‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 5 sur 46 · ITALIE.— CAMPAGNE CONTRE WURMSER · texte numérisé non relu

ITALIE.— CAMPAGNE CONTRE WURMSER

9TBG1 DE MINTOBB. — BtTiILLES DE CISTIGLIONE Kt DE E4SS1N0.

la. toami^sion du Piémont, laraineet rex{Hitsionde Varmée autiîclùeiiDç , tant de victoires si rapides et si brillantes , auraient suFS sans doute pour éblouir un général ordinaire, mais Napoléon n'était pas homme à se laissa* ainsi aveugler par la fortune. D savait qo'au sein de ses conquêtes, au miliei] même de ses triomphes , de nouveaux et grands embarras allaient lui être suscités.

L'Autriche ne paraissait point découragée du malheur de ses armes: elle avait puni le général de la débite des SQldats. Beaulieu avait été remplacé par Mêlas, qui avait réo^anisé l'armée et auquel devait succéder , au moment de rentrer en campagne, le maréchal Wurmser, vieux général plein d'audace et d'énergie, dont la longue carrière militaire avait été marquée par de briltans succès en Allemagne et en Turquie , et qui naguère encore venait de vamcre les wmées républicaines à Weissembourg,- à Heidelberg et dans le Falatinat.

Wurmser arrivait à marches forcées des bords du Rhin, avec un omrps de trente mille hommes d'élite, pour se réunir, dans la vallée de T Adige , aux débris de l'armée de Beaulieu qui , jointe aux levées tyroliennes , formait encore un total de quarante mille combattans.

L'armée française, que la nécessité de conserver les pays conquis forçait à se disséminer, et qui , chargée du siège de Mantoue, où se trouvait une garnison de qumze mille hommes, allait avoir à tenir tète à cette nouvelle armée de soixantedÛL mille Autrichiens, ne comptait en tout que quarantecbq mille liemmes.

La situation taitérieure de la Péninsule était loin d'être tranquillisante, dédant A l'éclat de nos victoires , les petits princes d'Italie avaient souscrit des armistices à des conditions glorieuses pour nous; mais le roi de Sardaigne, les ducs de Modède et de Plaisance, en déposant les armes, n'étaient pas devenus nos amis. Les peuples de la Lombardie, par leurs diverses tentatives de révolte , avaient prouvé qu'ils étaient fort divisés d'opinions et de sentimens à notre égard. L'insurrection agitait les fiefe impériaux; on y arrêtait les convois et assassinait les malades; les communications de l'armée avec Gènes étaient devenues difâciles et périlleuses. La cour de Rome soulevait, par ses mtrigues, les populations de t'halie centrale» Naples , dont les dispositions étairat contraires à la Frsmce , pouvait se décider à combattre , secourir le pape et faire marcher à l'improviste des troupes nombreuses sur Anctoe ou sur Sienne. La Toscane , il est vrai, avait feit en 1795 ta paix avec la République , mais les Anglais occupaient la Corse, et de là soufflaient la discorde en Italie. Leur flotte, maîtresse du port de Livoume , se trouvait ainsi à portée , lorsque les opérations recommenceraient sur l'Adige, de jeter sur le continent dix mille hommes qui auraient rallié derrière l'armée française une masse imposante d'ennemis. Enfin, à ce tableau , qui est* loin d'être surchargé , il faut jouter Venise, qui, avec une armée de vingt mille soldats étrangers et plus de cinquante mille hommes de milice , pouvait à elle seule faire pencher la balance. Venise, mécontente de la neutralité armée qu'elle n'avait pas su faire respecter et qui

rainait ses finances , n'attendait pour se prononcer et devenir hostile qu'un échee arrivé au général républicain.

Bonaparte comprit tout ce que cette position avait de critique. Par son activité ferme et par son langpage de vainqueur, ilréussk à contenir des ennemis secrets et des alliés douteux. Il lui fallait de l'activité , de Tâiergie , beaucoup d'aplomb , de patience et de sage prudence. Jamais général ne déploya ces qualités à un plus haut degré qu'il ne le fit alors. 11 calcula le temps qui devait encore s'écouler jusqu'à la reprise de la guerre , et résolut d^n profiter pour en finir avec tous ces ennemis secondaires , ces neutres mécontens et incertains. Son activité, la célérité de ses marches, la promptitude de ses manœuvres, suppléèrent aux: troupes qui lui manquaient Mantoue était investie, Vérone occupée, l'armée établie sur l'Adige gardait les débouchés du Tyrol; il se bâta d'employer le peu de troupes qui lui restaient disponibles. En peu de jours les troubles des fiefe impériaux furent comprimés; les légations de Bologne et de Ferrare furent ocoipées et enlevées aux intrigues de la cour de Rome. Le pape, trop heureux de sauver ses États, signa à Foligno un armistice par lequel il rencmça à ces légations, c(m$entit à recevoir une garnison française à Ancône , et s'obligea, outre l'abandon de cent chefs-d'œuvre des arts et de cinq cents manuscrits précieux , à payer à la République une somme de vingt millions. Dans le même temps, le roi de Naples, ébranlé par l'exemple du roi de Sardlsiigne et sollicité par le roi d'Espagne, s'était lassé d'une guerre dont il n'entrevoyait que les charges et les dangers, et avait envoyé au quartier général de Bonaparte un ambassadeur qui, après avoir signé un armistice avec le général en chef de l'armée d'Italie, partit pour Paris afin de traiter de la paix définitive avec le Directoire. Enfin le port de Livoume, occupé par une garnison française et fermé aux vaisseaux ennemis, vit bientôt partir une expédition navale qui délivra la Corse de la domination britannique.

On sait que la famille de Bonaparte est originaire de Toscane : le général en chef, après son excursion à Bologne , fut reçu à San-Miniato par un abbé Bonaparte qui se trouvait très flatté de l'honneur d'être son parent. Ce bon vieil-

lard le traita splendidement lui et son état-maûor; et qnaod le général le pressa de lui demander quelque fiaiyeur , il le pria très sérieusement d'obtenir du pape la canonisation d'un certain père Bonaventure Bonaparte, capucin de Bologne, depuis long-temps béatifié. Le chef des armées républicaines rit beaucoup de la bonhomie de ce brave abbé , dont les idées étaient si peu en harmonie avec celles du jour. Mais Vàbtoé ne se découragea pas , il le pressa tellement qu'il ctoûat la promesse qu'il désirait ; a voulant , disait-il , avoir dans la ha mille un grand homme sur la terre et un saint dans les « cieux. » Plus tard l'abbé Bonaparte, qui était fort riche, institua Napoléon sou héritier. L'empereur accepta, mais pour faire don Ae cet héritage à un établissement d'utilité publique en Toscane.

Gefut à Florence, pendant une entrevue avec le grand-duc de Toscane, que Sionaparte reçut la nouvelle 4e la prise de la citadelle de Milan , dont la capitulation rendait disponible l'artillerie nécessaire au siège de Mantoue.

Ces succès multipliés produisirent l'effet qu'on en attendait. Les dispositions des peuples de lltalie devinrent généralement favorables aux Français. Milan , Bologne , Ferrare en donnèrent la preuve en organisant spontanément des gardes nationales qui rendirent de grands services à nos armées. Les Italiens voyaient alors en nous les libérateurs des peuples. Nos victoires n'atteignaient que leurs oppresseurs , nos triomphes étaient des fêtes pour la liberté. Néanmoins les partisans de l'absolutisme autrichien cherchaient à effrayer les classes éclairées, en leur représentant les républicains comme des ennemis naturels des sciences et des lettres, et en leur rappelant quelques manifestations absurdes de l'ignorance et de la barbarie révolutionnaires contre les connaissances humaines. Ils avaient ainsi réussi à épouvante quelques savans. Le général Bonaparte connaissait l'empire de l'opinion ; on a vu qu'il aimait et cultivait les sciences : sa politique élevée , sa tolérance large et généreuse se montrèrent d'une façon éclatante , -dans une lettre qu'il écrivit au célèbre astronome Oriani, et qui, rendue publique, réduisit bientôt au silence les calomniateurs ennemis et lui attira l'affection de tous les

hommes distingués de TltaUe. « Les sciences qui hmiorent «resprit humain (disait-il) , les arts qui embellissent la vie et «transmettent les grandes actions à la postérité, doivent être «spécialement honorés dans les gonvememens libres. Tous «les hommes de génie, tous ceux qui ont obtenu un rang dis- «tingué dans là république des lettres, sont Français, quel que «soit le pays qui lésait vus naître. — La pensée est devenue «libre en Italie... 11 n'y a plus ni inquisition, ni intolérance , «ni despotisme. J*invite les savans à se réunir et à me proposer «leurs vues sur les moyens qu'il y aurait à prendre, ou les be- « soins qu'ils auraient, pour donner aux sciçnces et aux beaux- «arts, une nouvelle vie et une nouvelle existence. Tous ceux « qui voudront aller en France seront accueillis avec distinction «parle Gouvernement. Le peuple français sgoute plus de prix « â l'acquisition d'un savant mathématicien, d'un peintre de ré- « putaticm, d'un homme distingué, quel que soit l'état qu'il pro- « fesse, qu'à celle de la ville la plus riche et la plus abondante. »

Dans le même temps, et comme pour prouver que ses promesses n'étaient pas de vaines paroles , il réorganisait et faisait rouvrir la célèbre université de Pavie.

Cest encore de Milan qu'il écrivit à un commissaire du Directoire , qui voulait se mêler des opérations de l'armée , une lettre pleine de dignité , où l'on remarque ces passages empreints d'une haute raison et qui peignent bien le caractère calme et la volonté ferme du général de l'armée d'Italie : «La réquisition que vous avez faite au général Vaubois est «contraire à l'instructionque m'a donnée le Gouvernement. Je «vous prie de vous restreindre désormais dans les bornes des «fonctions qui vous sont prescrites par le Directoire exécutif ; «sans quoi, je me trouverais obligé de défendre à l'ordre « de l'armée d'obtempérer à vos réquisitions. Nous ne sommes «tous que par la loi : celui qui veut commander et usurper « des fonctions qu'elle ne lui accorde pas n'est pas r^ublicain. d

Complètement tranquille sur les mouvemens intérieurs de l'Italie, Bonaparte vint presser l'attaque de Mantoue. Voici quelles étaient alqrs les positions occupées par Tarmée française, dont une division, celle du général Serrurier, forte de

dix mille hommes , foisait le siège de cette vflle. Cannée était en observation sur TAdige jusqal la rive ocddentaie du lac de Garda. La division Augerean , de huit mille hommes, formait la droite, à Legag^o ; Masséna avec quinze miUe était au centre , à Rivoli et à Vérone; le général Saoret avec quatre mille composait la gaudie, à Salo; enfin la réserve de six mille se trouvût entre la droite et le centre. Toutes ces troupes, y compris ladiviâonSemirier, s'âevaient àquarante trois mille combattans.Dans cette porition le général en chef conservai la faculté de réunir la totalité de son armée sur Tune ou Tautre rive du Mindo , selon la manière dont se développeraient les forces de Tennemi.

Wurmser était arrivé à Tannée autrichienne. U dâiondia du Tyrol dans les derniers jours de juillet Ses premières manœuvres obtmrent du succès. Le général Qnasdanowich , avec vingt-cinq mille hommes, se porta par la rive droite du lac de Garda sur Salo et Bresda : Saur^, obligé de céder au nombre, fot rejeté sur Desenzano. Le vieux maréchal, laissant Davidowich à sa gauche avec dix miOe hommes , descmdit avec les trente-cinq mille restant , et sur trois colcmnes , par la vallée de TAdige. Masséna fot obligé d'évacuer Rivoli. Ces nouvelles parvinrent k Bonaparte au moment où la vHle de Mantoue, réduite aux abois, était surle point d'ètreprise. Elles étaient faites pour effirayer un général ordinaire , Bonaparte y entrevit une chance de succès. Wurmser, en descendant da Tyrol, à la fois par Bresda et par TAdige , divisait ses forces par le lac de Garda. Si Tàrmée répul^caine était trop fiiible pour faire foce aux deux divisions de reimemi,.elle pouvait battre chacune d'elles séparément , et par sa positicm Bcmaparte se trouvait entre elles* Il lui était donc posâble, en rétrogradant rapidement , d'envelq>per la division d^oendue à Brescia , de la prendre prisonnière , ou de la battre complètement ; et ensuite de revenir sur le Mindo attaquer Wurmser et l'obligera regagner le Tyrol. Mais pour exécuter ce projet il fallait lever à l'instant le siège de Mantoue , car le moindre retard aurait donné à Wurmser le tempsTet les moyens de se réunir à Quasdanovich.

Bonaparte se décida sur-le-champ. Le siège de Mantoue fut

levé ; cent (piarante cancHis encloués f urenJ; laissés dam les traachées. S'embairasser de cette artUterie £ût été compromettre le succès de Topération qui dépendait pviacipalemeat de lacâéritédeainouveiBeus; d'ailleurs Bonaparte Tavs^t dit: ftSinous battons TeuBemi, ces canons seront reprisavecMana toue ; dans le cas contraire ils juraient toiûonrs été pi^dus. »

C'est ici que commence cette série de combats et de victoires que nos scddats appelèrent la campagtàe des cinq jours; jours d'héroïques actions, de savauites manœuvres, d'audacieuses entreprises , où le général se montra su périeu raux événemens , où Tarméel s'éleva à la hauteur du général ■ et oA l'on vit une division tout entière, la division Guyeux, rester sans pain pendant quarante-huit heures de suite, sans, néanmoins cesser de marcher, de conAattre et de vaincre , tant le désir de la gloire, Tamour de la liberté et ledévouem^t à la patrie donnaient alors de force, de patience et de courage aux soldats de la (lépublique.

Bonaparte se porta à la rencontre de Quasdanowidi ; l'ennemi fut expulsé de Lonâto, de firescia d; de Salo, et forcé de se repliear sur Gavardo, où sa retraite fut favorisée par les montagnes. L'armée française s'étaUit sur la Chîesa,

Wurmser, au lieu de chercher &. opérer promptement sa jonction avec Quasdanowich , avait cédé au désir de £sâre son entrée triomphale à ^Mantoue. Il ne passa le Mincio que le 2 août au soir, pour se diriger sur GastigUone, et laîssa.ainsi le temps à l'armée française de bsyttre de nouveau son lieu- ' tenant , qui , après sa retraite sur Gavardo , avait repris l'offensive , ctttt>uté l'avant-garde de Masséna à Lonato , et cherchait à se réunir avec le gros de l'armée autrichienne. Bonaparte, pour s'opposer aux succès de Quasdanowich, se mit lui-mèQi6 à la tète des troupes , reprit Lonato , et rejeta une

' «Vous croiriez, qu'arrivés au biyouac, nos soldats doivent au moins dor- «mir , point du tout : chacun fait son compte ou son plan d'opération du «4endeBiain , etsouvent l'on en .volt <|ui rencontrent très juste. L'autre jour, •je vo3i^ défiler une demi-brigade ; un (diasseur s'approche de mon cheval : •Général, aie dit-il, il faudrait faire cela. — Malheureux ! lui dis -je « veux-tu bien te taire? — 11 disparaît à l'instant. Je l'ai fait en vain chercher: « ce qu'il me disait , c'était justement ce que j'avais ordonné que l'on fit. »

{Rapport de BûnapttrU au Directoirs,)

b» HISTOIRE

seconde fois remiemi sur Gavardo. Une troirième tentative, qu'essaya le lendemain le général autricbien pour arriver jusqu'à Wurmser , n'eut pas une meilleure issue. Bmaparte avait prévu son mouvoneut et donné des ordres en conséquence. L'ennemi, surpris au camp de Gavardo et dans sa marche entre Salo et Lonato, fiit mis dans une dâxmte complète, et forcé de reprendre le chemin du Tyrol. L'armée française se trouva ainsi définitivement débarrassée de ce corps d'armée , menaçant non moins par sa force que par la direction stratégique qui lui était assignée.

Cependant, si la fortune seconda dans cette coiqcMictnre les combinaisons de Bonaparte, elle lui faisait courir au même instant, au milieu même de son quartier général, le plus grand danger. La division Masséna venait de quitter Lonato pour attaquer Quasdanowich. Le général en chef n'avait conservé avec lui que douze cents hommes. Tout à coup il apprend que la «ville est cernée ; un parlementake autrichien se présente pour le sommer de se rendre. La présence d'eq>rit de Bonaparte le sauva : il fit introduire le parlementaire en sa présence , au milieu de tout son état-major. Là , il lui fit débander les yeux, et, d'un ton irrité : a Monsieur, lui dit-il, «allez dire à celui qui vous envoie que, s'il a la prétention de «prendre le général en chef de l'armée d'Italie, il n'a qu'à «avancer. Il doit savoir que je suis à Lonato avec l'armée «républicaine. Je le rends responsable, lui et tous les offi- «ciers généraux et supérieurs de sa division, de l'insulte «personnelle qui m'est faite. Dites-lui que , si dans huit mi- «nutes sa division n'a pas posé les armes, je fois tout fo- «siller. dLc parlementaire étonné retourne auprès de son général. Tout , à Lonato , se prépare pour l'attaque. Le chef de la colonne autrichienne désire être entendu : il propose de se rendre et veut capituler. « Non , répond Bonaparte , vous êtes prisonniers de guerre. » Le général ennemi hésite : Bokiaparte donne l'ordre de faire avancer les grenadiers, l'artillerie , et d'attaquer. Celui-ci , effrayé, s'écrie alors : «Nous « sommes tous rendus, d La colonne qui posa ainsi les armes devant Bonaparte était forte de quatre mille hommes d'in£auitcrie, de cinquante de cavalerie, et avait deux pièces d'artillerie.

Le 5 août les deux années étaient en présence sur le champ de bataille de Gastiglione ^ où , deux jours auparavant , la division Âugereau , apris un combat meurtrier et opiniâtre qui avait duré huit heures, avait défoit Tavantgarde de Wurmso* et contenu le corps du maréchal. G*était pendant que Quasdanovnch tentait de son côté de forcer le passage à Lonato.

L'armée de Wurmser se trouvait affiûblie par deux déta- Ghemois que le vieux général avait dirigés Fun sur le Bas- Pô et l'autre sur Peschiera. Elle ne comptait que vingt-cinq mille hommes d'in£mterie qui occupaient une l)elle position sur )es hauteurs de Solferino et deMedolano en foce de GasûfjËxme , mais elle avait une cavalerie nombreuse ; une redoute soigneusement fortifiée et armée d'artillerie couvrait la gauche de sa position.

L'armée française , réunie à Gastiglione , présentait une force égale à l'infonterie autrichienne ; c'étaient les divisions Angerean et Masséna et la réserve. Bonaparte comptait en outre sur la division Senrurier, qui, d'après ses ordres, avait dû marcher toute la nuit pour venir attaquer par derrière la gauche de Tannée ennemie: L'arrivée de cette division devait 6ire pencher la balance en foveur des Français. Bonaparte , afin de lui donner le temps de venir prendre part à l'action , fit d'abord foire un mouvement rétrograde pour attirer Tennemi hors de sa position, et se borna à soutenir sa ligne, mais sans donner un caractère prononcé à l'afiEaire. Ge ne Alt qu'à l'apparition des troupes de Serrurier que l'action s'engagea sérieusement. Tandis qu'elles attaquaient la gauche, Augereau chargea aussitôt le centre et Masséna la droite : le chef de bataillon Marmont , aide de camp du général en chef, avec vingt pièces d'artillerie et l'ac^udant général Verdière , avec une demi-brigade , furent chargés d'emporter la redoute. Débordé à gauche et menacé d'être culbuté sur le lac de Garda , Wurmser jugea qu'une prompte retraite pourrait seule le sauver ; il repassa le Mincio , abandonnant à l'armée française deux mille prisonniers , vingt canons et cent-vingt caissons.

Afin de ne pas laisser au général autrichien le temps de

s'établir solidement sur le Miocio, et de rappder à lui Quasdanowich, BoDafKirte traversa cette rivière le lendemain, attaqua Vepnemi auprès de Peschiera , le battit de nouveau et le força de chercher un refuge dans le Tyrol.

Bientôt tous les postes qu'oGGl^)ak Tarmée sur les deux rives du lac de Garda, avant le mouvement offensif de Wurmser, se retrouvèrent en notre possession. La division Serrurier retourna devant Maatoue; nuiis, à cause de ia perte irréparable du parc de siège, il £alliit se contenter de ftunmar le blocus de cette ville.

L'armée autrichienne , dans cc^e courte campagne , avait perdu vingt et un mille hommes, dont quinze miUe pr^^niers, soixante-dix canons et tous ses caissons; mais le cabinet de Vienne avait trop à cœur la conservation de ses £iats italiens pour se laisser abattre par ces défaites. Wurmser trouva en arrivant dans ïe Tyrol de nouveaux renforts qui lui rendirent la supériorité numérique sur Tannée républicaine; son armée fut de nouveau portée à un effectif de plus de soixante mille hommes.

Wurmser avait reçu Vordre poskif de délivrer Mantoue. Il s'imagina pouvoir atteindre ce but aans combat et par de simple manœuvres; laissant pour couvrir le Tyrol le général Davidowidi avec la moitié de «es focoes , il descendit luimême , avec trente miUe hommes, par la vallée delà Bnenta, afin de déboucher sur Porto-Legagno et les derrières de l'armée française. Il supposait que le général Bcmaparte n'aurait alors d'autre parti à prendre que de se replier derrière le Mincio , et il espérait ainsi , par le seul effet de ses combinaisons , devenir le libérateur de Mantoue.

Malheureusement pour lui , au moment où il dégarnissait sa droite pour manœuvrer sur la gauche , Bonaparte, qui venait de recevoir un renfort de six mille hommes de l'armée des Alpes, prenait la résolution de pénétrer au cour du Tyrol pour faire avec les armées d'Allemagne la jonction projetée depuis le commencement de la campagne d'Italie ; jonction à laquelle il dut renoncer en apprenant plus tard que Jourdan avait été battu à Amberg par le prince Charles , et que Mo-

reau , par suite de la défoite de rannée du Sambrc^et-Mense , n'avait pas pu porter Tannée du Kiin sur Inspruck.

Le mouvement de Bonaparte sur leTyroleutun plein succès- Davidowich, battu successivement à Mon, ABoveredo et Galiano, fut forcé, après avoir perdu six mille prisonniers et trente pièces de canon , d'abandonner Trente à Farmée r^ublicaine. Bonaparte avait a[qpris , dans le cours de sa marche Tictorieuse, le mouvement de Wnrmsér. L'occupation de Trente, en lui livrant l'entrée de la vallée de Brenta, découvrait les derrières de l'armée autrichienne ; il résolut de profiter de sa position pour accabler Wurmser. Il se mit aussitôt àsa poursuite, laissant en arrière la division Yaubois pour contenir Davidowich et masquer son mouvement. Il avait avec faii les divisions Masséna et Âugereau. Dans sa marche rapide, les gorges de la Brenta ftiradt forcées, les troupes échelonnées sur la route pour assurer les communications de Wurmser avec le Tyrol furenf attaquées et battues à Primolano et à Govelô.

Wurmser avait déjà atteint Bassano , mais voyant que Bonaparte au lieu de trembler pour ses propres communications marchait sur les siennes, il ne sut ni avancer ni reculer à propos. De tous les partis qu'il avait à choisir il adopta le plus mauvais , c'est-à-dire qu'il s'arrêta à Bassano pour attendre l'événement. Son armée était établie sur les hauteurs en avant de la ville , l'avant- garde à Solagna et à Gampo - Lungo. Le 8 septembre, à sept heures du matin, l'action commença. L'ennemi culbuté par l'attaque impétueuse des soldats français fot rejeté dans Bassano. Les divisions Masséna et Augereau , ar^ rivées devant la ville sur les pas des fuyards , y entrèrent de vive force après avoir enlevé au pas de course le pont de la Brenta, défondupar de l'artillerie etpar un bataillon de grenadiers , l'élite de l'armée autrichienne. Le quartier général de WnrmserétaitàBas8ano,lemarédial s'y trouvait avecson étatmajor ; il n'eut que le temps de se sauver en toute hâte et faillit être pris par les guides du général Bonaparte. Cinq mille prisonniers , cinq drapeaux , trente-cinq pièces de canon , deux équipages de pont, deux cents fourgons, portant les bagages de l'armée, forent les trophées de cette glorieuse jour-

née, à la suite de laquelle Wurmser, avec la gauche de son corps de bataiUe, se retira sur Fonteniva, y passa la Brrata et se dirigea sur Yicence. Quasdanowich avec la droite, ne pouvant plus réussir à gagner la Brenta, dut se replier sur le Frioul.

D ne restait à Wunnser quequatorze mille hommes entièrement désorientésetjetés dans un pays oùVarmée française était maîtresse de toutes les routes. Bonaparte pouvait eq[>érer de lui feire mettre bas les armes et manœuvra de manière à lui fermer toutes les issues. Augereau marcha sur Padoue , Masséna sur Yicence ; le général Sahuguet, qui commandait la division Serrurier, étaitchargé d'empêcher Wurmsor d'approcher de Mantoue. La prise de Legagno , suite de la feiblesse du commandant de cette {^ce , en fecilitait rapproche au général autrichien. Les troupes» allemandes , poursuivies sans relâche , étaient harassées de fatigue : Wurmser se reposa un jour à Legagno. Ce repos imprudent pouvait lui feire perdre Tavance qu'il avait-gagnée. Masséna , qui avait passé TAdige àRonco, se trouvait à portée , en marchant sur Sanguinetto, de lui fermer la route de Nogara ; mais, égaré par un guide , au lieu d'aller directement sur Sanguinetto, il fut conduit à Gerea, où l'ennemi de son côté arrivait en force. La colonne de Wurmser, trouvant dans sa situation désespérée une énergie qui ne lui était pas habituelle , culbuta l'avant-garde firançaise et continua sa marche.

. L'échec de Gerea n'aurait encore rien changé à l'état des affaires si le général Sahuguet eût , comme il en avait reçu l'ordre , fait couper tous les ponts de la Molinella. Gelui de Villa Impenta avait été oublié. Wurmser s'empressa d'en profiter et échappa à une ruine certaine , en allant s'enfermer dans Mantoue. Il entra avec seulement douze mille hommes fugitifs, abattus par leurs défaites et leurs fatigues, dans cette ville, où il s'était flatté de pénétrer en libérateur victorieux.

Wurmser avait espéré tenir la campagne aux environs de Mantoue, et la débloquer ainsi en quelque sorte. Les combats de La Favorite et de Due-Gastelli, la bataille de Saint-George, livrés en vue des glacis, et où il laissa, au pouvoir de nos soldats, troismille prisonniers, vingt-deux drapeaux et vingt-cinq

canons, obligèrent les Autrichiens à rentrer dans la place. Le blocus fut aussitôt resserré avec la plus grande rigueur, et confié de nouveau à la division Serrurier, que les combçtts et les maladies avaient réduite à huit mille hommes , et dont le général Kilmaine reçut le commandement. Le resite de Tannée revint se placer en observation devant le Tyrol.; Il eût été inutile et imprudent d'y pénétrer, alors que Jourdan était ramené sous le canon de DusseldorfF, et Moreau replié sous celui de Kell. Cette invasion sans but n'eût servi qu'à laisser échapper Wurmser.

Tandis que les intrigues autrichiennes et les ïnenées des petits princes italiens tendaient à créer des embarras à Tarmée française parmi les souverains, toutes les pensées du général Bonaparte étaient de lui assurer des appuis parmi les peuples. La régénération complète de l'Italie , par la création de républiques indépendantes, devait atteindre ce but. Bonaparte savait que la grande nation italienne , délivrée du joug avilissant de rAutriche , réunie et vivifiée par des institutions libres et par l'amour de la patrie , serait pour le peuple français une alliée naturelle et dévouée; ce n'est pas lui qui eût laissé écraser les patriotes italiens. Toutes ses lettres au Directoire réclament cette noble et politique mesure , la constitution définitive de l'Italie en république. «Il faudrait, écrit -il, réunir un congrès à Modène ou à «Bologne, et le composer des députés des États de Fer- «rare , Bologne , Modène et Reggio. — 11 faudrait avoir soin «qu'il y eût, parmi ces députés, des nobles, des prêtres, « des cardinaux , des négocians , enfin des hommes de tous les «états, généralement estimés et reconnus pour patriotes.— « 1** On y arrêterait l'organisation de la l^ion italienne ; «2» on fierait une espèce de fédération pour la défense des «communes; S^^le congrès pourrait envoyer des députés à «Paris pour demander la liberté et l'indépendance de l'Italie. « —Gela produirait un très grand effet.-— Il est indispensable «de ne négliger aucun moyen pour répondre au fanatisme « de Rome , et pour nous faire des amis. 3>

Les projets da Directoire étaient opposés aux plans généreux de Bonaparte. Le Directoire voulait la paix , mais c'était de rAutriche qu'il prétendait Tobtenir , dût la liberté de ritalie en être le prix. Il répondit froidement aux chaleureuses réclamations de Bonaparte en faveur de la nation italienne : c( La politique et nos intérêts bien entendus, envi- « sages sainement, nous prescrivait de mettre des bornes à « l'enthousiasme des peuples du Milanais , qu'il convient toua jours de maintenir dans des sentimens qui nous soient «favorables , sans nous exposer h voir se prol<mger la guerre «actuelle par une protection ouverte et en les encourageant a trop fortement à manifester leur indépendance. »

Aiiisi , en faisant briller la liberté aux yeux des populations italiennes , ardentes et dévouées , ce n'était pas un don que le Directoire voulait leur faire ce n'était qu'un prêt qui devait leur être retiré si le sacrifice de leur indépendance , conquise par tant de victoires , devenait nécessaire à la conclusion du traité avec l'Autriche; prêt fetal, et qui leur aurait rendu plus amer et plus flétrissant l'esclavage sous lequel elles seraient retombées.

Bonaparte avait le cœur trop haut placé pour ne pas comprendre que l'existence nationale de l'Italie importait à sa gloire , aussi bien qu'aux succès de ses opérations militaires. Il ne pouvait servir la politique mesquine et tortueuse du Directcrire ; et pendant que, pour assurer la tranquillité de la Péninsule , il faisait fortifier et armer Rzzighetone , Reggib , toutes les places des rives de l'Adige et de TAdda , ainsi que les châteaux d'Urbin et de Ferrare , il encourageait , par son approbation, les efforts des patriotes qui, en deçà€t au-delà du Pô , créaient les républiques dspadane et transpadane. Cette forme de gouvernement offrait le seul mode de réorganisation de l'Italie qu'il fût possible d'espérer de l'esprit du moment. Les bases principales de Tadministration des nouvelles républiques furent établies d'après les conceptions du général en chef.

Pour foire apprécier les talens que Napoléon déployait comme général et comme administrateur, et montrer quelle opinion avaient déjà ses contemporains de son génie et de

s(m avenir, nous citerons la note qu'un général (Glarke, depuis duc de Feltre), envoyé vers cette époque à Milan, pour observer la conduite des chefis militaires et des commissaires civils en Italie, adressait au Directoire. « Le général en chef a rendu «les plus importans services. Placé par vous au poste glorieux «qu'il occupe, il s'en montre digne ; il est Thomme de la Ré- « publique. Le sort de l'Italie a plusieurs fois dépendu de ses «combûiaisoBS savantes. Il n'y a personne ici qui ne le regarde «comme un homme de génie , et il l'est effectivement. Il est a craint, aimé et respecté en Italie. Tous les petits moyens d'in- «trigue échouent devant sa pénétration. Il a un grand ascen- « dant sur les individus qui composent l'armée républicaine , (1 parce qu'il devine ou conçoit d'abord leur pensée ou leur «caractère , et qu'il les dirige avec science vers le point où ils «peuvent être le plus utiles. Un jugement sain, des idées « lumineuses le mettent à portée de distinguer le vrai du faux. «Son coup d'œil est sûr; ses résolutions sont suivies par lui «avec énergie et vigueur. Son sang-froid, dans les affaires « les plus vives, est aussi remarquable que son extrême promp- «titude à changer ses plans, lorsque des circonstances im- « prévues le commandent. Sa manière d'exécuter est savante «et bien calculée. Bonaparte peut parcourir avec succès'plus «d'une carrière ; ses talens supérieurs et ses connaissances lui «en donnent les moyens. Je le crois attaché à la République «et sans autre ambition que celle de conserver la gloire qu'il «s'est acquise. On se tromperait si l'on pensait qu'il fût «l'homme d'un parti. H n'appartient , ni aux royalistes qui le «calomnient , ni aux anarchistes qu'il n'aime point. La cons- «titution est soji seul guide. Rallié à elle et au Directoire qui «le veut, je crois qu'il sera toiyours utile et jamais dangereux «à son pays. Ne pensez point , citoyens directeurs , que j'en «parle par enthousiasme ; c'est avec calme que j'écris, et au- «cun intérêt ne me guide que celui de vous faire connaître la «vérité. Bonaparte sera mis par la postérité au rang des plus «grands hommes.»

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

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