CHAPITRE SEPTIÈME. %H
sacre des czars présente une physionomie qu'on ne saurait voir dans aucune aulre cérémonie de ce genre '.
L'illumination générale de Moscou termina brillam-^ ment cette journée mémorable dans les fastes de l'empire russe : elle se renouvela trois jours de suite. Les édifices publics , les églises, les palais, les hôtels, les maisons particulières rivalisèrent de luxe et d'élégance. An milieu du Kremlin, resplendissant de lumières, s'élevait la tour de Saint-Ywan, illuminée en verres de couleurs variées. Elle portait à son sommet une couronne impériale, dessinée avec des couleurs vertes, et surmontée d'une croix dont les lignes de feux rouges formaient un effet surprenant.
La France militaire, représentée par le maréchal duc de Raguse, n'assista pas seule au couronnement de l'Empereur; la France littéraire y eut aussi un repré-. sentant, sinon officiel, du moins poétique, dans la personne de l'auteur de Louis IX, alors sur le chemin de l'Académie. M. Ancelot, témoin oculaire des pompes que nous venons de décrire , composa à cette époque et sur ce sujet une ode dont l'hommage agréé par Nicolas , se traduisit pour l'auteur en un poëme de munificence impériale '.
Le lendemain de son couronnement, l'empereur Nicolas offrit aux représentants de l'Europe le spectacle d'une grande parade militaire.
Lorsque les troupes s'ébranlèrent pour le défilé, le grand-duc Constantin se mit une fois encore à leur ièie^ pour donner en passant le premier salut à son auguste frère. Le soir même, partant pour Varsovie, ce prince laissa les ambassadeurs, le peuple, l'armée, la cour
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TOUS I. i^
Ml HISTOIRE D£ L'£11P£RËUR NICOLAS.
elle-même dans radmiratioa d'une abaégalioià et d'im loyauté dans le sacrifice dont rhisioire n'oQre jpa d'^xeao^e*
Les jours qoi suivirent (ureai marqués par une séri de fêtes pnbliques et particulières, qui se succédèreii pendant plusieurs semaines , sans autre intetrupUon qa celle désignée d'avance dans le programme comm étant nécessaire au repos de ceux dont la présence aciii» y était indispensable. Comme toutes les ctioses dont l durée se prolonge , les plaisirs 4)ni aussi leurs fatiguei
Des représentations tbéàti'ales, de grands dîners, de bals masqués remarquables par la richesse et La variéi des costumes nationaux, des illuminations, lout œ qu Tart et la fantaisie peuvent créer en lait de oiagnifi •cences, semblait s'être provisoirement fixé k Mosco pour rendre bommi^e au nouveau csar. A ce point d vue même , le maréchal duc de Ragose prouva que 1 France était digne de laréputation qu'elle s'est justemen acquise en Europe, pour l'élégance et le bon goàt d ses fêtes. Qa se rappelle encore aujourd'hui, et l'on cil comme un modèle du genre, le bal qu'il donna 1 17 septembre. Ce soir4a, toutes les dames réparent leur entrée dans les salons de l'ambassade françaif un magnifique bouquet de fleurs naturelles «pporl dans la journée par un courrier venu de Paris. On ai rait dit que ces fleurs venaient d'être cueillies sur leui tiges, tt Ma foi, mon cher duc, dit à l'illustre maréchal '. grand-duc Michel , avec ce charmant esprit d'à-pr^pi qui formait l'un des traits les plus saillants de son a ractère , il parait que vous cultivez avec un égal suoo< les lauriers et les roses.... Ce n'est pas étonnant^ ajooi t-il, puisque les fleurs sont les filles de la gloire. »
Une fête d'un autre genre procura au grand venei
CHAFITIfi SBPTIKIIB. JM
un égal SQCcès : M. Nariakkina donna le lendemain, eor la place aitnée entre les barrièrefi de Iwt et de Preana, une grande dbasi3e aux Caneons. Seiie fauconniers M cheval et en livrée conforme à la tradition histerique ^ jMrécédés d*nn officier de la faocontterie , et ayanl dwicun un fiiueon sur le poing droit, s'avancèrent vers le milieu dn champ , et le combat aérien s'engagea à un signal donné par le grand veneur. Une douaaine de faneona furent lancés un à un contre un nombre égal de cor* beaux, qui d'abond résialèrent bravement an cboc, mais finirent far euccomber après une réstsiaoce achar«* née. Ce speclade rappela les pins beauK |eura de k vénerie du nmyen âge. Mais la tèU la pbis re0Min)MaUe en incidents curieux Cnt le feslin donné le 28 septembre par TEmpereur dans la vaste plaine de Devitchies Pôle* On avait conatmit au eenire de cette place un pavil*» Ion richement décoré pour recevoir rfimpereut et la iamiHe impériale ; près de ce pavillon quatre galeriea en colonnades avaient été disposées pour les personne» appartenant aux trois premières classes et pour le corpa diplomatique; puis, tout autour, des pavillons d^où plu-^ sieurs corps de musique mêlaient leurs flots d'harmonie aux ûots de vin blanc et de vin rouge qui jaillissaient pour désaltérer rentbousiaâme du peuple ; des ihéàiUrea forains, un cirque de voltigeurs, trois amphilbéâlres pour une ascension d*aérostais; deux cent quarante taUes^ longues de vingt -cinq mètres chacune et couvertes de nappes, de viandes de toute espèce, de vin, de bière, d'bydreoiel , de pains blancs, de pâtisseries, de fruits et de fleurs distribués avec élégance et prorusion, complétaient le programme de cette fâte et le menu de ee re* pas pant^^^nuéliqne. Une foule immense répandue dès le sur oeite place drculait autour des tables qu'elW
su HISTOIRE DE L'EMPEREUR NICOLAS.
dévorait da regard sans oser autrement y toncher. Sur les deux heures l'Empereur, précédé d'une voiture dans laquelle se trouvaient les Impératrices, s'y rendit à cheval. Leurs Majestés firent le tour de la place au milieu des plus enthousiastes acclamations, et, chose digne de remarque, les séductions d'un repas impérial où le désir de chacun retenait d'avance une place, disparurent un instant devant le bonheur de pouvoir contempler face à face la personne du souverain.
Lorsque la femille impériale se fut installée dans le pavillon qui lui avait été préparé , l'Empereur fit arborer un drapeau, puis, s'adressant au peuple qui l'entourait, il étendit la main dans la direction des tables et s'écria: a Mes enfants, tout ceci est à vous. » Le peuple, prenant cette allocution au pied de la lettre, se précipita au nombre de deux cent mille hommes sur les richesses dont la libéralité du Czar lui abandonnait la propriété, et en quelques minutes tout fut dévoré, gaspillé, détruit ou enlevé. Ce fut un véritable pillage; vainement les Cosaques cherchaient à rétablir l'ordre , le peuple répondait : Tout ceci est à nous, l'Empereur l'a dit... Les pavillons réservés aux spectateurs, pris d'assaut pour ainsi dire, tombèrent au pouvoir du peuple, qui des lambeaux de tentures et de draperies mises en pièces se faisait une relique ou un trophée conservé précieusement encore aujourd'hui dans chaque maison.
Aux yeux de l'Empereur ces fêtes n'auraient pas été complètes si la miséricorde et la clémence, ces magnifiques attributs de la puissance souveraine, n'avaient eu leur part mesurée largement mais avec sagesse. Aussi, par un oukase signé le jour même de soa couronnement et adressé au Sénat dirigeant ^ Nicolas daigna