PREMIÈRE CAMPAGNE D^ALLEMAGNE
lUTZEIf. — BAinZEN ET WURTSCHER.
8 jaiwier. Le roi de Naples oSde le
oommaademeDtde rannéefirançaiie
au priDoe Eogènc.
Il — Sénalui-cousulle qui met 250,000
hominei à la dispoûtioa du gouver-
nemeot.
25 — CoDcordat de Fontainebleaa en-'
tre le Pape et rEmpcreur.
14 février. Ouverture dû Corpt-Ugislatif.
1 mart. 6* coalition contre la France.
— Défection de la Prusse. — Son allian(« avec la Russie.
3 — Traité d*aIlianoe entre la Suède et FAngleterre.
lof^W/. Dédarafion de guerre de la France à la Prusse.
d — Sénatus-consulte «pii met 180,000 bomroes à la disposition du gouvernement. — Crétfon des gardes, d^honnenr.
5 — Création de 87 cohortes de gardes urbaines.
15 — UEmpereor quitte Paris pour se rendre à Tarmée d'Allemagne.
27 — Combat de Weissenfels ( .Saxe ).
28 — L'Empereur arrive sur la Saale.
1 mai. Combat de Poserna ( Saxe ). — . Mort du maréchal Bessières.
2 — BaUille de Lutzen ( Saxe }. '
' 4 mat DéUocos de Wittenberg (Saxe.) 5 — Combat d'firtzdorfT ( Saxe ).
8 — Occupation de Dresde (Saxe).
12 — Combat de Biscbotswerda ( Saxe).
19 — . Combat de Weissig et de Koenigs- . wartba ( Saxe ).
20 — Combat de Bantan (Saxe).
21 — Bataille de WurtadieQ ( Saxe).
22 — Combat de Reichenbacb ( Saxe ). 26 — Combat o'Baynau { Saxe ).
27 — Combat de Sprettan. — DOIoeas de Glogau.
30 — Reprise de Hambourg.
1 jr'ui/i. Occupation de Breslan.
4 Armistice de Plessivitz (Silésie) eitre Parmée française et les armées russes et fNTussiesnnes.
21 - Bataille de Vittoria. — Suivie de Pévacualion de PEspagne.
30— Convention de Dresde. — L'Empereur accepte la médiation derAutridie.
10 juiilet. Alliance entre la France et te Danemarck.
12 — Congrès de Prague.
!i6 ~ Arrivée du général Mdrean en Europe.
27 — Défection de PAutricbe. — Son alliance avec la Russie et la Prusse.
28 — Fin du congrès de Prague.
paru. •• Da l'iapriiacria de Rioaooi «t C*, ru. dM Fraac»-Baiirfeo»-5.ial-Micbci , 8.
DEUXIÈME Campagne D'Allemagne.
duesdb. — lbipsick.— MAnjtV.
L'armistice qui venait d'être codcIu, les Dégociations qui allaient s'entamer n'empêchèrent point l'Empereur, dès son retour à Dresde, de s'occnper des préparatifs nécessaires pour être en mesure d'agir avec avantage si la mauvaise Foi de l'ennemi, la déFection de quelques-uns de nos alliés ou des prétentions inconciliables avec l'honneur et la sûreté de l'empire français , l'obligeaient à recommencer une campagne nouvelle. Car, de tous les souverains de l'Europe, -& cette époque où les mois d'indépendance générale , de pacification européenne, de repos des peuples, formaient le fond de tous les manifestes , l'Empereur seul alors voulait )a paix sincèrement.
L'étude des cartes de la Bohême, de la Saie et de la Silésie , la reconnaissance des lieux par des visites sur le terrain, l'examen et le choix des endroits qu'il était convenable de fortifier, occupaient tous les instans que lui laissaient la correspondance avec l'empire , et les revues journalières des
troupes qui arrivaient de France. La .ligne de VElbe fat mise en état de défend. Des ponls militaires, jetés sur le fleuve, assurèrent les ror.iinunications de Tarmée; un camp retranché, établi à Pyrna, ferma les défilés de la Bohème. Dresde enfin , dont renceinte avait été complétée par des fossés et des palissades , fut défendue en outre par une ligne de redoutes avancées, armées d'artillerie. Cette ville, dans le plan de l'Empereur, devait être le centre de toutes les opérations. «Dresde , disait-il à ses généraux , est le pivot sur lequel je f Tcui manœuvrer pour faire face â toutes les attaques. Detpuis Berlin jusqu'à Prague, Tennemi se développe sur une * circonférence dont j'occupe le centre; les moindres com- «miinications s'allongent pour lui de tous les contours qu'il t doit suivre ; et moi ^ en quelques marches, je puis arriver 1^ partout où ma présctice et mes réserves seront nécessaires.» St^ résolution hardie effrayait quelques-uns des chèfil éc l'armée dont i'audacc était amortie par Tége. Us çraîg;naient que TAutriche , jetant le masque et passant aussi du côté des alîiéi, ne leur livrât les passages de la Bohème, ce qui aurait permis à Vennemi de prendre â revers les positions de l'armée française et de couper nos communications avec la France. Leur plan était prudent : ils parlaient de quitter la vallée de TElbe, de se retirer sur la Saale et de là sur le Rhin , abandonnant ainsi à leur fortune et nos amis les Danois, les Polonais, et nos alliés les Saxons ^ les Wesphaliens, et nos garnisons des forteresses de TElbe , de l'Oder et de la Vistule. «Avec ce que vous me proposez de sacrifices pour mieux a faipe la guerre, leur répondait TËmpereur, je ferais sur«le- « champ la paix.... Vous craignez que je ne sois aventuré , si «l'ennemi vient se placer entre mes lignes fortifiées de a l'Elbe et du Rhin ; mais s'il a cette audace , j'entre alors en «Bohème, et c'est moi qui le prends à revers. Rappelez-vous «Ârcole, Marengo, Âusterlitz et Wagram; n'étais-je pas «alors dans une position plus hasardée. C'est dans les pi alignés de la Saxe que le sort de l'Allemagne doit maintenant «se décider. Je vous le répète, la position que je prends «m'offre des chances telles que l'ennemi, vainqueur dans dix «batailles, pourrait [à peine me ramener sur le Rhin; tandis
« Qki'titie Seule bataille g^^néé me suffit pour rentrer dans «técs tapltales^ débloquer les places de rOder et de la Visai tule et forcer les alliés k la paix, t»
i La médiation de l*Autriche n'avait encore rien fait pour le but qu'elle s'était chargée d'atteindre , la paix; elle avait arrêté, par Farinistice , là marche vietorîeuse de Napoléon; mais Son envoyé, le comte de Bubna, apportait sans cesse de nouvelles difficultés aUx propositions du plénipotentiaire français. L'époux de Màrie-Louise s'en plaignit à son beaupèré; eelui^ci âVàit une loyauté naturelle qui mettait en danger la politique du cabinet autrichien, âoh principal foinistré, peut-être danSl^eépôif de mieux tromper la perspicadtC de l'Em|)ereur, ^e rendit lui-même à Dresde.
«Vous V0il& donc, Metternich! dit Napoléon; soyet le «bienvenu; si vous Voulez la pak, pourquoi venir Si tardP «Nous AVotiS déjà perdu un mois, et votre médiation de- «tient hostile â ibrcê d'être Inactive.... Il ne vous convient «paS) dltes^vous, de ^arâfith" l'intégrité de I'empl^e fràn- «çais : pourquoi né pas me Tavoh* déclaré plus tôt, à mon
it arrivée de Russie^ oU a Vaut mon départ de Paris? J'au-
«1 rais été à temps de modifier mes plans: peut-être ne serais-je «pas rentré en campâgtte.... Vous m'avez laissé m'épuiser par «de nouveaux efforts ; vous (Comptiez sans doUte sur des évé- «nemêns différens et surtout moins rapides... . Ces efforts «hardis, la victoire les a couronnés. Je gagne deux baft tailles; mes ennemis, affaiblis, sont au moment dereve- «nir de leurs illusiotis; soudaiU vous vdus glissez entre nouS; «vous me parlez d^armistiee et de médiation; vous leur «parlez d'àllîanCé, et tout s'embrouille... Saris votre funeste «Intervention, la paix Serait faite aujourd'hui. Pour moi, «jusqu^â préseht,leS i^sultats de l'armistice sont les traités «que l'Angleterre vietit d'obtenir de la Prusse et de la Russie,
«et peut-être même d'une troisième puissance Mais, à
« cet égard , votre cabinet doit être mieux Infbrmé que moi.
« Convenez-en : depuis que TAutriche a pris le titre de « médiateur, elle n'est plus de mon côté ; elle n'est plus im- « partiale; elle est ennemie; vous alliez vous déclarer, quand «la victoire de Lutzen vous a arrêtés. Vous avez alors senti
«le besoin d'augmenter vos forces, et vous avez voalu ga-
(cgaer du temps Aujourd'hui, vos 200;000 hommes sont
«prêts; c'est Schwartzenberg qui les commande; il les réa- «nit en ce moment, ici près, derrière le rideau des monta- « gnes de la Bohème. Et parce que vous vous croyez en état «de dicter la loi, vous venez me trouver! La loi! et poor- « quoi ne vouloir la dicter qu'à moi seul ? Si vous êtes mé- «diateur, pourquoi du moins ne pas tenir la balance «égale?.... Je vqus ai deviné : votre cabinet veut profiter de « mes embarras , et les augmenter même pour recouvrer ce «qu'il a perdu. Votre grande perplexité est de savoir si vous «pouvez me rançonner sans combattre, ou si nous devons «être ennemis. Vous ne venez ici que pour mieux dé- «cider la question. Eh bien ! soyez franc. Voyons , que von- « lez-vous ? » Cette attaque était vive. Metternich , étonné , se défendit avec tout l'attirail de phrases diplomatiques. «Le «seul avantage , idit-il , que l'empereur mon maître soit ja- «loux d'acquérir, c'est rinfluencè qui communiquerait aux «cabinets de l'Europe Tesprit de modération, le respect pour « les droits et les possessions des États indépendans qui l'a- «niment lui-même.... L'Autriche veut établir un ordre de «choses qui, par une sage répartition de forces, place la «garantie de la paix sous Fégide d'une association d'États «indépendans. D — «Parlez plus clair, dit l'Empereur en «l'interrompant, et venez au but. Je vous ai ofFert l'Hlyrie « pour rester neutre ; cela vous convient-il ? Mon armée suffit «pour mettre les Russes et les Prussiens à la raison; votre « neutralité est tout ce que je demande, d — « Ah ! sire, reprit «vivement Metternich, pourquoi votre majesté resterait-elle « seule dans cette lutte P Pourquoi ne doublerait-elle pas ses «forces? Il ne tient qu'à vous de disposer entièrement des « nôtres. Les choses en sont au point que nous ne pouvons plus « rester neutres ; il faut que nous soyons pour ou contre vous. » La conversation s'arrêta un instant. L'Empereur réfléchit et conduisit Metternich auprès de ses cartes. Le ministre autrichien parla à voix basse et comme étonné de sa propre audace; mais en même temps, avec une sorte de fermeté. C'était comme l'usurier qui veut faire acheter encore un se-.
cours à rhomme qu'il a ruiné. La patience de TEmperear, cette patience qu'il avait espéré de retenir n'y tint pas. « Eh «quoi! s'éeria-t-il, non-seulement l'Illyrie, mais la moitié «de l'Italie, et le retour du, pape à Rome, et la Pologne , et «l'abandon de l'Espagne, et la Hollande, et la confédération «du Rhin, et la Suisse ! Foilà donc t esprit de modération aqui vous anime P Vous ne pensez qu'à profiter de toutes «les chances; vous n'êtes occupé qu'à transporter votre al- «liance d'un camp à l'autre, pour être toujours du côté où «se font les partages, et vous parlez de respect pour les «droits des États indépendans ! Au fait, vous voulez l'Italie, «la Russie veut la Pologne, la Suède veut la Nbrwège, la «Prusse veut la Saxe, et l'Angleterre veut la Hollande et la «Belgique. Pour, vous tous, la paix n'est qtfun prétexte. «Vous n'aspirez qu'au démembrement dé l'empire fran- «çais !....» Metternich ne répliquait pas un mot. Un profond silence régnait dans le salon. La voix de FEmpereur était sonore et vibrante. Il ajouta , avec une expression d'amertume non déguisée. «Et pour couronner une telle entreprise, «l'Autriche croit qu'il lui suffit de se déclarer. Elle prétend «d'un trait de plume faire tomber les remparts de Dantzick, «de Gustrin, de Glogau, de Magdebourg, de Wesel, de «Mayence, d'Anvers, d'Alexandrie, de Mantoue, de touîes «les places fortes dont je n'ai pu obtenir les clefs "qu'à force «de victoires! Et moi^ docile à votre politique, il me fau- «drait évacuer l'Europe, dont j'occupe encore la moitié, ra- « mener mes légions la crosse en l'air derrière le Rhin, les «Alpes et les Pyrénées, souscrire à un traité qui ne serait «qu'une vaste capitulation , me livrer comme un sot à mes «ennemis, et m'en remettre pour l'avenir à la générosité «douteuse de ceux-là même dont je suis aujourd'hui le vain- «quèur !.... Et c'est quand mes drapeaux flottent encore aux «bouches àe la Vistule et sur les rives de l'Oder; quand mon «armée triomphante est aux portes de Berlin et de Breslau ; «quand je suis, moi , Naf)oléon, moi, l'empereur des Fran- «çais, à la tête de 300,000 hommes, que l'Autriche, sans «coup férir, sans même tirer l'épée, se flatte de me faire «souscrire à de telles conditions !.... Sans tirer l'épée ! Cette
m BISTOIRR
«prétemioti eat ua outrage! Etmoabrau-p^awieiUapMi «un tel prqjet ! Daas quelle attitude me p)âçeniit*it w pi^ «sence du peuple fraoçiiisP Croit-il qu'un trânc déshonort «pourrait être eq France un refug« pour H âllaet $pa petite
<s filH ? Ah 1 Metternicb , coQ)bien rAngtetsmi voui M*^l«
« donné pour jouer ce rôle contre moi ?,... »
La vérité iiait dite. La convictioa avait parl^ ; Netten)||pb changea de couleur. Sans doute ep ce monpDt le négociateur eut honte de ses propres ruses ; mais J'orgueil individuel avait été blessét et ('amour-propre est peut*étfe If seul s&h timent humain qui puisse échauffer Tàme glaciale du dîpla^ mate , misérable plaideur du pour et du contre, qui, dans les grands intérêt^ des société, remplit, comme Vavpeat dans les affaires de famille , Tofl^ d« mauvais génie* MH-* ternich , après avpir indiqué un congru ^ Pragun, partit le cœur ulcéré.
Les prévisions de Napoléon sur M résohition que TAu^ triche allait prendre étaient justei* Lf mot dm cabinet aih tricbien ne tarda paa ^ être copnu : Mettemich posa fionr «l* timatum :
a La dissolution du duché de Yaraçivie , qui s^t partagé a entre la Russie, rAutricbe et la Prusse (Daiitxick i la Vnxh a se); le rétablissement des villes de Hambourg, de l^ (fbeck, etc., dans leur indépendance i la rec^nitrwUon a de la Prusse avec . une frontière sur VElbe ; la cession i a TAutriche de toutes les provinces illyriennes , y compris aTrieste; et l^ garantie réciproque que Tétat des puissan^*' aced , grandes et petites , tel /{u'il se trouverait fixé par la fit paix , ne pourrait plus être changé ni altéré que d'un com*- «mun accord.» . t
Dans cette guerre ^ entreprise au nom de Tindépendanoe des (Peuples, Tambition voulait Sacrifier les plus faiblea'àla puissance des plus forts. Il %pi été , de la part A l'Empa* reur, peu généreux et très iropolitique d'y prêter les maioa. Il répondit , afin de prouver qu'il était prêt à faire persoa« nellemeat toutesMes concessiona q^i ne compromettraient pas les iatérèls de ses alliés ! ,
a 11 n'y aura plus de duché de Varsovie , soit : VW% Pant-^
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DE L'EMPVRBOR HAPOLÊOIf.
zick sera ville libre ; 9e$ fortifications seront démblies ^ et le roi de Saxe sera indemnisé par la cession des tç'ritoire^ de la Siiésie et de la Bohême , qui sont enclavés dans la Saxe. Les provinces illyriennes seront cédées à rAutricbe ; 09 consent même à abandonner le port de Fiume , mais Trieste ne sera pas compris dans la cession. La confédération gor* manique s^étendra jusqu'à TOder. Enfin, rinUlgrilé du territoire danois sera garantie. »
Après avoir fait ^cette réponse , qui témoignait du moins de ses dispositions pacifiques, TEmpereur se tint prêt à combattre ; car il ne doutait . pas d'apprendre bientôt la reprise des hostilités. ^
Les effets delà coalition durant Tarmistiee avaient ét< inouïs : elle était parvenue i mettre en ligne plus de 800^600 combattans, y "compris les troupes que TAutriche, levaiU enfin le masque , fit marcher contre nous. La Prusse seule avait armé 350,000 hommes, dont* 32,000 de cavalerie. A défaut de soldats , l'Angleterre fournissait des subsides et des munitions' de guerre de toute espèce. Elle avait envoyé à Botiadotte et à la Prusse des batteries, de campagne, et le personnel d'artàHerie nécessaire , des équipages de siège, el même des fiisées à la Gongrève. 400,000 fusils et 100,000 sabres anglais avaient été débarqués sur le continent pour am mer les landwebrs allemandes. Outre cagrandnondure de sot* dats , Tannée coalisée réunissait 1800 pièces de canofi^
La force des troupes rassemblées par TEmp^enr ne pouvait pas s'élever au-delà de 400,000 hommes, en eompre* nant même dans ce nombre les garnisons des places fortes et les eontingens alliés. Ces coniingoas , tjravaillés déjà par les menées des Anglais et par les émissaires fle la Tiin^en'» bnnd , n'offraient qu'un concours, doilteux. Les Poloottis étaient tifiyours fidèles et inébranlables s ce swt les seuls qui ne nous aient pas trahi avec la fortune. Toute Ame firaa^ faise , pénétrée de nos malheurs et de leur dévouement, doit conserver pour eux dy r^pect et de faffeetioii. Enfin ^ 1200 inèces de canon seulemaxt appuyaient Tarinée flrtnçaîse.
"Vffê
HISTOIRK
L'Autriche se déclara contre nous : son armée était prête. L'armistice fut dénoncé aussitôt, et Blocher le viola même avant que le temps de comtKittre fftt arrivé. On parlait au quartier général des alliés de justice et de loyanté, mais œs mots, à Tusage de la politique, n'exinimaient aucun sentiment qui eût prise en ce moment sur le cœur des ennemis de Napoléon : tous les moyens leur semblaient bonorat|les et légitimes.
Une partie de Tannée française marchait sur Beriin. L'Empereur était en Silé^ie oft Macdonald venait de replanter nos aigles , au bord de la Katzbach. Les coalisés pensèrent que le moment était favorable pour attaquer. La grande armée austro-prusso-russe , fiorle de plus de 200,000 hommes , déboucha de la Bohème. Le prince de Schwartzenberg, commandant le contingent autrichien , était devenu le génâral en chef: il dirigeait aussi le centre. Barclay de Toliy, avec deux corps russe et prussien , formait Faite droite. Klenau, avec les Prussiens , était ^ l'aile gauche. Gouvion-Saint-Gyr n'avait que 25,000 Français pour garder la capitale de la Saxe. Il replia ses postes , et se retira derrière ses lignes retranchées. Les coalisés cernèrent la ville sur la rive gauche de l'Elbe. Dans leur confiance , ils avaient dédaigné et tourné le camp de Pyrna. Les nouvelles que l'Empereur recevait de Dresde le décidèrent à y presser son retour, et il se re^ mit en route avec sa garde et les autres corps de l'armée qui n'étaient pas nécessaires pour contenir Blucher.
Cependant Tennemi resserrait de plus en plus les avantpostes français ; déjà il occupait les avenues de la ville et les collines environnantes. Ses batteries s'élevaient sur tom les points , et il faisait ses dispositions pour enlever de vive force le corps de la place. L'Empereur avait songé un moment à laisser Dresde se défendre avec ses propres fiwoes, et à essayer par Pyrna une diversion sur les deirrières de l'armée ennemie. Cette entreprise vigoureuse aurait eu de grands résultats. Les craintes que manifestèrent les habitans de Dresde obligèrent l'Empereur à y renoncer. :
L'attaque commença le 26 abût. Les coalisés, comptant n'a* voir affaire qu'au corps de Gouvidn-Saint-Cyr, s'avancèrent
DE L'EMPEREUR tNAPOLËON. 42&
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avec résolution. La confiance des Allemands de notre parti était ébranlée. Deux régimens de hussards westpbaliens passèrent à Tennemi. L'attaque fut acharnée et opiniâtre ; chaque colonne marchait précédée de cinquante pièces d'artillerie : de nombreuses batteries croisaient leur feu sur la ville. En vain Tartillerie de nos redoutes avancées sillonnait par des décharges redoublées ces redoutables colonnçs, rien, dans le premier moment , ne pouvait arrêter t'ardeur et rimpétuosité dès assâillans : ils arrivèrent jusqu'aux palissades , et bientôt toutes les réserves de Gpuvion - Saint- Cjrr furent engagées. Déjà , au centre , les Hongrois de GoUoredo avaient enlevé la redoute de la barrière de Dippodiswaide ; à dfoite, Tartillerie autrichienne éteignait le fèu de nos batteries de la porte de Freyberg; et à gauche, les Russes et les Prussiens pénétraient dans le faubourg de Pyrna«... Les habïtans , consternés, se barricadaient dans leurs maisons ; les femmes et les enfans cherchaient un refuge dans les caves : rennemi se croyait sûr de la victoire. C'est en criant : à Paris! à Paris! que ses premières colonnes couraient forcer la porte de Plauen.
Là porte s'ouvrit : ce fut comme l'éruption d'un. volcan. Les bataillras de la garde impériale , commandés par Tyndal , psur Gambronne , et dirigés par le général Dumousiier, s'élancent ; le feu des murs crénelés soutient leur sortie ; celui des redoutes prend à revers les colojmes autrichiennes , de toutes parts une grêle de balles et de boulets couvre la plaine. L'ennemi recule épouvanté. Ses pièces sont enlevées au pas de course, les canonniers tués sur leurs affûts ; de toutes les portes de Dresde des sorties décisives ont lieu simultanément: les Français ont repris l'offensivc^Les redoutes enlevées sont reprises. Notre cavalerie nettoie la plaine , que l'Empereur parcourt a» galop , au milieu des balles et des boulets , qui blessent à ses c6tés ses officiers et ses aides de camp ; il se montre ainsi sur toute la ligne : sa présence est électrique. Aux clameurs de triomphe de l'ennemi succèdent des cris de détresse, a L'Empereur est à Dresde , s'écrie «Schwartzenberg,le moment favorable est perdu Ul ne faut a plus songer qu'à nous rallier.» Et les coalisés, protégés
nisTomB
par kOPBl batteries , qui ne cessent de tirer qu*à neuf heures du soir, reviennent en désordre se réAig;|er derrière les hauteurs où leur artillerie est placée.
Le retour de l'Empereur a rendu à la vilte antant de eonflance qu'il a jeté de terreur parmi les coalisés. Les rfties chan||;ent, et le lendemain Tarmée flrançaise assaillit à son tour les positions de Tennemi.
La pluie qui tombe par torrens , Veau q^ti convertit le champ de bataille en un terrain inondé ou fangeux, n'arrêtent pas Télan de.nos soldats: Vattaque a lieu sur tous les points , et avec une égale ardeur. Tandis que le centre tient ferme , les deux ailes s'étendent pour déborder Tennemi. La vieille garde , qui a eu les honneurs de la journée de la veille, forme maintenant la réserve. Gomme la veille, l'Empereur est à la fois présent partout ; il se montre à tons les corps d'armée, préside à tous .les mouvemens, encourage toutes les attaques. Dans un moment où il se porte au galop sur on point menacé, il aperçoit une batterie de la gai de qui , découragée de l'inutilité de ses coups , cesse son feu : «Il faut, dit-il, attirer l'attention de Tennemi de ce cèté : revf commencez à tirer.» Les artilleurs obéissent, et, dès les premières salves , un mouvement extraordinaire qui se manifeste sur la hauteur opposée , annonce qu'un personnage important vient d'être ft*appé parmi les alliés. C'était (on l'apprit quelques jours plus tard ) le général Morean , récemment arrivé d'Amérique en Europe, qui tombait ainsi, au milieu de l'état-major russe , atteint par un boulet ftançais. Triste et déplorable fin pour le vainqueur de Hottenlinden !
A trois heures , la victoire était décidée , l'ennemi hâtait sa retraite^ et comme dans leur mouvement les ailes de l'armée française avaient occupé les deux chaussées principales , le prince de Schwartzenberg fut obligé de se retirer en Bo^ hème par des chemins de traverse et des défilés presque impraticables. L'Empereur se mit à sa poursuite, espériint que le général Vandamme, qu'il avait laissé" dans In forte positkm de Pyma , profiterait de ses avantages pour compléter la ruine de l'armée coalisée. Mais le moment arrivait
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DE L'EMPERBUft NAPOLÉON. 4»
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pour Napoléon où les raver^dea^ Ueutenani «lisent readre Qute M» propre^ succès.
La bataille de Dresde était certainement une de celles oft le £^nie de TEmpereur a brillé du plus vif éclat. Elle devait avoir d'immenses résultats ; tous ceux même que Napoléon avait prévus en occupant la position do Dresde et que ses combinaisons avant et pendant la bataille semblaient avoir aaaarés. La fortune en décida autrement : elle commençait à nous tbandonner. En Bohème, Vandamme, loin d'inqniéter la retraite de Tarmée -battue à Dresde, quitta le camp de Pyrna , s'aventura dans la profonde vallée de Ttt^ plitz, et après deux actions meurtrières, se vit obligé, à Kulm , de poser les arines; enSilésie, Macdonâld, dont les divisions furent séparées par la crue des torrens, éprouva de grands désastres sur la Kaslbacb; et en Prusse, Oudinot, au lieu d'entrer à Berlin j rencontra Bemadotte et Buhm avec 140,000 hommes, dans la plaine de Gross-Beeren , tût forcé decédetrau nombre, et se retira sur Wittenberg. Le maréchal Néy, envoyé pour rétablir les affaires de ce côté ^ fut attaqué par Tenuemi à Dennewitz et h Juterborg et nVut pas plus de succès.
Ces événemens détruisaient toutes les espérances que TEmpereur fondait sur sa récente victoire. Il dut se résou* dre à quitter Dresde afîn de se rapprocher de la France. Leipsick fut le point qu'il désigna pour la réunion de tous les corps de Tarrnée française;
La défection de la Bavière, qui eut lieu à cette époque, contribua sans doute aussi à ce mouvement rétrograde. Le général de Wrede, malgré son roi, décida son armée à dé* serter la tause de la France, et* porta 60,000 hommes du côté des coalisés : c'était pour nous une différence de 120,000 eombattans.
U»p«ick , située sur l'Elster», au eonfluent de ta Plëss et de ta Parlba , offre , en avant de ses faubourgs , de belles positions à d^^pudre. 600,000 hommes et 3,000 pitcea de
HISTOIRB
canon s'y dirigeaient par divers chemins pour y décider à qui appartiendrait la dictature de TEurope.Mais il felluttrois jours dlîe sanglans combats pour résoudre cette grande questicm. L'Empereur y était arrivé le 15 octobre, et dès le 16, 1 36,000 Français , attaqués par trois c6tés à la fois , avaient à tenir tète à 230,000 alliés.— La grande armée de Scharwtzenberg faisait face à Tannée commandée par Napoléon , qui s'étendait sur les hauteurs et dans la pdaine , entre la Pleiss et la Partha , le centre au petit village de Wachau. Les Français étaient au nombre de 96,000 combattans , le prince autrichien en réunissait 140,000. Néanmoins, après une lutte qui dura toute la journée et qui fut balancée par des succès divers, la victoire resta à Tannée française: Teisnemi avait éprouvé une perte de 30,000 hommes , tués, blessés ou faits prisonniers. Poniatowski, qui s'y était distingué à la tète des Polonais, reçut le bâton de maréchal de Tempire , sur le terrain même où il avait combattu et où il avait fait poser les armes à la colonne autrichienne du général Merfeldt. — Pendant que Ton combattait à Yachau , Ney, sur la gauche, soutenait, avec 2i^,000 hommes seulement, Tattaque de 70,000 Prussiens , conduits par le général Blucher, et conservait, malgré de grandes pertes, les positions qu'il était chargé de défendre.— En arrière, sur la droite deTarmée et de Tautre c6té de TEIster, le général Bertrand , à Lindenau , était encore plus heureux : avec son corps de 15,000 hommes il culbutait les 20,000 soldats de l'autrichien Giulay et en débarrassant la route d'Erfurth, assurait nos communications avec le Rhin.
Après la bataille, TEmpereur se fit amener M. de Merfeldt. Depuis long-temps il connaissait cet officier-général. M. de Merfeldt avait été chargé, en Italie, de lui demander le célèbre armistice de LéOben ; plus tard," négociateur de Gampo- Formio , il avait porté à Vienne le traité de paix qui sauva la maison d'Autriche des ressentimens du Directoire; c'était lui enfin qui^ dans la nuit d'Âusterlitz, avait transmis à TEmpereur des Français la première demande d'armistice faite par les deux empereurs vaincus. Napoléon, à son tour, avait besoin d'un négociateur pour une suspension d'armes
ou ponr la paix. Il lui rendit la liberté , le chargea de ses propositions pour les souverains alliés , et d^offrïr en son nom un armistice au général qu'il venait de vaincre. La voix de M. dç Merfeldt devait réveiller des souvenirs favorables au saccès de son message. 1
. La journée du 17 se passa dans Tinaction; TEmpereur attendant du quartier général ennemi une réponse mi ne vint pas; les coalisés calculant que la jonction de Tannée de réserve de Béningsen, qui allait arriver en ligne le lendemain au plus tard , augmenterait leurs forces de 100,000 henunes.
Le lendemain, 18, Tarmée française, avec quelques renforts survenus dans la nuit, s'élevait à 123,000 hommes. Le nombre des alliés s'était accru jusqu'à 330,000 combattans. Bernadotte était arrivé en ligne et s'était réuni à Blucher ; et sans doute, afin que ses anciens compagnons d'armes n'ignorassent pas qu'il était devenu- l'allié et le stipendié de r Aiigleterre , son artillerie , en se mettant en batterie , salua les troupes du maréchal Ney par une déch^ge de fusées à la Gongrève. La journée devait éclairer encore une trahison inouïe , sans exemple dans les annales militaires. Pendant la bataille, les Saxons, au nombre de 12,000 avec 40 pièces de canon, passèrent à l'ennemi. Le général qu'ils choisirent, dans une armée qui comptait de braves et généreux guerriers , défenseurs dévoués de leur patrie , fut ce même Bernadotte , et afin que rien ne manquât à l'infamie de leur conduite, non contents de livrer, par leur trahison, le poste qu'ils avaient été chargés de défendre, ils tournèrent sur-lechamp leur artillerie contre les divisions à côté desquelles ils avaient jusqu'alors combattu. Bernadotte accueillit les généraux saxons avec la plus grande^gracieuseté.
Cependant, tous les efforts de la grande armée alliée avaiept porté sur le village de Probstheyda où l'Empereur s'était tenn pendant la plus grande partie de la journée. Les troupes françaises et les masses russes étaient restées toute la journée immobiles sous le feu d'une formidable artillerie; mais l'ennemi, malgré sa supériorité numérique et ses attaques naultipliées , n'avait fait aucun progrès , nos troupes
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uvalënt conset^vé toutes leurs positions , seulement à gancbe le eorps du général Régnier, diminué de plus de moitié par là tfahison des Saxons , avait évacué vers le soir le village de Schœnfeld et s'était retiré derrière le ruisseau de Reudnitz. Déjà , dans le camp des souverains alliés , les géHéraut , rebutés par une résistance aussi tenace , délibéraient s*il ne conviendrait pas de renoncer â emporter Leiplick de vive fbrce , et laissant seulement en Face de Farmée i^ançaise un corps d*observation, de tourner la ville, et d'aller êé placer en remontant TElsler sur la route d'Brfurth.
Dans le camp français, une autre décision devait se prendre : Napoléon , assis au prts du feu dé son bivouac , dictait BU infl}or-génël*al ses ordres pour la nuit et pour le lendemain, lorsque les générant commandans de rartillerie vinrent lui rendre compte dé Tépulsement des munitions. Oo avait tiré dans la journée 95,000 coups de canon; et depuis einq jours ^ plus de 230,000. Lés réserves étaient vides, 16,000 coups y restaient Seulement : c'était à peine de quoi entretenir Vivement le ffeu pendaiit deux heures. On ne pouvait se rapprovisionner qu'à Magdebourg ou d Erfui-th, dépôts les plus voisins de Tar mée.
Dans cet état de choses, l'Empereur dut renoncer à conserver le champ de bataille. Il se décida à la retraite, qu'il ftUut encore proléger par un éombat. Le lendemain , et sous le feu de l'ennemi, eut lieu le passage de TElster. La fatalité, qui pesait sur lès destinées de Tarmée française , fit qu'un simple caporal de génie se trouva chargé de faire sauter le pont lorsque l'ennemi arriverait. Un hourra de Cosaques, la fusillade de quelques tirailleurs , firent croire à ce militaire que le moment était arrivé : il mit le fen â la xàtthe et le pont sauta. La retraite fut ainsi coupée aux corps qui défendaient la ville. Le maréchal Macdonald n'échappa à la captivité qu'en traversant l'Elsler a la nage. Le brare Poniatowski, en voulant rimiter, s'y noyât 16,000 hommes, 200 pièces de canon et une partie des bagages de l'arihée, tombèrent, avec Dresde, au pouvoir de l'ennemi. La retraite dé l'armée française, harcelée par Tinnômbrable cavalerie des coalisés, se fit lentement et avec ordre. L'armée,
après avoir repassé la Saale, se dirigea sar le Rhin; maisun des alliés qui venait de nous abandonner essaya d'augmenter encore nos désastres. Le général bavarois, de Wrede, naguère comblé de bienfaits de FEmpefeilf, prit |)o^ition à Hanau avec 60,000 hommeé , dans Tespolr d'arrêter Tarmée française et de faire poser les armes k Napoléon. Celait ^ à la rigueur de la saison prè$, une parodie de KutttSofP à la Bérésina» Sa témérité reçut une juste punition ; ce fut eu passant sut* le corps de ses divisions que Tarmée f^nçaiSe gagna la route de Mayence.
Napoléon avait reçu à Erfurth tes adieui du roi de Natales, qui retournait dans ses États avec une &me un peu ébranlée par toutes les trahisons dont il avait été témoin. L'Empereur, en le. voyant partir, pressentait sa prochaine défection; mais il ne put se séparer de cet ancien compagnon d'armes sans Tembrasser à plusieurs reprises, comme s'il avait prévu en même temps qu'il ne devait plus le revoir. Murât a expié, par la perte de sa couronne et par une mort fatale ^ l'erreur qui en fît uii moment l'ennemi de son beau-frère<
L'Empereur revint à Paris. L'année 1813 avait va l'armée Française ramenée des bords du Niémen jusqu'aux rives du Rhin, et pour arriver même à Mayence, il avait fallu combattre à chaque pas. Et cependant , « sur l'étroit chemin où «tant de défections éclatantes et de sourdes trahisons res- « serraient sa marche et gênaient ses mouvemens, des troa phées encore avaient sighalé son retour, a
En 18i2, l'armée française succomba sous la rigueur des saisons; en 1813, elle fut victime de la trahisoti dé dès alliés.
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RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE