‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 38 sur 46 · PREMIÈRE CAMPAGNE D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CAMPAGNE D'ALLEMAGNE

iiiTiEn.— B^ttrm bt wiiiTscBRf.

Les désastres de la retraite de Russie , loin d'abattre II France, relrecpèrent l'esprit national. L'enthousiasme repanit, grandi i la hauteur du danger, comme aux premiers jours de la révolution. L'Empereur encouragea et mît à profit ce mouvement patriotique, et bientAt toutes les ressources et toutes les forces de la nation furent dirigées vers le but le plus pressant , la défense de l'honneur et de l'indépendance du pays ; ses premiers soins furent naturellement d'envoyer des renfort» à la brave armée qui, par sa ferme contenance sur les bords du Niémen, de la Vistule et de l'Oder, contenait encore les armées russes prêtes à fbndre sur l'Europe. En moins de trois mois plus de six cents pièces dé canon et de deux mille caissons attelés arrivèrent en Allemagne. Les cohortes du premier ban, formées au moment de l'expédition de Russie , pour la défense du territoire et ta garde des places fortes, présentaient une masse déji

exercée au maniement des armes et habituée au service militaire. On les organisa en régimens de ligne , dont le^nombre, porté à 150 par la création de vingt nouveaux cadres, fut complété avec les conscrits de 181S, levés prématurément, et qui, déjà habillé9 et annés, se trouvaient dans les dépôts.

Les vieux régimens d'Espagne fournirent eta dntre les cadres dé 160 bataillons, et le nombre liécessaM â'oMâérs et de sous-ofBciers. Ces troupes, renlMes en France, forent en paHié remplacées dans la Pënitiiute pA^ Tenvoi de queloués milliers de conscrits. Quatre régimetis de la garde, une lé^ôn de gendaiineHe^ compose de tieilk i^valiers, et le r tégifnent de lanciers polonail en furent ailsêi rap^ pelés. Les Pôioiials ne pouvaient rester en EspAgtië ^llnd les RMées eampaient m Pologne;

Les âét^él de là Russie avàleâl engldiH II ^to^ des vieux soldats ; la massé de Fàrmée française ne pouvait plus se composer que de conscrits; afltr d^xciter leur émulation et leur zèle, le nombre des régimens de la jeune garde fot porté à 16, et ces régimens reçurent, dés leur formation, des hommes d'élites pris dans les conscriptions mobilisées.

La marine fournit une armée entière de vétérans artilleurs ; elle mit à terre 40,000 vieux canonniers que Tinfonterie de Tarmée reçut avec orgueil dans ses raàg^. Les pertes de la cavalerie étaient plus difficiles à réparer ; mais FEmpereur disposait encore de toutes les ressources que le nord de TAUemagne offrait pour les remontes. On s'y occupa en Hanovre avec la plus grande activité de fournir des Chevaux aux cavaliers, qui arrivaient à pied dans les vastes dépôts établis sur TElbe ; et là , d'habiles généraux de l'arine étaient chargés de les organiser eni escadroa<^; dans cette circonstance, toutes les villes de Tempire s'empressèrent d'offrir à TEmpereiH*, chacune Suivant ses facultés, des cavaliers montés , des compagnies entières équipées. Lyon fournit un escadron de 160 chevaux, Paris, un régiment complet de 500 hommes. On fit un appel aux postillons, aux fils des mallres de postes, aux gardes forestiers à cheval. La gensarfuCTiO' envoyft* o^uuv WDCierS' et° sou^ofuciers pour coiib* r

fflaeder les neuveaux escadrons ^ et 10,000 gardes d'honneur se montèrent et s'équipèrent à leurs frais. L'ordre, la régHlarité ^ et Tactivité qui présidèrent à la fusion de tous ces éléraens hétérogènes sont peut-èlre le trait le plus remarqjoable de Tadministràtioû impériale.

, L'anpire ë'étendait du Danemarck aui Mardis-Pontins ; de la baie de Gascogne aux plages de TlUyrie. De tous les points partaient des hommes, des chevaux^ des munitions. Bientôt l'Empereur put annoncer lui-même ses premières cbsposi^ns à «ses amis et à ses ennéMis. Ce n'était pas le langage d'un homme abattu par la mauvaise fortune, a La a guerre d'Espagne et la guerre du Mord seront menées de «front : dans le courant de février^ une réserve de 300,000 a hommes , formée sur rOder, ^ur l'Elbe , sûr le Rhin et sur aie Mein ^ viendra se réunir à la grande armée^ et la eàmpà- «gne prochmne s'ouvrira avec des forces doubles de celles «qui ont coinbaltû la campa|pie demiSre : en ibème temps arannëe d'Espagne sora matntemie à 300,000 hommes; «30,4)00 coBscrks sont 6fi lâarehe pour. la compléter; le «maréchal Sotilt retourner* en ÂBdalouÂe^ et si l'armée «anglaise s'affaiblit i le Portugal sera oËciq[)é. »

La guerre allait devenûr la cftose la plus importante : c'était |e moyen de eonquérir la paix; L'Empereur^ afin d'éteindre tous les germes de méËoittentement que pouvaient nourrir certaines opinions ^ résolut de terminer, avant de partir pour l'Allemagne, la la^ue querelle qui s'étât élevée entre son gouiVersement et les coiiseillers du Pape. 11 Se rendit lui-même à Fontainebleai») oà le Saint-Père ^ quoique surpris 4e sa brusque visite } le reçut avec affection. Une entrevue de quelques heurtô suffit pcfur tout çoneîHer. La confiance amena la persuasion; le Pape, que l'Empereur ne voulait pas laisser à Rome et qui répugnait à habiter Paris, accepta la résidence d'Avignon et signa ce fameux concordat de Fontainebleau, où la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel est si nettement posée.

^Le Gorps-Législalif ne tarda pas à s'ouvrir ; les pâh>les de l'Empereur ii la tribune nationale furent : tf Je désire la paix. : «elle est nécessaire au monde; mais je ne ferai jamais

a qu'une paix honorable tt conforme aux intérêts de mcm «empire. Une mauvaise paix nous ferait tout perdre jusqu'à «l'espérance, d Et, afin de rassurer ceux qui pouvaient craindre que, dans les luîtes européennes, la France se fût aj^uvrie et dépeuplée, un des ministres présenta aux envoyés des départemens l'exposé de la situation de l'empire. Ces résultats étaient de nature à calmer toutes les inquiétudes, ils furent critiqués dans le. temps par la malveillance et la mauvaise foL On sait aiyourd'hui qu'ils étaient conformes à la vérité.

«Malgré vingt ans d'une guerre acharné^, la population de la vieille France s'était accrue d'un dixième ; les progrès de l'agriculture avaient suivi les développemens de la population. Les méthodes de culture s'étaient perfectionnées: une foule de familles prolétaires étaient devenues propriétaires du sol ; le produit des récoltes , augmenté de celui des vins, des boia» des bestiaux, présentait un revenu total de cinq milliards en matières brutes et premières que la main d'œuvre augmentait d'une valeur de treize cents millions. Le total des produits, conquêtes de l'industrie et de la chimie moderne, pouvait être évalué à soixante-cinq millions; enfin, les deuxième et troisième degrés de fabricaticm et la perfection des dernières mains d'œuvre produisaient un supplément de revenu qui portait à sept milliards la valeur de la reproduction annuelle de France. »

Aux désastres de la dernière campagne , l'Empereur opposait ainsi les succès d'une administration intérieuro qui seule suffirait pour l'absoudre des malheurs de la guerre. Aux craintes qu'on affectait d'avoir de son esprit belliqueux, il opposait une suite d'entreprises de travaux et de preâets pacifiques qui le prései^ront à jamais de toute comparaison flétrissante avec les conquérans. Cet exposé de la situation de l'empire, le dernier que l'Empereur ait fait faire, est, en quelque sorte, le testament politique de son administration. « Gomment notre population , notre agriculture et notre commerce n'auraiont-ils pas prospéré? disait le ministre; l'Empereur a dépensé 30,000,000 pour les ponts, 64,000,000 pour les canaux, 277,000,000 pour les routes,

117,000,000 pour les ports; partout les affaires commerciales sont soumises à là même loi et trouvent les mêmes poids, les mêmes mesures, la même monnaie, la même liberté, la même protection. Depuis Rayonne jusqu'à Hambourg, depuis Rome jusqu'à Rrest les plus grosses vpitures circulent commodément. Amsterdam et Marseille con^muniquent ensemble par les canaux de Saint-Quentin et du Centre. D'autres canaux facilitent les transports dans d'autres dirieçtions; et dans toutes les grandes vallées de la France la navigation des fleuves et des rivières rendue plus facile, offre de nouveaux débouchés au commerce. La nécessité a perfectionné nos arts mécaniques et chimiques. L'Amérique échappait à VEurope. On a pensé à remplacer dans nos consommations le sucre de canne , l'indigo et la soude étrangère; y réussir paraissait impossible , mais l'Empereur a voulu fortement, et l'imposjsibilité adisparu devant les efforts de la science et du patriotisme. Les lettres et les beaux-arts ont leur part dans les encouragement donnés à tous les élémens de la prospérité publique. Plus de cent millions ont été consacrés aux embellissemens de Paris, etc. » En quelques années plus d'un milliard avait été ainsi consacré aux travaux publics, dépenses immenses qui, rendant aux peuples une partie des tributs qu'ils avaient payés, vivifiaient la nouvelle France comme l'ancienne, Rome et la Hollande aussi bien que Paris. Le budget des dépenses et des recettes , la situation de l'armée, Tétat de la marine , dont Taccroissement progressif donnait déjà des inquiétudes à l'Angle* terre , complétaient ce tableau fait véritablement pour honorer le cheF de l'État et raffermir la confiance du peuple.

L'année 1813 devait être celle des défections de nos alliés. Elle commença par les Prussiens. Le générai d'Yorck , avec son corps , abandonna le maréchal Macdonald et passa à l'ennemi. Trahison inattendue, et qui, livrant passage aux troupes russes, obligea le vice - roi , devenu général en chef de la grande armée après le départ du roi de Naples , à se retirer successivement derrière la Vistule , derrière l'Oder et derrière l'Elbe. Yorck fut d'abord désavoué par le cabinet

de Berlin , qui , lui-même , peu de jours après, abandonna •notre alliance et se mit à la suite de la Russie. Pendant ce temps , le prince royal de Suède , Bersadotte , fnsait aen pacte a^ee le mimstère britannique, et, soudoyé par les i;uiaées anglaises, se préparait k vemr conri^attre ses anciens compagnons d'armes.

L'or de TAngleterre ( car dans cette longue emte de coalitions on trouve ses subsides partout où il y a guerre contre la France ) et les associations du T4isgeR-Biind senlevaient rAUemagne et organisaient nos ennemis. Lu levée en masse avait été ordonnée en Prusse ; de nouv^les défections se préparaient. Les Autrichiens , retenus par la poËti« que prudente de leur cabinet , les Saxons, far ia^ loyanté de leur souverain, devaient encore attendre qnfrique tempe avwt de se déclarer ; mais pour eLciter la faaîne aveugle despeuples contre f étrango*, on faisait retentir les oËOts sonores dé liberté et de patrie, grands mots qui devaient être oabUës le lender main de la victoire , et mis de odté comme une tcompmè guerrière qu'on dépose après le combat. Ea I¥usee, les jeunes gens de toutes les classes , riches , pauvres , nobles ou roturiers; les étudians des universités, coâsduits par leurs professeurs devenus leurs officiers , s'enrégimentaient. Dans les pays de la confédération du Rhin , les souverains ,' plus impatiens .peut-être que.les peuples de rompre leur alliance avec Napoléon , déguisaient davantage leurs sentimois. Le lion n'était pas mourant comme on l'avait proclamé. Il y avait risque à lever le pied contre lui. En effet , au moment où TAllemagne croyait TEmpereur enveloppé i fimolensk ou à Wilna , dans les glaces de la Russie , ne Tavait-elle pas retrouvé au milieu de son palais des . Tuileries , rece* vant les hommages empressés ^ les protestations de dévouement de tout les corps de TEmpire ? Et cette France ^ qu'on peignait si apauvrie et si épuisée^ ne venait-elle pas de se relever plus enthousiaste et plus fiëre en envoyant trois cent mille de ses ci^fans prendre, aux armées. du Nord, la place de ceux que la guerre avait moissonnés P Le roi de Saxe refusa de rompre T^liance qui Punissait à la France; le cabinet autrichien , sans la rompre , cessa d'en remplir les

^rmf^fiafm

•«Ç^VWHB.

'ta

conditions, et offrit seulement sa médiation pour la conclusion de la paix. L*Emt)eréur Taccepta; mais comme les né-* goeiâtions n'anrètaienc pas les hostilités , il partît pour se mettre à la tète de sa nouvelle et jeune armée.

Il était temps qu'il arrivât. La fermeté, l'habileté et la bravoure du vice-roi , la constance de ses héroïques bataillons , réduits à un si petit nombre d*hommes , ne pouvaient plus suffire pour contenir les forces toujours croiss^tnles de Tennemi. Gomme nous Tavons dit plus haut, la li^ne du Niémen avait été abandonnée par suite de la trahison dq général Yorck ; on »e s'était pas arrêté derrière la Vistule^ ipais la ligne de TOder et de la Wartha avaient donné au prince Eugène le temps de réorganiser l'armée et d'y rallier toutes les troupes dqnt il pouvait disposer, sans abandooner 1% défepse des places fbrtes du pord de T^llçma- Çne. La défection de la "Prusse, qui, après avoir désavoué, lé général Yorck, s^ d^ida ^ l'imiter, livra aux Itusses le passage de l'Oder et obli^e^ le vice-roi A se reiircf de?Tière l'Elbe. Enfin , au moment de l'arrivée de l'Empereur, cette ligne venait d'être frai^chie par l'ennemi. L'Asie §e ruait sur lEurope \ aux^ levées en masse prussiennes se jpigi^aient léS pulfcs des Cosaques et des Tartares. L'armée alliée présentait déjà un nombre formidable de combattans^ qui devait, trois mois plus tard , s'élever à 900,000 hommcè" Le vieux Blucher commandait les Prussiens ; Wittgenstein avait pris le,G9mQaaiidemenleaxhef des Russes après to mort diKiitusoff, que les fatigues de la campagne de Russie avaient tué:

L'Empereur j|[i'était pas connu ' des troupes qui devaient combattre sous ses ordres. Conscrits pour la plupart ^ ces jeunes soldats allaient voir le feu pour la première fois ; ils saluèrent de leurs joyeuses acclamations l'illustre i^néral dont ils étaient résoloâ de se montrer dignes. Ce fut sur les bords de la Saale , à peu de distance du fameux champ de bataille d'iénfi, que l'armée nouvelle fit sa jonctipp av€« celle du iprince Eugtee. La cavalerie n'était pas encore «r? rivée en ligne , l'infanterie seule avait pu marcher s«l9 se reposer. Néanmoins, et quoique les Russes eussent nne ca-

Valérie très nombrease , FEmperear prit aussitôt rofFensive et ordonna de marcher sur Leipsick ^ Weissenfels et Poserna forent témoins de» premiers succès de nos jeunes soldats : à cette seconde affaire , l'armée perdit un de ses braves généraux , le maréchal Bessières , duc distrie, tué par un boulet.

Les troupes, après avoir culbuté Fennemi, bivouaquèrent sur la route de Lutzen à Leipsick, dans cette plaine déjà célèbre par la mort d'un héros : la jeune garde s'établit autour de la pyramide de Gustave-Adolphe ; et , sur Tordre de Napoléon , on y plaça des sentinelles pour préserver de la hache des sapeurs les arbres qui ombragent ce vieux souvenir.

Le lendemain, 2 mai, Tannée continuât sa marche; la route était couverte d'une longue file d'équipages, décaissons et de pièces d'artillerie. L'Empereur avait hâte. d'arriver à Leipsick : il présumait que Tennemi l'attendrait dans les plaines qui sont en arrière , et il pensait qu'il aurait à y livrer une grande bataille. Déjà une fusillade s'était engagée aux abords de la ville, dont on apercevait les toits couverts dliabitans, spectateurs du combat; mais aucune masse ennemie ne s'offrait à la vue de ce côté. Napoléon , impatient de savoir si la résistance était sérieuse , dirigeait sa lunette vers le point où notre avant-garde «'engageait; tout à coup une épouvantable canonnade se fit entendre sur la droite et presque en arrière de l'armée. L'Empereur se retourna : des

> L'armée française se trourait alors org^Bisée m douze corps, qui, ills eussent été réunis, présentaient un total de plus de 200,000 hommes (non compris Ja garde).

Yandamme,

Belluoe,

Ney,

Bertrand,

Lauriston,

Marmont,

3 dirisions.

id.

id.

id.

id.

id.

Saxons, à Torgan.

Poniatowski Bavarois.

Kapp,à Dantzick.

Macdonaldy 3 divisions.

Oudinot, 3 id.

Outre cela , Augereau formait à Wurtzbourg une petite armée de cinq dÎTisiôns. d'infanterie, pour oliserver TAutriche et maintenir la Batiëre; les bataillons y arriyërent dans le courant du mois de juin et juillet. '

L's^imée qui agissait sous les ordres immédiats de l'Empereur était de 120,000 hommes , et formée des 2« 3« 4« 5« 6« 11« 12« corps, et de la garde aux ordres des maréchaux Soult et Mortier.

tourbillons de IFùmée s'élevaient, au milieu de la plaine , des villages de Rhana, Kaya , Gros-Gorschen et Klein-Gorschen , où le corps du maréchal Ney avait passé la nuit; on découvrait à rhorizon plusieurs ^colonnes d'une noire profondeur: c'était l'armée ennemie qui avait bivouaqué la nuit précédente, à trois lieues de l'armée française , et qui débouchait Xout entière de Pegau pour la prendre en flanc. L'Empereur, ainsi attaqué à l'improviste, se décida sur-le-champ à livrer bataille. «Nous n'avons pas de cavalerie, dit-il ; mais n'ima porte, ce sera une bataille d'Egypte; partout l'infanterie a française doit savoir se suffire. Je ne crains pas de m'abana donner à la valeur innée de nos jeunes conscrits. »

Ses ordres soal aussitôt donnés. Le duc de Tarente doit cesser l'attaque de Leipsick et revenir former notre gauche , dont le vice-roi aura le commandement. Le duc de Raguse, qui est à l'arrière -garde, formera la droite et sera soutenu par le général Bertrand. Les troupes qui sont en colonnes sur la route s'arrêtent, serrent les rangs, font demi-tour à droite et développent aussitôt leur ligne formée dans la plaine. Cette belle manœuvre fut exécutée avec une précision qui aurait fait honneur à une armée de vétérans.

Les troupes du maréchal Ney ne se composaient que de conscrits; ils soutinrent le premier effort de l'armée russe avec l'aplomb et la fermeté de vieux soldats ; néanmoins , l'ennemi s'empara du village que ce corps d'arfnée occupait et s'avança sur Lutzen , qu'il voulait enlever à tout prix. La présence de l'Empereur pouvait seule arrêter son élan et changer la fortune. 11 arriva à Kaya centre de l'attaque , au moment où nos braves jeunes gens, ne voulant pas fuir devant les bataillons russes et prussiens, cherchaient à se rallier en se pelotonnant et aux cris de vii^e l'Empereur! Sa vue produisit sur les troupes l'effet accoutumé. Les rangs se reformèrent , l'enthousiasme revint et le combat recommença avec fureur.

Bientôt et tandis que la garde opposait aux alliés un front inébranlable , le corps de Marmont , arrivé sur le champ de bataille, prolongea la droite que l'ennemi cherchait à gagner, et déboucha vers Starsiedel, sans s'inquiéter de la nom-

brease cavalerie russe et prnssieDDe qui s'avançait fièrement pour charger. Les divisions Compans et Bonnet , formées en carrées j la repoussèrent , plusieurs fois , elle revint ; mais ces braves divisions, formées de régimens de masine S loi présentèrent un bloc impénétrable; un seul bataillon (tat entamé. ^

Cependant Blucher faisait avancer le corps dTorck, et la division russe de Berg pour reprendre les villages de Rbana et de Klein-Gorschen que Ney venait de lui arracher. Ney , obligé de céder, se retira derrière Kaya, quil défendit avec vigueur. En vain Vennemi attaqua impétueusepient ce village, deux fois il en fut expulsé; un dernier effort de la division Berg en assura la possession momentanée aux alliés. Nos jeunes soldats soutenaient sans faiblir cette lutte opiniâtre; mais, plus braves qu'expérimentés, ils éprouvaient des pertes cruelles. Ce fut alors <}ue TEmpereur , arrivé au milieu du feu , ordonna au comte de Lobai; de se mettre à la tète de la diyision Ricard , et de seconder Veffort qqe te maréchal Ney allait tenter pour reprendre Kaya. t£ mouvement s'exécuta avec la rapidité de l'édair : le comte de Lobau, vivement appuyé par les divisions Brenier, Girard et Soubam , pénétra dans ce village. Un combat terrible s'engagea entre Kaya et Klein^orschen, d'où Vennemi débouchait avec toutes ses forces réunies. Girard et Brehier succombèrent en héros à la tète de leurs jeunes soldats , qu'ilf persistèrent quoique grièvement blessés à mener au combat. Girard en mourant criait aux siens : Soldats! c'est la journée de la France , il faut venger l'affront de Moscou og mourtrt

L'ennemi sentant que la victoire allait lui échapper 8*il ne

^ < Peu de temps avant la bataille , Napoléon ayait suspendu 4e son emploi pour quelque faute le chef d'un bataillon. Ce bataillon s'avançait pour rattsque de Staniedel. L'Empereur reconnaît dans les rangs roffider qu'y avait puni. \\ savait que cet officier était aimé de ses soldats; fl court |]ui,arr6(e le bataillcn, atUilen rend le commandemeiit. Loi fris de joie 4e la troupe retentirent ai^ loin- Elle forma aussitôt la t^Cç d^ Iji colonne d*a(taque, aux acclamations des autres régimens témoins ^ çettQ scène. » {D*Odeteben, major saxon, témoin oculaire.)

soutenait Blucher plus efficacement, le général Wittgenstein ordonna au prince de Wurtemberg de se reporter de la gauche sur la droite : une de ses divisions attaqua la division Marchand, et la repoussa au-delà de Fiosgraben; Tautre renforça Berg, à Klein-Gorschen : ce village fut repris, etNey, peur la troisième fois , ramené derrière Kaya. La prochaine arrivée des grenadiers et de la garde russe, qu'Alexandre §t Frédéric-Guillaume, témoins du combat, attendaient avec impatience , pouvait décider la bataille contre nous. Le mo* ment était décisif , la garde impériale fitnçaise reçut Tordre de prendre Toffensive, Lutzen avait été jusqu'alors, sauf le combat des régimens de marine , une bataille déjeunes gens. La jeune garde eut Thonneur de marcher la première, et Tennemi culbuté fut mené battant jusqu'à Klein-Ggrschen. Les grenadiers russes, qui étaient arrivés en ligne , commencèrent là à prendre part à Taction. Ils débouchèrent par Eisdorf et Grbs-Gorschen. Ge mouvement aurait pu encore décider la journée, si toute Tarmée française eût consisté dans ce qui combattait sur ce point; mais, de son d5té, le vice-roi avait laissé les colonnes de Lauristoji engagées dans les^ubourgs de Leipsick, et il arrivait à Hitzen avec le corps de Macdonald ; l'entrée en ligne de ces trois divisions fraîches emporta la victoire. Vainement les grenadiers moscovites et le corps du prince de Wurtemberg cherchh^nt à disputer le passage d'Eisdorf ; attaqués de toutes parts , ils furent contraints de l'abandonner. Les alliés , à leur tour, débordés par la droite, tandis que Néy et Marmont les pressaient de front et que Bertrand débouchait à leur gauche et les tournait aviec la division Morand , jugèrent le danger de leur position, se replièrent derrière Gros-Gorschen, où Karrivéé des gardes russes leur permit de passer TElster. A la nuit ils essayèrent d'attaquer nos bivouacs, mais, quoique peu préparées à cette échâuf fourée , nos troupes prirent les armes et repoussèrent leur cavalerie.

La bataille de Lutzen laissa peu de prisonniers en nos mains , mais l'ennemi y fit des pertes considérables. Plusieurs de ses généraux furent blessés (Blucher, Konowitzin, Hunerbein etc. ) ; d'antres , au nombre desquels on comptait les

■■Ml^

princes de Mecklenbourg-Strelitz et de Hesse-Ifombourg, furent tués. Cette victoire, au début d'une campagne, eut un effet moral prodigieux : elle arrêta, pour un temps, les défections des alliés, et exalta le courage de nos jeunes bataillons, qui gagnèrent dès iDrs la fermeté et Taplomb des plus vieilles troupes.

Pendant la bataille, Leipsick fut pris par les troupes du général Lauriston , et six jours après Dresde tomba en notre pouvoir.

En se retirant , Tarmée coalisée avait coupé le foat qui sépare Dresde de la Yille-Meuve ou Ncwstadt que leur arrière-garde continuait à occuper; il fallut plusieurs jours pour le rétablir et pour passer, malgré le feu de leurs batteries. Pendant ce temps, l'Empereur eut le plaisir de réinstaller dans son palais le digne monarque qui avait été fidèle à sa parole. Cest ainsi que, plusieurs années auparavant, il avait rendu Munich au roi de Bavière.

Les alliés s'étaient arrêtés à douze lieues de Dresde. A Lut-, zen ils avaient été chercher une bataille; ils se décidèrent cette fois à attendre que Tarmée française vint les trouver. Us choisirent le terrain où il leur convenait de combattre, certains que nos soldats n'hésiteraient pas à les y attaquer, et ils disposèrent de toutes leurs ressources de façon à s'y fortifier pour nous recevoir vigoureusement.

Le passage de l'Elbe et les différentes dispoisilions que l'Empereur crut devoir prendre , avant de marcher en avant , durèrent dix jours. Les généraux ennemis profitèrent de ces journées de repos pour hérisser leur camp de redoutes et de retranchemens, qu'ils gamirentd'unenombreuse ar{iHerie. Le centre de leur position était assis sur les fameux mamelons de Klein-Bautzen et de Kreckwit z , à une lieue en avant deWurtschen,à unelieueenarrièredeBautien, position formidable, où déjà, pendant la guerre de sept ans, Frédéric, réfugié après sa défaite de Hochkirch, avait bravé Tarmée victorieuse de Daun. Seulement le général autrichien était arrivé du côté de Prague , et l'armée française s'avançait par la route de Diesde. La

DE L'EMPEREUR NAPOLÉON. m

gauche de la position des années alliés s'appuyait sur les montagnes de Bohème et donnait peu de prise à Fattaque : la droite, couverte par les lacs de Malschmtz, était d'un accès difficile. Enfin la Sprée, qui haigne les murs de Bautzen, défendait toute la position et offrait un premier obstacle à franchir.

Le passage de cette rivière, qui eut lieu à la fms sur trois ponts, et le soin de repousser Tennemi de position en posir tion, remplirent la première journée. L'effort de notre armée paraissait devoir se porter sur la gauche du camp retranché, qui était défendu par les Russes. Nos jeunes soldats , que la victoire de Lutzen ne permettait plus d'appeler des conscrits, y montrèrent une valeur impétueuse : partout où l'ennemi osa les attendre il fut abordé franchement et culbuté à la baïonnette. L'empereur dirigea tous les mouvemens dont le succès couronna ses espérances : dans cette première affaire, qu'on appelle le combat de Bautzen , Marmont passa la Sprée à la gauche de l'armée , sur un pont de chevalets , qu'il jeta en présence des Prussiens et malgré leur feu ; Macdonald força au centre le pont de pierre qui conduit à Bautzen, et Oudinot sur la rive droite jeta un pont devant les Russes, et chassa devant lui le corps de Gortschacoff.

L'Empereur n'établit son quartier général à Bautzen qu'à neuf heures du soir. Il était gai et confiant, a Messieurs , dit-il «à ses généraux, à chaque jour suffit sa peine. Reposons-nous «ce soir et nous recemm^cerons demain. » Puis s'asseyant , pour prendre le modeste repas qui lui avait été préparé, il plaisanta un de ses vieux serviteurs , qui était venu au milieu du feu lui apporter le matin un peu de pain et de vin. (cLa «place n'était pas commode, lui dit-il , et tu te souviendras «de ce déjeuner.— Oui, sire, murmura celui-ci entre ses «dents, et surtout des obus qui crevaient autour de votre «msyesté.»

Le 21 mai , à cinq heures du matin , la bataille recommença sur toute la ligne. L'Empereur fit renouveler contre la gauche de Fennemi les démonstrations de la veille. Oudinot s'avança sur Miloradowitsch ; celui-ci avait reçu des renforts et repoussa cette attaque. Macdonald se mit en me-'

sûre âe soatehlr Ôudinot. Le centre de rarmée se déploya pouf imposer à ëlucher , mais ne s'engagea pas. Des deux cÀiés on se battait sans avancer. L'Empereur lui-même ne ]^ressait pas Tattaque. 11 semblait satisfait d'occuper rennemi^ et, Fatigué du travail de la nuit , qu il avait passée à donner ses ordres , îl se coucha sur la pente d'un ravin et s'endormit au milieu des batteries du maréchal Marmont. Ce sommeil , que sies officiers contemplaient avec respect^ durait depuisqoelques minutes quand le canon^ retentissant au-delà des lignes prussiennes et derrière leur droite, annonça une attaque nouvelle et imprévue. On réveilla l'Empereur, il tira sa montre ^ étudia un instant la direction des feux et s'écria : «La victoire a est & uQus i 9 Aussitôt l'ordre fut donné de n^archer en avant, et tous les corps s'ébranlèrent à la fois, joyeux (d'appuyer la puissante diversion qui s'opérait. Le canon que l'en mtendût é^ait celui du maréchal Ney qui^ d'après ks instructions de l'Empereur , avait , par un long détour ^ débordé la dreile de l^ennemi et venait l'attaquer .derrière ses lignes, altaqae «i- (iacieuse et habUement cogibinée; çii devait rendre inulties tous ces retranchemens iormidabletf élevée avec tant de travaux. L'ennemi , jusqu'au dernier motnent; n'avait pas soupçonné l'importance de eefte diver»on. Barclay deTé%, chargé de couvrir la droite de l'année alliée^ aavût que le corps du générai Lauristpn manœuvrait devant lui , mab il croyait n'avoir affaire qu'à ee général , el^ eelui-ci était saivi des corps du maréchal Ney et du général Reynier. Barclay , première victigae de son erreur ^ fut successivement batta dans trois positions où il avait réussi i rallier ses trouJ|)es. L'attaque soudaine de Ney jeta l'alarme dans le camp des alliés ; on dégarnit le centre pour renforcer ladroite : les réserves ennemies,les gardes russes s'empressèrent d'accourir au devsiit du maréchal pour s'opposer à ses progrès. Gétait le moment décisif: l'Empereur je saisit et commanda une attaque générale. L'assaut fut donné , lesretraînchemens du centre et de la droHe furent emport^, et Bluchtr, frémissant de rage, rit qu'il ne lui restait d'autre ressource qu'une prompte retraite. A six heures du soir^ la défaite, du vieui mistréchal prussien était complète. Ses colonnes se retiraient sur Weissemberg avec une

DE L'EMPEREUR NAPOLEOff.

précipitation qui ressemblait à une déroule ; la tente de TEmpereur était placée au point culminant de la position, devant une auberge isolée, où l'empereur Alexandre avait tenu son quartier général pendant tonte la journée; la garde formais ses carrés autour de la tente impériale , et sa musique faisait entendre les fanfares de la victoire.

Tout cependant n'était pas terminé. La gauche de Tannée alliée y composée des corps russes de GortscbacofF et de Miloradô^îtch, avait combattu toute la journée contre le maréchal Oudinot qui Tavait forcée de s>ngager dans des bois où elle avait cru ; pendant quelque temps , poursuivre la victoire. Elle revenait sur le champ de bataille, le maréchal Macdonald â^avança pour lui couper le passage; mais, privé de cavalerie , il dut renoncer à ce dessein. Néanmoins ce dernier enga|;ement assura la victoire, en chassant les Russes du chamfi de bataille.

les troupes alliées, vivement poursuivies après la victoire de Wurtschen, se^trouyaient daps une positioâ dé^e^érée \ encore une victoire pareille et la coalition était brisée: La diploàiatie titii au ^ours des armées vàinchéil. On demahda un armistice à i^Ëmpereur en le leurraiii de Téspoir d'une paix pl'ochaine. Lé cabinet dé Yieniié ne dédaigna pas de contribuer à tromper le gendre de son empereur. Napoléon, dont la paix était le vœti le plus cher et qui,aprèè de telles victoires^ était en droit d'espérer qu'on la lui offrirait acceptable , c'està-dire hohdrable , consentit à une suspension d'armes , et revint à Dresde. Suspension fatale pendant laquelle les armées ennemies réparèrent leurs pertes; l'Angleterre renoua ses intrigues, et l'Autriche prépara sa défection.

' Ce fût pendant cette poursuite que le g^and ma^réchal du palais Duroc fut tué. Sa mort causa à Napoléon une telle douleur qu'elle émut les vétérans de la Garde.

«Toute Tarmée prend la part la plus vive aux peines qui absorbent en te moment les pensées de TËmpereur. La Garde a les yeux tristement fixés sur lui. Pauvre homme I disent les vieux grenadiers, ^7 a perdu un de ses enfans / » ( Fain, Manuscrit de 1813. )

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

Page 1