CHAPITRE IL
Suit^ du règne de Jean IV* i565 — iSôg.
Négociations et guerre avec la Pologne. — Transfuges russes en Pologne. — Trahison du prince André Kourbsky. — Sa correspondance avec le Tzar. — Invasion des Polonais et des Tatars de Crimée. — Ambassade du grand -maître de l'ordre Ten tonique. — Départ mystérieux de JeaQ. -^Lettre du Tzar au Métropolitain et au peuple. — Consternation dans Moscou. — Établissement de Vopritchnina (légion d'élus). — Seconde époque des proscriptions. — Slobode ou bourg d'Alexandrovsky. — Vie monastique de Jean. — .Ses favoris étrangers. — Grandeur d'âme du métropolitain Philippe. — Troisième époque des meurtres. — Peste. — Opérations militaires et négociations.
— Conseil national. — Trêve avec la Pologne. —-Affaires de Suède. — Entreprise importante du Sultan. — Désastre des Turcs. — Relations avec la Perse. — Tribut de Sibérie. — Commerce. — Ambassades d'Angleterre.
— Projet du Tzar de fuir dans ce royaume. — Lé scélérat Bomélius.
cîatîonlet JLiA trèye que Jean ayait accordée à Sigismond SjMb^^ n'empêchait pas les Russes et les Polonais de se
harceler mutuellement. De légers détach^priens '563. moscovites achevèrent la conquête de la principauté de Polotsk, tandis qu'à la tête des Cosaques et des Tatars de Bielgorod , Iç prince Michel Vichnevetsky , général du roi de Pologne, ravageait les districts de Tchernigof et Starodoub : enfin , le 5 décembre i 565 , les ambassadeurs de Sigismond, long-temps attendus, arrivèrent à Moscou, et , selon leur coutume , ils commencèrent par revendiquer Novgorod ^ Pskof, indépendamment de toutes les conquêtes de l'aïeul et du père de Jean : ils portaient même leurs prétentions jusque sur celles du tzar ; également fidèles à leur ancienne habitude , les boyards russes répondirent qu'afin de consolider la paix , il était nécessaire que les troupes du tzar reprissent aux Polonais , ^nonseulement Kief, la Volhynie et la Podolie, mais encore Vilna , ancienne propriété de la Russie. Ils mirent en avant les torts , la perfidie , Forgueil du roi qui refiisait à Jean le titré de tzar et nourrissait le dessein secret de soumettre la Livonie à sa puissance , oubliant que , dès le onzième siècle , Yaroslaf-le-Grand avait fondé dans cette province la ville d'Yorief(Dorpat); et qu'Alexandre Nevsky y avait porté le fer et la flamme , pour traiter les Allemands révoltés en sujets rebelles et coupables. Les boyards
ajoutèrent au nocii- du tze^r : ,« Cet ^iat de ekeaés » n'a jamais changé depuis le temps où vivaient^ » et mon aïeul grand redresseur de torts ^ et » mon illustre père conquérant de notre antique » patrimoine, jusquesà moi humble chrétien. » Dans la suite de la discussion on modéra néanmoins les prétentions réciproques : les Russes consentaient à ne plus faire mention de Vilna , de la Podolie et de la Volhynie : ils abandon^ naient la Courlande à Sijgismond^ ne se ï'éservant que la principauté de Polotsk, espérant, par ces concessions, conclure une trêve de dix ou quinze aAs; toutefois Içs ambassadeurs ayant refusé de sou$€rire;ànces conditions, Jean leur dit-: n Fiotre roi est le maitre de me refuser, le » nom de tzttr. Je ri ai pas besoin de titres , car » personne n^ ignore que ma dynastie descend » de César Auguste y et il est hors du pouvoir » des hommes de raidir ce quç Dieu a donné. » Il est tvraisemblable que l'on expliqua aux amrbassadeurs une pareille généalogie , faite pour les étonner. Il est bon .de savoir que les éruditis du temps ^ pour flatter sans doute l'orgueil de Jean, faisaient descendre Rurik, premier prince de Novgorod, d'un prétendu frère d'Auguste, nommé Pruss, qui,- d'après eux, aurait uban*donné Rome pour venir régner sur la Prusse.
Sans 'entrer en explications au sujet des ancéties x563. de Rurik ^ les envoye's du roi ne voulurent point consentir à la cession de Polotsk et quittèrent Moscou le 9 du mois de janvier.
Aussitôt 5 les voïévodes moscovites se mirent »56ien campagne* Sorti de Polotsk^ Schouïsky combina ses opérations contre la Pologne avec les « princes Sérébrianoï-Obolensky , arrivés à Viaz- ; ma , et tous reçurent du tzar Fordre de se réunir à Orsclia > pour marcher ensuite sur Minsk et Novogrodok , en Pologne : il avait lui-même déterminé les campemens'^ tracé tous les mpuvemens de l'armée; mais> par une singulière &talité y Schouïsky ^ cet illustre conquérant de Dorpat^ prince célèbre par ses exploits autant que par son humanité^ commit la plus étonnante imprudence y comme si tout à coup il eût été aveuglé par la fortune. Il marchait^ sans précautions , à la tête des troupes , dont les armes et les bagages suivaient l'armée dans des traîneaux : point d'avaùt-garde I personne qui v songeât^ à Uennemi ! tandis que Radzi vil , voïévode de Troïsk , campé près de Vitebsk avec la garde du roi et l'élite des troupes polonaises , avait de nombreux espions et des rapports exacts sur la situation de ses ennemis. Arrivé aux environs d'Arscha , dans une position resserrée et