CHAPITRE DIXIÈMK
Porte ; plus y toutes les garanties désirables pour assurer au cimmerce russe liberté pleioe et entière de la navigation dans la mer Noire.
L'indemnité de guerre était fixée à 1,500,000 ducats de Hollande (payables dans un délai de dix -huit mois) comme réparation des dommages et pertes essuyés par les Rosses depuis la guerre de 1806. En outre, la Porte consentait à payer une autre somme de 10 millions de docats de Hollande (119,300,000 fr.) comme indemnité proportionnée aux dépenses que la dernière guerre venait d^occasionner à la Russie.
Enfin y le Sultan donnait son adhésion, quant aux affaires de la Grèce, aux stipulations du traité du 6 juillet 1827, rédigé d'un consentement mutuel entre les puissances signataires. Il était admis en principe que l'évacuation do territoire ottoman par les troupes russes anrait lieu à mesure que les stipulations du traité seraient effectuées, et qu'amnistie complète serait accordée aux sujets des deux nations qui , d'une manière active ou par sympathie, auraient manifesté leur attachement à l'une des deux parties contractantes.
Si l'on considère ce traité sous le rapport seul des acquisitions territoriales, les bénéfices de la victoire ne semblent pas proportionnés aux sacrifices de la lutte; mais dans les règles d'une saine politique, et surtout dans l'intérêt d'un empire déjà si vaste et si puissant , il conciliait tout ce que la Russie pouvait désirer pour le présent et espérer pour l'avenir. Non-seulement il assurait ses frontières d'Asie, mais il séparait deux ennemis entreprenants toujours prêts à se réunir contre elle. Il réduisait à un vain hommage et à des tributs qu'on pou* vait loi disputer la souveraineté de la Porte sur les deux Principautés, ainsi que sur la Servie et sur la Grèce. Les
places de la rive gauche venant à manquer à la puissance de la Porte, le protectorat russe traçait autour d^elle an cordon d'ennemis. Avec Touverture du Bosphore et des Dardanelles, assurant à la Russie la liberté du commerce de la mer Noire, commençait en réalité pour elle une période nouvelle d^un intérêt immense et d'une application immédiate au développement de sa marine, de son industrie, de sa richesse territoriale, au bien-être et à la civilisation de vastes provinces où végétait encore une population ignorante et misérable. L'aigle de la Russie , en mesurant ses ailes aux minarets de Constantinople, avait eu le sentiment de sa force et avait dérivé Torage qui menaçait l'Europe. La modération de Nicolas dans la victoire était le calcul de la sagesse prévoyant Tavenir. Les récompenses que le Czar accorda à ses généraux, à ses négociateurs, les réjouissances qui succédèrent à son manifeste du 19 septembre-l" octobre, prouvent clairement que l'Empereur et son peuple comprenaient les avantages de ce traité '.
L'influence que le traité d'Andrinople devait avoir sur les questions militaires en Asie se traduisit par une suspension d'armes accordée au séraskier d'Erzeroum, a6n de procéder à l'exécution des articles concernant l'évacuation progressive des pachaliks rendus à la Porte. Les généraux Rudiger, Pahlen, Roth, Krassouski, qui s'étaient distingués sous les ordres de Diebitsch et de Paskevitch, élevés tous deux au rang de feld-maréchal , furent nommés chefs de corps d'infanterie ou de cavalerie. De nombreuses promotions eurent lieu dans tous les grades; enfin, pour témoigner sa reconnaissance à toutes ses armées de terre et de mer, l'empereur Nicolas donna l'ordre à tous ceux qui avaient participé aux opé-
< Voyez les Documents historiques , nf 17.
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rations mililaires des campagnes de 1828 et de 1829, tanteo Europe qu'en Asie, de porter suspendue k im ruban de Saint-Georges une médaille insliluée pour en perpéloer le souvenir.
Tandis qae la munificence de ITmpereur récompensait aînsi la liravoure de ses guerriers, elle offrait au roi de Prusse, comme monument de leurs exploits, six des plos belles pièces de canon enlevées aux Turcs, donze pièces et six mille fusils à la Grèce, comme témoignage de la bienveillante protection qu'il accordait à cet État reconstitoé par l'initiative des puissances européennes.
Khosrew-Mirza, fils du prince héréditaire Abbas-Mirza, arriva à Saint-Pétersbourg au milieu des fêtes de la victoire et de la paix pour rendre hommage, par sa présence, à la puissance de l'empire. Ce prince, chargé de porter à /'empereur Nicolas' les réparations de son aïeul pour Patientât commis au mois de février sur la légation russe , avait traversé toute la Russie avec les honneurs dus à son rang. U fut admis le 10-22 août à présenter les excuses de la Perse à l'Empereur. Cet acte de réparation se fit avec beaucoup d'éclat et une grande pompe. L'Empereur et l'Impératrice s'étant placés devant la dernière marche du trdne dans la salle Saint-Georges, le grand-doc héritier et toute la famille impériale occupèrent à droite une tribune préparée pour Leurs Altesses Impériales. Le ministre de la maison*de l'Empereur, le vice-chancelier, les aides de camp de service , le sénat et les membres du conseil , les généraux et les officiers de la garde, tout l'état-major des armées de terre et de mer, les membres du corps diplomatique, les dames et les employés des quatre premières classes , se rangèrent aox places qui leur avaient été désignées par le grand maître des cérémonies.
3S4 HISTOIRK DE L*KMPER£UR NICOLAS.
Le grand chambellan, après avoir reçu l'ordre de l'Empereur d'introduire le prince persan , se rendit dans la galerie des portrails el invita, au nom du Czar, Khosrew-Mirza à se rendre avec les personnes de sa suite à la salle d'audience. L'ambassadeur portait lui-même la lettre du Schah. Dès son entrée dans la salle, il fit une première révérence; au milieu de la salle, où devait s'arrêter sa suite, il en fit une seconde; puis, arrivé à quelque distance du trône, il s'inclina une troisième fois ; alors il prononça en langue persane le discours suivant, traduit immédiatement en russe par un interprèle :
a TrÈS-PUISSAKT EàlPEREDR,
» Le repos et le bien-être rétablis en Perse, l'intime union que la paix avait cimentée entre Votre Majesté Impériale et le grand monarque de l'Iran, mon souverain etbien-aimé aïeul , ont excité le génie du mal. Egarée par son influence funeste , une troupe de furieux a osé commettre, à Téhéran, un attentat inouï dont la mission de Russie devint la victime. Cet événement déplorable couvrit d'un voile de deuil et d'une profonde douleur la maison royale et tous ses fidèles sujets. Le cœur juste et magnanime de Feth-Ali-Scbah tressaillit d'horreur à l'idée qu'une poignée de scélérats pouvait d'une maio vile et sacrilège rompre les liens de la paix et de l'union qu'il venait de resserrer avec le grand monarque de ia Russie. Il m'a choisi parmi les princes de sa maison, el il m'a donné Tordre de me rendre sans délai dans la capitale de votre empire, persuadé que ma voix, fidèle écho de la vérité, serait écoutée avec bienveillance par Votre Majesté Impériale, et que mes paroles préserveraient de toute atteinte l'amitié qui unit les deux plus grands et les deux plus puissants souverains du monde.