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précieuses ; les marchands , en quittant la ville par ordre du gouverneur russe , n'avaient pas eu le ledaps d'en rien enlever. Toutes les richesses commerciales de Moscou ainsi réunies devinrent la proie des flammes. La journée du 15 se passa sans nouveaux désastres, mais vers le soir Tincendie brilla sur plus de cinquante points divers et opposés. On chercha vainement à Téteindre, Rostopchm, dans sa cruelle prévoyance , avait ftit enlever les pompes; et le feu s'étendait avec trop de vitesse pour qu'on put l'arrêter par les * moyens ordinaires. Pendant la nuit les foyers embrasés se multiplièrent. Le 16 , au matin , un vent violent commença à souffler; les incendiaires , organisés par Rostopchin , voulant en profiter, portèrent des matières combustibles dans les^ maisons situées sous le vent. La ruine de cette malheu- • reuse ville devint alors inévitable. En quelques heures /Mos* cou présenta l'image d'un océan de fèu , où roulaient çà et là, chassés par la tempête, de larges vagues de flammes et des flots tourbillonnant de fumée , mêlés de débris étinceians , comme l'écume qui jaillit contre le rocher. La violence du vent était telle que des tronçons de poutres enflammées, emportées au-delà de la Moskowa, allaient jeter rincendie dans les quartiers qu'il n'avait pas encore atteints. Les toitures des palais, les flèches des églises, s'écroulaient avec fracas. Les malheureux habitans , chassés par la flamme et par la fumée des caves où ils s'étaient cachés , parcouraient les rues emportant leurs enfans, leurs femmes, et remplissant l'air de cris déchirans. Les soldats voyaient avec douleur se consumer les vivres et les munitions qui devaient leur rendre une abondance nécessaire et désirée. Dès qu'ils furent convaincus de l'inutilité de leurs efforts pour arrêter les progrès de l'embrasement , ils cessèrent de le combattre , et par une prévoyance intéressée, mais bien naturelle, ils se jetèrent dans les maisons non encore atteintes , pour y chercher les divers objets qui leur devaient être utiles , et allaient bientôt devenir la proie des flammes. Le 16, au soir,*rEmpereur, menacé parle feu jusque dans le Kremlin, fut s'établir à une lieue de Moscou, au château de Pétrowskoîe. L'armée sortit aussi de la ville, qui
•Ôat.
resta livrée , sans défense , au pillage et à rincendie ^ L'Empereur séjourna quatre jours à Petrowskoîe pour y at* tendre la fin de Teubrasement de Moscou. La ruine de cette grande cité et ses conséquences qu'il pressentait déjà , lui avaient inspiré le hardi projet de marcher aussitôt vers la Baltique , et d'aller conquérir la paix à Saint-Pétersbourg. L'armée de KutusofF, battue et démoralisée, était hors d'état de s'opposer à un mouvement qui eût changé peut-être la face des affaires. Accueilli avec enthousiasme par le prince Eugène, ce projet, que Napoléon soumit aux autres chefs de son armée , devint l'objet de leurs critiques et de leurs remontrances. Le besoin du repos atteignait déjà ses plus braves lieutenans , ils redoutaient de s'enfdncer. davantage dans 4e nord , d'aller chercher l'hiver, comme s'il ne'àevait pas venir assez tôt. Ils représentèrent à l'Empereur que l'armée était harassée de fatigues et qu'elle avait de nombreux blessés que le séjour dans les hôpitaux de Moscou pouvait seul rétablir. On lui annonça que l'incendie était dompté, qu'il s'éteignait dans la cendre et sous les décombres, que le mal n'était pas aussi grand qu'on pouvait le craindre: a Le Kremlin, disait -on, est intact, le quartier occupé par la garde impériale a été préservé, il reste dans la ville quelques bàtimens qui n'ont point été atteints : le feu n'a pas pénétré dans les caves où l'on trouve du riz, des eaux-de-vie, des salaisons, des pelleteries, et à peu près tout ce dont le soldat peut avoir besoin pour l'hiver. » L'Empereur se laissa persuader et céda. Il rentra le 18 dans Moscou et alla de nouveau habiter le Kremlin.
Son premier soin fut de faire distribuer des secours aux malheureux habilans que l'incendie avait privés de toutes ressources. Cette bienfaisance inattendue donna lieu à la première occasion de négociation avec Saint-Pétersbourg. Le général russe Toutelmine , en rendant compte à l'impératrice mère des bontés de Napoléon pour l'établissement
' c La populace de Moscou jouait le plus gfrand rôle dans le pillage ; c'est elle qui découvrait les ca?es \Â plus secrètes ; et le soldat, qui n'était d*abord que tranquille spectateur, devenait bientôt partie active.» (Lettre de M. SarrugueSj curé de Saint-Louis de Moscou.)
896 HiSTOlRÈ
des Enfans-Trouvés, dont il était difecredi*, lui Bt cotmattre les dispositions pacifiques de l'empereur dés Français. Alexandre était animé des mêmes sentimens ; mais il n'était pas maître de suivre ses volontés : la noblesse russe , dirigée par les inspirations de TAngleterre , réglait la marche des affaires. Elle venait récemment d'obliger rcmpereturde Russie à éloiger un ministre qui avait sa confiance, et lui avait imposé le choix de KutusofF pour général en cheF. La conduite des* chefs de l'armée dans cette circonstance peu connue, avait été une véritable révolté, une conspiration ouverte et flagrante, menaçant à la fois le trône et la Vie d'Alexandre. Alexandre avait dû céder. L'Angleterre était représentée à l'armée russe par un homme d'un caractère ferme, d'une remarquable capacité, et sincèrement àttadié aux intérêts de sa patrie. Cet homme, que lA France conoatt par les généreux sentimens qtt'il y à manifestés, et par sa noble conduite dans Taffiiire de Làvalette , était sir Robert Wilson *. Le représentant anglais remplissait un deftiir national en empéchdnt le succès de toutes les négocifttions tendant à pacifier l'Europe.
Gela explique comment échouèrent sucéessivemént toutes les démarches qui furent faites dans ce but, et pourquoi la lettre que Napoléon écrivit lui - même à Alexandre en lai offrant là paix, et la mission du général Lauriston à Sâint- Pétersboui^ restèrent sans résultat. KulusofFne laissa même pas Lauriston arriver jusqu'à l'empereur de Russie.
Les cinq semaines que Napoléon passa à Moscou furent remplies par de nombreux travaux. Au gouvernement de
* C'est du général sir Robert Wilson lui-même , que nous avons su tous les détails sur la conspiration de Tarmée russe, qui obliges rempereur Alexandre à renyoyer son ministre et ft nommer un général dont U nevoiilait pas. Sir Robert Wilson par sa position personnelle jouissait d'une grande influence auprès des chefs de Tarniée; l'empereur Alexandre lui accordait aussi une confiance méritée. 11 fut entre les révoltés et l'fimpereur un médiateur désintéressé. Il empêcha le complot de dégénérer eu insurrection , sauva les conjui-és de la veogeanoe de l'Empereur et garantit peut-être Alexandi*e lui-même de la furie des oouspirateurs.
DE L'EMPEREUR NAPOLÉON. IS&i
Tempire se joignaient les soins de Tarmée et la correspondance avec tousles chefs de corps. Aussitôt que FEmpereur fut convaincu que la paix rencontrait des obstacles qui ne permettaient pas d'espérer qu'elle pût être prochainement signée , il résolut de reprendre ses positions derrière le Dnieper et la Dwina afin de se rapprocher des magasins qu'il avait fait préparer en Pologne. Il ne changeait d'ail^ leurs en rien sa position militaire , puisqu'il ne s'éloignait pas de Saint-Pétersbourg qui devait être le but de la campagne prochaine, Smolensk et Wilna étant à la même distance que Moscou de la capitale maritime de l'empire russe.
Le temps était beau et sec. Aucun symptôme menaçant n'atinotiçâit un hiver plus précoce et plus rigoureux qu'A l'ordinaire. L'Empereur résolut seulement de revenir à Smoletisk pgr Kalouga , route neuve et qui n'avait pas été épuisée par la marche des armées* On peut croire aussi qu'il avait le dessein de faire un fort détachement sur Toula où se trouvent les principales fabriques d'armés de la Russie , et de ruiner pour quelques temps les ressources que pouvait y trouver l'armée ennemie.
Gepeâdant KutusofF avait reçu des renfbrts; l'armée de Moldavie avait fait sa jonction avec l'armée de réserve; et 11 avait établi son camp à Taroutiua , au sud de Moscou , de façon à couvrir à la fois Kalouga et Toula.
L'évacuation de Moscou commença le 16 octobre par le départ d'un premier convoi de blessés qui fut dirigé sûr Smolensk; d'autres convois suivirent dans les journées du 16 , du 17 et du 18. Le gros de Tarmée quitta la ville et prit la route de Kalouga, le 19, jour où l'Empereur se mit luimême en marche. Le maréchal Mortier, avec quelques mille hommes , resta le dernier dans la ville : il se retira en faisant sauter le Ki^emlin, au moment où les Russes l'attaquaient.
Un incident fortuit vint changer la ligne de retraite. Kutusoff , qui était tranquille avec 150,000 hommes dans son camp de Taroutina, fut averti par ses éclaireurs qu'un coi^s de l'armée française était en marche sur Kalouga : quoique éloigné de croire que ce Tût la retraite qui commençât , il voulut écraser ce corps qu'il ne supposait être
qu^un fort détachement, et, levant son camp, il se porta aussitôt sur Malo-Jarolawetz. Là il rencontra ravant-garde française, commandée par le vice - roi. Un combat opiniâtre s'engagea et dura toute la journée. Le yice-roi soutint avec gloire. toutes les attaques de Tennemi , attaques sans cesse renouvelées : et appuyées par des troupes fraîches. La viile en feu fut prise et reprise jusqu'à sept fois, mais resta définitivement au pouvoir des Français , qui eurent à regretter la mort du brave général Delzons^ tué en combattant vaillamment à la tète de sa division.
. Vers le soir, le gros de Tannée française arriva sur le champ de bataille. Kutusoff , retiré à quelque distance en arrière , avait pris position et semblait résolu à engager une action décisive. L'Empereur voulait persisteif dans son mouvement sur Kalouga , mais les représentations des généraux et la crainte d'augmenter par une grande bataille le nombre déjà considérable de ses blessés , lui firent donner l'ordre , au lieu de marcher en avant , de rabattre à droite pour gagner de Wereya la route de Smolensk par Wlanna , route que l'armée avait suivie pour aller à Moscou.
Wiasma fut encore le théâtre d'une bataille dont l'issue fut glorieuse pour l'armée française. Kutusoff s'était dirigé par une route de traverse , sur cette ville , qu'une partie de l'armée française avait déjà dépassée. 11 espérait . couper et faire prisonniers les corps qui formaient l'arrière -garde. Miloradowitsch , avec une armée de 60,000 hommes, dont la moitié de cavalerie, atteignit la grande route entre Wiasma et Federowskoê. Le vice - roi allait entrer dans Wiasma , mais Davoust était en arrière de Federov^skoê. Le moment était critique. Eugène, n'écoutant que son courage et son inspiration militaire , revint sur ses pas pour donner la main à Davoust, qui le rejoignit avec l'arrière-garde en s'ouvrant de vive force un chemin à travers les bataillons russes.
. Le froid commença à se faire sentir cinq jours après le combat de Wiasma. L'Empereur arriva le 9 novembre à Smolensk. Il comptait sTy arrêter et remettre de l'ordre dans l'armée; mais les magasins avaient été épuisés parles trou-
pes et par les blessés qui avaient séjourné dans cette ville ; il fallut , [pour des considérations militaires qui vont être expliquées, se décider à reculer jusqu'à Wilna, d'où les mêmes causes et de plus grands désastres devaient encore chasser Tarmée. Smolensk fut évacué ; et le même jour , le thermomètre descendit à 19 et même à 30 degrés au-dessous de zéro. .
Avant d'arriver à Smolensk , l'Empereur avait reçu la nouvelle de la singulière conspiration du général Malet, qui, seul, sans troupes, sans appui, prisonnier d'État, inconnu de la foule, privé d'influence , comme de renommée, avait réussi , à l'aide de son audace et de plusieurs ordres foux , habilement conçus, à s'emparer, pendant quelques heures, du gouvernement de la capitale. Cette conspiration, qu'un' même jour, vit naître , réussir et comprimer, et dont le succès momentané n'était dft qu'à l'absence du chef de l'État, n'étonna pas l'Empereur. Il ne fut frappé que d'une chose. «C'était, dit M. Fain % qu'après douze années de gouvernement, après son mariage, après la naissance de son fils, après tiznt de sermens, sa mort pût devenir encore un moyen de révolution. «Et Napoléon II, dit-il, on n'y pensait «donc pas !» Cet oubli, qu'il ressentit vivement, fut une pénible découverte «
La conspiration du général Malet avait eu si peu de durée qu'elle était comme inconnue de la plupart des Parisiens. Les désirs de l'ambition et les projets de grandeur pouvaient . préoccuper les principaux fonctionnaires et les grands personnages de la capitale ; mais le peuple de Paris ne pensait qu'à la brave et grande armée et à l'Empereur abseift. Des bulletins avaient fait connaître et l'incendie de Moscou et la retraite commencée , et les victoires de Malo-Jarolawetz et celle de Wiasma. On ne désespérait pas encore de la guerre de Russie; quoique depuis assez long-temps la France fût privée de nouvelles du quartier général. La publication du 29® bulletin causa une stupeur universelle. Nous allons reproduire en grande partie ce mémorable document de l'his-
> Manuscrit de 1812.
8d4 HISTOIRE
toire contemporaine. Napoléon , qui n'aTail eu encore à offiiJr an people Français que le tableau de ses triomphes , et qui avait ai bien parlé de ses victoires , raconte aes désastres avec une vérité et une dignité dont l'impression est sûre et profonde.
«Jusqu'au 6 novembre, le temps a été parfoit et le mouvement de Tarmée s'est exécuté avec le plus grand succès. Le froid a commencé le 7 ; dès ce moment , chaque Huit plolieurs centaines de chevaux mouraient au bivouac. Arrivés à Smolensk , nous avions perdu bien des chevàui de cavalerie et d'artillerie.
«L'armée russe de Volhynie était opposée ft notre droite. Gèlle^ quitta la ligne d'opérations de Minsk , et prit poor pivot de ses opérations la ligne de Varsovie. L'Empet^eur apprit ft Smolehsk , le 9 , ce changement de ligne d'opértitioiis , et présuma ce que ferait l'ennemi. Quelque dur qtill lui parût de se mettre en mouvement dans une si cruelle saiaon , le nouvel état des choses le tiécessitait. Il espérait arriver ft Minsk, ou du moins sur la Béréslna, avant l'ennemi ; il partit le 13 de Smolensk ; le 16, il coucha A Krasnol. Le froid , qui avait commencé le 7, s'accrut subitement, et du 14 au 16 et au 16, le thermomètre marqua 16 et 18 degrés au-dessous de glace. Les chemins fUrent couverts de véTg^las; les chéVaui de cavalerie, d'artillerie, du traiti^ périittaiètit toutes les nuits, non par centaines, mais^ par millieré; surtout ceux de France et d'Allemagne. Plus de trente mille périrent en peu de jours ; notre cavalerie se trouva toute ft pied ; notre artillerie et nos transports étaient sans attelle. Il bllbt abandonner et détruire une grande partie de nos pièces et de nos munitions de guerre et de bouche.
«Cette armée, si belle le 6, était bien différente dès le 14, presque sans cavalerie, sans artillerie, sans transporcs. Sans cavalerie , nous ne pouvions pas nous éclairer à un quart de lieue; sans artillerie, nous ne pouvions pas risquer une bataille et attendre Tennemi de pied Ferme. Il fallait marcher pour ne t^as être contraints ft une bataille , que le défiiut de munitions nous empêchait de désirer; il fallait occuper un certain espace , pour ne pas être tournés, et cela sans cavale-
DE L'EMPflREUK NAPOLÉON. S9é
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rie qaiflanquàt etliât les colonnes. Cette difficulté, jointe! 9 uù froid excessifsubitemeht venu, tendit notre situaltiotifftcheuiie. Des hommes que la nature n'a pas trempés asse2 fortement pour être au-dessus de toutes les chances du sort et de Id fortune perdirent leur gatté, leur bonne humeur, et nd révèrent que malheurs et catasti^phes ; ceux qu'elle a créés supérieurs à tout conservèrent leur sérénité et leurs manières ordinaires , et virent une nouvelle gloire dans des difficultés diverses et nouvelles à surmmiter.
«L'ennemi trouvait sur les Chemins les traces de cette af¥ireuse calamité qui frappait Tarmée française , il chercha â en profiter. Il enveloppait toutes les colonnes par ses Cosaques, qui enlevaient, cotnme les Arabes dans le désert, les trains et les voitures qui s'écartaiedt. Cette méprisable cavalerie ne fait que dû bruit et n'est pas capable d'enfoncer une compagnie de voltigeurs; mais elle se rendit redoutable â la faveur dès circonstances. Cependant rehtiémi eut à se repentir dé toutes les tentatives sérieuses qu'il voulkit eh^ treprendre : il fdt culbdté par le vicé-roi, au-devant duquel il s'était placé, et il perdit beaucoup de monde ^
«Le duc^d'Elchingen qui, avec 3,000 hommes, faisait l'arrière-gaVde , avait fait sauter les remparts de Smolensk. Il fut cerné et se trouva dans une position critique; il s'en tira avec cette intrépidité qui le distingue. Après avoir tenu les Russes éloignés de lui pendant toute la journée du IB, et après les avoir constamment repoussés, à la nuit, il fit un mouvement par le flanc droit, passa le Borysthène (I)niéper) et déjoua tous les calculs de l'ennemi ^. Le 19, l'armée passa
* A MikoaUno;, où 6000 Français «iténués de fallsuei rëslstèreot â 20,000 Russes qui ne manquaieot de rien.
* La belle résistance du maréchal Ney à Krasnoï sauva J'amoée française « sa marche habile sur la rive droite du Dnieper opéra le saluTde Kon petit corps d'armée. Napoléon ignora pendant trois jours le sort de son digne lieutenant et il en témoigna vivement toute son in<}Uiétude. Lorsque le colonel Gourgaud lui annonça que Nejr avait échappé à Tennemi , l'Empereur, qui dtdait en ce moment à Baranoui , se leva de table précipitamment, et prenant son officier d'ordotinaïKé par le bras : « Est-ce bien vrai ? > lui dit-il avec émotion; puis U ajouta : «J'ai deux cents millions dans mes caves des Tuileries , je c les auiais donnés pour sauver 4e marécliat Ney ! *
le Borystbène à Orcha, et Tarmée russe , fatiguée , ayant perdu beaucoup de monde , cessa là ses tentatives.
aL^armée de Volhynie s'était portés sur Minsk et marchait sur Borisow. Le général Dombrowski défendait la tète du pont de Borisow avec 3,000 hommes. Mais le 23, il fut forcé et obligé d'évacuer cette position. L'ennemi passa alors la Bérésina , et se dirigea sur Bohr , la division Lambert faisant Tavant-garde. Le 2® corps, commandé par le duc de Rq^o, avait reçu Tordre de se porter sur Borisow pour assurer à l'armée le passage de la Bérésina. Le 24, le duc deReggîo rencontra la division Lambert à quatre lieues de Borisow, l'attaqua , la battit , lui fit 2,000 prisonniers , lui prit 6 pièces de canon , 600 voitures de bagages et la rejeta sur la rive droite de la rivière. L'ennemi ne trouva son salut qu'en brûlant le pont qui a plus de 300 toises \
«Cependant Tarmée russe occupait tous les passages de la Bérésina : cette rivière est large de 40 toises ; elle charriait assez de glaces; mais ses bords sont couverts de marais de 500 toises dç long , ce qui la rend un obstacle difficile à franchir.
«Le général ennemi avait placé ses quatre divisions dans différens débouchés , où il présumait que Tarmée française voudrait passer.
«Le 26, à la pointe du jour, l'Empereur, après avoir trompé l'ennemi par divers mouvemens faits dans la journée du 25 , se porta sur le viAage de Studzianka , et fit aussitôt, malgré une division russe , et en sa présence, jeter deux ponts sur la rivière. Le duc de Reggio passa , attaqua l'ennemi et le repoussa jusque sur la tète du pont de Borisow. Pendant les journées du 26 et du 27, l'armée passa.
« Le duc de Bellune , commandant le 9® corps , arrièregarde de l'arvée française, était chargé de contenir l'armée russe de la Dwina. La division Partouneaux faisait l'arrièregarde de ce corps. Le 27, à midi , le duc de Bellune arriva avec deux divisions au pont de Studzianka.
^ La destruction de ce pont que l'Empereur espérait sauver par le mouvement du maréchal OudinoC ftit une des principales causes des désastres de Tannée française sur les rives de la Bérésiua.
« La division Partouneaux partit à la nuit de Borisow. La dernière brigade de cette division , qui était chargée de brûler les ponts, partit à sept heures du soir; elle arriva entre dix et onze heures; elle chercha sa première brigade et son général de division, qui étaient partis deux heures avant , et qu'elle n'avait pas rencontrés en route. Ses recherches furent vaines : on conçut alors des inquiétudes. Tout ce qu'on a pu connaître depuis, c'est que les premières brigades, parties à cinq heures, se sont égarées à six; ont pris à droite au lieu de prendre à gauche, et ont fait deux ou. trois tienies dans cette direction ; dans la nuit et transies de froid, elles se sont ralliées aux feux de l'ennemi, qu'elles ont pris pour ceux de Farmée française ; entourées ainsi, elles auront été enlevées ^ »
«Toute l'armée avait passé le 28 au matin. Le duc de Bellùne gardait la tète de pont sur la rive gauche, le duc de Reggio, et derrière lui toute l'armée , était sur la rive droite.
«Borisow ayant été évacué , les armées de la Dwina et de Volhynie communiquèrent; elles concertèrent une attaque. Le 28, à la pointe du jour, le duc de Reggio fit prévenir l'Empereur qu'il était attaqué; une demi-heure après, le duc de Bellune k fut sur la rive gauche; l'armée prit les armes. Le duc d'Elchingen se porta à la suite du due de Reggio et le duc de ^révise derrière le duc d'Elchingen. Le combat devint vif : l'ennemi voulut déborder notre droite. Le général Donmerc, commandant la Ô^ division de cuirassiers, et qui faisait partie du 2® corps resté sur la Dwina, ordonna une charge de cavalerie aux 4"^ et &^ ré-
< Les combat» Uyrés par la dîTisioD Partouneaux, en occupant une grande partie de Tannée rune , protégèrent le passage de la Bérésina. La diyiaion était réduite à 1200 honunes et entourée par 05,000 Russes, lorsque son br^ye ig;énéral, croyant les ponts de Studzianka coupés ou brûlés , se résigna à poser les armes. Un corps de 18000 hommes et 60 pièces de canon étaient placés sur la route qui pouvait conduire là 2^ division aux ayant-postes français. Le général Wittgensteîn, témoin de la douleur du général Partouneaux, en apprenant que les ponts n'étaient pas brûlés , lui dit, «mais «espériez yous, général, passer sur le corps des troupes que j'ayais placées «pour s'opposer à yotre passage? — Non , répondit Partouneaux, mais «nous aurions été nous faire tuer plus loin. »
HiSTOmK
gitneps dp culraMiers , au momeat où la légion de la Vistille ^'engpgeait d^m lea bois poar percer le centre de Ten- Demi , qui fut culbuté et mis en déroute. Ces braves cuirassier^ enfoncèrent successivement six carrés d'infanterie, et mirent en déroute la cavalerie ennemie qui venait au secours à^ son infanterie : 6,000 prisonniers, 2 drapeaux et 6 pièees de canon tombèrent en notre pouvoir:
«De son côté, le duc de Bellune fit charger vigoureusement reunemi , le battit , lui fit 6 à 600 prisonniers , et le tint hors de la portée du canon du pont.
«Dans le combat de la Bérésina, Tarmée de Volbyniç a beaucoup souffert.,..
ulfi lendemain 29, nous restAmes sur le ebamp de bataille. Nous avions à choisir entr^ deux routes : celle de Minsk et celle He Wilna. U route de Minsk passe au milieu d^une forêt ^ t de marais incultes , et il eut été impossible à Tfirmée dp #'y nourrir. La route de Wilna , an contraire, traverse de très bons pays. L'armée, sans cavalerie , feible en munitions, horriblement fatiguée de cinquante jours de marchai traînant t sa suite ses malades et sea blessés de tant de combats, avait besoin d^arriver à ses magasms. Le 30 le quartier général fut à Pleohoitsi ; le l^** décembre à Slaiki, et le 3 i Molodetchno , ot Tarmée a reçu ses premiers c«ivois de Witaïa.
tTous les officiers et soldats blessés , et tout oe qui e^ cm* barras , bagages, etc., ont ét^ dirigés sur Wibia.
«Dkre que Tarmée a besoin de rétablir sa discipline, de se refaire , d^ remonter sa cavalerie , son artillerie et son matériel , c^est le résultat de l'exposé qui vient d'être fait. Le repos est son premier besoin. Les généraux , les officiers et les soldats ont beaucoup souffert de la fatigue et de la disette. Beaucoup ont perdu leurs bagages, par suite de la perte de leurs chevaux ; quelques-uns par le fait des embuscades des Cosaques. Les Cosaques ont pris nombre d'hommes isolés , d'ingénieurs-géographes qui levaient des positions , et d'officiers blessés qui marchaient sans précaution, préférant courhr des risques plutôt que de marcher posément et dans des convois....
«Dans tous les mouvemens, TEmpereur a toujoars marché au mili^ de sa {;ardç. S. M. a été satisfoite du boii esprit que ce corps d'élite a montré: il a toujours été prêt à se porter partout où les circonstances Tauraienteiigé; mais les circonstances ont toujours été telles , que sa simple présence a ^ suffi , et qu'il n'a pas été dans le cas de donner....
«Notre cavalerie était tellement démontée que Ton a dû réunir. les officiers auxquels il restait un cheval pour en fonner quatre compagaies de 160 hommes chacuue. Les généraux y faisaient les fonctions de capitaines , et les colonels celles de sous-officiers. Cet escadron sacré, commandé par le général Gronchy , et sous les ordres du roi de Naples , ne perdait pas de vue TEmpereur dans tous les mouvemens,
« La santé de S. M. n'a jamais ilé meilleure, n
Cette dernière phrase du bulletin donna lieu à de vives observations de la part des enoemis du {gouvernement impérial , oomme si ce n'était pas une inquiétude naturelle et nécessaire h caliper que celle de savoir comment l'Empereur avait supporté les fatigues de la cam])agne. La France,» apprenant de tels désastres , avait besoin d'être rassurée sur la santé du seul homme capable d'y porter remède,
Au moment même de la publication du fatal bulletin, l'arrivée de Napoléon à Paris vint calmer toutes le$ angoisses/et rendit l'espoir et la confiance aux populations émues. Dès que l'Empereur avait vu son armée hors de l'atteinte d'un ennenû trop protégé par la rigueur de la saison , il avait pensé à ses devoirs comme chef de l'État , et, remettant au roi de Naples le soin d'établir les troupes dans de bons quartiers d'hiver , il s'était résolu à traverser incognito toute l'Allemagne, afin de ranimer , par sa présence dans la capitale des Français, toutes les ressources du grand empire.
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE