CHAPITRE m
Ferdinand I , empereur d'Allemagne , roi de Hongrie et de Bohème,
archiduc d'Autriche.
De 1558 A 1564.
L'abdication de Charles - Quint étant un événement inoui jusqu'alors en Allemagne , il s'éleva des difficultés sur le mode de recevoir cette résignation ; et deux années s'écoulèrent avant que les électeurs de l'Empire prissent une décision à cet égard. Enfin ces princes , réunis le 25 février 1558 à Francfort, transportèrent > le 14 du mois suivant , solennellement le gouvernement impérial et le titre d'Empereur élu au roi des Romains Ferdinand L Ce prince jura pour la seconde fois la capitulation d'élection qu'il avait déjà acceptée , lors de son élévation à ls dignité de roi des Romains. Toutefois on y ajouta quelques nouveaux articles , qui concernaient la stricte observation de la paix de religion d'Augsbourg, l'empêchement des abus qu'on avait à craindre des concordats germaniques, et les procès de la Chambre impériale qui avaient rapport au ban de l'Empire. Le 18 mars , les électeurs renouvelèrent leur union , qui à la vérité existait déjà dès l'année 1521, mais qui depuis avait été fort ébranlée par les dissentions religieuses.
Ferdinand envoya , quelques jours après son avènement, son grand -chambellan Don Martin Gusman à Rome , pour notifier au pape Paul IV la résignation de Charles- Quint et l'élévation de son frère au trône impé-
rial. Mais le pontife reçut ce message avec la plus grande indignation, et refusa de reconnaître Ferdinand pour empereur. Il prétendait en premier lieu , que c'était k lui de juger si l'abdication de Charles - Quint avait été légitime ; et puis il regardait l'élévation de Ferdinand comme nulle , parce que les électeurs protestants , qui étaient déchus, disait -il, du droit de suffrage depuis qu'ils s'étaient séparés de l'Eglise romaine, avaient pris part à cette élection. Le pape accusa le monarque d'avoir, par le rétablissement de la paix de religion d'Augsbourg, dérogé arbitrairement aux droits de l'Église catholique, et le menaça même de l'excommunier. Paul IV persista dans ce procédé jusqu'à sa mort, arrivée le 18 août 1559. Mais son successeur Pie IV reconnut dans un consistoire public à Rome , le 30 décembre 1559, le roi Ferdinand pour Empereur romain. Les papes prétendaient encore toujours, que les empereurs d'Allemagne, immédiatement après leur avènement au trône, prétassent par l'organe de leurs ambassadeurs Y obédience, une sorte d'hommage, au chef de l'Église. L'envoyé de Ferdinand, comte Scipion d'Arco , bien que son instruction lui enjoignît d'exprimer seulement au pape le respect et la révérence filiale de l'Empereur , outrepassa cet ordre et accomplit effective* meut, au nom de son maître, l'humiliation réclamée par la Cour pontificale. Mais Ferdinand déclara cet acte nul. Une longue contestation s'éleva entre la Chancellerie impériale et la Cour romaine. La suite en fut, qu'aucun empereur n'alla plus se faire couronner à Rome , parce que recevoir la couronne impériale des mains du pape, c'était toujours lui concéder une espèce de droit de con-
Le 3 mars 1559 , l'Empereur ouvrit la Diète k Augsbourg; Ferdinand y déclara que, comme le concile de Trente (commencé en 1545, puis transféré k Bologne
en 1547 et rétabli à Trente en 1551) avait été entièrement interrompu en 1552 , il prendrait à tâche d'en faire convoquer un nouveau pour terminer enfin, s'il était possible, les querelles de religion. Mais les Etats évangéliques protestèrent d'avance contre toute décision judiciaire de la part d'un concile , où l'on accorderait une influence dirigeante quelconque au pape. En sorte que le reces de l'Empire du 19 août confirma seulement le traité de Passau et la paix de religion d' Augsbourg , jusqu'à ce qu'un parfait accommodement eût été effectué d'une manière ou d'autre. L'ordonnance de 1555, concernant l'exécution contre les perturbateurs du repos public, fut confirmée et rendue encore plus rigide. Ferdinand défendit aussi d'engager des soldats pour le service étranger dans tous les pays de l'Allemagne, à moins qu'on n'eût auparavant sollicité pour cet enrôlement la permission impériale , et que des lettres - patentes n'eussent été accordées à cet effet par l'Empereur. Les entrepreneurs non autorisés, comme aussi les promoteurs de ces recrutements devaient encourir le ban de l'Empire. Ferdinand avait déjà, le 3 avril de la même année , publié aussi une ordonnance, par laquelle le collège impérial du Conseil aulique fKotserliches Hofraths-Collegiurri), qui avait existé jusqu'alors, fut transformé en Conseil aulique d'Empire, et séparé de toutes les chancelleries des pays héréditaires d'Autriche , comme aussi des affaires qui étaient du ressort de ces dernières. La réforme de la Chambre impériale qu'on avait proposée fut remise à la Diète prochaine. Les pressantes représentations de l'Empereur et des rois d'Espagne et de France engagèrent enfin le pape Pie IV à publier, le 29 novembre 1560, la continuation du concile de Trente. Ce pontife envoya des légats en Allemagne pour inviter les princes , tant catholiques que luthériens, à cette assemblée. Mais les Protestants re-
fusèrent, par les motifs souvent allégués , de donner les nains à un concile qui émanait du pape. Le concile - gé*néral ne commença que le 15 janvier 1562. Comme ministres plénipotentiaires de l'Empereur, assistèrent à cette assemblée l'archevêque Antoine Bruss de Prague , le comte Sigtsmond de Thun , et ponr la Hongrie l'évéque de Cinq-Églises, Georges Drascovitz. L'Empereur, les rois d'Espagne et de France , et le duc de Bavière ayant insisté sur la réformation de l'Eglise, le concile établit une députation particulière à ces fins. Mais comme celle - ci ne s'occupa dans le commencement que d'objets peu d'importance, l'empereur Ferdinand fit remettre, le 17 juin 1562, au concile vingt -sept articles dont il demanda la discussion. . Les principaux points étaient : l'usage du calice dans la communion, et le mariage des prêtres. Les demandes de l'Empereur forent appuyées par les envoyés de France, de Bavière et de plusieurs princes avec beaucoup d'énergie, mais avec peu de succès $ seulement la permis-» sien de communier sous les deux espèces fut renvoyée par les Pères à la décision du souverain pontife. Le cardinal de Lorraine arriva, le 13 novembre 1562, à Trente et présenta, au nom du roi de France, au concile trente-quatre articles de réformation. L'Empereur se rendit , au corn* mencementde février 1563, à Inspruck afin d'accélérer, par sa présence dans le voisinage, les travaux du concile; mais tout espoir d'amener la réunion des esprits par cette assemblée ecclésiastique, s'était déjà alors entièrement évanoui. Dans le congrès à Francfort en novembre 1562, les Protestants avaient adressé une lettre d'excuse à l'Empereur , laquelle exprimait de la manière la plus positive leur résolution de ne pas assister au concile. Comme après ce refus aucun monarque ne s'attendait plus à l'accomplissement du but pour lequel le concile s'était assemblé, l'Empereur retourna, le 25 juin 1563, à Vienne,
et l'assemblée des Pères , dont le pape désirait la dissolution , termina le 4 décembre ses séances. Ses décrets confirmèrent tons les dogmes de la Foi catholique, et ne firent au parti protestant aucunes concessions. Les articles de réformation qui furent réellement exécutés , ne concernaient que des cérémonies et des accessoires, ainsi que la suppression de plusieurs abus qui s'étaient introduits à cet égard. lie pape sanctionna , Tannée suivante, les décrets du concile. Il établit une congrégation de huit cardinaux, pour veiller à l'observation de ces lois. L'Empereur et les États catholiques de l'Allemagne accédèrent aux décisions du concile de Trente, bien que leur désir de voir les deux croyances réunies n'eût aucunement été satisfait. Le pape érigea vers le même temps aussi les soi-disant nonciatures, qui devaient veiller à la conservation de la religion catholique dans toute sa pureté , à l'observation des dogmes de l'Église tridentins, et s'opposer à la propagation du Luthéranisme.
Le 16 avril 1564, le pape Pie IV adressa à l'Empereur, au duo de Bavière, aux électeurs de Mayence et de Trêves, et a plusieurs autres princes d'Allemagne, une bulle, par laquelle il autorisait leurs sujets a communier avec du pain et du vin. Mais le mariage des prêtres, que l'Empereur avait également sollicité, ne fut point accordé. Par édit du 14 juin , Ferdinand notifia cette permission pontificale à tous les évéques dans les pays autrichiens, comme aussi en Hongrie et en Bohème. Mais dès l'année 1568 , le pape Pie IV révoqua par un bref, adressé a l'évéque de Passau , la permission de recevoir le calice pour tout son diocèse, qui dans ce temps-là s'étendait sur une grande partie de la haute Autriche. Toutefois ce ne fut qu'en 1600, que l'usage du calice cessa par ordre du pape Clément VIII dans les duchés autrichiens ; en Bohème , en Moravie et en Silésie il ne prit fin que dans "année 1623.
L'Empereur avait fait couronner, le 20 septembre 1562 à Prague, son fils aîné Maximilien II roi ée Bohème. Le 24 novembre de la même année, les princes électeurs de l'Empire, assemblés à Francfort, élurent unanimement Maximilien roi des Romains et le couronnèrent, le 30 novembre, dans la même ville. Selon l'ancien usage, le couronnement devait se faire à Aix-la- Chapelle ; mais à cause de la rigueur de l'hiver la ville d'Abc consentit qu'il se fît à Francfort. Le pape Pie IV* à qui le roi des Romains avait notifié son élection, fit difficulté de reconnaître l'élévation de Maximilien, allé-* guant entre autres pour raison , que trois princes protes-* tants avaient pris part à l'élection, et que le couronnement n'avait pas eu lieu à Aix-la-Chapelle, conformément k la bulle d'or. Néanmoins, le pape s'offrit à passer sur ces prétendus griefs et de confirmer le roi Maximilien dans sa dignité , après qu'il aurait juré V obédience au Saint-Siège , comme l'avaient fait , à ce que la Cour de Rome prétendait , les prédécesseurs de ce prince. Mais Maximilien, persuadé qu'un pareil serment blessait la majesté impériale, fit déclarer an pontife que, l'Empire ne relevant point du Saint - Siège , il ne pouvait jurer obéissance à ce dernier, attendu que ce serait s'en reconnaître le vassal; que si ses prédécesseurs s'étaient prêtés à cet acte de soumission , leur exemple n'était pas une règle pour lui, puisqu'ils l'avaient fait sans y être obligés. Ce différend occasionna une longue négociation. Enfin , il fut résolu que l'ambassadeur de Maximilien promettrait, au nom du Roi son maître, toute sorte de respect et de révérence (obsequium) T au pape et au Saint - Siège : mais Pie IV suppléa au reste dans la réponse qu'il fit, le 5 février 1564, i l'ambassadeur; il dit qu'il confirmait l'élection du Roi et qu'il recevait sou obédience.
C'est i ce temps qu'il faut rapporter les troubles que le chevalier Guillaume Grumbach excita en Allemagne. Us dataient encore de l'époque , ou le fameux margrave Albert de Brandebourg-Culmbach avait menacé de la guerre l'évéque de Wurzbourg, Melchior de Zobel. Ce prélat s'était adressé à Grumbach , gouverneur braadebourgeois , pour le prier de détourner le margrave de ses vues hostiles contre l'évéché , et lui avait promis des terres et des sommes notables pour prix de ce service. Grumbach accommoda effectivement les différends , se chargea de satisfaire le margrave qui réclamait de fortes gommes de l'évéque , et s'arrangea avec Albert qui loi devait beaucoup d'argent. Lui-même fut indemnisé par des domaines considérables que lui donna l'évéque de Wurzbourg. Mais l'empereur Charles - Quint ayant dans la suite déclaré tous les traités extorqués par le margrave proscrit nuls et de nul effet, l'évéque de Wurzbourg reprit aussi les terres concédées à Grumbach, et comme ce chevalier eut recours aux armes pour se venger de l'évéque, ce prélat confisqua aussi ses fiefs de famille situés dans le diocèse de Wurzbourg. Grumbach chercha auprès de la Chambre impériale et ensuite auprès de l'Empereur lui-même l'assistance de la justice contre l'évéque. Ne l'ayant pas obtenue, il fit, le 15 avril 1558, assassiner par des gens apostés l'évéque Zobel , quoiqu'il déclarât dans la suite qu'il l'avait seulement voulu faire prisonnier. Toutes les tentatives que Grumbach fit plus tard pour s'arranger avec Frédéric, nouvel évêque de Wurzbourg, relativement i ses possessions confisquées, furent inutiles. Par conséquent , Grumbach , soutenu par le duc Jean- Frédéric de Saxe -Gotha et par plusieurs chevaliers, commença en septembre 1563 la guerre contre l'évéché. Il mit, an commencement d'octobre, k contribution la ville l Wuribonrg, et força le Chapitre à lui restituer ses
biens et à s'obliger su payement d'une grande somme. Par cette violation de la paix publique , Grumbach et ses partisans encoururent le ban de l'Empire (en octobre 1563). L'empereur Ferdinand annulla aussi la transaction arrachée par force au Chapitre de Wurzbourg et ordonna, le 13 janvier 1564, au duc Jean-Frédéric de Saxe-Gotha de la manière la plus sévère , de ne pas accorder plus longtemps aux perturbateurs un refuge dans ses États.
Les ambassadeurs royaux de Hongrie Veranzi et Zay avaient , en octobre 1557 , apporté à Vienne les conditions préalables du sultan Soliman qui avait, comme il a été dit dans le chapitre précédent, exigé qu'on démolît Szigeth et payât le présent arriéré, avant que de procéder au règlement des limites respectives. En attendant la décision de la Cour impériale , le sultan avait prolongé, au mois de mars 1558, la trêve jusqu'en octobre de la même année. Mais cela n'empêcha pas le sandschack d'Albe-Royale de prendre, le 1 mai, Tata (TDotis) par un coup de main. Les partisans d'Isabelle Zapolya continuèrent également leurs courses dans la haute Hongrie vers Patak, Tokai etc. La Cour de cette princesse était le théâtre de différentes cabales. Les querelles de religion contribuaient à embrouiller encore davantage la situation intérieure, déjà assez critique, de la Transylvanie» 11 est vrai, que la Diète de Clausenbourg avait, en novembre 1556, confirmé les franchises des différents états et tribus de la nation , et accordé aux deux partis de religion , les Catholiques et les Protestants, les mêmes droits pour l'exercice de leur culte j mais en même temps les biens des églises catholiques furent confisqués , et ceux qui étaient demeurés fidèles à l'ancienne religion eurent à souffrir les plus dures persécutions. La réformation se répandit encore davantage en Transylvanie , et gagna surtout beaucoop de partisans parmi les Saxons de ce pays. Les intri*-
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gués des différents partis, auxquelles prirent part aussi les amis de la Maison de Zapolya, furent encore encouragées davantage dans cette année par un nouvel ambassadeur français , Martinez, qui offrit, au nom de son Souverain, la main d'une princesse de France pour Jean-Sigismond, fils d'Isabelle, puis des subsides pour l'entretien des troupes, et en outre l'entremise de sa Cour auprès de la Porte, pour faire ravoir à Isabelle Lippa , Témeswar et antres endroits. En même temps, il s'immisça aussi dans les secrètes machinations des mécontents. Isabelle se procura du repos, en faisant assassiner dans la nuit du 1 septembre 1558 François Bebek et les deux frères François et Antoine Kendi. Le principal des meurtriers, Melchior Balassa, reçut des terres et de riches revenus pour récompense , et fut nommé par Isabelle Capitaine supérieur de la partie de la haute Hongrie appartenante à cette princesse. Au commencement de l'hiver 1558, Balassa investit le château de Telekessy à Kis - Varda (le Petit- Waradin sar la Teisse). Le sandschak de Filek qui, d'accord avec lui, avait entrepris une course sur les terres des mécontents, fut battu, le 13 octobre, près de Kaza sur le Sajo par Emméric Telekessy. La triste situation, où se trouvaient ces pays, empira encore par la peste, qui pendant cet automne avait fait de grands ravages en Hongrie et en Autriche.
Au commencement de Tannée 1559, l'archiduc Maximilien tint une Diète à Presbourg, laquelle n'accorda les subsides, demandés par l'Empereur pour six ans, que pour une seule année, et en diminua même encore un tiers. Bientôt après , il fut conclu une trêve avec Isabelle Zapolya, et on ouvrit ensuite à Vienne les négociations pour «ne paix définitive, auxquelles assista aussi un ambassadeur polonais. Les conférences furent aussi continuées pfe» la mort d'jfoofolfe, arrivée le 15 septembre 1559.