‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 76 sur 331 · CHAPITRE SRPTIÈME. 28S · texte numérisé non relu

CHAPITRE SRPTIÈME. 28S

manifeste qui , d'après l'asage immémoriai dans la mooarcbie russe, règle, dans le cas de mort de Tempereor régnant, rélablissement d'une régence, et dans celui de la mort de Thérilier présomptif, à défaut d'autre enfant mâle, Vofdre de succession au trdne. Dans le premier cas, le grand-duc Hicbel devait prendre , en qualité de régeot , les rênes du gouvernement jusqu'à la majorité légale du grand-doc héritier Alexandre Nicolaîevitch ; dans le second cas, il devenait empereur par le fait de l'ordre légitime de la succession au trdne.

Ce manifeste était sanctionné par la bénédiction de l'Impératrice mère Marie Feodorowna et par le consentement du Césaréwitsch le grand*duc Constantin '.

Ce fut après avoir signé cet acte qui parait à toutes les évenfiiaiités de l'avenir, que l'Empereur et l'Impératrice se mirent en route pour Moscou. Pendant le voyage, que Leurs Majestés Impériales firent en peu de jours, le deoil de l'empereur Alexandre fit place aux témoignages d'allégresse qu'inspirait partout le passage d'un prince dont les premiers actes, marqués au coin de la justice et de la clémence, semblaient continuer le règne heureux goi venait de finir sous la double consécration de la gloire et des bénédictions du peuple russe. Cinqnante mille hommes des plus belles troupes des armées russes avaient été réunis dans les murs de l'ancienne capitale des czars pour former un cadre militaire au tableau des fêtes du couronnement. Le grand-duc Michel s fêtait rendu lui-même pour présider aux préparatifs de cette solennité et passer les premières revues des troopes impériales.

A cette époque, les blessures de la guerre de 1812 étaient si complètement cicatrisées, que la Moscou non-

' Vof êx iet DMunieiitii btiitorîqiu*» , n» 6.

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vdie était sortie des ceodres amoBcelées par le con RostopehiD plus brillante et plus populeuse que Ti eieune. Le phévix semblait avoir présidé à sa réédifi< tion. Le fait est que plus de dix mille maisons étaii relevées, et que les traces de IMncendie patriotiq avaient disparu sous des constructions dont l'élégaDce la richesse paraissaient braver tontes les éventualilés Tavenir. La retraite de Napoléon avait donné un brei dUmmortalité k la capitale antique de la Russie. Te qu'elle s'offirait alors ajrec ses innombrables coupoles ses flèches dorées , avec son Kremlin , fier^d'avoir rést au milieu d'une tempête de feu au premier soldat monde ) avec ses édifices où l'art européen se ma au goût asiatique y avec sa mosaïque de races diverse la ville sainte de la Russie, la Rome des czars, pht sur la limite des deux premières parties du monde, montrait digne de l'honneur qu'elle allait recevoir et sentiment d'orgueil national qu'elle inspire an pMil vue du patriotisme aux cœurs de tous les Russes.

De leur côté, les ambassadeurs extraordinaires, membres du corps diplomatique avec leurs nombreu suites , les étrangers de distinction , la noblesse et i les délégués des nations diverses qui forment remj de la Russie, se rendaient à Moscou pour assister au c ronnement, et rendre ensuite hommage à l'Emper couronné.

L'entrée solenoelle de Leurs Majestés à Moscou fat fi au 5 août. Dès le malin de ce jour une foule imme se porta sur la route, eh l'on avait construit, ainsi i dans les rues de la ville situées sur le passage du cort< impérial , des échafaudages élégamment décorés. Toc les maisons depuis la Sastawa jusqu'au Kremlin étal pavoisées de draperies, de drapeaux, d'éioflea 46 i

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et de velours ornées de franges et de ^aiids d'er. A cinq heores de raprès-midi, ptr un temps magoifiquey une salve de soixante et onse coups de canoo et le son de tontes les cloches de la ville annoncèrent L'arrivée du cortège impérial à la Sastawa. L'Emperenr, a'avattfsnl à cheval eolre le grand-duc Midiel à sa droite et le prince Charles de Prusse à sa gauche y était accompagné d^une nombreuse escorte de généraux russes et étraogeis. L'impératrice Alexandra était dans un carrosse magnifique avec le grand-duc héritier. Partout sur leur passage le peuple faisait éclater les transports de sa joie. La marche de ce cortège, oilrant aux regards une riche variété d'uniformes militaires et de costumes de cour, dora deux heures depuis son point de départ jusqu'à son arrivée au Kremlin. Le soir une brillante illumination termina eette première journée, prologue des fêtes du conronnement Cette solennité, retardée plusieurs fois déjà, remise encore en raison du carême de l'Assomption , que les Russes observent fidèlement suivant les commandements de l'Eglise grecque, fut enfin définitivement fixée au 3 septembre. En attendant, la famille impériale qujtta le Kremlin pour aller habiter jusqu'au jour du couronnement le palais de la comtesse Orioff situé dans un des faubourgs de Moscou, au milieu de jardins délicieux, comoke un nid d'oiseaux caché sous un bouquet de fleurs. L'Empereur consacra cet intervalle de temps à des réceptions particulières , à des revues, à des exercices et à de grandes manœuvres militaires > ne laissant échapper aucune occasion de témoigner publiquement devant tous au maréchal duc de Raguse ses sympathies particulières pour sa personne , représentant à ses yeux la ^^k>tre militaire de l'empire et l'honneur héréditaire de l'illustre maison de Bourbon. Entre tous les soute-

rains régnant alors en Europe, Charles X était celui d le caractère loyal et la riche nature cadraient le mi< avec les sentiments et les idées de Nicolas. L'Emper chevalier de la Russie était fait pour comprendre le chevalier de la France.

Cinquante mille hommes de la garde et de trou^ d'élile, deux cents pièces de canon avaient été codt aux fêtes du couronnement; mais au milieu de cet assc blage de gloires vivantes et d'illustrations en tout gei qui se pressaient autour du nouveau monarque, il m quait un personnage dont nul courtisan sans doute n^oi faire remarquer Tabsence. C'était le Césarévitsch gra duc Constantin. Mille bruits divers couraient à ce su^ L'Empereur, regardant une invitation formelle com une chose trop délicate , avait-il préféré s'en rapporte la sagesse de son frère? Celui-ci, en proie à des regr tardifs, ne se sentait-il pas la force d'assister k une rémonie dont il aurait pu être le principal héros, bien encore un point de mésintelligence s'était-il p] entre les deux frères qui venaient de donner à TEur l'exemple du plus généreux désintéressement? Te étaient les vagues données sur lesquelles chacun < blissait des conjectures, lorsque le grand-duc Constai arriva inopinément de Varsovie aux portes du Krèm Que son arrivée fut un acte d'obéissance ou un mou ment spontané de sa propre volonté, elle combla de j la famille impériale. Nous trouvons une preuve de satisfaction personnelle de l'Empereur dans le res qu'il adressa au gouverneur général de Saint-Pétersbo pour faire publier le programme de la célébration son couronnement.

« Notre capitale de Moscou, dit-il, a eu le bonh de recevoir dans ses murs Son Altesse Impériale le

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sarévitsch grand-duc ConsianUii; Tauguste voyageur dont. la présence manquait à nos vœux et à la tendresse de la famille impériale, n'était point attendu. »

Un témoin oculaire raconte en ces termes Tentrevue entre les deux frères, dont l'un venait par sa présence sanctionner la générosité d'un sublime sacri6ce , dont l'autre avait pu craindre un instant des regrets rendus dangereux par la popularité, quP s'attache toujours au sacrifice. Cette scène eut lieu à la villa Orloff, ou l'Empereur s'était arrêté :

a Depuis la mort d'Alexandre , depuis le combat d'abnégation dont cette mort pour eux avait été le signal , Nicolas et Constantin ne s'étaient point vus. Un aide de camp avait annoncé l'arrivée de celui-ci à l'Empereur. A ces mois : Le grand- duel Nicolas, occupé de sa toilette, ne pense qu'à son frère Michel, et le fait prier de l'attendre un instant; mais l'aide de camp hésite. Interrogé par un regard de l'Empereur, il ajoute avec émo* tien : tt Sire , ce n'est point le grand-duc Michel , c'est le n Césaréwitsch. 3> Aussitôt l'Empereur jette un cri de joie et s'élance à la rencontre de Constantin, qui, de son côté, s'inclinant devant le Czar, lui saisit la main et la porte respectueusement à ses lèvres; mais Nicolas, profondément ému , l'attire dans ses bras , le presse sur sa poitrine, lui prodigue les plus tendres caresses et les plus doux témoignages de reconnaissance. En ce moment solennel les larmes de ses yeux prouvèrent la sincérité de son cœur, n

Quel moment en effet pour les deux frères! l'un venant couronner son œuvre d'abdication et plier le genou devant un sceptre qu'il avait refusé de porter; l'autre pliant le genou aussi devant la majesté du sacrifice y et couronnant son acceptation par l'hommage de

tu HISTOIRE DE L*£I1PEIIK1JII NICOLAS.

sa gratitade pour rabtadon d'un titre «fu'ii n'avait point aoibilionné.

Le lendemain 27 août , ISte de TAssomption y snivani le calendrier russe, il y eut une parade que FEmpereur, le grand-duc héritier, le Césaréwittcfa et le grand-dac Michel honorèrent de leur présence. Lorsque les trois frères parurent devant le front des troupes réunies au Kremlin, le peuple et l'armée firent retentir les airs des cris trais fois répétés, et chaque fois intimement unis comme le paraissaient à cette heure les trois frères, de Vive TEmpereurl vive Constantin I vive le grand-duc Michel I... Dans ces acclamations unanimes, Constantin dut trouver le prix de l'empire et la récompense de sa vertu....

Au moment où les troupes s'ébranlèrent povr le défilé, le grand-duc, se détachant du groupe impérial, se mit à leur tête pour être le premier à saluer avec son épée celui que son cœur avait salué césar. « Monseigneur, lui dit quelques instants après le duc de Raguse, vous êtes sublime comme la vertu antique.... » Au moment où Constantin passait devant lui, l'Empereur s'était jeté dans ses bras. Enfin , après les jours d'agitation qui précédèrent les grandes solennités , arriva celui du couronnement, auquel la famille impériale s'était préparée par des prières et le sacrement de FEucharistie. Suivant l'antique usage, la cérémonie du sacre devait avoir lieu dans l'église de l'Assomption.

Longtemps avant l'heure, cette église, surchargée de peintures et d^images enrichies d'or, d'argent et de pierres précieuses, offrait aux yeux un spectacle dont nulle expression humaine ne saurait rendre la magnificence et la richesse. Au milieu de l'église on avait construit une estrade fort élevée, sur laquelle étaient placés

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ma aKiiie 4ats les IrAnes de rEnpeffeur et de rioi. ; eo eMBt et obliqaant « dreite, s'élevait le trâse de Tliapiratriee mèro; phis loin» sur le eàté, demi se placer J« ^prande^duchesse Hélène ; des tribimes à U gftMke da IrAne swaient été réservées mix membres dn eerps diplomatique, wiM^vis des Irihuiies ^«e iea dttues des premières classes de laeeur devaient occuper sw h droite.

Uae aalve de cent un coups de canon et le son de tentes les cloches de la ville anaoocèrent Tentrée de l'fimperenr à la catbéditale. La cérémonie eommâsça amaitfiL Les grand^ncs Constantin et lliobel, en ^«a* IMé d'assistanls, se tenaient deUmt auprès dn tréne, et le jfraad-duc Constantin remplissait (urès de r£mpereur les fonctions d'aide de camp général, dont il portait l'u^ Bitume. Hmmédiatement après le coaronnementet pendant que l'on chantait le Domine salvumy les membres de la famille impériale quittèrent leurs places pour aller présenter leurs hommages à l'Empereur. L'Impératrice mère, Marie Feodorowoa, s'approcha la première ; mais Nkcobsla prévenant, se précipita de son trône pour loi haiser la mùn ; alors l'illustre veuve de Paul F le serra dans ses brafi et le retint pendant plusieurs minutes enlacé sur sa poitrine , le couvrant de caresses et de larmes. Cette ethsicm de tendresse maternelle dominant encore la puissance souveraine, la piété filiale dépouillant son front de la couronne pour le courber devant la majesté d'une mère et lui rendre les hommages qu'elle s'apprêtait à lui offrir elle-même, produisirent parmi les speetaleun wme émoéion que notre pensée partage sans pouvoir l'exprimer. Mais une scène plus saisissante encore «'empara hientdt de l'attention générale, et changea Téoiotion en enthousiasme.

%M HISTOIRE D€: L'BMPBUBIIR mgolas.

L'Impératrice venait de se détacher des bras de i fils y lorsque tout à coup Ton vit le graad-duc Couslai s'approcher majestueusement de son frère et plier genou , lui l'ainé de la famille , devant le frère cadet le remplaçait sur le trône, auquel il était appelé I même par les droits de sa naissance. Nicolas le relev aussitôt, se jeta à son cou et l'embrassa avec des éli d'une tendresse trop naturellement sentie pour é feinte ou étudiée.... Un long tressaillement d'admi tion circula dans toute l'église, malgré la sainteté lieux, lorsque l'Impératrice mère, pâle, mais ray< nante de bonheur et de joie, se rapprochant de l'Em reur, leva ses deux mains pour réunir dans une me bénédiction deux fils dont elle avait le droit d'être fi devant Dieu et devant les hommes.

L'émotion produite par ce spectacle, devant leq s'effaçaient toutes les pompes de la grandeur et de puissance souveraine, gagna même les hauts dignitai de l'Eglise ; presque tous les yeux étaient pleins de ! mes ; la prière elle-même s'était arrêtée sur toutes lèvres, comme pour donner un libre cours à cette ripétie, la plus saisissante de ce drame imposant solennel.

Le couronnement de l'empereur Nicolas dans l'ég de l'Assomption , comparé à celui de Charles X dam cathédrale de Reims , a présenté peut-être un caraci moins grandiose sous le rapport du monument qui a servi de théâtre, ainsi que sous celui du' bon goût costumes, des décorations, de l'ensemble harmoni du cérémonial ; mais il a été certainement plus ren quable par la variété d'une perspective on se coni daient les costumes, les grandeurs, les pompes pi resques de l'Europe et de l'Asie. D'un autre côté

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