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fut aussitôt attaquée : 90,000 Autrichiens et 200 pièces de canon heurtèrent en même temps toute notre ligne , forte seulement de 35,000 hommes. On combattit vivement de part et d'autre ; la cavalerie française fit plusieurs belles charges, et prit 14 pièces de canon. Malgré leur immense supériorité nymérique et la vigueur de leur attaque , les Autrichiens ne purent pas gagner de terrain. Le maréchal Masséna défendait le village d' As pern, le maréchal Lannes celui d'Essling; ils se maintinrent dans leurs positions et conservèrent intact le champ de bataille. L'obscurité seule interrompit le combat.
Les deui armées bivouaquèrent en présence. Les troupes françaises qui étaient dans Tilé de Lobau continuèrent à passer pendant la nuit et portèrent nos forces réunies à environ 60,000 hommes. L'Empereur, qui s'attendait pbur le lendemain à une bataille opiniâtre , donnait les ordres les plus propres pour accélérer le passage.
Au mois de mai , les nuits sont courtes; le 22, dès deux heures du matiii, de nouvelles attaques furent dirigées sur Essling etsurGross-Aspern qui furent successivement pris et repris. A quatre heures, Tarmée autrichienne s'ébranla, et attaqua de nouveau toute la ligne française en cherchant à se* prévaloir de sa supériorité numérique , pour étendre ses ai-les afin de la déborder. L'Empereur résolut de profiter de ce mouvement de l'ennemi, qui, en affiiiblissant son centre, donnait la possibilité de le percer. 11 venait d'apprendre que le corps du maréchal Davoust qu'il attendait pour marcher en avant commençait h passer le Danube. Le maréchal Lannes, à la tète des grenadiers réunis commandés par le général Oudinot , et des divisions Saint-Hilaire et Boudet , reçut l'ordre de quitter la défensive et de tomber sur les Autrichiens. Bessièrcs , avec sa cavalerie, devait appuyer celte attaque , Davoust déboucher par Essling sur la gauche de l'ennemi et Masséna assaillir la droite par Aspern. Ce choc terrible arrête l'ennemi sur ses ailes , et le fait plier sur son centre. Il perd du terrain, et bientôt son mouvement rétrograde prend l'aspect d'une retraite; un effort de plus, et cette retraite peut changer en une déroute complète. Tout à coup , un fatal
événement vient arrêter nos succès , force TEmpereur à faire cesser le mouvement offensif qui a commencé , et à donner à ses lieutenans l*ordre de reprendre leurs positions d'Essling et de Gross-Aspern. L'armée manque de cartouches et de boulets , le corps de Davoust n'a pas pu passer le Danube ; nos ponts sont rompus, toute communication avec Ttle Lobau, est coupée aux troupes qui vont se trouver sans vivres et sans munitions. Pendant que, sur la rive droite, TEmpereur ordonnait des préparatifs de passage, le prince Charles, sur la rive gauche , avait fait préparer de gros bateaux chargés de pierres, de pesans radeaux, de nombreux brûlots, et jusqu'à des moulins placés sur le fleuve, qu'il avait fait détacher, prêts à être lancés. Malgré le rapprochement des lieux, la barrière du Danube avait sufS pour que ces préparatifs fussent restés inconnus au chef de l'armée française. Aucune . estacade n'avait été placée pour couvrir les approches des ponts. De pareils travaux auraient d'ailleurs exigé beaucoup de temps et d'autres matériaux que ceux qui étaient à la disposition des ingénieurs français. Le choc de ces masses énormes, que l'archiduc ordonna de lâcher au gré du courant grossi par les pluies et par la fonte des neiges, lorsqu'il vit que la moitié de l'armée française était sur la rive gauche , avait brisé les deux ponts qui joignaient l'Ile Lobau à la rive droite.
Aussitôt que l'archiduc s'aperçut que les troupes françaises, loin de poursuivre les divisions allemandes qui se retiraient devant elles , s'arrêtaient et rentraient dans leurs positions du matin, il comprit que son stratagème avait réussi, que les ponts n'existaient plus , et il rallia ses troupes pour reprendre vigoureusement l'offensive. La situation de l'armée française était critique, mais l'attitude calme et sévère de son chef soutint la confiance de nos braves ; ils sentirent que tout n'était pas désespéré. Toutes les attaques des Autrichiens vinrent se briser devant leur héroïque fermeté; elles se suivirait incessamment, mais sans succès, depuis neuf heures du matin jusqu'à neuf heures du soir. Plusieurs fois attaqués, les villages d'Essling et de Gross-Aspern, encombrés de cadavres autrichiens, restèrent toujours en fiotre pouvoir.'
Enfin, à neuf heures du soir, le feu de Tennemi cessa, le nôtre était déjà éteint; et nos soldats ne combattaient plus qu'à Tarme blanche.
La bataille dura trente heures consécutives, la suspension qui avait eu lieu dans la nuit du 21 au 22 pouvant à peine être comptée. Des deux côtés , la perte fut considérable. Les Autrichiens eurent de 8 à 9,000 hommes tués ou blessés. Ils perdirent quelques pièces de canon , quatre drapeaux , un officier général , et 1,000 à 1,100 prisonniers. L'armée française n'eut pas un nombre moindre de tués et de blessés. Plusieurs généraux restèrent sur le champ de bataille ; elle regretta principalement d'Espagne, tué dans une chaîne glorieuse, et Saint-Hilaire, qui mourut des suites de sa blessure. Mais la perte la plus douloureuse fut celle du maréchal Lannes, duc de Montebello , qui, le 22 au soir, eut les deux cuisses emportées par un boulet. L'Empereur, en apprenant cette nouvelle, s'écria : ail fallait que dans cette journée mon <ïcœur fût frappé par un coup aussi terrible, pour que je «pusse m'abandonner à d'autres soins qu'à ceux de mon «armée M»
Il s'agissait, après cette bataille sanglante, et oùdii moins
* Voici comme le judicieux historien de la campagne de 1809, le général Pelet , qui prit une part active aux glorieux combats de cette campagne, raconte la mort du maréchal :
c Vers 3 à 4 heures après midi j Lannes, se promenant à pied derrière la ligne des tirailleurs établis entre Essling et Âspem, entretenait leur ardeur. Le maréchal était avec le général Pouzet, qui lui avait appris les premiers élémens de la guerre, et qui était venu avec lui d'Espagne. Bientôt une balle perdue frappe au front le général , qui tombe mort. Lannes , «cruellement affecté de la perle de son ancien ami, s'éloigne en marchant vers Essling. Libre de tout autre soin que de maintenir la ligne contre les faibles attaques de Tarchiduc, il s'assied dans le bas-fond qui règne d'un village à l'autre , et s'abandonne à sa douleur. Peu après , des soldats emportant le corps du général , se rapprochent de Lannes qui s'éloigne de nouveau en «'écriant ; «Ce terrible spectacle me suivra donc partout! » Il va se rasseoir à peu de distance dans ce même bas-fond. 11 était là environné de ses officiers que la mort avait épargnés, lorsqu'un boulet de trois, lancé au hasard du côté d'Ënzersdorf , vint en ricochant frapper les deux genoux du maréchal qui les tenait croisés l'un sur l'autre. Lannes, transporté dans l'Ile Lobau, s'avançait vers le lieu où se trouvaient Napoléon et Masséna. Aussitôt que l'Empereur l'aperçoit, il court, se précipite sur lui.
rhonneur Français avait été sauvé, de faire aortir Tarmée et l'aFFreuae position où elle se trouvait. Un pont de pontons avait été rétabli pour communiquer avec Tlle Lobau. L'Empereur y après avoir visité cette llCi et reconnu par luimême les ressources qu'elle offrait pour une défense de deux ou trois jours ^ réunit les maréchaux et les chefs des corps principaux. Il les engagea à faire connaître leur opinion. Tons furent davis de repasser le Danube, de retirer les troupes qui avaient combattu, et de les mettre à couvert sur la rive droite. Masséna ajouta que, pour lui, il saurait bien seiaire jour k travers Tarmée ennemie, dans le cas où elle tenterait d'empé** cher la retraite. Davoust, qui était présent, ae chargea de contenir Tarchiduc Charles, s'il sa hasardait à passer sur la rive droite, et garantit qu'avec son corps il donnerait le temps de reconstruire les ponts. L'Empereur «ppldadissait à r«rdeur
te courre de batecn. 11 rappelle au mUlen des aangliits, et lai dit d*ttiie voix étouffée: • Lannes , mon ami^ me reconnaMu?**^ C'est moi.,.
* c'est V Empereur... c'est Bonaparte^ ton ami... Lannes, Lannes, tu « nous seras conservé / » Le maréchal ouvre les yeux à celte ^ oix amie, et répond avec peine : « Je désire vivre... si je peux encore ûousiservif.., •ainsi que notre France... Mtds je cfi>is qu'avant une heure... vous
• aurfiz perdu... celui gui fut voire meilleur atni.» Napoléon, à genoux devant le héros mourant, pleurait à chaudes larmes. Cette entrevue des plus touchantes , ces embrassemens des plus tendres, nous émurent profondément. £n toutes circonstances, ce spectade eût été déchirant ; nous en fûmes bien .plus fortement affectés ^ à la fin d'une bataille qui coûtait à rarmée tant de brave»... La douleur que manifesta l'Empereur était si vive^ qu'aucun des témoins de cette scène se pourra jamais révoquer en doute la profonde sensibilité qui l'excitait.
« Le maréchal Lannes ne put passer sur Tautre rive du Danube que le
23 au matin ; il resta à Enzersidorf. Son premier soin fut de s'informer où un comte de Palfî, anipulé comme lui, avait fait faire une cuisse mécanique qui permettait de monter à cheval , tant le maréchal était plein du désir de servir son pays. L'avant- veille il avait même donné l'ordre de faire arrêter ses équipages sur la frontière d'Espagne, comptant rejoindre le corps qu'il y commandait, après la fin de la guerre d'Autriche , qu'on regardait comme prochaine. 11 perdit toute connaissance, depuis le lendemain
24 jusqu'au 30, jour où se termina sa glorieuse vie. Dans ces tristes momens, sa grande âme se croyait encore sur le champ de bataille, bravant et maîtrisant les hasards. 11 donnait des ordres à ses officiers ou implorait l'assistance de l'Empereur , qu'il ne pouvait plus reconnaître. Pendant ces sept journées , Napoléon alla constamment le visiter soir et matin. »
, de ses lieutenans; mais il leur dit avec le plus grand calme : «Vous voulez repasser le Danube I et comment ? Les ponts «ne sont41s pas détruits? Sans cela, ne serions-nous pas «réunis, vainqueurs, et déjà loin d'ici? Nous pouvons bien « faire passer sur des barques les hommes , les chevaux ; mais «que deviendra Tartillerie ? . . . . Abandooperons - nous nos «blessés? Ajouterons-nous à la perte de deux journées celle «de tous ces braves? Dirons-nous ainsi à Tennemi, à l'Eu- «rope, que les vainqueurs sont aujourd'hui les vaincus? Et «si Tarchiduc, plus enorgueilli de notre retraite que de son «prétendu succès, passe le Danube derrière nous à Tulln, à «Krems, à Lintz.... S'il y rassemble ses divers corps,.... où «nous retirerms-nous? Sera-ce dans les positions que j'ai re- «tranchées sur la Trann, sur llnn, sur le Lech? Non! Nous «devrons courir jusqu'au Rhin; car ces alliés que la victoire « et la fortune nous ont donnés , une apparente défaite nous «les ôtera , et les tournera même contre nous.... Il faut rester «ici. Il faut menacer un ennemi accoutumé à nous craindre, «et le retenir devant nous. Avant qu'il ait pris un parti , avant «qu'il ait commencé à agir, les ponts seront réparés de «manière à braver tous les accidens; les corps pourront se «réunir et combattre sur l'une ou l'autre rive. D'ailleurs, « l'armée d'Italie, bientôt suivie de Lefebvre, va nous apporter «les secours de sa force et de ses victoires; elle nous ouvrira «sous peu de jours, par .la Styrie, une ligne de communica- «tion qui nous est encore fermée , et qui remplacerait même «celle de la Bavière. Alors nous serons entièrement maîtres «des opérations.» Ces paroles généreuses, ces. vues hardies et grandes éclairent et enflamment le dévouement de ses compagnons de dangers et de gloire. L'Empereur ajouta, avec le langage de la vieille amitié : «Masséna, tu vas achever «ce que tu as si glorieusement commencé. Il n'y a que toi qui «puisses en imposer assez à l'archiduc pour le retenir immo- «bile devant nous. Je viens de parcourir l'Ile Lobau; le ter- «rain te sera favorable.»
Il fut convenu que la retraite commencerait à la nuit , et que les troupes, rentrant dans Tile, y attendraient , sans repasser le Danube , que des préparatifs suffisans fussent
faits poar reprendre Toffensive, et pour ressaisir la victoire 'qu'un accident imprévu venait seul de leur enlever.
Ce mouvement rétrograde que nos soldats exécutèrent en Frémissant de tage , se fit avec un ordre admirable et sans que Tennemi osât y apporter aucun obstacle. Quand Tartillerie eut repassé , on replia le pont et Tarmée se trouva comme bloquée dans TUe Lobau. Les ponts qui devaient assurer ses communications avec Vienne ayant été emportés comme ceux qui lui avaient servi à atteindre Tennemi. L'Empereur, sur un frêle batelet, avait regagné la rive droite du fleuve afin d'être à portée de donner les ordres à tous les corps de sou armée qui n'avaient pas pris part à la bataille; et, pour accélérer l'envoi des munitions de toute espèce dont les braves combattans d'Essling avaient besoin. Néanmoins pendant les premiers jours , les troupes qui étaient dans l'île eurent à supporter toutes les horreurs de la faim. Ce ne fut qu'après avoir mangé une partie des chevaux de selle et de trait, qu'elles vûrent arriver les bateaux qui leur apportaient des vivres. Les blessés n'eurent pas moins àsoitffrir. Cependant, grâce aux soins *que prit d'eux M. Larrey , chirurgien en chef de l'armée, ils supportèrent gatment leurs souffrances. Cet homme honorable , dans un ouvrage scientifique sur la chirurgie militaire , nous a conservé la mémoire des moyens ingénieux qu^il employa en cette occasion. On peut se faire une idée du dénûment des ambulances par un seul détail : la soupe des blessés , cuite dans le pectoral d'une cuirasse , était faite avec de la chair de cheval et assaisonnée en guise de sel avec de la poudre à canon.
La sollicitude de l'Empereur fut bientôt couronnée de succès <iet l'abondance régna parmi les troupes auxquelles les grands travauxqn'elles exécutèrent en faisaient une nécessité. En effet l'Ile Lobau devint une véritable place forte par les immenses ouvrages qui y furent construits. Cette lie très boisée a deux* lieues de superficie ; trois ponts parallèles de six cents pas de longueur l'attachèrent à la rive droite et assurèrent les communications avec Vienne. Un de ces i>onts était assez large pour laisser passer trois voitures de front. Des estacades sur pilotis, établies dans diverses directions,
les garantissaient de toute insulte et même contre Teffet des brûlots et autres machines incendiaires. Des redoutes faisant hce aux positions occupées par Fennemi sur la rive gauche servaient de tètes de pont. Elles étaient défendues par 120 pièces de position. Des chaussées pratiquées dans File permettaient dans tous les sens la marche des troupes et le transport de Fartillerie. L'tle Lobau avait reçu le nom d'ile Napoléon, et trois des îles adjacentes également fortifiées , ceux de trois de nos généraux tués depuis le commencement de la campagne , Montebello , cT Espagne et Petit Une quatrième lie fut appelée Alexandre , du prénom du prince Berthier, major générai de FEmperenr.
Ces travaux durèrent plus d'un mois. Pendant ce temps Farmèe dltalie , victorieuse de Farchiduc Jean , fit sa jonction avec la grande armée, après avoir gagné la batailler de Raab. Cette armée avait été saluée à son arrivée en Autriche par une admirable proclamation de FEmpereur, qui résume si bien les combats qu'elle venait de livrer , que tout autre récit pourrait A paraître inutile. Cette proclamation était ainsi conçue : ^
«Soldais de Farmée dltalie! vous avez glorieusemenl «atteint le but que je vous avais marqué ; le Somçring a été « témoin de votre jonction avec la grande armée.
«Soyez les bienvenus! Je suis content de vousl Surpris «par un ennemi perfide, avant que vos colonnes fussent «réunies, vous avez dû rétrograder jusqu'à FAdige. Mais «lorsque vous reçûtes Fordre de marcher en avant, vous étiez «sur le champ mémorable d'Arcole, et là, vous jurâtes, sur « les mânes de nos héros, de triompher. Vous avez tenu pirofe «à la bataille de la Piave, aux combats de Saint-Daniel, de «Tarvis, deGoritz; vous avez pris d'assaut les forts de Malv(borghetto, de Pradella , et fait capituler la division ennemie «retranchée dans PrevaÛ et Laybach. Vous n'aviez pas en- «cbre passé la Drave, et déjà 25,000 prisonniers, 60 pièces «de bataille, 10 'drapeaux, avaient signalé votre valeur. «Depuis, la Drave , la Save, la Muer, n'ont pu retarder votre «marche. La colonne autrichienne de Jellachich , qui la pre- «mière entra dans Munich , qui donna le signal des massacres
a dans le Tyrol, environnée à Saint-Micbel , est tombée^dans a vos baïonnettes. Vous avez fait une prompte justice de ces a débris dérobés à la colère de la grande armée.
a Soldats! cette armée autrichienne dltalie, qui, un mo- «ment, souilla par sa présence mes provinces, qui avait la «prétention de briser ma couronne de fer, battue, dispersée, tt anéantie, grâces à vous, sera. un exemple de la vérité de «cette devise : Dio la mi diede^ guoi a chi la tocca. Dieu « me Ta donnée, gare à qui la touche ! »
La possession de TAllemagne devait se décider dans la plaine de la Morava (Marsckfeld). Le temps employé aux préparatifs pour. assurer le nouveau pasiage du Danube, donna à TEmpereur celui de concentrer toutes ses forces disponibles. Sou armée s'accrut jusqu'à lâO,000 hommes. Le matériel de Tartillerie fiut porté ù 400 bouches & feu. Tous les préparatifs de ponts étaient faits dans File de Lob^u, à la faveur dcb* bois et des canaux que forment les îles secondaires. L'Empereur n'attendait plus que l'arrivée des munitions nécessaires pour donner l'ordre d'effectuer l|^ passage *. Ce passage commença le 30 juin sur le point où le^cuve avait été franchi la première fois le 21 mai. Via pont de pontons fut jeté en une heure et demie sous la protection de l'artillerie. Une brigade passa et culbuta les Autrichiens : tout se prépara pour jeter un pont de pilotis à l'abri des moyens de destruction de l'ennemi , et ce pont de charpente fut improvisé plus rapidement que jadis ceux de bateaux. Un ouvrage pour le
■ L'Empereur avait continué à occuper ]e château de Schœnbrunn pendant l'éxecution de tous leg travaux entrepris dans l'ile de Lobau , il transporta son quartier générai dans cette tie; aussitôt qu'il jugpa que te moment d'agir était venu^ Sa présence redoubla la confiance et Tardeur des soldats; son premier soin fut da les visiter dans leurs bivouacs. 11 les trouva qui prenaient leur repas. « Eh bien , mes amis , dit-il à un (];roupc devant lequel «il s'était arrêté , comment trouvez- vous le vin ? — 11 ne nous grisera pasi «sire, répondit un grenadier en montrant le Danube, voilà notre cave.» L'£iDpereur, qui avait ordonné la distribution dSine bouteille de vin par homme, fut surpris de' voir ses ordres si mal .exécutés, il manda le prince de Neufchâtel ; celui-ci fit prendre des informations et l'on découvrit que les employés aux vivres , chargés de ce service, avaient vendu à leur profit le ^u destiné aux troupes de l'Ile. Ces misérables furent aussitôt arrêtés, livrés à une commiâiou militaire et condamnés à mort.
couvrir fut aussitôt tracé , et un régiment désigné pour sa défense.
L'archiduc avait fait garnir de retranchemens formidables Âspern, Essling et même Enzersdorf ; mais la tentative que TEmpereur faisait faire de ce côté n'était qu'une manifesta* tion destinée à attirer l'attention de l'ennemi et à cacher le point véritable et tout-à-fait opposé où il avait le projet d'ef<^ fectuer son passage. Cette diversion eut un plein succès. Deux ponts de bateaux furent ainsi établis à peu de distance l'un de l'autre, et les généraux autrichiens se préparèrent à défendre vigoureusement le point que l'Empereur n'avait pas l'intention d'attaquer.
L'effet des mesures préliminaires étant ainsi assuré, il s(m* gea aux dispositions de sa grande entreprise , et il y pourvut par un décret impérial, forme tout-à-Mt nouvelle pour des dispositions militaires que tant d'obstacles pouvaient renveN ser, mais dont le succès prouve le génie du général en chef. Le 4 juillet au soir, les troupes étant rassemblées dans la partie orientale de l'île Lobau, quelques bataillons passèrent le fleuve en bateaux. Un pont fut établi en deux heures , et Oudinot y défila avec célérité. Cent pièces en batteries sur le front de Tile Lobau, tonnant sur toute la ligne, répaiidairat l'effroi et facilitaient l'opération en partageant l'attention de l'ennemi, et enprotégeant les troupes passées et les travaux commencés.
Un orage grondait dans le ciel ; la foudre confondait ses éclats avea les retentissemens de l'artillerie, qu'elle ne pouvait pas couvrir. La nuit était obscure; la pluie, chassée par un vent violent, tombait à torrens : mais i'incendte d'Enzersdorf , embrasé par nos batteries, éclairait * cette scène mayestueuse et terrible. Dès.qu'Oudinot eut mis le pied sur la rive gauche, l'Empereur ordonna de jeter les ponts principaux qui devaient s'appuyer sur la petite Ile appelée l'île Alexandre. Un de pes ponts, tout construit sur un bras secondaire , et amarré à l'une des rives par le' bas, se trouva placé, naturellement au travers^ du lit par l'effet du courant, qui entraîna la partie supérieure. A trois heures du matin, six ponts avaient été jetés, et les
troupes défilaient sur tous les points avec une précision admirable. L'Empereur, malf^ le temps affreux qu'il faisait , veillait à tout et dirigeait tout.
Une journée magnifique, succédant à une nuit affreuse, laissa voir aux Autrichiens étonnés l'armée française se déployant comme par enchantement dans la plaine et derrière les lignes quils'avaient élevées pour empêcher le passage du fleuve, et que les combinaisons de TEmpereur avaTent su rendre inutiles.
L'action néanmoins ne put pas s'engager le 5; quelque célérité que les colonnes françaises eussent mise dans leur marche, la droite et le centre de l'armée n'avaient pas pu atteindre Rasdorf, village désigné pour le pivot central du mouvement général, avant trois heures de l'après-midi.
Vers six heures la ligne était formée et les réserves en position ; Masséna occupait la gauche entre Breïtenlée et le Danube ; Bernadotte était en face d'Âderklau ; Eugène , avec l'armée d'Italie, entre Wagram et Baumersdorf; Oudinot entre ce village et Groshoffen ; Davoust, flanqué par la division de dragons de Grouchy, formait la droite vers Glinzendorf. La garde, le corps de Marmont, les Bavarois de Wrède et la grosse cavalerie étaient en réserve à Rasdorf, quartier général de l'Empereur. La gauche de l'armée autrichienne occupait le plateau entre Neusiedel et Wagram, bordé par le Russbach, ruisseau profond, bourbeux et difficile à passer ailleurs que par les ponts; le centre entourait Wagram; la droite s'appuyait au Bisamberg; la gauche formait un angle obtus et rentrant avec le reste de la ligne qui s'étendait de Wagram , par Gerasdorf , jusqu'au pied du Bisamberg.
Uiïe première attaque du plateau de Neusiedel eut lieu le soir par l'armée française , mais çlle fut sans résultat.*
Le lendemain, l'archiduc commença l'action par un mouvement destiné à rejeter la gauche de l'armée française sur les ponts de l'îlcLobau, tandis qu'une vive attaque devait occuper la droite. L'Empereur, sur ces entrefaites , donna l'ordre à Masséna d'attaquer Aderklau , où les Autrichiens étaient en force, avant que leur droite, descendant du Bisamberg, n'arrivât sur notre gauche. Masséna avait été blessé la veille
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par une chute de cheval , et comme Maurice à Fontenoy, était forcé de diriger ses troupes en calèche. Il se jette sur le village à la suite de sa colonne , qu'il ne peut y conduire luimême. Âderklau est enlevé ; mais au lieu de se borner àVoccuper fortement, notre tète en débouche. Bemadotte s'avance à sa droite pour la seconder avec les Saxons. Dans ce moment, la droite des Autrichiens, arrivant en ligne, force Masséna à marcher de son côté. L'archiduc reviient lui-même avec ses grenadiers sur Aderklau, et en chasse Gara-Saint-Gyr : celui-ci se replie en désordre sur Molitor, qui reste impassible avec sa division, et sioutient le choc de Tennemi. Les Saxons sont également forcés à la retraite.
Cependant la droite des Autrichiens, forte de 50,000 hommes , continue à s'avancer sur Aspern. Masséna n'a pas une minute à perdre pour se former devant elle et lui interdire l'accès de l'ile Lobau : il vole sur le chemin d' Aspern avec ses trois divisions qui viennent déjà de donner, et rencontre l'ennemi près de Neuwtshaus ; il continue sa marche de flanc , malgré plusieurs charges. La ctivision Boudet , arrivée dès le matin à Aspern, en débouche ; elle reçoit le choc de l'ennemi. Sa droite , sans appui , est forcée, son artillerie enlevée ; elle est contrainte de se replier dans la tète de pont. L'ennemi pousse jusqu'à Ëssling et réoccupe ses retranchemens.
Ce mouvement de l'ennemi était hardi , mais imprudent ; il se plaçait ainsi volontairement entre le Danube et une armée brave et aguerrie. L'Empereur aurait pu Tattaquer avec avantage, mais il préféra forcer le centre de l'ennemi, certain ensuite d'avoir bon jnarché de cette gauche ainsi aventurée. Laissant à Masséna (e soin de la contenir, il ordonna au prince Eugène , qui s'avançait entre Wagram et Baumersdorf , de venir prendre, par un changement de direction à gauche , la place où Masséna avait combattu, et de s'y faire suivre par Marmont et par les Bavarois. Afin de donner le temps d'exécuter ces dispositions , une charge de la cavalerie de Bessières contient un instant l'ennemi, mais ce maréchal étant blessé, l'attaque de sa colonne faiblit, et les Autrichiens continuent à marcher sur le point de notre ligne dégarni par le mouvement de Masséna.
Il importait à l*Empereur de gagner le temps nécessaire pour que le vice-roi arrivât sur le terrain indiqué. Il confie le soin d'arrêter rcnnemi au brave Dronot, qui s'avance avec 60 pièces de réserve, et qui se trouve bientôt seul en avant de la ligne avec sa redoutable batterie. Il démasque ses pièces, et accablant Tennemi de mitraille et de boulets, le force enfin à rester stationnaire.
Pendant ces manœu vres,'Davoust avait reçu Tordre d'attaquer et de déborder la gauche de Tennemi. Un combat terrible s'engage autour de NeusiedeL La vigueur de la résistance égale celle de Tattaque. Davoust guide ses bataillons; les divisions Priant et Morand font des prodiges de valeur.
Au même instant Oudinot, qui avait reçu Tordre de se borner à contenir les divisions ennemies à portée de secourir Textrème gauche, est entraîné par son ardeur; se voyant de tous côtés entouré de feux terribles , il frémit de son inaction , et se décide à enlever les passages du Russbach , à gravir le plateau. Ses premières brigades sont ramenées , mais il se met â la tète des troupei, et renverse tout devant lui.
Le mouvement prescrit. par TEmpereur à la droite de son armée est accompli. La gauche de Tennemi est forcée et débordée : Neusiedel et le plateau sont en notre pouvoir.
Cependant, à la faveur de ces attaques et du dévouement de nos canonniers , Eugène avait terminé son mouvement. L'Empereur foripe aussitôt une masse formidable , à la tète de laquelle il place Macdonald : huit bataillons sont déployés, treize autres se forment en colonnes serrées sur leurs deux ai les; derrière eux s'échelonnentWrède et Serras; la cavalerie légère et les cuirassiers de Mansonty couvrent les flands. L'ordre de se porter en avant est donné. La masse profonde et compacte renverse tout ce qui s'oppose à son passage ; elle a pour but de couper Tarmée ennemie, et marche droit sur Sussenbrunn, où se trouve Tarchiduc Charles : coup d'œil, bravoure ,activité, rien ne manque à cet illustre général pour parer au coup qui le menace. Ses efforts sont inutiles. Macdonald pousse tout devant lui jusqu'à Sussenbrunn; mais là, arrêté en tète et en flanc par les grenadiers hongrois et par le corps de Kollovrath, sa troupe, réduite à deux ou trois mille
hommes , est forcée de faire halte. L'Empereur , qui suivait son mouvement, ordonne à là cavalerie de Nansouty de charger pour le dégager, et fait avancer, à droite et à gauche, la division D'urutte et Pacthod pour le seconder; les Bavarois et Serras entrent en ligne h leur tour , et la jeune garde marche pour les remplacer comme réserve. Màrmont et les Saxons attaquent en même temps Tennemi. Ce vigoureux effort décide tout. Macdonald et les corps qui le suivent reprennent l'impulsion de la victoire. L'opiniâtreté et le désespoir ne peuvent rien contre Timpétuosité des Français et le génie de leur général. L'infanterie et la cavalerie autrichienne sont culbutées et rejetées au-delà de Gerarsdorf.
Sur la gauche, Masséna, jugeant le moment favorable, a repris à son tour l'offensive : il attaque vigoureusement la droite autrichienne et la chasse jusque Léopoldau; sa cavalerie, commandée par Lasalle, la suit avec ardeur. Les Autrichiens se forment en carrés dans la plaine, font voiléface et veulent tenir encore ; Lasalle se précipite sur eux , et meurt frappé d'une balle au front c mais Tennemi est enfoncé et poursuivi jusqu'au pied du' Bisamberg.
Cette grande bataille se livrait en vue de Vienne dont tous les édifices élevés étaient couronnés par de nombreux spectateurs. La victoire fut si complète que les débris de Tarmée ennemie ne purent pas opérer leur retraite par la même route. Les combats d'Hollabrûn et de Schoograben et la bataille de Znaim achevèrent la destruction des forces autrichiennes , et obligèrent l'archiduc à demander un armistice que l'Empereur eut encore la générosité d'accorder.
Quelque temps après la paix fut signée à Vienne, paix glo^ rieuse pour la France, fatale à TAutriche , et dont quelques conditions , portant ombrage au cauteleux cabinet de Saint- Pétersbourg, devaient servir de prétexte à une autre guerre malheureusement mêlée de gloire et de revers.
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE