CHAPITRE DIX-HUITIÈME. S
craûidre quelque chose du fanatisme au des entreprises guerrières des Turcs, et cependant ce pays est encore assez fort, ou a été jusqu'ici assez fort, pour maintenir son indépendance et se faire respecter par d'autres Etats.
s Eh bien t dans cet empire , il y a des millions de chrétiens sur les intérêts desquels je suis appelé à veiller, pendant que d'un autre côté le droit de le faire m'est assuré par des traités. Je puis dire en toute vérité que je fais un usage modéré de mon droit, et je vous avouerai que c'est un droit accompagné parfois de devoirs bien gênants ; mais je ne veux pas me soustraire à l'accomplissement d'un devoir positif.
» Notre religion y telle qu'elle est établie dans ce pays, nous e^i venue d'Orient, et il y a des sentiments et des obligations qu'on ne saurait perdre de vue. Maintenant, la Turquie, placée dans une situation telle que je l'ai dit, est tombée graduellement dans un état de décré* pitude tel, que, comme je vous l'ai dit encore l'autre jour, si désireux que nous soyons de prolonger l'existence du malade, et je vous prie de croire que je désire autant que vous qu'il continue à vivre, il peut sabitement mourir et nous rester sur les bras. Il en est des empires comme des individus : une fois morts, ils ne ressuscitent pas. Si l'empire turc tombe, il tombera pour ne plus se relever, «le vous demande alors s'il ne raut pas mieux être préparé à une semblable éventualité, que de s'exposer au chaos, à la confusion et à la certitude d'une guerre européenne. Or, tout cela devra accompagner la catastrophe, si elle a lieu inopinément et avant qu'on ait tracé quelque plan ultérieur. Voilà le point sur lequel je désire attirer Tattention de votre gouvernement.
— Sire, répondit sir Hamilton, Votre Majesté est si
franche avec moi, qu'elle me permettra de lui parler avec une égale franchise. Je ferai donc observer à Votre * Majesté , que quelque déplorable que soit la situation de la Turquie, ce pays s'est trouvé longtemps dans des di£Bcultés que l'on croyait insurmontables. Quant aux arrangements à prendre, le gouvernement de la Reine, comme Votre Majesté le sait très-bien, est opposé en règle générale à en contracter en vue d'é%'entualités, et serait peut-être peu disposé à négocier cette question. Si Votre Majesté me permet de m'exprimer ainsi, je lui dirai qu'on éprouve toujours en Angleterre beaucoup de répugnance à escompter la succession d'un ancien ami et allié.
— J'approuve ce principe , répondit l'Empereur; bon dans tous les temps, il Test surtout dans des temps d'incertitudes et de changements comme les temps actuels; et cependant il est de la plus grande importance que nous nous entendions mutuellement et que nous ne nous laissions pas surprendre par les événements; maintenant, c'est en ami et en gentleman que je vous parle; si nous parvenons à nous entendre sur cette affaire, l'Angleterre et moi, peu m'importe du reste, je 4ieus peu à ce que feront et penseront les autres. Franchise pour franchise , je vous dis nettement que si l'Angleterre songe à s'établir un de ces jours à Gonstantinople comme elle l'a fait à Gibraltar', je ne le permettrais pas. Loin de moi la pensée de vous supposer de semblables inten* tions, mais puisque nous parlons sur le terrain de la vérité, il faut s'expliquer clairement. De mon côté je suis disposé à prendre l'engagement (et tout le monde sait que la parole de l'empereur Nicolas est sacrée) de
^ Le mot a éié dit, mais il a été passé sous silence dans le rapport de sir Hamiltoii & lord Riissoil.