‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 34 sur 46 · BATAILLE DE LÀ HOSCOWÀ, MOSCOU · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LÀ HOSCOWÀ, MOSCOU

De longues négociations précédèrent la gneire de Rusùe; dies furent sans résultat. Cette guerre, pour des raisons diverses de haute politique, était inévitable. La Russie avait cessé d'observer le blocus continental, et cela au moment même où il commençait à porter ses fruits. En Angleterre, la dé* tresse des fabriques se manifestait par les révoltes d'ouvriers contre les machines ; la misère de la classe manufacturière était A son comble ; les billets de banque perdaient considérablement ; les changes sur Londres étaient dépréciés, et au sein même du Parlemeat , Brougham ( aujourd'hui lord-chancelier ) attribuait la misère publique aux ordres du ministère britannique , qui avaient forcé Napoléon à fulminer le terrible décret de Berlin. L'Empereur ne pouvait permettre qn'un Ëtat aussi puissant que la Russie se mit en dehors de la grande coalition européenne, car en ce moment toute l'Europe, à l'exeption/desjinsni^ [d'Espagne et de Portugal, et des

Stciliens confinés dans leur lie , était unie à la France contre TAngleterre. La conduite de la Russie tendait à sauver l'ennemi commun, et à rendi*e inutiles les pénibles sacrifices faits, depuis quelques années , dans le but de le forcer à la paix.

Les motifs de la Russie n'étaient pas moins pressans. Sans parler de Talliance de Famille contractée par l'empereur Napoléon avec rAutriche , de l'accroissement de puissance et de territoire de l'empire Français , sujets d'un mécontentement mal dissimulé, elle se voyait menacée du rétablissement de la Polog;ne, dont la création du grand-duché de Varsovie (que Napoléon ne négligeait jamais d'augmenter, et qui, par l'addition de laGallicie autrichienne, avait reçu en 1809 un notable accroissement ) était la base Future. Il n'est pas douteux en effet que tel Fut le projet de l'Empereur, bien qu'il n^eût pas encore décidé Tépoque où il accomplirait ce grand acte de justice. Le nom de Seconde guerre de Pologne, qu'il donna lui-même à la guerre de 1812, indique suffisamment quelles étaient ses arrière-pensées. La restauration de la Pologne ne tendait à rien moins qu'à placer la Russie hors de réquilibre européen , en la rejetant sur l'Asie.

L'année que durèrent les négociations Fut consacrée , de part et d'autre, aux préparatiFs de la guerre. Pendant que toutes les troupes étaient en mouvement pour se porter dans le nord de la Prusse, Napoléon fit un voyage à Dresde, en compagnie de Timpératrice Marie-Louise, et là, dans une espèce de congrès où se réunirent tous les souverains de l'Allemagne, il resserra les alliances qui les attachaient à luL

De son côté , Alexandre s'allia avec l'Angleterre et travailla à détacher le prince royal de Suède de la cause française. Bernadotte , avant de se décider à agir hostilement contre ses anciens Frères d'armes , ne craignit pas d'envoyer un ultimatum à l'Empereur, pour lui demander un subside et la Norwège , qui appartenait au Danemarck. La réponse de Napoléon fut plcûie de dignité et de sagesse. « Je n'achèterai jamais, dit-il , un allié douteux aux dépens d'un ami fidèle.» La Russie dut en outre, aux bons offices de l'Angleterre, l'avantage de conclure avec la Turquie une paix qui lui permit de disposer de son armée de Moldavie.

DE L'EMPEREUR NAPOLÉON. ^i

Eofio, Tempereur Napoléon, arrivant au milieu de son armé^ , réunie sur la frontière russe , annonça aux troupes que la décision de la querelle entre la France et la Russie allait être remise au sort des combats :

«Soldats! la seconde guerre de Pologne est commencée. «I^ première s'est terminée à Friedland et à Tilsit. La Russie «a juré rétemelle alliance à la France et guerre à TAngle- « terre ; elle viole aujourd'hui ses sermens : elle ne veut donner a aucune explication de cette étrange conduite que les aigles «françaises n'aient repassé le Rhin, laissant par-là nos alli& à «sa discrétion. La Russie est entraînée par la fatalité : ses ^destins doivent s'accomplir. Nous croit-elle donc dégé- (cnérés? Ne sommes-nous plus les soldats d'AusterlitzP Elle «nous place entre le déshonneur et la guerre;, le choix ne «saurait être douteux. Marchons donc en ayant, passons le «Niémen, portons la, guerre sur son territoire. La seconde «guerre de la Pologne sera glorieuse aux armées françaises «comme la première ; ma/^ la paio^ que nous conclurons importera avec elle sa garantie^ et mettra un terme à la «funeste influence que la Russie a exercée depuis cinquante « ans sur les affaires de TEurope. p

Us contingens fournis par lAatricbe, par la Prusse et par les autres États de rAUemagne^ainsique les troupes italiennes et napolitaines, prirent rang dans Tannée française, destinée à la guerre de Russie. Cette armée était composée de la garde impériale et de neuf corps d'infanterie ; le 1^, commandé par le maréchal Davoust ; le 3®, par le maréchal Oudinot ; le 3®, par le maréchal Ney; le 4®^ par le prince Eugène, viceroi dltalie; le â^, formé des troupes polonaises, par le prince Poniatowski ; le 6^, qui comprenait les Bavarois, par le général Gouvion-Saint-Cyr ; le 7^, formé des Saxons, par le gé^ nérar Régnier; le 8®, composé des Westphaliens , par le roi Jérôifte Napoléon ; et le 9"", où les troupes prussiennes mar* chaient réunies à deux divisions polonaises et westphaliennes, par lé maréchal Macdonald. Les Autrichiens, commandés par le prince de Swartzenberg, formaient un corps séparé. Les

troupes des difFérens princes alliés de la France, les Suisses, les Badois, lesHessois, etc., et jusqu*àdes régimens espagnols et portugais, étaient répartis dans les divers corps de Tarmée.

La cavalerie , sous les ordres du roi de Naples, Murât, était divisée en quatre corps, et commandée par les généraux Nansouty, Montbnm, Grouchy et Latour-Maubourg. Le total de ces forces réunies s'élevait à 350,000 hommes d'infanterie, 60,000 cavaliers ; rartillerie présentait un efFectif de 900 bouches à feu. Les forces russes , divisées eu trois grandes armées , dépassaient 240,000 hommes d'infanterie et 90,000 de cavalerie, auxquels devait se réunir l'armée de Moldavie, forte de 50,000 hommes et la levée en masse. Barclay de ToUy commandait l'armée de centre, de 150,000 hommes ; Bagration, Tarmée de gauche ; et Tormasoff, l'armée de droite.

Le 23 juin 1812, les équipages de pont étant arrivés près du Niémen , l'Empereur prit le bonnet et la capote d'un chevau-léger polonais, et suivi seulement du général du génie Haxo , fut reconnaître les rives du fleuve. Le point de passage fut désigné à quelque distance au-dessus de Kowno. Trois ponts parallèles y furent jetés pendant la nuit; et à une heure du matin , la division Pajol passa la première sur la rive droite et occupa Kowno, chassant devant elle quelques détachements de cavalerie russe qui se trouvaient sur ce point. Le lendemain, au soleil levant, 220,000 hommes, infanterie, cavalerie, artillerie, se trouvèrent réunis en masse sur tin plateau étroit, d'où l'œil pouvait facilement embrasser le cours du fleuve. La tente de l'Empereur s'élevait sur un tertre, voisin des ponts sur lesquels l'armée commença à défiler. L'éclat du soleil , réfléchi par les armes, Tattitude fière de cette nombreuse armée, les chants guerriers, la musique des régimens jouant le Chant du Départ et la Cantate de Roland , présentaient un spectacle admirable, et portaient dans tous les cœurs l'ardeur la plus vive et les plus hautes espérances.

Le passage du Niémen dura deux jours. L'ennemi n'y mit aucun obstacle et se replia devant l'armée, qui s'avança sur Wilna, capitale de l'ancienne Lithuanie.

L'armée. française était divisée aussi en trois parties :1a droite , aux ordres du roi de Westphalie , devait agir contre

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Bagration; le centre, commandé par le vice*roi, devait empêcher les deux armées russes de se réunir ensemble; tandis que le principal corps de Tarmée, dirigé par TEmpereur, devait attaquer la grande armée russe de Barclay de Tolly.

L'Empereur reçut à Wilna les députés lithuaniens , qui lui annoncèrent que les peuples polonais allaient reformer leur grande confédération nationale.

Il resta plusieurs jours dans cette ville , pour donner à Farmée immense qu'il commandait le temps de régulariser ses mouvemens, et aux administrations militaires celui d'assurer leur seryice.

Pendant ce temps, il avait donné des ordres qui, s'ils eussent été exécutés avec activité , auraient amené la ruine de Bagration. Le général russe , mollement poursuivi , réussit à tromper les troupes qui lui étaient opposées /et se rallia à Barclay de Tolly.

Toutes les fois que l'armée rencontra les Russes , elle les attaqua , et^chaque combat fot un triomphe pour elle : Mohilow, Ostrwno, Wilepsk, Oboiarzina, Krasnol, furent ainsi successivement témoins de son courage et de ses succès. Mais tous ces combats ne furent que des engagemens partiels. Barclay de Tolly aimait mieux reculer sans cesse que de hasarder une affaire générale.

Néanmoins, l'Empereur espéra un instant que cette bataille qu'il désirait depuis si long-temps allait avoir lieu. Notre avant-garde, commandée par le maréchal Ney, arriva le 16août au matin devant Smolensk. Cette place, l'une des plus considérables de la Russie, présentait un aspect formidable : entourée d'une enceinte crénelée de quatre mille toises de circonférence , et formée par une muraille épaisse de dix pieds et haute de vingt-cinq; elle était en outre flanquée d'énormes tours bastionnées et garnies de pièces de gros calibre. L'ennemi y avait laissé 40,000 hommes pour protéger son passage sur l'autre rive du Borysthène. La première journée se passa sans autres événemens qu'une fusillade de tirailleurs et quelques coups de canon tirés sur nos divisions qui débouchaient par la route de Krasnoï. L'armée prit po-

silioii. Le maréchal Ney ftit placé à rextrèine gauche, appuyé au Borysthène ; le maréchal Daroust au centre, le prince Poniatowski d la droite; le roi de Naples avec la réserve de ca- Valérie, la garde impériale et le vice-roi dllalie avec le quatrième corps, étaient en réserve. Ces troupes réunies formaient un total de 130,000 hommes.

L'armée ennemie, forte de 150,000 hommes, depuis la réunion du corps de Bagration, occupait, m ordre de bataille, les hauteurs qui dominent la ville basse sur la ri^e droite du fleuve; «lie communiquait par tirois ponts avec la Ville haute , qui était défendue par les 40,000 hommes laissée pour soutenir Vattaque des ^râtiçaid.

L'Empereur avait pensé , d'aprèâ les m<Miveâien9 de l'ennemi, que Tintentiôn du général russe était de livrer, comme Alexandre Tavatt ordonné, une bataille générale devant Smolensk. Cette résolution était trop avantageuse à Farmée fk^ançaise , remplie de courage et d'ardeur, pour que Napoléon voulût l'en détourner par une attaque trop précipitée ; mais enfin , voyant que les Russes, irrésolus , ne bougeaient pas de leurs positions , il se décida à les attaquer.

Les observations et les manœuvres remplirent la matinée du 17 août. Vers deux heures après midi, rÉmpercur ordonna à Poniatowski de se porter sur le Borysthène, pour attaquer le côté oriental de Smolensk, et d'établir des batteries afin de détruire les ponts et d'intercepter ainsi les communications entre le» deux rives. Ces ordres furent exécutés , et bientôt les troupes russes les plus rapprochées de l'autre riv^ furent obligées de s'éloigner, pour se mettre à l'abri de la mitraille; Ney et Davoust attaquèrent en même temps le corps de la place, la division Marchand se porta sur la citadelle, et celles des généraux Lèdru , Morand et Priant sur les faubourgs. La canonnade et un feu très vif de mousqlieterie s'engagèrent sur toute la ligne. Vers cinq heures , tous les flEiubourgs , malgré les rctrancheraens dont ils étaient couverts, furent enlevés , et les troupes russes chassées dans le chemin couvert.

Barclay de Tolly, voyant les faubburgs pris , voulut faire un dernier effort pour conserver la ville. Il y fit entrer deux

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DB L'ËMPBREUR NAPOLÉON.

divisions dinfanterie et uùe brigade de la garde impériale russe. Gepeûdant toutes les attaques des Français furent dirigées contre le chemin couvert , qui , malgré le feu violent de Tennemi, fut déblayé. L'ennemi rentra derrière ses murailles. Des batteries de douze furent établies contre les remparts; mais répaisseur des murs laissait peu d'espoir d'y ouvrir promptement une brèche praticable. Des batteries d'obusiers, dirigées contre les tours garnies d'artillerie, en' cbassèrent les défenseurs* La nuit arriva, mais ne ralentit point le feu , et deui compagnies dé mineurs furent attachées aux remparts. Alors Barclay de Tolly, voyant l'impossibilité de résister plus long-temps , et né voulant pas exposer les six divisions de son armée ^ renfermées dans la'place , à être enlevées d'assaut et détruites , profita de l'obscurité pouf effectuer sa retraite; une seule division fut chargée de garnir les murailles, pendant que les autres repasseraient le Borysthène. Les ponts de bateaux furent repliés. Vers une heure du matin les Russes mirent le feu à la ville, et lorsque l'incendie eut gagné de tous côtés, il passèrent le fleuve sur le pont de bois et le détruisirent.

L'Empereur, ignorant l'évacuation de Smolensk, disposait tout pour l'emporter de vive force, lorsqu'à la pointe du jour un détachement ayant été envoyé en reconnaissance sur le point par lequel on devait pénétrer dans la ville, gravit le rempart sans obstacle, et rapporta que Smolensk était évacué : l'armée y entra aussitôt pour éteindre l'incendie, et l'Empereur y établit son quartier général.

Le lendemain , l'armée française , impatiente d'atteindre l'armée russe, passa le Borysthène. Barclay de Tolly et Bagration fuyaient par deux routes diflférenles : l'un sur Saint- Pétersbourg, rautre sur Moscou. Ce n'était qu'une ruse pour tron^er la poursuite du vainqueur. Cette ruse faillit leur coûter cher. Barclay de Tolly, attaqué à Valutina-Gora , se vit au moment d'être forcé de recevoir, pendant une marche de flanc, cette bataille décisive qu'il refusait délivrer depuis plusieurs jours : l'inaction inconcevable du général Junot , qui refusa de prendre part à un glorieux combat , le sauva d'une entière destruction. Il continua sa marche sur Moscou.

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Bientôt Tarmée russe ebangea de chef. L'empereur Alexandre, cédant à la voix publique qui attribuait les malheurs de la guerre au mauvais choix des géqéraux, avait déféré le commandement suprême au général KutusofF, vainqueur des Turcs. On reprochait à Barclay son origine étrangère; sa manie des retraites avait paru suspecte aux purs Moscovites. Le cri général demandait un Russe seul pour sauver ' la patrie. Le vainqueur de Roudschouck, le négociateur de Bucharest ,parut capable de la tirer de péril. Le nouveau généralissime, persuadé que, pour conserver sa popularité dans Varmée et dans la nation, il ne fallait pas laisser les Français arriver à Moscou sans livrer bataille , s'était décidé à Taccepter dans la forte position q|ill occupait près de Borodino, en avant de Mojaisk, et où il arrêta la retraite des armées russes.

Le 5 septembre, les deux armées se retrouvèrent en présence. L'armée russe était en ligne derrière la Moscov^a , la droite appuyée sur Borodino, la gauche sur la Kologha. A douze cents toises en avant, Tennemi avait élevé sur un beau mamelon, entre deux bois, une redoute que gardaient 10,000 hommes.

L'Empereur résolut aussitôt d'enlever cette redoute avancée. Vers trois heures, pendant que le corps du vice-roi ca^ nonnait la droite de l'ennemi , et que Poniatowski tentait de tourner la redoute par la gauche , le roi de Maples reçut Tordre de passer la Kologha , et d'attaquer de front. La division Gompans formait la tète de la colonne, elle chassa l'ennemi du village d'Alexino , et le poussa jusqu'au pied de la redoute. Là , deux régimens ( 57^ et 61®) en colonnes d'attaque, assaillirent le retranchement; le combat fut opiniâtre ; la redoute prise, fut trois fois attaquée par l'ennemi, mais resta en notre pouvoir.

L'Empereur établit son bivouac non loin du lieu qui venait d'être le théâtre de cette lutte acharnée. n

Le 61®, en enlevant et en gardant la redoute , avait tellement souffert, que le lendemain Napoléon le passa en revue, et , le trouvant ccmsidérablement diminué , demanda à son chef: <i Qu'avez - vous donc fait d'un de vos bataillons?»

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— « Sire , il est dans la redoute , » répondit le colonel.

Ce fut sur le champ de bataille qui allait être illustré par une des victoires lesiplus disputées et les plus mémorables dont les hommes puissent garder le souvenir, que l'Empereur reçut pour la première fois le portrait de ce fils sur qui reposaient tant d'amour et d'espérances. Un officier de la maison impériale le lui apporta ; nous laissons à cet officier le soin de retracer cette scène intéressante.

«J'arrivai, dit M. de Beausset, le 6 septembre à- neuf heures du matin , à la tente de S. M. Je lui remis les dépèches que rimpératrice avait bien voulu me confier, et je lui demandai ses ordres, relativement au pertrait de son fils. Je pensais qu'étant à. la veille de livrer la grande bataille qu'il avait tant désirée , il différerait de quelques jours d'ordonner l'ouverture de la caisse dans laquelle ce portrait était renfermé.... Je me trompais : pressé de jouir d'une vue aussi chère à son cœur, il m'ordonna de la faire porter de suite à sa tente. Je ne puis exprimer le plaisir que cette vue lui fit éprouver. Le regret de ne pouvoir serrer son fils contre son cœur fut la seule pensée qui vint troubler une jouissance si douce. Ses yeux exprimaient l'attendrissement le plus vrai. Il appella lui-mèmç tous les officiers de sa maison et tous les généraux qui attendaient à quelque distance ses ordres, pour leur faire partager les sentimens dont son cœur était rempli. « Messieurs, leur dit-il , si mon fils avait «quinze ans, croyez qu'il serait ici au milieu de tant de «braves autrement qu'en peinture.» Un moment après, il ajouta : a Ce portrait est admirable. » Il le fit placer en dehors de sa tente, sur une chaise , afin que les braves officiers et les soldats de sa garde pussent le voir et y puiser un nouveau courage. Ce portrait resta ainsi toute la journée.»

Miloradowich et Markow avaient rejoint à Borodino le général KutusofF. Les renforts qu'ils lui avaient amenés avaient porté l'armée russe à 120,000 hommes d'infanterie et 50,000 de cavalerie. Le vieux général , trouvant la position qu'il venait de prendre sur un plateau très resserré, convenable à une bataille, résolut d'y attendre l'armée fran-

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çatoe, et tfy engager une affaire décisive; afin de se mieu^ fortifier et de se mienx couvrir , il fit aussitôt élever des ouvrages de càmpag^nesur toute l'étendue de sa ligne. Sa gauche s*appuya â un grand bois taillis , que défendait une redoute armée de vingt-cinq pièces de canon. Deux autres redoutes , à cent pas Tune de Tautre, garnies, comme la première, d'une formidable artillerie, protégèrent son centre. Sa droite , couverte par la Kologha, en arrière de Borodino, était aussi appayée à deux mamelons couronnés de redoutes et de batteries.

Afin d^exalter le fanatisme et le courage de ses troupes, KutusofP passa son armée en revue , et fit passer dans les rangs, des prêtres portant Timage de Saint-Serge. La présence de cette relique célèbre, les bénédictions dei Popes, la harangue mystique du vieux général , où Temperetir des Français était représenté comme uà tytnn universel , ennemi de Dieu et des sainu^ , profanateur des sanctuaires , archirebelle, hérétique , impur , etc. , portèrent au plus haut point Tenthousiasme des soldats russes , qui , croyant combattre pour le salut et le maintien de la religion, ne doutèrent plus de la victoire.

Cependant TEmpereur, après avoir examiné la position ennemie, fil ses dispositions d'attaque. Il avait facilement reconnu que la gauche de l'ennemi était le point le plus faible de sa ligne, et il résolut de porter tous ses efPorts de ce côté. On pouvait tourner toUt-à*fliit cette gauche par la vieille route dé Smolensk, sans trop dégarnir le front d'attaque, et obliger ainsi le général russe, menacé dans ses communications avec Moscou, à une prompte retraite, retraite difficile et dangereuse en présente d'une armée prête â attaquer de front. Le prince d'EckmOhI en fit, dit-on , la proposition à TEmpéréUr, qui ne jugea pas la position de Kutusoff tellement redoutable qu'on dût redouter de l'attaquer de vive force; il craignait d'ailleurs que le général russe, changeant encore une fois d'avis , ne se hâtât de décamper , et n'évitit ainsi une bataille qu'il semblait alors disposé à livrer, et que Napoléon désirait comme pouvant avoir une influence décisive sur l'issue de la guerre.

D'après l'ordre de l'Empereur, l'armée française prit le 6

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DE L'EMPERBUR NAPOLÉON.

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au soit* sa position pour la bataille da lendemain. Le vice^rof , avec le quatrième corps , les divisions Morand et Gérard dit premier, et la cavalerie du général Grouchy , occupa à gauche la hauteur qui fait face à Borodino ; le troisième et le hui** tième corps sur deux lignes, se placèrent au centre dont le maréchal Ney eut le commandement : Davoust , avec les divisions Priant , Dessaix et Compans , Ait chargé de lier le centre à Textrême droite fbrméedu cinquième corps, aux ordres dePoniatowski. La cavalerie, placée au pied de la redoute prise la veille ^ était prête à se porter sur tous les points ; la garde impériale , au milieu de laquelle était dressée la tente dil TEmpereùr, se forma en réserve en arriére de cette redoute.

Le 7 septembre, à deux heures du matin , les maréchaux commandant les diffërens corps vinrent y t*eCévoir les derniers ordres de Napoléon. A cinq heures et demie , le soleil se leva , et , se dégageant des brouillards épais , brilla radieux sur le champ de bataille. En le voyant monter à Thorizon, l'Empereur s'écria avec joie: C'est te soleil d'JusterlttisI Cette exclamation, répétée de bouche en bouche, circula rapidement dans tous les rangs , qu'elle remplit d'uûe confiance que la lecture de Tordre du jour suivant éleva au plus haut degré :

«Soldats , voilà la bataille que vous avez tant désirée : dé- «sormais la victoire dépend de vous ; elle vous est nécessaire ; « elle nous donnera l'abondance , de bons quartiei^s d'hiver «et un prompt retour dans la patrie. Conduisez- vous comme « à Austerlitz , à Friedlahd , à Witepsk , à Smolensk , et que la «postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite «dans cette journée, que l'on dise de vous : // était à cette ii grande bataille sous les murs de Moscou !

Les acclamations réitérées de l'armée répondifeht à cet appel fait à son courage. Bientôt tous les corps s'ébranlèrent.

Trois batteries de 60 pièces de canon avaient été établies sur les hauteurs , en avant du centre de l'armée française. Celle de droite, formée de l'artillerie de réserve de la gardé, commença le feu qui s'étendit aussitôt sur toute la ligne.

Poniatowski se dirigea sur la vieille route de Smolensk, pour tourner le bois sur lequel l'ennemi appuyait sa gauche.

Davonst , avec les trois divisions Compans , Dessaix et Priant, fonnées en colonnes et précédées de 30 pièces d'artillerie , marcha sur la redoute qui défendait ce bois. Le prince Eugène fit attaquer Borodino, où les Russes avaient mis le feu , par la division Deizons , pendant que les divisions Morand, Gérard , Broussier , la cavalerie de Grouchy et la garde royale italienne passaient la Kologa. Le maréchal Ney, avec le troisième corps, en colonne, ayant derrière lui le huitième en bataille , déboucha sur la droite de Tennemi. Le roi de Naples avait divisé sa cavalerie pour appuyer chacun des trois corps.

A six heures et demie , la division Compans , formant la tète de colonne du corps de Davoust, arriva à l'ennemi; la fusillade s'engagea avec vigueur , le général Compaâs fut blessé. Le prince d'Eckmûhl eut son cheval tué , et reçut une forte contusion , ce qui ne Tempècha pas de rester à la tète de son corps d'armée. Bientôt la redoute placée à la gauche de Tennemi fut attaquée et enlevée. Kutusoff essaya vainement de la faire reprendre; après un combat meurtrier, elle resta en notre possession. Il en fut heureusement de même pour la seconde redoute , qui , enlevée d'abord , fut reprise par les Russes , et , malgré une charge impétueuse de leurs cuirassiers , reprise de nouveau par la division Razout.

À huit heures, le roi de Naples profita de ces premiers succès pour porter au-delà des redoutes les corps de cavalerie des généraux Mansouty et Latour-Maubourg, qui culbutèrent la première ligne ennemie sur la seconde et balayèrent la plaine jusqu'au village de Seminskoë. Aussitôt, et par l'ordre de TEmpereur, les généraux Priant et Dufour attaquèrent ce village, et, malgré la résistance des grenadiers russes du prince Charles de Mecklembourg , qui y fut blessé , emportèrent la redoute et les barricades qui la couvraient. Pendant que ces succès étaient obtenus au centre, le vice-roi, sur la gauche, faisait attaquer Borodino. Le 106® régiment, de la division Deizons, chargé de cette attaque, renversa au pas de charge toutes les troupes qu'il trouva devant lui, traversa le village, et, n'écoutant que son ardeur, passa la Kologa, et s'avança seul dans la plaine vers

Gorka. Le général Planzonne, qui le commandait, fut tué au moment où il cherchait à modérer le courage imprudent de ses soldats. Le 106% se trouvant ainsi isolé, fut attaqué à son tour par les Russes qui défendaient Gorka , et mitraUlé même par Tartillerie bavaroise, qui, ne pouvant croire que les Français eussent eu Taudace de s'avancer aussi loin en si petit nombre , le prenait pour un régiment ennemi ; ce brave régiment était au moment d'être enlevé, lorsque le 92^, cédant à son ardeur, passa à son tour le pont de la Kologa et couvrit sa retraite. Les deux régimens rentrèrent à Borodino. Cependant Morand avait attaqué , à huit heures du matin , la redoute de Tennemi , la plus grande et la plus forte de toute la ligne. Le 30^, conduit par le général de brigade Bonomy, y était entré à la baïonnette; mais, attaqué à son tour par des forces imposantes , il s'était vu obligé d'abandonner sa conquête en y laissant son général blessé grièvement.

La gauche de l'armée française était vivement pressée ; ses divisions, attaquées de front, combattaient en positicm sans avancer ni reculer. C'était un carnage sans résultat. Morand, Gérard et Broussier soutenaient le courage de leurs soldats , qu'animait la présence du vice-roi. L'ennemi , portant des. corps nombreux sur ce point, combattait avec acharnement; mais tous ses efforts étaient infructueux pour repousser nos divisions qui conservaient leur position. Quand, au moment où le vice-roi s'apprêtait à faire renouve 1er l'attaque de la redoute, huit régimens de cavalerie russe et quelques milliers de cosaques, débouchant sur notre extrême gauche, tournèrent la brigade de cavalerie du général Omano, la forcèrent à se replier, et se présentèrent devant le plateau de Borodino. Le général Delzons , formant aussitôt les régimens en carré, arrêta les premières charges; mais il allait être débordé. Le vice-roi, après avoir ordonné ù la garde royale italienne de marcher rapidement sur le point si dangereusement menacé, s'y porta au galop, et voyant un carré qui allait être chargé, il y entra. «Oùsuis- « je ici? demanda leprince.— Monseigneur, répondit le chef ((de ce régiment , vous êtes au milieu du 84®, et votre altesse

« peut y être aussi tranquille que dans son palais. ^ Ce brave officier tint parole : le carré soutint le choc de la cavalerie sans être entamé.

L'arrivée de la gs^rée italienne fit ehangor la face des affaires : elle se forma en carré , marcha à Tennemi et le repoussa. Le vice-roi , laissant alors au général Omano le soin de suivre et de contenir les Russes, revint avec la garde royale vers la grande redoute , qu'il se disposa à attaquer.

En ce moment , le roi de Naples ordonna au général Gaulincourty q«i venait de remplacer, à la tète du deuxième corps de cavalerie, le général Montbrun , tué par un boulet, de passer le ravin , de charger les Russes et de pénétrer dans cette formidable redoute. Gaulincourt , avec la division de cuirassiers ( Valhier ), renversa tout ce qui se trouva devant lui, dépassa la redoute, tourna à gauche et y entra. Il y trouva une mort glorieuse; mais criblés par le feu des batteries et de l'infanterie russes, ses cuirassiers furent obligés de Tabandonner. Cependant les troupes du vice-roi s'avançaient sur la fetale redoute ; mais le feu de la mitraille était si violât qu'elles marchaient avec hésitation. Le prince se place lui -même à leur tète, fait battre la charge, met répée à la main et s'élance en avant. Les soldats, électrisés par son exemple, s'étunnlent et marchent à la baïonnette. La redoute, attaquée de front et de flanc, est emportée par notre infanterie au moment même où les cuirassiers du général Gaulincourt en sortaient. Le vice-Voi, poussant son avantage, fit passer à la cavalerie du général Grouchy le ravin , derrière lequel se trouvait le corps du général Doctoroff qui, chargé par cette cavalerie et pressé par notre infanterie, se retira en désordre, après avoir perdu les deux tiers de ses troupes. Le général KutusofF, voyant son centre entamé par la prise de Seminskoê, y avait porté des renforts considérables et la garde impériale russe. Couvert par une nombreuse artillerie, Bagration s'avança pour reprendre Seminskoê. SU eût réussi , la bataille restait indécise. Quatre-vingts pièces d'artillerie furent aussitôt opposées à l'ennemi, et notre mitraille arrêta ses masses. Bagration fit charger ces batteries par sa nombreuse eava*

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lerie ; mais elles étaient défendues par l'infanterie et la cavalerie française qui reçut la cavalerie russe avec un héroïque élan. Ces attaques furent constamment repoussées.

Après être resté deux heures sous le feu de nos batteries , qui lui enlevait des pelotons entiers, Bagration, blessé à mort, voyant que ses troupes ne pouvaient gagner du terrain vers Seminskoé , et s'apercevant que le corps du maréchal Ney menaçait de tourner sa gauche, leur ordonna de se retirer el de prendre position en arrière sur un mamelon avantageusement placé. Le roi de Naples , voulant chasser Tennemi de son dernier poste , dirigea sur son centre I9 division Priant , et commanda une charge sur toute la ligne. L'attaque se fit avec tant d'ensemble et d'impétuosité que les Russes furent culbutés et forcés de chercher un refuge daos le bois qu'ils avaient derrière eux.

A la droite de l'armée française, le prince d'Eckmiihl avait continué à s'avancer malgré les charges réitérées de la cavalerie ennemie. Plus à droite encore, à Textré* mité de notre ligne, le prince Poniatowski combattait ii travers les taillis , avec des succès variés. À deux heures , s'étant aperçu que notre centre avait fait de grands progrès, il fit attaquer vigom^eusement un mamelon où les Russes , qui avaient reçu de fréquens renforts, s'étaient maintenus jusque-là. Attaqué de front par l'infanterie polonaise, à revers par la cavalerie, le mamelon fût enlevé , et les Russes, mis en désordre, furent poursuivis pendant prè3 d'une lieue sur la vieille route de Smolensk.

Battue sur tous les points de Ja ligne , l'armée russe , à cinq heures du soir, était en pleine retraite sur la route de Mojaïsk à Moscou. Kutusoff profita de la nuit pour évacuer entièrement le champ de bataille.

La vigueur de l'action, l'acharnement du combat avaient été tels^ que le soir, après la victoire, l'armée française était harassée. 80,000 hommes des deux partis avaient été mis hors de combat. 30,000 cadavres couvraient le champ de bataille.

Sept jours après la bataille de la Moscowa , l'armée française arriva en vue de Moscou.

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

SMOLENSK. — BATAIIXE DE JJi MOSCOWJl. — MOSCOU.

22 Juin» Guerre avec la RuMie. — ProclamattoQ de l'Empereur.

23 — Passage du Niémen.

21 — Ealréc à Wiloa.

28 — La Diète de Varsovie déclare le royaume de Pologne et le corps de la nation polonaise rétabli.

l®** juiUet. Organisation du gouvernement provisoire de Lithuanie.

3 — Combat de Sventziany.

5 — Combat sur la Dziana.

6 — Combat de Koseni.

8 — Prise de Minsk.

18 — Alliance de la Russie , de TAngleterre et de la Suède.

20 — Alliance de la Russie et des insurgés dTspagne.

23 — Bataille de Mohilow (3,000 prisonniers}.

25 — Combat d'Ostix>wno (8 canons, 600 prisonniers).

26 — Combat de Kukowiacizi.

27 — Combat de Witepsk.

28 — Entrée à Witepsk.

31 juillet Combat de Iaknbowo.

i^^ août Combat d'Oboiarzina { 14

canons, 2,000 prisonniers).

Prise de Dunabonrg ( 20 canons).

8 — Combat d'Inkowo.

10 — Combat de Swolna.

14 — Combat de Krasnol (8 canons,

1,000 prisonniers).

17 — Bataille et prise de Smolcosk

(200 canons, et 3,000 prisonniers'.

Combat de Polotsk.

18'- Bataille de Polotsk (20 canons,

1,00Q prisonniers).

19 — Bataille de Valatina Gora (1,000

prisonniers).

4 septembre. Combat de Gridnewo.

5 — Prise de la redoute d'Alexino (7 canons).

7 — Bataille de la Moscowa (5,000 prisonniers, 40 canons\

9 ^ Combat de Mojalsk.

10 — Combat de Zelkowo.

14 — Entrée à Moscow.

Parb. .- De l'impriinrrip de Riowoc» et c.^, me drt Francs-Boiirgroit-Sainl-Uichei , R.*

INCENDIE DE MOSCOD.-BËTRAITE DE KUSSIE.

La paix , après une victoire , fiit totijours le vœu le pins cher de l'Empereur. Sa résolution de marcher de Smoleosk sur Moscou avait été fondée sur la pensée que l'ennemi , pour sauver l'ancienne capitale de l'empire russe, livrerait une hataille, qu'Userait battu et que Moscou serait pris; qu'Alexandre, pour la recouvrer, ferait la paix, et que, s'il hésitait encore à la demander,on trouverait dans cette immense cité des ressources et un point d'appui pour recommencer une nouvelle campagne au printemps suivant. Car l'Empereur était déddé , si les événemens l'y forçaient , à passer l'hiver à Moscou, u Nous donnerons , disait-il , le spectacle d'une armée hivernant paisiblement au milieu de peuples ennemis , qui la ptessent de toutes parts. L'armée firançaise dans Moscou sera le vaisseau pris par les glaces , mais au retour de la belle saison, si l'on nous y oblige , nous recommencerons la guerre.»

Bitie, comme Borne, sur sept collines, Moscou, avec

MISTOIHE

ses npmbreuses éf^lises y ses flèches de toutes formes , offrait un aspect dc3 plus pittoresques. Grapde et magnifique cité , anciesue capitale de (a MosCovie , la ville sainte de l'empire russe était Tentrepôt dii commerce de l'Europe et de VAsie. Sa eircopférence égalait celle de Pari^ , quoique sa population ne fût que de 360,000 babitans , elle comptait 1,600 églises, dont les clochers multipliés étaient çoïiitmits en forme de minarets, ou surchargés de dômes bombés, dorés, peints de diverses couleurs. Divisée à la manière asiatique, elle offrait quatre parties distinctes , envelopptoi cba- CUO0 d*uQe enceinte différente. Le Kremlin, forteresse de forme triangulaire, renfermant le palais des czars, la ATi/^/-^- Gûro4i ou ville chipgise, bâtie par les Tartares, habitée par les marchands et remplie pqr les bazars ou marcliés; le Beloy^-Gorod ou ville blanche, construction nouvelle de la noblesse russe, et où étaient situés les plus beaux palais; enfin la Zemlenoye-Gorod, ou ville de terre, où se trouvaient les habitations du bas peuple.

L'avant-garde, commandée par le roi Murât , avait pâdétré dans Moscou dès le 14 septembre ,rarmée y entra le 15, et le même jour VEmpereur établit son quartier général dans l'antique résidence des czars au Kremlin.

Moscou, ainsi que Napoléon l'avait espéré, présentait de grandes ressources. L'arsenal du Kremlin renfermait 40,000 fusils anglais, autrichiens et russes, une centaine de pièces de canon, des lances, des sabres, des armures et des trophées enlevés aux Turcs et aux Persans. On trouva aussi, hors des murs, dans des bâtiment isolés, quatre cent milliers de poudre et plus d'un million pesant de salpêtre. Malgré l'abandon de la ville par la majeure partie des habitans , l'armée allait s'y trouver dans l'abondance. Les magasins étaient remplis de provisions de toute espèce. Les cinq cents palais delà noblesse n'avaient pas même été demeublés. Des domestiques , laissés à dessem par les gens riches que le gouverneur avait contraints de quitter la ville , attendaient les généraux qui devaient occuper ces maisons , pour leur remettre des billets de leurs maîtres , annonçant que sous peu de jours , aussitôt le premier trouble calmé, ils reviendraiait,

et F9(;pi»m^4$i0t leurs propriétés h lia générosité française. Toutes les espérances de TEpipereur , tous 'les calculs de son gépie devaieqt être détruits par un événement inattendu, rûiçfndie de Mp8cpi|. Le gouverneur Rpstopcbin n'avait pas <l0fii9Qd0 ce fîaçrifice au patriotisme douteux des habitans, U avait cppfié Toeuvre de destruction h |a fureiir ?veugle des criminels , remis en liberté à cette condition. Cet événement, qui eausa la ruiqe d'wpe Qombreuse population , a été diversement jugé. Po^rsuivi par la haine 4e ses compatriotes, Rpstopc^in a ^té depuis rédwit ft se disculper, L'incendie de Moscou, la <l^str|ictiûp de cette ricbe cité ont effectivement obligé TEmpereur au mouvement rétrograde qui fut si fatal à Taripée frangaise; m\^ la retraite de Russie n'aurait eu apcun résultat fèelM^m^ si l'hiver n'était survenu spontané , précppe, rigouFeux, L'arrnée , apr^§ avoir pri^ ses quartiers

d'hiver sup le Dnieper ou ^ Niémen, aurait cqntinué m printemps h battra Tennemi , et ref{î)rt de NapQléop se m dirigé sur Sftint-Pétepsbour», Un f^jd soutenu de 3P à 3Q df grés a seul été vainqueur de nos braves soldat3*

Ix>rsquenQS trpupes se répandirent dai)s Moscou, cette vaste cité parai^ait presque 4éserie; 4ft,000 babitaua seulement y

presque tous des basses classe^ du peuple , et quelque^ cen* tainea de marchands étr^Uger^ , étaient restés dans leurs maisons; maia, frappés de terreur, ils ^'y tenaient renfermés, Rostopebln , dans sa proclamation, avait présenté les Français comise un ramas de l)rigands et de scélérats. Une tranquillité sinistre régnait dans toutes les mes , naguère si populeuses et s\ bniyaQt&i. Biept6t cpmmença Tincendie : le si^ement des Sammes , le eraquement ç|es pqutres embrasées, les explosions multipliées , troublèrent ce silence de mauvais augure. Les premiers feux éclatèrent simultanément vers cinq heures du soir 9ur trois points djfférens , à Yff^pital fies fln-^ fofis-Trowés, à la Banque d'iissigrmtiQfis et au B^ar- Nos soldats réussirent h les éteindre à l'Hôpital et à la Bctfique^ mais, an Bazar ^ la violence de l'ince^idie triompha de leurs efforts , il fut impossible de sauver cet édiâce immense , qui , bâti h l'instar de ceux des grandes villes d'Asie , contenait un grand nombre de boutiques , remplies de marchandises

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