CHAPITRE DIX-HIITIKME
la cour de Russie et par la Porte. De leur côté, les cabinets de Londres et de Paris , désirant trouver une solution pacifique au différend, donnèrent à leurs am« bassadeura auprès de l'empereur François-Joseph et du sultan Abd-uI-Medjid, les instructions nécessaires pour la rédaction d'une note qui pût concilier les prétentions de la Russie et l'indépendance de la Porte Ottomane. La Prusse, qui s'était jusque -là prudemment abstenue, s'associa aux autres puissances en qualité de signataire du pacte du 13 juillet 1841.
Cette note, revêtue de Tassenliment des quatre puissances médiatrices, fut envoyée le 1*' août à Saint- Pétersbourg. Le Gzar l'agréa, exprimant le désir que la Porte lui envoyât un ambassadeur à Saint-Pétersbourg, si de son côté le Sultan, jaloux comme lui de terminer les difficultés pendantes, acceptait littéralement ce projet de convention. Mais un sentiment de faux amour-propre, dans une question qui ne touchait en rien à leur honneur, poussa l'Angleterre et la France à conseiller à la Porte de ne point obtempérer au désir du Czar; l'Autriche, alors mieux inspirée et jalouse d'arriver à une solution pacifique , offrit d'envoyer elle-même à Pétersbourg l'ambassadeur que le Divan refusait. Nicolas, refusant ce nouveau moyen de conciliatioi^, s'enlevait le prétexte de pouvoir un jour adresser à l'Autriche les reproches qui ne sauraient atteindre , nous le répé« tons, sa loyauté.
Dans cet état de choses , les vues du cabinet de Saint- Pétersbourg en Orient n'avaient des chances de succès que dans le cas d'un désaccord entre la France et l'An-* yleterre. Tous les efforts de la politique russe devaient donc tendre à diviser l'actimi des deux grandes puissances occidentales. Pensant dès lors que l'Angleterre
S50 HISTOIR£ DE L'ËMPCREUA NICOLAS.
oéait moÎDs ittléressée qoe la France duisrla q«€8ttmtles Lieux aaÎBisf et au maintîeade l'empire oHonuiii , ce fiii à. elle qu'elle fit des osveftorea âuu 8iijeè:d'i]De*coafénh* tioD à sa politique en! OnenL La prisée de ces anaofift n'étaîi pointi nouvelle^ Ilempereur fiKoolas* eo avait jeté les premiers-^ germes lêrs* de soa. voyage en A^gletere en 18444 Le document sous^ ferme de memoiaodmn , dans leqnel le>ee«tède NesselrodeavaîÉtrésBMé paorlé moment les intentiMs. du Gsar, eoiesl nue preavei Or, comme cette pièce est devenue, lé peint dëi départ. d'oo* veriures sabséquesitee- d'une importance plus graie encore, il importe de remonter à cette daieponr embrasser l'ensemble de la question :.
« La Russie et rAhgleéerne smit mutuellement pénétrées de la convioÉion qu'il est de leur intéfétcouNnuB que la: Porte Ottomane: sentaintieime^ dans L'état d'indé^ pendance et.de possession territoriale dont se compose actueUement cet empire, eette oombîuttson étaat- celle qui se concilie lè mieux, avec rintérèt géDénd.delatCon« servation de la paixi.
» D'aoeord sur ce principe, la ftutsie ei l^^eterre ont un égal intérêt alunir leurs efforts- pour: rafiennîr l'existence de J'empire ottoman et pane ébarterrlesdan* gers quîipeuvent compromettre rsasécuritéi Daaacebut, l'essentiel est de laisser lai Porte vivre en repos, saas l'agiter inutilemeut par des< tracasseries diplonoati^ues et sans s'ingérer dans ses affaires intérieures» sans, oae nécessité absolue^
9 Pour mettre. ce systèoiede ménagement. en'pratiqm dans l'intérêt bien entendu de la Porte, il ne faut pas perdre de vue. deux; choses que voici.:
» D'abord, la Povto a une tendaooe constante à s'a^ franebir des engag^enfs que lui imposent des traités
CHAPÏTUfl ni^-HLITlKME. S5I
qn'elle a omelos avee les^ autres puîssanoes. Kie espère le Ibîre impunément, parce qa'elfe' compte sui» Ik jalousie mutbelle de» cabinets. Elle croit que si e4lè nMraqoe«à ses engagement» envers Pun d^ënr, IbSf animes" épouse^ ront sa querelle et la mettront à If abri de loolfe respon^ sabilHé.
Tf II est essentiel' de ne pas affermir la* Perte dan9 cette illusion. Chaque fois qu'elle manque à ses oMigationB envers l'une des grandes puissances, il est de Tintérêt de toutes les autres de lui ftiire sentir son tùri^ et' de Texhortèr sérieusement' à ibire d^oilau' cabinet qui demande une juste réparation.
» Dès que la> Porte ner se verra* pas soe^enue^ par les autres cabinets, elle* cédera, et les différends' survenus s'aplaniront dans lies voies' de la- conciliation sans qu'il en résulte un conflitl
» H est une seconde' cause' de complication inhénentë à la situation de la Porte, c'est» la^ dHBculté qu'il y a d(î mettre d' accord entre- eux le respect dû à l'aetorité souveraine du Sultan, fondée sur la loi musulmane, avec les ménagements que- réclament les! intérêts des populations chrétiennes dfecel< empire.
» Cette dl£Bculté est' réelle. Dbns la sdi^ation» actuelle des esprits en< Europe, lesi cabinets' ne sauraient^ voir avec indifférence qtie les- populations chrétiennes en Turquie soient! soumises à des act^s flagrants de vexa* tSon et. d^intbléraoce religieuse.
yi H* (but sanS' cessiC' ftiire* sentir cette vérité ans ministres ottomans^, et l(es persuadlsr qu^iib ne peuvent compter sur Tamitié et Tappui d^ès grandes puissances qu'à' lu condition qu'ils IMiteroni les sujets* chrétiens de la Porte avec tolérance*el avec douceur.
» En insistant sur cette vérité, les repr^entants étran-
»S HISTOIRE DE LEMPERELR XIGOLAS.
gers devront d'une autre part user de toute leur influence pour maintenir les sujets chrétiens de la Porte dans la soumission envers Tautorité souveraine. Guidés par ces principes , les représentants étrangers devront agir entre eux dans un parfait esprit de concorde. S'ils élèvent des remontrances auprès de la Porte, elles devront être empreintes d'un caractère véritable d'unanimité, sans porter celui d'une prépotence exclusive.
» En persistant dans ce système avet; calme et modération, les représentants des grands cabinets de VEarope auront la meilleure chance de réussir dans leurs démarches, sans provoquer de complications compromettantes pour le repos de l'empire ottoman. Si loulesles grandes puissances adoptent franchement cette ligne do conduite, elles auront un espoir fondé de conserver Texistence de la Turquie. Cependant on ne saurait se dissimuler combien cet empire renferme d'éléments de dissolution. Des circonstances imprévues peuvent bâter sa chute , sans qu'il soit permis aux cabinets amis de la prévenir.
» Comme il n'est pas donné à la prévoyance humaine d'arrêter d'avance un plan d'action pour tel ou tel cas inattendu , il serait prématuré de mettre en délibération des éventualités qui peuvent ne pas se réaliser. Dans l'incertitude qui plane sur l'avenir, une seule idée fondamentale semble d'une application vraiment pratique : c'est que le danger qui pourra résulter d'une catastrophe en Turquie sera diminué de beaucoup, si, le cas échéant, la Russie et l'Angleterre s'entendent sur la marche qu'elles auront à adopter en commun.
» Cette entente sera d'autant plus salutaire qu'elle rencontrera l'assentiment complet de l'Autriche. Entre elle et la Russie il subsiste déjà une parfaite cooforroitt*
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de prineipes, relativement .aux affaires de la Turquie^ dans im intérêt commun de conservation et de paix.
V Pour rendre leur union plus efficace, il ne resterait à désirer que de voir l'Angleterre s'y associer dans le même but. La raison qui conseille rétablissement de cet accord est fort simple : sur terre , la Russie exerce sur la Turquie une action prépondérante ; sur mer, TAngleterre exerce la même puissance d'action. Isolée, l'action de ces deux puissances pourrait faire beaucoup de mal. Combinée, elle pourra produire un bien réel. De là, l'olilité de s'entendre préalablement avant d'agir.
n Cette idée a été arrêtée en principe pendant le dernier séjour de l'Empereur à Londres; il en est résulté l'engagement éventuel que , s'il arrivait quelque chose d'imprévu en Turquie, la Russie et l'Angleterre se con* certeraient préalablement entre elles sur ce qu'elles auraient à faire en commun.
» Le but dans lequel la Russie et l'Angleterre auront à s'entendre, peut se formuler de la manière suivante : « 1* Chercher à maintenir l'existence de l'empire ottoman dans son état actuel, aussi longtemps que cette combinaison politique sera possible;
» 2"* Si nous prévoyons qu'il doit crouler, se concerter préalablement sur tout ce qui concerne l'établissement d'an nouvel ordre de choses destiné à remplacer celui qui existe aujourd'hui , et veiller en commun à ce que le changement survenu dans la situation intérieure de cet empire ne puisse porter atteinte ni à la sûreté de leurs propres Etats et aux droits que les traités leur assurent respectivement, ni au maintien de l'équilibre européen.
i> Dans ce but ainsi formulé , la politique de la Russie et de l'Autriche, comme nous l'avons déjà dit, se trouve
éiroiteoient liée par le principe d'uoe psurraiie aolidoLTilé. Si rAnglûterre , «ceuioie principale puissance maritione , agit d'accord avec elles , il est à penser que la France se trouvera dans la néce^^iié de «e confoviner à la marche coDcerlée à Saiot-Pétersbourg, Londres et Vienne.
9) .Le conflit entre les grandes pnisaanoes se trouvant ainsi écarté., il est à. espérer que la paU de TEurope pourra être maintenue même au milieu de. circonstances si graves. C'est à assurer QQt>oi{jet d'un iaiérét eoaiiTian que devra être, consacrée Teniente. préalable ^ue la Russie et l'Angleterre établiront entre elles, le cafi échéant, qîosî que PEmpereur en est convenu avec les minMlres de Sa «Majesté Britannique pendant son s^oor en Angle* terre. »
Ce^m^morandmnj basé, comme nous l'avons dit, sur des communications .reçues de l'empereur Nicolas subscquemment à son voyage en Angleterre, avait é(éipré«senté au cabinet de SainWames.
.Les nouvelles navertures que l'emperenr Nicolas ;fit à l'Angleterre datent du commencement de .l'année 1S53, au moment iméme où s'accomplissait à GonstaoUnople avec moins de ménagements la miasion du prince ilenschikoff.
Le. 9 jnnvijer, sir Hamilton Seymour, >ministre bcitannique à Saint-Pétersbourg, fut prié, ainsi que lady Seymojur, de ipasser la soirée chez la grande* duchesse Hélène; l'Empereur et la famille impériale s'j étaient fait anaoneer. iL'empereur Nicolas n'y vint qu'à dix heures; il jiaraissait inquiet, soucieux. Après avoir adressé quelques mots à la grande-duchesse et pareouru les salons, il aborda sir Hamilton Seymour de la manière •la phis (gracieuse,, et lui dit qu'il avait vu avec plaisir que le gouvernement de' Sa Majesté venait, définitivement