‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 264 sur 331 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

3) L'Angleterre comprend que la Russie ne pourrait permettre à Gonstantinople l'établissement d'une puissance asser forte pour la contrôler et l'inquiéter. Elle déclare que, pour elle-même, elle renonce à toute intention ou 4ésir de posséder Gonstantinople. L'Empereur désavoue également tout désir ou dessein de s'y établir. L'Angleterre promet qu'elle n'entrera dans aucun arrangement tendant à statuer sur les dispositions à prendre dans le cas de la chute de l'empire turc, sans s'en être préalablement concertée avec l'Empereur. L'Empereur, de son côté , contracte volontiers le même engagement. Comme il sait qu'en pareille occurrence il peut également compter sur l'Autriche, engagée par ses promesses à se concerter avec lui , il envisage avec moins de crainte la catastrophe que son désir sera toujours de conjurer et d'éloigner autant qu'il dépendra de lui.

» Non moins précieux lui ont été les témoignages d'amitié et de confiance personnelle de la part de la Reine, dont sir Hamilton Seymour a été chargé à cette occasion de se rendre l'organe auprès de lui. Il y voit la garantie la plus sûre contre l'avenir, que sa prévoyance avait cru devoir signaler à celle du gouvernement anglais. »

Le passage de ce mémorandum relatif à la conduite de l'Angleterre dans l'affaire des Lieux saints comportait un blAme indirect qui n'échappa point à Tenvoyé britannique. Aussi demanda-t41 à M. de Nesselrode sur ce sujet des explications que celui-ci s'empressa de lui donner telles que les pouvaient désirer ses susceptibilités nationales. L'Empereur voulant effacer jusqu'à l'ombre de cet incident, écrivit lui-même au crayon sur l'exemplaire destiné au gouvernement anglais : « Je regrette que le passage en question ait pu être considéré par sir Hamilton Sôfmour comme désobligeant envers

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son gonvernement. « Le chancelier «Qrit anime de modifier le pasMge en litige y mais le dqploniale , craqpiMil ^e les modifictiioafl proposées ne déaatiiraflieBl par trop l'esprii pdnritif du document, Iroava les expUcatioDS suffisanteg.

Sor ces entrefaites, lord ClaModon venail de aoccéder à lord John ftussell en i^naitté de principal secrétaire d'Éiat poar les afiiedres étcangms. Le 23 mars, il répondit au memorandam et exprima le désir sineère que les représentanls des deux pntssanees pussent ^^ir d'accord à Constantloopje pour sonleoir l'indépendaiice et l'intégrité de l'empire ottoman. En méoM temps, il dédaca qu'il ne voyait plus d'utilité sérieuse à ht ptoloo- :gatisD d'une corre^ondance traitant une qaestkm sur îotqneUe on était compl^emeni d'aooArd. Mais l'empereur Nicolas ceoiprit que qnelques édsirciasenaents élaient nécessaires. Sir Hamikon Sejrmour fui prié à dinar au pabis le 18 aurlL Un instant après que le café eut été senri, le Czar, le prenant à part, le conâiiîsit dans une pièce voirine et lui dit : a A m'a été infiniment agréable de voir que mes ouverlunes an gouvensement anglais ont été accueillies avec l'espait de faîcBveiUaoce et d'amitié qui me .les a inspirées. U n'est rtea qui mérite autant de conBance que la parole d'un gentleman. Je suis certain que les/relations des deux cou» reposent sur une meilleiMe lnaae noainienant (qu'elles se scoit entendues sur des points qsd, laissés dans le dMite, eussent pu faire naître la mésintelUgenoe. Je vous p^rie, ajouta le €zar, de bien comprendre que l'engagemeat que j'ai pris medhméme sera également obligatoire pour mon snccessem*. Mes intentions sont eeasignées dans des mémorandum qui existejat. Tout ce qae j'ai promis» mon fils, si les changements dMt il s'agît arrivaient

CHAFITflC Bm-HOITIÊIIE. 275

5oas flOQ rè^ne^, sera prêt à le remplir waee le même empresBenent q«e s'il in'«At été permis de lé faire moimême. 9

Cet enlvetien^ manqué par me peMée «isisfre, une préviBkm de mort qai devait bientôt m réaliser, fut le dernier sur les ouvertures dont Nicolas avait pris Fimtiaiive«

La répugnaBoe prononcée que le gouremement anglais éprouvait à suivre eelui de Saiat-Pétersbourg dans ces coandératîons ardeoDtes était si manifeste , que le chancelier comprit la nécessité de clore une correspondance que rAngleterre considérait comme inutile. En conséquence, il remit à sir HamHton Seymour tme note destinée à couvrir prudemment son mouvement de retraite. La voici :

a L'Emperenr a pris avec «ne vive satisfeetion connaissance de la dépéehe de lord Ciaresdun du 23 mars. Sa Majesté se félicite de voir qae ses vues s'accordent complètement avec celles du cabinet anglais, au sujet des combinaisons politiqoes qu'il serait surtout désirable d'éviter, dans le cas où il se produirait en Orient des événemenis extrêmes que la Bussie et TAngleteire ont également à coemr d'empêcher on du moins de retarder le pbs possible. Partageant en général les opinions exprimées par lord Glarendon sur la nécessité de fiûre durer l'élat de choses qui existe en Turquie, TEmpei^nr toutefois me peut s'empêeiier de signaler un point qui lui faU penser que tes informations reçues par le gouvernement anglais ne sont pas tout k fait d'accord Avec les noires, fl s'agit de fci tolérance et de fliumanîté i^œ montre la Turquie par la manière dont elle traile ttei sujets ^abrétiens. San citer d'anoiens exemples qui prouuent le contiaire, il est notoire que les cruautés

récemment commises en Bosnie par les Turcs ont forcé des centaines de familles chrétiennes à se réfogîer en Autriche. Sous d'autres rapports, et sans vouloir discoter à cette occasion les symptômes plus ou moms apparents de décadence de la puissance ottomane, et la -vitalité plus ou moins grande que peut conserver encore sa constitution intérieure , FEmpereur conviendra volontiers que le meilleur moyen de faire durer le gouvernement turc est de ne pas le fatiguer par des demandes excessives faites d'une manière humUiante pour son indépendance et pour sa dignité. Sa Majesté est toujours disposée, comme elle Ta fait en tout temps, à suivre ce système, pourvu toutefois qu'il soit bien entendu que la même règle de conduite sera observée par toutes les grandes puissances sans distinction , et qu'aucune d'elles ne tirera avantage de la faiblesse de la Porte pour en obtenir des concessions qui pourraient être préjudiciables aux autres. Ce principe posé, l'Empereur déclare qu'il est prêt à travailler de concert avec l'Angleterre à prolonger l'existence de l'empire turc, en laissant de côté toute cause d'alarme au sujet de sa dissolution. Il accepte le témoignage de confiance absolue et de loyauté que lui donne le gouvernement anglais, et il espère que sur cette base son alliance ne peut manquer de se fortifier. »

Ce langage, comme on le voit, était bien différent du langage plein d'assurance qui l'avait précédé. Le cabinet de Londres, tout en comprenant la portée des déclarations moscovites, était persuadé que, dans tous les cas, le Czar n'entreprendrait rien de grave sans lui en Giire part, et, par conséquent, qu'il ne devait point s'alarmer outre mesure des mouvements militaires ^i pesaient dans la question des Lieux saints. Mais l'imminence du danger,

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