CHAPITRE DIX-HUITIÈME
tection s'étend de|^uk plus d'un ûède. Les horreurs qui s'y comoietlent^ celles que le fanatisme ottoman a éten* dnes il y a peu de temps sur la Bolgarie^ la fiosoie et i'Herzegoviae , ne faisaient que trop prévoir aax autres provinces chrétiennes de la Porte que le même sort les attendait. Elles étaient de nature à provoquer le soulèvement général des chrétiens qui vivent sous le sceptre de l'empire turc et à précipiter sa ruine. €e n'est donc pas, tant s'en faut, une question oiseuse et imaginaire , mie éventualité trop lointaine, que les préoccupations àe l'Empereur ont signalée à la Reine , son alliée.
» En présence de l'incertitude et de la cadiidlé de l'état actuel des choses en Turquie , le cabinet anglais exprimie le désir qu'il soit fait usage envers la Porte de la plus grande longanimité. L'Empereur a la conscience de n'avoir jamais agi autrement.; le cabinet anglais en convient lui-même. (1 adresse à l'Empereur, sur les nombreuses preuves de modâ-ation qu'il a données jusqu'à^c jour, des éloges que Sa Majesté n'acceptera point, parae qu'elle n'a lait qu'obéir en cela à ses conivictions impérieuses. Mais pour que l'Eaaperemr puisse continoar e^ même système de longanimité, s'abstenant de toute démonstration, .de tout langage pénemptoire, il famdbrait que ce système fut suivi ^lenenl par tontes les puissances à la fois. La France en a adopéé un autne : c'est par la menace qu'elle a obtenu , contre la lettre des iraités, l'admission d'nn vaisseau de guerre dans les Dardanelles; c'est à. la bouche da canon qu'elle a présenté par deux fois ses réclamations et ses demandes d'indemnité à Tripoli, puis à Xkmst&miinople ; c'est encore par l'intimidation que dans la contestation des Lieux saints elle a amené l'anmitotioii du firman et celle des promesses solennelles que le Sultan avait données à J'Emperevr.
n Devant tous ces actes de prépolence, l'Angleterre a gardé un silence complet; elle n'a fait ni offres d'appui à la Porte, ni remontrances au gouvernement français. La conséquence en est toute claire : la Porte a dû nécessairement en conclure que de la France seule elle a fout à espérer comme à craindre , et qu'elle peut impunément éluder les réclamations de rAutriche et de la Russie. C'est ainsi que la Russie et rAutriche , afin d'obtenir justice, se sont vues à leur tour, contre leur gré y obligées d'agir par l'intimidation, puisqu'elles ont affaire à un gouvernement qui ne cède que devant une af lilude péremptoire ; et c'est ainsi que par sa faute , ou plutôt par celle de ceux qui l'ont d'avance affaiblie, la Porte est poussée dans une voie qui l'affaiblit encore davantage.
n Que l'Angleterre s'emploie donc à lui faire entendre raison. Qu'au lieu de s'unir à la France contre les justes réclamations de la Russie, elle se garde d'appuyer ou même de paraître appuyer les résistances du gouverne* ment ottoman. Qu'elle soit la première à inviter celui«eî, comme elle-même le juge essentiel, à traiter ses sujets chrétiens avec plus d'équité, avec plus d'humanité. Ce sera le plus sûr moyen d'épargner à l'Empereur Tobligation de se prévaloir en Turquie de ses droits de protection traditionnelle, dont il n'use que malgré lui, et de reculer indéfiniment la crise que l'Empereur et la Reine tiennent également à prévenir.
"En somme, l'Empereur ne peut que se féliciter d'avoir provoqué entre elle et lui cet échange intime de confidences. Il y a trouvé de précieuses assurances, dont il prend acte avec une vive satisfaction. Les deux souverains se sont dit franchement ce que, dans l'hypothèse extrême dont ils traitent, leurs intérêts respectifs ne sauraient supporter.