‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 257 sur 331 · CHAPITRE DIX-HIITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HIITIÈME

cuter dans le sud de l'empire; cependant , après un moment d'hésitation presque imperceptible, il dit avec an ton de plus en plus affirmatif :

a Les affaires de Turquie sont dans un état de déplorable désorganisation ; le pays menace ruine : sa chute sera un grand malheur, et il est important que la Russie et l'Angleterre en viennent h une entente parfaite, et qu'aucune des deux puissances ne fasse un pas décisif à l'insu de l'autre. »

Le diplomate déclara qu'il était heureux d'entendre ce langage de la bouche de Sa Majesté Impériale, qu'il était entièrement conforme à la manière dont , selon lui , les questions relatives à la Turquie devaient être traitées.

a Tenez, ajouta le Gzar, tenez, nous avons sur les bras un homme malade, un homme gravement malade; ce serait, franchement, je vous le dis, un grand malbeur si un de ces jours il venait à nous échapper, surtout avant que toutes les dispositions nécessaires ne soient prises. Mais enfin ce n'est pas le moment de vous parler de cela. )>

S'aperce vaut que le Czar ne voulait pas prolonger la conversation , sir Hamilton Seymour lui dit :

a Votre Majesté est si gracieuse, qu'elle me permettra de lui faire encore une observation : Vôtre Majesté dit que l'homme est malade; c'est vrai; mais Votre Majesté daignera m'excuser si je lui fais observer que c'est à l'homme bien portant et fort de protéger l'homme malade et faible. » Le trait était hardi , incisif. La manière dont l'Empereur quitta le diplomate prouva qu'il avait porté coup, mais sans blesser. Le Czar prit congé de son interlocuteur en lui disant qu'il reprendrait bientôt cet entretien.

En effet, quatre jours après, le 13 janvier, sir Ha-

256 HISTOIRE DE L'EMPEREUH 1SII€0LAS.

miltoa reçut du chancelief Tiovitation de se rendre le Jendemaia matin ^mi palais d'hiver chez l'Empereur. Nicolas le reçut avec courtoisie dans son cabinet: il était seul et paraissait fatigué : on voyait qu'il avait passé une partie de la nuit k travailler, a Vons m'avez témoigné le désir, lui dit-il après lui avoir serré la main, de me parler des affaires d'Orient, j'y suis également tout disposé; mais, pour le faire, je suis obligé de remonter à une époque éloignée. »

Ce début était grave, solentfel; la voix do Gsar semblait avoir pris une ampleur à l'unisson du sq'et qu'il allait traiter. Le diplomate britannique se recueillit devaut cet homme dont la pensée se trouvait à l'étroit dans le plus vaste empire du globe , et qui se contentait pour lui-même de l'appartement le plus infime du palais. L'Empereur, après s'être recueilli lui-même qoelquas instants coaùne pour évoquer le passé, commença en ces termes :

tf Vous connaissez les rêves et les plans dans lesquels l'impératrice Catherine se complaisait : ils ont été transmis jusqu'à nos jours ; mais , quant à moi , quoique héritier de ses immenses possessions territoriales, je n'ai pas hérité de ses visions, ou, si vous l'aimea mieux^ de ses intentions. Au contraire, mon empire est si vaste, et placé, sous tous les rapports, d'une manière si henrepse, qne ce serait déraisonnable à nnû de désiner pkis de territoire ou plus de pouvoir que je n'en possède. Ao contraire , je suis le premier à vous dire que notre grand danger, peut-être notre seul danger, naîtrait d'une exlen* sion nouvelle donnée à un empire déjà to»p grand.

» Tout près de nous est la Turquie, et dans notre situation actuelle on ne saurait désirer rien de mieux pour nos iutérêls. Les lemps ne soni |dus où nous avions à

Page 1