‹ Histoire de l'empire d'Autriche depuis les temps les plus reculés jusqu'au règne de Ferdinand I, Empereur d'Autriche; en six époquesChapitre 2 sur 12 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Chartes -Quint, Empereur romain et roi d'Espagne.

De 1519 à 1558.

Philippe-le-Bel d'Autriche, rm de Castille, qui avait précédé son père M&xirDilien I dans la tombe (15063) laissa, comme il a déjà été mentionné, deux fils : Charles (né à Gand le 25 février 1500) et Ferdinand (né à Alcala de Henarez dans la Nouvel le- Castille, le 10 mars 1503). Charles avait à peine atteint sa sixième année, lorsqu'il hérita par la mort de son père la souveraineté des Pays-Bas ') j à seize ans il succéda à son aïeul ma-

0 Les Paus-Basy anciennement connus sous le nom de Belgique (BelaiumX fusaient au temps des Romains partie de la Gaule. Des débris de l'Empire romain il se forma presque partout de petites souverainetés. Une partie des Pays-Bas, réunie à la Lorraine, composa pendant longtemps, sous la dénomination à'Aïutnuie, un État considérable qui fut enfin incorporé dans l'empire des Francs. Charlemagne ajouta à celui-ci une grande partie de l'Europe ; mais la désunion qui régna entre les enfants de son fils Louis -te- Débonnaire, et la faiblesse qui se répandit insensiblement sur ce vaste Empire, l'ayant lait tomber en décadence, il s'éleva sur ses ruines de nouveaux petits États, tant ecclésiastiques que séculiers, qui se distinguaient toujours par un extrême penchant à la liberté et à lin* dépendance. Parmi ces États se trouvaient les dix-sept provinces des Pays- Bas, savoir s les duchés de Bravant, de Lothier, de Umbourg^ de Luxembourg et de Guetdre; les comtés de Flandre, d'Artois, de Hainaut, de Hollande, de Namur et de Zétande; le margraviat du Saint' Empira (qui consistait dans la ville d'Anvers et son district, et fut dans la suite uni auBrabant); les seigneuries de Frise, d'Over-Yssel, tfUtrccht, de Grotingue et de Matines. La plupart de ces pays étaient déjà depuis bien longtemps soumis à la domination des dues de Bourgogne *), et

•) Voir T«m« IV page »4o.

ternel , Ferdinand-le-Catholique , dans la possession des couronnes A' Aragon , de Naples et de Sicile , puis dans la régence de la Castille que Jeanne sa mère, héritière de ce royaume, ne pouvait gouverner, ayant l'esprit aliéné; enfin, à dix - neuf ans , la mort de son aïeul paternel, l'empereur MaximilieiLl9lle fendit maître de tous les États de la Maison À* Autriche en Allemagne.

La mort de l'empereur MaximiKen I fut suivie d'un interrègne de six mois, pendant lequel Charles, petit-fils du monarque défunt, et les rois François I de France et Henri VIH d'Angleterre se mirent sur les rangs, pour postuler la couronne impériale, Charles avait gagné l'amitié des électeurs de Mayence, de Cologne, du Palatinat et de Brandebourg, et plus tard aussi celle de l'électeur de Saxe* Les envoyés du jeune roi Louis de Bohème se déclarèrent pareillement pour Charles. 11 n'y eut que l'électeur de Trêves qui s'entremit avec grand gèle en faveur du roi de France. Le pape Léon X, craignant que l'agrandissement de la puissance du roi Charles, qui par la possession de Naples était déjà un voisin dangereux, n'entraînât des suites fâcheuses et préjudiciables à l'indépendance du Siège apostolique, avait fait agir en apparence par ses légats tantôt en faveur de François de France, et tantôt en faveur de Henri d'Angleterre. 11 avait même rappelé à la mémoire des princes électeurs le traité conclu en 1265 entre le pape Clément IV et Charles d'Anjou, en vertu duquel la couronne impériale et celle du royaume de Naples ne pouvaient jamais être réunies sur une seule tête. Cependant le pape Léon ne tarda pas à changer de sentiment ; car lorsque le Col-

l'empereur Charles-Quint acquit les autres par achat et par convention; en sorte que ce prince réunit les dix-sept provinces des Pays-Bas sous les lois de la Maison d'Autriche, dont les Souverains continuèrent de porter le titre de dvcs de Bourgogne,

lège électoral s'assembla, le 8 jain 1519 à Francfort, le cardinal Cajétan et le nonce Caraeioli déclarèrent par une note officielle, au nom du pape, que le saint-père ne s'opposait point à l'élection du roi Charles d'Espagne, qui fat alors élu d'une commune voix roi des Romaine, le 28 juin 1519. Cependant l'appréhension, que ce Souverain ne fût un jour tenté d'abuser de sa puissance pour s'adjuger une domination absolue , incompatible avec la constitution germanique et attentatoire aux droits et franchises des États, engagea les princes électeurs à dresser mie capitulation de trente-quatre articles que le futur empereur fut obligé de jurer ')•

Le roi Charles , qui se trouvait en Espagne lorsque le comte palatin Frédéric lui apporta le décret de son élection, s'embarqua, le 22 mai 1520, à la Corogne en Galice pour l'Angleterre , dans la vue de s'assurer l'amitié du roi Henri VIII et de son premier ministre , le cardinal Volsey ; en qui il réussit au delà de ses espérances. Dans une entrevue que les deux rois eurent ensemble à Canterbory , vers la fin de mai et ensuite (10 juillet} à Gravelines en Flandre, Charles vint à bout de rompre l'alliance qui subsistait entre la France et l'Angleterre , et à lier étroitement à ses intérêts le roi Henri VIII. Le 22 octobre, Charles jura dans la ville d'Aix-la-Chapelle d'observer la capitulation d'élection , et fut ensuite couronné avec une pompe extraordinaire. Le 26 du même mois, l'électeur de Mayence annonça solennellement au peuple qu'une ambassade du pape Léon X avait apporté au roi Charles une lettre, par laquelle le pontife lui déférait le titre d* Empereur romain élu, comme l'avait porté aussi ttaximilien I son aïeul.

Charles V, communément appelé Charles - Quint,

') On trouve cette capitulation dans Goldast, Christophe Ziegler et autres écrivains.

fat à peine assis sur le trône impérial , qu'il se vit obligé d'interposer son autorité, pour apaiser des troubles qm s'étaient élevés en Allemagne, il y avait déjà quelques années. L'injustice et la cruauté avec laquelle Ulric de Wurtemberg gouvernait ses pays , avait nécessité l'empereur Maximilien à le mettre au ban de l'Empire. Mais cette sentence n'avait pas été exécutée, parce que plusieurs princes s'étaient entremis en faveur d'CJlric En revanche, le due renonça en octobre de la même année pour dix ans ai gouvernement de ses États , qui devait être remis à u Conseil d'administration. Ce nonobstant, Ulric sut empêcher l'installation de cette régence ; il conserva le pouvoir souverain , et continua de gouverner ses sujets en tyran. Pendant l'interrègne, en janvier 1519, le duc Ulric s'empara de Reutlingue , ville libre impériale , et en fit une ville provinciale du Wurtemberg. La ligue souabe arma pour venger cet acte de violence commis envers un membre de la confédération. Le duc Guillaume de Bavière, capitaine de la ligue , à la tête de 20,000 hommes, marcha contre Ulric qui , n'osant se mesurer avec ces forces supérieures, abandonna son pays sans coup férir, et le duché se soumit volontairement à la ligue, qui par un traité, conclu le 6 février 1520 à Augsbourg, céda le pays de Wurtemberg à l'empereur Charles-Quint pour un prix fort modique. Le 5 juin 1521, ce monarque mit le duc Ulric , comme traître à la patrie, au ban de l'Empire. Une maladie contagieuse, qui régnait dans la ville et les environs de Nuremberg, engagea l'Empereur à convoquer sa première Diète à Worms , le 6 janvier 1521. Dans cette assemblée on publia , le 26 mai , une nouvelle organisation du Conseil suprême d'Empire (JReiehiregimeni) , qui restreignait en plusieurs points essentiels les prérogatives, que Maximilien I avait concédées à ce Collège supérieur d'administration. I/Empereur nomma, le

25 mai, son frère l'archiduc Ferdinand président du Conseil suprême et lieutenant impérial, et lui adjoignit le jeune prince Frédéric , frère de l'électeur palatin Louis, Les Etats de F Allemagne accordèrent l'imposition d'une taxe , pour se procurer la somme nécessaire à l'entretien du Conseil suprême et de la Chambre impériale. Le 30 septembre 1521 , le Conseil suprême d'Empire fut ouvert dans sa nouvelle forme à Nuremberg. Avec le recès de l'Empire l'Empereur fit publier aussi un nouveau règlement relatif à la Chambre impériale; et cette Cour de justice, interrompue depuis le 20 novembre 15 19 , rouvrit ses séances dans la même ville et au même jour que le Conseil suprême. La paix publique fut de nouveau sévèrement ordonnée, avec injonction formelle à tous les princes et États , particulièrement aux capitaines des dix cercles de l'Empire, de poursuivre et punir les perturbateurs. Pour l'expédition romaine et pour reconquérir les pays arrachés à l'Empire germanique , les États consentirent à fournir à l'Empereur 20,000 hommes d'infanterie et 4000 chevaux. On dressa une nouvelle matricule T qui indiquait le contingent que chaque État devait fournir , en proportion de ses possessions et de ses revenus , pour l'expédition romaine. C'est de là que cette subvention reçut le nom de mois romaine 'J. La matricule elle-même fut maintenue, à peu de changements près, jusqu'à la dissolution de l'Empire (18063* Ce n'est aussi que dans la même Diète, que

») Chaque État de l'Empire était obligé d'accompagner le roi de Oennanie eu d'Allemagne dans 00a expédition romaine, c'est-à-dire dans le voyage qu'il faisait à Rome pour aller recevoir la couronne impériale,, ou de fournir un certain nombre d'hommes d'armes qui suivaient le monarque au delà des Alpes. Plus tard cet accompagnement fût converti en argent; on payait pour un cavalier 12 florins et pour un fantassin 4 florins par mois, Cette prestation fut depuis adoptée pour règle, d'après laquelle on fixait tes subsides lorsque les rois ou empereurs d'Allemagne avaient besoin du secours de l'Empire. Dans des cas extraordinaires, la accordait aussi plusieurs mois romains à la- fois»

la division de l'Empire en dix cerclée , bien qu'elle eût déjà été résolue en 1512 , fat effectivement mise à exécution.

Le 28 avril de la même année (1521) , l'Empereur conclut avec son frère Ferdinand un traité de partage, relativement aux pays héréditaires de la Maison d'Autriche. Depuis la mort de Maximilien I, ces pays avaient été régis au nom des deux frères en commun. Mais par l'acte, expédié le 29 avril 1521, les duchés de la haute et ba$$e Autriche, de Styrie , de Carinthie et de Gamiole, furent assignés à l'archiduc Ferdinand. L'Empereur se réserva les Pays-Bas, puis les comtés de Tyrolj de Gorice et d'Ortenbourg, le Pusterthal, Mitterthal, Citty, Karst, VIstrie, Moetling, le Frioul, Fiume, Trieste, Mer an , Gradisca et les anciens districts de frontière vénitiens, comme aussi les possessions autrichiennes en Alsace, dans le Sundgau, le Brisgau, Schwarzwatd (Forêt-Noire) et en Souabe. Ce partage toutefois, subit un changement dans le cours de Tannée suivante 1522, où l'Empereur, par deux nouveaux traités, conclus le 30 janvier et 7 février à Bruxelles , céda la part qu'il s'était réservée dans les possessions allemandes de la Maison d'Autriche, comme aussi le duché de Wurtemberg, à l'archiduc Ferdinand. Seulement cette convention et les cessions y stipulées devaient être encore tenues secrètes pendant six ans; et on convint que durant tout ce temps l'archiduc Ferdinand gouvernerait ces pays sous le titre de lieutenant-général de l'Empereur. Il est vrai , que dans les deux susdits traités le retour des domaines autrichiens en Alsace, dans le Sundgau et le Brisgau, comme aussi du comté de Ferette , fut réservé à l'Empereur , après la mort de son frère Ferdinand ; mais par un acte , signé a Gand, le 7 mai 1540, Charles-Quint renonça entièrement à cette condition. L'archiduc Ferdinand reçut , au

mois de mai 1522 dans la Diète de Stuttgard, en personne l'hommage des États de Wurtemberg, et prit ensuite les rênes du gouvernement de ce duché. Depuis Tannée 1521 la Maison de Habsbourg - Autriche resta divisée en deux branches, Y aine e ou espagnole, et la cadette ou allemande. L'archiduc Ferdinand consomma, le 26 mai 1521 à Linz, son mariage avec la princesse Anne de Hongrie et de Bohème.

Pendant l'interrègne, Martin Luther avait, sous là protection de l'électeur et vicaire de l'Empire, Frédéric de Saxe , son Souverain , répandu en diverses contrées ses opinions et doctrines. lie pape Léon X avait , par une bulle du 9 novembre 1518 , confirmé le précepte ecclésiastique des indulgences. Mais considérant l'influence puissante que l'électeur de Saxe pouvait exercer sur l'élection d'un empereur , il s'abstint de toute démarche sérieuse contre Luther. 11 se borna à envoyer son camérier Charles de Miltitz en Saxe pour terminer , s'il était possible , sans bruit la contestation. Cet officier s'aboucha, en janvier 1519 à Altenbourg, avec Martin Luther, qni se déclara prêt à observer un entier silence sur la matière contentieuse, si ses antagonistes en faisaient autant. 11 consentit aussi à excuser par écrit auprès du pape la véhémence avec laquelle il s'était conduit jusqu'alors, et à exhorter par une lettre patente tous les Chrétiens à l'obéissance au souverain pontife, ainsi qu'à une juste interprétation des doctrines luthériennes. Mais il refusa de faire une rétractation expresse de ses opinions. A Leipzig, Miltitz interrogea le dominicain Tetzel, l'accabla de reproches à cause de son procédé impolitique et le menaça du châtiment mérité, auquel toutefois il échappa par sa mort, arrivée le 7 août de la même année. L'oeuvre de réconciliation fut continuée, mais avec une extrême tiédeur, et l'en finît par remettre à la prochaine Diète l'arrangement définitif de cette importante affaire.

soumission à l'Eglise romaine ; nais tous ses efforts bienveillants restèrent infructueux. Les Etats de l'Allemagne, assemblés à Worms, proposèrent alors d'appeler Luther à la Diète , et de le faire interroger par des théologiens intelligents. En même temps , les États remirent i l'Empereur un grand nombre de griefs contre le Siège romain , et lui proposèrent de faire convoquer un concile général pour la réformation de l'Eglise. Une circulaire impériale ordonna à tous les magistrats de saisir les écrits et livres de Luther , et de les envoyer à Worms. Le S mars, Martin Luther fut cité à comparaître devant la Diète. Afin que le sort de Jean Huss et de Jérôme de Prague ne l'effrayât point , Charles-Quint, aussi bien que tous les princes dont Martin devait traverser les États, le munirent d'un sauf-conduit. Un héraut impérial alla chercher Luther à Wittemberg.

Le 16 avril, Luther arriva à Worms. Le jour suivant, il comparut devant la Diète, soutint ses opinions, refusa de les rétracter et somma les assistants de le convaincre de ses erreurs par l'écriture sainte. Des remontrances, persuasions et exhortations pressantes furent en vain employées pour engager Luther à la condescendance; il s'opiniàtra contre tout ce qu'on pût lui dire et quitta Worms , le 26 avril , k l'abri de son sauf-conduit Pour le mettre à couvert de tout danger , l'électeur Frédéric de Saxe, son protecteur zélé, le fit enlever en route, près d'AItenstein dans le pays de Meinungen, par des cavaliers masqués et conduire au château de Wartberg près d'Eisenach. lie 8 mai , l'Empereur fit publier Yédit de Worms , par lequel Luther et ses adhérents et protecteurs actuels et futurs , furent mis au ban de l'Empire, ses doctrines sévèrement interdites et ses livres condamnés an feu. Mais ce monarque fut empêché, par les troubles survenus dans son royaume d'Espagne , de faire

exécuter avec l'énergie requise cette sentence de proscription.

La haine, qui subsistait depuis longtemps entre la famille royale de France et la Maison d'Autriche , s'était transmise à François I et A Charles - Quint. Cependant, comme chacun de ces Souverains connaissait fort bien la puissance de l'autre, ils évitèrent d'en venir à une rupture ouverte , d'autant plus qu'ils étaient incertains sur le parti ^* que prendrait en ce cas le pape. Outre cela l'Espagne,

'* dans les premières années du règne de Charles - Quint,

était en révolte; les peuples des Pays-Bas détestaient la guerre, à cause de l'interruption qu'éprouverait par là leur commerce florissant; et l'expérience leur avait appris qu'on ne pouvait en aucun temps faire fond sur l'assistance de l'Empire germanique.

A la fin cependant le roi de France commença les hostilités en Espagne, sous prétexte de remettre Henri d'Albret en possession du royaume de Navarre , dont le feu roi Ferdinand V le Catholique avait dépouillé la Maison de ce prince. Les Français se rendirent maîtres , au printemps 1521 , de toute la Navarre ; mais ils perdirent ce pays en aussi peu de temps qu'ils l'avaient conquis. Car la Noblesse et les villes, ayant réuni leurs forces, dégagèrent Lograno, assiégé par l'ennemi, battirent, le 30 juin 1521, l'armée française près de Pampelune, firent son commandant, le comte de Foix, prisonnier, et arrachèrent en peu de temps la Navarre aux Français. Pendant ce tempslà, François 1 attaqua aussi l'Empereur du côté des Pays- Bas, attendu qu'il soutint le comte Robert de la Marche, qui dévastait le pays de Luxembourg. Mais le comte Henri de Nassau, général de l'Empereur, marcha avec une armée de 20,000 hommes contre Robert , lui enleva toutes ses places fortes et le contraignit à implorer la clémence de l'Empereur. Ensuite le comte de Nassau franchit les

frontières de la France, prit Mouzon-sur-la-Meuse et mit ensuite le siège devant Mézièrës. Mais le fameux chevalier de Bayard défendit la place avec autant d'habileté que de courage , et donna ainsi an roi de France le temps de venir an secours de la ville. Les Français reprirent Mouzon et se répandirent ensuite dans le Hainaut et l'Artois, où ils enlevèrent plusieurs places aux Impériaux» Ceux-ci, de leur côté, assiégèrent et réduisirent la ville de Tournai, appartenante alors à la France. La conquête de cette place termina la campagne dans les Pays-Bas.

Henri VIII d'Angleterre, après avoir essayé inutilement de réconcilier les deux monarques ennemis, conclut, le 24 novembre 1521, un traité d'alliance avec l'Empereur contre la France.

Tandis que François I et Charles - Quint mesuraient leurs forces l'un contre l'autre en Espagne et dans les Pays- Bas , on combat plus décisif avait eu lieu entre leurs armées en Italie. Le pape Léon X, indigné de ce que François I avait enlevé (1515} au Saint-Siège les duchés de Parme et de Plaisance , et aspirait encore en outre à la possession deFerrare, avait conclu, le 8 mai 1521 à Rome, avec Charles - Quint un traité secret , portant qu'ils uniraient leurs forces pour chasser les Français de Milan, ainsi que de Gènes, et que François Sforce, frère de Majimilien Sforce, serait rétabli dans le Milanais. Afin de ne pas laisser aux Français le temps de rassembler une forte armée en Lombardie, les Puissances alliera convinrent de commencer aussitôt leur entreprise. Leurs troupes se réunirent à Reggio sous le commandement en chef de Prosper Colonna , à qui le cardinal de Sion amena un renfort de 20,000 Suisses. Le général Colonna, après avoir traversé le Pô, passa, le 16 novembre 1521, TAdda près de Vaprio, malgré les efforts que fit le maréchal Lescuns de Voix pour l'en empêcher. Le 19 du même mois, le mar-

qttis de Pescaîre , qui commandait sous Colonna , surprit pendant la nuit la ville de Milan , et s'en rendit maître, à l'aide des habitants de cette capitale. Le maréchal Lautrec, gouverneur de la place, jeta une garnison dans la citadelle , se sauva avec le reste de son armée a Corne et marcha ensuite à Lonato dans le Bressan. Lodi, Pavie, Parme , Plaisance et beaucoup d'autres villes , ouvrirent leurs portes aux alliés. Corne et Alexandrie furent conquises. A la fin de la campagne il ne restait plus aux Français que la citadelle de Milan , puis Crémone , Gènes et quelques forts insignifiants. Parme et Plaisance retournèrent aussi au Saint-Siège. Le pape LéonX mourut le 1 décembre de la même année.

Comme le gouvernement romain n'envoyait plus l'argent pour l'entretien de l'armée impériale, elle se dissipa en grande partie , et les Suisses particulièrement s'en retournèrent chez eux. Le prince François Sforce et Georges de Freundsberg, général de l'archiduc Ferdinand, se rendirent avec 10,000 lansquenets par Trente à Milan et forent reçus avec des cris de joie par la population. Le maréchal de Lautrec, n'osant attaquer cette ville si bien défendue, prit une position près de Cassai^o, et fit assiéger par un corps d'armée Novare qui se rendit. Ce Général entreprit le siège de Pavie. Mais il se vit bientôt obligé de le lever et de se retirer à Monza, où il attendit avec impatience les fonds qu'on devait lui envoyer pour payer la solde des Suisses qui servaient sous ses drapeaux. Enfin quelques transports d'argent arrivèrent aux bords du lac majeur ; mais comme ils ne purent être conduits jusqu'à Monza , à cause de la présence d'un corps d'Impériaux dans cette contrée, les Suisses, las d'attendre, demandèrent ou leur payement, ou leur congé, ou le combat. Lautrec, contraint d'opter, se décida malgré lui à attaquer l'armée impériale qui occupait un camp fortement retran-

c hé à la Bicoque , château situé dans on grand parc entre M onza et Milan. Le 22 avril 1522 , les Suisses assail* lirent les premiers le camp des Impériaux 5 mais ils furent vaincus et perdirent près de 5000 hommes et vingt «-deux de leurs chefs. Ce ne fut qu'alors que les Français , qui avaient fait une longue marche, purent prendre part à Tac* tion ; ils furent également défaits et mis en fuite* L'armée vénitienne, commandée par André Gritti^ n'en vint point aux prises avec les Impériaux. Elle couvrit la retraite des Français, qui passèrent TAdda près de TrezzcK Gritti se posta avec ses troupes sur les frontières de la République. Le troisième jour après la bataille , tous les Suisses rapprirent par Bergame le chemin de leurs montagnes. Les Impériaux surprirent Lodi , et s'emparèrent de Pizzighetone, de Corne et d'Arona. Le maréchal Lescuns de Foix défendit Crémone ; mais il fut contraint de signer , le 26 mai, une capitulation, par laquelle il s'engageait à évacuer jusqu'au 6 juillet cette ville et toutes les autres places de la Lombardie. Les châteaux de Milan et de Novare ne se rendirent que Tannée suivante (15233* Enfin la prise de Gènes, que le général romain Colonna emporta par un coup de main , acheva la conquête de la haute Italie par les alliés. Les Vénitiens , voyant que l'alliance française ne leur était pas profitable , y renoncèrent et firent , le 28 juin 1523, la paix avec Charles-Quint. Ce prince, au nom de François Sforce, duc de Milan, et la République se promirent réciproquement un secours de 600 gendarmes, de 600 hommes de cavalerie légère, et de 6000 fantassins* Le sénat assura en outre à l'Empereur 25 galères pour protéger le royaume de Naples. L'archiduc Ferdinand d'Autriche renonça à toutes ses prétentions sur les

•) n devint doge de Venise après la mort d'Antoine Grimani (1523), qui avait remplacé en 1521 Lanrent Loredano, dont il a été bit mention sous le régne de Mazimilien I (Tome IV page 360).

provinces vénitiennes , moyennant la somme de 200,000 ducats que Venise s'obligea à lai payer dans l'espace de huit années. Le 3 août, il fut conclu entre le pape Adrien VI, successeur de Léon X, l'Empereur, l'archiduc Ferdinand, le roi d'Angleterre, le duc de Milan, le margrave Je Mantoue , les Florentins , les Génois , les Siennois et les Lucquois, une alliance pour défendre l'Italie.

Le roi Henri VIII d'Angleterre avait sur la fin de mai 1522 déclaré la guerre à la France. Une flotte puissante dévasta les côtes de la Normandie; et les Anglais enlevèrent plusieurs places et s'avancèrent ensuite conjointement avec les troupes flamandes en Picardie. Quoique la prudence eut exigé que François I cherchât avant toute chose à pourvoir à la sûreté de son propre royaume , ce prince était tellement aigri des défaites que ses troupes avaient essuyées en Italie , qu'il ne songeait qu'à se venger de cet affront, et k soumettre de nouveau Milan à ses lois. En effet, bientôt une armée de 35,000 hommes, sous les ordres de l'amiral Bonnivet et du maréchal de Montmorency, franchit les Alpes et l'armée s'avança vers Milan, qui se trouvait alors dans un mauvais état de défense. Comme d'ailleurs l'armée impériale et pontificale de , Colonna comptait à peine 15,000 hommes, et que les troupes j auxiliaires de Venise et de Mantoue s'étaient postées de • manière à n'être pas en danger de devoir livrer bataille, j l'armée française parvint sans grande peine à traverser le Tésin. Bonnivet s'arrêta pendant trois jours sur les bords i de cette rivière ; ce qui donna à Colonna le temps de renforcer la garnison de Milan et d'approvisionner la ville. , Enfin Bonnivet se porta en avant et bloqua, le 20 sep* tembre, étroitement Milan qu'il espérait prendre par famine. Le chevalier Bayard avait déjà conquis Lodi. Monza et Caravaggio avaient été également occupés par les . Français. Cependant Colonna et Antoine de Levé inquié-

Auprès de lai se trouvaient le connétable de Bourbon, en qualité de lieutenant de l'Empereur, et le marquis de Pescaire. Le général français Bonnivet, qui se trouvait à Novare, craignant d'être cerné dans cette ville, en partit pendant la nuit , pour se réunir avec un corps de 10,000 Suisses qui était arrivé à Gattinara dans le vallon de la Sessia. Il effectua, le 13 avril, le passage du fleuve près de Romagnano $ mais il fut atteint le lendemain par les alliés sur la route dlvrée, et attaqué avec la plus grande vigueur. Bonnivet reçut d'abord au commencement du combat une forte blessure. Le chevalier Bayard fut atteint d'une balle , et mourut sur le champ de bataille. Les Français perdirent une grande partie de leur armée, leur artillerie et leurs bagages. Les restes se hâtèrent de gagner le mont 8. Bernard et marchèrent par Suse vers le Dauphiné. Mais encore dans le cours de la même année, François I, à la tête d'une nombreuse armée, passa le mont Cénis et atteignit Vercelli, le même jour où le connétable de Bourbon et le marquis Pescaire, revenant de leur expédition en Provence , arrivèrent avec leurs troupes, le premier à Cherasco et le dernier à Albe. Comme les alliés n'avaient point de forces suffisantes pour mettre des garnisons dans toutes les places , on résolut de ne laisser à Pavie , qui était la principale place d'armes des Impériaux en Lombardie , que le nombre de troupes nécessaire à la défense de la ville, et de marcher avec le reste de l'armée à Milan. Mais lorsque celle-ci arriva près de la capitale , elle ne trouva ni argent, si vivres , et la population était diminuée de 50,000 âmes par la peste qui y avait régné pendant Tété. Comme par conséquent on ne pouvait se maintenir dans la ville même, ut corps de sept cents Espagnols fut jeté dans la citadelle; et le marquis Pescaire sortit avec les troupes impériales de Milan par la Porta romana , à la même heure où les

Français entraient par la Porta Ticenese et la Porta vicellina. Les Généraux français conseillèrent à leur roi de poursuivre sans relâche les corps de troupes impériales , harassées et mécontentes de ne pas recevoir leur solde. Mais François n'écouta point ce sage avis et ne passa point l'Adda , par où les alliés eurent le temps de prendre les mesures de défense nécessaires. Cependant par le conseil de l'amiral Bonnivet , qui avait sur François I une plus grande influence que les autres Généraux, ce prince concentra ses forces principales au Tésin. L'amiral lui-même établit son quartier-général à l'abbaye de Lanfranco, non loin de Pavie* Le 3 novembre, le roi de France commença le siège de cette ville , dont la conquête , à ce qu'il espérait , mettrait entièrement fin à la guerre en Italie. Dans le pays même on tenait assez généralement la cause de l'Empereur pour désespérée. Le pape Clément VII, qui avait succédé , Tan 1523, au pape Adrien VI , fut le premier qui dans ces circonstances se sentit disposé à quitter le parti impérial. Il conclut en janvier 1526 avec la France un traité de neutralité, ou fut comprise la république de Florence, et auquel accéda bientôt aussi celle de Venise. Mais le général Antoine de Levé , commandant de Pavie , trouva moyen de contenter les soudoyers qui, irrités de ne pas recevoir leur payement arriéré, menaçaient déjà d'ouvrir les portes à l'ennemi. L'armée impériale, forte de 20,000 hommes, commandée par le connétable de Bourbon, les généraux de Lannoy et de Pescaire, se mit, le 23 janvier, en marche de Lodi vers Melegnano pour dégager Pavie qui était dans le plus grand danger, et arriva le 1 février à Vissarino et le lendemain à Santa Croce, à une lieue de Pavie. De mes escarmouches commencèrent aussitôt et furent continuées pendant trois semaines. Enfin le 24 février, jour fixé far les généraux de l'Empereur pour le combat, Pes-

caire , qui avait inquiété sans relâche Tannée française, qui occupait un camp retranché entre la ville et le grand parc de Mirabelle , sur la rive gauche du Tésin, fit entreprendre une attaque simulée contre le front du camp des Français et réussit par cette manoeuvre à attirer l'attention de François I de ce coté. Mais son plan était de se porter à droite par le parc de Mirabelle , entouré de fortes murailles , sur les derrières de l'ennemi. En conséquence , il fit renverser dans la nuit le mur postérieur de cette enceinte ; ce qui fut exécuté sans que les Français s'en aperçussent. Le roi , jugeant qu'il était dangereux d'être attaqué de ce côté-là , s'avança lui-même contre l'armée impériale. Les deux partis fondirent en même temps l'un sur l'autre avec la plus grande fureur. Le marquis Pescaire, son neveu le marquis del Vasto el Georges de Freundsberg firent des prodiges de valeur; et parfaitement secondés par les autres chefs et leurs soldats , ils mirent bientôt l'ennemi en déroute. Les Suisses abandonnèrent les premiers les postes qui leur étaient confiées. Alors le général de Levé fit avec la garnison de Pavie une sortie subite , qui répandit l'épouvant dans les rangs ennemis. Les Impériaux remportèrent une victoire complète. Huit à dix mille Français et soudoyers suisses et allemands restèrent en partie sur le champ de bataille, et en partie trouvèrent en fuyant la mort dans les flots du Tésin. Le camp , l'artillerie et les bagages tombèrent an pouvoir des vainqueurs. L'amiral Bonnivet, le chef des Suisses j Jean de Diesbach, le prétendant d'Angleterre, Richard deSuffolk, François , frère du duc de Lorraine, le maréchal Lescuns de Foix , et plusieurs autres Généraux français, étaient parmi les morts. Le roi, qui avait continué de combattre avec une bravure sans égale , entouré de morts , cherchait à se frayer un passage , l'épée à la main. Mais son cheval ayant été tué, il se vit en*-

veloppé par les Espagnols j et il était en danger d'être haché par eux à cause de sa résistance opiniâtre , lorsqu'il fat reconnu par un chevalier français, Pomperant, qui servait dans Tannée de l'Empereur, et lui sauva la vie. François I se rendit alors prisonnier et remit son épée au général Lannoy qui , sur l'invitation expresse du roi , s'était aussitôt présenté. Henri d'Albrét , roi de Navarre, François de Bourbon, comte de Saint-Paul, le bâtard de Savoy e et beaucoup d'autres Généraux et officiers de la plus haute Noblesse, furent également faits prisonniers. Seulement une partie de l'arrière-garde, sous le duc d'Alençon , beau-frère du roi , ainsi que la garnison de Milan , consistant en deux mille hommes , commandés par Théodore Trivulce, s'échappèrent par le Piémont et les Alpes , sans être poursuivis. Au bout de peu de jours les Français avaient évacué toute la Lombardie. Les Impériaux ne perdirent , à ce qu'on prétend, que sept cents hommes dans cette fameuse journée.

L'empereur Charles-Quint, qui se trouvait alors à Madrid , reçut avec beaucoup de modération la nouvelle du triomphe de ses armes. Il défendit les réjouissances publiques , préparées par les Espagnols. Il expédia aussi à ses Généraux en Italie et dans les Pays-Bas , Tordre de suspendre les hostilités contre la France, privée de son Souverain. Cependant la mère du roi, Louise de Savoy e, faisait les plus grands préparatifs, pour la défense des frontières. Tous les alliés de l'Empereur lui enviaient l'heureux succès de ses armes , et se défiaient de sa puissance croissante. L'équilibre politique de l'Europe, l'idée favorite de Henri VIII d'Angleterre, paraissait alors sérieusement menacé. Ce prince importuna maintenant Charles-Quint de demandes les plus étranges; il voulait que l'Empereur fit la conquête de la Guienne ivec des troupes espagnoles, mais qu'ensuite cette province

fût remise aux Anglais , et que Charles-Quint lui contât la garde du roi François I. Il prit le refus qu'il éprouva pour prétexte de rompre avec Charles-Quint. Le 20 août 1525, Henri VIII conclut avec la France une alliance défensive , et promit de s'employer pour l'élargissement de François.

L'Empereur avait offert la liberté à ce prince, détenu à Pizzighettone , mais sous des conditions fort dures. Il exigeait que François lui abandonnât le duché de Bourgogne 9 renonçât à ses prétentions sur Milan, Gènes et Naples, qu'il rendît au duc Charles de Bourbon ses domaines confisqués et y joignît encore la Provence et le Dauphiné, pour en faire un royaume indépendant, sous la souveraineté de ce prince , enfin qu'il payât au roi Henri VIII d'Angleterre tout ce que l'Empereur lui devait. François I ayant refusé avec fermeté de céder une partie quelconque de la France, l'Empereur le fit conduire à Madrid , et garder au château de cette capitale. Charles-Quint refusa de voir son prisonnier. Cependant on signa, le 11 août 1525 à Tolède, pour l'Empereur, la France et l'Angleterre , une trêve générale, qui devait commencer le 1 septembre et finir le 31 décembre de la même année (1525}. Le profond chagrin que ressentit François I de sa captivité , lui attira une grave maladie qui , au mois de septembre , causa des inquiétudes sur la vie du monarque. Charles-Quint alors alla enfin visiter le prince captif, et s'efforça de relever son âme abattue par l'espérance d'un élargissement prochain.

Les grands succès de l'Empereur avaient alarmé la plupart des princes et États italiens. Ils appréhendaient que ce Souverain ne profitât de ses victoires, pour restreindre leur indépendance et les rendre de nouveau feudataires de l'Empire germanique. Le pape Clément VII craignait encore en particulier la vengeance de l'Empereur,

qui était parfaitement informé des intelligences antérieures de ce pontife , des républiques de Venise et de Florence avec son ennemi. François Sforce de Milan était fort aigri contre Charles-Quint qui , après lui avoir long-» temps retenu les lettres d'investiture, en les remettant en«* fin à ce prince, avait exigé de lui la cession de sa principauté de Bari dans le royaume de Naples et en outre une somme de 600,000 ducats, payable en certains termes* Venise s'attendait à voir son territoire en Frioul et en Lombardie enlevé par les Impériaux et les Autrichiens. Ces divers motifs , non moins que les contributions ruineuses et vexatoires que les généraux de l'Empereur imposaient aux provinces d'Italie pour l'entretien de leurs troupes, portèrent les princes et Etats de ce pays à former une ligue secrète, dont le but était d'expulser à la fois les Impériaux de la péninsule et d'affranchir entièrement le pays de la domination des étrangers. Les Vénitiens, qui étaient seuls en état d'opposer de la résistance au danger dont ils se croyaient menacés ') , les Florentins, le pape Clément VII et le duc François Sforce, entrèrent dans cette coalition. Le chancelier milanais Morone, qui dirigeait la confédération, conçut l'idée de faire servir le marquis Pescaire, qu'il savait être mécontent de la modique récompense qu'il avait reçue pour ses grands services, d'instrument à l'exécution de ses desseins. 11 engagea ce Général à déserter avec l'armée le parti de l'Empereur, à faire massacrer tous les chefs , officiers et soldats , restés fidèles à ce monarque et à conquérir ensuite le royaume de Naples , dont Pescaire devait alors être investi par le souverain pontife. Ce Général feignit d'entrer dans les vues du chancelier, et fut instruit par

') Ds avaient sur la terre ferme une armée bien organisée et bien payée de 1000 gendarmes, de 6000 hommes de cavalerie légère et de 10,000 fantassins , qui était commandée par le duc d'Urbino.

lui de tontes les particularités du complot Ensuite il chercha, par des scrupules élevés adroitement, à en retarder l'exécution , et se rendit en toute hâte auprès de l'Empereur , pour lui communiquer les plans des Italiens. Ce Souverain chargea Pescaire de la punition des traîtres. Ce Général manda le chancelier Morone à Novare, sous prétexte de se concerter avec lui et le fit arrêter , le 16 octobre , dans cette ville. François Sforce fut ensuite déclaré déchu de son duché. Le marquis de Pescaire somma ce prince à lui remettre la citadelle de Milan et, sur son refus , il commença le siège de ce château.

Pendant ce temps-là, on avait continué les négociations entre l'Empereur et le roi de France à Madrid. Mais, comme Charles-Quint persistait à exiger de grandes cessions pour prix de la délivrance de François , et que ce prince refusait d'acheter si cher sa liberté, toutes les conférences n'aboutirent à aucun résultat. A la fin cependant, le roi de France, las de sa longue détention, consentit à la plupart des demandes de l'Empereur, toutefois avec la secrète résolution de tenir aussi peu que possible un traité si onéreux. La paix fut signée à Madrid, le 14 janvier 1526. Ce traité portait en substance : que le roi de France céderait dans l'espace de six mois, à compter du jour de son élargissement, le duché de Bourgogne, le comté de Charolais, Névers, Châtel-Chinon, Auxerre et Saint-Laurent à l'Empereur et à ses descendants; qu'il renoncerait pour lui et sa postérité à toutes ses prétentions surNaples, Milan, Gènes et Asti, ainsi qu'au droit de suzeraineté sur l'Artois et la Flandre ; qu'il laisserait à l'Empereur A rras, Tournai et le Tournesis ; qu'il se désisterait du droit de racheter les villes de Lille, de Douai et d'Orchies , comme aussi de ses prétentions sur Hesdin. L'Empereur, en retour, renonça à tous les droits qu'il avait, comme héritier des États bourguignons, sur dif-

nto pays, actuellement possédés par le roi de France, Maniement Peronne, Mont-Didier> les comtés de Bouie, de Guignes, dé Ponthiea et autres. Le roi s'enea à rendre au duc Charles de Bourbon tous ses biens, i l'obliger à retourner en France , ainsi qu'à terminer sien différend au sujet de la Gueldre et Zutphen de ) sorte, qu'après la mort de Charles d'Egmont ces pays ament infailliblement à l'Empereur et à ses descendants. roi promit d'engager Henri d'Albret à abandonner ses entions sur la Navarre espagnole et à déposer le titre il, ou du moins de ne pas soutenir ce prince dans l'acition de ce pays. Il fut stipulé que les deux fils aînés roi, le Dauphin et le duc d'Orléans, seraient livrés me otages à l'Empereur jusqu'après la remise des pays 6s par la France, et que tout le traité eut été ratifié les États de ce royaume. Si cette cession territoriale a ratification ne s'effectuaient point dans l'espace de mois , François I devait retourner dans sa prison , et demeurer jusqu'à l'entier accomplissement du traité, îr cimenter la paix et l'alliance offensive et défensive, due en même temps entre les deux monarques, la reine 'ûnore, soeur de l'Empereur , fut fiancée au roi de ince , et on convint que le Dauphin épouserait la fille léonore du premier lit, Marie de Portugal, dès que e princesse aurait atteint sa douzième année. Pour ommager le duc Charles de Bourbon, qui avait renoncé t main d'Eléonore qui lui avait été promise , l'Emper lui conféra la place de Général en chef en Italie, ante par la mort du marquis de Pescaire (30 novem- 15253 9 et lui promit le duché de Milan. Immédiatement après la signature , les fiançailles du avec Eléonore furent consommées par procuration, rès que la régente de France , Louise , eut ratifié le té et que cet acte fut arrivé à Madrid , François I se

mit en route pour retourner dans son pays. Aux bords de la Bidassao , formant la frontière des deux royaumes, le monarque français fut échangé, le 18 mars 1526, contre les deux princes désignés pour otages , et relâché par l'escorte espagnole.

Les événements importants de la guerre en Italie n'empêchèrent point l'empereur Charles-Quint de s'occuper avec un zèle fort actif des affaires intérieures de r Allemagne. Par les soins des commissaires impériaux, la ligue souabe , qui était d'une utilité si efficace pour le repos de r Allemagne, fut prolongée, le 17 février 1522, pour douze ans. Le 10 du même mois, le. Conseil suprême d'Empire, séant à Nuremberg, avait publié une ordonnance sévère , concernant le maintien de la paix publique et l'exécution des lois pénales , établies contre les perturbateurs. Le 17 février, ce grand Conseil transmit à chaque cercle d'Allemagne le règlement relatif k l'exécution du ban de l'Empire, et ordonna l'élection des capitaines et des conseillers de cercle , par où le système de la division de l'Allemagne en cercles , ainsi que l'organisation de ces derniers, furent enfin effectivement exécutés.

Dans la Diète , ouverte le 13 décembre par l'archiduc Ferdinand à Nuremberg , on délibéra aussi sur les affaires de religion qui s'embrouillaient chaque jour davantage. Martin Luther avait, dans sa solitude au château de Wartbourg, traduit la bible en allemand, lequel livre parut imprimé Fan 1522. Luther eut la hardiesse de changer, conformément aux principes établis par lui, la liturgie catholique, le canon de la messe et les cérémonies extérieures du service divin. Ensuite il déposa l'habit religieux et quitta le couvent. Le Conseil suprême d'Empire consistait en partie en adhérents de Luther, et ne prit pav conséquent aucune mesure pour comprimer la nouvelle doctrine , bien que l'édit de Wonns lui en eût imposé le

devoir. Le pape Adrien VI envoya, en octobre 1522, un bref à l'électeur Frédéric de Saxe pour le gagner; mais ce prince resta invariablement le plus zélé protecteur de l'hérésiarque. Dans la deuxième Diète , tenue à Nuremberg la même année , le légat du pape se plaignit de l'inexécution de redit de Worms ; mais il n'effectua rien par cette démarche. Oui , les Etats dressèrent une liste de cent griefs qu'ils avaient , ou prétendaient avoir contre le Saint-Siège, l'envoyèrent à Rome et prièrent le pape de convoquer d'ici à un an un concile général dans une ville de l'Allemagne, pour les examiner et redresser. Cependant les Etats promirent d'empêcher dans le temps intermédiaire, autant que possible, la publication de nouveaux écrits luthériens, et de punir les ecclésiastiques qui se mariaient, comme aussi les moines qui s'échappaient des couvents, par la perte de leurs bénéfices et privilèges spirituels.

L'archiduc Ferdinand tint, au commencement de Tannée 1524, une nouvelle assemblée des États de l'Allemagne à Nuremberg , laquelle fut , il est vrai , fort nombreuse, mais ne prit aucun arrêté important, hors celui qui ordonnait la prorogation du Conseil suprême d'Empire, dont les assesseurs s'étaient attiré le mécontentement des Etats , et devaient être remplacés par d'autres ; puis la translation de la Chambre impériale à Es lingue. Le nouveau pape Clément VII avait envoyé le cardinallégat Laurent Campeggius à cette Diète , pour demander l'exécution de l'édit de Worms. L'Empereur aussi fit signifier par son commissaire , Jean Haunart, aux Etats son mécontentement de la lenteur qu'ils mettaient à exécuter son décret souverain. La conclusion des Etats fut, qu'on observerait, s'il y avait possibilité , l'édit impérial, mais qu'on insisterait sur la prompte convocation d'un concile général dans une ville allemande.

Le 6 juillet 1524, l'archiduc Ferdinand d'Autriche, les ducs Guillaume et Louis de Bavière, l'archevêque Mathieu Lang de Salzbourg, les évéques de Trente et de Ratisbonne , puis les plénipotentiaires des évéques de Bamberg, de Spire, de Strasbourg, d'Augsbourg, de Constance, de Bàle, de Frisingue, de Passau et de Brixen , formèrent une Kgue catholique. Ils s'engagèrent à exécuter l'édit de Worms à la rigueur , et à employer tous les moyens possibles pour l'extirpation de l'hérésie , comme aussi à s'assister réciproquement contre les adhérents de la nouvelle doctrine, ainsi que contre les sujets respectifs , si ceux-ci venaient à se révolter. Ces princes redigèrent aussi un projet d'ordonnance pour l'amendera en t moral des ecclésiastiques domiciliés dans leurs pays.

A cette époque éclata la grande révolte des paysans en Allemagne. On attribua ce terrible événement à l'influence que manifestèrent sur les esprits égares de la multitude grossière les novations de Luther, comme aussi ses prédications et écrits et ceux de ses disiples, qui excitaient le peuple contre les Autorités ecclésiastiques et séculiers. Le soulèvement commença en juillet 1524 dans le voisinage de Constance contre l'abbé de Reichenau. De là il s'étendit dans l'Algovie (Attyau)) la contrée d'Ulm, le canton appelé Hier thaï, en Franconie, en Souabe et même jusque dans le Brisgau. Les paysans révoltés s'emparèrent des villes et bourgs non fortifiés, pillèrent et dévastèrent le couvent de Kempten et autres maisons religieuses , et commirent tous les genres d'excès. La ligue souabe, n'étant pas armée, ne pouvait réprimer assez promptement les progrès de ces affreux désordres. Ce ne fut qu'au mois de mai de l'année suivante, que les ducs de Saxe et de Brunswick et le landgrave deHesse, ayant rassemblé une armée imposante , attaquèrent les rebelles

près de FVankenhausen et les mirent en faite. On poursuivit les fuyards, leur tua 5000 hommes et en fit un grand nombre prisonniers , dont pins de trois cents forent décapités. Ce combat mit fin à la guerre de paysans, pendant laquelle 50,000 rebelles avaient perdu la vie dans la haute Allemagne seule, de vastes étendues de terre avaient été dévastées, plusieurs centaines de châteaux nobles saccagés , et nombre de couvents pillés et brûlés. L'année d'après (le 5 mai 1525} , mourut rélecteur Frédéric de Saxe , le premier protecteur de la doctrine nouvelle. Le 13 du mois suivant, Martin Luther se maria avec une religieuse des Citeaux, Catherine de Bora, qui s'était échappée de son couvent. Le Luthéranisme comptait à cette époque parmi ses principaux adhérents l'électeur Jean de Saxe , le landgrave Philippe de Hesse et le duc Erneste de Brunswick-Lunebourg. Ces princes propagèrent fort activement la nouvelle croyance dans leurs pays. Dans les duchés de Mecklembourg et de Poméranie, à Nuremberg, Strasbourg, Francfort-sur-le-Mein, Nordhausen , Magdebourg , Brunswick , Brème et dans beaucoup d'autres villes, se trouvaient des partisans de cette religion. Le grand maître de Tordre Teutonique, margrave Albert de Brandebourg, l'adopta également. Il déclara la Poméranie postérieure (plus tard Prusse ducale) appartenante à l'Ordre , pour sa propriété ; et à la paix de Cracovie, le 8 avril 1525, il prit pour lui et ses frères et leurs descendants mâles ce pays à fief du roi Sigismond de Pologne. Le nouveau duc épousa bientôt après la princesse royale Dorothée de Danemark. Mais les chevaliers teutons protestèrent contre cette prise-depossession d'un pays appartenant à leur Ordre, comme étant une véritable spoliation. L'Empereur investit le grand maître Gauthier de Kronberg de la grande maîtrise e» Prusse, et mit Albert au ban de l'Empire. Toutefois

par égard pour le roi de Pologne, cet arrêt ne fat point mis à l'exécution.

Comme les princes luthériens appréhendaient, que l'Empereur ne fît exécuter sérieusement l'édit de Worms dans la Diète, convoquée à Spire au mois de mai 1526, et qu'ils prétendaient avoir reçu l'avis qu'une alliance offensive générale des princes et États catholiques se préparait secrètement pour comprimer la religion nouvelle, Télecteur Jean de Saxe et le landgrave Philippe de Hesse conclurent à Torgau , le 2 mai , une alliance défensive, i laquelle accédèrent successivement les ducs de Brunswick- Lunebourg et de Mecklembourg, le prince d'Anhalt, les comtes de Mansfeld , la ville de Magdebourg (14 juin) et le duc de Prusse (29 septembre).

L'archiduc Ferdinand, vicaire de l'Empire, avait ouvert le 25 juin 1526 la Diète à Spire , où il avait insisté , mais en vain , sur le stricte accomplissement de Tédit de Worms , lorsqu'une catastrophe qui se préparait sur les bords du Danube, conduisit ce prince aux trônes de Hongrie et de Bohème. Je reprend ici le fil des événements qui eurent lieu depuis l'avènement de Charles- Quint dans les dits royaumes , ainsi que dans les duchés autrichiens , et j'en continuerai le récit jusqu'à la réunion de tous ces pays sous un seul Souverain.

L'empereur Maximilien I avait ordonné en mourant, qu'après son décès les régents et conseillers à Vienne , à Gratz et à Inspruck, continueraient d'administrer, sans rien changer à la forme du gouvernement, les provinces autrichiennes jusqu'à l'époque où le roi Charles arriverait en Allemagne, et prendrait lui-même les arrangements qu'il jugerait convenables. Mais dès le mois de février 1519 , la Diète tenue à Vienne rejeta les dernières volontés de Maximilien. Les membres du gouvernement autrichien ; savoir : le capitaine du pays, Georges de Rot-

al , le chancelier Jean de Schneidbœck , l'abbé Georges le Closterneubourg, Jean de Lamberg etc., forent chases et se réfugièrent à Wiener-Neustadt. On établit Une ouvelle régence de soixante-quatre membres. Ils avaient

leur tète les barons Michel d'Eizing et Jean de Bacheim , puis l'abbé de Mauerbach , qui était un des prinipaux moteurs de ces troubles. Ces usurpateurs se firent réter serment de fidélité par tontes les Autorités, s'emarèrent des revenus de l'État, du trésor, des archives, es arsenaux etc. Le roi Charles , aussi bien que Farhiduc Ferdinand • adressèrent des lettres monitoires aux Etats de la basse Autriche, et leur enjoignirent de remette de nouveau le pouvoir administratif aux gouverneurs îgîtimes. Mais les rebelles , loin d'obéir à cet ordre, initèrent les provinces de haute Autriche, de Styrie, de 'arinthte, de Carniole et de Tyrol, à prendre part à mrs entreprises hardies , et tinrent une Diète générale

Bruck-sur-la-Mur. Là, les Etats conclurent, le 27 îars 1519, une ligue pour la conservation de leurs droits t franchises. Les régents envoyèrent ensuite des pléipotentiaires au roi Charles en Espagne , et à l'archiduc Ferdinand à Bruxelles , pour justifier leur conduite et delander la confirmation des privilèges du pays. L'archiuc Ferdinand avait, par un plein pouvoir expédié à Bruxlles le 12 juillet, autorisé son frère à faire recevoir l'homlage dans les pays autrichiens, au nom de tous les deux, ar des plénipotentiaires royaux. Le 27 juillet à Barceme, le roi Charles nomma l'archevêque Mathieu de Salzourg, les évêques Bernard de Trente et Guillaume de Vieste, ainsi que plusieurs barons et Nobles gouverneurs t régents dans les pays autrichiens. Aux administrateurs ïtrus le Roi fit signifier par leur propre députation, p'on eût à prêter, en janvier 1520 à Crems, foi et homtage aux régents nouvellement nommés. Mais les gou-

vernants rebelles de Vienne empêchèrent l'inauguration, et eurent la hardiesse de déléguer à Charles une seconde ambassade qui devait excuser leur obstination.

Encore avant son couronnement , le roi Charles désigna, par un ordre expédié à Aix-la-Chapelle, le 10 septembre 1520, le juge de la Chambre impériale, Sigismond, comte de Haag, le maréchal du pays, Gaspard de Volkersdorf et le capitaine de Hambourg, Guillaume de Zelking, pour rétablir Tordre en Autriche. Mais leurs efforts ayant été infructueux , l'archiduc Ferdinand, après avoir consommé son mariage avec Anne de Hongrie, se rendit lui-même par Closterneubourg à Neustadt. Ce prince cita, le 16 juin 1521 , les régents intrus à comparaître devant son tribunal dans cette ville. Le 23 du mois suivant, ces chefs de rebelles furent condamnés à mort, et leurs principaux partisans à d'autres peines rigoureuses.

Après la mort de Maximilien , des troubles s'étaient également élevés en Tyrol. Us avaient d'abord été dirigés contre les anciens gouverneurs qui n'avaient pas été changés , ainsi qu'on l'aurait voulu. Mais une révolte du peuple contre la rigidité des lois de la chasse et de la pèche étant venue se joindre à ce mécontentement, les excès furent toujours poussés plus loin. Les Tyroliens allèrent enfin jusqu'à refuser de faire hommage au roi Charles. Des bandes effrénées surprirent et pillèrent en 1520 la ville de Brixen. Même après que le traité de partage de 1522 eut assigné le Tyrol à l'archiduc Ferdinand , la révolte continua et fut surtout alimentée par la doctrine luthérienne. Quelques boute-feux, il est vrai, tombèrent entre les mains des gouverneurs et eurent la tête tranchée ; mais le calme fut par là si peu rétabli, qu'encore dans le cours de Tannée 1525 on pilla plusieurs monastères. Les mineurs aussi s'étaient soulevés contre leurs chefs; et ce fut principalement parmi cette classe que la doctrine de

Luther trouva une grande approbation. La secte des Anabaptistes s'était également fait des prosélytes dans le pays. L'archiduc Ferdinand fit enfin marcher des troupes autrichiennes en Tyrol , mais en même temps publier une amnistie. En 1525 on tint une Diète, et il fut établi un nouvel ordre d'administration publique sous la dénomination de Libelle de vingt-cinq ans. La ville de Trente , que les paysans avaient osé assiéger, fut si bien défendue par les comtes Gebhard d'Arco et Louis de Lodron , que les agresseurs se virent enfin obligés de se retirer.

Le peuple de la campagne dans les vallées de la haute Styrie et de Salzbourg avait également été induit par la doctrine de Luther à commettre de grands excès. Les Salzbourgeois se révoltèrent contre leur prince, le cardinal Mathieu Lang, et l'assiégèrent, Tan 1525, dans la forteresse de Hohen-Salzbourg. La sédition s'étendit bientôt jusqu'en Styrie. Le capitaine du pays, iSigismond de Dietrichstein marcha avec 5000 hommes contre les rebelles ; mais il fut vaincu près de Schladming, et fait prisonnier dans un second combat. En revanche Nicolas, comte de Salm, battit bientôt après ces séditieux, fit brûler Schladming, et exécuter les auteurs de la révolte. Avec des troupes styriennes le général Philippe Stumpf mit, Tan 1526, en fuite les rebelles qui assiégeaient Radstadt. Afin d'éloigner la cause principale des troubles intérieurs qui désolaient ses pays, et répandaient une misère inexprimable parmi les habitants de ces contrées , l'archiduc Ferdinand bannit tous les adhérents de Luther du territoire autrichien. Déjà en 1523-1524 l'université de Vienne reçut Tordre le plus sévère d'être vigilante contre l'hérésie qui s'introduisait dans le pays. La lecture des écrits luthériens fut interdite rigoureusement. On fit une recherche générale de livres hérétiques, les saisit et les livra aux flammes.

Le royaume de Hongrie, menacé de grands dangers par la fureur des partis sons le faible gouvernement du jeune roi Louis , s'assura du moins la paix extérieure pour trois ans par la trêve conclue, le 28 mars 1519, avec Sélim I, empereur des Ottomans. Le chancelier Georges Szakmari sut par son adresse enlever tout le pouvoir an parti de Zapolya. Il se débarassa aussi des individus que le conseil d'Etat avait été forcé d'admettre parmi ses membres à la Diète de Batsch, Tan 1518. Au mois de mai 1519, Etienne Bathori fut élevé à la dignité de Parlatin du royaume, vacant par la mort d'Emméric Pérenyi, dignité que Jean Zapolya avait postulée et s'était flatté d'obtenir; on conféra la place de juge de la Cour royale QJudex Curiae) au duc Laurent d'Ujlak j ce qui priva Zapolya de ses deux plus puissants soutiens. Le conseil d'État déféra en février 1520 au roi Sigismond de Pologne la tutelle suprême du jeune roi Louis. %

En Bohème, la Diète s'assembla, au mois de février 1520, pour trouver les moyens de payer les dettes nationales. Mais les Etats ne conclurent rien sur cet objet important , et persistèrent à demander que le Roi vînt en Bohème. Le départ de Louis pour ce royaume fut différé par l'annonce que des hostilités avec les Turcs avaient eu lieu sur les frontières de Hongrie, que Srebernik avait été occupé et Knin brûlé par eux, enfin que le Ban Pierre Berislo , évêque de Vesprim, avait été tué dans une escarmouche. Le 21 septembre , mourut le sultan Sélim I. Son successeur, Soliman //, aimant la guerre avec passion, comme il était généralement connu, on devait s'attendre dans peu à des attaques plus sérieuses. Le 11 décembre 1520 à Inspruck , la cérémonie du mariage de l'archiduc Ferdinand, alors encore absent à Bruxelles, avec la princesse Anne de Hongrie , fut encore une fois célébrée. La personne du fiancé représentèrent Sigismond

de Dietrichstein , Guillaume de Roggendorf et Speranzi, prévôt de Brixen. L'archiduchesse Marie aussi fut mariée, le même jour et dans la même ville, aux représentants du roi Louis , Sarkany et Balbus.

Soliman II fit , au commencement de Tannée 1521, entreprendre une attaque sur Jaitza, qui toutefois échoua. Mais le sultan , ayant réuni toutes ses forces , s'avança au printemps vers la Hongrie et mit le siège devant Schabatz et Belgrade, et cerna ces forteresses. En juillet, la première de ces places fut emportée d'assaut Alors le Roi et le Palatin se mirent en marche, pour aller dégager Belgrade, et concentrèrent quelques troupes auxiliaires arrivées d'Autriche et de Pologne, comme aussi un corps de Transylvains, dans le camp près de Zen ta et de Tolna; nais ce secours vint trop tard et Belgrade tomba , le 29 août 1521, au pouvoir des Turcs. Soliman fit bien fortifier les deux places conquises , et lorsqu'il s'en retourna à Constantinople, il laissa un corps d'observation de 40,000 hommes entre les deux forteresses. L'absence du sultan donna aux Hongrois lé temps de respirer $ ils en profitèrent pour fortifier les places qui étaient le plus exposées aux attaques des Ottomans. Le 11 décembre 1521, l'archiduchesse Marie d'Autriche fut couronnée à Albe- Royale reine de Hongrie. Le 3 janvier de Tannée suivante, le roi Louis, qui venait seulement d'entrer dans sa seizième année, célébra son mariage avec cette princesse, et prit alors en apparence le gouvernement indépendant du royaume.

Les députés bohèmes, qui assistèrent à ces noces, firent un tableau si affligeant des désordres qui désolaient leur patrie, que le Roi partit effectivement, au mois de mars 1522, pour la Bohème. En 1521, les anciennes fserellea entre les bourgeois et la Noblesse avaient corn-* «eneé de nouveau dans ce royaume. Les villes de Pi a-

gue , de Klattau , de Mies et de Tauss, levèrent beau* coup de troupes, qui saccagèrent un grand nombre de châteaux. A Prague, les adhérents de Luther prêchaient publiquement la doctrine nouvelle au peuple, et l'excitèrent à tel point, qu'il assaillit les églises et les couvents catholiques, et commit beaucoup d'autres excès.

Les Turcs ouvrirent en 1522 la campagne avec une grande activité. Us conquirent en avril Orsova , parcoururent TEsclavonie et assiégèrent Scardona et Cinq-Églises (Funfkirchen). Le premier ministre, Ladislas Swtlkai, évêque d'Erlau , n'entrevoyant aucune possibilité de défendre les frontières du royaume, prit le parti de remettre les châteaux croates de Knin, de Zengg, de Clissa, de Cruppa, de Licca, de Jaitza, d'Ostrovitza et plusieurs autres aux Autrichiens , pourqu'ils protégeassent ces places contre les Ottomans. Le Palatin somma en vain la Noblesse du royaume à prendre les armes pour la défense de leur patrie; et comme le bruit courait que Soliman n'entreprendrait plus rien, cette année, contre la Hongrie, mais attaquerait File de Rhodes, les armements cessèrent tout à coup dans le royaume. On eut bientôt lieu de s'en repentir ; car Jean Zapolya étant arbitrairement entré en Valachie , et ayant établi le prince Radul dans le gouvernement de ce pays, les Turcs recommencèrent aussi les hostilités en Croatie et conquirent Ostrovitza. Le 22 décembre 1522, les ambassadeurs hongrois conclurent enfin à Nuremberg une alliance défensive avec l'archiduc Ferdinand et les États de l'Allemagne, qui promirent aux Hongrois de leur fournir 4000 hommes pour le terme de six mois.

Le roi Louis avait , le 1 juin 1522 , fait couronner son épouse Marie à Prague. Ce prince réclama vers le même temps des seigneurs bohèmes la restitution des châteaux et domaines royaux que leur avait engagés Ula-

dislas. Les États lutayant refusé cette demande , Louis déposa , en février 1523 , le grand burgrave et tons les hauts employés du gouvernement, et nomma le duc Charles de Munsterberg gouverneur-général de la Bohème. La Hongrie étant à cette époque menacée de nouveau par les Turcs, le Roi se vit obligé de retourner promptement dans ce royaume. Avant son départ, il chargea encore la Diète de racheter les biens de la couronne hypothéqués , d'amortir les dettes de l'État et d'envoyer des troupes auxiliaires en Hongrie. Les querelles de religion à Prague troublèrent bientôt après de nouveau le repos public. Les prédicateurs luthériens trouvèrent toujours plus d'adhérents, jusqu'à ce que le gouverneur bannit enfin les plus turbulents d'entre eux de la ville. En 1524, les Calistins gagnèrent, par leur grand nombre et leur audace , la supériorité sur les Catholiques , et vexèrent ces derniers de toutes les manières possibles. Des commissaires royaux parurent dans l'assemblée des États à Prague. Ils demandèrent encore une fois des troupes et de l'argent pour soutenir les Hongrois contre les Turcs. Mais les États ne parent s'accorder pour prendre une décision. Une seconde ordonnance du Roi portait , qu'à l'avenir on ne tolérait que des Catholiques et des Calistins dans le royaume de Bohème. On se mit alors à persécuter les Piccardites de la manière la plus violente; une infinité de ces sectaires furent bannis ou torturés, et en partie exécutés. Comme surtout la cruauté des Calistins dans cette occasion passait toutes les bornes , le Roi lui-même se vit obligé de donner les ordres les plus sévères pour mettre un terme à ces excès.

Le 24 avril 1523, Louis ouvrit une Diète hongroise qw, indépendamment des moyens ordinaires de défense, vota aussi une levée en masse, en cas de besoin. En automne, le pacha Ferbatès ravagea avec 15,000 Spahis

la Sirmie ; mais il fat surpris et anéanti par Févêque de Colocza, Paul Tomori. Dans cette année émanèrent plusieurs ordonnances royales, tendantes à ramener, comme les Piccardites en Bohème , aussi les Luthériens en Hongrie an sein de l'Eglise et à empêcher la propagation ultérieure de ces hérésies. Une loi, portée dans la dernière Diète, prononçait contre les adhérents du Luthéranisme la peine de mort et la confiscation des biens.

Les préparatifs formidables que firent en 1524 les Turcs pour la prochaine campagne, et la conviction qu'on n'avait point à attendre un secours efficace de la part des Puissances étrangères, engagèrent le roi Louis à convoquer au printemps de 1525 une Diète, et à ordonner des armements dans tout le royaume. Au commencement du mois de mai , la Noblesse parut armée dans la plaine de Rakos. Excitée par les intrigues de Zapolya, elle demanda le renvoi de tous les Allemands, employés à la Cour et au service du Roi , Téloignement des ambassadeurs d'Autriche et de Venise , la déposition et la punition du chancelier Szalkai et une réforme du conseil d'État qui entourait le Roi, une amélioration efficace de monnaies, l'exclusion de la famille de Fugger, qui avait affermé les mines royales , la mort des Luthériens par le bûcher, enfin la remise de l'héritage ujlakien à la famille de Zapolya I). Le Roi ayant rejeté ces demandes , les Etats déclarèrent qu'on ôterait les dîmes au clergé et les employerait à la défense du royaume. Il fut en même temps conclu, que la Noblesse tiendrait , le 24 juin , une ' réunion armée à Hatvan. Le 22 mai , Louis accéda à la plupart des prétentions des États. Quant à celles toutefois

') Zapolya avait formé des prétentions sur l'héritage de Laurent Djlak de Sirmie. Il se fondait sur le traité de succession conclu 1493 entre «on père et le duc Laurent. Mais Zapolya Avait été débouté de sa demande, par la raison que l'acte de soumission d'Ujlak, fait en 1495, avait rescindé et déclaré nulle cette convention d'hérédité.

qui concernaient les dîmes ecclésiastiques et rassemblée de Hatvan , il refusa d'y donner son assentiment , malgré l'insistance des Nobles qui se séparèrent , persévérait dans leur obstination.

Lie Roi vacillait d'un projet à l'antre. Ses conseillers n'étaient ni unis entre eux , ni aucun ne tenait fermement ao système qu'il avait suivi auparavant. Chacun cherchait avant tout à assurer ses propres intérêts ; même le chan*celier Szalkai penchait alors vers le parti de Zapolya , et il conseilla au Roi de se montrer complaisant envers la Noblesse. Le palatin Bathori fut le seul qui inspira au monarque quelque fermeté, et l'engagea à émettre un ordre qui défendait sévèrement à la Noblesse de tenir la réunion projetée à Hatvan. Mais les mécontents avaient une telle confiance dans leur forée que, sans égard k la défense du Souverain , ils parurent avec beaucoup de gens armés à Hatvan. Sur l'invitation de cette asseoir blée , le Roi se rendit , le 3 juillet, dans le lieu indiqué. Bathori fut démis de sa place de Palatin qu'on donna à Etienne Verbœtz. Huit assesseurs choisis dans la No* blesse entrèrent au conseil d'Etat. L'héritage ujlakien ht effectivement adjugé à la famille de Zapolya* Les Fugger perdirent la ferme des mines, et leurs biens en Hongrie furent confisqués. Cependant dès le 16 avril 1526 on leur donna de nouveau les mines à ferme pour vingt ans. La condamnation des Luthériens au supplice du feu ht confirmée , et la loi prononça la confiscation de leurs biens, qui devaient échoir en partage, partie au fisc et partie aux seigneurs fonciers. Le clergé recouvra alors les dîmes, et on accorda des subsides au Roi. La Noblesse se dispensa encore une fois de prendre personnel* lement part à la défense du royaume , et borna sa coopération au fournissement de gens armés et à des contributions en argent. L'archevêque Szalkai résigna bientôt

après sa place de chancelier du royaume qui fat conférée, le 11 mars 1426, à Etienne Bradarich, évêque de Sirnie, dévoué k la Maison de Zapolya.

L'année 1526 commença sous de fâcheux auspices. D'après de nouvelles certaines , le lultan Soliman faisait des dispositions pour pénétrer par la Save et la Drave au coeur de la Hongrie. La Diète s'assembla en avril k Bude , afin d'aviser aux moyens à mettre en usage pour défendre le royaume contre l'invasion dont il était menacé. Mais les querelles et les combats intestins desdeux factions principales paralysaient les forces de la nation. Bathori et ses partisans formèrent une ligue dirigée contre les Zapolyens. Les confédérés culbutèrent et proscrivirent dans la Diète le palatin Verbœtz ; et le Roi conféra de nouveau cette dignité à Etienne Bathori. Louis déclara, le 5 mai, qu'il se chargerait lui-même de la formation d'une armée, si les États lui assignaient des revenus proportionnés au besoin. Mais les arrêtés que les États prirent pour se procurer les sommes d'argent nécessaires aux armements , furent si débiles et insuffisants , qu'on pouvait dès alors pronostiquer les plus funestes événements. La Noblesse se défendit itérativement de servir en personne à la guerre. Toutefois elle consentit à renforcer les compagnies (banderiez) des barons et des prélats, et à armer une cavalerie à répartir sur les propriétaires , à proportion de leurs facultés.

Vers le milieu du mois de mai, rassemblée des États s'était dissoute. La plupart des magnats et des conseillers d'État s'éloignèrent sous différents prétextes de la Cour, pour se mettre à couvert de toute responsabilité dans la crise dangereuse qui se préparait. La désunion entre les chefs des partis augmentait chaque jour. Le» subsides promis par les États n'arrivaient point. Les commandants des forteresses frontières donnèrent leur

convenu , par la Valachie , et de se réunir sans perdre du temps à l'armée royale. Le Roi avait envoyé des messages réitérés et pressants en Bohème , en Moravie, en Silésie et en Lusace, pour avoir da secours; mais k gouverneur Charles de Munsterberg ne s'était point empressé d'exécuter les ordres du Souverain , et les Etati exigeaient qu'on convoquât une Diète pour délibérer sur les armements à faire. Il n'y eut que quelques seigneur^ dévoués à leur prince, et zélés pour la cause de la chrétienté, nommément les Kolowrat, les SchNck, les Gvttenstein etc. , qui avaient , de pure volonté , enrôlé des troupes et les amenèrent au Roi à Tolna* où ils furent toutefois suivis, peu de temps après, par d'autres troupes auxiliaires fournies par les Etats de Bohème.

Sur ces entrefaites, les Turcs avaient conquis Peter- Waradin, brûlé Futtak et commencé le siège d'Ujlak; après quoi ils s'avancèrent vers Essegg. Le Roi nomma l'archevêque de Colocza, Paul Tomori, et le vayvode Jean Zapolya capitaines-généraux de l'armée.

Le 14 août Louis, à la tête d'une armée, forte alors de 20,000 hommes et munie de quatre-vingt canons, se mit en marche pour Mohacs. Le sultan passa laDrave avec 200,000 hommes ') et deux cents pièces d'artillerie. Le 26 août, le corps transylvain de Jean Zapolya se trouvait déjà près de Szegédin.

Le Roi avait l'intention de se retirer devant les forces turques, supérieures du décuple à la sienne, sur Tolna et d'y opérer sa jonction avec les Transylvains. Mais le palatin Bathori et l'archevêque Tomori ne voulaient point partager avec l'odieux Zapolya la gloire du

■) U ne faut pu apprécier ces forces par le nombre des Turcs. Le luxe des officiers y cehii même des simples soldats, attirait dans le camp une foule de valets fainéants , spectateurs inutiles pendant le combat, brigands avides après la victoire.

triomphe quïls tenaient pour farîle et certain. Par conséquent ils induisirent les troupes à déclarer , qu'elles ne bougeraient pas de la place. Un renfort de 6000 cavaliers que Farinée hongroise reçut encore dans les derniers jours, aagmenta la trompeuse assurance des chefs, à laquelle le faible monarque fut obligé de céder.

Le 28 août au soir , l'armée ottomane se déploya, à une distance de deux milles, devant la position des Hongrois. Le lendemain, avant le lever du soleil, Par- ■ée chrétienne se trouvait sous les armes. Elle était déjà fort fatiguée lorsque les Turcs s'avancèrent, vers les trois keures après midi , pour attaquer les Hongrois. Soliman était au centre; son artillerie nombreuse et bien servie tonna avec un fracas effroyable $ l'aile droite des Chrétiens en fut écrasée ; le désordre se mit parmi les soldats, et au bout d'une heure le sort de la journée était décidé; Les Hongrois éprouvèrent une défaite totale. Us eurent au delà de 10,000 hommçs de tirés, parmi lesquels se trouvaient plusieurs de leurs principaux chefs , les archevêques Tomori et Szalkai, cinq évêques, un frère de Jean Zapolya , Georges , et les comtes bohèmes Jean Kolowrat, Etienne Schlick, Christophe Guttenstein et plusieurs autres. Un grand nombre de prisonniers, toute l'artillerie, le camp avec le bagage, tombèrent entre les nains des Turcs. Le palatin Bathori se sauva par la vitesse de son cheval. Le Roi , qui n'avait avec lui qu'une petite escorte, avait également échappé au massacre. Mais à une lieue de distance de Mohacs, sur la route de Cinq •* Eglises , près du village de Czelie, son cheval tomba dans un marais et étouffa par son poids le monarque. Ce ne fut que six semaines plus tard , qu'on vint à bout par une recherche soigneuse de trouver le cadavre royal.

Les Turcs parcoururent alors la Hongrie , moins en

vainqueurs qu'en brigands; ils s'avancèrent jusqu'au lac, appelé Platten-See, brûlèrent Cinq-Églises et occupèrent Bade. Jean Zapolya avait fait halte avec ses troupes près de Szegédin ; le margrave Georges de Brandebourg, les seigneurs de Neuhaus, de Sternberg, Swichowsky et autres , qui commandaient les troupes auxiliaires de Bohême, s'étaient arrêtés près de Raab; mais ayant été avertis, que les Turcs s'avançaient sur Strigonie, ils se retirèrent jusqu'à la Morave. Plusieurs Nobles et 25,000 habitants avec leurs familles s'étaient réfugiés dans un retranchement près de Maroth , où ils espéraient pouvoir se défendre contre leurs farouches ennemis» Ils furent bientôt enveloppés; le désespoir ranimait leurs forces. Pendant deux jours ils repoussèrent tous les assauts ; mais au troisième, les Turcs pénétrèrent dans l'enceinte et firent main basse sur tout ce qui se présenta , sans pitié pour le sexe ni pour l'âge. L'annonce que des troubles sérieux avaient éclaté en Asie, engagea enfin le sultan à évacuer la Hongrie* II fit incendier Bude, ravagea le pays entre le Danube et la Teisse, et emmena 200,000 prisonniers avec lui. Sa marche fut si rapide que ni Jean Zapolya, ni les troupes levées dans les comitats septentrionaux, ne trouvèrent plus l'occasion d'inquiéter les Turcs dans leur retraite. Les Ottomans restèrent en possession de la Sirmie avec Peter- Waradin, Szalankémen et Ujlak (Jllok), du banat de Machow avec Belgrade, de Schabacs et Szebernik, et de plusieurs districts de Croatie.

La Hongrie avait essuyé de grands revers et en craignait de plus grands encore; mais elle semblait oublier ses malheurs pour s'occuper d'intrigues et de factions. Le trône de Hongrie , comme celui de Bohème , étant vacant par la mort du roi Louis II, qui n'avait point laissé d'enfants , plusieurs princes voisins jetaient sur la couronne de S. Etienne des regards ambitieux. La reine Marie, qui

s'était sauvée à Presbourg , et le palatin Bathori convoquèrent, le 9 octobre 1526, une Diète à Comorn pour le 25 du mois suivant. Mais le parti de Zapolya se bâta de mettre à exécution ses propres projets. Il indiqua, le 16 octobre, une Diète à Albe-Royale , laquelle devait commencer le 5 novembre, et procéder à l'élection d'un roi. Cette assemblée fut très-nombreuse, malgré les ordres réitérés de la Reine, qui avait défendu aux Etats d'y assister. Les ambassadeurs de l'archiduc Ferdinand, qui s'étaient rendus à Albe-Royale pour faire valoir son droit de succession , ne furent admis qu'après que Jean Za~ polya eut été élu roi, le 10 novembre, et couronné dès le jour suivant. Mais alors Zapolya déclara que, si Ferdinand ne renonçait pas à ses prétentions , il regarderait ce prince comme son ennemi, et défendrait sa couronne contre lui.

La Diète, convoquée à Comorn par la Reine-Douairière et le Palatin, ne put plus avoir lieu, attendu que cette place était dans l'intervalle tombée au pouvoir de Zapolya. L'assemblée qui devait examiner les prétentions de Ferdinand, fut par conséquent tenue à Presbourg* L'archiduebesse Anne , soeur unique du dernier roi, avait un droit naturel, et reconnu par les traités, à la succession des royaumes sur lesquels son père et son frère avaient régné» Une longue suite de conventions, conclues par les rois de Hongrie et de Bohème avec les Souverains de l'Autriche, et confirmées à différentes reprises, donnaient à la Maison d'Autriche en général , et dans le cas présent à l'époux d'Anne, l'archiduc Ferdinand, en particulier, les droits les ph» fondés sur les couronnes de Hongrie et de Bohème. En Bohème cependant les États avaient avant tout réclamé leur ancien droit d'élection. La plupart d'entre eux se montraient si bien disposés pour l'archiduc Ferdinand, que ce prince ne fit aucune difficulté d'acquiescer à ce voeu.

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il accueillit d'autant plus favorablement «ne proposition pareille que lui fit le roi de Pologne, son beau-frère, de la part duquel il pouvait attendre avec assurance une décision partiale en sa faveur. Le roi Ferdinand signa , le 26 mars 1527 k Prague, une trêve jusqu'à la fin du mois de juin. Les plénipotentiaires des deux parties, et les commissaires polonais, destinés pour médiateurs, se réunirent à Olmutz. Mais aucun des deux compétiteurs au trône ne voulut céder dans la chose principale. Ferdinand offrit à Zapolya la possession de la Bosnie avec le titre royal, en échange de la couronne de Hongrie; Zapolya, de son côté, proposa à Ferdinand de renoncer aux 400,000 ducats, pour laquelle somme la Hongrie avait un droit hypothécaire sur la Moravie , la Silésie et la Lusace , si ce prince voulait lui abandonner le trône de Hongrie $ en sorte que la conférence fut rompue. Le 20 juin, Ferdinand déclara la guerre à son rival.

Le pape avait déjà excommunié Zapolya. L'armée autrichienne s'était rassemblée dans le Marchfeld, sous le commandement du margrave Casimir de Brandebourg, du comte Nicolas de Salm et du chevalier Catztaner. A la fin de juillet , elle entra à Theben et Tyrnau. Ferdinand lui-même conduisit, le 3 août, un corps de troupes de l'Empire vers Altenbourg. Lorsqu'il passa les frontières de Hongrie, il jura la constitution du royaume, les franchises et les droits des différents états. Zapolya s'enfuit de Bu de. II prit poste près d'Erlau, plus tard près de Tokai, où une troupe de cavaliers volontaires de Pologne se joignit au petit nombre de ses soldats hongrois. Raab, Comorn, Strigonie, se rendirent à Ferdinand qui fit, le 30 août, son entrée dans Bude. Nicolas de Salm battit le corps de Zapolya près de Tokai. L'usurpateur se sauva par Peter- Waradin en Transylvanie. Ses ambassadeurs se rendirent, encore au mois de septembre, en Pologne pour demander

l'entremise du roi Sigismond ; d'antres allèrent solliciter à Constantinople l'assistance du sultan.

lie 6 octobre 1527, Ferdinand ouvrit la Diète à Rude. Chaque jour vit croître le nombre des magnats qui reconnaissaient ce prince pour leur roi. Les États confirmèrent son élection, et lui accordèrent des subsides pour combattre ses adversaires. Ils exhortèrent aussi les Transylvains et les Szeklers à abandonner Zapolya. Le 3 novembre, on plaça la couronne de 8. Etienne sur la tête de Ferdinand à Albe-Royale, et le lendemain la reine Anne fut également couronnée. Le 5 du même mois, les seigneurs ecclésiastiques et séculiers du royaume prêtèrent au Roi le serment de fidélité. Ferdinand alors se forma une Cour hongroise et fit quelques réformes dans la collation des hautes charges et dignités du pays. Dans les jours suivants, le ban du royaume fut prononcé contre Zapolya, et les Etats accordèrent de nouveau des sommes notables au Roi.

François I fut à peine arrivé en France , à Rayonne, qu'il déclara ne pouvoir céder la Rourgogne sans le consentement des États généraux du royaume, puisque à son sacre il avait juré de ne jamais rien aliéner de sa couronne. Il montra bientôt qu'il était tout aussi peu incliné à remplir exactement les autres conditions de paix. L'Empereur ne désirait rien tant que de tirer raison de ce manque de foi ; mais, comme il connaissait fort bien la jalousie et la méfiance des princes et républiques d'Italie , il résolut de se mettre avant tout en sûreté de ce côté-là, et de prévenir un rapprochement entre les Italiens et le roi de France. 11 voulait dissiper les inquiétudes des Italiens sur leur liberté, réintégrer François Sforce dans le duché de Milan et se réconcilier avec le pape Clément VII. En conséquence, Hugues Montada fut envoyé, comme ambassadeur impérial , à Rome pour faire au pontife ces proposi-

tions pacifiques. Mais en même temps le duc de Bourbon arriva, bien pourvu d'argent, dans la haute Italie, et fit tous les préparatifs nécessaires pour mettre Farinée en état de marcher à Rome , en cas que le pape rejetât les offres de l'Empereur. Ces mesures n'avaient pas été prises inutilement ; car à l'arrivée de l'ambassadeur impérial, Clément VII avait déjà embrassé la cause de François I. Le pontife avait en premier lieu délié ce prince du serment, par lequel ce monarque avait juré à l'Empereur Taccompliasement des conditions de la paix de Madrid. Ensuite le pape, Venise, Florence et François Sforce conclurent, le 22 mai 1526 à Cognac, une ligue contre l'Empereur, laquelle fut appelée sainte , parce que le pape en était le chef. Les confédérés étaient convenus de demander à l'Empereur qu'il rendît la liberté aux deux princes français qu'il retenait comme otages , moyennant une rançon raisonnable; qu'il conclût ensuite une paix juste et non forcée avec la France ; qu'il restituât le duché de Milan à François Sforce, et rétablît aussi les autres Etats d'Italie, relativement à leurs pays et à leurs droits, sur le pied où ils se trouvaient avant la guerre. En cas que l'Empereur ne voulût pas consentir i ces demandes, la sainte ligue devait réunir une armée de 30,000 fantassins, de 2500 hommes de grosse cavalerie, et de 3000 hommes de cavalerie légère, puis une. flotte de vingt -huit galères, et commencer ses opérations par chasser les Impériaux de la haute Italie. François Sforce devait alors recouvrer le duché dé Milan, et le roi de France l'autorité souveraine sur Gènes; après cela les confédérés avaient l'intention de conquérir le royaume de Naples qui devait être remis au souverain pontife, pour en investir un prince italien ; en revanche le pape s'obligerait à payer au roi de France un cens annuel te 75,000 florins d'or. Il fut réglé , que la ligue choisirait le roi Henri VIII d'Angleterre pour son protecteur et

conservateur , et qu'elle prierait ee Souverain d'accepter cet emploi. En effet Henri VIII s'engagea par on traité, conclu le 8 août à Hamptonconrt , k s'entremettre auprès de l'Empereur pour l'élargissement des deux fils de France. Le pape , de son côté , nomma par une bulle du 15 août le roi d'Angleterre protecteur de la ligue.

Dès le 23 juin le pape adressa à Charles-Quint une lettre pleine d'injustes reproches. Il menaça ce prince de l'excommunier, et termina son écrit par la déclaration qull serait contraint de prendre les armes pour défendre la liberté de l'Italie, qui était en danger. L'Empereur répondit à cet épître par une lettre, datée de Grenade le 17 septembre , dans laquelle il réfutait les accusations mal fondées du pape, représentait, au contraire, la propre conduite politique du pontife dans son vrai jour, et s'en rapportait, pour ce qui concernait sa justification , à un concile général Par un second écrit du 6 octobre, ce monarque somma le Collège des cardinaux de convoquer un tel concile, si le chef de l'Eglise faisait plus longtemps difficulté d'en indiquer un.

Sitôt que l'Empereur eut connaissance de la coalition formée contre lui , il envoya le vice - roi de Lannoi et le colonel d'Alarçon au roi de France; ces ambassadeurs requirent, dans une audience publique, ce Souverain d'accomplir le traité* Mais les États de la Bourgogne , qui étaient présents, déclarèrent que le roi n'avait pas le droit de séparer leur pays de la France. François offrit afcm aux envoyés impériaux deux millions d'écus en échange de la Bourgogne; mais ils rejetèrent, au nom de leur naître, cette proposition.

Suivant le plan d'opération qu'avait prescrit l'Est» pereur au duc de Bourbon , ce Général devait avant tout réduire les membres les plus faibles de la sainte ligue, et n'attaquer qu'après cette expédition le roi de France, al-

tendu que ce prince , intimidé par les revers qu'il avait éprouvés , faisait cette fois - ci ses préparatifs de guerre arec une lenteur inaccoutumée* Conformément à ces instructions, Charles de Bourbon commença les hostilités contre François Sforce, qui continuait de se défendre dans la citadelle de Milan. La faim et le besoin contraignirent la garnison à rendre le château, le 24juillet 1526. François Sforce s'était encore auparavant échappé à Lpdi. Bourbon prit alors possession des villes que l'Empereur voulait lui donner en fief. Sur ces entrefaites, les troupes pontificales, qui avaient pour chef Guy Rangone, et celles de Florence , commandées par Vitelli , s'étaient réunies avec le corps vénitien , sous les ordres du duc (TUrbino. Cette armée coalisée consistait en 20,000 hommes d'infanterie et une nombreuse et excellente cavalerie, et était par conséquent supérieure du double à toute la force im* . périale en Lombard ie. Le duc dTJrbino, ayant été encore renforcé par 5000 Suisses, s'était rapproché de Milan pour dégager la citadelle de cette ville j mais ayant appris la chute de ce château, il alla assiéger Crémone qui se rendit le 22 août. Peu de jours après , les flottes réunies de France, du pape et de Venise commencèrent le siège de

L'ambassadeur impérial à Rome, Hugues de Monl ctda, avait sur ces entrefaites gagné la puissante fa-

I ville de Colonna, ennemie du pape et des Médicéens, allés au pontife, pour le parti de l'Empereur. Il continua A cependant les négociations entamées avec lé Cabinet pon- H tifieal. Le 22 août , Clément VII avait fait une conven- S tion avec les Colonna et licencié d'abord après les sou- *" foyers rassemblés dans Rome , lorsque le cardinal Pomm pée Colonna, à la tête de 8000 hommes, parut, le 29 sep- * tenbre , soudainement devant les portes de Rome. 11 péh nétra dans la ville sans éprouver de résistance , dispersa

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la garde pontificale et fit piller le Vatican , l'église de S. Pierre et les maisons des Médicéens. Le pape s'était sauvé au château de Saint- Ange, où il fut étroitement bloqué. Il se vit enfin forcé par la disette croissante de vivres à conclure, sous la médiation de Hugues de Moncada, une transaction avec le cardinal Colonna. Clément promit de pardonner à la famille de Colonna tout ce qui venait de se passer, de suspendre pendant quatre mois les hostilités contre l'Empereur et de rappeler aussi ses troupes de l'armée confédérée, ainsi que ses vaisseaux de la flotte combinée.

L'armée des confédérés dans la haute Italie avait été affaiblie par cet événement. Cependant le margrave de Saluce lui amena , dans les premiers jours d'octobre, 500 lances françaises et 4000 fantassins. En revanche, le duc de Bourbon fut également renforcé par 14,000 soudoyers allemands qu'avait enrôlés Georges de Freundsberg, et par 500 cavaliers autrichiens. Ce dernier Général fut, il est vrai, inquiété dans sa marche par l'armée du duc d'Urbino , qui lui était fort supérieure en nombre, et se trouvait toujours postée près de Crémone ; mais Jean de Médicis, qui commandait sous lui, ayant été mortellement blessé dans une escarmouche, le 24 novembre, le duc cessa de poursuivre les Allemands, et le sénat lui défendit de franchir le Pô. Freundsberg passa par conséquent, le 28 novembre , ce -fleuve sans obstacle , marcha sur la rive droite par le territoire de Modène , de Reggio , de Parme et de Plaisance, et alla cantonner sur les bords de la Nura et de la Trebbia. Le duc de Bourbon, à la fin de l'année 1526 , manqua d'argent pour payer sa nombreuse armée , et même pour se procurer les provisions nécessaires à la subsistance de ses troupes. Les soldats espagnols et allemands, poussés à l'extrémité par le besoin, se répandaient en plaintes et commençaient même à se mu-

tiaer. Le duc, alarmé de ces symptômes de révolte qui menaçaient d'arracher à l'Empereur les fruits de la victoire de Pavie , prit le parti de conduire son armée dans l'Etat ecclésiastique et jusqu'à Rome même , afin d'exiger du pape* comme auteur de cette guerre et de toute la misère qui en était résultée , l'argent nécessaire pour la solde et l'entretien des troupes impériales. Il confia la garde du duché de Milan a Antoine de Levé et se mit, le 20 janvier 1527, en marche avec les troupes dont on pouvait se passer pour le moment en Lombardie, vers les États de l'Eglise. I) passa le Pô, et se réunit avec le général autrichien Freundsberg sur les bords du Taro. Ces deux chefs comptaient alors 500 gendarmes, 1000 chevauxlégers, 14,000 fantassins allemands , 5000 espagnols et 2000 italiens , sous leurs drapeaux. Le duc de Ferrare te déclara pour l'Empereur et soutint le duc de Bourbon par une somme d'argent. Ce faible secours décompté, l'armée impériale manquait d'argent, de magasins, de chariots de vivres , d'artillerie et de tontes les nécessités indispensables pour l'entreprise projetée. L'armée des alliés se trouvait postée derrière le Pô et fit échouer la prise de Plaisance dont Bourbon tenta de se rendre maître. lie duc, qui était parti, le 23 février, de San Domino, marcha vers Boulogne et mit, au mois de mars, ses troupes en cantonnement entre cette ville et Ferrare.

Le pape Clément VII, vivement alarmé de rapproche de l'armée impériale , s'empressa de conclure , le 15 mars, une trêve de huit mois avec le comte de Lannoy, râe-roi de Naples. Il promit de payer 60,000 ducats pour contenter les troupes impériales, comme aussi de rétablir la famille de Colonna dans ses honneurs, charges et possessions. Le vice-roi s'obligea en retour à se rendre à Rome et à arrêter la marche du duc de Bourbon sur cette capitale. Mais le duc rejeta la trêve et n'écouta

peint les représentations du comte de Laanoy. D'ailleurs il ne pouvait plus retenir Farinée, qui était également portée par le besoin pressant à l'indiscipline, au excès, et enflammée par l'espoir d'an grand butin. Par conséquent le doc se remit ,' vers le milieu d'avril, en chemin par les Apennins vers la Toscane , où il menaça inutilement Florence, et sans se laisser arrêter par les fondres qne le pape lança sur kd et son armée , il mania par Sienne, Viterbe et Moncigliano vers le Tibre* L'armée impériale s'accrut en route par le corps de cavalerie du prince Philibert d'Orange , par les corps francs italiens de MaramaMo , de Sciarra Colonna , de Louis Gonzague et par les nombreux transfuges des troupes alliées, à 40,000 hommes. Dès le 5 mai , les Impériaux se déployèrent dans la plaine de Rome , qui n'était défendue que par des soudoyers ramassés dans le voisinage et le peuple de la capitale. lie duc de Bourbon fit sommer la ville, et ayant reçu un refus, il conduisit, le 6 mai 1527 au matin, à la faveur d'un brouillard épais , Tannée à l'assaut. Le due loi-même appuya la première échelle contre le mur, y monta, mais fut tué d'un coup d'arquebuse au moment qu'il excitait ses soldats à suivre son exemple. Le prince d'Orange prit aussitôt le commandement de Famée , qui avec une fureur, redoublée par la perte de son vaillant chef, continua l'assaut Le combat fut opiniâtre, et les Impériaux perdirent près de mille hommes avant de pouvoir pénétrer dans la ville. Mais alors cette belle capitale fut aussi livrée à la cruauté et à l'avidité d'une soldatesque effrénée» Sept à huit mille Romains qui avaient pris les armes, furent hachés par les vainqueurs échauffés. Le pillage et le aaccagement de Rome furent continués sans interruption pendant plusieurs semaines. Le prince d'Orange n'avait pas asses d'autorité pour tenir les troupes en bride.

Le pape Clément VU , qui s'était sauvé au château

de S. Ange, y lut assiégé. L'armée principale des alliés^ sons les ordres du duc d'Urbino et du margrave de 8a+ lace , arriva vers le milieu du même mois à Oviéto. Mais*, la lieu de marcher rapidement sur Rome, le» chefs dé* libérèrent durant cinquante jours sur le moyen à employer pour ouvrir au pape un chemin hors de la forteresse où il se trouvait renfermé. Mais par haine contre le pontife et la Maison de Médicis , le duc d'Urbino fit échouer toute assistance effective, et se retira même, le 1 juin, avec l'armée à Monte Erosi; en sorte que le pontife ^ réduite l'extrémité par l'épuisement des vivres, fut forcé à con» rfure un fort dur accommodement avec Hugues de Moiir eada et le marquis del Vasto. Clément VU s'engagea à payer en certaines termes 400,000 ducats pour satisfaire les troupes impériales, et à demeurer avec tes treize cardinaux qui l'accompagnaient dans le château de 8. Ange jusqu'à ce que les premiers 150,000 ducats eussent été comptés ; après cela il devait se rendre à Naples ou à Gaète, et y attendre ce que l'Empereur déciderait ultérieurement à son égard. Le pape fut en outre obligé dé remettre, pour garantie de l'accomplissement du traité , les villes d'Ostie, de Civita vecchia, de Civita castellana, de Modène^ ie Parme et de Plaisance aux troupes impériales, et de tonner aussi plusieurs otages. Le colonel d'Alarçon fut chargé de garder le pape au château de S. Ange. Comme les remises d'argent furent fort retardées , et que la plu** part des villes mentionnées ci-dessus refusèrent d'admettre des garnisons impériales, le pape Clément fut retenu pendant mx mois dans le château de S. Ange.

La prise et le sac de la capitale du monde chrétien^ et surtout la captivité du chef de l'Église, causa une sensation inexprimable en Europe. Les Catholiques en furent tout consternés., tandis que les Protestants attendaient de cet événement les suites les plus avantageuses pour leur

cause. L'Empereur déclara, qu'il n'avait rien m de l'entreprise de Bourbon contre Rome , et qu'elle avait eu lieu contre son intention ; mais il y ajouta qu'il espérait que le malheur du pontife romain avancerait le rétablissement de la tranquillité générale. Cependant, comme Henri VBŒ d'Angleterre et François I de France avaient déjà conclu dans les mois d'avril et de mai 1527 une alliance offensive contre l'Empereur, et que ces deux Souverains confirmèrent cette union a Amiens, le 8 août de la même année , Charles-Quint envoya au prince d'Orange l'ordre d'élargir le pape, dès qu'il aurait remis l'argent nécessaire pour payer la solde arriérée des troupes. Les Florentins n'eurent pas plutôt appris la captivité du pape, qu'il chassèrent leur gouverneur, le cardinal de Cortona, de la ville (17 mai} , bannirent les Médicis , et se constituèrent de nouveau en République. Les Vénitiens s'emparèrent de Ravenne et de Cervia, sous prétexte qu'ils voulaient garder ces villes pour le souverain pontife. Le duc de Ferrare prit Modène, et Sigismond Malatesta se rendit maître de Rimini.

Au mois d'août 1527, François I envoya une armée d'environ 30,000 hommes, sous le maréchal Lautrec, au delà des Alpes. Ce Général, soutenu par l'amiral Doria, fit la conquête de Gènes, et y établit Théodore Trivulce en qualité de gouverneur royal. Après avoir soumis Alexandrie et emporté Pavie d'assaut (1 octobre} , il se dirigea vers la basse Italie pour effectuer la délivrance du pape. Le 7 décembre, on renouvela à Mantoue la sainte ligue dans laquelle , outre les républiques de Florence et de Venise, les ducs de Ferrare et de Mantoue , furent aussi compris le pape, les rois de France et d'Angleterre, et le duc de Milan. Les troupes impériales à Rome avaient jusque-là obstinément refusé de quitter cette capitale tant qu'elles n'auraient pas reçu leur solde arriérée.

eftcfant intimidés par l'ordre impérial précité, non moins pmr l'approche des Français, les soldats impériaux prièrent à l'obéissance de leurs chefs. Le prince d'Oje conclut , le 26 novembre 1527 , deux traités avec ape ' Clément VIL Par le premier , le pontife promit convoquer un concile général et de laisser, pour ga- \i\t V accomplissement de cette promesse , les villes et iDketux (TOstie, de Civita vecchia, de Civita «astellana & de Forli, entre les mains de l'Empereur. La ville de Borne devait être évacuée sur-le-champ par les Impériaux. lie prince d'Orange s'obligea aussi à quitter les autres Etais de l'Eglise , du moment que l'armée des alliés s'en erak également éloignée. Dans le second traité le pape 'engagea à faire compter en certaines termes 368,144 1/2 uronnes pour la solde arriérée de l'armée impériale. Le -emier prorata ayant été effectivement payé , le château ; S. Ange fut remis aux troupes pontificales; le pape ivait être relâché le 7 décembre , et partir pour Oviéto. aispar défiance Clément s'enfuit, dès la nuit précédente, crètement et déguisé , de la capitale. Cette fuite causa lendemain une grande émeute parmi les troupes impolies; comme en outre on ne les payait pas au terme ipulé, elles refusèrent de nouveau d'évacuer la ville. îs Impériaux restèrent effectivement dans Rome jusqu'au )is de février 1528 , et se vengèrent , par une oppres- >n redoublée des malheureux habitants du peu d'exactide du pape à remplir ses engagements.

Sur ces entrefaites , les ambassadeurs de France et Angleterre avaient eu une entrevue à Valence avecTemreur Charles-Quint. Ce monarque , désirant rendre la ix à l'Europe , se montra prêt à recevoir , en échange \ la Bourgogne 5 les deux millions que François I i-mème avait déjà offerts 9 comme aussi à relâcher s deux princes français , sitôt que le maréchal Lautrec

aurait évacué (rênes et Asti, et quitté avec ton année l'Italie- Mais François I était tellement encouragé par son alliance avec l'Angleterre et les succès de Lastree, qu'il rejeta les conditions proposées par l'Empereur; en sorte que les négociations furent rompues $ et le 22 janvier 1528, des hérauts français et anglais déclarèrent à Burgos la guerre à l'Empereur.

Dès le 16 février de la même année , le maréchal Lautrec, à la tête d'une armée de 40,000 hommes, franchit les frontières du royaume de Naples et s'avança par FAbruzze. Les restes de l'armée impériale, réduite par des maladies à 13,000 hommes, évacuèrent enfin la ville de Rome, pour couvrir Naples. Pendant sa marche le prince d'Orange évita sagement tout combat et arriva avec ses troupes heureusement dans cette capitale. Pendant ce temps-là, Lautrec avait conquis toutes les places dans l'Abbruzze, en Apulie et dans la Terra di Lavoro , à la réserve de Naples et de Gaète. Il parut, le 29 avril, devant les murs de Naples, assit son camp près dePoggio , bloqua étroitement la place, et voulut la réduire par la faim j la force de la garnison l'empêchant d'en faire le siège en règle. André Doria fit en même temps fermer par une flotte de galères, sous son neveu Philippe Doria, le port de Naples, par où les transports sur la mer étaient coupés à la ville. lie vice-roi Hugues de Moncada , qui avait remplacé Charles de Lannoy (/j* au mois d'août 1527} dans cette dignité, attaqua, le 28 mai, avec une escadre impériale la flotte génoise au cap d'Orco dans le golfe de Salerne ; mais il perdit la bataille et la vie. Le marquis del Vasto et plusieurs officiers impériaux de distinction tombèrent entre les mains des Génois. Ce fut sans doute un grand malheur, qui toutefois procura à la Maison impériale des avantages qu'elle n'aurait pas eus sans lui. Le marquis del Vasto , qui ne perdait jamais de vue

les intérêts de son prince et de son pays , trouva dans la captivité l'occasion de se concilier, ainsi qu'à l'Empereur, son maître , l'ainité si importante d'André Doria. Cet habile et vaillant amiral était aigri an suprême degré du traitement indigne que lui et sa patrie avaient à souffrir de la part de la Cour de France. François I avait laissé entrevoir l'intention de transporter le commerce de Gènes i Savone. Indépendamment de cela, il voulaifcremplacer l'amiral patriote Doria , qu'il redoutait , par l'amiral Barbesieux dans le commandement de la flotte, et le faire arrêter. En conséquence , le marquis del Vasto vint fa«» ôlement à bout de conclure avec André Doria un traité, qui assurait à Gènes la liberté sous la protection de l'Empereur ^ et promettait de soumettre de nouveau Savone à la domination génoise. André Doria se déclara alors con* tre le roi de France , et fit voile avec sa flotte vers Na* pies, pour apporter à la ville les vivres dont elle avait tant besoin:

Cependant le roi de France s'était bientôt convaincu, qu'A n'avait que de très-faibles secours à attendre de tous ses alliés. Le pape négociait en secret avec l'Empereur. Les Vénitiens étaient jaloux des progrès des armes françaises et sans se mettre en peine de les soutenir ultérieurement, ils s'occupaient de la conquête de quelques villes sur la côte napolitaine. Le roi d'Angleterre se voyait empêché par le mécontentement que causait à la nation l'alliance française , de prendre une part bien active à la guerre , et conclut, le 15 juin à Hamptoncourt, avec l'archiduchesse Marguerite, régente des Pays-Bas, une trêve de huit mois, qui fut confirmée parle traité, signé le 28 juillet à Matines. En Italie, la fortune avait aussi entièrement abandonné les Français.

L'armée, qui assiégeait Naptes, fut anéantie avec son chef, le maréchal de Lautrec, par la peste. Le reste,

qui montait à peine à 8000 hommes ; se retira* A versa, où le prince d'Orange enveloppa les Français et le* força à capituler. Le commandant en chef , margrave de Salace , et les autres chefs supérieurs furent faits prisonniers de guerre. Les troupes durent déposer les enseignes, les armes et bagages, et furent ensuite congédiées. Le margrave mourut à Naples des suites de ses blessures. André Doria» fit voile de Naples vers Gènes , pour délivrer aussi sa ville natale. Sitôt que la flotte parut , le 22 septembre, devant le port, les bourgeois ouvrirent les portes. Le gouverneur Trivulce s'enfuit avec la garnison française dans la citadelle ; mais il capitula dès le 21 octobre, faute de vivres. Les Génois conquirent alors Savone, qui fut obligée de reconnaître leur domination» Il n'aurait alors tenu qu'à Doria de s'emparer du gouvernement; mais satisfait d'avoir mérité le titre de sauveur de son pays, il rendit toute l'autorité au sénat. En Lombardie, les Français n'étaient pas moins malheureux. Le duc Henri de Brunswick le jeune était arrivé, le 10 mai, de Trente avec 10,000 lansquenets , qu'en partie l'Empereur , et en partie le roi Ferdinand avaient fait enrôler dans la haute Italie. H assiégea Lodi et traita le pays avec la plus grande dureté. Mais le 13 juin, ses troupes se révoltèrent parce qu'ils ne recevaient point de payement. Une partie prit service dans le corps du général de Levé. Le plus grand nombre se dispersa et repassa en toute hâte les Alpes. Alors le général de Levé commença ses opérations par une attaque subite sur Pavie, qu'il emporta d'emblée et dont la garnison française fut passée au fil del'épée Pour sauver l'armée de Lautrec qui faisait encore en ce temps-là le siège de Naples, François I envoya, vers le milieu du mois de juillet, le comte de Saint -Pol avec un corps de troupes fraîches de 500 gendarmes , de 500 chevaux-légers , de 6000 fantassins français et de 4000

lansquenets, an delà des Alpes. Ce Général assiégea, conjointement avec le doc d'Urbino, la ville de Pavie ; mais les Impériaux la défendirent avec tant de fermeté et de courage, que ce ne fut que vers 1* fin de la campagne qu'il vint à bout de prendre la place par assaut ; en sorte qu'il ne put empêcher la destruction de l'armée de Naples. Dans la campagne suivante, au commencement de mai 1529, Saint- Pol marcha, concurremment avec les ducs de Milan et d'Urbino , sur Martignano , et investit la ville de Milan. Mais la concentration des troupes impériales, sous Antoine de Levé , causa au Général français de si grandes inquiétudes qu'il renonça, au mois de juillet, à ce blocus. L'armée alliée se divisa. Urbino conduisit les Vénitiens à Cassano sur les bords de l'Adda 5 Sforce marcha avec les Milanais au Tésin vers Pavie, et Saint-Pol se dirigea avec les Français vers Lambro morto. Ce dernier avait formé le plan d'entreprendre une attaque sur Gènes. Mais il fut atteint, le 21 juillet, près de Landriano par de Levé, qui le vainquit et fit prisonnier avec tous ses Généraux. Les débris de l'armée française se dissipèrent, et reprirent à la hâte le chemin de leur pays. *

Tous les partis désiraient la fin de cette longue guerre. Sur l'assurance qu'on donna au pape Clément VII , que l'Empereur aiderait l'Eglise à recouvrer les pays qu'elle avait perdus, et ferait réintégrer la famille de Médicis dans la possession de Florence, le pontife fit, le 29 juin 1529, la paix avec Charles-Quint. Ce monarque consentit à rendre Milan à François Sforce, en cas que ce prince ne fat pas trouvé coupable de trahison. Le pape promit à l'Empereur de lui donner l'investiture de Naples, de se contenter, à la place du cens féodal, de la remise annuelle d'une haquenée blanche, d'abandonner à Charles-Quint la nomination à vingt - quatre évéchés napolitains , et de le couronner empereur, dès que le calme serait rétabli II fut

aussi réglé , que Charles et le roi Ferdinand auraient la faculté d'employer le quart des revenus ecclésiastiques de leurs pays aux dépenses de l'Etat, et à la défense contre les Turcs et les Français. En retour, ces deux potentats s'engagèrent à faire rentrer, de gré ou par force, les novateurs apostats dans le sein de l'Eglise catholique. L'ac» cession à ce traité devait être permise aux Vénitiens, si* Cet qu'ils auraient restitué toutes les places dont ils s'étaient emparés dans l'Etat ecclésiastique et le royaume de Naples.

Comme François I se trouvait de cette manière abandonné de ses principaux alliés, et que Charles-Quint, de son côté, avait lieu de craindre qu'il ne se vît bientôt obligé de faire passer ses plus grandes forces tant en Allemagne, pour empêcher les troubles dont elle était menacée, qu'en Hongrie pour s'opposer aux Turcs qui étaient sur le point d'engloutir ce pays , ces princes se déterminèrent enfin i mettre un terme à leur longue querelle. Ils convinrent qu'on s'assemblerait à Cambrai pour travailler à une paix générale. Les plénipotentiaires furent la mère du roi de France, Louise de Savoye, et la tante de l'Empereur, Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas; et ces deux princesses, après trois semaines de conférence, conclurent, le 5 août 1529, un traité connu dans l'Histoire sous le nom de Paix des Dames, dont les principaux articles furent : que le roi payerait à l'Empereur deux millions d'écus d'or, pour la rançon de ses enfants; qu'il rendrait la ville et le château d'Hesdin; qu'il renoncerait i la suzeraineté de la Flandre et de l'Artois; qu'il ferait évacuer dans le terme de six semaines le comté d'Asti, et toutes les places qu'occupaient peut-être encore alors ses troupes dans le Milanais et le royaume de Naples, et se désisterait pour jamais de toutes ses prétentions sur Milan, Naples et Gènes; que les héritiers du duc de

Bourbon , comme aussi le prince Philippe d'Orange , feraient rétablis dans les biens qu'ils possédaient en France; que le roi payerait i l'Empereur un subside de 300,000 écus , pour le voyage qu'il se proposait de faire en Italie) et lui prêterait douze galères et huit autres vaisseaux pour six mois; enfin que François I épouserait Eléonore de Portugal, soeur de l'Empereur , avec laquelle il était fiancé depuis plus de trois ans, et qu'il recevrait le paye-» ment de la dot de 200,000 écus. Le pape et le duc de Savoye furent compris dans ce traité; mais on ne stipula rien pouf les autres confédérés d'Italie, qui furent abandonnés à la discrétion de l'Empereur. Le même jour , oit signa, également à Cambrai, un traité de paix particulier entre l'Empereur et le roi d'Angleterre. Quatre mois plus tard , sur les bords de la Bidassao , au même endroit ou François I avait été rendu à la liberté, la royale fiancée et les deux princes furent remis aux commissures français. Dans l'abbaye de Veien se fit la cérémonie du mariage, à laquelle succéda l'entrée solennelle à Bordeaux. Bientôt après, Eléonore fut couronnée reine de France dans Péglise de Saint-Denis.

Les troubles de reUgion en Allemagne avaient déjà pris pendant ce temps-là un caractère fort sérieux. Le brait qui se répandit, que le roi Ferdinand et les Souverains catholiques avaient , au mois de mai 1527 , conclu à Breslau une union secrète pour arrêter de vive force les progrès du Luthéranisme, alarma tellement les princes attachés à cette doctrine que, dès le 9 mars 1528, l'électeur Jean de Saxe et le landgrave Philippe de Hesse se liguèrent, à Weimar, pour leur défense réciproque. Quoique la fausseté de cette nouvelle, qu'avait controuvée et répandue le docteur Pock , conseiller du duc Georges de Saxe, vînt alors au jour, le landgrave de Hesse ne déposa cependant les armes qu'il avait déjà prises contre

l'électeur de Mayence et les évêques de Bamberg et de Wurzbourg, qu'après que ces prélats lui eurent payé la somme de 100,000 florins pour le dédommager de ses préparatifs de guerre»

Le repos des Pays-Bas continuait d'être troublé par Charles dlSgmont qui, toujours protégé en secret par la France , résistait à Charles-Quint , à qui rien n'avait résisté ailleurs. Ce monarque s'accorda enfin avec lui. Par le traité conclu à Gorkum , le 5 octobre 1528 , Egmont renonça à l'alliance française , et reçut de l'Empereur l'investiture du duché de Gueldre et du comté de Zutphen. Le droit de succession dans ces pays fut assuré à l'Empereur et à ses descendants , après l'extinction des héritiers mâles et femelles du duc. Le 21 octobre 1528, Tévéque d'Utrecht, Henri, comte palatin du Rhin, céda sa souveraineté temporelle sur cette ville et le territoire appartenant à Févêché, puis sur le pays d'Over-Yssel, à l'Empereur, comme duc de Brabant et comte de Hollande. Le 30 novembre 1530, mourut l'archiduchesse Marguerite, gouvernante des Pays-Bas. L'Empereur confia, en juillet 1531 à Bruxelles, cette charge importante à sa soeur, la reine douairière Marie de Hongrie qui prit, au mois d'octobre de la même année , les rênes du gouvernement de ces provinces.

J'ai rapporté plus haut que Jean Zapolya, à l'apparition du roi Ferdinand avec son armée en Hongrie , s'était enfui de Bude en Transylvanie. Mais ce pays s'étant déclaré pour Ferdinand, Zapolya se vit obligé de quitter sa vayvodie. Il trouva un refuge à Homona, dans le comitat de Zemplin. Pendant son séjour dans cette ville, il négocia avec le roi de Pologne et le sultan, pour obtenir leur appui contre Ferdinand. Sur les fortes recommandations de la France et de Venise, et surtout par l'entremise de Louis Gritti, agent diplomatique de

cette dernière Puissance près la Porte-Ottomane, Jean vint à bout de conclure, le 29 février 1528 à Constantinople , une alliance avec Soliman II. Le sultan , dont: l'ambition était flattée par la perspective d'écarter un ennemi dangereux, et d'acquérir un vassal fidèle et soumis à ses ordres, céda à Jean Zapolya le royaume de Hongrie qu'il regardait comme un pays conquis, parce qu'il l'avait parcouru en dévastateur (1526), et lui promit son assistance contre le roi Ferdinand. Jérôme Laski , Noble polonais, vayvode de Siradie, qui avait négocié cette alliance, devait faire avec une armée formée de Turcs, Vjalaques, Moldaves et Tatars, la conquête de la Transylvanie, tandis que Zapolya s'avancerait précipitamment avec le corps de troupes qu'il avait rassemblé à Homona. A Bukarest le 10 avril 1528, Laski déclara formellement la guerre au roi Ferdinand.

Ce prince avait été averti assez à temps de toutes les intrigues de Zapolya , pour se mettre en état de les déjouer. Au mois de janvier 1528, ses ambassadeurs avaient déjà obtenu du roi de Pologne la promesse , qu'il resterait neutre dans la guerre où la Hongrie allait être engagée. La Diète , ouverte le 22 janvier a Bude , prit les mesures les plus énergiques pour mettre une armée en campagne. H en était plus que temps; car les Turcs avaient déjà conquis Jaicza et la plus grande partie de la Bosnie, comme aussi Udbina, Licca et Corbavia en Croatie. Au commencement du mois de mars , le Roi partit pour la Bohème, afin de se procurer aussi des troupes dans ce royaume et les provinces qui en dépendaient , attendu que les forces de la Hongrie seules n'étaient pas suffisantes , pour résister aux attaques qui menaçaient de plusieurs côtés ce royaume. Zapolya s'était répandu, an mois de mû , dans la haute Hongrie. Jean Katzianer le battit complètement près de Szina , non loin de Cassovie,

et fusurpate ur s'enfuit à Tamow en Pologne. Laski alors renonça à l'irruption qu'il s'était proposé de faite en Transylvanie^ et les Turcs ne songèrent plus à envahir, cette année, la Hongrie. Le général Katzianer réduisit beaucoup de partisans de Zapolya, et fit la conquête de Trentschin* Le roi de Pologne assurait encore toujours sa neutralité, bien qu'il permît à Zapolya le séjour dans ses Etats et l'enrôlement de troupes sur le territoire polonais. Mais le pape Clément VII promit, le 30 août 1528, à Zapolya qu'il avait excommunié, deux ans auparavant, le soutien de la ligue italienne.

Le 25 novembre 1528, les rebelles de la haute Hongrie remportèrent, dans le voisinage de Saros-Patak, des avantages sur Etienne Rêvai , général du roi Ferdinand. Immédiatement après, Zapolya entra avec 4000 hommes en Hongrie. Comme les États, assemblés en octobre à Presbourg, ne pouvaient fournir ni troupes, ni argent en quantité suffisante , Ferdinand quitta la Hongrie, pour se procurer dans les pays autrichiens et auprès de la Diète, convoquée le 15 mai 1529 à Spire, les secours nécessaires. Katzianer , laissé sans appui, ne pouvait rien entreprendre avec son faible corps d'armée dans la Hongrie supérieure. En Croatie , les partisans de Zapolya relevèrent la tête. Le vayvode Pierre de Moldavie pénétra en Transylvanie, vainquit, le 22 juin 1529, les troupes royales près de Marienbourg, et conquit Cronstadt et Bistritz. Au mois de juillet, l'armée de Soliman parut sur les frontières de la Hongrie. La sainte couronne tomba entre les mains des Zapolyens, et fut portée au camp turc lia Diète de Spire avait accordé un secours de 10,000 hommes à pied et de 4000 cavaliers, toutefois en argent seulement. Mais la lenteur que mirent, comme toujours, les Etats à fournir leurs contingents , fut cause qu'une petite partie des troupes enrôlées n'arriva en Hongrie que lors-

que €6 pays se trouvait déjà dans lin danger «minent* La gamipMi de Bade fat renforcée par 1000 hommes de ces troupes, et on en fit passer une partie à Vienne. Le roi Ferdinand fit , le 28 août à Liûz , an appel à tous le» Chrétiens, povr les engager à le secourir dans la latte dé-» cisive qu'il allait avoir à soutenir contre les Mahométans.! Ce Souverain se rendit plus tard à Prague, pour y attendra les autres troupes que devait lui fournir l'Empire. Vers la fin du moi d'août, les Turcs commencèrent le siège 4* Bude. Thomas Nadasdy, qui commandait dans cette ville9 avait fait toutes les dispositions pour défendre vigoureusement la place ; mais les troupes de l'Empire , qui faisaient partie de la garnison, se révoltèrent, livrèrent leqr commandant à l'ennemi et rendirent la ville par capitulation. Le sultan laissa sortir la garnison de Bude , conformément à la convention $ mais elle fit pour la plus grande partie hachée par les Tares , et reçut ainsi le prix que méritaient sa lâcheté et sa trahison. Soliman II continua sa marche triomphante jusqu'aux portes de Vienne. Stri-* gonie , Raab , Altenbourg et Visségrade tombèrent au pouvoir des Ottomans qui renouvelèrent, comme prétendus alliés de la Hongrie, tous les ravages qu'ils y avaient faits , comme ennemis. La ville de Bruck-sur-la-Leitha ayant été sommée, le commandant répondit qu'il ne prendrait une résolution qu'après que le sort de Vienne aurait été décidé. Neustadt se défendit courageusement, et re-» poussa avec la plus grande vigueur toutes les attaques de l'ennemi.

Le 21 septembre 1529 , les troupes légères du sultan se déployèrent dans la plaine devant Vienne, qui se vit bientôt investie par les bandes ottomanes. Mpis le vainqueur de Rhodes échoua devant la capitale de l'Autriche, et ne parut sous ses murs que pour donner aux assiégés le spectacle d'un camp magnifique. Les pavillons

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versés. Soliman vit tomber le pacha de Natolie et nbla polir lui-même. D'ailleurs la saison commençait evenir si rigoureuse , que les soldats avaient peine à ir plus longtemps la campagne et qu'on en trouvait que jour morts de froid. Enfin, désespérant du succès de te entreprise , le sultan leva, le 16 octobre, le siège idant lequel son armée avait été diminuée de 40,000 homs par les combats et les contagions. Les assiégés n'aent perdu, à ce qu'on prétend, que 1500 hommes ; mais «que deux tiers de la population des plaines de la basse itriche avaient été en partie massacrés, et en partie traîi en esclavage. Une forte colonne de Farinée ottomane

retira par la Styrie , brûla en passant plusieurs en- >its, et assaillit trois fois en vain la ville de Marbourg. i corps de troupes turques fut défait par le général Simond de Weichselbourg dans la plaine de Leibnitz, et ssa 2000 morts sur la place. A son arrivée à Bude, sultan Soliman déclara Jean Zapolya , qui était resté ec 3000 hommes dans cette ville, roi de Hongrie, et

assura en cas de besoin son assistance contre Ferdiid ; mais il emmena aussi captifs 50,000 Hongrois qui nient été pris, à ce qu'on disait, dans les terres des rtisans de Ferdinand. La fin de Tannée 1529 fut marie par plusieurs avantages qu'obtinrent les troupes roys sur les Ottomans. Altenbourg, Trentscbin, Erlau Cassovie furent conquis. En Transylvanie les bour- »i8 de Cronstadt avaient chassé la garnison zapolyenne et evépar cet exemple le courage de la garnison d'Hermandt, qui était demeurée fidèle à son Souverain. Tout le jrs des Saxons se leva contre l'usurpateur. Le pape huent VII fulmina une bulle d'excommunication sur Zalya et ses adhérents, pour avoir attiré les Mahométans us les pays chrétiens. La guerre en Hongrie, en Trouvante et en Croatie se borna, l'année suivante (1530},

à de nombreux petits combats et escarmouches , qui n'aboutirent qu'à ruiner encore davantage ces pays. Sur l'invitation de Zapolya, le pacha de Semendria traversa, au mois d'août , avec 25,000 hommes la Hongrie , afin de faire, par le ravage de la Moravie, une diversion au roi Ferdinand. Mais le pacha, n'ayant pu franchir la Waag dont on avait enlevé tous les ponts, retourna sur ses pas, dévasta en passant la Hongrie même, et emmena de nouveau 70,000 captifs. Au mois d'octobre, Guillaume de Roggendorf marcha avec 10,000 hommes sur Bude , et ayant été renforcé par quelques troupes des comitats qui étaient restés fidèles au Roi, il assiégea Zapolya dans cette ville. Le siège fut commencé avec un zélé fort actif. Mais deux assauts manques , la rigueur de la saison, les maladies qui régnaient parmi les troupes, et la proximité de Tannée ottomane qui se rassemblait près de Cinq-Eglises pour venir au secours de Bude, contraignirent Roggendorf à renoncer à son entreprise (19 décembre)^ et à se retirer à Strigonie.

En Bohème, le Roi avait convoqué en automne une Diète , dans la vue d'awêter les progrès des dogmes luthériens. Les prédicateurs les plus obstinés de la doctrine nouvelle furent bannis du royaume, et on fit une loi qui statuait , qu'à l'exception des Catholiques et des Calistins, aucun autre parti de religion ne serait plus toléré en Bohème. En Silésie le Roi avait déjà, Tan 1528, lancé un édit sévère contre les hérétiques. Par l'entremise du roi de Pologne , il fut conclu , le 21 janvier 1531 i Visségrade , une trêve de trois mois avec Zapolya, Le 27 avril, cette suspension d'armes fut prolongée pour une année entière. Mais le congrès qu'on tint pendant ce temps à Bade, se sépara sans avoir pu effectuer un rapprochement.

L'assemblée des États de l'Empire, ouverte par le roi

Ferdinand à Spire ^ -'le 15 niai 1629, fut extraordinaire^' ment nombreuse , à cause de l'importance des affaires qui devaient y être traitées. L'état de la religion fut mis le premier en délibération. La plus grande partie des États coneltnrent, que jusqu'à la convocation d'un concile général^ fui devait être tenu dans un an, ou dans deux ans an plus tard en Allemagne, et décider la contestation, la doctrine nouvelle ne pourrait être propagée nulle part. On déclara toutefois, qu'on ne voulait pas contraindre jusqu'alors par. la force les habitants des pays, où cette religion avait déjà pris pied, i retourner à l'ancienne Foi; mais on défait cependant empêcher aussi, autant que possible , dans ces contrées toute réforme dans la communion , dans la messe etc., et prendre des mesures rigoureuses particulièrement contre les Zwingliens et les Anabaptistes qui différaient des Luthériens dans la doctrine de la cène; Les princes évangeliques protestèrent, le 19 avril-, par écrit contre cet arrêté. Ils soutenaient dans cette déclaration , que le concile proposé n'avait pas le droit non plu» de condamner leur croyance , et qu'ils ne pouvaient être contraints d'y renoncer. Ce fut de cet acte que les adhérents de la religion nouvelle reçurent dans h| suite le nom de Protestants. Comme la majorité catho-» KqoeCtfert Etats, en rédigeant le recez de l'Empire, n'eut anetutéganl à ces représentations, le parti luthérien dressa un appel , par lequel il s'en remettait , par rapport à ses griefs, à la décision de l'Empereur et du futur concile. Cet appel fut signé par l'électeur de Saxe , le margrave Cfaorges de Brandebourg- Anspach, le duc Eiy ■este de Lunebourg, le landgrave de Hesse et le prince Wolfgang d'Anhalt , puis par les quatorze villes impériales: Strasbourg, Nuremberg, Ulm, Constance, Liais», M emmingen 5 Kémpten, Nœrd lingue, Heilbron, Reatlisgen, bny, Suint-Gall, Weisseubourg-sur-le-

Rezat et Windsheim-sur-rAisch. L'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse firent publier cet appel dans leurs pays, au mois de mai de la même année.

L'Empereur avait, le 29 juillet 1529, fait voile avec une flotte considérable, sous les ordres d'André Doria, de Barcelone pour l'Italie. H débarqua, le 12 août, i Gènes et se rendit, le 30 du même mois, à Plaisance ou une ambassade des Etats évangéliques lui présenta la protestation de Spire. Comme cette déclaration fut aocueillie avec mécontentement par le monarque , et qu'il enjoignit aux États protestants de se conformer au recez de l'Empire , les envoyés lui remirent alors aussi leur recours a un libre concile général. Les États protestants , qui s'étaient déjà concertés, au mois de juin àRodach, sur le rassemblement d'une armée confédérée, continuèrent en octobre à Scbwabach leurs délibérations relativement à cet objet. Dans le cours du même mois , une conférence avait eu lieu à Marbourg entre les théologiens des deux partis de Luther et de Zwingle, dans la vue de réunir les opinions de ces sectes, et de fortifier par là les moyens de défense de la ligue évangélique. Mais ces savants ne purent s'accorder dans la chose principale et se [quittèrent , fort aigris les uns contre les autres.

L'Empereur avait amené avec lui à Gènes 1000 cavaliers et 11,000 fantassins espagnols; et 10,000 lansquenets allemands attendaient ce prince en Lombardie. Près d'Aquilée le prince d'Orange rassembla 10,000 Allemands et Italiens , les restes de l'armée qui avait conquis Rome et défendu Naples. Un petit corps de troupes espagnoles assiégea Monopoli en Apulie et combattit dans cette province contre les Vénitiens. Antoine de Levé fit la guerre au duc de Milan et lui enleva de nouveau Pavie par surprise. Le margrave de Mantoue obtint , an mois de septembre, non-seulement son pardon de l'Empereur,

niais ce monarque lui confia même le commandement de l'armée impériale qui devait attaquer la république de Venise.

Charles-Quint eut, le 5 novembre 1529, une entrevue avec le pape Clément VU à Bologne. Le 22 février de l'année suivante, le souverain pontife le couronna, dans la chapelle épiscopale de cette ville, roi d'Italie, et le surlendemain, dans l'église de 8. Petron f San-Petronio}, empereur romain. Ce monarque chercha , avec grande modération , à terminer les querelles qui avaient si longtemps troublé l'Italie. A l'intercession du pape , l'Empereur avait pardonné à François Sforce et réintégré , le 23 décembre 1529, ce prince dans le duché de Milan. Sforce s'engagea à payer dans le terme d'un an à l'Empereur 400,000 ducats, jusqu'à l'acquittement de laquelle somme le château de Milan et la ville de Corne devaient rester occupés par des troupes impériales. Il fut convenu, que le duc de Milan payerait en outre dans chacune des dix années suivantes la somme de 50,000 ducats. Sforce fut encore obligé de céder à Antoine de Levé le comté de Pavie, pour en jouir sa vie durant* L'Empereur maria le duc à sa nièce, Christine de Danemark, qui arriva à Milan au mois d'avril 1534. Charles-Quint s'accommoda, le 23 décembre 1529, également avec la république de Venise. Le sénat remit au pape Ravenne et Cervia , à l'Empereur les places napolitaines, occupées par les troupes vénitiennes , et paya à ce monarque 300)000 ducats. Le même jour , on signa entre l'Empereur , le roi Ferdinand , le duc de Milan , le pape et Venise, une alliance pour protéger l'Italie. Les Etats libres de Gènes , de Sienne , de Lueques , les margraves de Montferrat et de Mantoue, et le duc de Ferrare, furent compris dans cette union. Les ducs de Savoye et d'Urbino, le margrave de Montferrat, les républiques de Gènes, de Sienne et de

Lacques , firent hommage à l'Empereur. Le pape et le duc Alphonse de Ferrare soumirent, le 20 mars 1530, leur ancien différend à la décision impériale. La sentence prononcée par Charles-Quint Be fut publiée que le 31 avril de Tannée suivante. Le pape fut obligé d'investir Alphonse du duché de Ferrare , moyennant la somme de 100,000 ducats que ce prince s'engagea à payer an souverain pontife. Quant aux fiefs de l'Empire y Modèae, Reggio et Rubiero , le duc Alphonse en reçut l'investiture de l'Empereur. Le 25 mai 1530 i Mantoue, l'Empereur érigea ce margraviat en duché en faveur de Frédéric de Gonzague. La maison de Gonzague augmenta sa puissance par l'acquisition du margraviat de Montferrat qm, après la mort du dernier margrave, Jean-Georges, arrivée le 3 novembre 1533, fut adjugé, le 3 novembre 1536, par l'Empereur au duc de Mantoue. Pendant son séjour en Italie , Charles-Quint fit présent de File de Malthe et de celles de Goze et de Camino aux chevaliers de Saint» Jean, que les Turcs avaient expulsés de leur siège , ffle de Rhodes, y mettant toutefois la condition expresse, que ces religieux guerriers , qui depuis lors furent désignés sous le nom de chevaliers de Malthe , continueraient à faire la guerre aux Mahométans et aux corsaires africains. Les députés de Florence étaient venus en septembre 1529 à Plaisance, pour prêter foi et hommage à l'Empereur. Mais ils furent renvoyés , parce qu'ils n'étaient pas munis drun plein pouvoir qui les autorisait à signer une soumission. Florence ne voulait pas accepter la paix, par la raison qu'on avait prescrit pour condition à cet État de recevoir de nouveau les Médicéens expulsés. L'Empereur résolut de réduire les Florentins par la force. Les troupes impériales, commandées par le prince d'Orange, après avoir conquis les villes de Spello, de Perugia, de CostonaetdeStrezzo, vinrent camper, le 14 octobre 1529,

levant Florence, sur la rive gauche de l'Arno. Le prisée maya , le 10 novembre , de prendre la ville d'assaut» fais cette tentative échoua. Vers la fin de décembre, un orps d'environ 20,000 Espagnols et Allemands se mit n marche de la Lombardie, traversa les Apennins et ivestit Florence sur la rive droite de TArno. On corn* tença à bombarder la ville. Les Florentins continuèrent endant plusieurs mois de se défendre avec la plus grande îtrépidité. Leur général Ferrucci, ayant rassemblé en rillet 1530 un corps de troupes assez considérable, larcha au secours de la place. Le prince d'Orange aDa à a rencontre avec une partie de Tannée de siège. Le 2 août (rivant, les deux années en vinrent aux prises dans le voiinage de Gavinana. Le combat fut opiniâtre et sanglante •e prince d'Orange et Ferruoci y perdirent la vie ; mai* armée de ce dernier fut anéantie. Le 12 août 1530, Flomce se i-endit par capitulation h Ferdinand de Gonz»* ue, général de l'Empereur. Le 5 juillet 1531, l'envoyé e Charles-Quint établit Alexandre de Médicis, petit-neeu du pape, comme Souverain héréditaire à Florence* ht dressa une nouvelle constitution du pays, en vertu de quelle Alexandre fut proclamé, le 1 mai 1532, prince e Florence , avec le titre de duc ou de doge. Sa soeur !athérine fut mariée, le 27 octobre 1533, avec le duc Orléans, dans la suite Henri II, roi de France* Le î février 1536, l'Empereur donna au duc Alexandre la ain de sa fille naturelle Elisabeth. Mais dès le <► janvier 1537, ce prince fut assassiné par son cousin Laurent* tanlne il n'avait point d'enfants, un parent éloigné, Gôme b Médicis, lui succéda dans le gouvernement et y fut infirmé , le 21 juin 1537 , par un décret impérial , ex* èdié le 28 février de la même minée.

L'Empereur avait invité de Bologne les États d'Alimagne à s'assembler à Augsbourg, tant pour délibérer

sur les moyens de détourner le danger dont on était menacé pins que jamais de la part des Tares, que pour effectuer un accommodement amiable entre les partis de religion ennemis. L'Empereur arriva > le 15 juin 1530, i Augsbourg. Ce fut dans cette Diète que les Protestants présentèrent, le 25 du même mois, à ce monarque leur fameuse confession de foi , composée par le célèbre Mélancton, leur pins savant théologien, et qui fat appelée plus tard la Confession d? Augsbourg. Le 3 août, on fit dans l'assemblée lecture d'une réfutation des dogmes luthériens, rédigée par les théologiens catholiques j sur quoi l'Empereur enjoignit aux Etats évangéliques, sous peine d'encourir sa disgrâce souveraine, de s'accorder avec l'Église romaine sur les points dans lesquels ils s'étaient jusqu'alors écartés de cette dernière. Les Protestants acceptèrent la proposition que leur firent les Etats catholiques, de laisser examiner les points de religion contentieux par quelques médiateurs choisis. Ceux-ci s'occupèrent en effet pendant plusieurs semaines à ménager un accommodement. Mais le 31 août, les conférences furent rompues, attendu que les Protestants rejetèrent les dernières propositions des Catholiques, et en appelèrent encore une fois à un concile général.

Le recez de l'Empire , publié le 19 novembre 1530, accorda aux Etats évangéliques un délai jusqu'au 15 avril 1531 , pour s'accorder avec le pape , l'Empereur et les membres de l'Eglise catholique , sur les articles de Foi controversés. Il fut en outre réglé, que jusqu'à cette époque les Protestants ne pourraient propager davantage leur doctrine ; qu'ils ne troubleraient , ni comprimeraient le culte catholique j que les couvents dépouillés dans les pays évangéliques seraient indemnisés ; qu'on rendrait les biens de l'Eglise confisqués ou en payerait la pleine valeur ; que les prédicateurs protestants ne prêcheraient rien de se-

ditieux ou contraire à la doctrine catholique ; enfin que les manuscripts destinés à l'impression seraient auparavant soumis à une censure. L'empereur Charles -Quint promit d'engager le souverain pontife à convoquer dans six mois, ou au plus tard dans un an , un concile général. L'Empereur et les Etats catholiques convinrent, que la paix publique ne serait point troublée , à cause dé la religion , et que tous ceux qui la violeraient , seraient mis au ban de l'Empire. Le - Conseil suprême d'Empire fut supprimé par ce monarque , parce qu'il n'avait pas répondu à sa destination.

Pendant cette même Diète , l'Empereur avait aussi renouvelé les arrangements antérieurs , relatifs aux pays et possessions autrichiens de son frère Ferdinand. Il avait déjà en 1525 (15 février} sanctionné, par un acte expédié à Madrid, le traité de partage de 1522, et permis de le rendre public. Maintenant, il confirma d'abord, le 18 juillet 1530, les privilèges du duché de Carinthie. Le 29 juillet , il signa un nouvel acte , relativement à la cession des comtés d'Ortenbourg, de Lienz, de Gmunde et de Dornbach. Le 5 septembre , l'Empereur donna au roi Ferdinand, comme les privilèges autrichiens l'exigeaient, sur le propre territoire de ce prince, près du château de Wellenbourg situé non loin d'Augsbourg, dans le margraviat de Burgau, l'investiture de tous les pays héréditaires d'Autriche $ Ferdinand la reçut à cheval selon le privilège des archiducs. Le 8 septembre, on expédia encore un diplôme impérial concernant tous les privilèges autrichiens , ainsi que les hypothèques que possédait l'Autriche sur le vicariat de Souabe. Bientôt après, le 24 décembre 1530 à Cologne , l'Empereur confirma les droits et franchises du royaume de Bohème et accorda , le 21 du même mois, au roi Ferdinand un induit féodal pour la remise de son investiture , comme roi et électeur de Bo-

hème, laquelle investiture Ferdinand ne reçit effectivement que le 13 mars de Tannée 1541 dans la ville 4e Ratisbonne.

L'Empereur Charles-Quint avait déjà proposé, dans la Diète d'Augsbourg, aux États catholiques d'élire sou frère Ferdinand roi des Romains. Mais lorsque l'Empereur manda , le 28 novembre 1530, les princes électeurs à Cologne pour terminer cette affaire , lefe États évangéliquea résolurent de «'opposer à l'élection de Ferdinand, parce que ce prince était connu pour un antagoniste zélé de la nouvelle doctrine, et qu'on devait par conséquent s'attendre qu'il chercherait sérieusement à ramener les adhérents de cette religion à l'Église catholique; Ces princes et États s'assemblèrent le 22 décembre à Smalkalde y et y délibérèrent sur les moyens d'affermir et de propager leur doctrine. Ils résolurent d'envoyer un écrit apologétique .à toutes les Cours de la chrétienté , mais surtout à Paris et à Londres, et de solliciter leur entremise auprès de Charles-Quint. Ils adressèrent aussi (2A? décembre} une lettre à l'Empereur , par laquelle ils se déclarèrent d'avance contre l'élection du roi Ferdinand. Encore une . fois l'électeur de Saxe , comme chef du parti luthérien , fit remettre , le 29 décembre , une protestation au congrès d'élection assemblé à Cologne. Mais on n'en tint aucun compte, et les autres électeurs proclamèrent, le 5 janvier 1531, le roi Ferdinand de Hongrie et de Bohème roi des Romain*, et le couronnèrent à Aix-la- Chapelle, le 11 du même mois. Le souverain pontife exprima dans une lettre du 13 février le contentement que hri causait cette élection.

Les princes et États évangéliques s'étant de nouveau réunis à Smalkalde, l'électeur Jean de Saxe, et son fil» Jean -Frédéric, les ducs Philippe > Erneste et François de Brunswick-Lunebourg , Philippe de Bruns-

wick-Grubenhagen , le landgrave Philippe de Hessefjf prince Wolfgang d'Ajihalt, puis les villes de Strasbourg) Ulm, Constance, Rentlingen, Memmingen, Lindau, fil-) berach, Isny, Lubeck, Magdeburg et Brème, firent une ligue pour se mettre en état de résister i l'Empereur et aux prince» catholiques, au cas qu'ils voulussent les con* traindre en quelque chose au sujet de la religion. Lé* confédérés firent partir Aussitôt des ambassadeurs pouf la France» et l'Angleterre, et recherchèrent l'appui de ces royaumes* Avec François 1 il fut en effet conclu un traité

secret. Mais Henri d'Angleterre ne fit aux Protestants que de vagues promesses* Les électeurs de Mayetice €k du Palatbiat furent autorisés par l'Empereur à faire encore une tentative pour réconcilier les deux partis de religion; Après avoir longtemps disputé dans les assemblées te** nues tour à tour à Francfort, à Smalkaldeet à Schweinforty sur les conditions de raccommodement, la première paix de reiijfion fut enfin conclue, le 23 juillet 1532 à Nuremberg. Les principaux articles en furent: que jusqu'à la déciV sion d'un concile général les Protestants ne seraient point inquiétés dans l'exercice de leur culte; que tous les procès intentés pour faits de religion à la Chambre impériale se* raient suspendus* et qu'on n'en recevrait plus de nouveaux; que l'Empereur tacherait de faire indiquer le concile dans six mois, et d'en procurer la tenue dans un an j que, si cette demande ne pouvait être accomplie, une Diète générale délibérerait sur ce qu'il y avait à faire ultérieurement à cet égard. D'un autre côté, les 'Protestants promirent d'obsereer ponctuellement la paix, et de fournir leurs contingents pour la guerre contre les Turcs. Ce traité de pacification fut signé par les princes, États et villes évann géliques, puis confirmé par l'Empereur, le 2 août sRa» tisbonne , et publié le lendemain dans toute l'Allemagne* A Ratisbonfte l'Empereur avait déjà, le 6 janvies

1532, ouvert une Diète. Pendant que le congrès de Nuremberg travaillait à effectuer une réconciliation entre les Catholiques et les Protestants, la Diète accorda à l'Empereur des secours pour reconquérir entièrement le royaume de Hongrie. Afin d'améliorer l'administration de la justice, on publia le nouveau code d'instruction criminelle et pénal Dans le recez de l'Empire il ne fut point fait mention de la paix de religion de Nuremberg, parce que le légat du pape, la plupart des États catholiques, et aussi beau* coup de protestants avaient déjà manifesté leur improbation à Tégard de cet accommodement. De Ratisbonne Charles-Quint se rendit, en septembre, à Linz, pour diriger de là les opérations militaires contre les Turcs, qui avaient envahi les États autrichiens. Soliman, ne trouvant point ailleurs d'ennemis à combattre, avait reparu aa printemps de la même année (1532) en Hongrie, à la tête d'une armée qui fut évaluée à 300,000 hommes. 11 renvoya les ambassadeurs de Ferdinand, Nogarola et Lamberg, avec une lettre par laquelle il provoquait le monarque autrichien à venir avec toutes ses forces à sa rencontre pour livrer une bataille , qui déciderait si le royaume de Hongrie appartenait à lui, Ferdinand ou à Jean, vassal du sultan. Ensuite il marcha le long du Danube vers l'Autriche. Les provisions et la grosse artillerie furent transportés sur mille bateaux qui remontèrent le fleuve. Mais au mois de juillet, ce transport fut tellement retardé par la crue extraordinaire du Danube , que les troupes qu'on attendait de l'Allemagne et de l'Italie, eurent le temps de se rassembler près de Vienne. Les États de l'Empire avaient mis, cette fois-ci, leurs contingents de troupes en campagne au terme précis et dans le nombre déterminé, ce qui n'avait eu lieu que fort rarement jusqu'alors. Cette armée , forte de 24,000 hommes , était commandée par le comte palatin Frédéric Les duchés autri-

iraient fourni au roi Ferdinand 13,000 hommes, ohème 8000. L'Empereur Pavait renforcée par lansquenets allemands et soudoyer» flamands, 11,000 Italiens et 8000 Espagnols , que le ma» «1 Vasto et Antoine de Levé avaient conduits au b^» Cette force réunie comptait par conséquent 30 Sommes, dont 11,000 étaient à cheval. La partie £ç»*lc de Tannée était placée près de la montagne app*fti$*M*nberg, entre Corneubourg et Vienne. Cette capt- £ reçot.une garnison convenable. Le général espagnol ,*£$*** occupa avec une forte division les îles du Danube ges de Presbourg. Il fit des dispositions pour brûler la bile ottomane, si elle tentait de passer à côté de ces îles » renootant le Danube. Le sultan , qui n'avait plus que pelques marches à foire pour arriver à Vienne, ayant té informé de la force et de la position de l'armée chréenne, changea son plan d'opération, et au lieu de confiner sa route vers la capitale, il s'éloigna du Danube se dirigea à gauche vers Guns , pour pénétrer par la yrie en Autriche. Dans cette petite ville, Nicolas Jurisich avec huit cents hommes, pour la plupart des paysans mes , opposa au sultan la plus vive résistance. Depuis 1 jusqu'au 22 août, les Turcs employèrent en vain tous îrs efforts, pour se rendre maîtres de la place. Avec une Jeur égale François Nadasdy défendit le château de Sarur. En même temps, des corps de coureurs croates coupeni les transports aux Ottomans. Soliman, aussi m al heu îux dans les sièges qu'heureux dans les batailles, voyant le eu de succès de ses entreprises, résolut de suspendre pour ette année ses opérations et de se retirer par la Styrie et Bsclavonie jusqu'à Belgrade. Afin de cacher cette retraite i Tannée près de Vienne 9 il fit ^ au mois de septembre, ranchir la Leitha par un corps de 12,000 cavaliers, sous ta ordres du Kasan Aga. Mihal Oglu , qui s'avança

vert Marfeteell et dans l'Ennsthal en Styrie et jusqu'à la Forêt de Vienne (Wienerwald) , pilla et brûla tontes les habitations et fit massacrer un grand nombre de gens de la campagne. Le pacha se dirigea ensuite par le mont Semmering vers l'Autriche. Le comte palatin Frédéric passa avec une division de Tannée le Danube et prit position entre Laxembourg et Schœnau. Le 19 septembre, le pacha descendit tout à coup de la montagne et vint fondre dans la plaine; mais il fut enveloppé par les Chrétiens près de Léobersdorf et Enzersfeld, et entièrement anéaiti.

Sur ces entrefaites, Soliman avait continué sa marche vers Gratz. Son armée passa près des murs de la ville v qui fut ensuite vainement attaquée par Ibrahim pacha qui commandait l'arrière-garde ottomane. Celui-ci suivit bientôt Tannée principale par Marbourg et Pettau , étant vivement poursuivi par des corps autrichiens qui lui tuèrent beaucoup de monde. En tout les Turcs perdirent, à ce qu'on prétend , au delà de 15,000 hommes depuis leur retraite de Guns jusqu'à leur arrivée aux bords de la Drave et de la Save. Mais en revanche aussi les cantons de Styrie , de Carinthie et de Carniole, par où ces troupes passèrent, furent ravagés de la manière la plus cruelle. Comme dans le Conseil de guerre, tenu le 30 septembre par le comte palatin Frédéric, les commandante de Tannée de l'Empire opinèrent, que la saison était trop avancée pour continuer les opérations, et que l'approvisionnement des troupes devenait impossible dans les pays dévastés par les Turcs, l'Empereur se vit obligé de consentir en octobre au licenciement des troupes germaniques, qui d'ailleurs désiraient retourner dans leurs foyers > le terme de six mois pour lequel elles avaient été engagés* approchant de sa fin.

L'amiral Doria avait en été conduit la flotte impériale sur les côtes de la Morée, débarqué un corps de troupes,

qui en septembre conquit les villes de Coron et de Patras, pois les châteaux an détroit de Corinthe. Cette diversion contribua beaucoup à déterminer le sultan à la retraite. Il appréhendait que , si les Impériaux s'avançaient plus loin dans cette péninsule , les Grecs ne prissent les armes , et ne cherchassent à se soustraire à la domination ottomane. Vers le même temps , le roi Ferdinand envoya un agent secret à Constantinople , pour travailler à la paix. Avec Zapolya il fit signer , le 31 décembre 1532, à Me* gyer dans l'île de Schutt, une suspension d'armes pour quatre mois, pendant lesquels les négociations furent continuées à Altenbourg. Le 31 janvier de Tannée suivante, le Roi conclut aussi une trêve avec Soliman. Au mois de mars, un ambassadeur turc apporta au roi Ferdinand les propositions du sultan. En attendant, la trêve fut prolongée jusqu'au mois de mai 1534, et Soliman consentit à rendre au Roi une grande partie de la Hongrie, sous la condition toutefois que l'Empereur ferait évacuer les places conquises par Doria dans la Morée. Mais ces perspectives favorables s'évanouirent, l'Empereur ayant trop longtemps tardé à donner son consentement , et Coron étant d'ailleurs retombé entre les mains des Turcs par une ré*volte de la garnison espagnole de cette ville. Au printemps 1534, une armée ottomane, venant de Belgrade, se rassembla dans le camp près de Pesth. Le Vénitien Gritti que Zapolya avait , au grand dépit des Hongrois , élevé i la dignité de gouverneur du royaume , et qui avait soumis la Transylvanie aux lois de l'usurpateur, marcha avec un corps d'armée, composé de Turcs, de Moldaves et de Valaques, en Transylvanie , pour achever l'asservissement de la partie de ce pays, habitée par les Saxons. Mais ayant été assiégé, au mois de septembre, dans Mediasch par Etienne Mailâth , il fut fait prisonnier dans une sortie et exécuté A Lippa le 15 novembre 1534, Zapo-

ly a conféra au moine Martinuzzi Févêché du Grand-Waradin , et le nomma commandant en chef en Transylvanie.

Au printemps 1535, on conclut à Vienne avec les ambassadeurs de Zapoly a une prolongation de la trêve pour un temps indéterminé. On convint, que les hostilités ne pourraient être reprises qu'après avoir prévenu vingt-cinq jours avant la cessation de l'armistice. Au mois d'août, l'ambassadeur impérial, l'archevêque Jean deLund, ménagea une prolongation de la trêve jusqu'à la fin de février 1536. Jusqu'alors les deux parties belligérantes devaient garder tout ce qu'elles possédaient en Hongrie. Par conséquent Zapolya fut obligé de lever le siège d'Hermanstadt qu'il avait commencé. Un grand nombre de partisans les plus notables de Zapolya se rangèrent dans ce temps -là du parti du roi Ferdinand. Dans rassemblée des magnats à Vienne , au mois de mai , et dans la Diète qui fut tenuç en octobre à Tyrnau, les Etats demandèrent qu'on prît des mesures efficaces , pour protéger le royaume contre les Turcs. Dans les négociations avec Zapolya, ils établirent pour base qu'aucun partage du royaume ne pourrait avoir lieu. Le palatin Etienne Bathbri étant mort, Ferdinand nomma provisoirement Alexis Thurzo lieutenant (hocumtenens) du Roi. Le 19 novembre, la Diète fut continuée à Presbourg. Les Etats accordèrent des troupes et de l'argent; mais ils insistèrent de nouveau sur Findivisibilité du royaume , et firent plusieurs ordonnances énergiques concernant le Conseil d'Etat, l'administration de la justice, la sûreté publique et le monnayage.

La trêve conclue entre Ferdinand et Zapolya ayant pris fin, les hostilités éclatèrent de nouveau en été 1536. Balthasar Banffy, que le Roi avait nommé vayvode de Transylvanie, pénétra dans cette province, conquit et perdit bientôt après de nouveau Szathmar Nemethi, et fut ensuite forcé à évacuer le pays. Le 4 décembre 1536,

es Zapolyens se rendirent maîtres de Cassovie. Pour se maintenir dans la Hongrie supérieure, Ferdinand chargea le général Fels de reconquérir cette place. Le gêné- -al Katzianer devait attaquer les Turcs dans la Hongrie néridionale, et après les avoir repoussés, remonter le Danube et prendre Bude. Le 25 janvier 1537 , Ferdiîand ouvrit une Diète àPresbourg, qui accorda des trou- >es et des subsides. Les magnats promirent en outre au Eioi de le suivre avec leurs vassaux à la guerre, s'il se mêlait lui-même à la tête de l'armée. Mais comme Fexécuion des armements demandait beaucoup de temps, les Kapolyens s'emparèrent de Tokai aussi. Enfin au commencement du mois d'août, Léonard Fels fut à même de ttmmencer ses opérations. Il enleva, le 25 septembre, e château de Saros , défendit Éperiès contre les forces supérieures du général ennemi Pereny, poursuivit celuiû dans sa retraite , et conquit ensuite plusieurs châteaux dans la haute Hongrie. Mehmetbeg, commandant de Belgrade, avait pendant ce temps-là rassemblé un corps de troupes turques dans le voisinage (TEsseck. 11 pénétra en Ssdavonie , prit Posséga , Obrowacz et plusieurs autres endroits, et assiégea Clissa. Pierre Krussich, général lu Roi, s'avança au secours de la place ; mais il fut complètement battu. Le général Katzianer marcha , en sepiembre, avec 16,000 hommes d'infanterie et 8000 chevaux sur Esseck, dont on avait fait, par ordre du sultan , une Forte place d'armes. Mais Katzianer n'ayant pas pourvu iux besoins de son armée, elle fut en partie détruite par a faim et les maladies. Katzianer se vit par conséquent >bligé de se retirer. Comme l'artillerie ne pouvait être ransportée plus loin à cause des mauvais chemins, on reloua les canons. La cavalerie chercha à se mettre au plus tôt en sûreté. Mais l'infanterie fut atteinte par les Turcs et taillée en pièces, après une longue et vigou-

reuse résistance. Nicolas Jurrissich , qui avait été nommé alors commandant en Croatie, fit en hiver 1537-1538, à l'aide des bans Thomas Nadasdy et François Bathiany, les arrangements nécessaires pour la défense do pays jusqu'à la campagne prochaine. Le Roi lai» même pressa les armements des provinces intérieures de l'Autriche. L'archevêque de Lund travailla, pendant ce temps-là, avec un zèle infatigable au rétablissement de la paix en Hongrie.

L'Empereur se rendit , à la fin d'octobre 1532 , de Vienne à Bologne , pour se concerter dans une entrevue avec le pape Clément VII sur la convocation d'un concile général. Le souverain pontife se déclara prêt à indiquer une telle assemblée ecclésiastique , si le roi de France et les autres monarques l'approuvaient, et si les Protestants voulaient reconnaître d'avance l'autorité et les futures décisions du concile. Clément VII cependant n'était pas du tout porté à convoquer réellement une assemblée ecclésiastique, attendu que la paix de religion de Nuremberg lai avait inspiré de la méfiance contre l'Empereur, et qoil était connu que les Etats de l'Allemagne se proposaient de soumettre à ce concile leurs griefs contre le Siège apostolique. Le roi de France avait déjà été disposé de manière, que la Cour romaine était bien assurée, qu'il ne consentirait point à la tenue d'un concile. D'un autre côté, on ne pouvait guère s'attendre à voir les Protestants souscrire à la condition préliminaire, qu'on leur avait imposée d'accepter sans contradiction les futures décisions du con- ' cile. Le 8 janvier 1533 , l'Empereur notifia aux États de l'Allemagne le résultat de ses négociations avec le pape. Clément VII, de son côté, adressa, le 10 du même mois, me lettre aux princes électeurs et États de l'Empire, par laquelle il cherchait à les convaincre de sa disposition i accélérer la convocation d'un concile.

Le 24 février 1533, l'alliance conclue l'an 1522 fat

renouvelée par l'Empereur, le pape et tous les princes et républiques d'Italie, ei prolongée pour dix-huit mois. Seu-r tentent la république de Venise avait refusé son accession, et se déclara neutre. Antoine de Levé fut nommé capi-r taine-général de l'armée confédérée, auquel chaque mem-r bre devait, en cas de nécessité, fournir un contingent pro-r portionné à ses moyens. Ensuite l'Empereur congédia un* partie de ses vieux guerriers, stationnaires en Italie, et en<? voya les autres, partie en Sicile, partie en Espagne. Lors» que les ambassadeurs français se plaignirent auprès du

< pape de cette ligue dirigée contre leur maître , le pontife i leur assura qu'il n'avait souscrit a ce traité, que pour » éloigner d'une bonne manière les soldats impériaux de

< l'Italie. Il ajouta, que ceci était un véritable avantage pour le roi de France, et que d'ailleurs l'alliance ne serait pas de longue durée. En effet, quelques mois après le départ de l'Empereur pour l'Espagne (en octobre 1533) , Clément Vil eut une entrevue avec François à Marseille où il signa, le 20 octobre , le contrat de mariage entre Catherine de Médicis, proche parente du pape, et le deuxième fils du roi, Henri d'Orléans; et immédiatement après, le bruit se répandit que le pape s'était étroitement uni avec le roi de France contre l'Empereur, et que ces deux po-» tentais avaient formé le projet de procurer au duc d'Orléans le duché de Milan, et au Siège pontifical Reggio et Modène.

De Bologne le pape et l'Empereur avaient, en j*n~ vier-et en février, envoyé des commissaires en Allemagne, pour convenir avec les princes protestants des principes préalables par rapport au concile. Les principaux points de. la proposition pontificale étaient: que les princes et pré* lato qui voulaient accéder au concile , s'obligeraient d'avance à obtempérer à ses décrets; que jusqu'à la décision du concile , il ne serait point permis d'introduire aucune

«ration en salière de Foi : fne les

de* trois villes de M»>iif? 4e Bologne et de Plaipeur siège dn concile; fne. si fntlquiu mm^ms

9WK en personne, simk pm^ ncs amhawadeaiaw as concile* cela n'arrêterait peint la. de cette cooçrégatioa : contre les princes et Etats tenaient pas an décimons dn concile, on s" à [autorité 4e cette assemblée des Pères em à celle de aenveram pontife, toi» les antres Puissances ckiLlkanes devaient rennir lenrs forces» posr défendre le pape et rÉgEae. I/envoyé de l'Empereur dédara fne ce monarfee avait déjà accepté ces conditions»

Les Etats évaaçelïfues s'étanc rassemblés à Smalkalde, décidèrent, le 30 jtmu fne le concile devait être dans une ville d'Allemagne, parce «pie cela avak été ainsi par des motif» importants dans pins km a recex de FEmpire: fne le concile devait être fibre-, et fne le pape ne ponvak y paraître comme juce*. mais senlement comme partie , attends fn*on y devait esammer si le pontife avak condamne de droit la ductrine nonveUe: fne si on vonlait fne les Etat» protestants s>agaçemssest devance à se conformer au décrets da concile, cehri-ri ne devait se laisser rendu» r daas ses sentence» par aacane

le pape, on ponr nae antre ntoi ité ko- S mam nmfnement par Técritare sainte. Les princes déclarèrent dn teste, fn en cas même fne le concile ne fit pas conmimê dTap«ès les principes ci d«.ja» énoncée , et fpw par conncfpent ■$ ne pnssent accepter tiïmce les Ottoman* no coma assemMee* ■» y farfumnÉ tonjoms Unen aawaaaaMmi^ l^e pape renvovn , dans ces rireoo- 1» fenmfc 4 dm temps pin» faioiafcka et f t poblftaNantt»* wedeHarmnm dams lafaeife il

•et ajoamemenc fne W roi de France

à la temn de cette

assemblée ecclésiastique. Immédiatement après, il arriva en Angleterre an événement fort douloureux pour l'Eglise catholique. Henri VIII avait répudié son épouse Catherine d'Aragon, et s'était remarié avec Anne Boulen (Boleyn). Mais le pape déclara, le 23 mars 1534-, ce nouveau mariage nul, et ordonna au roi de reprendre sur-le-champ sa première épouse, sous peine d'excommunication. Le procédé du pape piqua tellement Henri VIII que, ne consultant plus que sa passion et sa colère, il fit, par un acte du Parlement, abolir entièrement l'autorité et la juridiction du pape en Angleterre, et se déclara lui-même chef de l'Église anglicane. Telle est l'origine du schisme de l'Angleterre. Clément VII survécut peu de temps à cette révolution; il mourut le 25 septembre 1534, et eut pour successeur Alexandre Farnèse qui monta, le 23 octobre de la même année, sur le trône pontifical, sous le nom de Paul III.

A peine Charles - Quint fut -il arrivé en Espagne (1533), qu'il reçut l'avis, que le duc Ulric de Wurtemberg mettait tout en oeuvre auprès des princes protestants, pour rentrer en possession de son duché, dont l'Empereur avait investi son frère , le roi Ferdinand , dans la Diète d'Augsbourg, le 5 septembre 1530. Les intrigues d'Ulric furent même si heureuses qu'il engagea le landgrave Philippe de Hesse et le duc Henri le jeune de Brunswick à prendre hautement sa défense. Le landgrave de Hesse leva une bonne armée avec l'argent que lui donna le roi de France. Mais avant de se mettre en campagne, il publia un manifeste, où il disait que le prince Christophe, fils du duc Ulric, n'ayant pas eu part à la faute de son père, il était injuste qu'il fut compris dans la punition. Peu de temps après que ce manifeste eut été répandu, le landgrave Philippe, à la tête de 24,000 hommes, pénétra dans le dutihé de Wurtemberg et battit, le 13 mai 1534 près

de Laufen , l'armée de 12,000 hommes à pied et de 400 chevaux, qu'avait ramassée à la bâte le comte palatin Philippe, gouverneur du pays. L'Empereur et le roi des Romains étant persuadés, qu'en cas qu'ils voulussent venger par la force des armes cette violation de la paix publique, ils se verraient enveloppés dans une guerre avec les princes de la ligue de Smalkalde, et peut-être avec la France aussi , consentirent à entrer en négociation. L'électeur de Mayence et le duc Georges de Saxe se chargèrent de moyenner raccommodement qui fut conclu, le 29 juin 1534 à Kaaden en Bohème. Le roi des Romains consentit qui le duc Ulric rentrât en possession de son duché , mais ce fut à condition que lui et ses successeurs ne le posséderaient que comme un arrière-fief de la Maison d'Autricàe, et qu'à défaut d'héritiers mâles de la Maison de Wurtemberg, ce duché reviendrait à celle d'Autriche. En conséquence de cet accord , l'électeur de Saxe reconnut en son nom et en celui de la ligue protestante , Ferdinand pour roi des Romains. L'année suivante, le roi Ferdinand, en sa qualité d'archiduc d'Autriche, donna, le 9 août à Vienne, au duc Ulric avec grande solennité l'investit ure du pays de Wurtemberg. Le duc commença encore dans la même année à réformer l'Eglise dans son pays , et confisqua les fondations catholiques, pour payer les dettes qu'il avait dû contracter pour se remettre en possession de ses États.

La paix ayant été assurée pour quelque temps à l'Allemagne , Charles-Quint entreprit une expédition sur les côtes d'Afrique. Charadin, surnommé Rarberousse, qui régnait à Alger, avait mis son Etat sous la protection de Soliman II, qui l'avait nommé grand-amiral de la flotte ottomane. L'activité de Rarberousse augmenta par cette nouvelle dignité. Ses navires parcoururent les mers qui baignent l'Europe méridionale et occidentale, et donnèrent

la chasse aux vaisseaux chrétiens. De fréquentes descentes sur les côtes de l'Italie et de l'Espagne répandirent la terreur dans ces contrées. Bain, ce fameux corsaire agranr dit sa puissance par la conquête de Tunis, dont il chassa Muley Hassan, Souverain de ce pays. Le roi expulsé invoqua la protection de l'empereur Charles-Quint qui, voulant arrêter les progrès de Barberousse, lot déclara la guerre. La flotte chrétienne, forte d'au delà de cent gros vaisseaux et d'an nombre égal de bâtiments d'an moindre calibre , se rassembla à Cagliari en Sardaigne sous lès ordres de l'amiral Doria. L'armée de terre qui consistait en 30,000 hommes , parmi lesquels se trouvaient 12,000 cavaliers, avait pour chef le marquis del Vasto. L'Empereur, ayant mis à la voile le 14 juin 1535, débarqua dès le troisième jour dans le voisinage de la Goulette (à peu de distance de Tunis} , et commença aussitôt le siège de cette forteresse. Après une résistance opiniâtre , la place fut emportée d'assaut (le 14 juillet}, et la flotte barbares-» que, composée de dix-huit galères, outre un grand nombre de plus petits navires, et commandée par Barberousse luimême , tomba au pouvoir des Impériaux. Charles - Quint marcha ensuite sur Tunis, prit cette ville, le 21 juillet, et la livra au pillage. Vingt-deux mille captifs chrétiens recouvrèrent la liberté. L'Empereur rétablit Muley Hassan dans ses Etats, à condition que lui et ses successeurs seraient feudataires du royaume d'Espagne. Le traité, conclu le 6 août 1535, stipulait en outre, que Muley Hassan relâcherait tous les esclaves chrétiens qui se trouvaient dans son pays; qu'il accorderait la libre navigation aux sujets de l'Espagne et permettrait aux Chrétiens de s'établir dans ses États. L'Empereur conserva la Goulette avec un rayon de deux milles de circuit , et y laissa une garnison , pour l'entretien de laquelle Muley Hassan s'obligea à payer annuellement 12,000 florins d'or.

François I s'était montré, aussi après la paix de Cambrai, dans chaque occasion l'ennemi de Charles- Quint. H avait non-seuleraeat fait en 1533 on traité secret avec le pape Clément VU pour détruire l'influence de l'Empereur en Italie, et soutenu par de fortes sommes d'argent le landgrave de Hesse dans l'envahissement du pays de Wurtemberg, mais il entretenait encore une liaison fort intime avec le sultan, et excitait de toute manière les Protestants à des hostilités ouvertes contre le chef de l'Empire. Avec François Sforce , duc de Milan , il était d'intelligence depuis Tannée 1531. Un agent secret du roi se trouvait à la Cour de Milan. L'Empereur en fut informé, et somma en 1533 le duc de rendre compte de sa conduite. Sforce fut mis par là dans un embarras , d'où il ne sut autrement se tirer, qu'en faisant faire le procès et trancher la tête à Maraviglia , c'est le nom de l'agent secret, dont les gens venaient d'assommer dans une dispute, survenue par hasard, un camérier du duc de Milan. Le roi demanda alors à l'Empereur qu'il enjoignît au duc de Milan , comme son vassal , de donner satisfaction de l'outrage fait à la couronne de France dans la personne de son envoyé. Comme cette réclamation resta sans effet, François I fit des préparatifs pour une expédition en Lombardie. Mais étant convaincu que la France ne pourrait jamais s'affermir dans le Milanais , s'il n'existait entre les deux pays une communication non interrompue par un territoire étranger , il résolut de s'emparer du duché de Savoye. A ces fins, il demanda, au mois de mai 1535, le libre passage par ce pays pour l'armée destinée à marcher en Lombard ie. Le duc Charles de Savoye l'ayant refusé, le roi ordonna à l'amiral Brion Chabot d'entrer par force dans ce pays. Le duc Charles était frère de Louise, mère du roi de France; mais il vivait depuis longtemps en mauvaise intelligence avec François L Le

duc Charles , qui était marié avec Béatrice de Portugal, soeur de l'impératrice Isabelle , aurait aussi , à ce qu'on prétend, prêté en 1524- des sommes considérables au duc de Bourbon pour l'enrôlement des troupes qui aidèrent à vaincre les Français près de Pavie. Ensuite il avait acheté de l'Empereur le comté d'Asti, qui avait appartenu auparavant à la France, et Pavait réuni au Piémont. Enfin François I faisait aussi valoir les prétentions de sa mère Louise sur l'héritage de Savoye. Comme le duc ne s'était en aucune manière mis en garde contre une attaque aussi imprévue de la part de son neveu, les Français conquirent sans peine ses Etats, à l'exception de quelques forteresses piémontaises.

Le 25 octobre 1535, mourut le duc François Sforce. Ce prince n'ayant point laissé d'enfants, l'Empereur fit occuper par Antoine de Levé le duché de Milan, comme fief vacant de l'Empire. Mais le roi de France réclama ce pays, et prétendait qu'il n'avait renoncé, par la paix de Cambrai, au duché de Milan qu'en faveur de la famille de Sforce et que, celle-ci étant maintenant éteinte, les anciens droits de la France sur le Milanais rentraient en vigueur. Dans la conférence qui s'assembla relativement à cette affaire, l'Empereur, pour assurer la tranquillité en Italie , établit d'avance pour principe d'une convention, que Milan ne pourrait jamais être réuni à la couronne de France. Ce monarque ne voulait pas non plus que le second fils du roi , le prince d'Orléans , possédât Milan, parce que ce prince pouvait chercher un jour à faire valoir les prétentions de son épouse Catherine de Médicis , sur Florence et sur Urbino, et par là troubler la paix de l'Italie. En revanche , l'Empereur se montra disposé à céder Milan au duc d'Angoulème , troisième fils du roi de France. Par cette conduite modérée et désintéressée, Charles-Quint gagna la confiance des Italiens, tandis que François I , par ses démarches violentes contre le duc de

Savoye , avait excité la crainte et l'indignation ehefc les peuples de la péninsule. Ces sentiments s'accrurent encore lorsque le général français Annebaut, qui s'était avancé avec 800 lances , 1000 cavaliers et 23,000 fantassins par Suse, s'empara, le 13 avril 1536, de Tarin , capitale du Piémont.

L'Empereur, de son côté, avait fait les plus grands préparatifs pour arrêter les conquêtes des Français. Les corps qui avaient été employés à l'expédition d'Afrique, furent complétés, et on enrôla de nombreuses troupes de lansquenets en Allemagne. Dans les Pays-Bas , une armée se rassembla pour pénétrer de ce côté en France, dès que les hostilités viendraient à éclater. Les Vénitiens firent alliance avec l 'Empereur. Les Suisses promirent d'observer une stricte neutralité , et de ne pas accorder i la France la permission de recruter dans leur pays. Dans ces intervalles, le gouverneur impérial de Milan, Antoine de Levé , avait déjà, au mois de mars 1536, prêté un secours efficace au duc de Savoye contre les Français. Il avait renforcé la garnison de Vercelli, où ce prince s'était retiré, et avait pris avec un corps de 12,000 hommes d'infanterie et de 600 chevaux, une position qui empêchait les généraux Annebaut et Brion de s'avancer plus loin dans le pays.

Le 5 avril (1536) , Charles-Quint quitta la Sicile, où il s'était rendu après son expédition d'Afrique , et alla à Rome où il fut suivi par des ambassadeurs français, qui demandèrent une réponse décisive sur la question milanaise. Le 17 avril , dans une grande assemblée , à laquelle assistèrent le pape, les cardinaux et tous les princes, seigneurs et envoyés qui se trouvaient à Rome, l'Empereur peignit la conduite toujours également astucieuse qu'avait tenue François I pendant une longue suite d'années , se plaignit de son avidité de pays , ainsi que

des moyens illégaux qu'il employait pour venir à bout de ses projets , et se déclara encore prêt à abandonner le duché de Milan au duc d'Angoulème. Le 18 avril, Charles - Quint partit de Rome pour Sienne , ou parut le cardinal de Lorraine pour proposer un accommodement, au nom du roi de France. Mais comme ce monarque persistait à demander qu'on donnât Milan au duc d'Orléans, les négociations furent rompues.

L'armée impériale, qui était composée de troupes espagnoles, italiennes et allemandes, comptait 40,000 hommes à pied et 10,000 cavaliers. Le 6 mai , l'Empereur arriva à l'armée , dont Antoine de Levé était le général en chef. Sous ce grand capitaine commandaient le marquis del Vasto, le duc d'Albe et Ferdinand Gonzague. L'armée française, sous les ordres de l'amiral Brion, était campée près de Vercelli. Les cantons catholiques del'Helvétie avaient rappelé les Suisses qui servaient dans cette armée , parce qu'ils ne voulaient pas les employer contre leur allié , le duc de Savoye. Le roi ordonna à l'amiral de bien garnir les forteresses piémontaises, de laisser le margrave de Saluce avec un corps volant pour couvrir le pays ouvert, et de marcher avec les autres troupes en Dauphiné. Antoine de Levé commença le siège de Fossano , occupé par les Français , qui se rendit le 6 juillet. A Asti, l'Empereur reçut la nouvelle, que le margrave de Saluce avait abandonné le parti français et s'était déclaré pour lui.

Ces deux événements favorables engagèrent Charles-Quint à entreprendre une expédition au delà des Alpes , dans la France méridionale. Il espérait de cette diversion un succès d'autant plus décisif, que deux corps d'année impériaux devaient en même temps faire une invasion en Picardie et en Champagne. La régente des Pays-Bas et le roi Ferdinand avaient reçu de grandes

sommes d'argent, pour mettre sur pied les troupes nécessaires à ces opérations. C'est pourquoi aussi l'Empereur ne voulut pas attendre qu'on eût enlevé auparavant Turin aux Français; mais il se mit en marche pour Nice, où il arriva le 25 juillet. À la tête de 50,000 hommes, Charles-Quint pénétra en Provence, tandis que l'amiral Doria parut avec la flotte sur les côtes de cette province. L'Empereur désirait livrer aux Français une bataille générale qu'il espérait bien certainement de gagner , vu la grande supériorité de ses forces. Mais le roi se borna par la même raison à la défensive. Il fit occuper par le maréchal de Montmorenci un camp près d'Avignon, lequel était couvert par le Rhône et laDurance et fortement retranché. Avec un autre corps de troupes le roi lui-même campa sur les bords du Rhône près de Valence. Marseille et Arles reçurent de bonnes garnisons; mais Antibes, Fréjus, Tarascon et Beaucaire ne furent que faiblement garnis , et on rasa les fortifications des autres places qui pouvaient être attaquées les premières par l'armée impériale. De tous les endroits de cette contrée les vivres avaient été enlevés ou détruits ; on avait brûlé les moulins et les fours , encombré les puits, et conduit les habitants avec leurs troupeaux et leurs effets les plus précieux plus avant dans le pays, derrière la ligne de défense de l'armée française. Depuis les Alpes jusqu'à Marseille, et depuis la côte de la mer jusqu'aux frontières du Dauphiné , le pays était converti en désert.

Antibes se rendit aux Impériaux sans résistance. Fréjus fut réduit par la flotte , après une courte défense. L'Empereur s'avança sur Aix , où Tannée s'arrêta près de quatre semaines. Cependant la contrée environnante était dévastée dans une fort grande étendue. Le Piémont et la Savoye, entièrement épuisés, se trouvaient égatttflt hors d'état de fournir des vivres à IVi-m^ ~* u

lotte , chargée de provisions en abondance , était empêchée par des vents contraires de s'approcher des côtes* Le camp des Français près d'Avignon était si bien fortifié par la nature et par l'art , qu'on ne pouvait l'attaquer tans sacrifier une quantité infinie de troupes. Afin d'attirer le maréchal de Montmorenci hors de cette position, l'Empereur commença, le 25 août, le siège de Marseille et menaça en même temps Arles. Ce monarque espérait ainsi engager les Français à un combat décisif. Mais les deux armées françaises restèrent immobiles dans les postions qu'elles occupaient. Les attaques sur Marseille l'eurent aucun succès. Les paysans , réduits au désespoir, s'étaient armés et interceptèrent les transports de vivres, d'ailleurs assez rares. La famine s'accrut d'une manière effrayante dans le camp impérial, et occasionna des maladies épidémiques qui moissonnèrent près de 20,000 hommes, parmi lesquels se trouvait le commandant en chef, Antoine de Levé. Le 10 septembre , l'Empereur se vit obligé de se mettre en marche pour retourner en Italie. François I ne put le poursuivre, attendu qu'une nouvelle invasion des Impériaux en Picardie menaçait Peronne du plus grand danger , et qu'il était urgent d'y envoyer des secours. A Nice , l'Empereur conféra le commandement général au marquis del Vasto ; après quoi il s'embarqua à Gènes , et fit voile en novembre vers Barcelone.

Pendant que la principale force impériale opérait en Provence, le général Jacques de Médicis et le margrave de Saluce avaient enlevé aux Français différentes petites places en Piémont. Ensuite ils assiégèrent Turin avec 10,000 hommes. Sur ces entrefaites, les généraux français Kangone et Pierre Strozzi, après avoir vainement tenté de prendre Gènes par un coup de main , conquirent Carignan, Raconniggi et Carmagnole, par où les Impériaux se virent obligés de lever le siège de Turin. À la

fin du mois de septembre, le roi de France donna le commandement de ses troupes en Italie an général Burie. Celui-ci surprit Casale , mais il fut battu et fait prisonnier par le marquis del Vasto, qui était déjà arrivé de Nice; Casale fut reconquis. Au mois d'octobre , les Impériaux entreprirent encore une attaque contre le Languedoc. La flotte alliée inquiéta les côtes de cette province , tandis qu'une colonne espagnole s'avança du Roussillon sur Narbonne, et une seconde sur Carcassone. Sur tous ces points les Impériaux furent contraints à la retraite par la supériorité numérique des Français.

La troisième armée de l'Empereur s'était rassemblée dans les Pays-Bas. Elle était forte de 20,000 hommes d'infanterie et de 6000 chevaux. Le comte Henri de Nassau et Adrien de Roeulx la conduisirent en Picardie, enlevèrent les villes de Bray et de Guise, et ravagèrent le pays. Ensuite ils assiégèrent Peronne. Mais ils furent repoussés dans trois assauts qu'ils entreprirent contre cette forteresse. Un corps de troupes françaises étant venue en septembre au secours de la place, le conte de Nassau se retira dans l'Artois , et Roeulx à Cambrai. L'entreprise en Champagne aurait dû être exécutée par l'armée de l'Empire ; mais le roi de France vint à bout, par les intrigues de son envoyé du Bellay, à engager les princes d'Allemagne à garder chez eux les contingents es troupes qu'ils avaient promis , dans la Diète de Worms en 1535 , de fournir au roi Ferdinand j en sorte qu'il ne se forma point d'armée germanique, et que l'invasion de la Champagne n'eut pas lieu.

La France, à cette époque, fut jetée dans une grande consternation par la mort subite du Dauphin qui termina sa vie à Tournon, au mois d'août 1536. Au commencement de l'année suivante, François fit jouer par son parlement à Paris une comédie politique. L'Empereur fut

accusé par Pavotfat général en séance publique d'avoir violé la paix de Cambrai, fl avait par conséquent, disait-* on, perdu la dispense , qui lui avait été accordée dans ce traité , de prêter l'hommage dû à la couronne de France pour la Flandre et l'Artois. Comme feudataire de la France, V Empereur s'était, prétendait-on, rendu coupable de rébellion, parce qu'il avait pris les armes contre le roi , son suzerain. Charles-Quint fut cité par un héraut, qui parut sur les frontières des Pays-Bas, devant le parlement pour rendre compte de sa conduite ; comme ce monarque méprisait trop cette farce pour envoyer un plénipotentiaire dans une telle affaire à Paris, on le déclara par un arrêt du parlement déchu de ses fiefs, la Flandre et l'Artois, et la réunion de ces deux provinces au royaume de France fut prononcée.

La guerre dans cette année (15373 fut surtout continuée dans les Pays - Bas avec la plus grande vivacité. Le roi François pénétra , au mois de mars , avec 25,000 hommes dans l'Artois et conquit Hesdin , Saint- Paul, Lillërs, Saint -Venant et plusieurs autres endroits. Mais les Impériaux, sous les ordres de Buren, reprirent, le 15 juin, Saint - Paul d'assaut , s'emparèrent de Montreuil et assiégèrent Térouanne - sur - la - Lys. Le duc d'Orléans, alors devenu Dauphin, et le maréchal de Montmorenci s'avancèrent au secours de la place , et on était sur le point de livrer une bataille décisive. Mais la gouvernante Marie et la reine Éléonore avaient ménagé une trêve de dix mois pour la Picardie et les Pays - Bas. Par suite de cette convention, qui fut signée le 30 juillet, les troupes impériales levèrent le siège de Térouanne. En Piémont le marquis del Vasto conquit dans les mois d'août et de septembre Chiari, Cherasco, Arbe et Carmagnole. Mais le Dauphin et Montmorenci étant arrivés avec des troupes fraîches , et ayant approvisionné Turin,

del Vasto se replia sur Asti. Enfin, le 16 novembre 1537, on conclut aussi une suspension d'armes pour l'Italie , le Dauphiné et la Provence* Cette trêve , dont la durée avait été fixée à trois mois , fut ensuite prolongée jusqu'au 1 juin 1538 , afin qu'on eût le temps de traiter de la paix définitive.

Le roi de France s'était en 1536 formellement allié avec le sultan Soliman II contre l'Empereur , ensuite de quoi les Turcs s'avancèrent non-seulement en Hongrie, Tan 1537 , mais iuquiétèrent aussi les côtes napolitaines. Le pape Paul III, craignant que les Mahométans ne vinssent fondre aussi sur la basse Italie, conclut, le 8 1538, avec l'Empereur, le roi Ferdinand et les une alliance défensive contre la Turquie. Les convinrent d'armer jusqu'à la fin du mois de mars trois cents galères et cent autres navires. Le souverain pontife travailla ensuite avec grand zèle à rétablir la paix» Sur son invitation, l'Empereur et le roi François se rendirent, vers la fin de mai, à Villafranca, non loin de Nice. Mais l'animosité réciproque de ces deux princes était encore si grande, qu'ils ne se parlèrent, ni se virent pendant tout le temps qu'ils se trouvèrent dans le même endroit. Le pape négocia en personne entre les monarques ennemis et les engagea, le 18 juin, à conclure une trêve de dix ans, pendant laquelle toutes les affaires devaient être laissées dans l'état où elles se trouvaient présentement. Les Souverains avaient ensuite quitté Nice. François s'était rendu à Avignon , et le pape et l'Empereur étaient allés à Gènes. Là, Charles-Quint reçut ut message de la part de François I qui l'invitait à s'arrêter, j en retournant par mer en Espagne, sur les côtes de l France, pour avoir ensemble une conférence qui effectuerait une parfaite réconciliation. La reine Eléonore avait, par de pressantes prières, persuadé son époux à

»ette démarche. L'entrevue eut lien à Aiguë -Mortes,

le 14, 15 et 16 juillet 1538. En effet, par ce pourparler de

trois jours tout germe de méfiance semblait être extirpé

lans l'esprit de ces deux grands monarques. François

donna à l'Empereur les plus fortes assurances de son

Amitié, et promit de rompre toute communication avec les

Turcs, aussitôt que le temps qu'avait encore à durer

l'alliance avec le sultan, serait expiré. L'Empereur con-

Bcraa cette convention, Fan 1539, par un acte expédié

ï Tolède le 1 février. Charles - Quint avait, à cette

époque, particulièrement obligé le pape Paul III, en

mariant sa fille , l'archiduchesse Marguerite , veuve

l'Alexandre M édicis, assassiné Fan 1537, avec le petit-*

ils du pontife, Octave Farnèse, fils de Pierre -Louis

Farnèse , duc de Castro.

lia ligue de Smalkalde, dont la durée avait été fixée

jusqu'au mois de février 1537, fut prolongée en décembre

1535 pour dix ans. Le nouvel acte de fédération -fut

signé à Smalkalde, le 29 septembre de l'année suivante.

A cette ligue avaient accédé, Fan 1531, les nouveaux

membres suivants : le duc Ulric de Wurtemberg, les ducs

Barnim et Philippe de Poméranie , trois princes d'Anhalt,

les villes d'Augsbourg, de Francfort, de Kempten,

(THannovre, d'Hambourg, deMinden, d'Esslingue, de

Brunswick , de Goslar , de Gœttingue et d'Einbeck. La

constitution de la ligue fut formellement organisée. Une

armée permanente de 10,000 hommes à pied et de 2000

chevaux devait être entretenue à frais communs. Depuis

l'année 1535 des délégués français et anglais avaient

négocié sans cesse avec la ligue de Smalkalde. Le 5

octobre 1536, le roi Chrétien III de Danemark conclut

lussi avec les princes évangéliques une alliance, tendante

i maintenir leurs opinions religieuses.

Dans l'assemblée de Smalkalde en février 1537,

l'Empereur fit déclarer aux États protestants , qu'il avait depuis longtemps donné Tordre à la Chambre impériale de ne pas s'occuper d'affaires de religion et de procès qui y avaient rapport. Mais la demande que firent les Etats de laisser participer aussi aux bienfaits de cette convention leurs coreligionnaires, qui n'étaient entrés dans l'Union qu'après que la paix de religion de Nuremberg eut été conclue, fut rejetée, comme n'étant pas équitable. Enfin, l'Empereur fit inviter les États protestants à reconnaître , sans s'y opposer plus longtemps , le concile que le pape avait convoqué à Mantoue le 23 mai 1537 , et de se trouver présents dans cette assemblée. Mais ils persistèrent dans toutes leurs prétentions. Us refusèrent en outre à l'Empereur , tant qu'il ne remplirait pas leurs demandes, tout soutien dans la guerre turque , comme aussi le payement de leur quotité pour l'entretien de la Chambre impériale. Ils publièrent vers le même temps mie confession de Foi, composée en partie par Luther luimême , en partie par d'autres théologiens évangéliques, et appelée les articles de Smalkalde^ qui éclaircissaiest tous les points de religion, dans lesquels la nouvelle doctrine différait de l'ancienne Foi catholique. Ces articles furent signés le 2 février 1537. Le souverain pontife, qui avait remis la tenue du concile au 1 novembre 1537, désigna bientôt après Vicence pour lieu de cette assemblée et en fixa l'ouverture au 1 mai de Tannée suivante. Pendant ce temps-là, le vice-chancelier de l'Empire Held avait activement travaillé en Allemagne à la formation d'une ligne catholique, qui devait contre -balancer l'union évangélique de Smalkalde. Cette confédération fitf effectivement conclue pour onze ans à Nuremberg, le 10 mai 1538, et appelée la Ligue sainte. Les membres es furent: l'Empereur, le roi Ferdinand, rélecteur de May* ence, comme archevêque de Magdebourg et évêque

d'Halbèrstadt, l'archevêque de Salzbovg, les dues Guillaume et Louis de Bavière, Georges de Saxe, Eric Faîne de Brunswick-» Callenberg, et Henri le jeune de Brunswick - WolfenbutteL Cette ligue aussi eut son règlement y des colonels et conseillers , et sa caisse mi* titaire commune.

Aptes la trêve conclue à Nice, les rois de France et d'Angleterre, qui avaient pendant plusieurs années incité les États protestants contre l'Empereur, et leur avaient fait les promesses les plus brillantes, abandonnèrent les confédérés Smalkaldiens. En revanche , le roi Chrétien III de Danemark entra, le 9 avril 1538, dans la ligue pour neuf ans. La nouvelle doctrine gagnait toujours plus d'adhérents. Dès Tannée 1536, l'électeur Herman de Cologne introduisit la réformation dans son pays. Dans les années suivantes , l'électeur Joachim II de Brandebourg et le duc Henri de Saxe et de Misnie (après la mort de son père Georges , arrivée au mois d'avril 1539}, puis les évoques de Lubeck, de Camin, de Scbwerin et plusieurs autres, suivirent cet exemple. lia force du parti protestant s'accrut encore considérablement par la réunion des Luthériens et ZwingHens qui s'étaient accordés, le 29 mai 1536, sur les points de religion dans lesquels ils avaient différé les uns des autres. Deux ans d'après (1538), les Suisses protestants accédèrent aussi & ce traité.

lies deux compétiteurs au trône de Hongrie continuaient k se faire la guerre avec des succès variés* Enfin Ferdinand ayant peu d'espoir , faute d'appui , de remporter sur son adversaire , qui était maître de la plus grande partie du royaume et avait pour soutien les forces ottomanes, et Jean Zapotya, las d'être l'esclave de l'altier Soliman, tous les deux d'ailleurs persuadés que* le sultan n'alimentait leur inimitié que pour s'emparer

du pays, aux dépens des deux rivaux, prirent la sage résolution de mettre fin à leur longue querelle. En conséquence, l'ambassadeur impérial, l'archevêque Lund , et le plénipotentiaire de Ferdinand, le généra) Léonard Fels avaient conclu, le 28 février 1538 au Grand -Waradin, avec les commissaires de Zapolya une transaction , par laquelle Charles-Quint et Ferdinand, son frère, reconnurent Jean Zapolya pour roi. Ils contractèrent avec ce prince une alliance , pour protéger la Hongrie contre les Turcs, et reconquérir la forteresse de Belgrade. Le roi des Romains et Zapolya renoncèrent à toutes les alliances étrangères, dirigées réciproquement contre l'un et l'autre. Charles et Ferdinand consentirent en outre à laisser à Zapolya la Transylvanie, et la partie du royaume de Hongrie dont il était alors en possession. En revanche, Ferdinand conserva TEsclavonie et les coroitats de Hongrie , occupés par ses troupes ou partisans. On convint qu'après la mort de Jean tout le territoire, temporairement cédé à ce prince, retournerait au roi Ferdinand et que, si Zapolya laissait un fils, celui-ci n'aurait que le comté de Zips avec le titre de duc , et en outre les biens patrimoniaux qui étaient fort considérables. Il hit aussi réglé que, si Jean venait à mourir sans postérité, il pourrait librement disposer de la moitié de ces domaines, qui devait passer à son épouse , en cas qu'elle lui survécût. Une amnistie pour les partisans réciproques, l'élargissement des prisonniers , la cessation des faides particulières et la répression des entreprises révolutionnaires, furent également stipulés dans ce traité de pacification.

Cette convention devait être tenue secrète encore pendant quelque temps, et surtout rester cachée à la Cour de Constantinople , afin de ne pas l'exciter à une attaque contre la Hongrie. Mais le sultan en fut cependant bientôt informé et en ressentit une furieuse colère. U fit

sitôt rassembler une armée , pour fondre de nouveau la Hongrie. Il publia, il est vrai, que cette démonition hostile était dirigée contre le vayvode Pierre de Idavie ; mais Zapolya ne prit point le change et se para à une vigoureuse résistance. Il vint à bout de mer une armée de 60,000 hommes. Le roi Ferdinand promit 13,000 hommes de troupes auxiliaires, dont * partie se mit effectivement en marche pour rejoindre née de Zapolya. Les Turcs avaient pris Dubitza en Mtiie; mais en revanche le ban Thomas Nadasdy s'était du maître de Jessenowatz dans la même province, liman lui-même conquit en 1538 la Moldavie. Le vayle Pierre se sauva en Hongrie , dans son château de icso, et lé sultan conféra la vay vodie à Etienne , frère prince expulsé. Ensuite Soliman somma Zapolya de rendre compte de ses armements. Ce dernier , huilé par les succès du sultan , chercha à l'apaiser par de iodes sommes d'argent et par la promesse de lui payer tribut annuel. Il ordonna même d'assiéger le voyvode ;rre dans son château, et l'y fit dans la suite prisonr. Ce fut par crainte de la vengeance de Soliman, que polya remettait toujours la publication du traité conclu ic Ferdinand, sur laquelle ce monarque insistait sériement

Dans cette année, le roi Ferdinand demanda aux États 'Allemagne en général, et à quelques princes en partiier, des secours contre les Ottomans. Pour satisfaire réclamations des Protestants et les disposer à prêter tistance au roi des Romains , on conclut , le 19 avril 19 à Francfort , un parfait armistice pour quinze mois re les deux partis de religion. Les procès de la Chamimpériale furent aussi suspendus pendant ce temps-là. puis la conclusion du traité de Nice , l'Empereur avait ouvé différents revers. Ses troupes, qui avaient à

prétendre des arrérages de solde notables , s'étaient matinées. En Lombardie, et à Naples surtout, les excès avaient atteint nn haut degré. Après que les soudoyers eurent enfin reçu leur payement et que la tranquillité est été rétablie , la plus grande partie de ces troupes turbulentes furent congédiées, et Ton ne garda sous les drapeaux que le nombre de soldats nécessaire pour les garnisons.

Afin de se procurer les sommes dont il avait indispensablement besoin, pour subvenir aux pressantes nécessités de l'Etat , Charles - Quint avait proposé aux États de la Castille, assemblés à Tolède, d'introduire un nouvel impôt sur les marchandises. Mais ils refusèrent d'acquiescer à la demande de l'Empereur. Pareille chose arriva dans les Pays-Bas. La gouvernante Marie avait, en 1536 , convoqué les Etats provinciaux , et leur avait demandé des subsides pour les armements contre la France. Mais les Gantois , craignant le déclin de leur commerce très-florissant avec ce royaume , se déclarèrent contre la guerre et refusèrent de payer leur quote-part dans la subvention. Ils prirent bientôt après les armes, et offrirent en 1537 au roi de France de se soumettre à sa domination. Mais la trêve de Bommy ayant été conclue vers le même temps, François I rejeta les propositions des rebelles et découvrit même celles-ci à l'Empereur. Comme les troubles des Pays - Bas continuèrent dans les années suivantes, et que la présence de l'Empereur y devint instamment nécessaire , le roi de France accorda à Charles-Quint le passage par son royaume, cette route étant plus sûre , plus commode et plus courte que toutes 1m autres, pour se rendre d'Espagne aux Pays-Bas. Dana son voyage de Bayonne par Paris à Valenciennes, M hiver 1539 — 1540, Charles reçut tous les honneurs IMJWes de la part de la famille royale.

Les bourgeois de Garni se soumirent et l'Empereur y fit son entrée , le 24 février 1540. Il ôta à cette ville séditieuse tous ses droits et privilèges , la condamn» à une forte amende qui fut employée à la construction d'une citadelle, dominant la ville, et lui imposa une contribution pour l'entretien de la garnison de ce château* Quel* ques fauteurs de la révolte eurent la tête tranchée ,. et les autres furent bannis.

Le duc Charles Egmont de Gueldre et de Zutphen avait diversement violé la paix > conclue avec l'Empereur à Grave le 15 décembre 1536. En automne de Tannée suivante, il chercha à persuader les Etats provinciaux, assemblés à Arnheim, d'assurer après sa mort la succession de ses pays au roi de France. Les Etats s'opposèrent d'abord sérieusement à cette proposition , et des hostilités eurent même lieu entre eux et le duc Mais vers la fin de janvier 1538, ils transportèrent , d'accord avec le duc, la succession à Guillaume , prince héréditaire de Juliers qui , après la mort de Charles Egmont, arrivée le 30 juin de la même année , prit effectivement possession de la Gueldre et de Zutphen. Le 4 février 1539, Guillaume parvint aussi par la mort de son père Jean au gouverne-* ment de Juliers et de Cléves. Au mois de mai 1540, le duc Guillaume avait essayé de faire un arrangement avec l'Empereur; mais cette démarche n'ayant pas eu l'effet désiré, il s'allia en juillet 1540 avec le roi de France.

Pendant son séjour «dans les Pays-Bas, Charles- Quint travailla avec un zèle fort actif à la réconciliation des deux partis de religion. Dans ce dessein il envoya, au mois de mars 1540, des plénipotentiaires à l'assemblée des Protestants à Smalkalde, et accorda la tenue de conférences religieuses (Religion*ge$prâché). Elles commencèrent en janvier 1541 à Wormsj mais elles

furent interrompues au bout 4e quelques p** ** férées à la Diète de Ratisboune que remplir» ouvrit lui-même, le 5 avril suivant. Les théologien» ques s*accordèrcat , àU vérité» sur suelqaei articles Foi; mais ils caUèicatpar rapporta ▼ire qucreBe • fie la négociation fui (Te 22 mai> As mois d* août, l'Empereur se renfit es toute diligence par le Tyrol en Italie» Après avoir visité Mita» et Gènes, fl arriva le 10 septembre à Lnsques, ou 1 est sse entrevue avec le pape. Cbnrles pressa vivement le postife de tenir eais le concile attend* depuis si longtemps» ponr faire cesser la division qui affligeait rÉgfoe.

Dam le conrs de la mm année, Cbarles-Quist

de nonreaa ses âmes costre les Etals barbares- Le fameux Cbairadin Barberousse faisait depnis

ravager par de fréquentes invasions les côtes de » et inquiéter par ses armateurs la navigation la mer méditerraaée ; ce qui cansak an tort si sensible an commerce espagnol» qne l'Empereur résolut d'attaquer et de détruire Alger» le repaire de ces brigands» Es conséquence» le vice-roi de Sicile sortit avec sept galères et cent- cinquante antres navires» des ports de ce rovaume et it voile vers Majorque» Charles - Quint a'emharqua» le 28 septembre 1541 » sur r escadre «TAndré Doria* forte de trente-sept galères» et navigua vers la •atme île» La lotte espagnole» qui comptait cent cinquante voiles, se rendit de Malaga directesMut à Alger, aè toute la force navale se trouva réunie» le 20 octobre. «Uo our-hndemain, 2&JU0O hmmri débarquèrent dans le VOitteago dTAIger» JL Empereur sr avança avec cette MOtWtar la vile qui notait défendu* que pur 800 Turcs » MQO Mu»; Ufterag? épouvantable ? qui s'éleva an

*4* Isa fcoapea rinétiesmm s'approchaient de la

place, et les rendait incapables au combat, favorisa la sortie que firent les Algériens, le 24 du même mois. Des tempêtes furieuses qui détruisirent une partie de la flotte, ainsi que le manque de vivres et de munitions, contraignirent l'Empereur à se retirer au cap de Matafuz, situé a trois marches d'Alger. Les troupes furent rembarquées à Matafus, où la tempête avait poussé les vaisseaux échappés à sa fureur. Immédiatement après, de nouvelles tempêtes dispersèrent la flotte. Charles - Quint n'entra que le 1 décembre dans le port de Carthagène.

En Hongrie , le mariage de Jean Zapolya avec Isabelle , fille du roi Sigismond de Pologne , avait été célébré le 29 janvier 1539 , et la princesse avait été couronnée reine à Albe - Royale , le 2 février suivant* Zapolya refusait toujours de publier la paix du Grand- Waradin. De petites vexations, qui commençaient a avoir lieu entre les partisans de Ferdinand et ceux de Zapolya, aigrissaient de nouveau les deux partis. Une commission, établie à Strigonie par les deux rois, devait accommoder tous les points contentieux ; mais la mésintelligence prenait chaque jour un caractère plus sérieux; des guerres particulières et courses déprédatrices des vassaux et des commandants militaires troublaient le calme intérieur et la sûreté du pays. Zapolya envoya au sultan, à l'Empereur, aux rois de Pologne et de France des ambassadeurs, qui devaient partout l'excuser, le justifier et demander du secours. En février 1540, Zapolya livra effectivement Pierre de Moldavie au sultan , auprès duquel il intercéda toutefois pour faire rétablir le prince dans sa vayvodie. Les deux vayvodes de Transylvanie Etienne Mailath et Bmméric Balassa, avaient gagné les Saxons et les Sseklers pour le roi Ferdinand, et travaillaient maintenant à engager tout le pays à se soulever contre Zapolya. Mais ce prince marcha en toute hâte avec un

nombreux corps d'armée en Transylvanie , proscrivit les -vay vodes , enleva leurs châteaux et punit leurs partisans. Le 7 juillet 1540, naquit à Jean Zapolya à Bude un fils, qu'il n'eut pas le bonheur d'embrasser; car il mourut i Muhlenbach en Transylvanie, le 21 du même mois. Zapolya n'était point fait pour le trône , où il s'était laissé conduire par des seigneurs ambitieux qui voulaient gouverner sous son nom. Il choisit pour protecteur l'ennemi de sa religion, et plongea par là sa patrie dans un gouffre de misères. Par son testament, il nomma l'évéque Georges Martinuzzi du Grand- Warad in premier ministre et régent en Transylvanie , et Pierre Petrovits comte de Témeswar et commandant en chef, mais les avait désignés tous les deux pour tuteurs de son fils. Ces seigneurs envoyèrent aussitôt le tribut à Constantinople, et sollicitèrent le sultan de reconnaître le fils de Zapolya, qui reçut au baptême le nom de Jean-Sigi*mond, pour roi de Hongrie. Soliman ayant donné, le 27 octobre 1540 , cette confirmation , les tuteurs du jeune prince le firent proclamer roi dans une assemblée tenue dans la plaine de Rakos. Mais une partie des magnats de Hongrie insistèrent sur l'accomplissement de la condition de paix, en vertu de laquelle le royaume tout entier devait maintenant appartenir au roi Ferdinand. En Transylvanie, on tint en septembre une Diète à Schœsbourg , dans laquelle les partisans de Ferdinand , Mailàth et Balassa, furent nommés capitaines du pays. Le général autrichien, Léonard Fels , arriva , vers le milieu du mois d'octobre, avec un corps d'armée devant Bude. Mais ayant investi en vain pendant quatre semaines la place, il renonça i cette entreprise, et occupa en revanche Pesth , Waitzeo, Visségrade et Albe - Royale. Le pape déclara, par un bref du 3 octobre, Ferdinand seul et unique roi de Hongrie. Le père de la reine Isabelle, Sigismond de Pologne,

lui-même conseilla de faire un arrangement et d'accomplir le traité du Graud-Waradin. Quoique Martinuzzi sommât alors la reine de maintenir la couronne pour son fils, et de s'unir fermement au sultan, Isabelle, princesse aussi distinguée par ses vertus et ses talents que par ses grâces et sa beauté, fit cependant en 15*1 nouer secrètement des négociations avec Ferdinand , pour céder à ce prince la ville deBude et tout le royaume. Mais Soliman déclara vouloir conserver la couronne de Hongrie â la famille de Zapolya qu'il nommait son allié, son ami. Les pacha* de Belgrade et de Croatie entrèrent par son ordre en Hongrie , avant le commencement de l'hiver et conquirent Wakzen, mais assiégèrent la ville de Pesth en vain.

Dans la Diète â Ratisbonne, en juin 1541, les Etats de F Allemagne assurèrent au Roi des secours contre le» Turcs $ et le comte Frédéric de Furstenberg fut désigné pour conduire les troupes auxiliaires en Hongrie. Dès le commencement du mois de juin , le général de Ferdinand, Guillaume de Roggendorf , avait paru devant Bude. On était convenu avec la reine Isabelle et les ambassadeurs polonais, de remettre la ville aux troupes du roi Ferdinand, dans la nuit du 10 juin. Mais Martinuzzi découvrit ce dessein et le fit échouer. On commença le siège de la place. Mais au bout de huit semaines , Roggendorf fut obligé d'abandonner cette entreprise, le sultan étant arrivé, â la tête d'une armée nombreuse, dans le voisinage, pour délivrer la capitale. Roggendorf, voyant son armée presque enveloppée par les Ottomans, se retira, le 22 août , avec perte de son artillerie et d'une grande partie de son infanterie , au delà du Danube â Pesth , et de là plus loin dans l'île de Schutt , où il mourut de ses blessures. Pesth se soumit aux Turcs. Le roi Ferdinand se rendit en toute hâte de Vienne à Linz , pour accélérer la marche des troupes de l'Empire, tandis que Léonard Fels ralliait près de Presbourg les restes de l'armée.

Le sultan s'empara, le 2 septembre, de Bade par ruse, et prescrivit alors les conditions d'un traité , par lequel Isabelle et son fils conservèrent la Transylvanie, les comitats jusqu'à la Teisse et le bannat de Témeswar. Soliman prit pour lui Bude , avec un district entre le Danube et la Teisse qui fut converti en un Sandschakat turc Toutefois il promit de rendre ce territoire à Jean-Sigismond , dès qu'il serait majeur , et de le reconnaître alors pour roi de toute la Hongrie. Ferdinand fit offrir au sultan de lui payer annuellement les mêmes sommes , que celles qu'il avait reçues de Zapolya , s'il voulait lui remettre tout le royaume. Mais Soliman rejeta cette proposition et fit dévaster, immédiatement après, les terres frontières de l'Autriche. En Transylvanie, Mailath avait été pendant ce temps-là assiégé dans Forgâras par les Turcs et les Moldaves , qui le firent prisonnier par ruse. Il termina sa vie dans les sept tours à Constantinople.

Georges Martinuzzi cependant entra alors en négociation avec Ferdinand. Isabelle et son père , le roi de Pologne , désirant s'arranger avec Ferdinand , on conclut un traité sur les mêmes bases que la paix du Grand- Waradin. On devait avant tout mettre Jean-Sigismond en jouissance du pays de Zips, et assurer à Isabelle une pension de 12,000 florins d'or. Il fut réglé , qu'après la remise du château de Zips, Isabelle livrerait la couronne de Saint-Etienne au roi Ferdinand , et ferait évacuer les districts de Hongrie dont elle était en possession , comme aussi la Transylvanie. lies points , qui concernaient les biens patrimoniaux et les domiciles affectés au douaire de la reine, devaient ensuite être accomplis dans le terme de deux ans, par l'entremise de l'Empereur et du roi de Pologne* Mais Martinuzzi, homme avare et ambitieux, différa U ratification de ce traité par Isabelle jusqu'à l'été ^▼ant, afin d'avoir encore toujours les mains libres pour

arranger ses plans de manière à pouvoir satisfaire ta mieux son intérêt personnel.

Le 9 février 1542 , le roi Ferdinand ouvrit la Diète que l'Empereur avait convoquée à Spire , et demanda des secours contre les Turcs. Les Protestants obtinrent , lé 10 avril , une prolongation de la paix de religion de Ra~ tisbonne pour cinq ans entiers après la fin des entreprises, qu'on allait faire contre les Mahométans, ainsi que le droit des visites de la Chambre impériale. Lorsque le légat du pape proposa d'ouvrir , le 15 août de la même année , le concile général à Trente , et que cette ville eut aussi été acceptée par le Roi et les États catholiques, les Protes«* tants déclarèrent qu'ils ne se soumettraient jamais à un concile indiqué par le pape ; mais que c'était l'Empereur qui devait le convoquer. Malgré cette protestation, le souverain pontife fixa par une bulle du 29 juin l'ouverture du concile au mois de novembre. Le 10 avril , on dressa le reces de l'Empire, qui accordait des secours contre les Turcs durant deux ans , nommait l'électeur Joachim de Brandebourg général en chef de l'armée germanique et établissait une taxe sur les biens par toute l'Allemagne, pour subvenir aux frais de la guerre. Les intrigues des ambassadeurs français, qui cherchèrent à détourner les Etala de la guerre turque , n'avaient à la vérité pu empêcher ces résolutions énergiques; mais les Etats de l'Empire montrèrent dans l'accomplissement de leurs pro* messes l'ancienne lenteur accoutumée. Quelques-uns envoyèrent un trop petit nombre de gens de guerre, et plusieurs n'en envoyèrent pas du tout; d'autres encore ne donnèrent pas l'argent promis. Les troupes qu'on était parvenu a rassembler, manquaient d'artillerie et de poudre i canon* Dans la nouvelle Diète à Nuremberg, en juillet 1542 , le Roi fit des reproches aux États sur leur impardonnable négligence , et ordonna dans le recez de l'Em-

pire , en date du 26 août , l'exécution par le fisc contre ceux, qui tarderaient encore plus longtemps à fournir leurs contingents en troupes et en argent.

L'armée chrétienne se rassembla alors près de Vienne. Le nombre des troupes de l'Empire seules devait consister en 30,000 fantassins et en 7000 cavaliers. Mais plusieurs contingents ne parurent point. lies troupes autrichiennes étaient sous le commandement de Jean d'Ungnad. Les seigneurs et Etats de la Hongrie, dévoués au Roi , fournirent 15,000 cavaliers et quelques troupes d'infanterie. Nicolas Zrini , ban de Croatie et d'Esclavonie , André Batbori et Pierre Pereny les commandaient. Le pape Paul HI envoya Alexandre Vitelli , guerrier expérimenté, avec 5000 Romains, auxquels s'était joint aussi un corps de Milanais, sous les ordres de Medigini. Martinussi avait déclaré, qu'il resterait à la vérité neutre au commencement de la campagne, mais qu'aussitôt que les Chrétiens auraient obtenu des avantages décisifs, il aiderait de toutes ses forces à achever l'expulsion des Mahométans. L'année combinée marcha en automne 1542 sur la rive droite do Danube par la Hongrie, passa ce fleuve près de Waitzen, et occupa un camp devant Pesth. Les chefs des troupes hongroises et italiennes étaient d'avis qu'on attaquât sans délai la ville de Bude; mais le général en chef de l'armée de l'Empire fut engagé par les conseillers de guerre des dix cercles d'Allemagne, qu'on lui avait adjoints, à insister sur le siège de Pesth. Les Turcs avaient dans cette place une très-forte garnison , qui pouvait toujours être renforcée par des troupes fraîches de Bude , située vis-à-vis de la première ville sur la rive opposée du Danube. Les assiégés faisaient de fréquentes sorties. La cavalerie turque coupait le transport k l'armée chrétienne, et l'inquiétait par des attaques continuelles. Enfin Viteffi tenta avec les Italiens seuls l'assaut de la place. Mais

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n'ayant été soutenu ni par les Allemands, ni par les Hongrois, il Ait bat ta et repoussé avec grande perte. L'année alors se mit en marche pour retourner en Autriche. Ce siège lui avait coûté près de 15,000 hommes, dont la plupart perdirent la vie par la disette et les maladies»

La transaction avec Isabelle Zapolya avait enfin été ratifiée à Albe - Julie (Weissenbourg), le 26 juillet 1542 ; mais Ferdinand ne pouvait lui remettre la citadelle de Zips , parce que la famille de Thurzo était en légitime possession de ce château. La reine alors éleva plus haut ses prétentions; elle réclama aussi les treize villes du pays de Zips, engagées à la Pologne; en sorte que le traité d'accommodement ne fut pas encore exécuté. Les rapports d'amitié entre les familles royales d'Autriche et de Pologne furent affermis, à cette époque, par le mariage de l'archiduchesse Elisabeth, fille de Ferdinand, avec le prince Sigtemond-Auguste , fils du monarque polonais* Les noces furent célébrées le 6 mai 1543. Ensuite les négociations avec les plénipotentiaires d'Isabelle furent continuées, et Ton se concerta sur l'échange provisoire du bannat de Témeswar et des districts de la haute Hongrie contre les biens patrimoniaux de la famille de Zapolya.

Au printemps 1543, le sultan Soliman partit avec soa année de Semendrta, et pénétra en Croatie. Il conquit en été Valpo, Siklos, Cinq-Églises, Strigonie, Tata (Dotis) et Albe-Royale. Les Tatars parcoururent le pays le long du Danube et de la Leitha, et traînèrent plusieurs milliers d'habitants en esclavage. Les troupes du Roi étaient pour la plupart reparties dans les garnisons. Le reste , sous les ordres du général Ungnad , était placé derrière le Danube près de Comorn. Martinuzzi avait été sommé par le sultan de soutenir avec les troupes transylvaines les opérations de l'armée ottomane; mais il s'en était excusé , sous prétexte qu'il devait avant tout avoir

soin de la défense des frontières. Dès le commencement de ta même année, le roi Ferdinand avait convoqué une Diète à Nuremberg, pour demander l'assistance des Etats contre les Turcs, La majorité des membres de l'assemblée vota en effet un secours de 20,000 hommes d'infanterie et de 6000 chevaux. Mais les Protestants voulaient, qu'on leur accordât auparavant certaines conditions. Us demandaient , entre autres , que la déclaration impériale du recez de Nuremberg ("1532} fût confirmée par les Etats catholiques, et que la trêve de cinq ans, conclue à Spire, fût convertie en une paix de religion permanente. Comme ces demandes ne leur furent point accordées, ils refusèrent de contribuer à la guerre contre les Ottomans, et protestèrent, le 23 avril, contre le recez de l'Empire. Ce* pendant les États catholiques firent marcher leurs troupes. Le pape envoya 4000 hommes. Les forces militaires, de la Bohème et de l'Autriche reçurent Tordre de se rendre en Hongrie. De cette manière on parvint enfin i rassembler dans le voisinage dePresbourg une armée de 40,000 hommes. Toutefois Ferdinand ne trouva pas cette force suffisante pour agir offensivement contre les Turcs. Il se borna à les empêcher , par sa position , de faire de plus grands progrès, et de protéger les frontières de l'Autriche contre les invasions de ces redoutables ennemis. Le sultan par conséquent opéra sa retraite presque sans être inquiété; car Zrini seul hasarda d'attaquer 1 arrière-garde ottomane, et fit hacher 3000 Tatars.

Dans le cours de Tannée suivante (1544}, le sultan, excité de nouveau par la Cour de France contre la Maison d'Autriche, ordonna à plusieurs pachas de pénétrer en Hongrie. Ceux-ci conquirent Visségrade, Novigrad, Hatvan, Ozora, Simontornya et plusieurs autres places, lies généraux Nicolas Zrini et Georges de Wildenstein furent battus près de Selnitze. Cependant les affaires de

Ferdinand prirent bientôt après une meilleure tournure. Dans le traité de paix, conclu le 18 septembre 1544 à Crèpy, entre l'Empereur et le roi de France, ce dernier s'engagea i fournir 600 cavaliers et 10,000 hommes d'in-* fanterie contre les Ottomans. Les fils du sultan Soliman avaient aussi excité des troubles contre leur père. Un envoyé extraordinaire de l'Empereur, Gérard Veldwick, s'était rendu à Constantinople pour arranger avec Soliman, au nom de Charles - Quint , les affaires de Hongrie» Cet agent diplomatique vint à bout de conclure à Con~ stantinople une paix préliminaire, et arriva avec ce traité à Bude , le 7 décembre 1545. Martinuzzi continuait à dominer despotiquement sur Isabelle et sur la Transylvanie; mais comme il était fin politique, il payait régulièrement le tribut au sultan. La mort de l'archiduchesse Elisabeth (f 15453 5 mariée au jeune prince polonais, relâcha les noeuds d'amitié qui unissaient l'Autriche et la Pologne. L'Empereur envoya, le 16 juillet 1546 de Ratisbonne , encore une fois Veldwick k Constantinople, pour négocier un traité définitif. Le résultat de cette ambassade fut la conclusion d'une trêve de cinq ans, dans laquelle furent comprises aussi Venise et la France. Ferdinand accorda au sultan un cens annuel de 30,000 ducats. L'étendue et la limitation des possessions de Ferdinand , du sultan et d'Isabelle en Hongrie devaient rester, durant ces cinq années, dans l'état où elles se trouvaient. Les hostilités furent de part et d'autre sérieusement défendues. A Prague arrivèrent aussi des ambas** sadeurs d'Isabelle, qui sollicitèrent l'assistance du Roi contre les usurpations audacieuses de Martinuzzi. Les Turcs avaient de nouveau exigé de cette princesse la cession de quelques places situées sur la Teissej mais on était parvenu à les contenter, pour cette fois, en augmentant le tribut

Pendant le temps que le roi Ferdinand continuait la lutte pénible contre la supériorité ottomane , l'empereur Charles était engagé dans une nouvelle guerre avec la France. Après l'entrevue de Charles-Quint et de François I à Aique-Mortes , et après le séjour du premier de ces princes à Paris , une parfaite amitié semblait unir les deux monarques. Cette bonne intelligence Ait troublée par là, que le roi de France fit, en 1540, renouveler par une ambassade envoyée aux Pays-Bas ses prétentions sur Milan auprès de l'Empereur. Mais ce prince croyait, comme il a déjà été mentionné, qu'il était absolument nécessaire pour le repos de l'Italie , que Milan ne passât jamais sous la domination des rois de France. En revanche, il offrit de donner au plus jeune des fils de François I, le duc Charles d'Orléans, la main de sa fille Marie, et de céder aux deux époux et à leurs descendants la souveraineté indépendante des Pays-Bas. Toutefois après l'extinction de cette race, les provinces précitées devaient retourner à l'Espagne. L'Empereur exigea aussi que, si cet hymen se réalisait, le roi de France restituât la Savoye et le Piémont au duc Charles de Savoye. Mais les deux monarques ne purent s'accorder sur l'exécution de ce plan. François I manifesta par l'alliance défensive qu'il conclut, le 17 juillet 1540 à Ennet, avec Guillaume de Cléves, ses sentiments hostiles envers Charles-Quint. Des agents français incitèrent le sultan Soliman à attaquer la Hongrie, et invitèrent la république de Venise à une alliance contre l'Empereur. Le gouverneur de Milan , marquis del Vasto , fit guetter deux de ces agents, qui s'étaient embarqués sur le Pô et voulaient se glisser par le Milanais dans Venise , pour s'emparer de leurs personnes et de leurs dépêches. Le 3 juillet dans le voisinage de Pavie, à l'embouchure du Teste, le navire qui portait ces voyageurs fut arrêté par deux

lit

canots dans lesquels se trouvaient des soldats impériaux. Les agents ne voulurent pas se rendre et furent tués en se défendant Ce malheureux accident fut regardé par le roi de France comme une violation du droit des gens, bien que ce ne fut qu'après la mort de ces émissaires, qu'il leur attribua la qualité d'ambassadeurs ou de plénipotentiaires diplomatiques. Il demanda satisfaction à l'Empereur. Un autre envoyé extraordinaire se rendit en toute hâte à Constantinople , pour concerter une attaque simultanée. Chrétien III de Danemark et Gustave- Wasa, roi de Suède, conclurent , celui-là en novembre 1541, et celui-ci le 1 juillet 1542, une alliance avec François I. Mais les tentatives que fit ce dernier prince pour engager également le roi Henri VIII d'Angleterre à se liguer avec lui contre l'Empereur, n'eurent aucun succès» Le pape et la république de Venise se bornèrent à déclarer leur neutralité.

Le roi de France et ses alliés ouvrirent en 1542 la campagne avec cinq armées, qui agirent séparément sur autant de points différents. Le Dauphin marcha, au mois de juin, avec 40,000 hommes vers les frontières d'Espagne, pour attaquer Perpignan, capitale du Roussillon. Mais il laissa aux Espagnols plus de temps qu'il ne leur en fallait, pour mettre la place en état de défense» Vers la fin du mois d'août, il commença effectivement le siège de la ville et le continua jusqu'en octobre, où rapproche d'une armée impériale , qui s'était rassemblée près de Pampelune et de Fuentarabbia, l'engagea à se retirer avec ses troupes en France. Guillaume du Bellay, qui commandait les forces françaises en Piémont et dans le Montferrat , remporta quelques avantages contre les troupes impériales du marquis del Vasto, et fit la conquête de plusieurs places forteg. Dans l'arrière -saison, les troupes revenues du Roussillon marchèrent en Italie. Le

commandement en chef de Farinée fut alors confié au général Routières. Le duc de Vendôme avec la troisième armée porta, dès le mois de mai, la guerre dans le comté d'Artois et ravagea ce pays; mais sur l'avis qu'une armée flamande, sous le comte deRoeulx, venait à sa rencontre, il se retira aussitôt en Picardie. Avec la quatrième armée, les ducs d'Orléans et de Guise conquirent tout le pays de Luxembourg, à l'exception de la forteresse de Thionville. Enfin la cinquième armée, formée des troupes de Guillaume de Cléves, au nombre d'environ 14,000 hommes, auxquels s'étaient joints 600 cavaliers français , marcha au mois de juin , sous la conduite di général Rossem, en Brabant, défit le prince d'Orange près de Hoogstraeten et essaya , mais en vain , de se rendre maître d'Anvers. Ensuite elle pilla le pays jusqu'à M al in es; mais elle fut battue dans une attaque qu'elle entreprit contre Louvain. Le prince d'Orange et le comte van Buren ayant rassemblé les troupes belges, obligèrent Rossem à se retirer au delà de la Meuse. Le prince d'Orange, profitant de l'absence du duc d'Orléans qui, sur la nouvelle que l'Empereur lui-même voulait livrer une bataille pour délivrer Perpignan, était allé au secours de sou frère le Dauphin dans le Roussillon, reconquit ensuite au mois de septembre la ville et le duché de Luxembourg, à l'exception d'Yvoir qui fut défendu par le duc de Guise avec tant de fermeté et de courage, que les Impérieux furent obligés de lever le siège. Ensuite le prince d'Orange punit le duc de Cléves pour les ravages qu'avaient faits ses troupes en Brabant , par la dévastation d'une partie du pays de Juliers et de Gueldre, et par la conquête de plusieurs places dans ces contrées. Les progrès des Impériaux furent arrêtés par les négociations que le duc de Cléves entama, mais seulement pour gagner du temps, qu'il eut reçu de quelques princes d'Allemagne des

troupes auxiliaires , - H recommença en hiver les hostilités^ ^

et reprit la plupart des places, qu'il avait perdues. i

Le roi Henri VIII d'Angleterre s'unit par un traité* conclu a Londres le 11 février 1543, à l'Empereur contre François I , auquel ces deux monarques convinrent de faire; la guerre jusqu'à ce qu'il eut renoncé à l'alliance» avec les Turcs. Le sultan avait envoyé une flotte sots Barberousse au secours du roi François. Ce redoutable corsaire fit, au mois de mai 15ft3r le plus terrible dégât sur les côtes du royaume de Naples $ s'étant ensuite réuni près de Toulon et de Marseille avec une flotte française^ il attaqua , le 10 août, conjointement avec elle, la ville de Nice, la seule possession qui restât au duc de Savoye* La place se rendit le 20 août. Mais la citadelle opposa la plus courageuse résistance. Le marquis del Vasto avec un oorps dé troupes , et Doria avec la flotte impén riale, étant accourus au secours des assiégés, lesTurcà et les Français se retirèrent le 8 septembre avec précipitation, après avoir auparavant pillé la ville. La flotte ottomane passa l'hiver à Toulon. Del Vasto conquit Mondovi et Carignan, mit ensuite une partie de ses troupes en quartiers d'hiver dans le Piémont, et s'en retourna avee le reste à Milan. ..«■»'

L'Empereur était, au mois de mai 1543, arrivé avec iine flotte d'Espagne à Gènes. En juin ce prince s'aboucha avec le pape à Busetto , petite ville située sur le Taro. Mais comme le pontife ne voulait pas abandonner le système de neutralité qull avait adopté, et que d'un autre coté Charles-Quint refusait de confirmer Pierre Farnèse dans, la possession de Parme et de Plaisance, cette entrevue ne produisit aucun résultat. L'Empereur céda à Corne de Médicis, moyennant 200,000 ducats, les citadelles de Florence et de Livourne, qui étaient encore occupées jusqu'alors par les troupes impériales. Le 6

juillet , le pape ajourna , par une bulle datée de Bologne, l'ouverture du concile pour un temps indéterminé. L'Empereur, s'étaut rendu en Allemagne vers le milieu de juillet, se mit à la tête de 40,000 hommes pour aller réduire le duc de Cléves dont les troupes , après avoir ravagé le duché de Luxembourg, étaient entrées dans le pays d'Utrecht et avaient enlevé , le 16 juillet , la ville d'Amersfort. Charles - Quint commença son expédition par le siège de Duren , place forte du pays de Julien. Les Impériaux remportèrent d'assaut le 14 août, la pillèrent et y mirent ensuite le feu. Ce traitement rigoureux ayant jeté l'effroi dans les places voisines , la plupart des villes, comme Juliers, Ruremonde et autres, envoyèrent présenter les clefs au vainqueur: le duc lui-même vint se jeter, le 7 septembre , aux pieds de l'Empereur pour lui demander pardon. Il l'obtint à condition qu'il céderait la Gueldre et Zutphen à ce monarque. On lui rendit le pays de Juliers , après qu'il eut renoncé pour toujours à toute communication avec la France , la Suède et le Danemark , et qu'il eut promis de conserver dans ses États la religion catholique en toute sa pureté. Le 2 janvier 1544, un traité d'amitié et d'alliance défensive fut conclu à Bruxelles entre l'Empereur et le duc de Cléves. Charles-Quint ne fut pas si heureux dans les Pays - Bas. Le roi de France avait, au printemps 1543, envahi le Hainaut, et s'était rendu maître de Maubeuge, de Landred et de plusieurs autres places. Au mois d'août , le duc d'Orléans fit une expédition dans le duché de Luxembourg et conquit en septembre la ville de ce nom. Après que l'Empereur eut humilié le duc de Cléves, il marcha lui-même en Hainaut , et le général en chef Ferdinand Gonsague commença le siège de Landreci et de Guise, où 6000 les de troupes auxiliaires d'Angleterre rejoignirent *méc utpéri^le. Charles - Quint était resté malade au

Quesnoy. François 1 «'étant avancé, en octobre, au cours de Landreci, Gonzague se prépara au combat. Mais le roi ne fit que jeter des troupes et des provisions dans la ville, et retourna ensuite sur ses pas. Le même jour, Charles - Quint arriva au camp et fit poursuivre les Français. Il se rendit encore maître du château Cam~ bresis , de Crevecoeur et de Cambrai ; mais comme le temps rigoureux se faisait déjà sentir, il leva le siège de Landreci et mit ses troupes en quartiers d'hiver.

Pendant ce temps* là, il s'était élevé en Allemagne des troubles nouveaux et sérieux , auxquels la différence de religion donnait toujours sujet, ou servait au moins de prétexte. L'électeur Jean de Saxe expulsa en 1542 de vive force Tévêque Jules de Naumbourg de son diocèse, s'qrrogea sur ce fief immédiat de l'Empire la puissance temporelle, et y établit un évêque protestant. Le due Henri le jeune de Brunswick -Wolfenbuttel fut chassé en 1542 par la ligue de Smalkalde, à cause de quelques oppressions commises envers les villes de Brunswick et de Goslar; et la réformation avait été introduite dans le pays* Les admonitions sérieuses de l'Empereur, Tinter-» vention de la Chambre impériale et les décrets improbateors des Diètes furent reçus par les princes évangéliques avec indifférence, et n'apportèrent aucun changement dans leur conduite séditieuse. La propre jalousie entre les membres de la ligue de Smalkalde arrêta les progrès ultérieurs de ces entreprises hardies. Les villes s'étaient déjà aperçues que les princes les mettaient à l'écart dans chaque occasion, et considéraient plus leurs avantages personnels que le bien-être de la ligue. D'ailleurs, la manière d'agir équivoque de quelques*» uns de ces princes lesr avait ôté la confiance des bourgeois. Le landgrave Philippe de Hesse avait déjà en 1541 fait des traités secrets avec l'Empereur. L'électeur Frédéric de Saxe

s'était ouvertement brouillé avec son cousin, le doc Matrice; et ce dernier avait même renoncé à la ligne 4e Smalkalde. Maurice 8e montra aussi dévoué à l'Empereur, en amenant en 1542 un corps de troupes choisies au roi Ferdinand contre les Turcs , et dans les années suivantes à Charles-Quint contre la France. Lorsque Tarehevéque Herman de Cologne, qui avait abandonné la religion catholique , eut été déclaré déchu de sa dignité par le souverain pontife, Fan 1546, et que par conséquent la réformation de l'archevêché de Cologne eut échoué, la ligue de Smalkalde n'osa prêter aucun secours au prélat déposé. Le 20 février 1544, l'Empereur ouvrit en personne la Diète à Spire , laquelle dura quatre mois. Dans le recez de l'Empire , publié le 10 juillet , les États promirent à l'Empereur des subsides, pour entretenir pendant six mois une armée de 20,000 hommes , destinée à agir contre la France , et en partie aussi contre les Turcs en Hongrie. Il fut convenu , que jusqu'à l'ouverture de la prochaine Diète, on rédigerait un projet de réformatios modéré et conciliant, s'il était possible, les différentes opinions religieuses. Pendant cet intervalle , le recez de TEmpire d'Augsbourg de Tannée 1530, et tous les procès de la Chambre impériale en matière de religion, devaient être suspendus, et la paix de religion de Ratisbonne de 1541 maintenue par les deux parties. Le 23 mai 1544, la paix entre l'Empereur et le roi Chrétien III de Danemark fut aussi conclue à Spire. On prononça dans la même Diète contre le duc Henri de Bruuswick-Wolfenbuttel une sentence, portant que ses Etats seraient séquestrés , au nom de rifimpereur, par deux princes électeurs, jusqu'à ce que Mtf affaires fussent décidées par voie de justice. Cet arrêt fut confirmé dans la Diète suivante, le 10 juin 1545, à Worms et ensuite mis à exécution. Mais Henri rasail atlu 4 août, une armée de 14,000 hommes et

reconquit une partie de son pays. Du consentement de l'Empereur , les forces réunies du landgrave de Hesse, du duc Maurice et de l'électeur Frédéric de Saxe marchèrent, au mois d'octobre, dans le pays de Brunswick. Le duc Henri se vit obligé de se rendre prisonnier , et fut détenu jusqu'en 1547 au château de Ziegenhayn.

Les Français ouvrirent la campagne de 1544 en Piémont dès le commencement du mois d'avril. En même temps Barberousse avec la flotte turque, à l'assistance de laquelle François I avait renoncé pour écarter les justes reproches de toute la chrétienté, fit en retourant de Toulon à Constantinople les plus grands ravages sur le côtes de la Toscane et de Naples. Le comte d'Enghien, qui commandait l'armée de France, assiégea la forteresse de Garignan qui se rendit aux Français, après qu'ils eurent vaincu , le 14 avril à Cérisoles , le marquis del Vasto qui s'était mis en campagne pour délivrer la place. Mais comme le roi de France se trouva , bientôt après , obligé d'affaiblir son armée d'Italie pour défendre son propre royaume , que Charles-Quint et Henri VIII d'Angleterre Attaquèrent alors chacun de leur côté, Enghien ne put continuer ses opérations contre Milan. Le marquis del Vasto ayant, peu de temps après, reçu des renforts considérables , dispersa vers la fin de mai près de Seravalle in corps de plusieurs milliers d'hommes , que le duc de Mirandole et Pierre Strozzi avaient enrôlés pour le roi le France. Le 6 juin , le marquis enleva Ponte Siura )ar surprise , et causa aux troupes françaises une telle rayeur, qu'elles évacuèrent un grand nombre de places lans cette contrée. Vers le même temps, une flotte française fut défaite et pour la plus grande partie détruite par 'amiral espagnol Alvarez Bazan sur les côtes de la Galice. La principale armée de l'Empereur s'était rassem-* )lée en Lorraine. Le comte Guillaume de Furstenberg,

qui déjà au mois de mai avait été détaché avec un corps allemand contre les Français dans le pays de Luxembourg, se rendit maître de cette place. Vers le même temps, le duc de Norfolk débarqua avec Tannée anglaise à Calais; et s'étant réuni avec les troupes belges, commandées par les comtes van Buren et Roeolx , il commença le siège de Montreuil. L'Empereur arriva, dans la première quinzaine du mois de juin , près de Meta et . it la revue de son armée. Quelques semaines après, Henri VIII aborda aussi à Calais. Les deux monarques étaient convenus de marcher droit vers Paris et de forcer le roi de France à une bataille décisive. Conformément à ce projet, Charles- Quint conquit Commerci , Iigny et Brienne dans le duché de Bar. Ensuite il pénétra avec 50,000 hommes et une forte artillerie en Champagne. Cette province avait été ravagée par les Français euxmêmes $ en sorte que Tannée impériale n'y trouva pinot des moyens de subsistance, et se vit réduite aux transports qui venaient des pays qu'elle laissait derrière elle. B était donc urgent de s'emparer, avant d'aller pins loin, de quelques points fortifiés, où Ton pût établir des magasins. Mais la réduction de Saint -Dizier- sur -Marne prit à l'Empereur six semaines de temps. Henri VIII avait, le 26 juillet, commencé avec sa force principale le siège de Boulogne , et fit en même temps continuer l'attaque sur Montreuil ; ce qui donna au roi de France le temps de rassembler une armée de 44,000 hommes dont le Dauphin prit le commandement. Après la prise de Saiat- Diaier (17 août) , l'Empereur s'était dirigé vers Vitry pour marcher ensuite sur Paris. Mais le roi d'Angleterre refusa de s'avancer de son coté , avant que Montreuil et Boulogne ne fussent tombées. Par là Charles - Quart se vît entravé dans sou entreprise, qui seule pouvait amener une prompte décision de la guerre. Comme d'ailleurs

armée manqua d'argent et de provisions , il écouta lement les propositions de paix que lai fit le roi de Toutefois il déclara que, sans avoir égard aux ^gg-g^^ions qui furent ouvertes à Chaussey , non loin de HImIods, il continuerait sans interruption ses opérations

^jttliires jusqu'à ce que la paix fut effectivement signée. -^ L'Empereur marcha sur Chàlons. Cette ville avait

^Édqu

garnison de 18,000 hommes. Le Dauphin, qui était dans le voisinage , évita soigneusement le combat, que le manque de vivres engagerait bientôt areur* à la retraite. Charles conquit , à la vérité, i et Château -Thierry, et trouva dans ces villes les magasins dont son armée avait grand besoin subsister; mais il avait laissé beaucoup de troupes les garnisons et perdu une grande partie de ses sol- €àts par les sièges , les petits combats et les maladies ; In magasins dont il s'était emparé, furent bientôt épuisés, et l'armée recommençait à souffrir de la disette. Le Daufhm laissa une garnison à Meaux, jeta 8000 hommes lus Paris, et se plaça avec son armée près de LaFerté. L'Empereur ne pouvait continuer sa marche sur Paris, û le Dauphin n'était auparavant vaincu. Indépendamment 4e cela, on était à rentrée de l'hiver , et le temps de serrice des troupes germaniques, qui n'avaient été accordées que pour six mois , touchait à sa fin. Toutes ces circonstances accélérèrent la conclusion de la paix, qui fut signée à Crèpy en Valois, le 18 septembre 1544. Les conquêtes faites réciproquement par l'Empereur et le Roi, depuis la trêve de Nice , comme aussi les terres que les Français avaient enlevées depuis cette époque au duc de Savoye, à la duchesse -douairière de Mantoue dans le Montf errât, et au duc de Lorraine, devaient être restitiées. Les deux monarques s'engagèrent à travailler de concert à la réunion des croyances catholique et luthé-

et à chasser 1rs Taras de France s%sMigra à fanrair 600 Imuks d'infanterie contre les serait refais far rEmperear et le Fraaçotsl se désista de 4e Xaples* à la sueraiaeté sv la Fhaére et TAitm, et leassça à ses droits sv la GanAre et Ka^anu LTaffi^a rétféra sa reaoaria&oa à la li^n * à Aoxeaae* à Samt-Lanrcnc * à rAajueiiais aais* et à Bar -sar- Semé, fi promît de Fespare et quatre mis aa secood fia et rat. le dnc dPOttéaas* pear epomse m sa €Be ataée Varie « aa la ptiacesae Anne* seconde ffle da ro£ Ferdinand. Daas le premier cas* les nouveau maries devaient avoir le goa- ▼ernemenfc-general des Pars-Bas. de la Fnarfce Comté et da ceaNe de Charolais* d'abord • et après la mort de nEmpeteor la possession héréditaire de ces pays* fje roi de Fraace et le Dfcupfain étaient en même temps obligés da renoncer à leur» prétendons sor le dndhé de Mflaa ci le omet? d'Asti» Si toutefois ii ne naissait pas d'héritiers de ce Mariage* les Pavs~Bas retournaient à ITîspagne, et les prétendons de ta France sur Milan et Asti, de mdmeque celles de l'Empereur sar la Boarnpçpe* l'Anxerreis oie* reairaîeat en vigaettr. Dans le deuiême cas, le MHanaift devait appartenir* ea pleine souveraineté aa die d'tMeana et à Anne <T Aatricke et passer à leurs propres héritiers autos* oa aussi âceux iseas «Ton second mariage 4*0* prias* A défilât de ces derniers* le duché de Milan Whiaraail è rffmpire germaaiipte. B fut réglé* que dais 1» peaaMir M* le roi de France rendrait aussi» iauaédia-

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Le roi François accepta aussi la médiation de l'Empereur, pour amener la paix avec l'Angleterre.

Le roi d'Angleterre avait , cinq jours avant la coin* dnsion de ce traité, fait la conquête de Boulogne»- Ce succès fit qu'il ne voulut rien savoir de la paix , et qu'il continua seul encore pendant deux ans la guerre contre la France. Il leva toutefois dans l'arrière - saison 1544 le siège du Montreuil. Dans Tannée 1545, François I fit partir deux fois ses forces navales, pour attaquer la flotte anglaise, et débarquer une armée sur les côtes de TAngleterre. Ces tentatives épuisèrent les forces de la France, sans lui procurer le moindre avantage. Le 7 juillet 1546, la paix fut enfin conclue près d'Ardres; et François I laissa Boulogne pour huit ans entre les mains des Anglais , pour sûreté de la somme de deux millions de couronnes qu'il promit de payer dans cette espace de temps à l'Angleterre.

L'Empereur avait , au commencement de 1545 , déclaré qu'il destinait au duc d'Orléans la main de la princesse Anne avec le duché de Milan. Mais Charles d'Orléans mourut encore avant le mariage , le 8 septembre 1545. Comme par conséquent une principale condition du traité de Crèpy ne pouvait plus être accomplie , et que l'Empereur refusa d'entamer des négociations avec la France sur une autre indemnité, à la place de Milan, François I ne. rendit pas non plus au duc de Savoye ses pays.

L'empereur Charles - Quint arriva, le 16 mai 1546, à Wonns où le roi Ferdinand avait ouvert la Diète le 24 mars. La paix publique et la paix de religion de Nuremberg furent confirmées par le recez de l'Empire du 4 août. L'Empereur ordonna des conférences religieuses, par lesquelles il espérait enfin venir à bout de réunir les deux partis. Les disputes commencèrent le 27 janvier 1546 > et furent terminées le 20 mars de la même année,

sans avoir amené le moindre résultat Le 18 février 1546, Martin Luther était mort à Eisleben, sa vile natale. Le concile général avait commencé à Trente^ le 13 décembre 1545. Mais les États protestants avaient déclaré, qu'ils ne reconnaîtraient point les décisions de cette assemblée parce que, le procès étant dirigé contre le pape même, ce pontife ne pouvait pas être juge. L'Empereur il demander par ses commissaires an concile, qu'on commençât les travaux par la réforme de la discipline ecclésiastique ; mais les légats du pape voulurent absolument qu'en examinât et décidât avant tontes choses les points de religion contentieux* A la Diète , ouverte par l'Empereur le 5 juin 1546 à Ratisbonue , la plupart des princes protestants n avaient pas été présents en personne. Leurs ambassadeurs et les antres États évangéliques rejetèrent encore une fois le concile de Trente , et demandèrent m concile national allemand, ou une conférence religieuse bien préparée. Les Etats catholiques se séparèrent alors des Protestants de la manière la plus positive, et déclarèrent d'une voix unanime , que le concile de Trente devait être reconnu pour juge dans la querelle de religion. L'Empereur, courroucé du refus qu'avaient fait les princes évangéliques de comparaître personnellement â une Diète a importante , et persuadé «Tailleurs qu'il n'obtiendrait rien par la voie de la douceur, prit le parti d'avoir recours aux armes, pour vaincre et punir leur obstination. H arma avec une grande activité et conclut, le 26 juin 1546, une alliance avec le pape , qui avait déjà pressé l'Empereur d'employer la force contre les princes de la ligue protestante. Paul m promit à l'Empereur de lui fournir 12,000 hommes de pied et 500 chevaux-légers pour six mois, «vee deux cents mille écus romains. Dans tous les pays d'Allemagne, m éiabët des capitaines qui étaient chargés jflUflkr des aaMate peur TEmpereur» Le comte Maxi-

milien van Baren rassembla beaucoup de monde dans les Pays-Bas, pour renforcer Tannée impériale. Comme Charles avait déclaré qu'il n'en voulait aucunement aux adhérents du luthéranisme , mats qu'il avait seulement pris les armes contre quelques princes rebelles qui professaient par hasard cette religion, les margraves Jean et Albert de Brandebourg allèrent aussi servir avec leurs troupes sous les drapeaux de l'Empereur.

Ce Souverain somma, au mois de juin, les villes impériales, appartenantes à la ligue de Smalkalde, le duc Ulric de Wurtemberg et les Confédérés suisses de se séparer de la cause des rebelles. Mais les États et villes évangéliques refusèrent d'abandonner les chefs de leur ligue. Ils armèrent alors également avec zèle, et recherchèrent l'appui de la France, de Venise, de l'Angleterre, et de la Confédération helvétique. Ils furent éconduits par les deux premières Puissances ; le roi d'Angleterre se montra disposé à leur accorder son assistance ; mais il y mit des conditions qui n'étaient pas acceptables ; et les Suisses promirent seulement d'observer une stricte neutralité. La ligue de Smalkalde commença cependant les hostilités, en faisant avancer Schœrtlin de Burtenbach avec les milices des villes impériales vers le Tyrol, pour fermer aux troupes italiennes le chemin de l'Allemagne. Schirrtlin occupa, le 14 juillet 1546, la ville de Fussen, pénétra par le défilé d'Ehrenberg, et marcha sur Inspruck. Déjà il s'approchait de cette ville lorsque le gouverneur de Trente François de Castelalto se jeta dans la place menacée. Le Conseil, établi par la ligue à Ulm, rappela Schirrtlin à Gunzbourg , où était le rendez - vous général de Farinée. Les troupes du duc de Wurtemberg étaient déjà arrivées en cette ville. Le landgrave de Hesse et rélecteur Jean -Frédéric de Saxe s'avançaient par la Franconie pour se rendre au lieu du rassemblement.

Le 20 juillet 1546 à Ratisbonne, l'Empereur déclara rélecteur Jean-Frédéric de Saxe et le landgrave Philippe de Hesse rebelles, coupables de lèse-majesté, et perturbateurs du repos public , et les mit au ban de l'Empire, ainsi que tous leurs partisans et ceux qui les soutiendraient. Charles-Quint n'avait auprès de lui à Ratisbonne qu'un corps de 9000 Allemands et Espagnols. H laissa 4000 hommes dans cette ville et se retira, le 3 août, avee lei reste dans un camp fortifié près de Landshut , ou il attendit les troupes qui étaient en marche de l'Italie et des Pays-Bas. L'armée de la ligue, qui s'était alors réunie près de Donauwœrth, comptait 50,000 combattants. Fiera de la supériorité de leurs forces , les confédérés avaient rejeté les propositions que différents princes leur avaient faites de ménager une réconciliation avec l'Empereur. Le 11 août 1546, ils firent déclarer la guerre à Charles-Quint Mais ils avaient laissé passer l'instant favorable pour attaquer ce monarque avec chance de succès, et plus tard ils n^en trouvèrent plus l'occasion ; car dès le 15 du même mois on vit arriver à Landshut Octave Farnèse avec 10,500 hommes de troupes pontificales , et 300 cavaliers de Florence et de Ferrare , et quelques jours après un corps de 6000 Espagnols, venant de Naples et de Milan. L'Empereur s'avança alors par Ratisbonne à Ingolstadt. Les Protestants confédérés commencèrent, le 31 août, à tirer avec leur grosse artillerie sur le camp impérial; mais Charles - Quint s'y était si bien retranché, qu'ils n'osèrent tenter un assaut. Le 4 septembre, l'année de la ligue se mit en marche, et alla à la rencontre du comte van Buren qui amenait à l'Empereur 20,000 hommes des Pays-Bas. Elle s'avança à Wemdingen; mais elle ne réussit point à atteindre le comte, qui arriva par Nuremberg, le 15 septembre, dans le voisinage d'Ingolstadt. Comme l'Empereur se voyait alors à la tête de 50,000 hom-

mes, il prit l'offensive. Neubourg, Donauwœrth, Hœctstodt, Dillingen, Lauingen et Gundelfingen furent conquis. Au mois d'octobre Charles - Quint était maître da Danube, et menaçait Augsbourg et [Jim. Les confédérés jetèrent 4500 hommes dans cette dernière ville , et placèrent Tannée près de Giengen, derrière la Brenz. Il y eut pendant ces mouvements quelques petits combats qui n'eurent point de suite. La discorde et la méfiance qui régnaient parmi les chefs des confédérés , se communiquèrent bientôt aux troupes aussi. Les soldats manquaient depuis deux mois de vivres , d'habits et d'argent. Des maladies contagieuses et la désertion des soudoyers, qui quittaient par troupes leurs drapeaux, diminuaient cette année chaque jour. Pour surcroît de malheur , on reçut l'avis , que Maurice de Saxe avait pénétré dans les pays de l'électeur Frédéric, ce qui engagea les confédérés à abandonner le Danube et à voler au secours de leurs propres États.

Le duc Maurice, quoique Protestant , avait , le 10 juin, conclu à Ratisbonne un traité d'alliance défensive et offensive secrète avec l'Empereur et le roi des Romains. Ensuite il avait armé avec la plus grande ardeur , dans la vue apparente de protéger son territoire contre toute attaque. Lui et l'électeur de Brandebourg offrirent encore en juillet aux chefs de la ligue protestante leur médiation, qui toutefois ne fut pas acceptée. Le 1 août , l'Empereur chargea le roi des Romains et le duc Maurice de l'exécution de la sentence de ban prononcée contre l'électeur de Saxe. Le roi avait tenu, à la fin de juillet, une Diète a Prague, et ordonné dans cette assemblée une subvention de guerre et une levée en masse. Les troupes, devaient être rassemblées au commencement du mois de septembre. Sébastien de Weitmuhl fut nommé général en chef des Bohèmes. Mais l'électeur de Saxe adressa une lettre

États de Bohème, dans laquelle il leur rappelait le pacte d'hérédité qui existait depuis longtemps avec la Maison de Saxe , et les conjura de ne point prendre les armes contre un prince qu'on persécutait uniquement à cause de son attachement à la nouvelle doctrine, mais de lui prêter au contraire l'assistance qu'ils lui devaient en vertu de la susdite convention. Cet écrit fit plus d'impression sur les Bohèmes , que l'arrêt de ban porté contre rélecteur de Saxe, dans lequel cependant toutes les alliances et tous les traités quelconques, conclus avec ce prince, étaient déclarés nuls et de nul effet Lorsque la levée en masse de Bohème se fut rassemblée près de Kaaden , les chefs refusèrent de marcher contre l'électeur. Après une longue résistance, une partie de ces troupes consentirent, il est vrai, à passer les frontières, conjointement avec un corps de 6000 Hongrois ; mais d'autres bandes restèrent au camp près de Kaaden, et une partie de cette milice retourna arbitrairement chez elle. Le 20 octobre 1546, le roi Ferdinand déclara la guerre à rélecteur de Saxe, Ensuite ses troupes allemandes et hongroises, et les bandes bohèmes pénétrèrent dans le Voigtland. Le duc Maurice se réunit, au commencement de novembre , près de Zwickau avec l'armée royale et occupa , après quelques combats insignifiants , les pays de l'électeur. A la fin de Tannée , il avait déjà reçu l'hommage de la plupart des villes de l'électorat. Gotha, Eisenach et Wittenberg seuls firent résistance.

Sitôt que les confédérés protestants eurent été instruits de la perte de la Saxe , ils envoyèrent une ambassade à l'Empereur pour solliciter la paix. Mais ils refusèrent d'accepter les conditions sur lesquelles ce Souverain insistait. Ils laissèrent ensuite le général Heydeck avec un corps de 9000 hommes en Souabe, et l'électeur se mit, le 23 mai, en marche pour la Saxe. Mais les

troupes hessoisea retournèrent dans leur pays pour protéger leurs propres foyers. Le comte van Buren avait été détaché par l'Empereur en Franconie , afin de couper à l'électeur le plus court chemin de la Saxe. Buren s'avança par le comté de Katzen~EUénbogen, et prit le 21 décembre la ville de Darmstadt, et le 27 du même mois celle de Francfort-sur-le-Mein. Le roi Ferdinand et le duc Mao* rice avaient en partie congédié leurs troupes, et en partie les avaient envoyées dans les quartiers d'hiver ; en sorte que ce dernier prince n'était pas en état de résister à Vér lecteur. Par conséquent celui - ci reconquit dans les premiers jours de Tannée 1547 son électorat; il fondit ensuite à son tour sur les pays de Maurice , et assiégea la ville de Leipzig. Mais voyant qu'il ne pouvait se rendre maître de la place, il mit également ses troupes en cantonnement dans la contrée d'Altenbourg. Le 3 mars 1547, rélecteur surprit près de Rochlitz le margrave Albert de Brandebourg que l'Empereur avait envoyé avec 7000 hommes au secours du duc Maurice , le fit prisonnier et dispersa ses troupes. Alors tous les pays et villes du duc, à l'exception de Leipzig , de Dresde et de Pirna, se soumirent à Télecteur. Maurice se vit obligé de solliciter une trêve que l'électeur lui accorda pour un mois seulement.

Après que l'armée protestante fut partie de Giengen pour la Saxe, la plupart des villes impériales évangéli* ques en Souabe et en Franconie se soumirent à l'Empereur. Elles furent obligées de livrer une partie de leur artillerie et de payer de fortes amendes. L'électeur palatin Frédéric obtint, le 21 décembre 1546 à Schwaebisch-Hall, son pardon de l'Empereur. Le duc Ulric de Wurtemberg rentra , par le traitré de Heilbron du 31 décembre, en grâce auprès du chef de l'Empire , après qu'il se fut engagé à payer une amende de 300,000 florins, et qu'il eut, comme les autres États et villes impériales en Souabe, en

Westphalie et en basse Saxe , qui avaient fait partie de la ligue de Smalkalde, renoncé pour toujours à cette confédération. Le 25 janvier 1547, l'archevêque protestant Herman de Cologne, qui était aussi évêque de Paderborn, fut déposé de ses dignités par une commission impériale, et se retira dans ses terres de famille , «tuées dans le comté de Wied.

Aucun traité n'avait été capable d'étouffer la haine enracinée que François I avait depuis vingt - sept ans manifestée contre Charles - Quint. La dissolution de la ligue de Smalkalde contraria infiniment le monarque français, parce qu'elle accomplissait les désirs de l'Empereur et augmentait la puissance de ce redoutable rival. Il résolut de mettre tout en oeuvre, pour arracher h Charles- Quint les fruits de ses triomphes. Dans cette vue, il entama des négociations avec les princes protestants, leur promit un soutien efficace , et envoya effectivement quelques subsides à l'électeur de Saxe et au landgrave de Hesse. 11 engagea aussi le sultan à profiter du moment favorable où l'Empereur se trouvait enveloppé dans la guerre d'Allemagne, pour faire une invasion en Hongrie. Il proposa au pape et aux Vénitiens de contracter une alliance contre l'Empereur. Ses ambassadeurs cherchèrent en outre à former avec le Danemark et l'Angleterre une union contre Charles-Quint. Cette activité hostile de la part du roi de France commençait à inquiéter beaucoup Charles-Quint, lorsque la mort de François I, arrivée le 31 mars 1547, interrompit les plans de ce prince. Deux mois avant , le roi Henri Vlil d'Angleterre était égale* ment descendu au tombeau. L'électeur Jean-Frédéric de Saxe était le plus dangereux des ennemis qu'avait encore à combattre l'Empereur. L'étroite liaison du prince saxon avec les États de Bohème faisait craindre que des trou- Map intérieurs n'éclatassent dans ce royaume. Les troupes

bohèmes n'avaient Suivi qu'avec répugnance Tannée royale en Saxe dans l'arrière-saison passée* Lorsque Ferdinand rejoignit le corps du duc Maurice , les Bohèmes avaient même abandonné leurs drapeaux et repris le chemin de leur pays. En hiver, plusieurs capitaines de cercle et beaucoup de Nobles furent emprisonnés et condamnés à des amendes, pour n'avoir pas exécuté les ordres du Roi, et le capitaine du cercle de Tabor eut la tête tranchée. Le Roi appela , le 12 janvier 1547 et sans tenir une Diète, la milice de tous les cercles sous les armes, et menaça les désobéissants de la perte de l'honneur , de la fortune et de la vie. Mais les bourgeois de Prague refusèrent de marcher contre l'électeur de Saxe, alléguant pour motif, qu'ils étaient dans la plupart des articles de Foi de la même opinion que ce prince. L'assemblée de la Noblesse à Leitmeritz , où Ferdinand se rendit de Prague , ne se soumit également pas aux volontés du Roi et exigea qu'il convoquât une Diète. Les États de quelques cercles, réunis à Prague, formèrent même, le 15 février, une confédération pour leur défense réciproque. Au mois de mars, l'électeur de Saxe informa les Bohèmes de la victoire qu'il avait remportée près de Rocblitz et réclama encore une fois leur assistance. Ferdinand , qui se trouva au mois de mars à Dresde , convoqua de nouveau Famèreban de Bohème. Mais au lieu de suivre cet appel, l'assemblée des Etats à Prague conclut, le 23 mai, une ligue défensive, forma une armée, et nomma Gaspard Pflug pour la commander. Elle engagea aussi les Moraves, Silésiens et Lusaciens à se joindre aux Bohèmes contre les Espagnols , les Hongrois et autres troupes étrangères que le Roi avait amenées dans le pays. Cette grande animnsité était l'effet du bruit que les antagonistes des Catholiques avaient répandu , qu'on voulait non- seulement abolir les usages religieux des Calistins, mais dissoudre

aussi le royaume de Bohème même et extirper leur langage. Les Bohèmes étaient tellement préoccupés de cette idée, que les assurances souvent réitérées de l'Empereur et du Roi ne furent pas en état de bannir de l'esprit du peuple ces absurdes inquiétudes. Comme il était à craindre que Félecteur de Saxe ne se prévalût de ces conjonctures pour pénétrer en Bohème , le roi Ferdinand et le duc Maurice engagèrent par de pressantes représentations l'Empereur à marcher d'abord contre Jean - Frédéric Sur la fin du mois de mars, Charles - Quint se mit en mouvement de Nœrdlingue avec une armée de 20,000 hommes, et se porta par la Franconie et le Haut - Palatinat vers les frontières de la Bohème. Le roi Ferdinand, les ducs Maurice et Auguste de Saxe s'étaient rendus, à la tête de 12,000 hommes, à Brux en Bohème. Le 5 avril l'Empereur, et le jour suivant le roi Ferdinand et le duc Maurice arrivèrent avec leurs troupes à Egre. Le 13 du même mois, l'armée se mit en marche vers l'Elbe et atteignit , le 22 du même mois, le canton de Muglen, à trois milles de Meissen où l'électeur était encore en parfaite sécurité. 11 avait laissé une partie de ses troupes en garnison dans les places conquises. Un corps considérable , qui avait été détaché vers les limites de la Bohème , occupa Joachimstbal, Pressnitz, Ellenbogen et Falkenau j il devait tirer à lui les troupes auxiliaires, promises par les États de Bohème, et les amener à l'électeur. Mais le général des Etats Pflug ayant déclaré, le 16 avril, au commandant du corps saxon Thumshirn , qu'il ne pouvait pas le rejoindre, faute d'argent et d'ordres positifs de la part des Etats , comme aussi à cause de l'indocilité des chefs des différentes troupes dont son armée était composée, le général Thumshirn se retira de la Bohème.

L'électeur se voyant de cette manière pris au dépourvu, évacua Meissen le 23 avril, brûla le pont sur

l'Elbe , et marcha le long de la rive droite sur Muhlberg. L'Empereur le suivit le lendemain, encore avant l'aube du jour , sur la rive gauche dans la même direction , et se trouva bientôt vis-à-vis de Muhlberg» Un épais brouillard déroba les mouvements de Tannée impériale aux regards de l'ennemi. Cette dernière était forte de 30,000 hommes d'infanterie et de 5000 chevaux. L'électeur n'avait rassemblé près de Muhlberg que 9000 hommes ; mais il tenait l'Elbe, qui séparait les deux armées, pour une barrière si impénétrable , qu'il ne fit aucunes dispositions ni pour défendre sa position , ni pour assurer sa retraite en cas de malheur. Cependant les Espagnols pénétrèrent dans le fleuve, et commencèrent le feu contre les avantpostes des Saxons. Ce ne fut qu'alors que l'électeur se retira jusqu'à Wittenberg. L'Empereur fit aussitôt tra* vailler à un pont de bateaux. Mais la cavalerie ayant trouvé an bon gué et traversé l'Elbe , l'Empereur , sans attendre l'infanterie, ordonna au duc d'Albe, qui n'avait que 5000 cavaliers , de poursuivre l'électeur* A trois milles de Muhlberg, devant la bruyère de Lochau, le duc d'Albe atteignit son adversaire , et le força à en venir à une action décisive. L'électeur se défendit jusque dans la nuit Enfin sa cavalerie fut mise en fuite et la plus grande partie de son infanterie taillée en pièces;, outre cela, Jean -Frédéric eut le malheur d'être fait prisonnier avec le duc Erneste de Brunswick et plusieurs comtes et chevaliers. On prétend que de toute l'armée saxonne il échappa à peine quatre cents hommes. Après cette victoire, l'Empereur se dirigea sur Wittenberg. Torgau se rendit le 26 avril ; Wittenberg fut assiégé , le 4 du mois suivant.

Pendant ce siège , Charles - Quint fit assembler son Conseil , pour délibérer sur la manière dont il fallait punir Télecteur Jean-Frédéric. Comme ce prince avait mérité

la mort par sa révolte armée, et que cette peine d'ailleurs avait déjà été prononcée par le ban de l'Empire, lancé contre lui, chacun opina pour l'exécution de cet arrêt. Cependant TEmpereur, par la capitulation de Wittenberg, ainsi dite, fit à l'électeur grâce de la vie (19 mai); mais ce prince fut déclaré déchu de la dignité électorale et de ses États , qui furent transportés à son cousin, le doc Maurice de Saxe.. Ce dernier fut obligé d'assurer à la famille de Jean - Frédéric un revenu annuel de 50,000 florins , en lui cédant les villes d'Eisenach , de Weimsr, de Iéna, ainsi que différents bailliages et châteaux. L'Empereur laissa encore à Jean -Frédéric la ville de Gotha , et à ses enfants celle de Saalfeld , relevant de la couronne de Bohème, avec son territoire. Le duc Jean- Erneste, demi-frère de Jean-Frédéric, conserva le duché de Cobourg. En échange des fiefs bohèmes, que Jean- Frédéric avait possédés et qui maintenant auraient été dévolus à la Bohème, le duc Maurice céda au roi Ferdinand la principauté de Sagan en Silésie , laquelle principauté était, comme on sait, depuis soixante - sept ans réunie à l'électorat de Saxe. Jean - Frédéric dut aussi renoncer à la ligue de Smalkalde et s'obliger à demeurer prisonnier tant que l'Empereur le jugerait à propos. Wittenberg ouvrit, le 23 mai, ses portes à l'Empereur, après que Jean-Frédéric eut délié la garnison de son serment de fidélité. Le 4 juin , au camp près de Wittenberg, Charles-Quint conféra au duc Maurice la dignité d1archimaréchal de l'Empire, l'électorat de Saxe et les pays de son cousin. L'investiture impériale eut lieu dans la Diète d'Augsbourg, le 24 février 1548.

Les Etats de Bohème avaient, en avril 1547 , tenu arbitrairement une Diète à Prague. Les plénipotentiaires royaux , à la tête desquels se trouvaient Tévêque Jean d'Ohautz et le capitaine du pays de Moravie , Venceslas

de Ludanitz , sommèrent les États de dissoudre sur-lechamp leur ligue et de licencier leurs troupes. Un envoyé impérial aussi les exhorta , au nom de Charles - Quint , à l'obéissance. Mais les États persistèrent dans leur obstination ; et ils avaient déjà nommé une députation pour aller notifier au Roi les décisions qu'ils avaient formées, lorsque la nouvelle de la bataille de Muhlberg arriva, et coupa soudain la voix aux orateurs pompeux. Les délégués reçurent alors une tout autre instruction ; ils devaient assurer au Roi la soumission des États à sa volonté souveraine. Immédiatement après, les États congédièrent leurs troupes, bien aises d'aller retrouver leurs pénates. Après que les plénipotentiaires bohèmes eurent rempli leur mission auprès de l'Empereur et du Roi, au camp devant Wittenberg , et qu'ils furent de retour à Prague, la Diète continua cependant, le 20 mai, ses séances. Les États furent encore une fois sommés, par les commissaires royaux , de se soumettre sans condition. Mais la Diète fit partir une seconde députation , pour justifier sa conduite. Elle rencontra, le 1 juin, le Roi à Pirna. Mais Ferdinand, qui était parti du camp près de Wittenberg avec un corps de troupes respectable, pour rétablir en cas de besoin de vive force la tranquillité en Bohème, continua sa marche sans interruption et arriva, le 3 juin, à Leitmeritz. Là, il émit un mandement qui ordonnait à tous les États fidèles de se rendre auprès de lui. La plupart des Nobles, et les députés de beaucoup de villes accoururent à Leitmeritz, et renoncèrent à la confédération. Une grande quantité de troupes, venues de la Silésie, de la Moravie et de la Lusace , s'étaient rangées sous les drapeaux du Roi. Dans la nuit du 30 juin, le château de Prague dit le Hradschin fut occupé par des Allemands. Pendant plusieurs jours , les troupes livrèrent des combats à la populace de la ville vieille QAltetadt) de Prague , sur la rive

de la Moldave , pais devant les portes et dans les plus proches environs de la capitale. Le 8 juillet, les principaux chefs et le comité des bourgeois de Prague furent traduits devant le tribunal du Roi au château. On procéda ensuite de même contre les magistrats des autres villes qui avaient pris part à la sédition , et contre les Nobles. La ligue des États fut anéantie , et les actes, lettres et écrits qui y avaient rapport , furent livrés au Roi. Les villes, les bailliages et les corps de métiers perdirent leurs privilèges; les biens communaux, les impôts et autres revenus de ville furent confisqués. On transporta les canons, les munitions et les fusils dans les arsenaux royaux. Les Nobles qui, comme le général des États Gaspard Pflug, s'étaient sauvés parla fuite, furent déclarés infâmes , condamnés à mort , et leurs biens confisqués. Plusieurs d'entre les Nobles aussi qui s'étaient soumis furent dépossédés de toute leur fortune; d'autres en perdirent une partie. Le 22 août, le roi Ferdinand tint une Diète générale. Avant l'ouverture de cette assemblée, les quatre principaux moteurs de la révolte: les chevaliers Piétipesky et Barcbanez , le vicaire de Wrat, juge de la Cour royale, et Venceslas Geleni , bourgeois de la ville neuve [Neustadt) de Prague, furent exécutés» Les autres bourgeois, qui s'étaient rendus particulièrement coupables , furent en partie bannis du pays , et en partie condamnés à de fortes amendes. Ensuite le Roi établit dans toutes les villes des capitaines et des juges de la Cour particuliers , et nomma son fils , V archiduc Ferdinand, gouverneur-général du royaume de Bohème. Le 10 octobre , le roi Ferdinand partit de Prague, pour aller rejoindre l'Empereur son frère à Augsbourg. ■ ^ Les troupes impériales, détachées dans la basse Saxe, ■«■* éprouvé, au printemps 1547, quelques désavan-

Vétaieut vues obligées de lever , au mois

le mars , le siège de Brème et avaient été battues , le Vk mai , près de Drakenbourg par le comte Albert de !H ansfeld. Mais la nouvelle du traité , conclu à Wittenterg, eut pour résultat la soumission du reste de la ligue le Smalkalde. Le nouvel électeur Maurice de Saxe et selui de Brandebourg cherchèrent à obtenir aussi la grâce iu landgrave Philippe de Hesse. Leur entremise resta longtemps sans succès* Enfin, le 19 juin à Halle, le landgrave demanda pardon à genoux à l'Empereur, en présence de plusieurs princes, lui remit son pays avec toutes les places, l'artillerie et les munitions , et lui paya cent cinquante mille florins pour les frais de la guerre. Jean- Frédéric de Saxe et Philippe de Hesse demeurèrent prisonniers de l'Empereur.

Le pape avait , sous prétexte qu'il régnait un air malsain à Trente , transféré, au mois de mars 1547, le concile à Bologne. Cette démarche mécontenta beaucoup l'Empereur, qui en voulait déjà au pape, à cause qu'il avait rappelé les troupes de l'Eglise dans le plus fort besoin Je la guerre de Smalkalde* Charles - Quint et les Etats catholiques étaient tous du sentiment qu'il fallait transférer de nouveau le concile à Trente, assurer un sauf conduit aux Protestants, et procéder dans les négociations ivec eux d'après les principes d'une stricte équité, si Ton roulait atteindre le but qu'on s'était proposé par la convocation de cette assemblée. Sous ces conditions réservées , les Protestants , comme les Catholiques , s'en rentrent entièrement à l'Empereur du soin d'arranger cette affaire. Charles -Quint pressa conséquemment le pape de aire retourner les Pères à Trente; et sur le refus du )ontife de consentir à cette demande , il fit protester par »es ambassadeurs dans la congrégation à Bologne, le 16 anvier 1548, et dans le consistoire à Rome, le 28 du même mois, contre le concile assemblé à Bologne.

Afin d'amener en attendant une union religieuse, qu'on ne pouvait guère espérer d'obtenir par un concile, Charles- Quint avait fait dresser par quelques théologiens an formulaire de Foi et de discipline pour F Allemagne , lequel devait rétablir et maintenir, jusqu'à la convocation d'an concile général, la tranquillité dans l'Empire. Ce fameux règlement fut communiqué, le 15 mai 1548, au Corps germanique dans la Diète que l'Empereur avait ouverte à Augsbourg, le 1 juin de l'année précédente, et reçut le nom d'Intérim d' Augsbourg. Parmi les vingt-six articles de ce règlement il y avait trois points de la plus grande importance; c'étaient ceux qui accordaient aux Protestants le mariage de leurs prêtres, la communion sous les deux espèces et la jouissance de biens de l'Eglise confisqués. Le pape, les électeurs ecclésiastiques, les évéques et beaucoup d'Etats catholiques se récrièrent extrêmement contre les concessions faites aux Luthériens. La majorité des princes et des villes impériales protestants rejetèrent également l'Intérim. Il n'y eut que les électeurs du Palatinat et de Brandebourg qui l'acceptèrent pour leur pays. Dans le duché de Wurtemberg, h Augsbourg, Ulm, Nuremberg et dans d'autres villes, occupées par des troupes impériales , l'Intérim fut introduit par la force. L'électeur Maurice de Saxe avait également refusé son accession à l'Intérim d' Augsbourg. Il en fit dresser un autre qui fut adopté , le 22 décembre 1548 à Leipzig, par les États de Saxe. Cet Intérim de Leipzig fut établi fort rigoureusement dans les Etats de Maurice. Ces deux Intérim produisirent la plus grande confusion en Allemagne, et augmentèrent beaucoup la haine réciproque des deux partis, comme aussi la division dans la Foi et les esprits.

Le traité de Bourgogne, signé le 26 juin 1548, mit tous les Pays-Bas, réunis depuis 1512 sous le nom de cercle

de Bourgogne, sousla protection de l'Empire. On lai assura les droits et franchises, comme aussi voix et séance dans les Diètes de l'Empire , à l'égal des autres Etats d'Allemagne. En revanche, ils devaient payer leur quotepart dans toutes les contributions de l'Empire, et en cas qu'ils restassent en retard , y être contraints par la Chambre impériale. Dans tous les autres cas toutefois ils furent confirmés dans leurs privilèges particuliers , et affranchis de la juridiction de l'Empire. Ces provinces étaient par conséquent indépendantes de l'Empire germanique, hormis sous les rapports ci -dessus énoncés. Il fut cependant réglé, que celles des provinces des Pays-Bas, qui avaient de tout temps été des fiefs de l'Empire continueraient, pour elles et en particulier , à relever du Corps germanique. Par cet arrangement Charles- Quint soustrayait les Pays-Bas à la suprême autorité immédiate de l'Empire germanique, et leur assurait cependant l'assistance et la participation de l'Allemagne aux guerres françaises, aussi souvent que le théâtre de ces dernières se portait dans les Pays-Bas.

Charles - Quint avait cherché à assurer à son fils Philippe la possession de Milan et des Pays-Bas. Par un nouvel acte qu'il fit expédier l'an 1549, il déclara que le Milanais, qui en 1540 n'avait été conféré qu'aux descendants mâles de Philippe, passerait aussi aux femelles, par où le droit de succession fut aussi concédé à ces dernières. En été 1549, l'Empereur fit inaugurer son fils dans toutes les provinces des Pays-Bas comme futur Souverain de ces pays. Enfin le 8 mars de l'année suivante à Augsbourg , Charles - Quint donna encore une fois à l'infant Philippe l'investiture du duché de Milan, puis de ceux de Brabant, de Gueldre, de Luxembourg, de Limbourg et des comtés de Flandre et de Bourgogne.

Le pape Paul III étant mort , le 10 novembre 1549,

le cardinal del Monte, qui lui succéda , le 7 février 1550, sous le nom de Jules 111, convoqua, le 27 décembre de la même année, le concile de Bologne de nouveau à Trente, où il devait être continué, le 1 mars 1551. Les États protestants réitérèrent dans la Diète, tenue en juillet 1550 à Augsboarg, la déclaration qu'ils avaient déjà faite antérieurement, de reconnaître ce concile et d'y assister sous la protection du chef de l'Empire.

Vers le même temps, la nouvelle circulait en Allemagne, que Charles-Quint avait l'intention d'engager son frère Ferdinand, roi des Romains, à renoncer à sa dignité en fateur de l'infant Philippe , afin que le trône impérial fût assuré à ce dernier prince. Ce bruit ayant alarmé les princes électeurs , qui craignaient que l'Empereur ne voulût entièrement supprimer leur droit d'élection et rendre la couronne impériale héréditaire dans sa famille , Charles- Quint fit remettre, le 2 mars 1551 , aux princes électeurs une protestation contre les vues qu'on lui supposait. En même temps il leur notifia, qu'il était convenu avec son frère Ferdinand que , s'il parvenait à l'Empire après sa mort, il ferait élire par les princes électeurs l'infant Philippe roi des Romains; qu'en revanche si Philippe devenait empereur, il proposerait aux princes électeurs de déférer la dignité de roi des Romains h l'archiduc Maximilien , fils du roi Ferdinand. Par cet arrangement Charles - Quint ne voulait, à ce qu'il disait, que maintenir l'Allemagne dans une étroite liaison avec la ligne espagnole de la Maison d'Autriche pour le propre avantage de l'Empire germanique, et afin que celui-ci pût être mieux protégé contre ses ennemis extérieurs* Mais comme les princes électeurs ne goûtèrent point ces raisons , Charles-Quint renonça à son projet.

Les villes de Magdebourg et de Constance avaient été mises au ban de l'Empire , parce qu'elles continuaient

k braver l'Empereur avec une obstination téméraire. Le général Alphonse Vives attaqua , an mois d'août 1548* par ordre du roi Ferdinand, avec 3000 Autrichiens et 3000 Espagnols la ville de Constance ; mais cet officier ayant été tué, ses troupes furent dispersées par les bourgeois. Néanmoins, comme Constance ne recevait point le secours qu'elle attendait de la part des confédérés, elle se rendit , le 15 octobre , au roi des Romains 5 cette ville perdit son immédiateté et devint sujette de la Maison d'Autriche, Magdebourg arma pour sa défense et publia, le 1 août 154:8, un manifeste par lequel cette ville se déclara dans les termes les plus menaçants contre l'Intérim f Augsbourg, émané de l'Empereur , comme aussi contre tous ceux qui l'avaient adopté. Charles-Quint renouvela, le 18 mai 1549, l'arrêt prononcé contre Magdebourg, et enjoignit aux princes et États voisins d'exécuter cette sentence. Mais cette année et une grande partie de la suivante s'étant écoulées, sans qu'on prit des mesures pour remplir cet ordre souveraiA, f Empereur ordonna en octobre 1550 à l'électeur Maurice de Saxe d'exécuter le ban de l'Empire , décrété contre Magdebourg , et assigna à ce prince sur la caisse de l'Empire la somme de 100,000 florins pour faire face aux frais des armements, puis 60,000 florins par mois pour l'entretien des troupes.

Au mois de novembre 1550, le duc Maurice de Saxe investit, il est vrai, la ville de Magdebourg j mais ce prince, ]ui depuis si longtemps s'était montré partisan zélé de 'Empereur , et qui avait obtenu de ce monarque un élecorat pour prix de son dévouement, songeait déjà alors à levenir parjure et traître envers son bienfaiteur. Dans les négociations entre l'empereur Charles - Quint et Philippe le Hesse, Maurice et l'électeur Joachim de Brandebourg avaient garanti au landgrave, qu'en se soumettant sa lilerté personnelle ne courait absolument aucun danger.

Ces deux princes avaient compris la promesse faite par Charles - Quint , que le landgrave ne sabirait poiat ne détention perpétuelle Qohne ewige Gefangemêckifi), comme s'il y était dit, qu'il ne sabirait aucane ëéteaCk» Çohne einige Gefangen$chaft). Ils forent donc fort étonnés de roir qu'on retenait Philippe prisonnier, et demandèrent aussitôt son élargissement Ils réitérèrent plos tard à différentes reprises leurs représentations et prières. Mais depuis que le Landgrave avait tenté à Malines de s'évader, il fut gardé encore plus rigoureusement. Cette inflexibilité de l'Empereur révolta enfin l'électeur Maurice au point, qu'il se détermina à employer la force pour délivrer le landgrave son beau- père, et pour regagner l'affection des Protestants , qui lui reprochaient non-» seulement d'avoir sacrifié sa croyance à son ambition , mais encore de s'entendre avec Charles - Quint pour laisser en prison Jean-Frédéric de Saxe, son cousin. Afin toutefois de se procurer des forces suffisantes, pour faire la guerre i l'Empereur lui-même, Maurice se permit avec une dissimulation hypocrite chaque fourbe qui pouvait servir a cacher au monde ses véritables sentiments. Lui-même avait arrangé par une fine ruse, qu'on le proposât pour exécuteur du ban de l'Empire prononcé contre Magdebourg. Cette expédition lui fournissait des raisons plausibles pour faire des levées de troupes, airtsi que de s'allier avec différents princes. H conclut, le 5 octobre 1551 à Friedewalde, avec Henri II de France, fils et successeur de François I, un traité d'alliance, dans lequel furent compris Guillaume de Hesse, fils aîné du landgrave Philippe, le duc Jean -Albert de Meeklembourg et le margrave Albert de Brandebourg -Culmbach. Le roi Henri II s'engagea à lui payer des subsides pour les armements et l'entretien des troupes confédérées , et promit aussi de renforcer, en cas de besoin, l'armée alliée par

un corps auxiliaire français. Les confédérés alléguèrent pour but de leur union la défense de la liberté germanique et l'élargissement du landgrave Philippe. On devait inviter tous les princes et États de l'Empire à entrer dans la coalition, et traiter ceux qui demeuraient fidèles à l'Empereur , comme ennemis et traîtres à la patrie. Quel était l'attachement que Maurice et ses alliés portaient à leur patrie, ils le prouvèrent par là qu'ils permirent aux Français de prendre possession des villes allemandes de Cambrai , de Metz , de Toul et de Verdun 5 qu'ils firent à Henri II la promesse d'élire empereur , à la prochaine vacance du trône d'Allemagne, ou le roi de France luimême, ou en cas qu'il n'eût point envie de cette couronne, telle autre personne qui serait agréable à ce monarque. Henri II ratifia le traité à Chambord, le 15 janvier 1552. Les confédérés s'adressèrent ensuite aussi au roi Edouard FI, fils et successeur de Henri VIII d'Angleterre, et sollicitèrent un emprunt de 400,000 couronnes; mais ils éprouvèrent un refus absolu.

A peine le traité avec la France fut «il conclu, que Maurice termina aussi les négociations avec Magdebourg. Le 6 novembre 1551, la capitulation fut signée. La ville se rendit à discrétion à l'Empereur. On imposa pour toute punition à Magdebourg la remise de dix pièces de canon et une amende de 50,000 florins. Les bourgeois firent hommage à l'Empereur et à l'électeur Maurice, et s'engagèrent par serment à reconnaître ce dernier pour leur maître, tant que l'Empereur ne leur en aurait pas désigné un autre. La possession de cette forteresse favorisa beaucoup les vues de Maurice , qui fit de cette ville sa principale place d'armes. À la fin de novembre , les électeurs Maurice de Saxe et Joachim de Brandebourg envoyèrent une ambassade à Charles-Quint, qui se trouvait à Inspruck , et prièrent encore une fois ce monarque

de remettre le landgrave Philippe en liberté. Cette demande fut appuyée par plusieurs autres princes, et par le roi Ferdinand lui-même ; mais l'Empereur persista dans son refus. Toutefois il promit de traiter ultérieurement de cette affaire à l'arrivée personnelle du landgrave Philippe à Inspruck , où ce prince était attendu.

Dans ces entrefaites, le bruit s'était déjà répandu en Allemagne, que Maurice méditait de mauvais desseins contre l'Empereur. Il fut causé- par la circonstance, que rélecteur n'avait pas licencié les troupes dont il s'était servi pour réduire la ville de Magdebourg. Mais ee prince astucieux sut écarter les soupçons qui planaient sur lui, en faisant partir en février 1552 ses théologiens pour Trente. Lorsque ceux-ci furent arrivés à Nuremberg, où H leur avait ordonné de s'arrêter, il écrivit à l'Empereur: qu'il voulait aller lui présenter personnellement ses bonmages à Inspruck. H donna aussi des ordres, pour qu'on lui préparât un logement dans cette ville , se mit effectivement en route , au commencement du mois de mars, mais il retourna, sous des prétextes spécieux, sur ses pas à moitié chemin. 11 sut ainsi prolonger l'illusion de l'Empereur jusque vers le printemps. Ce monarque avait été averti par les archevêques de Mayence et de Cologne d'être sur ses gardes à l'égard de Maurice. Mais Charles - Quint leur montra les lettres amicales de ce dernier, et s'en référa aux rapports des espions qu'il avait parmi les secrétaires de Maurice. Ceux-ci cependant avaient dès longtemps été reconnus par l'électeur, qui les avait si bien trompés , qu'ils ne pouvaient mander à l'Empereur que des choses que Maurice disait , faisait ou traitait à dessein en leur présence , et qui toutes marquaient un dévouement et une fidélité inaltérables envers le chef de l'Empire. Par conséquent le monarque abusé tint tous ces bruits pour des calomnies que les ennemis du

repos public répandaient , dans la vue de troubler Fanion entre lai et les princes, et d'entraver la marche da concile.

L'électeur Maurice, à la tête d'une armée de 25,000 hommes, se mit, le 20 iqara 1552, en marche de la Thuringe pour la Franconie et la Souabe. Le jeune landgrave de Hesse et le margrave Albert do Brandebourg se joignirent à lui. Le 1 mai , l'armée se trouva campée devant Augsbourg, Les confédérés firent connaître dans un manifeste les motifs qui les avaient engagés i prendre le* alrtes contre l'Empereur, Ces raisons étaient: les prétendus efforts de ce Souverain pour étouffer entièrement la religion protestante, pour renverser la constitution germanique et détruire la liberté allemande; l'introduction des troupes étrangères (espagnoles et italiennes} dans l'Empire ; ses extorsions d'argent (les contributions versées dans les caisses de guerre et les amendes payées par les princes et État* rebelles) ; le projet de faire élire l'infant Philippe roi des Romains; enfin la détention du landgrave Philippe de Hesse. Le roi de Frarice adressa en même temps à tous les princes d'Allemagne une lettre circulaire, datée de Fontainebleau le 3 février, dans laquelle il les exhortait à la guerre contre l'Empereur , et se nommait le protecteur de la liberté germanique et des princes captifs, pour lesquels il allait prendre les armes.

L'Empereur fut surpris par cette révolte» Ses troupes étaient dispersées dans des cantonnements fort étendas ; en sorte qu'il ne pouvait assez rapidement rassembler des forcés suffisantes pour faire tête aux rebelles. U prit, le 4 avril, la résolution de quitter lnsprnek, et de se rendre par le défilé d'Ehrebberg au lac de Constance, puis de là par la Lorraine dans les Pays-Bas, ou se trouvait une quantité considérable de troupes impériales. Il partit en effet la nuit suivante. Mais ayant reçu en route l'avis

que les premières troupes des confédérés avaient déjà passé Kaufbeuern et Kempten , et faisaient des courses vers Fussen , il se vit obligé de retourner à I nspruck. Augsbourg s'était rendu, le 4 avril, par capitulation. Les Nurembergeois, effrayés par les menaces des confédérés, payèrent à bes derniers 100)000 florins, et la plupart des villes impériales de Souabe leur accordèrent une subvention équivalente à six mois romains. Mais la ville d'Ulm rejeta toutes les propositions des confédérés, et ayant été assiégée, elle se défendit si résolument, que les assaillants furent forcés à la retraite. Le roi Ferdinand se rendit en toute hâte à Linz dans la haute Autriche, et offrit sa médiation aux princes révoltés. Il eut dans cette ville une entrevue avec l'électeur Maurice , à qui il proposa une suspension d'armes pour seize jours (Ja9~ qu'au 16 mai}, au bout desquels les négociations devaient être continuées à Passau.

Dans l'intervalle , le landgrave Guillaume de liesse et le duc Jean de Mecklembourg s'étaient avancés jusqu'à Stockach , où ils reçurent les subsides français, fls se dirigèrent ensuite de nouveau vers le Danube , sur Gundelfingen. Des détachements de leurs troupes occuperait le jeune Palatinat; sur quoi le comte palatin Othon-Henri accéda à la ligue. D'autres bandes chassèrent l'évêqne Othon d' Augsbourg de son pays. Au retour de Maurice de Linz (le 8 mars} , l'ambassadeur français insista sur la continuation des hostilités. Les confédérés décidèrent par conséquent, que l'armistice ne commencerait qu'au 26 mai, époque fixée pour l'ouverture du congrès de Passau, et ne durerait que quinze jours. Il fut convenu, que Maurice employerait le temps qui lui restait jusqu'au commencement de la trêve , à faire une invasion en TyroL Les confédérés marchèrent , le 12 mai et les jours suivants, par Mindelheim, Kaufbeuern , Rosshaupt, et repoussèrent,

le 18 du même mois, les troupes impériales, campées entre Fussen et Reutti. Le 16 mai, ils assaillirent les ouvrages extérieurs du défilé d'Ehrenberg, tournèrent le château par les montagnes, le forcèrent à se rendre, et firent 2000 prisonniers. Une révolte qui éclata parmi les troupes de Maurice, l'empêcha de surprendre Charles- Quint dans Inspruck , où ce Souverain était malade de la goutte. L'Empereur et le roi Ferdinand avaient, après la prise d'Ehrenberg, quitté Inspruck dans la nuit du 20 mai, et se rendirent par Brunnecken , sur des chemins détournés fort incommodes, à Villach dans la haute Carinthie. Avant son départ , Charles - Quint avait rendu la liberté au duc Jean-Frédéric Mais ce prince, soit qu'il craignît de tomber entre les mains de son cousin Maurice , qu'il regardait avec raison comme son plus grand ennemi, et comme Fauteur de toutes ses disgrâces, soit qu'il ne voulût devoir sa liberté qu'aux princes protestants , suivit l'Empereur à Villach. Le 23 mai , l'électeur Maurice entra dans Inspruck. Les succès des Protestants jetèrent tant de frayeur parmi les Pères du concile de Trente, qu'ils quittèrent cette ville et se dispersèrent. Comme le temps approchait où la trêve devait commencer, Maurice quitta, le 28 mai, le Tyrol, fit camper ses troupes près de Fussen, plus tard près d'Echweil et Eichstœdt, et se rendit ensuite à Passau. Pendant ce temps-là, le margrave Albert de Brandebourg avait ravagé le territoire d'Ulm et de Nuremberg , et commença alors le siège de cette dernière ville.

Le roi Henri II de France avait déjà commencé les opérations convenues à Friedewalde. Il était entré, au mois de mars 1552 , avec une armée de 25,000 hommes en Lorraine , et avait occupé Toul , Verdun , Nancy et Metz* Ensuite Henri se dirigea vers l'Alsace. Strasbourg, que les Français voulaient prendre par un coup de main,

ne dot son salut qu'à la vigilance de ses bourgeois. En revanche le roi s'empara des villes alsaciennes deHaguenaa et de Weissenberg. Henri II se proposait de faire de plus grandes conquêtes ; mais les électeurs deMayence, du Palatinat, de Trêves et de Cologne, les ducs de Cléves et de Wurtemberg, et plusieurs autres princes allemands du voisinage , comme aussi les Confédérés helvétiques, s'opposèrent avec grande énergie i toute usurpation ultérieure. Ils firent au roi l'observation, que ce n'était point en asservissant des villes allemandes qull se montrait le protecteur de la liberté germanique, tel qu'il s'était annoncé, observation dont Henri paraît avoir senti la justesse , puisqu'il renonça à ses projets sur Strasbourg. Les Français avaient déjà capturé, dans les années précédentes, plusieurs navires belges dans les mers qui baignent la France, et mis en séquestre des marchandises flamandes qu'on avait trouvées en France. La reine Marie, gouvernante des Pays-Bas, n'ayant pu obtenir la satisfaction qu'elle avait demandée à différentes reprises, ni même la cessation de ces actes d'hostilité, fit également confisquer les biens français dans les Pays-Bas et déclara, le 26 septembre 1551, au roi Henri II la guerre pu* mer et par terre. Dans l'automne de l'année suivante, le général Martin van Rossem fit avec un corps de troupes belges une invasion en Champagne et ravagea cette province. Mais en revanche le roi marcha dans le pays de Luxembourg, conquit Stenay , Damvilliers, Bouillon et Ivoy, et conduisit au mois de juillet son armée dans le comté d'Artois, où elle occupa des quartiers de rafraîchissement. Le comte de Roeulx avec les troupes flamandes s'était emparé d'Hesdin ; mais le 26 décembre cette forteresse se rendit de nouveau au général français Vendôme.

Le congrès de Passau fut ouvert , le 1 juin 1552, P*r le roi des Romains. Dans cette ville s'étaient réunis

Parchevêque de Sàlzbourg, les évéques d'Eichstedt et de Passaa , le duc Albert de Bavière , les envoyés de tous les électeurs , et beaucoup d'autres princes et États; un ambassadeur français y était également arrivé. L'électeur Maurice demanda qu'on accordât pleine liberté de conscience aux Protestants ; que son beau - père Philippe de Hesse fût élargi et que l'Empereur et ses ministres s'abstinssent de toute démarche contraire à 1& constitution de. l'Empire. La trêve fut prolongée jusqu'au 3 juillet. Mais comme ce terme expira sans que l'Empereur eût pu se résoudre à accepter les conditions 'alléguées ci-dessus, l'électeur Maurice retourna, le 5 juillet, i l'armée des confédérés. Le roi Ferdinand se rendit en toute diligence i Villach auprès de l'Empereur , pour l'engager à satisfaire les exigences des Protestants. Les confédérés levèrent, le 12 juillet, le camp qu'ils occupaient alors près de Mergentheim, investirent, le 17 du même mois, la ville de Francfort-sur-le-Mein, occupée par les Impériaux, et commencèrent & l'assiéger. Pendant ce temps-là, le mar-* grave Albert de Brandebourg dévasta et rançonna les évêchés de Bamberg et de Wurzbourg, l'électorat de Mayence et les évécbés de Worms et de Spire.

L'Empereur ayant enfin consenti aux demandes des confédérés, le roi Ferdinand revint & Passau. Le 30 juillet 1552 le traité, qu'on appela la pacification de Pa$tau , fut signé au camp devant Francfort. Ce traité a depuis toujours été considéré comme le fondement et le titre qui établit la liberté de là religion protestante. H porte en substance : que les confédérés licencieraient leur année jusqu'au 12 août ; que dans ce même espace de temps le landgrave Philippe de Hesse serait mis en liberté } que les comtes deMansfeld et d'Oldenbourg, le comte du Rhin et autres, proscrits depuis la guerre de Smalkalde^ obtiendraient leur pardon, et qu'on rendrait au comte

palatin Othon - Henri, au prince Wolf d'Ànhalt etc. leurs pays, qui dans l'intervalle avaient été occupés par les Impériaux; qu'on tiendrait dans le ternie de six mois une Diète , ou seraient discutés la querelle de religion et les griefs relativement aux atteintes portées à la constitution de l'Empire; qu'en attendant il y aurait une paix parfaite entre les deux partis de religion , et une pleine liberté de conscience jusqu'à une réunion définitive. On accorda une amnistie à tous ceux qui avaient pris part à la dernière révolte. Le 27 août à Augsbourg , l'Empereur mit Jean- Frédéric de Saxe en possession de tous les pays que la transaction de Wittenberg lui avait encore laissés*

Le margrave Albert de Brandebourg - Culmbach n'avait pas accédé à la paix de Passau. Lui seul continua encore pendant quelque temps le siège de Francfort , et saccagea ensuite encore une fois les pays de Worms, de Spire et de Mayence. Vers la mi-août il occupa cette dernière ville , s'avança ensuite dans l'archevêché de Trêves et s'empara , le 28 du même mois, de la ville du même nom. En septembre il ravagea les duchés de Luxembourg et de Lorraine , et occupa ensuite une position près de Pont - à - Mousson. Là , il se mit à négocier tant avec l'Empereur qu'avec le roi de France; mais il resta longtemps indécis de quel côté il devait se ranger. Enfin il conclut , le 20 octobre à Thionville , une convention avec l'Empereur , laquelle fut confirmée , le 10 novembre an camp devant Metz , par un second traité. Le margrave obtint une amnistie pour lui et ses partisans , et entra an service de l'Empereur. Une partie des troupes hessoises s'étaient réunies , au mois d'août , avec le margrave , ce qui avait un peu retardé l'élargissement du landgrave Philippe , qui fut enfin relâché à Louvain , le 3 septembre de Tannée 1552. L'électeur Maurice envoya ses troupes de Francfort à Donauwœrth ; là, elles s'embarquèrent sur jj

■tayfeltauiabe pour se rendre en Hongrie , ou elles devaient 'fwfihe employées contre les Tares. Maurice lai - même les sttttmt dans ce royaume. Mais quant à la Diète, qui devait *%i fbe tenue dans six mois , la guerre avec la France et les *<*lHiMe0 qui continuaient de régner en Allemagne, en i^fbpêcbèrent pendant longtemps la convocation. ■**& * Charles-Quint marcha, en automne 1552, par Augs- **ikvg9 Ulm et Landau, à Thionville. Ensuite il s'avança faâ avec une armée de 56,000 fantassins et de 10,000 cavaliers, * * lin la Lorraine. Au mois d'octobre, le duc d'Albe corn- K* teoça le siège de Metz que défendait François de Lor- ^ Aine, duc de Guise. Mais l'intempérie de la saison et le *lhnque de vivres engendrèrent des maladies qui moisson- ^ Gèrent la troisième partie de Tannée impériale. Le mar- - #»ve Albert de Brandebourg s'était , à la fin d'octobre, ^ ; )Mé dans l'évêché de Toul , que ses soldats ravagèrent r *fc k manière la plus cruelle. Le 4 novembre il attaqua JMpinément, près de Saint-Nicolas, le corps français du dbed'Aumale, qui y était posté pour observer ses mouvements, le battit , le dispersa et fit le duc prisonnier. Ensuite il se réunit avec l'armée impériale devant Metz. Le 10 décembre Charles-Quint leva le siège de la place, mit ses troupes en quartiers d'hiver et se rendit à Bruxelles.

En Italie, les hostilités avaient déjà commencé, une année auparavant, entre l'Empereur et le roi de France par rapport à Parme. Le pape Jules III avait, peu de temps après son exaltation (en février 1550} , confirmé Octave Parnèse dans la possession de ce duché. Mais l'Empereur s'opposa à cette disposition, alléguant pour notif, que Parme était un ancien fief de l'Empire , et que d'ailleurs cette ville avait longtemps appartenu au duché de Milan. Octave s'adressa alors au roi de France, pour obtenir le secours de ce monarque. Cette démarche engagea le pape à offrir à Octave la principauté de Came-

rino en échange du duché de Panne et, tm nom refim, à le citer, comme suzerain , i comparaître devant son tribunal, à causé de son union avec la France. L'Empereur ordonna, le 13 mai 1551, i Ferdinand de Gonzague, gouverneur de Milan, de s'emparer de Panne et de son territoire. Mais Octave Farnèse se ligua, le 27 mai, avec le roi Henri II de France, qui lui promit des troupes et des subsides. Le souverain pontife, indigné de cette alliance, déclara Octave, comme rebelle , déchu de ses fiefe. L'Empereur lui retira en même temps les villes de Novare et de Givita di Penne, qu'il lui avait assignées pour dot de sa fille Marguerite. Vers le milieu du mois de juin, Gonzague entra avec 13,000 hommes sur le territoire de Parme. Mais lorsqu'il investit cette ville , une garnison française de 10,000 hommes était déjà arrivée dans la place. Alexandre Vitelli commença avec 10,000 hommes de troupes pontificales le siège de Mirandole, dont le possesseur était également entré en intelligence avec le roi Henri. Tandis que les garnisons de ces deux villes se défendaient courageusement, les commandants français en Piémont Brissac , Pierre Strozzi et Horace Farnèse inquiétèrent les Impériaux par des diversions contre la Lombardie. Gonzague se vit obligé de retourner avec la plus grande partie de ses troupes dans le Milanais , pour couvrir ce pays j et les sièges de Parme et de Mirandole furent changés en blocus. Les Turcs avaient fait a cette époque une descente en Sicile, Henri II fit arrêt sur tous les revenus ecclésiastiques que le Saint-Siège tirait de la France. Il ordonna aussi aux prélats français qui se trouvaient au concile de Trente, de retourner dans l'espace de six mois dans leurs diocèses , et menaça le pape de convoquer un synode gallican. Jules III se vit contraint par ces circonstances à céder. Il conclut, le 23 avril 1552, sous la médiation des Vénitiens, avec le rai Henri et

^|ht*ve Farnèse une trêve de deux 4119 , qui laissa ee ^NÉWer prince en possession de Parme. Les troupes de "^Église évacuèrent alors les territoires de Parme et do ^JBnmdole, après quoi celles de l'Empereur, trop peu ; MW>r<e0ses pour continuer seules le blocus de ces villes^ ^tlMurnèrent aussi dans le Milanais* Charles - Quint ac- Utis, le 20 mai* à la trêve conclue avec Octave Farnèsej " ~ ."v Afin de se procurer, dans la position embarrassante ~ * ^É Tarot mis l'attaque perfide de l'électeur Maurice, les ftarii nécessaires aux armements , l'Empereur céda i < ^fae de Médicis , Souverain de Florence, la principauté ^Pioabino, pour sûreté de la somme de 200,000 écus jJk'B reçut de ce prince. Les Siennois, qui appréhendaient fbroir le même sort , recherchèrent l'appui de la France^ * " feu soulevèrent en juillet contre leur garnison espagnole, Assiégèrent dans la citadelle, qu'on avait récemment ftfttie, et la forcèrent, à l'aide des troupes françaises arrivées du Piémont, i se retirer à Orbitello. Les Fran~ et les Siennois tentèrent alors de conquérir cette place ; mais les Impériaux la défendirent avec tant de vaillance que leurs ennemis échouèrent dans cette entre* prise. Dans Tannée 1553, la guerre continua, malgré tons les soins que prit le pape Jules III pour ménager la paix. Le duc de Florence et Don G amas de Tolède^ général de l'Empereur , avaient formé le plan d'attaquer Sienne et le corps français qui était venu au secours de cette ville. Ils commencèrent leurs opérations avec succès, conquirent plusieurs places et assiégèrent , sur la fin de Bai , Monte alcino. Mais l'apparition d'une flotte francoottomane, sous les ordres du prince de Salerne et de Dragnl, amiral du sultan, avec qui le roi de France s'était , le 1 février 1553 , jeta répouvante tant dans Floque dans Naples. Les Impériaux levèrent aussitôt le siège de Monte alcino, et marchèrent au secours des

places maritimes qui étaient en danger. Lés Français M les Turcs étaient débarqués en Sicile , plus tard nr kl côtes du royaume de Naples, et s'emparèrent enfbta grande partie de l'île de Corse , appartenante i Getfft Dans la haute Italie , le gouverneur de Milan Fertei Gonzague conquit, au mois d'août, Casale, viBe f «te dans le Montferrat et dégagea, le 25 décembre, la i» teresse de Vercelli que le général Brissac avait «rpria

Dans les Pays-Bas, les généraux de FEaprat le comte de Roeubc et Martin Rossem , assiégeait J* puis la fin du mois d'avril (1553) la forteresse à Térouanne. Le prince Guillaume d'Orange arriva et si avec des troupes fraîches dans le pays d'Artois et prit ■ commandement général de l'armée impériale. Térotf* fut emportée d'assaut, le 20 juin, et démolie defc* en comble; la prise de cette place fut suivie de tfP d'Hesdin qu'on rasa également* Henri II avait, sur la S du mois d'août, rassemblé une armée près d'Amiens, < il fut rejoint par 10,000 Suisses. Le connétable de Moi morenci battit le corps impérial du comte Lamoral A% mont qui s'était avancé contre Dourlens. Mais le abandonna les attaques commencées sur Bapaume Cambrai, et marcha contre le camp de l'Empereur p de Valenciennes. Mais ayant perdu beaucoup de moi dans l'attaque qu'il entreprit, le 18 septembre, contre retranchements, il jugea à propos de se retirer ; sur q les deux armées prirent leurs quartiers d'hiver.

Au mois de juin 1554 , trois armées françaises | nétrèrent dans les pays d'Artois, de Hainaut, de Luxe bourg et de Liège , conquirent plusieurs places fortes assiégèrent Renty. Le 3 août , l'armée impériale , s Guillaume d'Orange , qui était venue au secours de place, livra aux Français une bataille qui resta indéd Toutefois le défaut de vivres força bientôt après

Français i lever le siège. Les Impériaux ravagèrent ensuite encore une partie de la Picardie, et essayèrent de surprendre , d'intelligence avec les habitants , la ville de Metz ; mais la vigilance du gouverneur français Vieilleville fit manquer ce coup de main.

La garnison française à Sienne était commandée par Pierre Strozzi. Le 29 janvier 1554, le général Jacques de Médicis, margrave de Marignan, attaqua cette ville qui fut défendue avec une grande résolution. Au mois de juin , Strozzi dévasta le territoire florentin; mais il fut battu , le 2 août , dans les environs de Marciano. Sienne ne se rendit qu'à la dernière extrémité (le 21 avril de Tannée 1555}. Ferdinand Gonzague avait, en 1554, été remplacé par l'Espagnol Suarez de Figueroa dans le gouvernement de Milan. Le général français Brissac conquit en Piémont Ivrée , assiégea Valfenera, renonça toutefois à cette attaque, lorsqu'il apprit la défaite des Français près de Marciano. Suarez s'était emparé de Sommariva par surprise. Dans Tannée 1555, la guerre fut continuée dans la haute Italie avec la plus grande vivacité. Le général Brissac prit Casale d'emblée (3 mai), et conquit ensuite Valence , San Salvatore et plusieurs autres places sur la rive gauche du Pô. L'Empereur envoya alors le duc d'Albe en Italie, et le nomma gouverneur-général de toutes les possessions espagnoles dans ce pays , ainsi que commandant en chef de l'armée. Le duc d'Albe dégagea , au mois de juin , quelques places fortes , qui n'en furent pas moins conquises en automne par les Français.

Le 12 février 1556, il fut enfin signé dans Tabbaye de Vaucelles près de Cambrai , entre l'Empereur et le rai de France une trêve de cinq ans , pendant laquelle chacun des deux monarques devait rester en possession de tous les pays qu'il occupait alors»

Lie margrave Albert de Brandebourg - Culmbacfc avait dans les traités, signés à Tidonville le 2* octobre, et près de Metz le 10 novembre 1552, reçu de FEmpe* reur la promesse que les transactions qu'il avait conclues avec les évéques de Bamberg et de Wurabourg avant la pacification de Passau , seraient accomplies. Mais la Chambre impériale déclara ces actes nuls , comme ayant été arrachés par la force et en violant la paix publique. Le margrave rejeta l'accommodement que lui proposèrent, au mois de mars 1553 dans le congrès d'Heidelberg, les ducs de Bavière, de Wurtemberg et de Clévea, qui avaient été désignés pour médiateurs par Charles -Quint Ces trois ducs conclurent alors entre eux une alliance défensive pour trois ans, à laquelle accédèrent ensuite aussi les électeurs de Mayence et de Trêves. Le margrave Albert fit valoir son prétendu droit par les armes, et conquit plusieurs villes et châteaux sur les territoires de Wurzbourg, de Bamberg et de Nuremberg; de là il passa dans la basse Saxe, et mit tout à feu et à sang dans ce pays. Le 13 avril à Egre , le roi des Romains, Félecteur Maurice et le duc Henri de Brunswick se liguèrent avec les évéques de Wurzbourg et de Bamberg contre le margrave Albert. Ce prince ayant été attaqué, le 9 juillet, près de Sievershausen dans le pays de Lune* bourg, par les troupes réunies de l'électeur Maurice de Saxe , du duc Henri de Brunswick et celles de Bohème, sous les ordres du burgrave deMeissen, Henri de Planes, fut défait complètement. Mais cette victoire coûta cher à l'électeur Maurice et au duc Henri ; le premier mourut, le 11 juillet , des suites de ses blessures , et le second perdit ses deux fils, Charles et Philippe. Comme Maurice de Saxe ne laissait point d'enfants, ses dignités et ses États passèrent à son frère Auguste , qui avait déjà ei 1548 reçu la co - investiture à Augsbourg. Vainement

Jean - Frédéric réclama l'électorat qu'il avait jadis possédé. H dut se contenter du traité , conclu le 24 février 1554 à Naumbourg, qui lui rendait encore quelques pays qu'il avait cédés par la capitulation de Wittenberg. Le margrave Albert remit une armée sur pied et recommença les hostilités ; mais il fut vaincu , le 12 septembre 1553, par le duc Henri de Brunswick dans le voisinage de la ville de ce nom, et quelque temps après (7 novembre) par Henri de Plauen près de Lichtenfels dans le pays de Bamberg. Le 1 décembre, le margrave fut mis au ban de l'Empire. Au mois de mars 1554, les alliés assiégèrent Schweinfort. Le margrave évacua la ville, sans être aperçu, dans la nuit du 13 juin. Mais il fut atteint près du couvent de Schwarzbach , et éprouva une nouvelle défaite. H se sauva avec le petit reste de ses troupes au delà du Mein , à Kitzingen , d'où il se retira bientôt après en France. Au bout de deux ans (en mars 1556} Albert de Brandebourg, qu'on nommait YAlcibiade, obtint à la vérité un sauf-conduit pour retourner en Allemagne, et négocia avec ses ennemis ; mais il fit des prétentions si exorbitantes , qu'on ne put parvenir à effectuer un accommodement. Le margrave Albert mourut le 8 janvier 1557 à Pforzheim. L'arrangement entre les confédérés franconiens et la Maison de Brandebourg au sujet des réclamations réciproques, provenant des guerres du margrave Albert, ne se fit qu'au congrès de Vienne, le 8 octobre 1558 , où les prétentions brandebourgeoises furent satisfaites par une somme d'argent.

La Diète qu'on devait assembler, conformément au traité de pacification de Passau , avait été plusieurs fois convoquée; mais l'ouverture en avait été différée tantôt par les troubles de la guerre en Allemagne, tantôt par la non - comparilion des princes. Enfin le 5 février 1555, cette assemblée ouvrit effectivement ses séances à Augs-

bourg, sons la présidence du roi des Romains* Après une délibération de plusieurs mois , les Etats des deux partis s'étaient accordés sur la première et la plus importante question : la paix de religion. Dans le recez de l'Empire du 26 septembre , le décret de pacification fut également publié. Les principaux articles en furent: que les Protestants jouiraient d'une liberté entière par rapport à la religion ; qu'on n'intenterait aucune action contre ceux des Protestants qui s'étaient emparés de biens ecclésiastiques; que la juridiction spirituelle des prélats catholiques sur leurs sujets protestants, en matière de religion, serait suspendue j que si les sujets d'un prince de Fupe et de l'autre religion voulaient émigrer pour raison de croyance, il leur serait permis de le faire, comme aussi de vendre leurs biens; que personne, quelque puisse être son rang ou sa condition, n'offenserait ou insulterait ses voisins, à cause de la différence des cérémonies de l'Eglise et du culte divin ; que tout prélat ou ecclésiastique qui abandonnait l'ancienne religion , renoncerait aussitôt à sa dignité ou à son bénéfice, ainsi qu'aux revenus qui y étaient attachés ; c'est ce qu'on a appelé la réserve ecclésiastique. Cette clause, qui est considérée par les Catholiques comme une loi fondamentale de l'Empire, a toujours été rejetée par les Protestants, et occasionna dans la suite bien des troubles en Allemagne. Pendant que les Etats de l'Allemagne débattaient cette question si importante pour l'Église catholique et pour l'influence de la Cour de Rome, trois papes différents occupèrent successivement la chaire de Saint Pierre. Le 23 mars 1555 mourut Jules III. lie 9 avril Marcel II monta sur le trône pontifical , mais il cessa de vivre dès le vingtième jour après son élection. Il eut pour successeur le cardinal Caraffa, qui fut élu le 23 mai et prit le nom de Paul IV. Ce changement si rapide de chefs de l'Église affaiblit beaucoup l'opposition

^'aurait probablement éprouvée la tolérance dont on ivait usé pour la doctrine luthérienne.

Parmi les autres affaires qui furent traitées et conclues dans la Diète d'Augsbourg, se trouvait aussi une louvelle ordonnance, qui prescrivait aux cercles de l'Emmure la conduite qu'ils avaient à tenir dans les exécutions lont ils seraient chargés de la part de l'Empereur ou de la Chambre impériale. Le but de ce nouveau règlement Hait de maintenir avec d'autant plus de vigueur la paix Hiblique générale. Pour en mieux assurer l'exécution, >n introduisit les députations permanentes des cercles, les solonels, les princes-directeurs des cercles , et plusieurs mtres améliorations dans la constitution des cercles de 'Empire, Comme la paix de religion concédait aux Proestants les mêmes droits qu'aux Etats catholiques, la Chambre impériale reçut une nouvelle organisation , qui iccordait aux Religionnaires la faculté d'être admis parmi es juges , et les rendait aussi en tout point égaux aux Catholiques devant ce tribunal.

Dans la nouvelle Diète , ouverte le 15 juin 1556 à Elatisbonne, les Etats évangéliques protestèrent formellenent contre la réserve ecclésiastique , statuée par la paix le religion , conclue dans la Diète précédente. Il fut orlonné qu'on ferait encore une tentative pour amener, au noyen d'une discussion théologique, une réunion des deux croyances. Une conférence religieuse commença effecivement au mois d'août à Worms. Mais elle se ternina en novembre 1557 , comme toutes les précédentes, (ans porter aucun fruit.

L'empereur Charles - Ouint avait en 1553 conçu le lessein de procurer aussi à son fils Philippe la souveaineté de l'Angleterre. Le roi Edouard VI étant mort e 6 juillet 1553, sans laisser d'enfants, sa soeur Marie ui succéda sur le trône. Cette princesse promit , contre

la volonté du parlement , sa main à l'infant Philippe, destiné par son père pour roi de Naples. Le 12 janvier 1554, le contrat de mariage fut conclu à Londres. Philippe eut le titre de roi d'Angleterre , mais avee une influence fort limitée sur l'administration du royaume, pendant la vie de Marie seulement Les enfants nés de cette union devaient hériter le trône anglais de la mère, et les Pays - Bas , du côté du père. On convînt que, ri le fils de Philippe du premier lit, Don Carlos, venait à mourir, la succession de toute la monarchie espagnole écherrait aussi aux héritiers précités. Philippe fut obligé de promettre, qu'il laisserait toujours Marie et ses enfants en Angleterre et qu'il céderait, après la mort de la reine , sans contradiction le trône aux héritiers légitimes. Enfin il fut stipulé, que l'Angleterre ne s'ingérerait jamais dans les guerres qui éclateraient entre l'Espagne et la France, et que ses relations amicales actuelles avec cette dernière Puissance seraient maintenues. Le 27 juillet 1554 à Winchester, le mariage fut consommé. Philippe fut couronné roi, conjointement avec son épouse Marie.

Le pape Paul IV regarda les concessions, faites sans son concours aux Protestants , comme une atteinte portée à son autorité. Il menaça l'Empereur et le roi des Romains de les excommunier, s'ils n'annullaient point l'acte de paix et de tolérance conclu avec les ennemis de l'Eglise. En même temps il entra en intelligence secrète avec le roi Henri II , à qui il proposa de se joindre à loi, pour faire la conquête du royaume de Naples, qu'il promit de donner à un fils du monarque français , sous la condition toutefois que les couronnes de France et de Naples ne seraient jamais réunies sur une seule tète. Mais tandis que le souverain pontife réfléchissait sur les moyens d'ébranler la puissance de Charles - Quint , ce grand prince, tourmenté par la goutte et par d'autres douleurs corporelles,

dégoûté du monde et des hommes, et accablé d'une sombre mélancolie qu'accrut encore la mort de sa mère, la reine Jeanne (/j- le 13 avril 1555) , formait le projet de renoncer à toutes ses couronnes , pour passer le reste de ses jours dans la retraite. Il avait déjà cédé, comme on Ta vu, à son fils Philippe le royaume de Naples , lors de son mariage avec la reine Marie $ et le pape Jules III en avait investi l'infant, le 28 octobre 1554. Lorsque Philippe fut de retour d'Angleterre , l'Empereur le créa, le 25 octobre 1555 , chef et Souverain de V ordre de la Toison éPor^ et lui remit le gouvernement des Pays-Bas, en présence des Etats assemblés à Bruxelles. Le 6 janvier de Tannée suivante, également à Bruxelles, Charles renonça à la souveraineté de tous les Etats espagnols, et les céda à son fils Philippe; ensuite il nomma, le 3 août, le prince Guillaume d'Orange son plénipotentiaire, pour résigner aussi en son nom la dignité impériale en faveur de son frère , le roi des Romains Ferdinand. Par une lettre adressée, le 7 août de Seebourg (RamekkensJ en Zélande, aux princes électeurs et Etats, Charles -Quint déclara qu'il avait déjà remis le gouvernement de l'Allemagne à son frère, et les exhorta à être fidèles et obéissants à son successeur. Ferdinand ne prit cependant le titre d'Empereur , qu'après que les électeurs eurent approuvé l'abdication de Charles-Quint, et transféré solennellement la dignité impériale au roi des Romains (le 14 mars 1558}. Le 15 septembre 1556, l'Empereur s'embarqua avec ses soeurs , les reines douairières Éléonore de France et Marie de Hongrie , à Seebourg pour l'Espagne. Il arriva, le 28 du même mois, à Laredo en Biscaye et se rendit par Burgos et Valladolid directement à la petite habitation qu'il avait fait construire près du monastère de Saint -Juste, dans une charmante contrée non loin de Plasentia en Estremadure.

Le pape Paul IV avait été compris par le roi Henri II dans la trêve , conclue à Vaucelles , au mois de février 1556. Mais le pontife, se voyant par là contrarié dans les plans qu'il avait concertés avec le roi de France, et effrayé d'ailleurs des mouvements du duc d'Albe qui menaçait l'Etat ecclésiastique du coté de Naples, fit jouer tous ses ressorts pour troubler la trêve. Par ses manoeuvres il vint effectivement à bout d'engager le roi Henri II à signer, le 31 juillet 1556, une nouvelle alliance avec loi contre l'Empereur et le roi Philippe. Paul IV, assuré du secours de la France , ne chercha qu'à faire naître une querelle, et débuta par faire des procédures, qui devaient aboutir à déclarer Philippe déchu du royaume de Naples, sous prétexte de quelques insultes faites par le duc d'Albe au Saint-Siège. Le duc Hercule de Ferrare accéda à la ligue contre l'Empereur. En revanche, Octave Farnèse de Parme conclut, le 15 septembre, un traité de paix et d'amitié avec Philippe II. Par cette convention Octave recouvra Plaisance et toutes les villes et terres, qui avaient composé la dot de son épouse Marguerite. Le roi Philippe H , outré des démarches du pape , s'en vengea en ordonnant an duc d'Albe d'entrer i main armée dans l'État de l'Eglise. Le duc obéit aussitôt, s'empara de plusieurs villes ; et bientôt toute la Campagne de Rome fitt en son pouvoir. I7n corps de troupes pontificales qui de la Marche d*Ancône avait pénétré dans les Abruzzes, fut repoussé. Enfin le duc d'Albe prit encore Ostie d'assaut Le pape alors chercha à gagner du temps par un armistice; et Albe, qui connaissait la répugnance de son maître pour cette guerre , consentit, le 19 novembre, i «Mfeaére les hostilités pendant quinze jours.

Lt dac de Guise conduisit, dans l'hiver 1556-1557,

"Ht armée de 17,000 Français , Suisses et Grisons en

* It ni Henri envoya au pape des secours d'argent

notables. Les troupes papales , commandées par Pierre Strozzi et le duc de Palliano , prirent Ostie, Vicovaro et plusieurs autres villes. Le duc de Guise arriva en février 1557 à Bologne. Le cardinal Madruzzi, gouverneur de Milan , le général espagnol , marquis de Pescaire , ni le duc de Parme, n'avaient pas des forces suffisantes, pour arrêter la marche des Français. Au mois d'avril, le duc de Guise continua sa route vers le royaume de Naples ; mais toutes ses entreprises contre ce royaume échouèrent Le duc de Guise , après avoir perdu une grande partie dé son armée par les maladies, fut obligé, le 31 mai, de lever le siège de Civitella , attendu que le duc d'Albe s'approchait à la tête de 22,000 hommes au secours de la place. Le marquis de Pescaire et le duc de Parme ayant fait une course sur le territoire du duc de Ferrare, le duc de Guise détacha une partie de ses troupes pour soutenir Tallié de la France. Ensuite il opéra sa retraite d'Ascoli par Spolète à Monte rotondo, où il fit camper son armée. Le duc d'Albe le suivit dans la Campagne de Rome, conquit sur son chemin les places occupées par les Français, et battit près de Castel ferro un corps de troupes pontificales , sous les ordres du marquis Montevello. Le 28 août, le duc d'Albe se déploya devant Rome.

Les armes de France ne furent pas plus heureuses du côté des Pays - Bas, ou l'amiral Coligny, gouverneur de la Picardie, avait rompu la trêve de Vaucelles. Cet amiral avait, dans la nuit du 6 janvier 1557, essayé de prendre Douai par surprise. Ce coup ayant manqué, Coligny envahit le comté d'Artois, ravagea le pays, conquit, pilla et incendia la ville de Lens. Le roi Philippe ordonna de rassembler une armée sur les frontières de la Picardie, et engagea son épouse, la reine d'Angleterre, à déclarer, le 7 juin, la guerre à la France. Le duc Eric de Brunswick - Lunebourg et plusieurs comtes et Nobles

d'Allemagne, amenèrent des troupes à Charleroi, qui était le lieu de rassemblement, et Marie envoya sur la fin du mois de juin le comte de Pembroke avec 8000 Anglais aux Pays-Bas. Emmanuel-Philibert, duc de Savoye, fut nommé commandant en chef de l'armée, qui s'était accrue au nombre de 60,000 hommes. 11 ouvrit, au mois d'août, la campagne par le siège de Saint - Quentin , et défit (10 août) totalement le connétable Montmorenci qui , à la tête de 30,000 hommes, s'était avancé pour dégager la place. Presque tous les Généraux français furent tués ou pris. Le connétable lui-même tomba au pouvoir des vainqueurs. Les Français se retirèrent à La Fère. Le 27 août, Saint-Quentin fut emporté d'assaut, en présence du roi Philippe. La prise de Ham , de Noyon et du Catelet termina la campagne. Henri II avait , immédiatement après la bataille de Saint- Quentin, fait revenir de la Romagne l'armée du duc de Guise , et ordonné aussi au général Brissac, qui était en Piémont, de ramener ses troupes en France. Le pape Paul IV, se voyant alors privé du secours de la France, et craignant le ressentiment des Espagnols, fit des démarches pour se réconcilier avec Philippe II. Par l'entremise de Corne de Médicis et des Vénitiens, la paix fut signée à Calvi dès le 14 septembre 1557. Philippe rendit au pape les places conquises. Le pontife , de son côté , renonça à l'alliance française et se déclara neutre dans une guerre que lui seul avait allumée. Lie duc de Guise conduisit l'armée française à Civita vecchia , où il s'embarqua pour la France. Le pape ménagea alors aussi la réconciliation du duc de Ferrare avec le roi de Naples. Le 19 juillet 1557 , Philippe avait conclu une alliance défensive et offensive avec le duc Côme de Florence, à qui il confirma la possession de la ville et du territoire de Sienne, engagés depuis 1555 à Florence* Lie roi d'Espagne se réserva les Présides (Stato degli Pre*idj)>

avec les villes d'Orbitello, de Porto-Ercole, de Telamone, de Monte Argentaro et de Porto San Steffano , situés dans ce petit pays , la ville de Piombino avec ses dépendances et en outre ffle d'Elbe. Toutefois le port de Porto-Ferrajo dans cette île fut cédé au duc de Florence. A peine le duc de Guise fut -il arrivé en France, et eut -il pris le commandement général de l'armée, qu'il poussa les armements avec une activité extraordinaire, et rassembla les troupes près de Compiegne. Ce Général, gui avait la plus haute réputation, proposa d'aller attaquer Calais, dont la prise pouvait seule réparer les pertes qu'on avait faites au commencement de la campagne. Les Anglais , qui depuis plus de deux siècles étaient maîtres de cette place importante, n'y avaient laissé qu'une faible garnison , parce qu'ils ne croyaient pas , que dans l'état où se trouvait la France, on pût penser à une telle entreprise. Le duc de Guise , pour cacher son dessein , fit l'abord mine d'en vouloir à Luxembourg, et quand il vit que les troupes espagnoles marchaient vers ce côté , pour couvrir le pays , il se réplia tout à coup , après bien des marches et des contre-marches, sur Calais: il arriva devant cette ville le 1 janvier 1558, et s'en rendit maître au bout de huit jours. Les ducs de Nevers et de Bouillon, qui avec un autre corps s'étaient avancés sur les frontières Je la Flandre , s'emparèrent d'Harbemont et de plusieurs autres places; après quoi l'armée française entra en ]uartiers d'hiver. Le roi Philippe avait, l'automne dernier, icencié la plus grande partie de ses troupes , faute d'argent pour les payer; il n'aurait par conséquent en aucune nanière pu empêcher dans cette campagne d'hiver inatteniue les progrès des armes françaises. Vers la fin du printemps, les Français mirent deux armées sur pied. Le lue de Guise , à la tête de la première , se porta dans le duché de Luxembourg , et forma le siège de Thionville,

une des plus fortes places de ce pays , et dTArlon, tandis que le maréchal de Thermes , qui commandait la seconde, faisait une irruption dans la Flandre maritime. Ce Général prit Dunkerque et Bergue-Saint-Vinox , et pilla le pays jusqu'à Nieuport. Mais comme il retournait en France, chargé de butin, le comte Philippe d'Egmont, gouverneur des Pays-Bas, l'attaqua sur les bords de la mer, près de G rave lin es , avec des forces supérieures et le battit complètement. Presque toute l'infanterie française fut tuée ou prise, tant dans le combat que dans la faite. Le maréchal de Thermes et les principaux officiers furent faits prisonniers. Dès que le duc de Guise, qui s'était rendu maître de Thionville après trois semaines de siège, eut appris ce fatal événement, il accourut au secours de la Picardie, pour faire échouer les projets du roi Philippe qui s'était mis à la tête de l'armée réunie du comte d'Egmont et du duc de Savoye, et qui s'était avancé jusque sur les bords de la rivière d'Authie, près de Dourlens. Henri II, de son côté , se rendit au camp sur la rive droite de la Somme, dans la contrée d'Amiens , où arrivèrent encore beaucoup de troupes de l'intérieur de la France , et où fut bientôt rassemblée une armée de 70,000 hommes. Plusieurs escarmouches, à la vérité, eurent lieu entre les avant-postes; mais les rois ne montraient aucune envie d'en venir à une bataille décisive, et tous deux se bornèrent autant que possible à la défensive. Enfin les deux partis, également las de cette guerre , se prêtèrent aux vues pacifiques du duc Charles de Lorraine et de la duchesse - douairière sa mère. Par leur entremise, des plénipotentiaires espagnols, anglais et français s'assemblèrent à l'abbaye de Cercamp dans l'Artois , pour terminer tous les différends. Dès la première conférence on convint d'une suspension d'armes; en conséquence les deux armées se séparèrent j et comme *tars on était déjà sûr de la paix, Philippe et Henri

licencièrent même nne partie de leurs troupes. Pendant les délibérations de ce congrès , la reine Marie d'Angleterre cessa de vivre , le 17 novembre 1558. Sa soeur Elisabeth lui succéda. Les négociations furent interrompues par cet événement pendant plusieurs semaines. Toutefois , elles recommencèrent , le 6 février de Tannée suivante à Câteau-Cambrésis. Le 2 avril , on signa la paix de la France avec l'Angleterre, et le lendemain celle avec l'Espagne. Elisabeth consentit à laisser Calais à Henri II, à condition que cette ville lui serait rendue dans huit ans, ou qu'il payerait à l'Angleterre une somme de cinq cent mille écus d'or, s'il refusait la remise de la place- La princesse Elisabeth, fille aînée de Henri, fut destinée pour épouse au roi Philippe $ et Marguerite, soeur du monarque français devait être mariée avec le duc Philibert de Savoye. Toutes les conquêtes, faites depuis 1551 par l'Espagne ou par la France dans les provinces frontières de ce dernier royaume et des Pays-Bas, furent restituées de part et d'autre. Henri rendit sur-le-champ au duc Emmanuel-Philibert de Savoye le Piémont, le comté d'Asti et le Bressan. Seulement les villes de Turin, de Quiers, de Pianerol, de Chivas et de Villanova restèrent encore occupées par les troupes françaises , jusqu'à ce que les prétentions de Henri sur l'héritage de son aïeule, Louise de Savoye, eussent été juridiquement examinées et satisfaites. Les Français évacuèrent toutes les places qu'ils occupaient en Toscane et sur le territoire de Sienne. Henri restitua de plus la ville de Valence au duché de Milan , le margraviat de Montferrat au duc de Mantoue, et rendit aux Génois les places qu'il avait conquises en Corse. Le comte Guillaume de Nassau , que le prince René d'Orange avait institué son héritier, devait entrer en possession de tous les biens de ce dernier en France qui avaient été confisqués. Philippe II, de son côté, rendit

au roi de France Saint-Quentin, Ham et le Catelet, Les trois évêchés de Metz , Toul et Verdun , dépendants de l'Allemagne restèrent aussi aux Français. À la vérité on n'avait pas fait mention de ces trois villes dans les conférences de Câteau-Cambrésis, et elles furent réclamées par la Diète de l'Empire à Augsbourg, Fan 1559; mais cette demande fut constamment refusée par les rois de France, jusqu'à ce que la paix de Westphalie confirma effectivement la France dans la possession de ces trois villes épiscopales. Les deux rois s'obligèrent à mettre tout en usage pour rétablir, moyennant un concile général, l'union de l'Église chrétienne. Le pape, l'Empereur et plusieurs autres monarques , forent compris dans ce traité de pacification. Le duc d'Albe arriva au mois de juin 1559 à Paris, et fut marié, comme représentant le roi Philippe II , avec la princesse Elisabeth. Pendant les fêtes qui eurent lieu à cette occasion, le roi Henri II mourut le 10 juillet 1559 d'une blessure qu'il reçut à l'oeil droit dans un tournois, en rompant une lance avec le comte de Montgomeri. Son fils François II lui succéda sur le trône. Peu de temps après, le 18 août 1559, mourut aussi le pape Paul IV , dont l'esprit turbulent avait de nouveau excité la lutte entre la France et l'Espagne. H eut pour successeur Pie TV de la Maison de Médicis.

J'ai encore à remarquer ici les événements qui s'étaient passés en Hongrie depuis la trêve de cinq ans conclue en 1547 avec la Porte Ottomane. Les États de Hongrie avaient approuvé ce traité dans la Diète, assemblée àTyrnau en novembre de la même année. Ils prièrent le roi Ferdinand d'établir sa résidence en Hongrie, ou d'assigner du moins ce royaume pour demeure habituelle m prince rayai Maximilien. Le Roi fit espérer aux Honaoquiescement à cette dernière demande. Mais dans l'impossibilité d'accomplir ce voeu

national ; attendu que l'archiduc Maximilien , après avoir épousé, le 15 septembre 1548 à Valladolid, l'infante Marie, fille de l'empereur Charles - Quint , fut nommé gouverneur-général des Pays-Bas. Georges Martinuzzi, évéque du Grand- Waradin et vayvode de Transylvanie, se défiant du sultan que la reine Isabelle avait déjà indisposé contre lui , et prévoyant d'un autre côté que , si jamais cette princesse remontait sur le trône , le premier usage qu'elle ferait de son autorité serait de se venger des outrages qu'elle avait reçus de lui, renoua les négociations avec le roi Ferdinand, qui depuis longtemps s'efforçait d'attirer, l'évéque dans ses intérêts. Ce prélat eut , le 8 septembre 1549 à Nyir-Bathor, une entrevue avec Nicolas Salm et André Bathori , plénipotentiaires de Ferdinand , et fit avec eux une convention par laquelle il fut réglé, que Jean-Sigismond Zapolya conserverait tous les biens héréditaires de son père, et épouserait l'archiduchesse Jeanne, fille du roi Ferdinand. Le duché d'Oppeln en Silésie devait être concédé à Isabelle. Il fut en outre stipulé, que Martinuzzi aurait l'archevêché de Strigonie et le chapeau de cardinal, et conserverait en même temps Tévéché du Grand- Waradin et le gouvernement de la Transylvanie. Quelque soin qu'eût Martinuzzi de traiter secrètement cette affaire, les Turcs aussi bien que la reine en furent bientôt instruits. Les premiers firent aussitôt des courses sur le territoire hongrois de Ferdinand j et Isabelle et le comte Petrovitz de Témesvar se préparèrent à la résistance. Dans la Diète de Clausenbourg, en janvier 1550 , Isabelle accusa Georges Martinuzzi d'avoir trahi le pays. Un ambassadeur ottoman arriva dans cette ville et demanda , par ordre du sultan, qu'on lui livrât révoque. Une lutte alors éclata entre les partis d'Isabelle et de Martinuzzi. Mais ce prélat triompha rapidement de se8 ennemis , et força la reine dans Weissenbourg

(Carlsbourg) à la réconciliation. On était étonné de Tinaction de la Pologne, qui voyait d'un oeil indifférent la fille de ses rois persécutée en Hongrie. Mais Sigismond- Auguste, frère d'Isabelle, qui après la mort de son père Sigismond (1 avril 1548} était monté sur le trône de Pologne , avait par un mariage contracté sans l'aveu de la nation, irrité cette dernière qui se vengea en lai refusant le secours qu'il demandait pour sa soeur*

Cependant Isabelle avait peu de temps auparavant sollicité le secours des Turcs ; et en effet, au mois d'octobre , les pachas de Bude et les vay vodes de Moldavie et de Valachie s'avancèrent en Transylvanie. Mais Martinuzzi appela toute la nation sous les armes. Les Turcs éprouvèrent des échecs près de Déva, les Valaques près de Statzeg et les Moldaves dans le voisinage de Vasarhély. Ils évacuèrent d'autant plus promptement le pays, que la reine Isabelle avait déclaré n'avoir plus besoin de leur assistance. Martinuzzi alors engagea le roi Ferdinand à prendre possession de la Transylvanie. Dans une entrevue que Georges eut, le 7 février 1551 à Dioszeg, avec André Bathori et le général en chef des troupes royales, Erasme Teuffel , il concerta avec eux le plan d'opérations à suivre pour assurer le succès de cette entreprise. Cependant la situation de l'évêque même devint fort critique. Le sultan avait fait expédier un firman qui ordonnait aux Hongrois de couronner sur - le - champ le jeune Jean - Sigismond Zapolya, de remettre la régence à Isabelle et d'éloigner Martinuzzi. Un messager secret du sultan apporta bientôt après un arrêt qui condamnait ce prélat à mort. Mais lorsque Isabelle tenta, au mois de mars 1551 dans la Diète d'Ennyed , de mettre les ordres du sultan en pratique, Martinuzzi fit échouer par son opposition hardie et vigoureuse tous les projets de ui reine Isabelle. Dans le cours du mois suivant, arri-

vèrent le juge de la Cour royale (Judex Curiae) Thomas Nadasdy, le capitaine -général André Bathori et Sigismond de Herberstein , en qualité de commissaires du roi Ferdinand , pour prendre possession de la Transylvanie. Le général Baptiste Castalde , qui avait vieilli dans les camps , et fait la guerre en Italie sous le marquis de Pescaire, rassembla sur les bords delaTeisse une armée de troupes espagnoles, autrichiennes et hongroises , pour soutenir les commissaires royaux. Cependant , dans les instructions que ces derniers avaient reçues du Roi, il leur avait été enjoint d'exiger, qu'un article de la convention de Nyir-Bathor fût changé. Jean - Sigismond Zapolya pouvait, s'il demeurait en Hongrie , ne fût-ce que comme propriétaire puissant , encore toujours servir de point de réunion aux esprits mécontents et mutins $ c'est pourquoi on devait lui céder les duchés de Sagan , de Neubourg et de Priebus en Silésie, en échange du pays de Zips et des domaines patrimoniaux en Hongrie , et donner à Isabelle pour sa dot de 100,000 ducats le duché de Munster b erg et Frankenstein , outre une somme de 60,000 ducats. Martinuzzi avait pris la ville de Weissenbourg, d'où Isabelle ne s'était sauvée qu'avec peine. Les troupes royales s'étaient, le 13 juin, avancées jusqu'à Ennyed. Le 27 du même mois, dans l'entrevue à Muhlenbach, Isabelle consentit à la transaction. Pendant ce temps -là, Castalde entra dans Clausenbourg. Là , Isabelle remit à l'assemblée des Etats la couronne de Hongrie , pour être envoyée au roi Ferdinand. Néanmoins, elle demanda pour son fils le duché d'Oppeln et de Ratibor , à la place de ceux de Sagan , de Neubourg et de Priebus , avec la main de l'archiduchesse Jeanne , et pour elle - même seulement le payement de toute sa dot dans le terme de six mois. Les plénipotentiaires du Roi accédèrent à ces conditions. Le 18 juillet à Kolos-Monostor, Jean-Sigis-

mond fat fiancé par procureur à l'archiduchesse , âgée de cinq ans. Toutes les places fortes en Transylvanie , et les comitats de la Hongrie supérieure, soumis jusqu'alors à la Maison de Zapolya, nommément Bihar, Arrad, Czongrad, Czanad, Zarand, Bekes, Torontal, Témes etc^ furent remis aux troupes royales. Le comte Petrovite se soumit , rendit le banat de Témeswar , et eut en échange Munkatsch. Georges Martinuzzi fut alors nommé vayvode et grand - trésorier de Transylvanie , promu à Tarchevéché de Strigonie et reçut le chapeau de .cardinal que le pape lui accorda, à la prière de Ferdinand. Castalde eut le commandement de la force armée.

Cependant il paraît, que l'ambition et l'avidité de Martinuzzi ne se trouvèrent pas encore satisfaites par tous les titres et dignités qu'il avait obtenus, et que ce prélat conçut le projet de s'ériger lui-même en Souverain de la Transylvanie , sous la protection de la Porte Ottomane ; car il entra dès le mois d'octobre 1551 en correspondance suspecte avec les Turcs, chercha à calmer le courroux du sultan en continuant de lui payer le tribut , et loi offrit sa coopération pour chasser les Allemands de la Transylvanie. Mais Soliman II , indigné d'avoir été le jouet de Ferdinand, d'Isabelle et de Georges, ordonna aux pachas de Bude, de Nicopolis et de Silistria, de rassembler une armée. Ces Généraux se réunirent dans un vaste camp près de Salankamen 5 et s'étant ensuite mis en marche, ils s'emparèrent, en septembre et octobre, de Bets, de Betskerek, de Czanad et de Lippa. Les troupes royales , que Bathori avait rassemblées près du Grand- Waradin, se débandèrent par crainte de la force supérieure de l'ennemi. Martinuzzi avait concentré les Transylvains près de Rudas, mais il n'alla point au secours des Hongrois, et se garda bien d'en venir aux prises avec les Ottomans, dont le perfide voulait gagner la faveur.

Depuis le 16 octobre les Tares assiégeaient Témeswar; qai toutefois fat défendu par Etienne Lozènce (Tjossonta) avec la plus intrépide valeur. Les ordres très-sévères du Roi avaient cependant enfin contraint Martinuzzi à se joindre à Gastalde. Mais leurs esprits étaient divisés. Geor* ges détestait Castalde , parce que le mérite de ce dernier lui donnait de l'ombrage , et Gastalde se défiait du càrdfc nal , parce qu'il savait que cet homme faux et rusé ne cherchait qu'à ruiner tour à tour les Autrichiens par les Turcs et les Turcs par les Autrichiens. A rapproche de Tannée chrétienne , les Mahométans levèrent le siège de Témeswar. Le 2 novembre, Gastalde investit Lippa« Martinnzzi trahit ici ses intelligences avec l'ennemi, en arrêtant le progrès du siège , en supposant à Passant , et en ménageant enfin la libre sortie de la garnison ottomane. Toutefois celle - ci, dans une rixe qui s'éleva entre elle et les troupes royales , fut attaquée et pour la plus grande partie hachée en pièces.

Le cardinal Martinnzzi donna dans sa conduite ul«* térieure les preuves les plus convaincantes , qu'il méditait des desseins perfides et qu'il se préparait à les réaliser. Il déposa arbitrairement le commandant établi par Gaitalde à Déva , et conféra ce poste important à une de ses créa-* tares; ensuite il s'opposa à ce que Gastalde conduisît son armée dans la Transylvanie, et exigea que les troupes de ce Général prissent leurs quartiers d'hiver à Lippa. Mais ce brave guerrier n'eut aucun égard à cette contradiction du cardinal, et marcha avec l'armée jusque dans la contrée d'Alvintz. G'était là que Martinuzzi se proposait de passer l'hiver. Gastalde avait déjà, par plusieurs rapports, informé le Roi des intrigues criminelles du cardinal , et Ferdinand lui avait enjoint de prendre, selon les circonstances, toutes les mesures nécessaires au salut de l'armée* En conséquence, Gastalde, qui avait appris que Mârtinustl

continuait sa correspondance secrète avec les pachas ottomans du voisinage, et qu'il tenait caché dans la cave du château d'Alvintz un derviche tare qui servait de messager, crut ne pouvoir autrement prévenir les dangers qui menaçaient et la Transylvanie et Tannée royale , qu'en se défaisant promptement du traître. Le 17 décembre 1551 , le cardinal Georges Martinuzzi fat assassiné par quelques officiers italiens , qui l'avaient surpris dans sa chambre.

Dans les mois de février et de mars 1552 , la Diète de Presbourg régla les rapports des parties du royaume de Hongrie , alors réunies de nouveau , et prit différents arrêtés sur les subsides pour l'entretien d'un état militaire convenable , sur le monnayage et plusieurs autres objets» Isabelle quitta Cassovie qui fut remise , le 14 juin , au troupes royales , après qu'elle eut effectivement reçu use partie de sa dot ; elle se retira dans ses nouvelles terres es Silésie. Le 1 avril 1552, André Bathori fut nommé vayvode de Transylvanie. Etienne Lozonce devint comte de Témeswar. Le comte de Helfenstein amena au générai en chef Gastalde un renfort de 4500 Allemands.

Cependant, les hostilités avec les Turcs avaient déjà commencé dès le mois de février (1552). Un corpi de 5000 Heiduques surprit , le 22 de ce mois , Ssegédis, s'empara de la ville, mais ne put se rendre maître dt château et fut, le 2 mars, attaqué inopinément par» détachement de la garnison de Bade, et pour la pto grande partie massacré. Le 1 juin , Vesprim se rendit aux Turcs. Témeswar tomba, le 27 du mois suivant* malgré tous les efforts d'Etienne Lozonce , qui pendait quatre semaines avait défendu cette place avec une bravoure extraordinaire. Le 8 août, Etienne Teuffel, qui commandait un corps de 17,000 Allemands , Italiens et Hongrois, perdit la bataille près de Palasty , et fut fak

prisonnier avec 4000 hommes et tonte son artillerie/ Caransebés, Logos, Czanad, Lippa et plusieurs antres forteresses, enfin le 2 septembre, Szolnok aussi tombèrent au pouvoir de l'ennemi.

Le roi Ferdinand avait été empêché par l'invasion qu'avait faite l'électeur Maurice en Tyrol, et par les négociations de Passau , de venir au secours de son royaume de Hongrie. Ce prince ne fut de retour de Passau à Vienne que le 13 août 1553. En vertu du traité de paix, le duc Maurice marcha alors en Hongrie. David Ungnad conduisit en octobre un corps autrichien à Raab. Dans ces entrefaites, les Turcs avaient investi Erlau avec 100,000 hommes. La courageuse défense des généraux Etienne Dobo et Etienne Metschkei fut si bien soutenue par les troupes qu'avaient envoyées les comitats voisins, les villes royales et lès Nobles, que les Turcs levèrent, le 15 octobre, le siège de la place.

Les armements pour la prochaine campagne furent réglés dans la Diète, ouverte à Presbourg le 9 avril 1553. Le Roi avait, dès le mois de septembre de Tannée précédente , nommé Thomas Nadasdy capitaine - général do royaume. Comme André Bathori et Castalde avaient résigné , le premier la place de vayvode , et le dernier celle de commandant militaire de la Transylvanie, François Kendi de Szent-Ivany et Etienne Dobo furent élevés à la dignité de vayvodes on gouverneurs de cette province. Le Roi fit partir deux plénipotentiaires transylvains pour Constantmople , qui y apportèrent , au nom des États , le trôrat annuel de 10,000 ducats, payé par Zapolya. Ces envoyés frayèrent le chemin à des négociations, et la sultan ordonna au pacha de Bude de suspendre les hostilités pendant la durée des conférences. Les ambassades» du Roi, qui étaient alors arrivés à Constantinople, démodèrent la restitution de toute la Hongrie, moyennant

»fî tribut annuel que Ferdinand offrît de payer à là Porte Ottomane. Mais le sultan exigea, comme condition préalable , que le Roi cédât la Transylvanie à Jean - Sigismond , et lui fît connaître dans le terme de trois mois sa décision à cet égard. Mais les Transylvains déclarèrent, dans la Diète tenue au mois de janvier 1554, leur résolution de rester soumis aux lois de Ferdinand , et envoyèrent un ambassadeur au sultan pour lui notifier ce voeu national. Au mois de mars, le Roi et l'archiduc Maximilien parurent dans la Diète à Presbourg. Ici Thomas Nadasdy fut choisi pour Palatin , et André Bathori pour judex Curiae. Sforzia Pallavicini demeura au service du Roi, en qualité de commandant des troupes étrangères. Dans cette année les négociations avec la Porte furent interrompues. Le calme du royaume de Hongrie ne fut troublé au commencement que par les intrigues de la reine Isabelle. Les envoyés de cette princesse à Constantinople convinrent avec les ambassadeurs français , que son fils Jean - Sigisntond épouserait une princesse de France, et serait placé par le secours de cette Puissance sur le trône de Hongrie. Les ministres ottomans laissèrent apercevoir clairement l'intention de pénétrer en Transylvanie, dès que la guerre où la Porte se trouvait engagée avec la Perse serait terminée» Le pacha de Bude recommença même les hostilités. Il fit surprendre , le 8 septembre , le château de Filek. En novembre , les Turcs attaquèrent subitement la garnison d'Erlau, et la taillèrent en pièces.

Au mois d'avril 1555, le sultan conclut à Almasiadan* l'Asie mineure la paix avec les Perses. Ensuite il nomaa Pierre Petrovitz vayvode de Transylvanie, et lui ordonna d'introduire Isabelle dans ce pays. Busbeck , que le Roi avait envoyé à Constantinople pour continuer les négociations de paix, obtint, le 2 juin, encore une trêve de sii nois, pendant laquelle le sultan voulait attendre la dernière

déclaration de Ferdinand , s'il consentait à rendre volontairement la Transylvanie à Isabelle. Déjà cette princesse était , an mois d'août, arrivée à Szolnok, et Petrovitz à Lugos; déjà un corps de Valaques s'était avancé jus-* qu'aux frontières de la Transylvanie et allait entrer dans ce pays, lorsqu'un firman du Grand-Seigneur ordonna de cesser les hostilités. Le 24 juin , l'archiduc Maximilien ouvrit une Diète à Presbourg , dans laquelle les Etats accordèrent la levée de troupes permanentes. En octobre , les Turcs élevèrent plus haut leurs prétentions. Ils réclamèrent non - seulement la Transylvanie , mais encore Cassovie , Gyula , le Grand - Waradin et plusieurs autres places pour la reine Isabelle* Dès le mois de septembre, des hostilités avaient eu lieu sur les frontières de la Transylvanie. L'évéque du Grand- Waradin tenta une attaque sur le château de Bâta Szent-Miklos, nouvellement bâti par les Turcs non loin de laTeisse. Cette entreprise échoua. Les Mahométans chassèrent alors les garnisons royales de Kapos-Uj var , de Babolcsa et de Korothna.

Le 1 janvier 1556, Busbeck arriva à Constantinople avec l'ultimatum du Roi, qui rejetait les conditions de U Porte. La Diète de Hongrie décréta de grandes levées de troupes , et la fortification des châteaux sur les frontières. Quant aux Transylvains, ils tinrent en février une Diète à Vasarhély, et envoyèrent une députation au Roi, pour le prier de les aider efficacement à défendre leur pays contre les Ottomans. Sur la déclaration de Busbeck, le sultan commanda d'attaquer la Transylvanie. Le pacha Mekhior se mit à la tète des partisans d Isabelle en ce pays, et fut renforcé par un corps de Moldaves ; Petrovitz s'avança par Lugos. Les révoltés conquirent ou occupèrent Muhlenbach , Déva , Szamos - Uj var et plusieurs autres endroits, et assiégèrent Husst et le Grand-

Waradin, qui ne se rendirent qu'après une longue résistance. Les vayvodes Alexandre de Moldavie et Pierre de Valachie se postèrent avec leurs troupes près de Szathmar-Nemethy, et saccagèrent beaucoup de villages dans les comitats voisins , soumis au roi Ferdinand. Use assemblée des États, tenue au mois de juin à Muhlenbach, invita Isabelle à se rendre en Transylvanie. Cette princesse avait, déjà Tannée précédente, quitté les possessions qui lui avaient été assignées en Silésie, et dont elle était fort mécontente à cause de leur peu de valeur, et s'était retiré en Pologne. Elle arriva, le 22 octobre, de Léopol (Lemberg) à Clausenbourg. Le 25 novembre, on ouvrit une Diète dans cette ville. Comme Jeao-Sigismond n'avait que seize ans , il fut décidé que la reine Isabelle gouvernerait encore le pays pendant cinq ans.

Dans la haute Hongrie , comme aussi en Croatie, la petite guerre continua toute cette année, et plusieurs villes et châteaux furent de part et d'autre attaqués et conquis. Le général du Rbi , Puchheira , fut battu le 6 septembre près Krassnehorka. Husst et Tokai tombèrent alors au pouvoir des Transylvains, qui se répandirent chaque jour plus loin. Aly, pacha de Bu de, attaqua, le 20 juin, la forteresse importante de Szigeth , que Marc Horvath défendit glorieusement. Le palatin Nadasdy marcha avec une armée, qu'il avait rassemblée près deCanissa, au secours de la place. Les Turcs perdirent, le 22 juin, une bataille près de Babolcsa $ mais l'armée victorieuse, par un excès de prudence, se réplia sur Canissa. Ce ne furent que la résistance vigoureuse de la garnison de Szigeth et une sortie, dans laquelle l'artillerie ottomane fut mise hors d'état de servir , qui engagèrent, le 27 juillet, le pacha à lever le siège et de se retirer a Cinq - Églises. Ka revanche , Costaiuitza tomba , le 16 juillet, entre les mains de ces conquérants.

L'année 1557 se passa dans la Transylvanie et la haute Hongrie en sièges de différentes places , et en escarmouches insignifiantes. Au printemps, la ville du Grand- Waradin se rendit aux partisans d'Isabelle. La Diète , assemblée au mois de juin à Presbourg, envoya une députation aux États de l'Allemagne pour solliciter leur assistance* Le vayvode d'Isabelle, Petrovitz, mourut en octobre à Clausenbourg. Cette princesse perdit par là un appui puissant En revanche , elle eut l'avantage de voir arriver Jean de Cambrai, en qualité d'ambassadeur de Henri II, qui offrit, encore une fois à Jean - Sigismond la main d'une princesse de France , des subsides et son soutien, pour procurer au jeune prince la couronne de Hongrie. Isabelle fit partir des plénipotentiaires pour Paris et Constantinople, afin d'ouvrir des négociations relativement à cet objet. Les envoyés de Ferdinand avaient déjà alors déclaré à la Porte, que le Roi s'offrait à renoncer à la Transylvanie et à payer pour la Hongrie un cens annuel. Dans le même temps, les plénipotentiaires d'Isabelle réclamèrent les villes de Lippa et de Témeswar, occupées par les Turcs. Au mois d'août, la Porte donna un refus aux Zapolyens; à ceux de Ferdinand il fut signifié que le Roi , comme condition préalable , devait consentir à la démolition de Szigeth , et payer le présent qu'il devait encore pour les deux dernières années, et qu'après cela seulement on continuerait à négocier sur la détermination des limites autrichiennes et ottomanes en Hongrie. Telle était la situation du royaume de Hongrie, à l'époque où Ferdinand succéda à son frère sur le trône impérial.

J'ai déjà allégué les raisons qui , pendant cette période, avaient plusieurs fois troublé la tranquillité du royaume de Bohème. Les querelles des deux partis religieux, les Catholiques et les Calistins, et les mouvements excités par

les prédications de quelques propagateurs fanatique* de la doctrine luthérienne , continuèrent encore longtemps avec leurs suites funestes* Mais la révolte qui eut lieu en Bohème dans les années 1546 et 1547, à l'occasion de la guerre saxonne , avait été entièrement apaisée par les mesures rigoureuses auxquelles le Roi s'était vu obligé d'avoir recours. En Siléêie aussi, Breslau, Schweidntts et plusieurs autres villes avaient pris part à cette rébellion , et en furent punies par de fortes amendes. Le roi Ferdinand voua dans Tannée 1547 une sollicitude particulière aux affaires de la Bohème, et se concerta dans plusieurs Diètes avec les États sur les moyens d'affermir solidement le bien-être et la prospérité du royaume. Dans l'assemblée de 1549 l'archiduc Maximilien , fils aîné de Ferdinand, fut solennellement reconnu, le 18 février, parles Etats pour futur roi de Bohème. Dans une autre Diète, en janvier 1552 à Prague, les Etats de la Bohème, de la Moravie , de la Silésie et de la Lusace accordèrent nonseulement au Roi de plus grands secours contre les Turcs, mais ils donnèrent aussi , pour que la transaction avec la famille de Zapolya pût s'effectuer, leur assentiment à l'échange des principautés silésiennes d'Oppeln et de Ratibor contre la Transylvanie ').

') Le margrave Georges de Brandebourg, qui possédait conventionnelle» ment le droit de succession sur les deux principautés d'Oppeln et de Ratibor , avait en 1531 cédé ce droit au roi Ferdinand pour la somme de 183,333 florins d'or. Le dernier duc d'Oppeln et de Ratibor, Jean, étant mort en 1532, le margrave prit possession de ces pays, poir sûreté de la dite somme. Son fils , le margrave Frédéric, rendit enfin, Tan 1552 , Oppeln et Ratibor au roi Ferdinand qui lui donna en nantissement pour la somme stipulée Sorau en Lusace et Sagan. Lorsque la reine Isabelle , à qui Oppeln et Ratibor avaient été cédés pour l'indemniser de la perte de la Transylvanie, rompit en 1556 le traité et retourna en Transylvanie, les deux principautés susdites furent administrées par des commissaires royaux, comme étant de* pays héréditaires du royaume de Bohème.

Les duchés autrichiens avaient, conformément à la demande de Ferdinand , pris part à la guerre contre les Tores et la famille de Zapolya en Hongrie , comme aussi contre la ligne de Sraalkalde en Allemagne , en fournissant des troupes , de l'argent et des munitions de guerre. J'ai déjà rapporté tous les désastres qu'éprouvèrent l'Autriche et la Styrie par les irruptions des Ottomans. Mats la différence de religion devint aussi pour ces pays une source de grandes et longues souffrances. La véhémence avec laquelle les Etats protestants des provinces autrichiennes, depuis Tannée 1532 , insistaient de nouveau sur le libre exercice de leur culte divin, et la manière dont ils s'opposaient à toutes les autres ordonnances de Ferdinand , pour le contraindre à remplir leurs voeux en ce point, firent naître la mésintelligence entre eux et le Souverain. Dans la Diète en décembre 1541 , les États évangéliques d'Autriche , de Styrie , de Carinthie et de Carniole, demandèrent qu'il fut permis aux ministres de leur religion de prêcher librement et publiquement. Mais Ferdinand réitéra non - seulement la défense qui existait déjà , mais il interdit encore toute novation en fait de religion, et renvoya les Etats à la décision prochaine du concile général. Pour opposer une digue aux progrès du Luthéranisme , Ferdinand appela les Jésuites dans ses Etats, et leur confia l'éducation de la jeunesse. Cet Ordre religieux , qui avait été fondé par Jean Loyola vers Tan 1540, sous le nom de Compagnie de Jésus, s'était distingué par ses missions et les services importants qu'il avait rendus à l'Eglise catholique romaine et à l'humanité. Il était composé d'hommes versés dans les Lettres , les langues , les arts , la philosophie , la théologie , et qui pratiquaient les bonnes moeurs et la vertu. Les premiers membres de cette association pieuse vinrent s'établir à Vienne Tan 1551. Ferdinand leur assigna, quelques années

après (1554) pour demeure le couvent de* Caftnes ftur la place appelée le Hofy l'ancienne résidence des ducs d'Autriche de la Maison de Babenberg, qui devint «suite l'hôtel de la Monnaie, et où se trouve aujourd'hui la chancellerie du Conseil aulique de guerre» Deux ans après (1556) , les Jésuites s'établirent aussi en Hongrie et en Bohème. Le 20 février 1554, Ferdinand défendit par un édit aux laïques dans les pays autrichiens de recevoir la communion sous les deux espèces, et exhorta tous ses sujets à persévérer dans l'ancienne croyance. Les remontrances, faites à différentes reprises par les États, ne purent changer la résolution du monarque. C'est aussi à cette époque que Ferdinand fit composer par Pierre Canisius, Belge de nation, le manuel de la doctrine catholique, appelé Catéchisme qui , par ordonnance royale do 14 août 1554, fut introduit en Autriche.

Dès Tannée 1544 Ferdinand avait rendu un décret contre les prétendus sorciers, devins et autres imposteurs semblables , qui dans ce temps ténébreux dupaient par leurs jongleries hardies les gens crédules. Dans la même année, les Israélites , qui étaient accusés d'entretenir des intelligences secrètes et criminelles avec les Mahométans , furent obligés de quitter les États autrichiens. Dix ans plus tard, le 2 janvier 1554, cet ordre fut réitéré. Pour une autre raison, les Juifs en Bohème furent également bannis par un arrêt de la Diète de Tannée 1543; c'est-à-dire qu'on les accusait faussement d'être les au* teurs du grand incendie qui détruisit, le 2 juin 1541, une partie du Petit-Côté (Kleinseite) de Prague, la résidence royale et les archives du royaume. Un grand nombre d'Israélites emigrèrent à cette époque en Pologne. Cependant, le Roi révoqua en 1550 pour la Bohème le décret de bannissement porté contre les Israélites, attendu qu'ils avaient déjà été trouvés innocents du crime qu'on leur imputait.

Dans la Diète qui s'assembla en hiver 1555 - 1556 à Vienne, pour délibérer sur les armements à faire, à cause du danger croissant dont le pays était menacé de la part des Turcs , et sur les contingents d'hommes et d'argent à fournir par les provinces, les États d'Autriche réitérèrent leur demande relative i la pleine liberté de conscience» Mais le Roi persista dans sa résolution. Seulement il révoqua l'article de l'ordonnance du 8 février 1554, qui interdisait aux laïques la communion sous les deux espèces, et permit aux habitants des provinces autrichiennes l'usage du calice provisoirement et jusqu'à ce que le concile de Trente, qui allait continuer ses délibérations, eût effectué l'arrangement espéré en matière de religion. Mais les députés ne se contentèrent point de ces concessions, et la Diète fut dissoute sans que les Etats eussent accordé des troupes et des subsides.

Daus la période du règne de Charles-Quint, comme empereur, les possessions de la branche allemande de la Maison d'Autriche furent considérablement augmentées. Toutefois cela ne se fit, pour la plus grande partie, aucunement par l'influence de ce monarque. L'acquisition des royaumes de Hongrie et de Bohème fut la suite des traités d'État, conclus dans des temps fort antérieurs. A la vérité , Ferdinand obtint en 1520 de l'Empereur et de l'Empire le duché de Wurtemberg; mais ce pays fat, l'an 1534, rendu au comte Ulric. La seule et unique acquisition que Ferdinand dut à la sollicitude de son frère, l'Empereur, ce fut celle de la ville de Constance £15483* Ferdinand acheta en 1532 du comte Hugues deMontfort la deuxième moitié de la seigneurie de Bregenz et en 1542 Tengen , appartenant au comte Chrétien du même nom. Il racheta , l'an 1541 , le territoire dit Leutkirchner-» Heide en Souabe, engagé depuis 1522 au comte Truchsess de Waldbourg, en 1558 le vicariat de Haguenw

(ôté Fan 150% à l'électeur palatin Philippe) sur les dix villes Impériales en Alsace, que Charles - Quint avait en 1530 donné en hypothèque à l'électeur Louis pour la somme de 48,000 florins d'Empire, enfin en 1559 le margraviat de Burgaùj engagé à l'évéque d'Augsbourg. Dans Tannée 1561 , le 28 juin , Ferdinand fit hypothéquer par le gouvernement de l'Autriche antérieure à Inspruck, l'Orténavie à Georges de Hohenheim, commandeur de l'ordre Teutonique en Allemagne, pour une rente annuelle de 800, ou lin capital de 20,000 florins.

Outre les alliances de famille importantes de la Maison d'Autriche avec des Souverains étrangers , déjà mentionnées dans le cours de cette histoire, je dois encore remarquer que le prince héréditaire François de Lorraine fut marié, le 10 juillet 1541, avec la nièce de Charles* Quint et de Ferdinand, Christine de Danemark, duchesse douairière de Milan; que l'archiduchesse Anne, fille de Ferdinand, épousa, le 4 juillet 1546, le prince héréditaire, Albert de Bavière , et que le 18 du même mois une autre fille du Roi, Marie, donna sa main au duc Guillaume de Clèves.

L'empereur Charles-Quint passa les deux dernières années de sa vie à Saint-Juste, dans un entier détachement des choses du monde. La douceur du climat, jointe à l'éloignement des affaires et des soins du gouvernement, avait calmé sensiblement la violence de sa goutte et sus* pendu les douleurs aiguës dont il avait été si longtemps tourmenté* Il s'occupait dans sa retraite à cultiver de ses propres mains les plantes de son jardin; quelquefois suivi d'un seul domestique à pied , il allait se promener dans le bois voisin , monté sur un cheval , le seul qu'il eût conservé. Lorsque ses infirmités le privaient de ces récréa* tions actives, il recevait la visite de quelques gentilshommes qui avaient leurs habitations près du couvent , et

il les admettait familièrement à sa table $ ou bien il s'amusait à faire quelques ouvrages curieux de mécanique. Quelques fussent les autres occupations qui remplissaient le reste de son temps , il en réservait constamment une bonne partie pour des exercices de piété j soir et matin il assistait régulièrement au service divin dans la chapelle du monastère. La première année s'écoula ainsi, soit dans des amusements innocents qui adoucissaient ses peines, ou délassaient son esprit fatigué par une longue et excessive application aux affaires, soit dans des occupations pieuses qu'il regardait comme essentielles pour se disposer à un autre état. Mais environ six mois avant sa mort, la goutte reparut avec un surcroît de violence , qui affaiblit son âme comme son corps. Dès ce moment une superstition timide et funeste s'empara de son esprit, et il perdit le goût de tout amusement , et tâcha d'assujettir sa vie i toute l'austérité de la règle monastique j il ne désirait plus d'autre société que celle des religieux, et passait presque tout son temps à chanter avec eux les hymnes du missel. Pour expier ses péchés, il se donnait en secret la discipline. Mais croyant cette mortification encore trop peu sévère pour mériter le pardon de ses fastes, il chercha quelque acte de piété extraordinaire et nouveau, qui pût signaler son zèle et attirer sur lui la faveur du Ciel. L'idée qu'il conçut fut en effet aussi nouvelle quç bizarre. Il résolut de célébrer ses propres obsèques avant sa mort. En conséquence, il se fit élever un tombeau dans la chapelle du couvent. Au jour destiné i assister i ses funérailles, il se rendit i l'église avec tous ses gens vêtus •de deuil qui se placèrent autour du catafalque. Après cela, on étendit le prince, revêtu d'une longue robe noire, dans un cercueil avec beaucoup de solennité; on chanta l'office des morts $ enfin on répandit , suivant l'usage , de l'eau bénite sur la bierre. La cérémonie achevée, les

assistants se retirèrent, et les portes de la chapelle forent fermées. Charles sortit alors du cercueil et se retira dans «on appartement. Mais soit que la longueur de la cérémonie Feût trop fatigué , soit que cette image de la mort eût fait sur lui une impression trop forte , il fat attaqué d'une fièvre violente qui l'emporta, le 21 septembre 1558, âgé de cinquante - huit ans, six mois et vingt- cinq jour*

Charles - Quint eut de son épouse Isabelle, file d'Emmanuel, roi de Portugal, plusieurs enfanta. Trois seulement survécurent i leur mère: Philippe ïl> roi d'Espagne, de Naples et de Sicile, tige de la branchées» pagnole d'Autriche ; Marie , qui eut pour époux l'empe» renr Maximilien 17, et Jeanne, qui fut mariée à Jean, infant de Portugal Parmi les enfants naturels que laissa Charles -Quint, deux sont célèbres dans l'histoire. Dan Juan, -si fameux dans les fastes militaires de l'Europe, et Marguerite qui, après avoir été mariée à Alexandre de Médkis, épousa en secondes noces Octave Farnèse.

Pendant les trente -cinq années que Charles - Quint régna, il développa les grandes facultés de son esprit de la manière la plus brillante. La nature Pavait doué de toutes les qualités, qui étaient indispensablement nécessaires pour gouverner tant de peuples, si différents par la culture, par les usages, par les passions nationales et les préjugés. Charles avait, dès sa plus tendre jeunesse, acquis maintes connaissances. Il parlait et écrivait avec facilité l'allemand, le français, le flamand, l'espagnol et l'italien. Il avait fait d'assez grands progrès dans les mathématiques, dans l'histoire naturelle, la géographie , l'art nautique et quelques autres sciences» Mais, comme son grandmaître Guillaume de Croy, seigneur de Chievres, lui avait fait quitter de bonne heure ses études, pour le former dans les exercices de chevalerie, et lui enseigner ensuite las premiers principes de la Politique et de Fart militaire,

il avait négligé les belles-lettres* C'est à ce défout d'instruction qu'on doit attribuer les suites de son abdication* En effet, si ce grand prince , descendu du trône , se montra si peu semblable à lui - même , c'est que son âme, dépourvue de nourriture, fut sans défense contre les idées superstitieuses qui l'assaillirent et contre l'exemple contagieux des personnes qui l'entouraient dans sa solitude» Cependant, quoiqu'illettré, Charles-Quint était trop habile dans l'art de gouverner, pour ne pas sentir tout l'éclat que les arts et les sciences répandent sur les princes qui les protègent II combla donc de bienfaits un grand nombre des savants et les artistes $ de ce nombre furent l'historien Ouichardin et le fameux Titien.

Dans sa quinzième année, Charles était déjà Souverain des Pays-Bas, dans sa seizième roi d'Espagne, de Naples, de Sicile, de Sardaigne , dans sa vingtième empereur d'Allemagne. Déjà à cette époque, le prince adolescent se montra maître dans l'art de régner. Il joignait à une profonde politique beaucoup de prudence , de courage et de constance dans l'exécution de ses projets. B était d'un discernement exquis dans le choix de ceux auxquels il confiait les affaires ; aussi son règne fut -il fertile en grands capitaines et en politiques consommés; Lorsqu'il s'était mis lui-même à la tête de l'armée, il déployait une vaste intelligence dans l'art de la guerre et un véritable talent de Général. La fortune demeura long* temps fidèle à ses drapeaux , et il eut le rare bonheur de faire prisonniers ses ennemis déclarés ; par là il gagna de la confiance dans ses armes , et de la fermeté dans les positions dangereuses. Son activité était vraiment surprenante. Dans le discours qu'il tint le jour où il remit le gouvernement des Pays-Bas à son fils Philippe , il dit lui -même aux États-Généraux de ces provinces, qu'il) avait fait neuf voyages en Allemagne , six en Espagne,!

sept en Italie, quatre en France, dix aux Pays-Bas, deux en Angleterre, autant en Afrique, et qu'il avait traversé onze fois la mer.

À Tégard de la religion, il est constant que Charles y fut toujours fort attaché , et s'il ne réussit point i rétablir le Catholicisme en Allemagne, on peut dire au moins qu'il ne négligea aucun des moyens qu'il crut propres pour y parvenir. Les Protestants , pour justifier leur révolte, accusèrent l'Empereur de plans despotiques contre la liberté germanique ; et les princes, jaloux de la puissance et de la splendeur de la Maison d'Autriche , firent répandre par leurs agents dans toute l'Europe l'opinion que Charles - Quint aspirait i la monarchie universelle. Lee esprits faibles et bornés le crurent 5 mus les personnes sensées et impartiales haussèrent les épaules , et prirent la chose pour ce qu'elle était, savoir pour un bruit inventé par la malveillance et l'envie, dans le dessein de susciter des ennemis à l'empereur Charles-Quint En effet, si ce Souverain avait conçu l'idée qu'on lui prêtait , il n'aurait bien certainement point divisé les intérêts de sa Maison en la partageant en deux branches ; il n'aurait pas élargi son plus puissant ennemi qu'il tenait prisonnier; il n'aurait pas si facilement renoncé au duché de Bourgogne et rendu à Maximilien Sforce le duché de Milan ; il n'aurait pas promis la possession héréditaire des Pays-Bas, de la Franche-Comté et du Charolais à sa fille aînée, Marie, en cas qu'elle épousât le duc d'Orléans, deuxième fils de François I de France, au préjudice de son propre fils Philippe ; enfin il n'aurait pas renoncé à toutes ses couronnes pour passer , comme un autre Dioclétien , le reste de ses jours dans l'obscurité. D'un autre côté, si Ton considère la faiblesse intérieure de ses États, qui se manifestait dans chaque guerre, la difficulté que Charles - Quint avait à se procurer l'argent nécessaire pour défendre et protéger

ses propres pays , l'opposition opiniâtre qu'il éprouvait de la part des États, l'indiscipline qui régnait parmi les sou- (loyers, et la dissolution des armées après chaque campagne, on conviendra qu'avec des moyens si faibles aucun Souverain encore n'est devenu un conquérant. Il est donc de toute évidence que, si Charles-Quint ambitionnait d'être le premier roi du continent chrétien , comme le fut Charlemagne , d'avoir la principale influence , et de conserver la suzeraineté sur l'Italie , il n'a jamais aspiré à la monarchie universelle, qui n'est qu'une chimère politique, dont la réalisation est aussi impossible qu'une paix perpétuelle, ce beau rêve dont se repaissent nos philantropes. Que Charles - Quint n'a jamais eu non plus le dessein de l'ériger en Souverain absolu de l'Empire d'Allemagne, il fa prouvé en laissant, après la victoire de Muhlberg où tout pliait sous ses volontés , cependant intacte la constitution germanique, malgré toutes ses défectuosités.

Quant à sa vie privée , Charles aimait à être vêtu simplement, et oubliait assez souvent sa haute dignité, pour se communiquer plus facilement à ses sujets 5 il était d'ailleurs affable, accessible à tout le monde. Comme la plupart des grands hommes, il aimait le beau-sexe; mais il cachait avec soin cette faiblesse, pour ne pas l'autoriser par son exemple. Cependant l'amour ne le domina jamais assez , pour lui faire commettre une action repréhensible. Le trait suivant en est une preuve. Il était passionnément amoureux de la femme d'un des meilleurs iflfciera de son armée; de lâches courtisans qu'il admit lans 0a confidence , l'engagèrent à céder à son penchant : yA Dieu ne plaise, leur dit-il, que j'offense l'honneur d'un tomme, qui défend le mien l'épée à la main."

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