‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 21 sur 51 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Résultats de la bataille d'Austerlitz. Combat naval de Trafalgar. Paix de Presbourg.

Les Bourbons de Naples détrônés. La Bavière érigée en royaume. Drapeaux

d'Austerlitz envoyés à Paris. Retour de Napoléon en France.

A royauté et l'aristocratie européennes, humiliées dans la personne des empereurs Fd' Allemagne et de Russie, furent consternées d'apprendre que la nouvelle coa- Nlition avait retrouvé à Austerlitz la même ^nation qu'à Zurich et à Marengo. Il semblait que la Providence , ménageant un rapprochement dans les époques , eût fixé elle-même à l'anniversaire du couronnement le premier triomphe décisif de l'empereur Napoléon , comme pour témoigner au monde que les soldais de l'empire ne faisaient que continuer dignement l'œuvre des phalanges répubhcaines ; que les pompes monarchiques n'avaient pas plus altéré le moral du peuple et de l'armée que le génie de leur chef, et que la révolution.

HISTOIHK

toujours héroïque et toujours invincible , n'avait pas cessé de régner en France.

Ce grand revers , qui n'atteignit directement que la Russie et TAutriclie , mais dont le contre-coup se lit violemment sentir à Berlin et à Londres, ne corrigea pas les moteurs de la guerre. Ce n'était pas pour une cession de territoire , pour des intérêts matériels , pour des griefs spéciaux et accidentels, qu'ils avaient relancé dans l'arène des combats les monarchies les plus puissantes de l'Europe. 11 s'agissait pour eux d'une question de principes, cause de guerre active et permanente, quoi- ([ue moins précise et moins saillante ({u'une question territoriale ou flnancière ; ce qui faisait que Napoléon pouvait sembler s'y méprendre, et dire aux olficiers autrichiens, ses prisonniers : « Je ne sais pas pourquoi je me bats; je ne sais pas ce que l'on veut de moi. »

Le cabinet de Saint-James persista donc dans ses plans hostiles contre la France, malgré la défaite complète de ses alliés. L'issue du combat de Trafalgar était venue d'ailleurs lui offrir d'avance une immense compensation : les flottes française et espagnole combinées avaient été anéanties , sur les côtes méridionales de l' Espagne , par Nelson , qui paya de

sa vie ce triomphe décisif de la marine anglaise. Ce fut au miheu de ses rapides et éclatants succès contre les Austro-Russes que Napoléon ap-

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prit ce désastre. Il a dit depuis à ce sujet : « Dans la plupart des batailles que nous avons perdues contre les Anglais, ou nous étions inférieurs, ou nous étions réunis avec des vaisseaux espagnols, qui, étant mal organisés, affaiblissaient notre ligne au lieu de la renforcer; ou bien enfin les généraux, commandants en chef, qui voulaient la bataille et marchaient à Tennemi, hésitaient alors , se mettaient en retraite sous différents prétextes , et compromettaient ainsi les plus braves. » « J'ai passé tout mon temps, a-t-il dit ailleurs, à chercher Ihomme de la marine sans avoir pu réussir à le trouver. Il y a dans ce métier une spécialité , une

technicité qui arrêtait toutes mes conceptions Si j'avais rencontré

quelqu'un qui eût abondé dans mon sens et devancé mes idées , quels résultats n'eussions-nous pas obtenus ! 3Iais, sous mon règne, il n'a jamais pu s'élever dans la marine un homme qui s'écartât de la routine et qui sût créer. »

La destruction de la flotte française attrista profondément l'empereur. U vit dès lors l'empire des mers assuré pour longtemps aux Anglais; aussi songea-t-il plus que jamais à les atteindre sur le continent, soit dans les alliés qu'ils soudoyaient, soit dans le commerce colonial dont ils exei-çaientle monopole.

Le torysme , abattu par le premier bulletin de la grande armée , s'était donc relevé , dans Londres , insolent et superbe ; et son chef illustre , Pitt, dont la fin approchait, semblait devoir mourir, comme Nelson, au sein du triomphe. Depuis près d'un mois l'Angleterre s'enivrait des succès inespérés de son escadre ; elle s'enhardissait, au bruit du canon de Trafalgar, à perpétuer une guerre qui, tout en préparant la chute de Napoléon, devait faciliter pendant dix ans l'éducation révolutionnaire de l'Europe. Mais laissons le cabinet de Saint-James au milieu des réjouissances publiques , et hâtons-nous de revenir à Austerlitz , qui troubla si vite les fêtes du torysme et les dernières joies de Pitt.

Le lendemain de cette grande bataille , à la pointe du jour , le prince JeandeLichteinstein, commandant l'armée autrichienne de 3Ioravie , se présenta au quartier-général de l'empereur Napoléon , établi dans une grange. Il venait solliciter une entrevue pour son maître , qui avait besoin de se recommander à la modération et à la générosité du vainqueur pour sauver sa couronne et ses états de l'application du droit de conquête. Napoléon lui accorda sa demande , et l'entrevue désirée par le monarque vaincu eut heu, le même jour, au bivouac du héros victorieux ,

« Je vous reçois dans le seul patois que j'habite depuis deux mois, » dit Napoléon à l'empereur François ; et celui-ci de répondre aussitôt avec

un sourire forcé : <( Vous tirez si bon parti de votre habitation qu'elle doit vous plaire. » En quelques heures , un armistice fut convenu , et les principales conditions de la paix arrêtées. L empereur d'Allemagne , cédant aux circonstances, s'appliquait à flatter 1 irritation du vainqueur contre les Anglais. « Ce sont des marchands , répétait-il avec affectation; ils mettent en feu le continent pour s'assurer le commerce du monde. » 11 parla aussi au nom de l'empereur de lUissie, qui , disait-il ,

abandonnait Talliance anglaise et voulait faire la paix séparément. <( 11 n'y a point de doute , ajouta-t-il : dans sa querelle avec l'Angleterre , la France a raison. )> La France a raison ! ÎN 'était-ce pas une chose merveilleuse de voir les princes qui avaient soulevé des masses innombi-ables de soldats contre la France , s'éclairer ainsi tout à coup sur le bon droit de leurs ennemis et sur les torts de leurs alliés? N était-ce pas une chose déplorable que cette illumination subite ne fût venue qu'après vingt combats et une bataille oîi le sang humain avait coulé en abondance?

Napoléon n'abusa point de la supériorité que lui donnaient les événements de la veille. Il promit de suspendre la marche de ses colonnes et délaisser passer l'armée russe, si Alexandre voulait s'engager à retourner dans ses états et à évacuer la Pologne autrichienne et prussienne. L'empereur François donna cette assurance au nom d'Alexandre , et se retira ensuite , accompagné des princes de Lichteinstein et de Schwartzenberg. Napoléon l'accompagna jusqu'à sa voiture , et revint coucher à Austerlitz. Il dit en quittant le monarque autrichien : « Cet homme me fait faire une faute, car j'aurais pu suivre ma victoire , et prendre toute l'armée russe et autrichienne ; mais enfin quelques larmes de moms seront versées. ')

Napoléon avait parlé à ses soldats , la veille du combat, pour enflammer leur courage et leur présager la \ictoire ; il n'oublia point de s'adresser encore à eux , après la bataille, pour les féliciter d'avoir si noblement contribué à vérifier sa prédiction. « Soldats, leur dit-il, je suis content de vous ! Vous avez, à la journée d' Austerhtz, justifié tout ce que j'attendais de votreintrépidité. Vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire. . . Lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli , je vous ramènerai en France. Là , vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie ; et il vous suffira de dire : « J'étais à la bataille d'Austerlitz , » pour que l'on réponde : » Voilà un brave. »

Cependant un aide de camp de Napoléon , le général Savary, avait accompagné l'empereur d'Allemagne pour savoir si Alexandre acceptait les engagements pris en son nom. Le czar s'empressa de ratifier l'assurance donnée par son auguste allié ; puis il dit à l'envoyé français : « Vous étiez mférieurs à moi , et cependant vous étiez supérieurs sur tous les points d'attaque. — Sire , répondit Savary , c'est l'art de la guerre et le fruit de quinze ans de gloire; c'est la quarantième bataille

que donne Fempereur. — Cela est vrai , reprit Alexandre ; c'est un grand homme de guerre. Pour moi , c'est la première fois que je

vois le feu. Je n'ai jamais eu la prétention de me mesurer avec lui. Je m'en vais dans ma capitale. J'étais venu au secours de l'empereur d'Allemagne ; il m'a fait dire qu'il était content : je le suis aussi. »

L'armistice convenu le 5 décembre entre Napoléon et l'empereur d'Allemagne reçut, le 6 , la forme officielle , par la signature du maréchal Berthier et du prince de Lichteinstein.

Cette suspension des hostilités fut suivie de deux décrets , dont l'un accordait des pensions aux veuves et aux enfants des militaires de tout grade tués à Austerlitz, tandis que l'autre ordonnait que les canons russes et autrichiens pris sur ce champ de bataille seraient fondus, et serviraient à l'érection , sur la place Vendôme, d'une colonne triomphale pour perpétuer la gloire de l'armée française. Dans un troisième décret, l'empereur, adoptant tous les enfants des généraux, officiers et soldats français morts à la bataille d'Austerlitz , ordonnait: F qu'ils fussent entretenus et élevés aux frais de l'état; 2° qu'ils pussent joindre à leurs noms de baptême et de famille celui de Napoléon.

D'Austerlitz , le quartier-général revint à Briinn. C'est là que Napo-

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léon , s'étant fait présenter le prince Repnin , colonel des chevaliersgardes, lui dit « qu'il ne voulait pas priver l'empereur de Russie d'aussi braves gens, et qu'il pouvait réunir tous les prisonniers de la garde impériale russe et retourner avec eux dans leur patrie. »

Le 15 décembre, Napoléon était de retour à Scliœnbrunn. Il y reçut la députatiou des maires de Paris. Le maire du septième arrondissement porta la parole. L'empereur leur annonça la conclusion prochaine de la paix , et les chargea de porter à Paris les drapeaux pris à Austerlitz et destinés à l'église de Notre-Dame. 11 écrivit en même temps au cardinal-archevêque pour lui conûer la garde de ce glorieux dépôt , et pour lui exprimer l'intention que , tous les ans , un office solennel fût chanté dans la métropole en mémoire des braves morts pour la patrie dans cette grande journée.

Pendant son séjour à Schœnbrunn , l'empereur , passant une revue . arriva au premier bataillon du 4' régiment de hgne, qui avait été entamé à AusterUtz , et y avait perdu son aigle. « Soldats , s'écria Napoléon , qu'avez-vous fait de l'aigle que je vous avais donnée? Vous aviez juré qu'elle vous servirait de point de ralliement et que vous la défendriez au péril de votre vie : comment avez-vous tenu votre serment? » Le major répondit que, le porte-drapeau ayant été tué dans une charge, personne ne s'en était aperçu au milieu de la fumée ; mais que le corps n en avait pas moins fait son devoir , puisqu'il avait culbuté deux bataillons russes et pris deux drapeaux, dont il faisait hommage à l'empereur. Après avoir hésité un instant , Napoléon interpella les officiers et les soldats de jurer qu'ils ne s'étaient pas aperçus de la perte de leur aigle , ce que tous firent aussitôt ; et l'empereur , prenant alors un ton moins sévère, leur dit en souriant : « Dans ce cas, je vous rendrai donc votre aigle. •>

Les négociations pour la paix avaient été suivies avec la plus grande activité ; elles amenèrent le traité de Presbourg , qui fut signé le 26 décembre, et par lequel lesétats vénitiens furent réunis au royaume d'Itahe, et les électeurs de Bavière et de Wurtemberg élevés à la dignité royale. Napoléon annonça lui-même cette heureuse nouvelle à son armée par une proclamation du 27, et dans laquelle il leur disait qu'après avoir vu leur empereur partager avec eux leurs périls et leurs fatigues, ils viendraient le voir entouré de la grandeur et de la splendeur qui appartenaient au souverain du premier peuple de l'univers. « Je donnerai une grande fête, aux premiers jours de mai , à Paris , ajoutait-il ; vous y serez tous,

et après nous irons où nous appelleront le bonheur de notre patrie et les intérêts de notre gloire. Soldats, l'idée que je vous verrai tous, avantsix mois , rangés autour de mon palais , sourit à mon cœur , et j'éprouve

d'avance les plus tendres émotions. Nous célébrerons la mémoire de ceux qui, dans ces deux campagnes, sont morts au champ d'honneur ; et le monde nous verra tout prêts à imiter leur exemple , et à faire encore plus que nous n'avons fait, s'il le faut, contre ceux qui voudraient attaquer notre honneur, ou qui se laisseraient séduire par l'or corrupteur des éternels ennemis du continent. »

C'est ce langage magique , tout-puissant sur l'esprit du soldat ; ce sont les interpellations individuelles dans les revues et le ton de camaraderie mihtaire que Napoléon savait prendre si à propos , qui l'ont fait accuser d'avoir conquis et maintenu sa grande popularité dans les camps par une sorte de charlatanisme. Mais les écrivains qui ont hasardé ce reproche n'ont pas compris que, si une pareille quahfication pouvait s'apphquer à l'habileté déployée par un grand homme pour rendre une nation ou une armée capable d'enfanter de grandes choses , il n'en résulterait pas que le grand homme se fût rabaissé au niveau de ce que l'on appelle vulgairement un charlatan , mais bien que le charlatanisme aurait été

élevé à la liuuteui' du patriotisme et de rintelligenee politique, et parfois même à la sublimité du génie. Que l'on ouvre en effet Tliistoire, et Ton verra que nul des bienfaiteurs deriunnanité, nul des grands civilisateurs, par la législation, par la religion ou par la conquête, ne sY^st fait faute des moyens dVnlrainement qu'employait Napoléon pour maîtriser les hommes et les mener à de hautes destinées. Si l'usage qu'ils ont fait de leur supériorité pour le bonheur ou la gloii-e des nations peut s'appeler charlatanisme , comme l'ascendant de la maréchale d'Ancre sur iMarie de Médicis s'appela sorcellerie , il ne faut pas , dans notre siècle, dresser le bûcher pour de tels charlatans , mais dire plutôt : Honneur à leur charlatanisme !

Les adieux de Napoléon à la capitale de l'Autriche ne méritent pas moins que sa dernière proclamation à son armée d'être recueillis par l'histoire.

« Habitants de Vienne, leur dit-il, je me suis peu montré parmi vous, non par dédain ou par un vain orgueil; mais je n'ai pas voulu distraire en vous aucun des sentiments que vous deviez au prince avec qui j'étais dans l'intention de faire une prompte paix. En vous quittant , recevez , comme un présent qui vous prouve mon estime, votre arsenal intact, que les lois de la guerre avaient rendu ma propriété ; servez-vousen toujours pour le maintien de l'ordre. Tous les maux que vous avez soufferts, attribuez -les aux malheurs inséparables de la guerre; et, tous les ménagements que mon armée a apportés dans vos contrées , vous les devez à l'estime que vous avez méritée. »

Cette proclamation était à peine signée , et la paix annoncée au peuple de Vienne et à l'armée française , que , par une nouvelle proclamation , à la date du même jour , 27 décembre, Napoléon dénonçait au monde la perfidie de la cour de Naples, qui, au mépris d'un traité conclu deux mois auparavant, venait d'ouvrir ses ports aux Anglais. Jamais sa pa rôle n'avait été plus noble , plus énergique , plus menaçante. Des Bourbons donnaient la main aux Anglais et trahissaient la France! Cen était assez pour que les passions, les antipathies, les répugnances de la nation fussent aussitôt soulevées, et pour qu'elles cherchassent à se faire jour dans le langage de son chef. Ici , la dictature impériale devait parler comme l'eût fait la dictature conventionnelle. Il fallait être inexorable pour le parjure royal , et faire descendre du trône les Bourbons de Naples, humihés et flétris , à la face des Anglais. Napoléon remplit admi-

rableraent celte tâche. Jamais il ne représenta mieux la révolution et la France. Voici d'abord la proclamation à la grande armée :

'( Du camp impérial de Schœnbrunn, 26 décembre 4805. » Soldats ,

)> Depuis dix ans, j'ai tout fait pour sauver le roi de Naples ; il a tout fait pour se perdre.

» Après les batailles de Dégo, de Mondovi, de Lodi, il ne pouvait m'opposer qu'une faible résistance. Je me fiai aux paroles de ce prince, et fus généreux envers lui.

» Lorsque la seconde coalition fut dissoute à Marengo, le roi de Naples, qui, le premier, avait commencé cette injuste guerre , abandonné à Lunéville par ses alliés , resta seul et sans défense. Il m'implora ; je lui pardonnai une seconde fois.

» 11 y a peu de mois , vous étiez aux portes de Naples. J'avais d'assez légitimes raisons et de suspecter la trahison qui se méditait , et de venger les outrages qui m'avaient été faits. Je fus encore généreux. Je reconnus la neutralité de Naples; je vous ordonnai d'évacuer ce royaume ; et, pour la troisième fois , la maison de Naples fut raffermie et sauvée.

» Pardonnerons-nous une quatrième fois? Nous fierons-nous une quatrième fois à une cour sans foi , sans honneur et sans raison ? Non , non ! La dynastie de Naples a cessé de régner ; son existence est incompatible avec le i^pos de l'Europe et l'honneur de ma couronne.

>» Soldats, marchez ; précipitez dans les flots , si tant est qu'ils vous

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attendeût , ces débiles bataillons des tyrans des mers. Montrez au monde de quelle manière nous punissons les parjures. Ne tardez pas à m'apprendre que Tltalie est tout entière soumise à mes lois , ou à celles de mes alliés ; que le plus beau pays de la terre est affranchi du joug des hommes les plus perfides ; que la sainteté des traités est vengée , et que les mânes de mes braves soldats, égorgés dans les ports de Sicile à leur retour d'Egypte, après avoir échappé aux périls des naufrages, des déserts, et de cent combats, sont enfin apaisés. »

L'armée d'Italie , que les triomphes de Masséna avaient conduite sur les frontières deTAutriche, et qui était ainsi devenue le huitième corps de l'armée d'Allemagne , remplit dignement le vœu de Napoléon, en allant s'emparer , au pas de course , du royaume de Naples. Cette rapide conquête fut annoncée en ces termes par le trente - septième bulletin de la grande armée :

« Le général Saint-Cyr marche à grandes journées sur Naples pour punir la trahison de la reine , et précipiter du trône cette femme criminelle, qui, avec tant d'impudeur , a violé tout ce qui est sacré parmi les hommes. On a voulu intercéder pour elle auprès de l'empereur, il a répondu :

» Les hostilités dussent-elles recommencer, et la nation soutenir une guerre de trente ans , une si atroce perfidie ne peut être pardonnée. La reine de Naples a cessé de régner ; ce dernier crime a rempli sa destinée. Qu'elle aille à Londres augmenter le nombre des intrigants , et former un comité d'encre sympathique avec Drake , Spencer - Smith . Taylor, Wickam; elle pourra y appeler, si elle le juge convenable, le baron d'Armfeld , MM. de Fersen , d'Antraigues , et le moine Morus. »

Avant de quitter Vienne , Napoléon désira s'expliquer franchement avec un envoyé du roi de Prusse , M. d'Haugwitz , qui n'était venu sur le théâtre de la guerre que pour en épier les mouvements et les chances, et pour être plus prompt à déclarer l'alliance de son maître avec les cours d'Autriche et de Russie, au premier échec des armes françaises. Sans doute la bataille d'Austerlitz avait fait ajourner cette déclaration , et le ministre prussien, occupé à négocier un nouveau traité avec M. de Talleyrand , ne songeait plus déjà à ses instructions primitives , lorsque s'étant présenté à l'empereur , celui-ci lui dit du ton le plus sévère et avec une grande hauteur :

55fi HISTOIRE

(( Est-ce une conduite loyale que celle de votre maître avec moi? Il serait plus honorable pour lui de m'avoir ouvertement déclaré la guerre,

quoiqu'il n'eût aucun motif pour le faire Je préfère les ennemis francs

à de faux amis. Qu'est-ce que cela signifie? Vous vous dites mes alliés, et vous souffrez en Hanovre un corps russe de trente mille hommes , qui communique par vos états avec la grande armée russe. Rien ne peut justifier une pareille conduite; c'est un acte patent d'hostihté. Si vos pouvoirs ne sont pas assez étendus pour traiter toutes ces questions , mettez-vous en règle ; moi, je vais marcher sur mes ennemis partout où ils se trouvent. »

M. d'Haugvvitz ne pouvait nier la légitimité des reproches qu'il recevait; et pour faire oublier sa position équivoque, il se montra disposé à traiter avec la France sur les bases proposées par M. de Talleyrand. 11 signa donc un traité solennel , par lequel le Hanovre fut échangé contre les margraviats de Baireuthetd^Anspach, tandis que M, de Hardenberg traitait à Berlin , par ordre et sous les yeux même du roi de Prusse, avec le cabinet de Londres. Nous verrons bientôt les effets de cette double diplomatie.

En retournant à Paris , Napoléon passa par Munich , où il séjourna quelque temps pour assister au mariage du prince Eugène avec la fille du roi de Bavière. Il écrivit de cette capitale, le 6 janvier i 806, au sénat conservateur , afin de l'instruire que le traité de Presbourg lui serait bientôt soumis et qu'il aurait à le faire publier comme loi de l'empire. « Je voulais, dans une séance solennelle, dit-il, vous en faire connaître moi-même les conditions ; mais ayant depuis longtemps arrêté, avec le roi de Bavière , le mariage de mon fils , le prince Eugène , avec la princesse Augusta, sa fille, et me trouvant à Munich au moment où le mariage allait être célébré, je n'ai pu résister au plaisir d'unir moi-même les jeunes époux , qui sont tous deux le modèle de leur sexe Mon arrivée au milieu de mon peuple sera donc retardée de quelques jours ; ces jours paraîtront longs à mon cœur; mais après avoir été sans cesse hvré aux devoirs d'un soldat , j'éprouve un tendre délassement à m'oecuper des détails et des devoirs d'un père de famille. 3Iais, ne voulant pas retarder davantage la publication du traité de paix , j'ai ordonné qu'il vous fût communiqué sans délai. »

A cette communication en succéda bientôt une autre. L'empereur apprit au sénat qu'il venait d'adopter Eugène pour son fils , et qu'il Fappe-

lait à régner, après lui, sur les Italiens, à délaut de descendants naturels et légitimes.

Le mariage de ce jeune prince eut lieu le 4 ."i janvier 1805, à Munich. Napoléon et Joséphine assistèrent à la cérémonie , et rehaussèrent par leur présence 1 éclat des fêtes que la cour de Bavière donna pour célé-

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