CHAPITRE XXII
Napoléon reconnu empereur par la Porte Ottomane. Le Panthéon rendu au culte callioli<|uc
Uestauration de Saint-Denis. Ouverture du corps législatif. Travaux publics.
Code de procédure civile. Université impériale. Banque de France.
Statuts impériaux. .Joseph Bonaparte, roi de Naples. Blurat,
.grand-duc de Berg. Louis Bonaparte, roi de
Hollande. Fondation de la confédération
du Rhin. Grand sanhédrin réuni
à Paris. Traité avec la Porte.
Négociation pour la paix
universelle. Mort
de Fox.
APOLÉON et Joséphine rentrèrent à Paris le 26. Leur présence dans la capitale profduisit un mouvement d'enthousiasme uni- |\ersel, dont le sénat et le tribunat se firent les organes, à Taudience solennelle f(jui leur fut donnée , le 28 , aux Tuileries. « Sire , dit le président du premier de ces corps (François de Neuf-Chàteau) , quoique votre modestie parle si simplement des prodiges sans nombre par lesquels ce génie, qui avait
HiSTOii'.K i>i-: N.\r<»i.i:(),N. r,',i
déjà surpassé tous les autres héros, vieiil ilc se surpasser hii-iiiènu', souffrez que nous exécutions le décret du sénat en donnant solennellement au sauveur de la l'ianee le nom de Grand, ce nom si juste, ce titre que la voix du peuple, qui est ici la voix de Dieu , nous prescrit de vous décerner. »
L'empereur répondit qu'il remerciait le sénat des sentiments que son président venait de lui exprimer , et qu'il mettrait son unique gloire à flxer les destinées de la France de manière que , dans les âges les plus reculés, elle fût toujours reconnue par la seule dénomination de grand
peuple.
Ces félicitations solennelles furent suivies de réjouissances publiques.
Napoléon avait à cœur de faire reconnaître par tous les gouvernements de l'Europe le titre d'empereur que la nation française lui avait décerné. La dignité du grand peuple dont il tenait ses droits lui semblait engagée dans cette reconnaissance ; et sa ûerté personnelle , son amour-propre , son orgueil , ne le disposaient pas moins à y attacher beaucoup de prix. Alexandre l'avait fort mécontenté en lui adressant une lettre sous le simple titre de « chef du gouvernement français , » h l'exemple du roi d'Angleterre, qui avait même affecté de ne correspondre que par l'entremise d'un secrétaire détat. Ce fut donc une espèce de dédommagement pour Napoléon , quand il apprit que le sultan de Constantinople, Sélim III, venait de le reconnaître ofUciellement empereur
des Français.
Ce désir d'être admis, par les rois, à l'honneur de la confraternité sera funeste à Napoléon , en le poussant à des actes impohtiqucs , tant dans sa diplomatie que dans son administration intérieure. Ainsi, à Austerlitz, il se montre généreux, jusqu'à l'imprudence, envers des ennemis puissants et irréconciliables qu'il pouvait anéantir , et il se le reproche aussitôt comme une faute. Ainsi, au retour de cette mémorable campagne, il restitue le Panthéon au culte catholique , et ordonne la restauration de la sépulture royale de Saint-Denis , sans craindre de blesser les susceptibihtés philosophiques et démocratiques du peuple qui fait seul sa force et sa grandeur. Un même décret , rendu le 20 février ^ 806 , sufût à ces deux mesures. Il est provoqué par le ministre de l'intérieur , M. de Champagny, dont le rapport peut faire apprécier les tendances gouvernementales de l'époque.
« Sire, dit ce ministre , l'église de Sainte-Geneviève , le plus beau de
tous les temples delà capitale ; ce temple, qui, placé au sommet du mont consacré à un culte tutélaire , couronnait si noblement Tensemble des chefs-d'œuvre qui décorent cette capitale, et annonçait de loin à l'étranger le règne auguste de la religion sur cette population immense, enlevé au vœu de la piété au moment même où elle en allait jouir, consacré ensuite à une autre destination , laissé enGn désert , sans emploi et sans but, semble s'étonner lui-même d'un tel abandon. La froide curiosité , en visitant son enceinte, s'étonne de rencontrer déjà dans un monument à peine achevé la solitude des ruines ; le génie des arts , qui épuise sur lui toute la richesse de ses conceptions , s'afflige de le trouver sans caractère , je dirai presque sans âme et sans vie ; la religion , voyant ses espérances trompées, détourne ses regards d'un monument dont la majesté ne peut être dignement remplie que par le culte du Très-Haut, et qui s'élevait comme le juste hommage rendu à Dieu par le génie des hommes.
» Saint-Denis s'enorgueillit d'un autre monument qui date , au contraire , de l'origine même de la nation , que Dagobert dédia au protecteur de la France, que releva l'abbé Suger, qui renferme en quelque sorte dans son sein Thistoire tout entière de cet empire. Là , reposent trois races qui régnèrent sur la France ; spectacle qui commande des méditations profondes pour les princes et pour les peuples, et rappelle à la fois toute la grandeur des choses humaines et leur fragile durée ; mausolée consacré parla religion et par les siècles, vaste cercueil plein d'une poussière de rois, placé à l'écart et hors du tumulte de la capitale, comme
par un mouvement de terreur et de respect
» Sire, votre pensée seule a ranimé et presque recréé ces deux monuments. Elle leur rendra toute leur dignité première. »
Le retour aux idées religieuses et monarchiques ne pouvait être mieux exprimé. Si l'empereur voulait s'en faire un mérite , à l'étranger , et môme en France auprès du clergé et de tout le parti de l'ancien régime , ses intentions étaient parfaitement servies ici par son ministre ; quoique tant d'efforts, pour mentir à son origine et masquer sa véritable nature, dussent être perdus, après tout, devant la vieille Europe, devant la vieille France et l'antique sacerdoce , qui , appréciant mieux Napoléon Bonaparte qu'il ne s'appréciait alors lui-même , s'obstinaient à ne voir en lui que l'élève et le protecteur du philosophisme, l'enfant et le soutien de la démocratie, l'ennemi le plus redoutable et non point le restaurateur sin-
ccre du passé, objet de leur vénération et de leurs regrets. Pour justifier l'empereur, on a invoqué son système de fusion et de réconciliation générale. S'il ne s'agissait que des actes qui rétablirent en France le libre exercice des cultes , interrompu par la persécution conventionnelle ou directoriale, l'excuse serait admissible. Quand le premier consul faisait rouvrir les temples catholiques , dans un pays dont limmense majorité professe et pratique le catholicisme, par habitude du moins, sinon avec toute la ferveur de la foi , Bonaparte agissait alors en homme d état. 11 cédait à la fois à l'empire des circonstances et à l'exigence des principes. Le vœu public , la religion et la saine philosophie étaient également satisfaits : car ce n'était là que de la tolérance et de la liberté, qui n'excluent même pas la protection, lorsqu'elle nest pas hostile à d'autres intérêts et à d'autres croyances.
Mais quand Tempereur, non content d'avoir rendu au clergé ses églises désertes , et d'avoir mis le prêtre catholique sous la double protection de la loi et du trésor public , chasse la philosophie de ses temples , pour y introniser le catholicisme ; quand il laisse parler avec dédain des fondations patriotiques pour leur substituer avec éclat des restaurations cléricales ; quand il fait jeter des paroles de mépris sur la tombe majestueuse que la patrie reconnaissante avait consacrée à la sépulture de ses grands hommes , et qu'il prête ensuite complaisamment l'oreille à des phrases pompeuses sur « la poussière des rois, » sur la dédicace de leurs tombeaux, à Saint-Denis , par Dagobert ; et tout cela pour faire tomber en désuétude l'apothéose philosophique , pour reléguer la mémoire et le nom des grands hommes dans les caveaux du Panthéon, pour faire fouler par des chanoines' la poussière de Voltaire et de Rousseau, et pour assurer à la poussière impériale que des chanoines la garderont aussi à Saint-Denis, mêlée à la cendre des rois, oh ! alors il n'y a plus seulement acte de tolérance, de liberté ou de protection, pour le culte catholique, dans cette conduite de l'empereur ; il y a là attaque directe contre les principes qui firent consacrer le Panthéon à la sépulture des grands hommes; il y a condamnation du présent, et réhabihtation du passé; il y a contre-révolution enfin , et rien qui ressemble à un acte de nécessité ou de prudence politique : l'avenir le prouvera.
• Le décret impérial du 20 février 1806 cliarge le ctiapitre métropolitain , augmenté de six membres, de desservir l'église de Sainte-Geneviève. Il établit à l'église de Saint-Denis un chapitre composé de dix chanoines.
IIISTOlRIi
L'ouverture de la nouvelle session du cof ps législalif ne suivit que de quelques jours le décret du 20 février , et nul , parmi les députés de la France , ne songea à réclamer contre l'abandon qui venait d'être fait d'un temple national au clergé romain. Toute protestation à ce sujet eût été du reste inutile. Ce n'était plus à la tribune, ni par la presse, que la France devait exercer désormais son action révolutionnaire sur l'Europe.
Napoléon prononça lui-même le discours d'ouverture; il s'y accusa,
pour ainsi dire , delà trop grande générosité dont nous Tavons blûmé naguère , et sembla présager les événements qui l'ont convaincu d'imprudence. (( La Russie, dit-il, ne doit le retour des débris de son armée qu'au
bien lait de la capitulation (iiie je lui ;ii accordée. Maître de renverser le trône impérial d'Autriche, je Tai raflérnii. La conduite du cabinet de Vienne lera-t-elle que la postérité me repiocbei-a d'ave >ir man(|ué de prévoyance? »
Les ministres rendirent comple de la silualion de rcni|tire. dont la prospérité était toujours croissante. Des routes, des canaux, des pouls , des monuments de toutes sortes, constructions utiles (4 end)ellissemenls, commençaient ou s'aclievaientsur tous les points de cette vaste monarchie, (jui se composait alors de cent dix départements, non compris la Hollande, les étals vénitiens et le royaume d'Italie.
<( Plusieurs communications nouvelles, dit le minisliederinlérieur, désirées par les administrés, ont fixé l'attention du iiouvernement. Celle de Valogne à la Hogue est achevée ; celle de Caen à Ilonfleur se termine ; celle d'Ajaccio à l'astia est à moitié ; celle d'Alexandrie à Savonne est tracée; celle de Paris à Mayence par Hambourg, d'Aix-la-Chapelle à Montjoie, sont ordonnées. Une louable émulation anime un grand nombre de communes pour la restauration des chemins vicinaux..
)' Des ponts se rétablissent , sur le Rhin , à Kehl et à Brissae ; sur la Meuse, à Givet ; sur le Cher, à Tours ; sur la Loire , à iXevers et à Roanne ; sur la Saône, à Auxonne, etc. , etc. Deux indomptables torrents, la Durance et l'Isère, seront asservis à passer sous des ponts.
» SLx grands canaux sont en exécution : celui île Saint -Quentin , le canal Napoléon, joignant le Rhin au Rhône, le canal de Bourgogne, ceux du Blavet et de l'Tle-et-Rance , le canal d'Arles et les canaux d'embranchement delà Belgique.
» Quelques autres sont cemimencés ou tracés, tels que ceux de Saint- Valery, de Beaucaireà Aigues-3Iortes, de Sedan, de ISiort à La Rochelle et de Nantes a Brest. Plusieurs enfin sont projetés , comme ceux de la Censée, de Charleroi, d'Ypres et de Briare.
» Si vous jetez les regards sur nos ports , vous verrez qu'on s'occujX' sur les deux mers à les rendre plus accessibles , plus commodes et plus sûrs. »
M. de Champagny arrivait ensuite à parler des grandes constructions et des embelhssements de Paris.
« Vos regards, dit-il, à votre retour dans la capitale, ont été frappés delà trouver plus embellie dans le cours d'une année de guerre quelle ne le fut jadis en un demi-siècle de paix. De nouveaux quais se prolon-
.-,46 HlSlOlUli
gent sur les rives de la Seine. Deux ponts avaient été exécutés les années précédentes; le troisième, le plus important de tous par son étendue, est sur le point de s'achever. Dans son voisinage est tracé un nouveau quartier destiné à en compléter la décoration ; les rues de ce quartier portent les noms des guerriers qui ont trouvé une mort honorable dans le cours de la campagne ; le pont prend lui-même le nom d'Austerlitz.
)' En s'éloignant des bords de la Seine, un arc de triomphe , placé à l'entrée des boulevards , deviendra un nouveau monument de ces événements dont le souvenir doit être plus durable que tout ce que nous pourrons faire pour le perpétuer. Qu'au moins ces ouvrages attestent à la postérité que nous avons été aussi justes qu'elle le sera , et que notre reconnaissance a égalé notre admiration. »
A ce rapport , dont nous ne donnons qu'un fragment , et au discouis d'ouverture de l'empereur, le corps législatif répondit par une adresse qui ne faisait que reproduire toutes les démonstrations d'enthousiasme et de dévouement luxueusement étalées dans toutes les harangues précédentes des grands corps de l'état. « Les années, sous votre règne , disait M. de Fontanes, sont plus fécondes en événements glorieux que les siècles sous d'autres dynasties.
» Le monde se croit revenu à ces temps où , comme le disait le plus brillant et le plus profond des écrivains politiques , la marche du vainqueur était si rapide que l'univers semblait plutôt le prix de la course que celui de la victoire. »
Ce langage , pour sortir de la bouche d'un courtisan , n'en était pas moins la simple expression de l'histoire ; car tel était le caractère prodigieux de la vie de Napoléon , que la flatterie , si féconde en formules hyperboliques , ne pouvait parler de son génie et de sa gloire sans rester dans les limites de la vérité , alors même qu'elle semblait s'abandonner le plus à l'exagération.
Dans cette session , le corps législatif adopta le Code de procédure civile , (jue le ministre de l'Intérieur avait sainement apprécié en disant : ' Ce ne sera pas un ouvrage parfait; mais il sera meilleur que ce qui existe jusqu'à présent. »
L'établissement de l'université impériale date aussi de cette époque. Les motifs de cette fondation importante furent exposés par le célèbre Fourcroy, qnesnsoienre et son patriotisme auraient du porter aux fonc-
lions de grand-maitre, et à qui Napoléon eul le toit (1<> prélcrei- un ablic de Tancien régime, M. de Fontanes.
L'organisation de la banque de Irance reçut aussi la sanction législative, sur le rapport du conseiller d'état Regnaultde Saint-Jean-d'Angeh .
Dans le discours de clôture, prononcé par un autre conseiller d'étal . M. Jaubert, à la séance du 12 mai I80G , on remarqua le passage suivant :
« Sa majesté a jeté un regard profond sur les diverses parties dn système ûnanciei*.
'• Elle a consulté la nature du sol, calculé les ressources et les moyens que le mouvement du commerce extérieur doit procurer à ragi-iculleui et au marchand.
» Sa majesté a entendu aussi cette réclamation universelle qui s'élevait contre la taxe d'entretien des routes.
') Et sa majesté a dit :
•> Que la contribution foncièi'e soit dégrcNée ;
» Que les barrières disparaissent;
» Que les impôts indirects les mieux appropriés à la situation de l;i France ^^ennent assurer les fonds nécessaires pour l'administration. »
C'était l'annonce des droits-réunis. La politique monarchique de lenipire allait se refléter dans son système financier. ISapoléon voulait siconcilier la grande propriété , s'appuyer sur l'aristocratie terrienne , vl il lui promettait un dégrèvement aux dépens dn consommateur prolétaire, c'est-à-dire de la masse du peuple, sur laquelle devait retomber, en déOnitive, le poids de 1 impôt indirect. Si, malgré toutes ces déviations de la voie populaire, Napoléon trouve la nation fidèle à son culte et In voit persister dans son engouement, il n'en est pas moins vrai que les écarts de la politique intérieure du monarque , quoique compensés par les prodiges qui signaleront à l'extérieur la propagande involontaire dti con(|uérant, finiront par attiédir l'enthousiasme national; et quand le jour des revers viendra, quand la Providence se mettra contre Tempire. pour entraîner le peuple à laisser faire la Providence, entre autres promesses faites au peuple, on lui parlera de l'abolition des droits-réunis !
rs'apoléon avait trop de logique dans sa tète pour n'en pas mettre dans ses actes , dans ses plans , dans sa réaction monarchique. Ce qu'il avait fait pour lui , comme chef de l'état , il le répéta pour ses proches et ses lieutenants. Des statuts impériaux furent présentés au sénat , à la séance
r,î8 . msTOiUE
(lu 31 iiiiiis 1806 , réglant l'état des princes et princesses de la maison impéritile; érigeant en duchés et Oefs héréditaires la Dalmatie, Tistrie , etc.; appelant Joseph-Napoléon Bonaparte au trône de Kaples; donnant à ÏMurat , beau-frère de rempereur, la souveraineté des duchés de Berget de Clèves ; à la princesse Pauline, la principauté de Guastalla; à Berthier, celle de Neufchâtel, etc. , etc.
Ce que nous avons dit de l'hérédité politique, au sujet de la dignité impériale dont se revêtit Napoléon, peut s'applifjuer à rétablissement des grands fiefs héréditaires , et nous dispense de reproduire les réflexions (|ue nous avons faites sur les essais de restauration tentés par l'empereur, et sur le démenti donné par lui h l'assemblée constituante. Nous verrons plus tard Tœuvi'e principale du 31 mars ^80G annulée le 31 mars ^814; tandis que les grands résultats de la nuit du 4 août 1780 resteront impérissables. Que l'on n'oublie pas d'ailleurs, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, que les nobles et les rois de l'empire, tirés du limon plébéien, et conservant à travers toutes les métamorphoses leur essence révolutionnaire , n'ont fait que mettre à la portée des regards du peuple la noblesse et la royauté, et que contribuer ainsi à l'affaiblissement ou à la ruine du prestige qui soutenait dans leur vieillesse ces deux grandes institutions.
Parmi les créations et promotions que nous venons d'énumérer, il en était une qui devait surtout avoir des conséquences tout à fait favorables à la propagation des idées françaises et à la préparation de la révolution européenne : c'était l'élévation de Joseph Bonaparte au trône de Naples, à l'exclusion des Bourbons , rejetés en Sicile. Sans le savoir et sans le vouloir , une main , qui se dira royale , déposera au pied du Vésuve le germe des révolutions lihérales ; et tôt ou tard ce germe fructifiera .
Un antre frère de Napoléon , Louis Bonaparte, reçut aussi , dans le courant de la même année, l'investiture d'une couronne. Les députés du peuple batave, par l'organe de l'amiral Verhuel, demandèrent à l'empereur le prince Louis-Napoléon pour « chef suprême de leur république, » sous le titre de <( roi de Hollande. » Leur vœu fut facilement rempli. Dans une audience solennelle, qui leur fut donnée aux Tuileries le 3 juin 18!]0, Napoléon proclama son frère roi de Hollande. « Prince, lui dit-il, régnez sur ces peuples. Leurs pères n'acquirent leur indépendance (|ue par les secours constants de la Franc(\ Depuis , la Hollande^
DK NAI'OLIÎON. 5'.'.»
lut l'alliée de T Angleterre ; elle fut coiuiuise : elle dut encore à la France son existence. Qu'elle vous doive doue des rois (lui piolégent ses libertés, ses lois et sa religion. Mais ne cessez jamais irètre Fran(;ais. »
Ces derniers mots résument toute la politique de Napoléon dans l'envahissement des trônes voisins. Son but, en couronnant ses frères , n'était pas seulement de donner à sa famille une position élevée et digne de la sienne. 11 voulait, avant tout, que les monarchies en\ironnantes, soumises à ses lois, ne lussent plus ([ue des provinces de la monarchie Iraii- (;aise; et, pour que leur assimilation à l'empire fût plus profonde et plus sûre, il les pla(;ait sous la domination de son propre^ sang. Maintenant, s'd est vrai (jne, là on la puissance de la France s'établissait souveraniement, c'était le génie même delà civilisation européenne qui était intronisé, il faut savoir gré à Napoléon , n'eùt-il eu en vue (lue l'extension de son autorité personnelle, d'avoir cherché à faire entr(M' intimement dans la grande unité de la France nouvelle tous les peupU^s (pi'i! parvenait à détacher du système de l'ancienne Europe.
L'empereur marchait à son but , non-seulement en plaçant les siens sur les trônes des vieilles dynasties, mais en formant des confédérations puissantes, dont il était le chef sous le titre de protecteur ou de médiateur. C'est ainsi qu'après avoir élevé les électeurs de Bavière et de Wurtemberg au rang des rois, il voulut les lier plus étroitement encore aux destinées de son empire par un traité solennel qui fonda la confédération du Rhin, et qui eut pour résultat de rendre à peu près fi-ançaises les plus belles contrées de l'Allemagne.
Ce fut au milieu de ces pensées de renouvellement des races royales autour de la France que Napoléon s'occupa de l'organisation définitive de son conseil d'état, de l'institution d'une chaire d'économie rurale à l'école d'Alfort, de l'établissement des haras, de la suppression des maisons de jeux dans tout lempire, etc. , etc. H avait porté aussi sa sollicitude sur l'état incertain des juifs , et il avait rendu un décret, le 50 mai I80G, invitant tous ses sujets de la religion hébraïque à envoyer des députés à Paris. Ce décret reçut son exécution, et, le 26 juillet delà même année, le grand sanhédrin juif tint sa première assemblée.
La France n'était alors en guerre qu'avec la Russie et l'Angleterre. Elle avait fait un traité avantageux avec la Porte-Ottomane, grâce à l'intelligence et à l'habileté de son ambassadeur à Constantinople , le général Sébastiani. Napoléon donna une première audience à l'envoyé ex-
IIISTOIIII'
traoï'diiiaire de lu Subliiiie-Porte , Mouhed-EITeiidi , le jour iiièiue delà
l'éceptioii aux Tuileries des députés de la Hollande, et du décret qui disposa des principautés de Bénévent et de Ponte-Cor\o en faveur de Talleyrand et de Bernadotte.
Mais si les hostilités continuaient entre le gouvernement français et les cabinets de Londres et de Pétersbourg, ce n'était pas sans espérance de paix. La mort de Pitt , survenue en janvier 1 806, avait fait rentrer Fox au ministère, et cette circonstance seule suffisait pour faire croire à quelques modifications dans la politique anglaise à l'égard de la France. Fox et Napoléon , nous l'avons dit , s'estimaient mutuellement. Pendant son dernier ministère , l'illustre Anglais, ayant reçu d'un misérable transfuge Toffre d'attenter à la vie de l'empereur , s'empressa de faire arrêter cet assassin, et il écrivit ensuite, à Paris, au ministre des relations extérieures pour l'instruire de tout, et pour lui dire que les lois anglaises ne permettant pas de retenir longtemps en prison un étranger qui ne s'est rendu coupable d'aucun délit , il avait pris cependant sur lui de ne faire relâcher ce scélérat que lorsque Napoléon, bien prévenu, se serait mis en garde contre ses attentats.
Avec un tel ministre, l'ancienne rivalité de la France et de l'Angletenc pouvait faire bientôt place à des dispositions moins hostiles , et la paix devenait possible. Napoléon y croyait ; il l'a déclaré à Sainte-Hélène. Mais la révolution française n'avait visité, encore que l'une des grandes capi-
laies de TEurope , et elle était attendue ailleurs. Fox mourut le I ■> septembre 1806 , pendant les négociations avec la France, et Tonibre d<' Pitt ramena Tobslinalion guerrière dans les conseils britanniques.