INTRODUCTION
de l'antiquité et des temps modernes ont obtenu l'admiration de leurs contemporains et de la postérité. Le nombre ou l'éclat des triomphes, l'art de gagner des batailles, la science des retraites, le mérite des difficultés vaincues et des dangers bravés , les gigantesques expéditions et les vastes conquêtes, tout ce qui révèle le génie et donne l'illustration militaire, voilà ce que l'histoire a surtout mis en relief, et ce qui éblouit encore les peuples, dans la vie des hommes extraordinaires qui ruinent ou fondent des empires par la puissance des armes. Aussi , à défaut de comprendre la valeur philosophique de leur propagande meurtrière, et pour ne saAoir reconnaître en eux que de magnifiques dévastateurs, plus d'un écrivain célèbre, affectant le paradoxe et bravant l'engouement et le préjugé classiques, a-t-il essayé de renverser le piédestal de leurs statues et de fronder l'autorité des siècles. C'est ainsi que Rousseau le lyrique a refusé d'admirer dans Alexandre ce qu'il abhorre en Attila; et que Boileau. si prodigue d'encens envers Louis XIV, n'a voulu voir dans le disciple d'Aristote, vainqueur de Darius, qu'w» écervelé qui mit l'Asie en cendres.
Cette réprobation absolue, de si haut qu'elle vienne, manque de raison et d'équité. Si l'on n'a pas assez songé aux désastres de la guerre, dans l'apothéose des guerriers; si, en exaltant l'héioïsme du soldat, on ne s'est pas assez souvenu que ,
Près de la borne où cha(iue état conimeace . Aucun épi nest pur de sang humain ;
(BÉRANGEH.)
ce serait combattre cette exagération apologétique par une autre exagération, plus injuste et moins excusable peut-être, que<Je nier complètement la légitimité de la gloire militaire, et de ne considérer l'immortelle renommée des conquérants que comme une longue surprise faite à l'humanité , comme le produit d'un prestige funeste et d'une fascination séculaire.
Que l'on proclame, k bon droit, la supériorité rationnelle de notre époque sur les cages antérieurs, ce n'est pas nous, sectateurs zélés et persévérants de la perfectibilité humaine, qui hésiterons à la reconnaître. Mais il y aurait par trop d'orgueil, au temps présent, à supposer que le monde n'est raisonnable que d'hier, et à taxer le temps passé d'aberration et d'insanie dans ses jugements historiques et ses opinions rationnelles le plus universellement et le plus anciennement accrédités. Quand les peuples ont accordé, avec