa réintégration dans le droit de choisir ses alliés et ses ennemis. Ces sentimens étaient naturels et légitimes ; mais les Allemands trompés ne pouvaient bien juger ni la position de Fempereur Napoléon , ni ses intentions, ils le croyaient provocateur de la guerre quand il ne faisait que se défendre contre l'Angleterre , et par les armes , et par ses décrets de blQCus continental , machines de guerre qui n'auraient pas été moins terribles que celles de l'artillerie. Parce que l'Empereur était le plus grand capitaine des siècles , le vainqueur de tous les généraux européens , ils ne voulaient pas croire à son désir sincère d'une paix honorable. Ils se précipitèrent ainsi dans une opposition armée dont ils ne pouvaient pas apprécier toutes les conséquences. Ils fujrent d'aveugles instrùmens, et en fait d'indépendance et de liberté, ils n'ont rien gagné à la chute de l'empire français.
Le cabinet autrichien résolut de profiter de ces dispositions hostiles à Icf France pour tenter de reconquérir les provinces qu^ la victoire d'Austerlitz lui avait arrachées, l'occa^m paraissait favorable : les armées françaises étaient disséminées, en Italie, en Espagne et en Portugal; Napoléon lui-même se trouvait dans la Péninsule. L'empereur François II se décida à faire un dernier effort pour réunir et armer des masses formidables. L'armée active fut portée à
jDË rEMPËREUll NAPOLÉON.
350,000 hommes, que 150 bataillons de landwehrs furent destinés à renforcer. L'Angleterre, afin d'encourager celte nouvelle coalition qu'elle n'avait pas eu besoin d'ourdir, donna un subside de cent millions, et promit d'envoyer, aussitôt que la guerre serait commencée, un corps de 40,000 hommes pour opérer une diversion, soit sur les côtes de l'empire français , soit dans le nord de l'Allemagne. L^Autriche se proposait d'attaquer la France sur trois points à la fois, eh Bavière, en Italie et en Pologne. L'organisation de l'armée française fut suivie et imitée dans là composition de l'armée autrichienne. Six corps de 25,000 hommes chaque, et une forte réserve formèrent la grande armée rassemblée en Bohème , et chargée d'envahir la Bavière. Cette armée eut pour chief le prince Charles. Deux corps, d'ensemble 50 mille hommes de troupes de ligne et 25,000 soldats miliciens , composèrent l'armée d'Italie, aux ordres de l'archiduc Jean., Enfin, une troisième armée de 40,000 hommeé, commandée par l'archiduc Ferdinand , devait occuper le duché de Varsovie. Le total des forces de l'armée qui allait agir ofFensivement , s'élevait, avec la réservé , tes Tyroliens , les landwehrs , etc. » à 450,000 hDiiirfies; l'artillerie de cette armée était de 700 pièces de canon.
L'Empereur^ du fond de TEspagne, avait eu l'œil sur les préparatifs de l'Autriche. Mais l'armée dont il pouvait disposer dans la campagne qu'il allait nécessairement être forcé de faire , ne s'élevait qu'à 100,000 Français , y compris les garnisoh^ dès villes du nord de l'Allemagne , et à 40,000 Bavarois et Wlirtembergcoîs ; il pouvait compter en outre sur 60,000 confédérés^ Saxons^ Badois, Hessois, etc., ipourvu que le sort des armes lui fût favorable , et, dans tous les cas, sur 18,000 Polonais décidés à combattre vigoureusement pour Tindépendance de leur patrie. L'armée d'Italie, sous Eugène et Macdonald , était de 45,000 combattans, et le corps de Marmont , en ïllyrie, de 15,000^ L'artillerie de toutes ces troupes réunies ne s'élevait pas audelà de 560 pièces de canon.
Nous avons vu que FEmpereur était revenu dans sa capitale afin d^ëtre prêt à tout événement. Il y apprit, le 12 avril, rinvasion de la Bavière qui avait eu lieà le 10. U partit aussit6t le 13 de Paris, arriva le 16 à Louisbourg, où il eut une entrewie avec le roi de Wurtembei^ , continua le même jour , sans s'àrrèler, sa route sur Dillingen, où le roi de Bavière Tattendait. Ce prince reçut l'assurance qu'avant quinze jours il rentrerait dans sa capitale. Le lendemain 17, Napoléon avait rejoint son quartier général à Donawerth.
L'armée française et alliée, avec les contingens bavarois et \mrtembei^eois , ne réunissait que 80,000 combattans. Trop peu nombreuse pour résister à l'ennemi qui présentait une masse offensive de 150,000 hommes , elle s'était repliée successivement vers le cœur de la Bavière , afin de couvrir Munich et de se concentrer. Napoléon, dès son arrivée sur le Danube, sachant que les troupes, forcées à un mouvement rétrograde, paraissaient inquiètes de leur force numérique et de l'avenir de la campagne , leur adressa une de ces proclamations qui forent long-temps des oracles infaillibles-
<t Soldats , disait-il , le territoire de la confédération du «Rhin a été violé. Le générai autrichien veut que nous fuyions «à l'aspect de ses armes, et que nous lui abandonnions nos Q alliés. J'arrive avec la rapidité de l'éclair. Soldats, j'étais ence touré de vous, lorsque le souverain d'Autriche vint à mon «bivouac de Moravie; vous l'avez entendu implorer ma cléce mence et me jurer une amitié éternelle. Vainqueurs dans trois « guerres, l'Autriche a dû tout à notre générosité ; trois fois a elle a été parjure ! ! ! Nos succès passés nous sont un sûr ga- «rantde la victoire qui nous attend. Marchons donc, et qu'à a notre aspect l'ennemi reconnaisse son vainqueur. »
L'arrivée de l'Empereur se révéla bientôt à l'ennemi, dont la marche progressive fut soudain arrêtée. Les généraux avaient reçu des ordres, lessoldats n'en avaientpas besoin.Napoléon 'était avec eux, ils étaient sûrs de vaincre! Pouvaientils craindre quelque chose lorsque l'Empereur avait confiance en eux ? Les combats et les succès commencèrent.
DE UEMPERëUR NÂPOLÉOit. 325
Le 19 avril , tandis que le général Oudinot , parti d'Augsbourg^ atteignait et culbutait Tennemi à PfafFenhoffen , le maréchal Davoust tfuitta Ratisbonne pour se rapprocher d'Ingolstadt , où le quartier général de TEmpereur avait été transféré ; le but de Napoléon étant de manœuvrer sur Tennemi , qui avait débouché de Landshut , et de Tattaquer dans le moment même où, croyant prendre l'initiative , il s'avançait sur Ratisbonne que Davoust venait de quitter.
Le duc d'Auerstaedt marchait sur deux colonnes. Les divisions des généraux Gudin et Morand formaient sa droite , celles des généraux Priant et Saint-Hilaire sa gauche. Arrivé à la hauteur de Pessing , non loin de Tbann , le général Saint- Hilaire fut attaqué par Tennemi , plus fort en nombre, mais, bien inférieur en bravoure, et là s'ouvrit la campagne par un combat glorieux pour nos armes.
Sur la droite , le général Morand rencontra également une division autrichienne , qu'il assaillit de front , tandis que le maréchal duc de Dantzick , avec un corps bavarois parti d'Abensberg, l'attaquait en queue. Cette division, débusquée de toutes ses positions, après avoir perdu un régiment de dragons et laissant en notre pouvoir un bon nombre de prisonniers, abandonna le champ de bataille.
Le corps autrichien qui avait été battu à Thann était celui du général HohenzoUem, et faisait partie du centre' de l'armée du prince Charles.
A la faveur de ce premier succès, le corps de Davoust opéra sa jonction avec les troupes bavaroises : l'Empereur résolut de profiter de cet accroissement de forces pour attaquer et détruire la gauche de l'armée autrichienne composée des corps de l'archiduc Louis et du général Hiller , forts ensemble de 60,000 hommes. En conséquence, il donna ordre à Davoust de tenir en respect la droite de l'ennemi , et se porta le 20 sur Abens9erg ,où se trouvait le corps de l'archiduc. Les deux divisions Morand et Gudin , les Bavarois et les Wurtembergeois, devaient attaquer de front l'armée autrichienne, que Masséna passant par Freying devait prendre à dos.
Les divisions Morand et Gudin furent placées sous les ordres du maréchal Lanncs et formèrent la gauche de larmée
sito
HISTOIHB
française. L'Empereur priait décida à combalirç à la tète des Bavarois et des Wurtembergeois : avant d'engager raction,il fit réunir en cercle les officiers de ces deux nations , et leur parla long-temps. Le prince royal de Bavière traduisait en allemand ce qu'il disait en français.
En faisant sentir à ses alliés la marque de confiance qu'il leur donnait , il rappela aux officiers bavarois que les Autrichiens avaient toujours été leurs ennemis, que c'était â leur indépendance qu'ils s'attaquaient ; que depuis plus de deux cents ans les drapeaux bavarois étaient déployés contre l'Autriche; mais qu'enfin cette fois l'appui des aigles françaises les rendraient si puissans qu'ils suffiraient seuls à l'avenir pour résister aux Autricliiens. L'Empereur parla aux Wurtembergeois des victoires qu'ils avaient remportées sur la maison d'Autriche , lorsqu'ils servaient dans l'armée prussienne, et des derniers avantages qu'ils avaient obtenus dans la campagne de Silésie. Il leur dit à tous que le moment de vaincre était venu afin de p(»rter la guerre sur le territoire autrichien. Ces discours répétés aux régimens par les colonels, et aux compagnies par les capitaines, produisirent un effet électrique.
L'Empereur donna alors le signal du combat. Le général deWrède, officier bavarois d'un grand mérite, attaqua de front les divisions autrichiennes c[ui lui étaient opposées. Le général Vandamme avec les Wurteratergeois déborda la droite de Tennemi. Le maréchal Lefcbvre, avec la division du prince royal de Bavière et celle du général Deroy, manœuvra pour couper la grande route d'Abensberg à Landshut. Le maréchal Lannes avec ses deux divisions força rextrème gauche ; les attaques sur tous les points obtinrent un égal succès. L'ennemi , déconcerté , ne résista qu'une heure avant d'être forcé à la retraite. Huit drapeaux , douze pièces de canon, 18,000 prisonniers, furent les résultats de cette bataille, qui coûta peu de monde à l'armée française.
Le général Hiller, pour éviter le sort du prince Louis, s'était retiré sur Landshut; l'Empereur se dirigea vers. cette ville. En y arrivant , Bèssières avec la cavalerie de la garde culbuta la cavalerie ennemie qui s'était forméedans h plaine. Landshut
' i Hi I » mt
est situé sur Tlspr; pour y entrer , il fallait franchir un pont de bois que Tennemi voulut défendre; )e général Mouton fit avancer au pas de charge les grenadiers du 17^ de ligne : le pont était embrasé , mais ne fut point un obstacle pour ces braves. L'ennemi , chassé de sa position , fut alors attaqué par Masséna qui débouchait par la rive droite. Landshut fut pris, et avec Landshut, 30 pièces de canon, 9,000 prisonniers, 600 caissons d'artillerie , 3,000 voitures de bagages , trois équipages de pont ; les hôpitaux et les magasins de Tennemi restèrent en notre pouvoir.
De Landshut, l'Empereur revint sur ses pas. L'archiduc Charles avait réuni h Eckmuhl quatre des corps principaux de son armée ; HohepzoUern , déjà battu à Thann, Rusenberg, KoUowrath et Lichtenstein. Napoléon arriva devant Eckmûhl à deux heures après midi, et le combat s'engagea aussitôt. Ëlectrisés par trois jours de victoire, les soldats coururent à l'ennemi avec toute la confiance du succès. Le duc de Montebello , à la tête de la division Gudin , attaqua et déborda promptement la gauche de l'armée autrichienne, tandis que les autrea divisions l'attaquaient de front. Les ducs d'Âuerstaedt et de Dantzick débouchèrent à leur tour ; le W régiment d'infanterie légère, de la division Saint- Hilaire, s'élança dans les rangs autrichiens, et pendant une demi-heure soutint seul tout l'effort de leur aile droite, Lr général Montbrun, avec sa cavalerie, les attaqua opiniâtrement et dé flanc et de front. On vit alors un des plus beaux spectacles que la guerre puisse offrir, une armée de 110,000 hommes, attaquée par moins de 70,000, tournée par sa gauche , et, successivement dépostée de toutes ses positions , obligée de fuir dans le plus grand désordre.
La cavalerie autrichienne, forte et nombreuse , se dévoua pour protéger la retraite de l'infanterie ; mais les divisions Saint-Sulpice et Nansouty , dans une charge impétueuse , la culbutèrent et l'obligèrent à suivre le mouvement des fantassins dispersés.
Deux carrés de grenadiers hongrois tenaient encore dans la plaine : c'était la réserve commandée par l'archiduc Charles en personne. Nansouty se porta sur l'un , le rompit , et le fit
prisonnier en entier. Saint-Sulpice se précipita sur Tautre , renfonça, en prit une partie, et mit le reste en fuite. L'ar^ chidac Charles se trouvait dans ce carré , et ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Dès ce moment , et malgré la nuit qui était survenue , poussée Tépée dans les reins, Tarmée autrichienne cessa de résister , et efiectua sa retraite précipitée, dans le plus épouvantable désordre. Tous ses blessés , une grande partie de son artillerie, quinze drapeaux et 16,000 hommes restèrent en notre pouvoir.
L'armée ennemie, concentrée autour de Batisbonne, était encore forte de plus de 80,000 combattans ; l'Empereur n'en avait pas autant : cependant le prince Charles n'osa pas risquer une nouvelle bataille : ayant le Danube à dos , il se décida à repasser le fleuve et à rentrer en Bohème , espérant sans doute, par une marche forcée sur la rive gauche, revenir se placer sur la rive droite assez h temps et dans une position assez favorable pour couvrir la capitale de l'empire autrichien, sur laquelle il prévoyait bien que l'armée française allaita diriger.
Le passage du Danube par l'armée autrichienne s'effectua sous le feu de nos batteries , pendant que le maréchal Lannes s'emparait de Batisbonne de vive force, et en chassait l'arrièregarde ennemie.
A l'attaque de cette ville, l'Empereur reçut au talon une blessure légère , qu'il fit panser sur le champ de bataille , et qui ne l'empêcha pas de remonter à cheval pour diriger le mouvement des troupes.
Ces cinq jours de combat avaient été marqués par des succès brillans, décisifs et mérités. Le combat de Thann livré au centre de l'archiduc, la bataille d'Âbensberg qui isola sa gauche, l'affaire de Landshut qui acheva de la mettre hors de combat , la bataille d'Eckmûhl livrée de nouveau contre son centre , enfin le combat de Batisbonne qui acheva de rompre Tarmée ennemie, forment une série d'événemens glorieux dont l'histoire n'offre pas d'exemple. C'était une campagne plus pleine et plus importante que la fameuse
campagne des cinq jours, signalée en Italie par la mémorable victoire de Gastiglione.
L'influence de Napoléon sur son siècle se fit principalement remarquer dans le début de cette campagne de 1809.
« Durant le cqujbs de sa prospérité , dit le brave général Pelet , la force magique de la présence de Napoléon ne s^est peut-être jamais manifestée si vivement que dans les évéqemens de cette campagne. L'armée autrichienne, pleine d'ardeur et de confiance , s'avançait en masse avec des projets offensifs préparés depuis long-temps; une partie de l'Allemagne était prête à se squlever ; l'Europe guettait le moment fovorable pour tomber sur la France. Notre armée , éparpillée sur le Danube, restait exposée aux plus grands dangers. L'Empereur parait le 17 avril à Donawerth; la situation morale des deux armées , l'esprit des peuples et des cours , la face de l'Europe sont changés. Napoléon ordonne la réunion des corps vers le centre, par la plus audacieuse manœuvre; il fait marcher sa droite, qu'il tient toujours à portée de lui, contre la base et la ligne d'opération des Autrichiens. A peine ses ordres 9nt-ils eu le temps de parvenir , et le 19, dans la matinée , l'ennemi est déjà battu, l'armée réunie^ la droite portée sur les derrières de l'archiduc , qui va être coupé de sa ligne de communication avec Vienne , et de sa base. »
Cependant, sans se laisser éblouir par le succès, l'Empereur, fidèle à sa maxime que tant qu'il reste quelque chose à faire, il ne faut rien considérer comme fait, donna ses instructions pour que l'armée se mit aussitôt en marche sur Vienne.
Avant de quitter Ràtisbonne il adressa cette proclamdation aux troupes :
ce Soldats ! vous avez justifié mon attente : vous avez suppléé « au nombre par votre bravoure ; vous avez glorieusement mar- « que la différence qui existe entre les soldats de César et les ce cohues armées de Xerxès.
«En peu de jours , nous avons triomphé dans les trois ba- «tailles de ïhann, d'Abensberg etd'Eckmûhl, et dans les
«combats de Pessing; , de Landshut et de Ratisbonne ; 100 « piècesde canon, 40 drapeaux , 60,000 prisonniers , trois équia pages attelés , 3,000 voitures attelées portant les bagages , (( toutes les caisses des régimens , voilà le résultat de la rapi- «dite de vos marches et de votre courage.
«L'ennemi, enivré par un cabinet parjure, paraissait ne «plus conserver aucun souvenir de vous; son réveil a 'été «prompt : vous lui avez apparu plus terribles que jamais. Na- «guère il a traversé Tlnn et envahi le territoire de nos alliés; « naguère il se promettait de porter la guerre au sein de noire «patrie. Aujourd'hui défait, épouvanté, il fuit en désordre; « déjà mon avant-garde a passé llnn; avant un mois nous « serons à Vienne. »
La marche sur Vienne fut heureuse et rapide. L'armée passa sans obstacles Viser et Tlnn; les débris des corps de l'archiduc Louis et du général Hiller, seules troupes autrichiennes qui fussent restées sur la rive droite du Danube, avaient pris position derrière la Traun, au château et sur les hauteurs d'Ebersberg, et paraissaient vouloir défendre le passage de cette rivière. Mais leur arrière - garde , atteinte par 700 hommes, formant l -avant-garde française, fut culbutée sur le pont, qu'elle n'eut pas le temps de détruire. Canons, voitures, hommes, chevaux, tout fut précipité dans la rivière. La division Claparède , dont cette avant-garde formait la tète de colonne, pénétra dans Ebersberg et fit prisonniers 4,000 Autrichiens qui défendaient cette ville; ensuite elle se porta à l'attaque du château. Les 30,000 Autrichiens qui occupaient les hauteurs, instruits que Bessières? Masséna et Oudinot aUaient arriver sur Ebersberg , voulurent s'opposer à ce que ces nouvelles troupes passassent le pont : pour les en empêcher ils mirent le feu à la ville, qui, bâtie en bois, devint bientôt la proie des flammes; déjà même l'incendie gagnait le pont , quand , pour prévenir son entière destruction, les troupes qui allaient le passer se virent obligées d'en couper les premières travées. Resté avec 7,000 hommes cl quatre pièces de canon sur la rive droite,
rintrépide général Claparède résista avec succès aux attaques réitérées des masses autrichiennes : trois fois il les repoassa à la baïonnette et il se maintint inébranlable, jusqu'à ce qu*enfin le pont, rétabli, permit au reste de Tarmée française de venir à son secours. Son arrivée et celle de TEmpereur décidèrent à une prompte retraite Tennerai , qui avait perdu dans ce combat 12,000 hommes, dont 7,500 prisonniers. Aucun obstacle sérieux ne pouvait plus arrêter Tarmée , Tarchiduc n'avait pas pu repasser sur la rive droite. Nos troupes , comme Nîipoléoii le leur avait promis après la bataille d'Eckmûhl, arrivèrent sous les murs devienne.
L'archiduc Maximilien , avec un corps de 16,000 hom? mes , composé moitié de landwehrs , moitié de troupes dç li{]^e , occupait cette capitale. Sa présence et la pensée quç l'archiduc Charles s'avançait à marches forcées pour secoulir la ville, inspirèrent aux Viennois le désir de ge défendrç. Les faubourgs furent occupés sans difficultés par l'avantgarde française: ils n'étaient couverts par aucune fortification,; mais quand nos ti'oupes s'avancèrent sur l'esplanade qui sépare les faubourgs de la cité , elles furent accueillies par un ïeu de mitraille parti des remparts. Un colonel frapçais envoyé en parlementaire faillit être massacré. L'Empereur, avant de recourir à des mesures de rigueur envers une capitale riche et populeuse , chargea le inaior-général d'écrire i\ Tarchiduc Maximilien et lui fit porter la lettre par upe députation des principaux habitans des faubourgs.
Le feu des remparts, qui recommença, fut la seule réponse deTarchiduc. L'Empereur donna ses ordres à regret, en gémissant des calamités qui allaient atteindre une populatipn intéressante. La ville était investie de trois côtés; une batterie de vingt obusiers s'éleva sur l'emplacement même où les Turcs avaient ouvert la tranchée dans le siège de 1683, k cent toises de la place. A neuf heures du soir le bombardement commença. En peu de temps dix-huit cents obus furent lancés sur la ville; plusieurs hôlels et de grands bâlîmens devinrent la proie des flammes. L'incendie jeta la terreur
parmi leshabitans dont la résolatioa commença à faiblir. Sur ces entrefaites, un parlementaire se présente pour annoncer à TEmpereur que Tarchiduchesse Marie-Louise , alors malade de la petite-vérole , était restée dans le palais impérial exposé au feu de Tartillerie française. Napoléon, qui ne pouvait prévoir alors le lien qui devait Tunir à cette princesse , ordonna néanmoins, par égard pour elle , de changer la direction des batteries. On prétend que cet acte d'humanité et de condescendance laissa depuis lors une vive impression dans Tàme de la jeune archiduchesse.
Cependant Tarchiduc ayant tenté une sortie , et s'étant assuré que toute communication directe avec la rive gauche du Danube allait lui être interdite , et que l'Empereur dirigeait des troupes sur le pont du Thabor, qui joint les deux rives du fleuve, se décida à évacuer sur-le-champ la capitale, et profita de la nuit pour effectuer sa retraite. Il partit, suivi des bataillons de la ligne , et coupa le pont aussitôt qu'il Teut passé. Le général qu'il avait laissé dans Vienne avec la triste mission de signer la capitulation envoya dès la pointe du jour une députation à l'Empereur, pour demander qu'on cessât le feu, et pour annoncer qu'il était prêt à remettre la ville aux Français. Les articles de la capitulation furent signés le 12 mai, et le général Oudmot, avec sa division, occupa Vienne le lendemain.
L'Empereur, comme en 1806 , établit son quartier général h Schœnbrunn, d'où il adressa la proclamation suivante à l'armée :
«Soldats! un mois après que Tennemi a passé llnn, au «même jour, à la même heure, nous sommes entrés dans «Vienne. Ses landwehrs, ses levées en masse, ses remparts «créés par la rage impuissante des princes de la maison de «Lorraine, n'ont point soutenu vos regards. Les princes de «cette maison ont abandonné leur capitale, non comme des «soldats d'honneur qui cèdent aux circonstances et aux re- « vers de la guerre , mais comme des parjures que poursui- «vent leurs propres remords. En fuyant de Vienne , leurs « adieux à ses babitans ont été le meurtre et l'incendie : comme
«Médée, ils ont de leurs propres mains égorgé leurs en- <ifans.
a Soldats ! le peuple de Vienne , selon l'expression de la déctputation de ses faubourgs, délaissé, abandonné, veuf, «sera Tobjet de vos égards. J'en prends les bons habitans « sous ma spéciale proteclion : quant aux hommes turbulens a et méchans , j'en ferai une justice exemplaire. Soldats ! a soyons bons pour les pauvres paysans et pour ce bon peuce pie qui a tant de droits à notre estime : ne conservons aucun «orgueil de nos succès; voyons-y une preuve de cette justice «divine qui punit Tingrat et le parjure.»
Les tentatives des ennemis de la France, dans le nord de TAllemagne, pendant que nos soldats marchaient sur Vienne, n'avaient obtenu aucun succès.
Le partisan Schill et le duc de Brunswick avaient échoué ' tous les deux dans leurs projets de soulever nos alliés contre nous. D'ordinaire la trahison ne choisit pas le moment d'une victoire, et partout les Français étaient victorieux.
Schill , parti de Berlin à la tète de son régiment dé hussards, avait trouvé les troupes saxonnes à Wittemberg peu disposées à seconder ses projets. Il s'était dirigé sur Magdebdurg, où la bonne contenance du général Michaud et du colonel Vouthier contint dans le devoir les bataillons westphaliens. Il marcha alors vers le Bas-Elbe , où il espérait sans doute obtenir des secours des Anglais, dont quelques vaisseaux avaient fait quelques démonstrations sur ces côtes. Le général Gratien, avec une brigade hollandaise, et le général Eblé , à la tète d'un corps westphalien , étaient à sa poursuite. Le cabinet prussien, instruit en même temps et de féchauffourée de Schill et de nos victoires, se hâta de désavouer un excès de zèle qu'il ne pouvait approuver sans se compromettre avec le vainqueur.
Pourchassé par lesWcstphaliens et les Hollandais, auxquels se réunit une brigade danoise, Schill, qui n'avait jamais pu réunir quinze cents hommes, se jeta dans Stralsund , et y fut attaqué; au moment d'être pris, malgré une vive résistance,
à34 HiSTOltlË
dans son désespoir il se fit tuer en combattant bravement. L'expédition du duc de Brunswick Fut moins longpue. Sorti de Bohème avec sa légion de la mort, il ne trouva point parmi les Saxon» Tappui qu'il espérait, et fut obligé de rentrer en Bohème.
Pendant que la grandearmée combattait à Eckmûhl, le prince Eugène Beauharnais se montrait à l'armée d'Italie digne fils d'adoption de TËmpereur. Par suite du plan général combiné à l'avance , au moment où l'archiduc Charles parut dans les plaines de Ratisbonne, son frère, l'archiduc Jean, descendit des montagnes de Gamiole sur le Frioul , à la tète de 50,000 hommes. Le vice-roi couvrait l'Italie avec une armée dont la force n'atteignait pas d'abord 45,000 combattans. Il avait pour lieutenans les généraux Grenier et Macdonald. «Jeune encore et peu expérimenté , ce prince mon^ tra bientôt tout l'aplomb d'un vieux guerrier. Brave, calme, et capable de juger les opérations, il sut toujours s'entourer des conseils d hommes habiles , talent qui vaut bien souvent les inspirations d'un génie supérieur ^ »
Le gros de ses forces était concentré en avant de Sacile , mais il attendait encore de Vérone une division d'infanterie et sa réserve de cavalerie.
L'irruption subite de l'ennemi surprit son avant-garde établie à Pordenone ; un régiment fut en partie enlevée
Le vice-roi, craignant l'effet moral que produirait une retraite sur l'opinion flottante des peuples de lltalie , et sur les troupes italiennes qu'il avait sous ses ordres, résolut au contraire de prendre l'offensive dans l'espoir qu'il n'aurait affaire qu'à un seul corps ennemi. Il marcha aux Autrichiens, et les attaqua entre Sacile et Pordenone. Mais déjà l'armée de l'archjduc était en ligne, et, malgré la bravoure des troupes, le dévouement des généraux, l'issue du combat fut défavorable à l'armée franco-italienne.
Eugène fut alors obligé de se retirer sur la Piave , où , ren-
* Jomini , Fié rmlUaire de Napoléon,