INTRODUCTION
tant de constance et dunanimité. au grand homme de guerre, l'ovation pendant sa vie, et les lionneiirs du Panthéon à sa mort, ce nest pas là séduction de la gloire qui les a pousses toute seule à cette adninalion et à cette reconnaissance inaltérables. A l'influence du prodige sur les nobles cœurs et les imaginations ardentes , se joignait la prévision instinctive que les hauts faits et les événements immenses , qui enflammaient les âmes généreuses et recevaient partout la sanction de lentliousiasme populaire, loin dètre perdus pour la sainte cause du progrès social, et de ne jeter qu'un stérile éclat sur la carrière de quelques nations ou de quelques hommes, auraient nécessairement des conséquences non moins utiles à la famille humaine tout entière que glorieuses pour quelques-mis de ses membres.
En effet, que le peuple dÉg\pte déborde sur l'Asie, ou qud établisse ses colonies victorieuses dans les îles et sur le continent de la Grèce, c'est la civilisation de Tbèbes et de ^lemphis qui marche à la suite de Sésostris ou de Cécrops.
Que l'épée d Alexandre brise le trône de Cyrus et soumette l'Orient jusqu'à l'Inde , c'est la civihsation d'Athènes qui triomphe sous le nom et par le bras de l'élève du Stag\rite; c'est le siècle de Périclès, dont la conquête traîne après elle la trace lumineuse: c'est l'art et la science de TAttique, c'est la philosophie de l'Académie et du Lycée , dont la victoire étend le reflet dans des contrées lointaines et de vastes empires.
Que César subjugue le Parthe et le Germain; qu'il plante les aigles romaines, du sommet du Caucase aux monts de la Calédouie: qu'il passe des Gaules en Itahe, de Rome en Macédoine, des plaines de Pharsale aux côtes d'Afrique, des ruines de Carthage aux bords du ISil et de l'Euxin; qu'il franchisse tour à tour le Bosphore et le Rhin, le Taurus et les Alpes, l'Atlas et les Pyrénées; dans toutes ces com'ses triomphales, il ne fait que promener, sous la protection de sa gloire personnelle, le nom, la langue, les mœurs, la civilisation de Rome : il porte avec lui le siècle d'Auguste , qui est près d'éclore ; il initie les peuples idolâtres à ce scepticisme qui ne permet plus aux augures romains de se regarder sans rire : il fonde la plus grande imité pohtique que la teiTC ait connue , et prépare , par la fusion de vingt royaumes en un seul empire, l'établissement de l'immense association que l'Église chrétienne doit former dans l'ordre spirituel. Jaloux d'égaler ou de surpasser Alexandre, qu'il admire, et de continuer l'œuvre des tribuns dont il a recueilli l'héritage, il agrandit, par les prodiges du glaive, la sphère où va se déve-
j^ INTUODUCTION.
lopper pacifiquement une doctrine qui, mieux que les Gracques et Marius, saura relever les humbles et abaisser les superbes.
Eh bien! de tous ces magnifiques conquérants, nul n'a autant secondé que Napoléon, par ses armes victorieuses, les grands enseignements, les initiations pratiques et toutes les communications civilisatrices que la guerre étabht entre les peuples. Si Alexandre porte avec lui le siècle de Périclès, et César, celui d'Auguste; s'ils sont accompagnés, l'un et l'autre, dans leurs triomphes, par le génie d'Homère et de Sophocle, de Platon et d'Aristote, de Cicéron et de Lucrèce , de Virgile et d'Horace ; Napoléon porte avec lui trois siècles que les arts, les sciences et la philosophie ont également illustrés , et son entourage n'est pas moins brillant que celui de ses devanciers, il traverse l'Europe avec Montaigne et Descartes , avec Corneille et Racine , avec Voltaire et Rousseau. Son quartier-général forme une véritable université ambulante, où préside l'esprit du dix-huitième siècle, et qui visite les nations arriérées du septentrion et du midi , pour les soumettre à l'inlluence des mœurs et des doctrines de la nation que le monde policé reconnaît pour sa REINE. 11 a beau caresser en France les souvenirs de l'aristocratie et flatter les préjugés monarchiques, par un replâtrage éphémère d'institutions croulées sous le poids de la vétusté, il n'en est pas moins le plus puissant des démocrates, le plus redoutal)le des novateurs, le propagandiste le plus dangereux pour la vieille Europe, le représentant et le verbe de cette grande révolution dont Mirabeau donna le signal avec les foudres de l'éloquence, que le comité de salut public défendit avec les foudres de la terreur, et que lui. Napoléon, doit affermir et propager avec les foudres de la guerre; révolution qu'on appela /ra?^ça^^s■e à son berceau, mais qui a déjà suffisamment montré, en grandissant, qu'elle était destinée à devenir