‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 3)Chapitre 1 sur 38 · Histoire de l'empire de Russie · texte numérisé non relu

Histoire de l'empire de Russie

Changement dans le caractère du Tzar. — Calomnie contre Sylvestre et Adascheff. •— Mort d'Adaschefif. — Commencement de la tyrannie. — Nouveaux favoris. — Premiers supplices. — Guerre de Livonie. — Grandeur d'âme de Bell. — Prise de Fellin. — ;• Paroles du prince de Kazan. — Extinction de l'ordre de Livonie. — Négociations avec la Suéde. — Guerre avec la Pologne. — ^ Second mariage de Jean. — Prise de Polotsk. — Naissance du tzarévitsch Yassili. — Triomphe de Jean. — Mort du Tzarévitsch. — Affaires de Crimée. — Projet du Sultan. — Événemexis en Livonie. — Trêve avec la Suéde. — Mauvais naturel de l'épouse de Jean. — Mort du prince Youri. — La belle-sœur de Jean et la mère du prince Vladimir embrassent la vie monastique. — Mort de Macaire. — Composition des vies des Saints et

TOMK IX. I

du livre des Degrés. — Introduction de l'imprimerie. — Édition de la Bible à Ostrog. — Archevêché de Polotsk. — Mitre blanche ^es métropolitains. — Athanase est sacré métropolitain.

i56o— IMous touchons à une révolution terrible dans

Chan- l^âme du tzâr et dans le sort dé FEmpire. faractère^ Les Russes et les ëtr^angers qui se trouvaient alors à Moscou s'accordent à représenter ce jeune monarque ^ âgé de trente ans y comme le modèle des souverains; religieux^ sage^ zëlë pour la gloire^ pour le bonheur de ses États. Les premiers s'expriment icinsi à son sujet : ce Toute la » sollicitude de Jean se porte à se conserver par » devant le Seigneur. Dans le temple ou dans w une pieuse retraite , au conseil des boyards, » comme au milieu du peuple, il n'exprime w qu'un sentiment : Puissé-je régner ainsi que » le Très ^ Haut Va prescrit à ses oints i/éri- » tables! Une justice impartiale, la sûreté pu- » blique et particulière, l'intégrité des États » confiés à sa puissance , le triomphe de la re- » ligion, la liberté des chrétiens, tels sont les » objets qui ofecupeiit sans cesse sa pensée. Sur- )) chargé d'occupations, il ne connaît d'autres » délassemens que le calme de la conscience , » que la satisfaction de remplir ses devoirs; il » dédaigne les amusemeos ordinaires des prîn-

» ces. Affable enyers les grands et le peuple^ il i56o —

» est animé &xm amour égal pour tons ses.su-

n jets, qu'il sait re'compensèr selon leur mërite;

» bannissant la misère par sa générosité^ dé- .

» truisant le vice par le bon exemple ; ce prince,

» enfant de Dieu^ veut, au jour du j ugement der-

» nier, entendre ces paroles délicieuses : Tu es le

» roi de vérité. Il veut pouvoir répondre , pénétré

» de joie et d'attendrissement : Me voici avec le

» peuple que tu m* aê donné! » Les observateurs

étrangers, les Anglais qui, à cette époque, exer-

' çaient le commerce en Russie, lui accordent de

semblables éloges. « Jean, écrivent-ils, a éclipsé

l" » ses ancêtres et par sa puissance et par ses ver-

» tus. Il a beaucoup d'ennemis, mais il sait les

i » dompter. La Lithuanie , la R)logne , la Suède,

» le Danemark, la Livonie, la Crimée, les No- M gaïs , tremblent au nom de Russes. 11 est d'une M aJBTabilité , d'une prévenance admirable envers i} ses sujets, avec lesquels il aime à s'entretenir..

; » Souvent il leur donne des festins dans son pa-

» lais. Cependant, il sait commander en maître. » Il dit à un boyard allez ^ et le boyard court. w Lui àrrive*t-il de témoigner du mécontente- )» ment à un courtisan; celui-ci, désespéré, se » cacbe, se désole en secret, laisse croître ses n cbev^ux, en signe de chagrin, jusqu'à ce que

i56o— » le tatar ait daigné lui accorder son pardon # » En un mot^ il n'existe point en Europe de su- » jets plus dévoués* à leur souverain que les » Russes. Us le craignent et le chérissent à la » fois. Toujours prêt à écouter leurs plaintes^ » à en détruire les causes. Jean voit tout, dé- » cide tout par lui-même ; il ne redoute point » Fennui inséparable des affaires; peu sensible » au divertisisement de U chasse^ aux charmes » de la musique^ deux pensées Fabsorbent uni- M quement : servir Dieu , et terrasser les enne- » mis de la Russie (i)« »

Peut-on comprendre par quelle fatalité^ un monarque chéri ^ adoré, a pu , d'un si haut degré de vertu, de splendeur et de gloire, se précipiter dans les horreurs de la tyrannie? C'est malheureusement une cruelle vérité ! Les preuves du biea et du mal sont également authentiques et égaleipent irrécusables; il ne nous reste qu'à présenter> dans toutes ses phases,cet inexplicable phénomène.

Ce n'est point à Fhistoire à décider la question relative au libre arbitre des humains ; mais, dans le jugement qu'elle porte sur les actions et les caractères , en supposant l'existence de cette faculté, elle explique les unes et les autres, d'abord par les dispositions naturelles des hommes,, ensuite par les circonstances ou par la puissance

DE RUSSIS.

des objets qui agissent sur leur âme. Jean était i56o~ ne avec des passions ardentes y avec une imagination forte ^ un esprit plus brillant encore que solide. Une éducation vicieuse ayant altéré ses inclinations naturelles^ la religion seule lui avait offert un moyen de se corriger; car les plus audacieux corrupteurs des princes n'osaient point alors attaquer ce sentiment sacré : de vertueux amis de la patrie avaient réussi ^ dans des circonstances extraordinaires^ à toucher^ à subjuguer son âme y en profitant de ses propres et salutaires terreurs; ils avaient arraché ses premiers ans aux pièges de la volupté^ et^ à Faide de la pieuse^ de la douce Ânastasie^ ils l'avaient mis sur lé chemin de la vertu. Les funestes suites de la maladie de Jean avaient rompu cette belle union ^ affaibli le pouvoir de Famitié^ en u^ mot^ préparé un changement de caractère. Le tzar venait d'atteindre l'âge viril : l'esprit , eu se déployant^ donne un plus grand essor aux passions^ et l'amour-prppre agit^ dès lors^ avec plus d'empire, avec plus de force encore que dans la première jeunesse. Si la confiance du prince dans la sagesse de sçs instituteurs n'était point diminuée , celle qu'il mettait dans ses propres moyens s'était accrue : reconnaissant de leurs conseils éclairés , le monarque cessa d'éprouver le besoin

i56o— d'être guidé plus long-temps, et le fardeau de la contrainte lui devint d'autant plus lourde que> suivant leur ancienne coutume ^ ils lui parlaient sur toutes choses avec hardiesse et résolution ^ incapables qu'ils étaient de flatter ses faiblesses. Cette franchise lui paraissait inconvenante ^ injurieuse pour un souverain. Par exemple^ Adascheff et Sylvestre n'avaient point approuvé la guerre de Livonie, pensant qu'il fallait ^ avant de l'entreprendre^ détruire les infidèles^ les b£^rbiares ennemis du Christ et de la Russie ; ils ajoutaient que les Livôniens^ malgré la difiërence de coD&ssion ^ étaient cependant chrétiens , et ne menaçaient l'État d'aucun danger : Dieu y disaiënt^ils^ ne bénit que les guerres justes ^ indisrpensables pour ladéfsnse et la liberté des Empires i La cour était remplie de gens dévoués à ces deux favoris; mais ils étaient détestés àe» frères de la tzarine ^ ainsi que d'une foule de ces envieux, ennemis déclarés de toute supériorité, dont la datîgereuse activité sait profiter du temps ^ et dés circonstances* Ceux-ci pénétrèrent les disposi** tions de Jean, et lui insinuèrent qu'Adascheff

et Sylvestre étaient de rusés hypocrites , qui , tout en prêchant les.vertus célestes, n'aspiraient qu'aux biens de ce monde ; qu'élevés devant le trône , ils cachaient le tzar aux yeux du peuple ,

afin de s'approprier la gloire et le succès de son i^ — règne > auxquels ils mettaient en même temps des obstacles^ en conseillant à \eur maître la modération dans la bonne fortune , comme s'ils crai-* gnaient que trop de gloire ne lui donnât le sentiment de sa grandeur^ et ne vînt contrarier leur ambition, k Quels sont, disaient -ils, ces jj hommes assez téméraires pour dicter des lois A) à un prince grand et sage; qui , non-seulement 1) s'ingèrent dans l'administration de l'Etat, » mais jusque dans ses affaires domestiques , » jusque dans sa manière de yivre, et osent lui n prescrire des règles de conduite envers son » épouse ; qui lui mesurent le boire et le man- M ger? » En effet. Sylvestre, directeur dé la conscience de Jean , avait toujours exigé de lui la sobriété , la modération dans les plaisirs des sens ; et le jeune monarque , trop enclin à s'y abandonner, était loin d'imposer silence à la calomnie, car, déjà fatigué des sévères leçons de ses amis , il voulait devenir son maître : il ne songeait point encore à abandonner la vertu; il désirait seulement secouer le joug de ses conseillers , et prouver qu'il pouvait se passer de leurs avis. Quelquefois son impétuosité naturelle se manifestait par des paroles indiscrètes ou des menaces. On écrit que, peu après la prise de

i56o— Kazan , m'ité contre un voïévode • il dit aux grands de la cour, avec l'accent de la colère : « Maintenant Je ne vous crains plus! » Cependant, la géne'rosité dont il avait fait preuve après ■ sa maladie , avait dissipé toutes les inquiétudes. Treize années, les plus belles de sa vie, passées dans Faccomplissement fidèle des devoirs sacrés d'un souverain, semblaient être le gage d'un invariable amour du bien : malgré le refroidissement des sentimens du tzar pour ses favoris , il n'avait pourtant pas changé ouvertement de principes. La décence régnait encore dans le palais du Kremlin ; le zèle et une noble fran- , chise étaitot encore l'ânae du conseil. Seulement, dans les affaires où. la vérité, le bon droit n'étaient pas évidens, et laissaient quelques doutes, Jean se^ plaisait h contredire ses ministres. Les choses se passèrent de la sorte jusqu'au printemps de l'année i56o.

A cette époque, la .froideur du tzar envers Adascheff et Sylvestre se manifesta d'une manière si positive, que tous les deux reconnurent la nécessité de s'éloigner de la cour. Le premier , qui avait occupé jusqu'alors la place Ja plus importante au conseil; qu'on avait toujours employé dans les négociations avec les puissances de l'Europe , voulut encore rendre à son souve-

raia des services d'une autre nature ; il accepta «5^ -^ le rang de voïévode, et partit pour la Livonie : quant à Sylvestre , après avoir donné sa bénédiction au jeune monarque^ il se retira dans la solitude d'un monastère* Cette retraite, source de chagrin pour leurs amis , laissait triompher leurs ennemis, qui exaltaient la sagesse du tzar et lui disaient : a C*e$t maintenant que vous êtes « » véritablement souverain , véritablement Voint « du Seigneur. Seul vous gouvernez votre pays r » vous avez ouvert les yeux y et votre regard » plane en liberté sur tout votre Empire, w Cependant, les favoris renversés leur parurent dangereux encore, même dans l'exil. Malgré sa disgrâce^ AdaschefF était généralement honoré dans l'armée ; les habitans de la Livonie avaient pour lui la plus grande considération : tout rendait hommage à ses qualités et à ses talens. Sylvestre, dans son humble retraite, brillait également de l'éclat des vertus chrétiennes : les moines l'admiraient comme un modèle de piété, de douceur et de charité. Le tzar pouvait apprendre ces détails, céder au repentir et rappeler les exilés : on résolut donc de combler la mesure d'iniquité, et de rendre le monarque si injuste, si coupable envers ces deux hommes, qu'une réconciliation sincère devînt désormais impossible entre eux.

lO HISTOIRE

]56o— La mort de la tzarine favorisa ces odieux pro*

jets.

Calomnie Jean était absoi'be dans sa douleur : soit regrets AdMcheff ve'ritables, soit seulement pour plaire au mbtre. ^ ^^*' iiarque deWë^ tout ce qui Fentouràit versait des larmes; au milieu de ces pleurs^ sous le masque du zèle ^ sous l'apparence d'une affection que semblait effrayer la découverte d'un forfait inoui^ on vit éclater la plus noire des calomnies. « Prince ^ dit-on à Jean , vous êtes désespéré ; » la Russie entière partage votre douleur et deux » monstres triomphent ! Oui , la vertueuse Anas- » tasie vous a été ravie par Sylvestre et Adas- • » cheff^ ses ennemis secrets, tous deux magi" » ciena; car, sans le secours de la magie, corn- » ment auraient -ils pu maîtriser votre âme » pendant si long-temps ? « On fournit des preuves insuffisantes aux yeux mêmes des plus cré*dules; mais Le U^v savait que, depuis sa i^aladie^ Anastasie avait manifesté de l'éloignement pour Sylvestre et Adascheff : il était persuadé que ceux-ci n'avaient pas aimé cette princesse, et il prêta l'oreille à la calomnie , songeant peut-être à justifier leur disgrâce^ sinon par d'irrévocables témoignages d'im prétendu crime , du moins par la manifestation de ses soupçons : instruits de cette accusation, les exilés écrivirent au tzar

pour lui demander à être jugés et confrontés avec '^"^ leurs accusateurs ; ce n'était pas là le projet de ceux-Hci ; ils représentèrent à Jean que i^enimeux comme des basilics ils pourraient ^ d^un regard^ Tensorceler de nouveau ; que chéris du peuple ^ de l'armée ^ de tous les citoyens , ils exciteraient des troubles y et que la crainte fermerait la bouche aux délateurs : en conséquence , le monarque ordonna de juger les accusés par contumace. Le métropolitain^ les éyéqnes^ lesboyards^ un grand nombre de fonctionnaires ecclésiastiques et civils se rassemblèrent à cet effet au palais. Au nombre des juges ^ se trouvaient Vassian Bessky et Missaïl Soùkin^ moines artificieux, principaux ennemis de Sylvestre ; on fit lecture d'une série d'accusations , dont le tzar lui-même rend compte dans une lettre au prince André Kourbsky. « Four le salut de mon âme , lui dit- >i i\p j'avais attaché à ma personne le prêtre }} Sylvestre , dans l'espoir que , par son caractère » et son mérite , il pourrait me guider au bien ; , >i mais cet homme rusé et hypocrite , dont la » douce éloquence est parvenue à me séduire^ » n'a pensé qu'aux grandeurs de ce monde; il » s'est associé à AdaschefF pour gouverner l'État » au nom d'un souverain qu'ils méprisaient. » Us ont réveille l'esprit d' insubordination par m i

12 HISTOIHB

i56o-- » les boyards^ distribué les ailles et les domai- » nés à leurs partisans , introduit des gens de » leur choix dans le conseil^ donné tous les em- >^ plois à leurs créatures. Je fus esclave sur le » trône. Pourrais-je jamais décrire tout ce que » j'ai souffert dans ces jours de honte et d'hu- » miliation? Avec une poignée de soldats^ on )) le3 a vus traîner leur monarque comme un » captif, à travers un pays ennemi ( celui die » Kazan), sans égard pour sa santé, sans s'oc- » cuper des périls dont ses jours étaient mena- » çés; ils inventaient de puérils sujets d'épou- » vante pour jeter la terreur dans mon âme; ils » voulaient me rendre supérieur à la nature >) humaine , s'opposaient à ma volonté de visiter » les saints -monastères et de châtier les Aile- » maiids. A ces crimes , ils ont joint la perfidie; » lorsque j'étais au lit de la mort , n'ont-ils pas » voulu, traîtres à leur conscience et à leurs j) sermens, choisir un autre tzar, à l'exlusion de j) mon fils? Loin d'être attendris, ou corrigés » par notre grandeur d'âme , comment l'ont-ils » reconnue , ces cœurs durs et cruels ? Par de » nouveaux outrages ! Us ont détesté , calomnié » la tzarine Anastasie, et se sont toujours mon- » très les amis du prince Wladimir. D'après ces » motifs, est-il donc étonnant qu'à la force de

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» l'âgé, je ine sois décidé à me montrer ^^ ^J^^ » homme, à secouer le joug imposé à mes États » par un prêtre artificieux et par Alexis , mon » ingrat serviteur? etc., etc. »I1 est digne de remarque que Jean ne leur reproche point la mort d'Anastasie> et que son silence à cet égard atteste la fausseté de cette absurde^ accusation. Tous les autres griefs sont ou douteux ou déraisonnables dans la bouche d'un monarque de trente ans, qui, par l'aveu de son esclavage prétendu, dévoilerait le secret de sa déplorable faiblesse. Sans doute AdascheflTet Sylvestre, partageant les erreurs de l'humanité, avaient pu se laisser aveugler par l'ambition; mais Jean leur a cédé, par cette accusation indiscrète, la gloire d'un des plus beaux règnes de notre histoire. Nous verrons bientôt comment il gouverna sans leur secours; d'ailleurs, s'il est vrai que depuis 1647 jusqu'en i56o, la Russie fut administrée par • les favoris de Jean , au lieu de l'être par luimême , il eût été à souhaiter pour le bonheur du tzar et de ses sujets , que ces hommes vertueux n'abandonnassent point le timon de l'État; car mieux vaut encore être forcé à faire le bien que d'opérer le mal de franc arbitre. Il est beaucoup , plus vraisemblable que , pour leur donner des torts, Jean se calomnie lui-même; tout annonce

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ifiCo— qu'il aimait sincèrement la vertu, dont il avait goûte les charmes^ mais qu'enfin, emporté par ses passions, comprimées jusqu'alors et non pas déracinées, il oublia les principes de cette géné«* rosité que liii avaient inspirée ses sages institua teurs. En effet, n'est^il pas plus facile de changer que de se contraindre si long-temps , surtout pour un monarque absolu , qui ^ d'un seul moi ^ pouvait à chaque instant briser cette chaîne supposée? Âdascheff, au milieu du conseil, n'a*« vait point , il est vrai , approuvé^ la guerre de Livonie; néanmoins, comme sujet, comme ministre, comme guerrier, il était l'âme de cette expédition et servait à Jean d'instrument actif pour y obtenir des succès. Ainsi, le monarque jouissait donc de toute son autorité : il comipan^ dait , et , en dépit de ses plaintes , il n'était point l'esclave de ces favoris*

Après la lecture du procès-verbal qui contenait les crimes d'Adascheff et de Sylvestre, plusieurs des juges déclarèrent que ces scélérats étaient convaincus et devaient être condamnés ; d'autres, les yeux baissés, gardèrent le silence. Alors> le vénérable métropolitain Macaire, à qui son grand âge et la dignité de chef de l'Église imposaient ^obligation de déclarer la vérité , fit sentir au tzar qu'il était nécessaire d'appeler et

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d^ëcouter les acensés ; tous les membres du coti- iSSs —

seil qui i^staienl^ encore fidèles à leur conscience furent de cet ayis^ mais la troupe inique^ pour nous servir de l'expression de Kourbsky^ s'y opposa formellement 9 soutenant que des hommes condamnés dans l'opinion d'un prince^ soutc* rainement bon et juste, ne pouvaient alléguer aucune justification valable; que leur présence et leurs intrigues étaient également à craindi^ ; u le repos du tzar , disait-on, celui de la patrie >} exigent que l'on prononce sans délai sur cette » importante affaire : » en conséquence , les accusés furent déclarés coupables. Il ne s'agissait £xii de plus que de déterminer la peine, et le monarque, voulant encore faire preuve de clémence, consentit à la mitiger : il exila Sylvestre au monastère isolé de Solovetsky, dans une île sauvage de la mer Blanche ; Âdascheff reçut la défense de sortir de Fellin , nouvelle conquête à laquelle il avait contribué par ses talens et sçs dispos!-^ tions militaires; la fermeté, le calme de ce grand homme désespérant ses odieux persécuteurs, il fut renfermé à Dorpat, où la fièvre l'emporta au bout de deux mois. A la nouvelle Mortd'Ade sa mort, ses ennemis , ivres die joie , annon- , cèrent au tzar que ce trattre y succombant à ses remords j s^ était empoisonné.... A jamais

r56o — immortel dans nos annales , Fhonneur de son temps et de l'humanité , cet illustre favori parut avec les vertus du tzar et disparut avec elles!... Phénomène étonnant dans ce siècle, il ne saurait être expliqué que par cette puissance d'une volonté forte pour le bien, dont l'inspiration / divine sait éclairer l'esprit au milieu des ténè-

bres de l'ignorance et qui , bien plus sûrement que les lumières de la science,, conduit les ^ hommes à la véritab\e grandeur. Adaschcff de-

vait quelque aisance à la faveur de Jean ; niais il ne connaissait d'autre luxe que celui de la bienfaisance : il nourrissait les pauvres et soignait dans sa maison un grand noiabre d'incurables , accomplissant avec zèle les devoirs d'un vrai chrétien et se soi^venant toujours des misères humaines.

Commen- Tel fut le Commencement d'un mal dont les la tyran- sùitcs ne tardèrent pas à se développer. Les deux grands mobiles du règne fortuné de Jean étaient détruits; toutefois, les amis et les principes d'Adascheff existaient encore. Après avoir consommé sa perte, il fallait détruire cet esprit dangereux aux calomniateurs de la vertu , contraire au souverain lui-même dans ces nouvelles circonstances. On exigea des boyards, ainsi que de tous les seigneurs , le serment d'abandonner

me.

le parti des exilés, et de rester fidèles au tiar. i56o— Les uns le prêtèrent avec joîe> les autres- à regret, prévoyant quelles en seraient les conséquences. Tout ce qui, auparavant, avait passé pour mérite et pour moyen de plaire au souverain , devint dès lors condamnable , comme souvenir d'Adascheff et de Sylvestre. « Eh quoi l » pleurerez-vous éternellement votre épouse? di- » sait-on à Jean ; vous en trouverez une autre y> aussi belle : sortez que F excès du chagrin n peut nuire à votre précieuse santés Dieu et » votre peuple exigent que y dans un malheur » terrestre y vous cherchiez aussi des consola* » tions terrestres^ >) Jean avait sincèrement aimé la tzarine , mais il avait dans le caractère une légèreté incompatible avec les profondes impressions de la douleur. Il écouta sans colère la voix de ses consolateurs , et huit jours après la mort d'Ânastasie , le métropolitain , les évêques et les boyards lui proposèrent solennellement de chercher une nouvelle épouse. On voit que, dans ce siècle, les convenances n'étaient point rigoureusement observées • Après avoir distribué aux églises et aux pauvres quelques milliers de roubles en mémoire d' Anastasie , le tzar envoya de riéhes aumônes à Jérusalem et en Grèce; ensuite il déclara, le i8 août, qu'il Tome IX. !x

l8 ' HISTOIRE

i56o-- ëtait^dans l'intention de demandeir en mariage la sœur du roi de Pologne.

Aussitôt le deuil cessa au palais. A de joyeu^ ses conversations succédèrent de brillaus festins, qui servirent à distraire le monarque. On se disait que le vin réjouit le cœur; Fantique sobriété devint un sujet de raillerijB, et l'on traita le jeûne d'hypocrisie. Bientôt le palais sembla trop resserré pour ces bruyantes assemblées : le ^ jeune tzarévitsch Youri y frère de Jean , et Alexandre, prince de Kazan, furent transférés dans des maisons particulières. Tous les jours on inventait de nouveaux divertissemens , de nouveaux jeux, ou la gravité, la tempérance , la décence même paraissaient ridicules et déplacées. Il se trouvait encore un grand nombre de boyards et de seigneurs qui n'avaient pu sou- . dainement changer d'usage ; ils assistaient avec un front sévère à ces banquets somptueux , et repoussaient la coupe en soupirant. On les accablait aussitôt de railleries et d'humiliations ; on Nouveaux leur vcrsait le vin sur la tête. Pa^mi les nouveaux favoris du tzar on remarquait surtout le boyard Alexis BasmanofF; son fils, Féodor, grand échanson ; les princes Viazerosky et Griaznoy j Malula Skouratoff Belsky, prêts à tout faire pour assouvir leur ambition. Caches, jusque-là.

DE RUSSIE. ig

SOUS le masque de l'honnêteté dans la foulé des i56o>courtisans ordinaires , ils s'avancèrent alors isur * la scène, et, par la sympathie du mal, ils s'insinuèrent dans l'âme de Jean, qui aimait en eux une^ certaine légèreté d'esprit, une gaîté feinte, un zèle empressé à exciter , à prévenir ses désirs ; ils oubliaient qu'il est des principes propres à retenir et les princes et leurs courtisans , à modifier les volontés des premiers, à diriger les autres dans l'exécution de ces volontés. Les anciens anrîs de Jean aimaient le souverain et la vertu : les nouveaux ne songeaient qu'à l'homme et n'en paraissaient que plus aimables. Ils s'entendirent avec deux ou trois moines, maîtres de la confiance de Jean , hommes fins et rusés , auxquels il lut enjoint de rassurer, par une doctrine complaisante , la conscience alarmée du monaiv que, et de justifier, pour ainsi dire, par leur ' présence le désordre de ces bruyans festins. Kourbsky désigne entre autres Levky , archimandrite de Tschoudoff , comme le principal complaisant du tzar. Le sentier du vice est glissant! Passionné pour les femmes, échauffé par le vin , Jean oublia la continence ; et , en attendant la nouvelle épouse qui devait être l'objet d'un amour constant et unique , il se livra au libertinage. Le voile du mystère est transparent

i56o— pour les faiblesses d'un prince : chacun > frappe de stupeur^ se deniandi^it par quelle fiineste in-* fluence^ un monarque^ cité jusqu'alors comme un modèle de tempérance et de chasteté^ s'abais-* sa.it jusqu'à la dissolution»

Ce malheur bien grande sans doute ^ en pror dui3it un plus terrible encore. Les corrupteurs du prince lui faisaient remarquer la tristesse peinte sur la physionomie des respectables boyards : « voila ^ disaient-ils > i^os ennemis : au » mépris du serment qu^ ils vous ont prêté ^ ils » vivent à la manière d^Adascheff^ ils sèment » des Jbruits funestes pour agiter les esprits y ils » regrettent l^ ancienne insubordination* » Le venin d« ces calomnies empoisonna le cœur du tzar, déjà bourrelé par le sentiment de ses erreurs ; son regard devint sombre , des paroles menaçantes s'échappaient de sa bouche : prêtant aux boyards de coupables intentions , les accusant de perfidie, d'un attachement opiniâtre à l'odieuse mémoire de prétendus traîtres , il résolut de se venger d'eux, et devint un tyran si épouvantable qu'à peine on en trouverait un semblable dans les Annales de Tacite!.... Sans doute son âme , naguère sensible à la vertu , ne devint pas instantanément féroce : ainsi que le bien , le mal a ses nuanoes et ses degrés ; mais

les annalistes n'ont point sonde son cœur^ ils i56o — n'ont pu assister à la lutte de la conscience contre . de coupables passions ; ils n'ont tu que des actions horribles^ et ils nomment la tyrannie de Jean une inexplicable tempétey i^omie par les enfers pour troubler et déchirer la Russie. . . .

Cette tyrannie commença par une persécution contre tous les parens d'Âdascheff : ils furent priTés de leurs biens et relégués dans des régions lointaijties. Le peuple déplorait le sort de ces innocens : il maudissait les flatteurs^ les nou^ Tcaux conseillers du prince, et le tzar irrité Toulut étouffer le mécontentement général par la terreur. Il y ayait alors à Moscou une femme de condition, nommée Marie, célèbre par la pratique des vertus chrétiennes , autant que par son amitié pour ÂdaschefF. On l'accusa de haïr le tzar et de Touloir le faire périr par ses enchantemens : elle fiit punie de ûiort , avec ses Premiers cinq fils et un grand noipbre d'autres personnes *"^^ **^**" accusées du même crime; de ce nombre étaient le grand officier Daniel AdaschefF, frère d'Alexis, célèbre par ses exploits guerriers , et son fils , âgé de douze ans ; les trois Satin , dont la sœur avait épousé Alexis , et son parent Schischkin ^ avec sa femme et ses enfans. Le prince Dmitri Obolensky Ovtschinin , fils du voïévode de même

i56o— nom^ mort prisonnier en Lithuanie^ périt pour unie parole indiscrète • Offensé de Torgueil du jeune BasmanofF^ fayori de Jean^ il osa lui dire : « c^êst pq.r des actiom utiles que nousproupons » notre dévouerrient au tzar y et non pas comme » toi j par les dissolutions de Sodome 1 n Bas ma-^ noff porta ses plaintes au monarque^ et celuici y transporté de fureur y plongea un poignard dans le cœur de Tinfij^tuné prince. ï)'autres rapportent qu'il le 'fit étoufferas). Le boyard priuqe Repnin fut également victime de sa généreuse fermeté. Assistant au palais à une scène scandaleuse y oh le tzar, iyre d'hydromel, dansait avec ses &vpri$ masqués, ce seigneur ne p^t retenir des .larmes de doulet(.r. Jean ayant voulu lui mettre un masque , Repnin Tarràche, le foule aux pieds , et s'écrie : w Convienti-il à » un ihonarque de faire F histrion? Quant à » moi y bqyard et membre du conseil y je rougi^ » rais d^agir comme un insensé! i> Le tzar le chassa aussitôt de sa présence , et quelques jours après, le sang de cet homme vertueux, poignardé pendant qu'il priait le Seigneur , arrosa le parvis de Féglise. Bientôt un vit accourir de toutes parts des nuées de délateurs , empressés à flatter la malheureuse disposition de Fàme de Jean. Les entretiens secrets dans les &milles.

DE RfTSSIE. 23

les épaiiOhemeDS de l'amitié ^ devinrent l'objet i56û — de soupçonneuses inye$tiga(tion6 : on étudiait le ' mouvement .de la physionomie ; on cherchait à deviner le fpQd de la pensée ; et comme on connaissait lé goût du tsar pour la délation ^ d'infêiin€ts calonmiateurs , ne rougissaient point de forger des crimes^ pour lesquels le juge n'exigeait aucune preuve authentiqua. C'est ainsi que^ sans aucun motif valable y sans aucune forme de procès ^ on fit périr le prince Kaschin ^ mem* bré du conseil^ et son frère. Le prince RourliatefF^ ami dea Adascheff^ contraint d'abord à prendre l'habit monastique.^ fut ^ bientôt après ^ condamné à mort avec toute saiamiUe. Le prince Vorotynski, preniier seigneur de la cour, i/lustre sèrmteur du monarque y vainqueur des Kazanais , fîit exilé à Bielo-Ozéro avecsa femme, aon fils et sa fille. La teneur des barbares de Crimée , lé voïévôde. et boyard SchérémétiefT , fut jeté dans un afiteux cachoi^mis à lacunes* tion , chargé de chaînes. Le tzar vint le visiter et lui demanda fi^idement : <r Chi eont tes tré- » sors? tu passais pour richè.*-^ Mes trésors 9 » seigneur , liii répond le malheureux boyard à » demî-mort y je iès ai enpcyés à Jésus^Christ f B mon sauveur, par la main des pauvres <» » Il fiit élargi , et occupa pendant, quelques années

xSgi.

i56i -~ encore sa place dans le conseil ; enfin il se retira du monde dans le couvent de Bielo-Ozéro: mais cette retraite ne put IjB mettre à Fabri de la pe;psëcution. Jean écrivit aux moines pour leur reprocher y comme une insulte à la puissance de leur souverain^ les égards dont ils honoraient ce boyard. Nikita SchërémétiefF, son frère, membre du conseil d'État et voïévode , couvert de glorieuses blessures, fut étrangle par ordre du monarque,

La terreur régnait dans la capitale arrosée de sangi les prisons, les monastères regorgeaient de victimes, dont les progrès croissans de la tyrannie devaient bientôt augmenter le nombre* Le présent annonçait un effrayant avenir ! Un .. tyran ne se corrige jamais : il devient tous les jours plus soupçonneux, plus barbare; car le sang irrite >au lieu d'étancher la soif du sang. Cette passion, la plus terrible de toutes, qui conduit à la férocité , confond l'esprit humain et peut être considérée comme une démence, fléau des peuples et des tyrans eux-mêmes. Il est euriçux de voir comment ce prince, jusqu'à la fin de sa vie observateur zélé de la religion chrétienne , tachait d'en concilier les divins préceptes avec sa cruauté inouie : tantôt il la jus-^ .tifiait sous une apparence d'^équité, prétextant

que tous ceux, qui en avaient été les victimes^ iSfio— étaient des traîtres^ des ^nchanteux^ , des ennemis du Christ et de la Russie; quelquefois il s'accusait humblement devant Dieu et devant ^ les hommes : il s^a vouait infâ^^me meurtrier des innocens ; puis il ordonnait de prier pour eux dans les temples : mais bientôt il se consolait par Tespoir qu'un repentir sincère parviendrait k le sauver^ et qu'en déposant le diadème^ il deviendrait im jour le modèle des religieux dans le paisible monastère de S. Cyrille àBielo-Ozéro ! Voilà ce que Jean écrivait au prince Kourbsky et aux supérieurs des monastères qu'il affiectionnait y irrévocable témoignage que la voix inflexible de la conscience troublait la sombi^e léthargie de son àme, et la préparait au réveil effrayant des tombeaux !

Suspendons le récit des horreurs de la tyran*nie, pour suivre le cours des événemens politiques; ici l'on voyait encore briller le génie de Jean IV, tel qu'un rayon de lumière à travers d'épais nuages.

Nos succès dans la guerre 'de Livonie furent Guerre de

1 , . . /. Livonie.

couronnes par un coup vigoureux et aecisu. Eti i56o, le tzar fit partir pour Dorpat une nouvelle armée forte de soixante mille hommes d'inlanterie et de cavalerie, quarante canons de

i56o— siège etcinquante de campagne^ commandée par les voïeVodes princes Mstislavsky et Schouïsky j ils avaient ordre positif de s'emparer de Feliin ^ principale forteresse de la Livonie^ oh s'était renferme Fex-^grand^maître Fùrstemberg. Les troupes moscovites côtoyèrent lentement TEmbac^ ; la groQse artillerie fut eicpëdiëe par eau ; et le vôïévode prince Bar)>asGbin^ à la tête de douze mille hommes de cavalerie légère^ se bâta d'occupé le chemin qm menait à la mer^ le bruit ayant couru que, pour plus grimde sûreté > Fùrstemberg expédiait son riche trésor sur Hâbsal. Barbaschin faisait reposer sa cavalerie harassée^ à cinq V4Brstes d'Ërmis^ lorsque y pat là plus grande ichaleur dû jour^ au moment où Ses soldats dormaient àFombre^ on sonné Talarmie. Cinq cents cavaliers allemands^ commandéi^ par le land-^maréchal Bell , débusquent d'une foret voisine et se précipitent^ en povssàlït de g^s^nds cris 9 sur notre paisible camp^ qui n'était gardé que par un petit nombre de sentinelles. Les Russes n'ignoraient pas la proximité de- l'en-* nemi; mais ils ne croyaient pas qu'il hasarderait une bataille contre des foi^ces si supérieures, dette attaque imprévue ne lui donna qu'un avan-tage momentané : après quelques instans de dé^ sordre , inséparable d'une surpris^ ^ les Russes

arrêtent les Allemands ^ ils les attaquent à leur i56o-< tour^ les prçsçent et les passent au fil'del'jépée^ à l'exception du commandant en chef^ de onze commandeurs et cent yingt chevaliers ^ faits pri>sonniers. La perte de tant d'officiers^ et surtout celle du maréchal^ qu'on appelait le dernier dé^ lenseur zële^ le deràier espoir de la Livonié^ fut le plus grand malheur pour l'Ordre. Présente Grandeur

.. / 1 • . 11 d^âme de

aux Yoievodes moscovites ^ ce grand homme ne Beii. trahit pas la fermeté de son âme; il ne x^hercha point à cacher sa . douleur^ mais regardant les généraux russes avec une imposante fierté^ il répondit à tout avec franchise^ calme et haivdiesse. Koursbsky y qui fait l'éloge de son ca-^ ractère, dé ses talens et de son éloquence^ npus raconte le trait suivant :

i< Tâchant 4'adoiicir par nos. égards le sort » cruel de cet homme extraordinaire^ nous eau- » sions à tabletavec lui sur l'histoire de l'Ordre » de lÀyonie. ^Xjorsquef'disait'W y le 'zèle pour » la ivraie religion^ la pertu -y l<t piété 'f^abitaient >i dcms nos vœur^y . le TrèmHaut Jtou» protêt » geait'ou^^ertement; albfSy nous tie èraigmôns » ni les Mu<fêé^^ ni les princes Ijitfyuanbênsi$ » vous avez entendu parler ile cette célèbre et « mémorable bàtaille.contteie terrible f^iiopte, » dans laquelle périrent six maitres de POrdré y

a8 HISTOIRE

i56o — » successwement choisis pour commander nos » troupes :. tels étaient nos anciens chevaliers I i> tels furent y à une époque plus rapprochée y n ceux qui soutinrent la guerre contre Jean^le- H Grand ^ àièul du tzar actuel de Moscoi/icy et » qui combattirent si vaillamment contre votre n illustre voïévode Daniel. Mais depuis que, » nous avons abandonné Dieu y rejeté les dogmes » de la vraie religion pour en adopter une nou- » vellej ouvrage de l^ esprit humain , et faite M pour flatter les passions^ depuis que nous n avons méprisé la pureté des moeurs; que nous » nous sommes plongés dans une odieuse vo^ » lupté ; depuis que nous marchons sans frein » dans la voie de la corruption, le Seigneur a li- » • vré l^ Ordre entre vos mcdns.^ Ltes> villes floris^ » santés f les hautes forteresses y les palais et ïi les châteaux magnifiques, ouvrages de nos » €mcétres, les jardins et les vignobles plan^ » tés par eux , sont tombés sans résistance en » votre pouvoir* JUais pourquoi parler des w Musses ?: Au moins ave^-^ous employé le » glaive! D^ autres (les Polonais) n^ont pas » tiré Vépée : ils se sont emparés de tout par » ruse y en nous promettant leur amitié, leur » secours, leur protection. Grand Dieu, quelle }) amitié! Nous sonvnes dans vos fers, et notre

DX RUSSIE. 2g

» chère patrie va périr! Non y ne croyez point i56a —

a que vous noua ayez vaincus par vos armes : » c^est Dieu qui se sert de vous pour punir des » coupables. A ces mots, il essuya les larmes )i qui coulaient de ses yeux, et ajouta ayec calme : » Mqisje remercie le Tout^Puiasant jusque dans » ma captivité; il est doux de souffrir pour sa w patrie et je ne crains point la mort! Les voïé- >j Yodes moscovites l'écoutèrent ayec autant d'in- » térêt que d'éipiotion, et l'ayant fait partir pour » Moscou arec les autres prisonniers, ils ëcri- A) virent au tzar dans les termes les plus près- » sans, pour l'engager à user de clémence en- » vers ce héros vertueux, honoré de Festime des » Li voniens , capable , par son influence , de » rendre d'importans services à la Russie, et de » porter le grand-^maître à la soumission. Mais » Jean , devenu cruel, le fît amener dans son » palais et lui parla avec l'accent de la colère. >j Le généreux captif répondit que la Livonie » qycmtl^esclavage en horreur y combattait pour » J^ honneur et pour la liberté j que les Russes, » faisaient la guerre comme des barbares alté* » rés de sang^ » Jean lui fit trancher la tête i«.«. pour 2^1» mot injurieux y rapporte l'annaliste , et pour la perfide violation de la trêve. Cependant , ne pouvant refuser une admiration, iiyro-

3o HISTOIRE

i55o— bntaire à la noble hardiesse de Bell^ le tzar envoya cpielqu'nn pour faire suspendre Fexe'cu^ tion^ mais déjà ce grand homme était supplicié ! Aussitôt que les généraux russes eurent formé le siège de Fellin ^ on commença à battre les murailles enbréche ^ et^ dans une seule nuit^ la ville fut en feu sur plusieurs points. Les troupes aile-* mandes annoncèrent alors à Fûrstemberg qu'elles voulaient capituler. Ce fut en vain que cet illustre vieillard les conjura dé ne point trahir Fhonneur et le devoir; en vain il leur offrit toutes ses richesses^ son or, son argent, pour récompenser leur courage : ces lâches, n'espérant aucun secours, ne voulant pas s'exposer à une mort qu'ils regardaient comme certaine, rejetèrent ses propositions. Fûrstemberg cédant alors à une funeste nécessité , demanda aux Russes la liberté .

Prise de de soTtir avec son trésor; mais le conseil des boyards refusa cette condition et répondit que le monarque russ^ tenait à voir le grand-maître entre ses mains, et que, par clémence, il promettait de le traiter favorablement. On ne laissa sortir que les troupes allemandes (le 21 août). Instruit que les soldats avaient brisé les coffres de Fûrstembei'g et pillé un grand nombre d'ob- ' jets précieux , apportés à fellin par la noblesse livonienne , le prince Mstislavsky leur fit re-

DE RUSSIE. 3l

preudre tout ce qu'ils avaient enlevé ^ et jus- i56o— qu'à leurs propres effets y de sorte que ces misérables arrivèrent dans un entier dénùment à Riga^ où Ketler les û%^ pendre comme traîtres. .Les Russes ^ h leur entrée dans la ville ^ furent surpris de la lâcheté de l'ennemi^ qui aurait pu résister long-^temps encore aux efforts des assiégeans y au moyen de trois forteresses en pierre ^ , entourées de fossés profonds^ où se trcnivaient quatre cent cinquante pièces de canons^ avec quantité de vivres et munitions de toute espèce. « Cette pusillanimité des Allemands , disaient- » ils y est une faiseur du eiel pour le monarque » orthodoxe. » Lorsque les prisonuaiers furent , arrivés à Moscou^ Jean donna ordre de les promener dans les rues pour les montrer au peuple. On rapporte que le tzar de Kazan> qui se trouvait dans la fc^le des curieux^ spectateur de ce triomphe y cracha sur un seigneur allemand y en lui adressant ces mots : « Misérables! pous mé- Paroles

du prince

» ritez votre sort; c^est pousqui avez appris aux de Kai » Russes à manier les armes ; vous êtes cause » de notre perte et de la vôtre! » Jean accueillit Furstemberg avec beaucoup de bienveillance ; il remplit à son égard les promesses des voïévodes^ et lui donna ^ en toute propriété^ Lubim y bourg dans le gouvernement de Kostroma y QÙ il

Lsan.

i56o— termina ses jours ^ déplorant la rigueur de sa destinée 9 mais pénétré de reconnaissance pour les bontés du tzar. ' ^

La perte de Fellin présageait l'anéantissement total de l'Ordre. Les villes de Tarvast, Rouïa,. Verpol ^ et un grand nombre de châteaux forts , tombèrent au pouvoir des Russes. Le prince André Kourbsky battit le nouveau land-maréchal de l'Ordre près de Volmar , et de légers détachemens lithuanien» s'étant approchés de Yenden^ il marcha sur eux^ les mit en fuite et les chassa des frontières de la Livonie. Le voïévode Yahovleff ravagea toute la cote d'Esthonie , où il trouva quantité de bétail et de richesses^ les principaux habitans de la Harrie s'y étant réfugiés avec tous leurs biens. Com>me il passait devant Rével y les citoyens de cette ville , à peine au nombre de mille ^ firent une sortie^ et furent victimes de la supériorité de nos forces ; ils périrent ou se rendirent prisonniers. Vraisemblablement les Moscovites auraient pu alors s'emparer de Rével, si le prince Mstislavsky, voïévode en chef, n'avait voulu, sur la route qui conduit à cette ville , et sans aucun ordre du * tzar , enlever la forteresse de Veissenstein , entourée de marais &ngeux. U en fit le siège pendant six semaines, sans ordonner l'assaut , épuisa

DE BUSSIE. 53

ses munitions et fut forcé de rentrer en Russie i56o au commencement de Fautomne.

A cette époque la Liyonie ne songeait plus à maintenir son indépendance. Épuisée par d'inutiles efforts^ elle balançait dans le choix d^im maître, et le désirait assez puissant pour soustraire ses malheureux débris au glaive des Russes ou à Fesclavage. Frédéric, roi de Danem&rck, convoitait PEsthotiie et avait acheté pour son frère MagnusFévêché d'CBEsel. Ce jeune prince, condamné à devenir un étonnant jouet de là fortune^ arriva au printemps de Fannée i56o à Habsal , avec les jmmiesses les plus flatteuses pour les chevaliers. Le roi de Suède ne laissait percer aucuns projets ambitieux sur les domaines de FOrdre; mais, redoutant les projets de la Russie, il fit savoir au grand^maitre qu^il était prêt à pourvoir Rével de munitions de. guerre. « £h cas de siège , ajoutait-il , les habi- » tans de cette ville pourront envoyer leurs » femmes et leurs enfans en Finlande. La Suède. » oubliant la perfidie de FOrdre , conserve pour » lui une bienveillance particulière et n^ con- » sentira jamais à sa destruction. » Ainsi pensait le vieux Gustave Yasa, qui mourut à la fin de i56o. Erik, sou successeur au tr^e, agit d^une manière plus décisive : il montra aux États es- Tome IX. 5

34 HISTOIBE

i58o— thoDiens, d'un côté, la perle inévitable de cette province, de 1 autre un protecteur, un libérateur ^ et les décida , sans beaucoup d'efforts , à reconnaître l'autorité de la Suède, arrangement qui contrariait les desseins du maître de l'Ordre , car il avait entamé de secrètes négociations avec Sigismond. Cet événement d'une grande importance hâta le dénoùment du drame. Convaincus que l'antique édifice de l'Ordre s'écroulait tous les jours, Ketler, l'archevêque de Riga, et le» députés dé la Livonie se rendirent à Vilna, oii, le 2g novembre i56i , en présence du roi de Pologne et des grands de Lithuanie, fut anéantie ,

Fin de ppur toujours, nilustre association des Cheva— LiTonie. Uers potte^glaipes. On rédigea à cet effet un traité solennel, appuyé d'un serment, par lequel Sigismond-Auguste fut. reconnu souverain de la Livonie , à condition qu'il ne ferait aucun changement dans la religion , les lois, les mœurs du pays ; Ketler fut nommé duc héréditaire de Courlande , vassal et tributaire du roi • Voici un des articles de cet acte mémorable : (( La Lipome y » déchirée par le plus cruel des ennemis , ne » pouvait trouver de salut que dans une étroite » union avec le royaume de Pologne ,• Sigismond » s engage à prendre la défense des Chrétiens » opprimés par d£s barbares; il chassera les

» Russes et portera la guerre dans leur pays y rJ^^"" n parce qui il vaut mieux boire le sang de son » ennemi que de lui laisser boire le sien propre, n De retour à Riga ^ Ketler se démit publiquement de la dignité de grand-maître j il déposa sa croix et son manteau : les chevaliers en larmes imiterait son exemple. Après avoir juré fidélité au roi, il remit au prince Radzivill, son lieutenant, le sceaade TOrdre, les lettres des empereurs et les clefs delà ville : Radzivill , de son coté, lui conféra au nom du roi le titre de gouverneur de la Li- Tonie^. Les domaines de FOrdre se trouvèrent de la sorte divisés ep cinq parties : Narva, Dorpat, Ajyientaken , plusieurs cantons dans les provinces d'Erven et de la Virlandie, toutes les places voisines de la Russie , avaieflt été conquises par Jean; la Suède s'empara de la Harrie, de Rével et de la moitié de la Yirlandie ; Magnus gouvernait Œsel ; Gothard Ketler eut pour sa pari la Courlande et la Sémigalie; Sigismond prit la Livonie méridionale. Chacun de ces souverains tâchait de se concilier l'amour de ses nouveaux sujets ; Jeau lui-même> ce prince si terrible comme ennemi, se montrait rempli de bienveillance pour le peuplé et la noblesse des provinces conquises. Cependant la destruction de l'Ordre ne pouvait être encore le terme des calamités

36 HISTOJRS

ï56^ "^ ^'^^ ^*^* ^^ l^s quatre puissances dii Nwd , dans une dangereuse rivalité , cherchaient réciproquement à étendre leur domination.

Négocia- Tandis qu'une armée suédoise prenait postions avec * . . , .

la Suède, session de Rével^ Erik proposait à la Russie paix et amitié , à condition quHl traiterait directement avec le tzar lui-même et vnon pas avec les lieutenant de Novgorod ; ensuite que l'on rayerait du traité précédent l'important article par lequel Gustave Yasa s'était engagé à ne prêter secours ni à la Lithuanie, ni à FOrdre de Livonie* Dans leurs conférences avec les boyards moscovites > les seigneurs suédois crurent les intimider par ces paroles : « L^ empereur y h roi » de Pologne et cdui de Danemarck pressent n noire som^rain 4^ se réunir d eux pottr atta-- » quer la Russie* Leurs cunèassadeurs sont d » Stockholm : Érih'ne leur a point encore donné » :de réjfçtn^sf décisi-pe ^ car H attend la vdtte. >> Les boyards répondirent que depuis sept siècles la Russie^ fidèle à ses anciens usages ^ observait le même système politique. i<On<zi^uen Suède, » aj04iitalent^ils^ u&e longue suite de princes i) apaut JSrik,: lequel d^ entre ewc a dédaigné » ^ négoder apet> Nopgorod? Le refus de Gus^ >> tape f^a^sa a attiré sur son pays la guerre » et des dépastaiions que son eoTMentêment seul

» a ierminéee. Gustave était un prince sage ^ i56o — >i Érih est encore à se foiré connaître. Il eM » aisé de faire le mal, difficile de le réparer. » Jean a voulu conquérir deux royaumes , et » sa volonté n^ a point trouvé d^ obstacles ; jnais )i votre nouveau roi, qu^a^t-il fait? Choisissez » oude tonfirmer le traité conclu par son père ^ » ou de voir y avant d^ arriver à Stockholm , s^al- » lumer une guerre dont les feux seront longs à » s^ éteindre* Croiriez-vous nous épouvanter avec » votre Lithuanie, l^ empereur , le Danemarch ? » Coalisez-vous avec tous les rois . avec tous les » souverains de l^ Europe : nous ne craignons » personne! » Cette fermeté força la Suède à renouveler l'aucien traité. Il semblait d'abord que la paix ne dût pas être de longue durée ^ car Jean n'avait pu entendre sans indignation le rapport de ce qui s'était passé en Esthonie ; ensuite les fonctionnaires novgorodiens ^ exp^ diés à Stockholm avec le traité ^ s'étaient plaintsà lui d'avoir été fort mal accueillis par Erik (qui leur avait même proposé de manger de la viande dans les jours maigres ! ) Enfin ces mêmes ambassadeurs avaient fait savoir au roi que nous ne restericms pas spectateurs indifférens ^ de ses entreprises ; cependant , malgré ces motifs y la bonne intelligence ne fut pas troublée ,

i5»)~- car le tzar ne voulait pas augmenter le nombre de ises ennemis ^ avant de s'être débarrasse des Polonais ^ qu'il regardait comme les plus dangereux.

Nous avons parlé plus haut du projet formé par Jean de contracter un nouveau mariage. 11 se croyait certain d'y réussir, et son amourpropre fut vivement blessé de se voir contrarié dans ses desseins. Des ambassadeurs russes, expédiés à Yilna , parlèrent officiellement de paix à Sigismond, et lui firent^ en secret, connaître le désir qu'éprouvait le tzar de devenir son beau-frère. Us avaient ordre de choisir, selon la figure j l^ embonpoint et la santé j entre la sœur aînée du roi, nommée Anne, et la cadette, nommée Catherine. Leur choix tomba sur cette dernière. Sigismoud répondit qu'il ne pouvait donner son consentement sans avoir obtenu celui de l'empereur, du roi de Hongrie et du prince de Bruns vick, ses protecteurs et ses parens; que la dot de la future, conservée dans le trésor de Pologne, consistait en chaînes, pierreries, habits et or, pour la valeur de cent mille ducats ; qu'il ne lui paraissait pas convenable de marier la cadette avant l'aînée ; cependant qu'il ne s'opposerait pas à cette union, à condition que Catherine resterait catholique.

Les ambassadeurs ayant témoigné le désir d*être i5(5o — présentés à cette princesse , on leur permit de la voir à l'église et on leur remit les portraits des deux sœurs. Mais Sigismond^ convaincu de la nécessité de combattre pour la Livonie , regardait comme inutile une alliance avec Jean. Il fit partir pour Moscou le maréchal Schimkowitsch , sous prétexte de traiter de paix et de mariage^ et en même temps 1} revendiqua Nov- ^ gorod, Pskoff, le territoire de Séversk, Smo-lensk !... L'ambassadeur polonais repartit et les hostilités recommencèrent par la prise de Tar^ vast, dont s'empara Radzivill^ hetttian lithuanien y entré en Livonie avec une armée co»sidérable. Le siège durait depuis cinq semaines^ et les généraux moscovites n'étaient pas encore venus au secours de la forteresse. Ils se rassemblaient^ faisaient leurs préparatifs; mais^ sans cesse en dispute sur le droit d'ancienneté, ils refusaient d'obéir l'un à l'autre. La sévérité de Jean ne réprimait point cet ancien abus. Lui qui , pour un mot indiscret , pour un regard de ' ' reproche , pour une généreuse audace , traitait les grands avec tant de cruauté, montrait de l'indulgence pour cette coutume funeste. Tous les exploits de sa nombreuse armée se bornèrent à ravager de nouveau quelques villages livo-

4o , HISTOIRE

i56?f^"^ niens. Les princes Wassili Glinsky et Sërébrianoï poursuivirent Radziyill et battirent un de ses détachemens à Pernau. Les Polojoiais^ ayant mis des garnisons dans les forterissses les plus importantes de la Livonie méridionale^ abandonnèrent Tarvast, et Jean fit détruire cette ville de fond en comble.

av^^i^Po- Alors Sigismond^ reconnaissant Finutilité de logne. ggg longs efforts pour persuader au tzar de ne point troubler le repos de la Livpnîe , se vit forcé de recourir aux armes. « Radzivill^ écri- » vait-il à Jean , s'étant rendu maître de Tar- » vast, a permis aux Russes d'en sortir, et l'au- » teur de cette guerre sera respcmsable devant n Dieu du sang versé ; vous pouvez encore dé- » tourner ce fléau, en retirant vos troupes des » anciennes possessions de l'Ordre; dans le cas j> contraire, l'Europe jugera de quel côté se » trouve la justice, de quel côté la bonté et la » barbarie ! » Les boyards déclarèrent au gentilhomme Korsak, porteur de cette lettre, qu'on lie lui rendrait pas les honneurs dus au caractère d'ambassadeur, la dépêche du roi étant remplie d'expressions inconvenantes; Jean répondit à Sigismond z « Vous avez l'art de rejew ter vos torts sur les autres. Nous avons tou- » jours accueilli vos prétentions quand elles

» étaient justes; mais oubliant les traités con-* ^sSo- » firmes par vos ancêtres , au mépris de vos » propres sermens^ vous entrez à main armée » dans les anciens domaines de. la Russie : car Pi la Livoaie fut et sera toujours à nous. Vous » me reprochez d'être fier et ambitieux : ma » conscience est tranquille ; je n'ai fait la guerre » que pour rendre la liberté aux chrétiens 9 pour » punir les infidèles ou les parjures. N'est^e » pas vous qui avez excité le roi f de Suède à M rompre la paix qu'il avait cpnclue avec Nov- » gôrod? N'est-ce pas vous qui, au moment oii » vous me parliez de paix et d'alliance, attiriez >) les Tatars de Grimée dans nies États? J'ai » ^ntre les mains votre lettre au Khan : j'en » joins ici la copie pour vous faire rougir!... » Ainsi nous connaissons à fond votre caractère » et n'avons plus besoin d'en savoir davantage. » Nous mettons notre espérance dans le juge >* suprême : il vous punira de vos cruels arti- >* fices et de votre perfidie, w

Jean, ayant tou.t-à-fait abandonné l'idée de Second devenir beau-frère d^ Sigismond, chercha, à Jean. l'exemple de nos anciens princes , une épouse dans les contrées asiatiques. Instruit que Temgrouk, un des plus illustres princes Tcherkesses, avait une fille charmante , le tzar donna ordre

4^ HISTOIHE

i56o -^ de ramener, à Moscou : eUe lui plut, et il la fît instruire dans la religion chrétienne. Le métropolitain qui la tint sur les fonts de baptême ^ lui

/ donna le nom de MârîÉ. Les noces furent célé-

brées le 21 août i56i • mais Jean ne cessa de regretter Catherine , ou du moins il consçrra un profond resjsentiment contre Sigîsmond,^ dont il se préparait à tirer vengeance, d'abord à cause de la Livonie, ensuite pour un refus injurieux à l'orgueil du prétendant.

i56a. Cependant , malgré des menaces réciproques , les hostilités furent, de part et d'autre, d'assez peu d'importance : Jean redoutait le khan et entretenait, dans la Russie méridionale, une armée commandée par le prince Wladimir Andréïevitsch : Sigismoud, qui ayait réparti 3es troupes dans les foHeresses de Livonie , n^avait en campagne que de petits détachemens, qui firent le siège d'Opotschha et de Nével. Le prince Sérébrianoï battit les Lithuaniens près de Mstisr lavle ; Kourbsky incendia le faubourg de Witebsk; les autres voïévodes se portèrent de Smolensk sur Dèubrovna, Orscha, Kopyk et Schkloff; mais, en général, on pillait beaucoup plus qu'on ne combattait. Khodkevitsch , commandant des armées de Sigismond en Livonie, engageait les généraux russes à ne point perdre

les hommes dans des escarmouches inutiles : on i5fo. alla même jusqu'à entamer des négociations de paix. Les seigneurs lithuaniens écrivirent au métropolitain et aux boyards de Moscou pour les engager à éloigner TefFusion du sang. Le vieux Macaire leur répondit i a Je ne connais que les n affaires de V Eglise : ne me parlez point de M celles de VÉtat. » Les boyards déclarèrent que Jean consentait à la paix^ pourvu que Sigismond n'élevât plus aucune difficulté au sujet de la Livonie et du titre de tzar. « Rappeleshvous , » ajoutèrent-ils , que la Lithuanie même est le » patrimoine des princes de Moscou. Pour y> rendre la tranquillité aux deux États , Jean » a voulu épouser une de vos princesses : Sigis-' » mond a rejeté ses propositions! . . . Et par quel » motif? sans doute pour complaire au hhan! » Le mal peut se réparer encore ^ mais il n'y a » point de temps à perdre. » Toutefois l'année 1 563 approchait^ et les ambassadeurs du roi^ attendus à Moscou^ ne paraissaient pas : Jean ne craignait plus le khan qui^ après s'être montré dans le midi de la Russie^ avait fui des environs de Mtsensk; libre d'inquiétudes de ce côté, il médita de porter un coup sensible à la Lithuanie.

A l'entrée de l'hiver , l'armée russe se ras-

i563. semUa à Mojaïsk ; le tzar s'y rendit en par-sonne ^ le ^5 décembre^ accompagné dû prince Wladimîr Andréïë vitsch , des 4:zars de Kazan ^ Aleiandre et Siméon, des tzarévitschs Ibak^ Tokhtamouisch ^ Bekboulath^ Kaïboula et des plus illustres voïévodeç; ou boyards . On assure que le nombre des combattans s'élevait à deux cent quatre-vingt mille; celui des hommes préposés aux bagages à quatre-vingt mille neuf cents ^ et qïie Tartillerié avait deux cents bouches à feu.^ Cette formidable armée entra si subitement en Lithuanie , que le roi , alors en Pologne 9 n'en voulut pas croire la première nouvelle. Le 5 1 janvier, Jean mit le siège de vaut Polotsk , et le 7 février, il emporta les fortifications extérieures. On apprit alors que quarante mille Lithuaniens , commandés par l'hetman Radzivill, étaient partis de Minsk avec vingt pièces de canon. Ce générai avait promis au ifoi de sauver la ville assiégée ; mais ayant trouvé sur son passage les voïévodes moscovites , princes Repnin et Paletsky , il n'osa pas tenter le sort d'une bataille ; il voulut seulement inquiéter les Russjes , et fit à ce sujet d'î-

ï563. nutiles efforts: car le i5 février la ville était au pouvoir du tzar. Dovoïna, commandant de la forteresse, commit une imprudence qui devint utile au monarque russe : il avait admis dans

DE Busses. 4^

la ville vingt mille paysans , qu'il en chassa au iS63. ix>ut de quelques jours , et ibumit ainsi à Jean Foccasion de déployer une générosité dont les suites sont toujours dangereuses dans de pareilles circonstances. Ces infortunés y dévoués à une mort certaine 9 furent reçus comme des frères dans le camp à.^% Moscovites. Guidés par la reconnaissance 9 ils indiquèrent à leurs bien* faiteurs une grande quantité de blé enfoui par eux dans des fosses profondes , et firent secrètement savoir à leurs concitoyens que le tzar étaiit le père de ceux qui croyaient au même Dieu que lui; qu'il savait triomjAer et pardonner. En même temps une grêle de boulets tombait dans la ville ^ les murailles s'écroulaient^ et le lâche Dovoïna , cédant au vœù des citoyens ^ se hâta Prise de de conclure une capitulation avantageuse avec un ennemi qui paraissait de facile composition^ qui promit la liberté personnelle ^ l'intégrité des fcrtunes^ et ne tint point parole. Polotsk était célèbre par s(hi commerce ^ son industrie , ses richesses : le tzar non content de s'emparer 4u trésor public^ se saisit aussi des propriétés des seigneurs opulens y de tous les« gentilshommes et marchands ; de l'or^ de l'argent^ en un mot de tout ce qu^il trouva de précieux. Il envoya à Moscou l'évêqae avec le voïévode de Polotsk, un

1563. grand nombre d'officiers du roi et de citoyens ; iLfît détruire les églises latines et baptiser tous les Juifs, avec ordre de précipiter les mutins dans la Dvina. Les étrangers seuls qui servaient comme auxiliaires dans Tarmée lithuanienne, eurent à se louer de la générosité des vainqueurs. Il leur donna des pelisses magnifiques et des passe-ports , dans lesquels Jean se parait avec joie du titre de grand prince de Polotsk, ordonnant aux boyards et officiers russes , tscher-* kesses> tatars et allemands, de leur prêter secours et assistance dans leur route. Il fêta pendant 'quelques jours cette facile et brillante conquête de l'ancienne principauté de Polotsk, héritage de la fameuse Gorislava > province célèbre dans Fhistoire de nos guerres civiles, et sauvée du joug des Mogols pour s'être soumise en temps utile à la Lithuanie ; il dépêcha des courriers sur tous les points, afin que les Russes rendissent grâces au ciel de la nouvelle gloire qu'il venait d'acquérir , et il écrivit au métropolitain Macaire : <c C^est aujourd'hui que se » réalise la prophétie du saint métrùpolitcdn » Pierre , qui a dit que Moscou élèverait son M bras au-dessus des épaules de ses ennemis. »

Sigismond et les grands de son royaume étaient dans la consternation. Polotsk, ville célèbre par

sa population , pat* ses remparts y passait pour i563. le plus ferme boulevard de la Lithuanie ; elle était prise ! et les voïëyodes moscovites , sans perdre de temps ^ mardhaient sur Vilna ^ Mstislayle et la Samogitie ^ ravageant tout sur leur passage^ n'éprouvant aucune résistance, car Fhetman avait fui vers Minsk. Dans ces conjonctures les seigneurs lithuaniens écrivirent à nos boyards que les ambassadeurs étaient prêts à se rendre à Moscou , si les Russes cessaient les hostilités. Le . tzar , ayant fait répondre qu'un ambassadeur n'était ni maltraité, ni exposé à être tué , accorda aux Lithuaniens une trêve de six mois. Il fit réparer les fortifications , chanter un Te Deum dans la cathédrale de SaintenSophie à Polotsk , et confia la défense de la ville au valeureux prince Schouïsky; ensuite il en sortit, le 26 février, à la tête de son armée qu'il licencia à -Yeliki-Louki, et partit pour sa capitale; il rencontra en chemin les boyards envoyés pour le féliciter au nom de ses fils et de son épouse. La mère du prince Wladimir Andréiévitsch , Euphrosine , le traita magnifiquement à Staritza , apanage de son fils. Le tzarévitsch Jean attendait son père dans le couvent de Sainte-Joseph; et Féodor dans le village de Krilatsky , où de nouveaux festins étaient préparés. Le lendemain ,

i563. 21 mars y au moment où le tzar traversait le

Naissance champ de Kril^tsky , le boyard Trokhaniotoff

ThschVai- arriva avec la nouvelle que la tzarine venait

d'accoucher d'un fils nomme Vassili* Le clergé

attendait Jean avec les croix et les bannières

près de l'église de Saint-Boris et Saint-Gleb.

Il remercia le métropolitain et les éyéques des

voeux qu'ils avaient formés pour lui , et ceux-ci

félicitèrent le monarque sur son courage et se6

Triomphe cxploits. Enfin il se rendit en triomphe à la ca-

de JeaQ

thédrale y au milieu d'une foule de seigneurs et de peuple , qui fiiisaient retentir l'air de leurs acclamations y comme lors de la prise de Kazan. Il ne manquait aux Russes qu'un sincère amour pour leur souverain , et celui-ci était loin d'éprouver le htmlieur , car il n'en existe pas pour Mort du les tyrans. Le tzarévitsch nouveau-né ne vécut

tzarëTitsch . . '

que cmq semâmes.

Certain que la guerre avec la Lithuanie ne tarderait pas à recommencer y et comptant sur les favorables effets de sa victoire , le tzar crut Affaires à ^propos d'cu informer le khan ; il lui écrivit ' d'un ton h la fois engageant et superbe y lui rappelant la sincère amitié de Mengli-Ghireï pour Jean -'le --Grand 3 amitié si heureuse dans ses résultats pour les deux puissances y ainsi que le peu de succès des invasions des Tatars de Cri-

i DE RUSSIÇ. 49

mée, invasions désastreuses y il est vrai> pour i563. la Russie , mais bien plus encore pour la Tsturide elle-même, déjà pauvre en hommes, en armes et en chevaux ; il lui parlait des églises chrétiennes érigées à Kazan, à Astrakhan, louait la fidélité des princes tcherke^sses et nogaïs ; :enfin , plaignant l'inutile haine de Sigismond qu'il venait de couvrir de honte en ravageant ses États , il ajoutait : (( Tous les grands-officiers du' roi se sont » prosternés devant mes boyards , pour que nous >i mettions fin à leurs infortunes. Ceux-ci ont » imploré le .prince Wladimir Andréiévitsch , » et sont tombés à mes pieds en disant : Sei~ >i gneur^ vous avez la même religion I Pourquoi w ne pas arrêter P effusion du sang? vous re^ » gorgez de prisonniers, et de richesses; la plus » forte ville de Sigismond est en votre poi^voir. » Votre, ennemi est dans les larmes et s^abann » donne à votre discrétion! Je n'ai voulu affli- » ger ni un frère que j'aime , ni mes bons ser- )) viteurs : nous sommes revenus à Moscou !••• » Voyez si vous voulez être mon ami. » Déjà, depuis plusieurs années , les ambassadeurs du perfide Devlet Ghireï gémissaient dans une çtroite prison. On leur rendit la liberté pour ténioigner à leur maître les bonnes dispositioiis du monarque. russe à son égard; mais, dans sa lettre au Tome IX. . 4

5o HISTOIRE

ï5(S3. khan, le tzar ne le traita pas àe frère ^ et au lieu du mot supplication y comme le voulait Fancien

# usage , on n'employa que celui de salut. Cependant y Nagoï y ambassadeur moscovite, eut ordre de déclarer sérieusement aux seigneurs de Crimée, que la disgrâce des Adascheff, des voïévodes SchérémétiefF et du secrétaire Mikliaïlaff avait pour unique motif la haine qu'ils portaient à Devlet-Ghireï. L'intelligence, Fadresse, et surtout les riches présens de l'envoyé produisirent les plus heureux effets : le khan conclut la paix , resta deux ans sans inquiéter la Russie et, pour preuve de l'intérêt Nqu'il portait à la fortune de Jean, il lui découvi^t un secret d'une grande importance.

Nous avons vu quelle redoutable Soliman ne regardait pas d'un œil tranquille les progrès de la grandeur moscovite et la ruine de plusieurs royaumes musulmans. Occupé de dangers plus rapprochés , plus pressans ; absorbé par des entreprises plus dignes de satisfaire son ambition ,

• il avait différé jusqu'alors l'exécution de ses * Projet do dcsscius. Enfin, à l'instigation du célèbre proscrit Yarligasch ^ prince d'Astrakhan , il conçut le vaste projet de réunir le Don et le Volga par un canal ^ de bâtir une forteresse sur la Pérévoloka ( ^ l'endroit où ces deux fleuves se rappro^

DE RUSSIE. 5l

cheot ) ; une autre sur le Vol^ , là ou se trouAne i5î63. aujourd'hui Tzaritzin; une troisième près de la mer Caspienne , pour assurer d'abord la ^tranquillité de ses possessions aux environs de la mer d'Azoff, et ensuite de reprendre Astrakhan , Kasan pour resserrer et affaiblir ta Russie. Le khan déliait être le principal etëcuteur de cette entreprise. Le sultan lui avait ordonné de se porter sur Astrakhan, avec promesse de lui envoyer par le Don de l'artillerie et des hommes habiles . dans l'art des fortifications. Heureusement pour la Russie, ])evlet-Ghireï redoutait le despotisme des Turcs , plus encore que la puissance du tzar : il ne voulut point leur céder les royaumes de Bâti, et tandis qu'ittâchait de prouver au sultan l'impossibilité du succès, il instruisit le souverain de Moscou de. ce plan , si dangereux pour la Rus« sie, et qui depuis parut abandonné. Malgré ces relations d'amitié avec la Crimée, Jean flattait l'ennemi déclaré de Devlet-Ghireï, Ismaël , chef des princes nogaïs, qui veillait à la sûreté d'Astrakhan, en uQus donnant avis des perfides intentions de ses princes, amis secrets du khan. Il mourut en j 563 , vivement regretté de la Rus-^ sie , et laissa un fils nommé Tin- Akhmat, qui fut aussi chef de la horde des Nogaïs, et rechercha k l'exemple de son père la Viveur de Jean.

i5(S3. Déjà la Pologne, le Danemai-ck et la Suède mcns^ °dê Combattaient pour la Lîvonie. Par la reunion de Livomc. jg^yg forces , les deux premières puissances voulaient réprimer Fambition d'Erik; car les Suédois avaient enlevé à Sigismond, Pernau et Veissenstein , de même que Léal et Habsal aux Danois , dont le souverain désirait l'alliance de Jean* Le tzar conclut un traité avec ce monarque, et lui céda, comme par générosité, QEsel et Wick; mais il rejeta avec fierté sa médiation dans nos affaires avec la Lithuanie ^ en disant : « Nous sapons nous faire Justice nous-mêmes ^ » et n^ avons besoin que de F aide de Dieu! m U fit assigner des maisons particulières pour les marchands danois à Novgorod et à Narva , à condition qu'on en accorderait également à Copenhague et à Yisby, aux Russes qui depuis long-temps y exerçaient le conamerce. Eller Hardenhf^rg, grand-maréchal de I^rédéric, se rendit à Moscou avec plusieurs officiers pour ratifier la paix; et le prince Romodanovsky fat envoyé en Danemarck afin d'échanger les traités. De leur côté, les Suédois faisaient de puissans efforts pour attirer dans leurs intérêts le redoutable tzar. Erik s'excusa du peu d'égard avec lequel on' avait traité nos ambassadeurs , et envoya six de ses principaux seigneurs à

Moscou pour coiaclure une convention au su- i56a. jet de la Lii^onicy avec le tzar en personne et non pas avec les voïévodes. Pour toute réponse^ ils n'obtinrent qu'uq grossier sarcasme; Jean fit dire à Erik : a Lorsque je me transport » ferai en St^ède avec ma cour y vous pourrez y » commander en maître ; mais ce n^est pas le » cas présent j je suis aussi éloigné de vous que - » le ciel Vest de la terre. » Les Suédois furent Trêve avec contraints de céder. Le monarque russe ordonna au boyard Morozoff, lieutenant deLivônie , d'accorder au roi une trêve de sept ans , pour ce qui concernait cette province ; il permit à Erik de garder Rével ainsi que toutes les villes dont il s'était emparé en Esthonie^ se réservant le droit, après l'expiration de la trêve , d'en chasser les Suédois comme des ravisseurs ; c'est-à-dire que Jean n'empêchait point les puissances belligérantes d'épuiser mutuellement leurs forces, disposé qu'il était à profiter de leur affaiblissement pour réunir la Livonie à son empire. Nous verrons cependant des résultats que n'avait pas prévus sa politique.... Occupons-nous maintenant des événêmens intérieurs de la Russie.

Le second mariage de Jean ne produisit pas les heureux effets dn pi^emier. Marie, dont la beauté avait captivé le monarque, ne remplà-

i563. ^ait Anastasie ni dans son cœur^ ni aux yeux des

Russes^ qui ne pouvaient plus attacher à l'idée

» Mauvais de la tzarine celle de la vertu du tzar* Les

caractère

' dePépouse contemporains rapportent que cette princesse tcherkesse était d'une humeur farouche, cruelle par caractère , et ne faisait qu^eqtretènir Jean dans ses mauvaises inclinations; elle ne sut pas même alimenter les sentimens qu'elle lui avait inspirés d'abord et qui n'avaient pas tardé à se refroidir; car déjà il avait goûté les charmes dangereux de l'inconstance, et foulait aux pieds les lois de la pudeur. N'éprouvant plus pour Marie qu'une extrême indifférence, le souvenir de sa première épouse le poursuivait sans cesse , et, pendant sept ans, il envoya religieusement, en mémoire d'Ânastasie, de riches aumônes aux religieux du mont Athos. Il rendit les mêmes honneurs à la mémoire de. son frère Youri, mort à la fin de l'année i563. Ce prince, privé de facultés intellectuelles, jouissait des marques extérieures d'une haute considération , et aussi incapable de diriger les affaires de la guerre que celles de l'État, il commandait de nom dans la capitale , lorsque le tzar faisait une absence. Mais Julienne, son épouse, possédait de sœur de rarcs qualités qui la fitisaient regarder comme ic^Ymie. une autre Anastasie* Elle prit la résolution de

renoncer au monde. Jean^ la tzarine Marie ^ le i5^. prince Wladimir Andréiëvitsch , les boyards et le peuple^ dans un profond silence ^ la. suivirent depuis le Kremlin jusqu'au mpnastère de Novodievitschie^ où elle voulait finir ses jours dans la retraite, sous le nom d'Alexandrine; elle était loin de prévoir que ce tzar, qui semblait touché de son angélique piété, dont les re^rds exprimaient la bienveillance et la tendresse, deviendrait, dans un accès de foreur, son féroce meurtrier! Il voulut que sa belle-sœur, sous le voile d'une humble religieuse, jouit de -tous les honneurs attachés au trône. Il lui forma une cour somptueuse, lui donna des officiers pour la servir, et de riches domaines, comme s'il avait voulu rattacher son cœur aux vaiiiités d'un monde qu'elle venait de quitter.

Avant la retraite de Julienne, l'ambitieuse Enphro- Euphrosine , mère du prince Wladimir , avait rhabÇtmoembrassé , de gré ou de force , la vie monasti- **"**^*que , ayant encouru , ainsi que son fils , la disgrâce du tzar , sur un rapport de leur secrétaire emprisonné pour sa mauvaise conduite. Le monarque fit comparaître les accusés devant le métropolitain et les évêques rassemblés. // cori" vainquit^ dit la chronique, la mère et le fils à^ iniquité; mais, par égard pour l'intercession

i563. du clergé, il eut la générosité de leur pardoniler. Alors Euphrosine abandonna le monde pour se retirer dans le couvent de Voskressensky-, à * Bielo-Oze'ro , où elle fut conduite par les principaux officiers de la coUr ; quant au prince Wladimir, Jean lui donna dé nouveaux boyards et seci:étaires , à la place des anciens, qu'il prit à ison propre service, c'est-à-dire qu'il entoura ce prince d'espions. Cependant il lui marquait toutes sortes d'égards ; il allait le visiter à Starîtza , à Véréià, dans ses terres de Vouischegorod , oii il passait le teinps en festins et en divertissemens. Il savait encore cacher ses ressentimens sous le masque de Famitié.

Mon du Le dernier jour de l'année i565 fut celui de litain Ttfa- la mort du vicux et illustre métropolitain Macaire, accusé par les contemporains d'ambition, de timidité, mais loué pour son vertueux caractère : s^il ne fut pas le censeur courageux des vices du tzar, il ne les encouragea point par une basse adulation. Au moment de sa mort , découvrant son cœur devant Dieu et les hommes, dans une lettre d'adieu, Macaire écrit, qu'épuisé par de nombreux chagrins, il avait voulu pilus d'une fois s'éloigner des affaires et se consacrer à la retraite; niais que le tzar et les évêques l'avaient toujours conjuré de rester à son poste. Ce pas-

D^E RUSSIE. Sy

teur n'était donc point spectateur indifférent des excès du souverain, puisqu'il préférait le calme de la solitude à là haute dignité de métropolitain; Zélé polir les progrèis de la foi chrétienne.

Comositionde

li'fit traduire là vie des Saints grecs; il y ajouta la vie des

. 1 -n • • Sainis et

celle des Saints' de* Russie, tant anciens que nou- du lîvre veaux, en Thonneur desquels il institua un service et des fêfes annuelles , dans un concile tenu le 26 février 1 547 ; tels étaient Jean , archevêque de Novgorod, Alexandre Nevsky, Sabbatins, Sosime dé SoloVki, etc. Ce fut égaliement Macaire qui présida à la composition du Lipre dès Degrés^ conduit depuis Rurik j usqu'en i SSg ; îl cohtribua aussi à Fétâblisseinent de la première •inJ^rimerie à Moscou. Déjà, depuis près d'un siècle, FEtiropé jouissait de rheureùsè découverte de Gnttemberg, Faust et Schoeffer : les monarques moscovites en entendirent parler et désirèrent profiter des avantages importans qtfelle offrait pour le progrès des lumières, objet de leur sollicitude. Le grand-prince Jean III avait pris à son service un célèbre imprimeur de Lubek , nommé Barthélémy ; en 1 547 ^ Jean IV fit chercher en Allemagne des artistes instruits dans la typographie , et il est vraisemblable qu'il en trouva de propres à former des ouvriers russes dans Moscou; car, en i555, il fit construire une

cou

ï563. maison particulière pour Fimprimerie , sous la ductioude dirçctiou de dcux typographes, Féodoi'ofiV diacre rieT ïiSr de Fe'glise de Saint-Nicolas, et Pierre Mstislavetz, qui, en i564, publièrent les actes et les - épîtres des apôtres, le plus ancien des livres rusr ses imprime's, remarquable par la beauté des caractères et du papier. On y lit , dans un supplément , que M acaire donna sa bénédiction au tzar pour la bonne œuvre qu'il venait de faire, en procurant aux chrétiens , au lieu de manuscrits incorrects , des livres imprimés qui contenaient les deux testamens et FofficQ divin , travail pour lequel il avait fallu coUationner les meilleures et les plus anciennes copies , afin d'éviter les erreurs et danà les mots et dans le sens. Cette entreprise importante, inspirée par un zèle éclairé pour le christianisme^ excita le mécontentement d'un grand nombre de copistes , dont le métier était de transcrire les livres d'église. Aux murmures de ces gens vinrent se joindre ceux des superstitieux, toujours surpris d'une innovation; et l'artiste Féodoroff, privé par la mort de Macaire d'un puissant et zélé^ protecteur, regardé comme hérétique, fut contraint, pour échapper à ses persécuteurs, de se retirer en Lithuanie avec son associé Pierre M stislavetz. L'imprimerie de Moscou, transférée à la Slobode Alexandrovsky (5) ,

dTait fait paraître une édition des Évaùgiles ; mais > 564le tzar laissa la gloire de publier la Bible tout entière au^rince Constantin de Wolhynie , Fun des descendans de S. Wladimir. C^prince^ en- Pubiicar iknt zëlé de notre Église ^ accueillit avec bonté Bïhie àb^ Fexile FéodorofF, et fonda une imprimerie dans ^^' la yillè d'Ostrog. Il se procura également à Moscou , par Fentremise de Harabourda , secrétaire d'Etat de Pologne , une copie complète de Fancien et du nouveau Testament, la coUationna avec le texte grec qui lui avait été envoyé par Jérémie, patriarche de Constantihople; chargea quelques philologues de la corriger, et enfin là fit imprimer en 1 58 1 ; cette action lui mérita la recon^ naissance de tous ses frères en religion. Entre autres mémorables événemens ecclésiastiques du temps de Macaire, nous remarquerons encore la fcmdat^on de V archevêché de Polotsh ^ érigé en Archcvél'honneur de cette ancienne principauté et de la lotsk. célèbre église de Sainte - Sophie de cette ville. Triphon Stoupischin , ancien évêque de Souzdal, qui avait reçu la tonsure des mains de S. Joseph de Volok , prélat respecté pour ses vertus , mais vieux et débile , accepta , pour complaire au tzar, la dignité d'archevêque de Polotsk.

Après la mort de Macaire, tous les évéques se rendirent à Moscou ^^ pour procéder à l'élection

6o HISTOIRE

ï564. d^tmnouveau pasteur dé l'Église ; préalablement^ d'après la volonté du tzar y ils arrêtèrent par un décret, que les métropolitains de Russie porte- Mitre raient désoi;mais une mitre blanche > apec fétole des métro- et ià dalmalïque j ainsi qu'on représente ,' sur poiams. .i^g;jmQg^g^ les métropolitains Pierre et Alexis,

Jean, archevêque de Novgord ,\ et les miraculeux Léontins , Ignace et Isaïe de Rostoff. v Par « quel motif , est-il dit dans cette ordonnance, » les prélats de Novgorod portent -ils seuls la » mitre blanche ? Nous eii avons cherché la rai- » soh, et ne Favons trouvée dans aucun livre. .>) Rendons à nos métropolitains leur ancienne y) marque de distinction ; et qu'à l'exemple des M archevêques de Novgorod et de Kazan, ils 4»' scellent tous leurs décrets avec de la cire rouge. » Leur sceau représentera d'un côté l'effigie de w la sainte Viet'ge, avec l'enfant Jésus, et de » Pautre une ma in , qui donne la bénédictidii , Sacre du >) avçcle nom du métropolitain. » Quelques in /thâ- jours après, Athatiase, abbé du monastère de TschoudofTet confesseur du tzar, fut choisi pour chef du clergé Russe. Le service divin achevé , les prélats dépouillèrent le nouveau métropoli- , tain de ses habits sacerdotaux, lui imposèrent sur la poitrine l^ imagé d^'or de la porte du sanctuaire ,' le revêtirent d'une soutane et lui

tain nase.

DE RUSSIE. 6l

mirent la mitre blanche sur la tête. Âthanase monta sur le siège des métropolitains y reçut les félicitations du tzàr^ lui donna sa bénédiction^ et pria , à haute voix , le Tout-Puissant d'accorder à Jean la santé et la victoire. Il semblait que déjà il n'osât plus parler de vertu!

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