‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 3)Chapitre 14 sur 38 · TOME IX. ;/ IQ · texte numérisé non relu

TOME IX. ;/ IQ

1573 -^ méma plutôt que pour sou fils : « Seigneur , lui ' }) rëpoudiMl> ^ons voudrions tous avoir pour

» souverain un prince aussi puissant^ aussi sage » que Votre Majesté ; mais Moscou est trop eloi- » ffiée de Varsovie p où la présence du Roi est » indispensable^ tant pour la sûreté de l'État^ » au dehors p que pour le maintien intérieur de » Tordre et de la justice. Ce n'est pas l'usage en » Pologne que les rois s'absentent du royaume , » en se faisant remplacer par des lieutenans. » D^ ailleurs vous ne pourriez pas être couronné » sans embrasser la religion catholique ro- » maine. » Jean ordonna à l'ambassadeur de se retirer.

Le jour suivant^ l'ayant fait rappeler^ il lui dit : (( Après de mûres réflexions, il me paraît » que je pourrais gouverner trois États à la fois, » jen me transportant de l'un à l'autre , et qu'il • » serait facile d'éloigner leà obstacles dont vous » m'avez parlé. Je demande seulement la cession » de Kief, sans autres villes ou districts. Je res- » tituerai Polotsk et la Courlande à la Lithuanie, » prenant la Livonie jusqu'à la Dvina, avec le » titre suivant : par la grâce de Dieu y seigneur, » tzar et grand-duc de toute la Russie , de Kiefy » Vladimir y Moscou ^ roi de Pologne et grand- » duc de Lithuanie. Les noms des autres pro-

M vinces seront placés dans le titre en proportion ï573— » de leur rang; celles de Pologne et de Lithuanie n pourront y figurer plus haut que celles de la » Russie. J'exige du respect pour la religion w grecque , le pouvoir de cimstruire des églises M orthodoxes dans tous mes États , et je demande w d^étre aacrépar un métropolitain russe et non » par un archevêque latin* • . • D'ailleurs je ne » toucherai en rien à yos droits ou privilèges , » promettant de ne distribua: ni rangs 5 ni jf» places^ sans le consentement du conseil de » Pologne et de Lithuanie ; et quand^ épuisé par :» l'âge dans mes forces morales et physiques , » je penserai à quitter le monde et le trône » pour vivre en prières dans la retraite , vous » choisirez pour souverain celui de mes fils que » vous préférerez j mais jamais un prince étran- » ger. Les grands de votre pays prétendent que w la Lithuanie et la Pologne sont indivisibles ; M cela dépend d'eux ; toutefois j'aurais préféré » être seulement grand-duC du premier de ces » deux États. Confirmant alors toutes ses lois par » serment, je n'aurais restitué à la Russie que » la seule ville de Kief, tandis que par mes armes >j ou par des négociations, la Livonie aurait re- » couvre toutes ses ancienpes possessions enle- » vées par les Polonais ^ et je prendrais, dans les -

1573 — D actes diplomatiques ^ le titre de grand-duc de » Moscovie et de Lithuanie. Écoutez encore ! Je » puis me transporter d'un pays à Tautre, mais » non pas sans peine > car j'approche de la vieil- » lesse^ et un ihonarque doit tout voir de ses » propres yeux ; ainsi , ne feriez-vous pas mieux » d'élire pour votre roi le fils de l'Empereur, et » de conclure avec nous un traité de paix et » d^alliance aux conditions suivantes :

» i®. Kief et la Livonie seront l'apanage de la » Russie ; Polotsk et la Courlande resteront à la » Lithuanie;

» 2o* Moi, l'Empereur et son fils, nous pren- » drons l'engagement de nous aider réciproque- » ment de troupes et d'argent contre nos ennemis

» communs.

» Alors la Lithuanie et la Pologne partage- » raient la sollicitude qui m'anime pour le bien M de mes Etats. Que nous resterait-il à craindre » dans cette liaison intime ! Tous les autres sou- » verains de l'Europe ne voudront-ils pas pren- » dre part à cette alliance pour s'armer en masse » contre les ennemis de la chrétienté? Quelle » gloire ! que d'avantages pour tous ! . . . . Enfin , » recommandez à vos grands de ne pas donner » la couronne au prince français, car il sérail n plutôt l'ami des infidèles que celui des chre-

DE RUSSIE. 2gZ

M tiens , et sachez que s'il obtenait vos suffrages , «573 —

» je ne resterais point tranquille spectateur de

» votre imprudence. Déclarez encore aux grands

» de Pologne que plusieurs d'entre eux m'ont

» adresse des dépêches secrètes pour me con-

» seiller d'entrer à main armée en Lithuanie^

» et d'obtenir la royauté par la terreur. D'au-

» très m'ont demandé de l'or et des fourrures

» pour prix de l'élection de mon fils. Je désire

» que votre conseil d'État ait connaissance de

» ces faits. »

Ce fut avec cette réponse que Harabourda partit pour Varsovie. Il est probable que les seigneurs lithuaniens n'avaient revendiqué Smolensk et d'autres villes de Russie que pour observer les contenances y et que s'attendant peu à une si grande condescendance de la part de Jean^ ils auraient^ sans beaucoup d'opiniâtreté^ renoncé à leurs prétentions. Cette pensée rendit le tzar inflexible dans ses conditipns ; mais elles furent rejetées d'une voix unanime par la diète, qui, sur-le-champ, le raya de la liste des prétendans. Ici se présentent plusieurs questions à résoudre. Les idées de Jean étaient -elles changées? Avait-il reconnu l'impossibilité de gouverner la Pologne et la Lithuanie selon son bon plaisir y ou craignait-il pour l'humble Russie

:ig4 HISTOIRE

1575 — Fexemple d'une noblesse fière de ses droits? Araitil réfléchi que cette union intime, loin d'être utile à notre patrie, n'aurait d'avantages réels que pour ces deux puissances, auxquelles il faudrait fournir, et non pas demander, des secours en hommes ou en argent, au cas d'une guerre avec la Turquie, l'Autriche ou la Taurîde; que le titre de roi avec un pouvoir incertain et limité ne valait pas une augmentation de dangers et de dépenses pour le monarque héréditaire d'une grande puissance, destinée par le ciel à devenir redoutable par ses propres forces? Pouvait -il espérer qu'acceptant ces dures propositions , la diète voudrait anéantir les lois fondamentales de la république, renoncer volontairement à Télec-* tion de ses rois, instituer en Pologne une souveraineté héréditaire , restituer Kief à la Russie , et confier aux mains d'un prélat hétérodoxe la couronne des Jagellons , pour la poser sur la tête de Jean? Il serait difficile d'imaginer que la vanité Feût aveuglé à ce point; il paraîtrait plus naturel de croire qu'après avoir témoigné d'abord

^ un vif désir de succéder à Sigismond-Auguste , il était devenu ensuite plus indifférent à cet honneur, ayant sainement calculé l'importance de la position politique des deux pays.

Cependant l'élection de l'archiduc , approuvée

DE RUSSIE. 2g5

par le tzar^ ne menaçait^Uè pas la Moscovie du 1573 voisinage dangereux de FAutricke ? Cette consi-

dération ayait d'autant plus de poids y que 1' voyé de FEmpereur, en intercédant pour Ernest^ promettait solennellement aux seigneurs poloïmis une part active de la part de son maître dans leurs guerres arec la Russie. !N' ëtait-il pas plus à propos que Jean favorisât les prétentions de la Trance qui, par son ëloignement, ne pouvait, en aucune façon, être à craindre pour lui? Nous ne pouvons néanmoins condamner entièrement sa politique : connaissant les rapports d'amitié qui existaient entre la cour de France et la Porte ottomane, il pensait, sans doute, que lorsqu'Henri d'Anjou aurait à sa disposition les forces de la Turquie, il les dirigerait contre la Russie; et, sans parler même de la religion de Mahomet, les Sultans lui paraissaient plus redoutables que les Empereurs , d'après les nombreuses victoires des armées turques. En dépit du tzar et de Maximilien, la diète de Varsovie élut Henri d'Anjou , séduite par les intrigues de Montluc, ambassadeur de France, qui, dans un discours pompeux, avait prodigué des éloges effrontés aux grands de Pologne et de Lithuanie. Il les comparait aux anciens Romains, les appelait la terreur des tyrans , les citait comme des

ï575— héros de vertu,, leur promettant , avec un million de florins , une armée nombreuse pour expulser les Russes de la Livonie; enfin, une entière soumission de leur futur roi aiu décisions du conseil d'État.

Cette désobéisaanee de la diète, selon. l'expression de Jean , allia les vues de la politique russe à celles de l'Autriche. L'Empereur se hâta de profiter des bonnies dispositions du tzar. Dans une lettre amicale qu'il lui écrivit, il se plaignit du crime de Charles IX, (( qui avait fait » périr plus de cent mille de ses fidèles sujets » le jour de la Saint-Barthélémy, sans autre » motif que leur croyance particulière. » Il s'indignait de la ligue des Français et du Sultan, par l'intercession duquel on donnait à Henri la couronne des Jagellons. Il engageait Jean à défendre les chrétiens, lui proposant d'ajouter la Lithuanie aux États russes , de céder la Pologne ' à l'Autriche , et de conclure avec l'Empire une alliance offensive contre les Turcs, Le tzar expédia sur-le-champ un envoyé à Maximilien , pour lui conseiller d'employer tous les moyens possibles à l'effet d'arrêter Henri dans son voyage à Varsovie. Il témoignait le désir de voir au plus tôt à Moscou les ambassadeurs de l'Empereur, chargés de ratifier un traité d'amitié

eqtre l'Autriche et la Russie, (c Nous réunirons ^iS^a —

» nos efforts, ajoutait-il , pour que le royaume

» de Pologne et la Lithuanie ne se détachent

» pas de nos États.^ Il m'est indifférent que ce

» soit mon fils ou le vôtre qui occupe ce trône.

» Vous déplorez, mon frère, Fhorrible massacre

» de tant d'innocens dans la journée de la Saint-

» Barthélémy. Tous les monarques chrétiens

» doivent s'affliger de cet acte cruel , inhumain ,

>y du roi de France, qui , sans aucune nécessité,

» a fait verser tant de sang !»

Cependant, fidèle à son système pacifique, Jean ne ^oulut pas d'abord se déclarer l'ennemi du nouveau roi de Pologne. Ayant appris au contraire l'arrivée de ce prince et son saôre solennel dans l'ancienne capitale des Piastes , il se préparait à lui envoyer un dignitaire de marque pour le complimenter, lorsqu'il fut prévenu par Henri, qui , en lui annonçant $on avènement au trône , le suppliait de ,ne pas rompre la trêve avec la république avant l'année i5j6. Il ajoutait que, , plongé dans l'affliction par la mort du roi de France, il était indispensable qu'il se rendit à Paris; mais que cette absence momentanée n'empêcherait pas le tzar de traiter d'affaires avec les grands du royaume. « Mon frère j répondit » Jean, je me réjouis de votre avènement au

2g8 HISTOIRE

1573— » trône et je prends part a votre doulenr. La ' ^^' » mort des monarques chrétiens est un malheur » pour les chrétiens et un sujet de joie pour les » infidèles. Voulant vivre en paix avec vous, » mes ambassadeurs se rendront à Varsovie aus- » sitôt votre retour. J'attends les vôtres à Mos- » cou ; toutefois pendant votre absence , il ne » me paraît pas convenable à ma dignité d'être » en rapport d'affaires avec les grands de votre » royaume. Quant à la trêve, j'ai donné à mes » voïévodes l'ordre de l'observer, n Mais déjà Henri avait abandonné là Pologne ! il n'avait recherché cette couronne que pour complaire à sa mère , Catherine de Médicis, dont la conduite, , en cette circonstance^ était le résultat des intrigues , des insinuations d'un aventurier , le nain Jean Krassovsky. Pendant trois mois , étranger aux affaires de la politique, adonné aux festins, à la mollesse, au plaisir de la chasse, Henri, prince indolent et voluptueux, s'était dégoûté de son royaume ainsi que d'un pouvoir limité. 11 fit donc en secret des préparatifs de départ^ et, profitant de la nuit, il déserta le trône de Pologne pour aller occuper celui de France : il se hâta d'aller hériter du sceptre de son frère, mais en même temps de ses, infortunes, destiné à régner comme lui dans un temps

de troubles « de trahisons et de crimes: il se mon- .«573.^ tra lâche et parjure; toutefois il mourut en prononçant une parole à jamais consacrée par l'his^ toire> et digne du meilleur des princes*

Surpris de la fiiite du roi, les grands se trouvèrent dans Tobligation de lui donner un successeur. Alors , plusieurs d'entre eux , Farchevêque deGnesne, le Gastellan de Minsk, été., s'adressèrent de nouveau au tzar; ils lui conseillaient I**. d'envoyer à Varsovie quelques boyards de mérite porteurs de conditions semblables à celles sous lesquelles Henri avait été élu; a*, d'écrire au clergé , à la noblesse et à chacun des grands en particulier pour les prier de le choisir pour roi, ajrant soin d'assurer dans ses dépêches qu'il n'était pas un hérétique , mais un chrétien baptisé au nom de la Sainte-Trinité; 5**. de leur rappeler que les Polonais et les Russes , issus de même race Slavonne ou' Sarmate, devaient, en qualité de frères, avoir le même père, le même souverain. Dans une lettre très-amicale, Jean les remercia de leurs bonnes intentions et promit d'envoyer ses boyards à la diète ; mais il ne répondit pas positivement à l'article des condi- "

lions , attendant d'un instant à l'autre les ambassadeurs de l'Empereur qui devaient arriver à Moscou.

t573 — L'envoyé russe^ Skobeltzin^ revenu de Vienne, au mois d'août i5j4 y ^^^ avait rapporte aucune réponse annonçant que FEmpereur voulait expédier au tzar un de ses propres dignitaires ^ singularité dont on ne tarda pas à avoir l'explication. En effet, ce nouvel envoyé de Maximilien était chargé de se plaindre de Skobeltzin, que l'on accusait de n'avoir pas voulu se charger de la lettre de l'Empereur, sous le prétexte que tous les titres du tzar ne s'y trouvaient pas relatés ; ensuite d'être parti de sa propre autorité gprès s'être conduit à Vienne d'une manière peu CiDnvenable , se permettant même de dire du mal de l'Empereur. Maximilien renouvelait au tzar l'assurance de son amitié et de sa reconnaissance. Celui-ci lui donna avis que pour punir Skobeltzin il l'avait disgracié. Bientôt on vit arriver à Moscou de nouveaux dignitaires autrichiens chargés d'excuser Maximilien, accaôW c?''occw/7«^/û/25, du retard qu'il apportait à terminer, de concert avec Jean, les affaires de Pologne. Pour faire preuve de dévouement, un de ces envoyés rapporta aux ' boyards que , par de secrètes manoeuvres , les

grands de Pologne excitaient Magnus à trahir la Russie, lui promettant la ville de Riga pour Alliance récompcusc. Enfin , dans le courant de janvier

avec l'An^

triche. 1 576, Jean de Kobentzel et Daniel Printz, grands

DE HUSSIE. 3oi

ambassadeurs d'Autriche, arrivèrent à Moscou. ^'573 —

Le tzar les reçut à Mojaïsk avec une extrême magnificence. Il était assis sur son trône^en hatit russe destiné aux grandes cérémonies , la couronne en tête, le sceptre à la main , entouré des Boyards et gentilshommes de la cour vêtus de drap d'or. A l'entrée des ambassadeurs Jean et le tzarévitch s'étant levés , s'informèrent de la santé de l'Empereur. Ce prince envoyait à son J^rère et allié y une chaîne d'or enrichie de pierres précieuses, et sur laquelle était gravé le nom de Maximilien , présent que l'on estimait 8,000 écus : l'Empereur suppliait Jean de l'aider de tous ses moyens, par son éloquence et son épée, à placer Ernest sur le trône de Pologne , et surtout de ne pas envahir la Livonie, province qui, de temps immémorial y avait appartenu à Vent" pire romain. « Alors, dirent les ambassadeurs, » toute l'Europe chrétienne se joindra à vous M pour détruire d'un seul coup , par mer et par » terre, l'orgueilleuse puissance des Ottomans. » Voilà un exploit digne de couvrir d'une gloire » étemelle et votre nom' et la Russie : repous- I) sons les Turcs de Constantinople ; reléguons-les » en Ai;^bie ; extirpons la religion de Mahomet » pour arborer l'étendard de la croix dans la » Thrace, dans la Grèce, et que l'ancien empire

302 HISTOIRB

t573~ d d'Orient tombe sous vos lois ^ ô grand tzar ! #) Yoilà les vœux que forment l'Empereur^ notre » Saint^Père le pape et le roi d'Espagne. » Jean écouta froidement ce discours^ sans se laisser sé^ duire par l'idée de régner sur les rives du Bosphore et de l'Hellespont. Il répondit que sa parole était inviolable ; que n'ayant point changé de projets relativement au royaume de Pologne, il le laissait à Ernest, arrangement au sujet duquel il écrivait de nouveau aux grands de la couronne, a Quant à la Lithuanie et à Kief, ajou- » tait-il, elles doivent-^être, à jamais, réunies M à la Russie. Il en est de même de la Livonie » qui lui appartientet lui appartiendra toujours. ># Personne jusqu'alors n'avait songé à cette pro* >t vince, mais depuis nos conquêtes dans ce pays, » l'Empereur ., le Danemarck , la Suède et la » Pologne ont imaginé de produire a ce sujet de » prétendus idroits. Pour conclure une alliance » contre les infidèles , il faut que les ambassan deurs du roi. d'Espagne, de celui de Dane* » marck , des princes d'Allemagne et des autres » souverains > se rendent à Moscou. La Russie » n'ignore pas le sort de Louis de Hongrie » qui s'est mis en campagne , plein de con- » fiance dans les promesses de l'Empereur, >i et qui , bientôt , totalement abandonné , a

DB RUSSIE. 3o3

» perdu la vie dans un combat inégal contre les '^^ » Turcs.»

Les ambassadeurs autrichiens^ d'accord sur la cession à la Russie de la Livonie et de Kief , cherchaient à démontrer Fimpossibilité de détacher la Lithuaniede la Pologne^ ces deux pays désirant être gouvernés par un même souTeraio. « Saves-Yous y dirent-ils aux boyards moscovites» M qu'il existe parmi les turbulens polonais, uisi » secret projet de choisir pour roi un tributaire » des Ottomans, le prince de Transylvanie, afin » de complaire au Sultan, et au préjudice des in- » térétsdelachrétienté.— -Cig/a/z^«&nzj7a«^» répondit le tzar. Il exigea des ambassadeurs qu'ils confirmassent, par serment, le traité en ce qui concernait la Livonie ; mais Kobentzel et Printz déclarèrent qu'en témoignage de son estime particulière pour Jean, leur souverain enverrait, à cet effet , à Moscou , d* autres per Bonnes revêtues des plus hautes dignités , des princes régnons ^ assurant que , d'ailleurs , tout se ferait au gré du tzar. Ils donnèrent parole que l'Empereur engagerait le roi de Suède k la souniission. Jean satisfait donna -aux ambassadeurs un diner au palais et les étonna par sa magnificence. Il était assis avec son fils à une table particulière, en habit de velours amarante, parseiné de

So4 HISTOIRE

i5»;3-. pierres précieuses et de perles fines ^ la tête cou-

verte d un bonnet pointu sur lequel on voyait briller uu rubis d'une grosseur extraordinaire.

Les deux couronnes (celles du tzar et de son fils) étaient posées près d'eux resplendissante de gros diamans^ de rubis et d'émeraude's. L'or et l'argent étaient entassés par monceaux dans les appartemens. Kobentzel écrivit aux ministres d'Autriche : (c Chaque palais a son garde-meuble par- » ticulier rempli de même argenterie, mais » celui du Kremlin surpasse tous les autres en » richesses : en un mot , j'ai vu les trésors de . » Sa Majesté l'Empereur , ceux des rois d'Espa- » gne, de France, de Hongrie, de Bohême, » du grand-duc de Toscane, aucuns ne peuvent » égaler ceux de Jean. • . . Lorsque nous nous ren- » dions en Russie , les grands de Pologne nous » parlaient, avec indignation, de l'intolérable M insolence de la cour de Moscou. Au lieu de » cela qu'avons-nous trouvé ? Un accueil si » honorable qu'il n'aurait pu être meilleur » ni à Rome ni en Espagne , car le tzar sait » parfaitement comment il doit se comporter, » selon les personnes qui ont affaire à lui. En » humiliant les Polonais et les Suédois , il ho- » nore ceux qu'il estime et qu'il aime. » Jean fit remettre aux ambassadeurs pour présent à

DE ftUS&££t 3o5

Âlaximiliea « des fourrures de ^beÛae estimées. ^"^^ ~ 700 roubles et lui en¥(^a le prince Sougorsky et le secrétaire Ârtzibascfajef > chargés de faire sentir à la cour de Vienne l'urgente nécessité dé con-^ dure an plutôt ^^ traité solejinel et positif entre la Russie et TAutrichei II écrivit égalemenÉ aux grands de Pologne qu'il fallait élire Ernest^ s'ils tenaient à conserver TalUanee du puissant empire de Moscoyie y et surtout ne pas accepter un souyei^c^in d^ la main d^ Sultan, soumission qui les rendrait responsables devant Dieu d'une guerre terrible. En même temps > une de ses dé» péchés ai» seigpeursXitbuaniens exprimait le désir de devenir leur grand^ludi ou* de leur don-*aer à to place le tzarévitck Féodor« k Si vous: ne n jugez pas à propos > ajoutaitril^ d'a-voir un » somyeraîn partitulier^ rénunisseiK-nYous à la n Pologne pofiur choisir le fils^ de M aximtlien* » . U est certain que Jean et l'Empereur, auraient pu dicter des loia à la. diète> si ^ manifesitant leurs prétentions d'une «cianiètieidfcialye» ilsleâ avaient appuyées d'iui mouveuK^t comlnné de leurs aïK niées respectives y ainsi que l'avaient conseillé ceax des grands de . Lithuanie qui favorisaient lea projets de la Russie et qui connaissaient la di&pofflitiott des esprits à Yilna et à Varsovie ; mais les &culté$ physiques et morales de Ma^î- Tome IX. 20

3o6 HISTOIRE

1573- milien s'affaiblissaient de jour en jour : il se montrait îrre'solù, et tout en comblant d'égards nos ambassadeurs à Ràtisbonnè^ il n'envoyait pas les siens à Moscou : de nouyelles et inutiles relations entretenues avec Jean^ par courriers, excitaient le mécontentement de celui»ci , étonné d'abord dçs difficultés que faisait la cour de Vienne de lui accorder le titre d'empereur ou de t&ar de Russie^ se bornant à l'appeler tzar de Kazan et d^ Astrakhan; ensuite, de ses continuelles réclamations au sujet de la misérable tivonie, qu'elle s'obstinait à regarder toujours coinme une province germanique* Taute&i» les réponses de Jean à Atakimilien ne contenaient rien que de poli et d^amical; mais son zèle pour Êiire donner à lEmest la t^cmronne de Pologne se refroidissait à tel point qu'il apprenfiit sans colère l'opposition que les grands de l'État éprouvaient de la part des chevaliers de lia petite noblesse relativement à cette élection. La diète présenta alors comme candidats : i*. Ernest; i°. Ferdinand, frère de' Maximilien ; 5*. le roi ou le prince de Suède; 4®. Alphonse, ducdeModène: Il n'était, en aucune façon > question du tzar ; car il n'avait pas voulu se désister formellement des propositions par lui faites en iSf^ et entièrement incompatibles avec les lois de la république : en

second lieu, il n'avait pas jugé à propos d'en- '^73 voyer ses plénipotentiaires à Varsovie , et il se contentait de menaces, de secrètes intelligences avec quelques seigneurs polonais. Cependant de fréquens courriers le tenaient au courant de tous les mouvemens de la diète. De son palais de la Slobode il voyait le jeu et la lutte des passions sur ce bruyant théâtre , où l'esprit et l'é-loquence excitaient de vifs applaudissemens , tandis que l'or et la force y décidaient de tout ; tumultueuse assemblée où l'on ne se bornait pas ù de violentes discussions, mais dans le sein de laquelle on allait jusqu'à tirer le glaive ; après avoir enfin rejeté tous les candidats , elle choisit deux souverains à la place d'Ernest , c'est-àdire l'Empereur lui-même et Etienne Batory, nom peu connu jusqu'alors et destiné, dans l'histoire de Russie , à une célébrité honteuse pour Jean.

En 1674 le sultan Sélim, instruit de la fuite de Henri , avait feit entendre aux grands de Pologne que l'élection du prince d'Autriche, élevé dans des sentimens de haine contre l'empire Ottoman ^ deviendrait pour les deux Etats une inévitable source de guerre et de calamités. Celle du prince de Russie lui paraissait également funeste. Selon lui, il était préférable de

5o9 fllSTOIRB

i«^3 ^ placer la couronne sur la tête du plus TertuftiuL ^^* des seigneurs polonais ^ ou d'appeler au trône le roi d^ Suède; que s'ils youlaieat mieux encore ^ ils devaient élire Batory^ prinçe4e Transylvanie^ illustre par ses grandes qualités > et dont les liaisons d'amitié avec la sublime Forte garanti^ raient le bonheur et la gloire de l'£tat. Cette proposition frappa les esprits, car le Sultan était . regardé comme le plus redoutable ennemi du royaume de Pologne ; et bientôt Varsovie , Cracovie retentirent du nom d'Etienne : il ne devait à ses ancêtres ni l'honneur d'être prince souve-t rain y ni sa puissance , mais uniquement à Mn génie y à son noble caractère ^ au choix des au«» toritjés et du peuple de Transylvanie : il avait rétabli la paix> la s<»;urité y la tolérance dans ce pays demi^^-sauvageiet inculte , peuplé d'hommes grofôiers, .turBulens, différent d'origine ainsi que de croyance. Bien que professant la religion catholique romaine y sa modération lui ' avait concilié l'amour des Luthériens et des Calvinistes. Il avait $u acquérir la ccmfiaiiGe du Sultan et rendre en même temps^ d'importans services à l'Empereur» É^kment distingué par sa bravoure , son esprit éclaii^é , scna éloquence, s<Ha extérieur plein de majesté, il €<»iservait, à l'âge de 42^ns, une beauté mâle; en tm mot

DZ RUSSIE. 509

ceux des Polonais qui songeaient à la prospérité 1573-de r£tat ne pouvaient désirer un plus digne monarque. Leur paHi se grossissait à la Toix de Samuel Zborovsky, homme d'un haut rang ^ qui avait été exilé en Tranisylvanie et comblé des bienfiiits d'Etienne. Ainsi 9 d'im côté^ l'amour de la patrie^ de l'autre l'or de Batory agissaient de concert en faveur de ce prince , moyens appuyés encore par la haine nationale et invétérée des Polonais contre la maison d'Autriche. Cependant le sénat était dévoué à l'Empereur et à Ernest ; mais au moment décisif de l'élection^ une voix ret^ititdans la diète : « Nous voulons Batory. Il » nous donnera la paix avec les^ Turcs et la vic- » toire sur tous nos ennemis. » Aussitôt la noblesse répète à grands cris Batory I Batory ! En vain quelques membres de l'assemblée voul urent représenter qu'il était tributaire des infidèles , et que choisir un esclave des sultans pour chef d'une république chrétienne, serait une chose honteuse ; le prince de Transylvanie n'en fut pas Batory est moins proclamé roi paV Jean Zamoïsky , mare- Poiogn». chai de la couronne , l'évêque de Cracovie et une partie considérable de la noblesse de Pologne. De leur coté, le Primat et les Sénateurs réunirent leurs voix pour l'élection de Maximilien , -prince valétudinaire, comme pour complaire.

3lO HISTOIRiT

1573 — par la perspective peu éloignée d'une nouvelle élection, à une séditieuse noblesse avide de dicter des lois dans les diètes. Chacun des deux partis informa l'objet de son choix de l'honneur qui lui était fait, et Maxîmilien , déjà au lit de la niort , écrivit à Moscou qu'il était roi de Pologne. Je ni en réjouis ^ répoq^it le tzar : mais Batory est à Cracovie ! En effet il venait d'y arriver avecie drapeau du Sultan et sous le titre de roi.

Cet événement était de nature à contrarier les vues de plusieurs grands polonais qui désiraient Féodor pour souverain , dans l'espérance que ce jeune tzarévitch, innocent des cruautés de son père , fixerait son séjour en Lithuanien qu'il adopterait leurs mœurs , leurs usages et qu'aimant comme seconde patrie un pays qui professait la même religion que lui , il assurerait l'intégrité de l'État par une paix solide avec les Russes et lui ferait recouvrer non -Seulement Polotsk, mais peut-être aussi Smolensk et toute la contrée de Seversk. Pourquoi y disaient-ils à Bastanof, envoyé de Jean, potre maure a- 1- il montré aussi peu de zèle pour sa gloire et notre prospérité? Comment ses ambassadeurs ne sonf^ ils pas venus proposer d la diète des conditions compatibles auec les vrais intérêts des deux

DE RUSSIE. 3l I

JEtats! Nous n^ aimons pas l^ Empereur et nous «573 — haïssons Batory ,- comme im vassal de Sélint. Quelques uus d'entre eux pensaient mçme qu'il était encore temps d'agir et qu'il serait possible d'annuler l'élection illégale des deux rois^ si Jean roulait adresser aux grands de Pologne des lettres flatteuses et des présens ^ et si une armée russe

entrait sans délai en Lithuanie Mais sur ces

entrefaites Maximilien mourut ^ le 12 octobre iSyô, et Batory fat couronné à Cracovie, après avoir solennellement juré d'observer- l'engagement consenti par Henri ^ ainsi que les lois de la république .11 promettait également d'épouser la soeur de Sigismond-Âuguste^ âgée alors de 5o an$; de conclure une alliance avec l'empire Ottoman ; de réprimer l'audace du khan de Tauride; de délivrer, les armes à la main^ tous les captifs chrétiens ; de garantir la sûreté de lEtat par la construction de nouvelles forte^ resses, de commander toujours les armées en personne , enfin de rendre* à la Lithuanie les provinces que les tzars de Moscovie lui avaient enlevées , si le sénat et la nation voulaient faire la guerre aux Russes. Loin de nous j disait^il , toute crainte pusillanime î y ai une garde aguerrie ^ de la force dans le bras et du courage dans le cçeuri Cette noble assurance fît cesser toute

5ia IIISTÔIRE

1573 — espèce de dissensions ; elle imposa stieiice aux mécontens , et d'une yôix unaBime on s'iécria en ' Pologne, comme en Lithttanie, i^^V^ leroi Batoryt La contenance de Jean oiïVait les dehors de Findifference et de la tranquiïlité. Ayant appris que des anibassadeurs d'Etienne étaient en roate pour ^ rendre auprès de lai y il ordonna de les recevoir avec les honneurs dûs à leur rang. Curieux de connaître rextractiou de Batory^t quel titre lui accordait 5 dans leurs dépêches, le Sultan , rEmpereur et les autrefi^ souverains , les {ypyards adressèrent à ce sujet diverses questions aux ambassadeurs , dont \^ réponse se borna ^ ces mots : (( Le tzar i^erra te titre d* Etienne ^) dctns la lettre que nouH lui apportons. » Les eaavoyés polonais furent présentés à Jean ; il les reçut y assis sur sou trône , la couronne en télé , ayant à ses côtés Tainé des tzarévitchs. Les boyards étaient.placés sur des banquettes dans la salle de réception , les gentilshommes et les secrétaire dans le vestibule ; les énfans boyards se tenaient debout, sur Fescalier et dans les cofrrldors qui conduisaient aux appartement du tzàr, donuant sur la Moskra c le quai, jusqu^à l'église de FÂnnonciation , était couvert d'une Ibule de marchands, de fonctionnaires publics, i0,llèif$t($s de ëtap â^or, et on apercevait, sur

DE ]itJ5S|B.

la ptace^ les strélitz sous les armes* Le tzar is^a — ayant. pris la lettre de Batory^ s'informa de la santé du Roi; mais iln' invita point les envoyés à dîner. Cette lettre dictée par la politesse et la inodestie. renfermait U promesse d'Etienne d'observer^ jusqu'au terme convenu^ la trèçe ai/ec ses voisins y et demandait nh passeport ou une lettre de sûreté fOîar le libre passage des grands ambassadeurs de Pologne jusqu'à Moscou^ assurant le tzar de son sincère amour de la paix : il se plaignait de Maximilien qui > animé 46 haine contre lui ^ osait le calomnier et l'a[^eler tribut taire des Turcs ^ tandis que lui-même payait ^u Sultan des sommes dix fois plus fortes et s'humiliait devant la puissance ottomane beaucoup plus qtie ne' l'avaient jamais fait les princes de Transylvanie^ lies boyards répondirent^^ au nom du tzar^ que le roi Etienne provoquait évidemment la guerre^. parce que , i^. sa lettre ne don* nait pas à Jean le titre de tiaxy ni celui de prince de Smolensk et de Polotsk.^ titre généralement reconnu et <|ue les insensés polonais lui refusaient seuls , tandis qu'ils accordaient le nçm de jx>i à GèAstat^ de Suède > bien qu'il ne fut pas une tête coujronnée ; a^. il osait traiter le tsar de frère > lui simple voïévode de Transylvanie > sujet du im de Hoiigrie ^ et conséquem-

5l4 HISTOIRE

1573 — ment tout au plus l'égal des princes Ostrov^ky, Bekky, ou Mstislavsky; 3*. il s'arrogeait le titre de souverain de la Livonie. On congédia les envoyés en leur annonçant que si le roi voulait établir avec Jean des liens de fraternité, il fallait qu'il renonçât à ses prétentions sur la Livonie , et que , dans ses dépêches , il nommât celui-ci tzar y grand duc de Smolensh et de Polotsk : toutefois on accorda la lettre de sûreté demandée pour les ambassadeurs.

Ceci se passait au mois de novembre iSyô. Jean, qui avait deviné le caractère de son antagoniste , dont la fermeté , l'inflexibilité lui enlevaient l'espoir d'arriver au but désiré par de simples menaces, et d'obtenir, par ce moyen, la cession volontaire de la Livonie, résolut d'attaquer, avec toutes ses forces, lés possessions suédoises et polonaises dans cette province. Les circonstances semblaient favoriser ses projets. Le roi de Suède, pour complaire à la reine, son épouse , s'entourait de. Jésuites, introduisait de nouveau la religion latine dans ses États , s'aliénait l'affection de ses sujets , excitait des révoltes, des schismes, et se trouvait hors d'état d'opposer une vigoureuse résistance aux entreprises des Russes. Etienne, engagé dans une guerre contre la Prusse, s'occupait du siège de la ville de Dantzig

DE Russie; 5i5

révoltée. Devlet-iîhireï, craignant d'encourir le jr*^^^'* mépris des Russes par un état d'inaction prolongée ^ avait osé^ dans le courant de l'année 1 576 , se mettre en campagne avec cinquante mille cavaliers ; mais bientôt il était retourné sur ses pas ^ à la nouvelle que les troupes moscovites campaient sur les bords de l'Oka; que Jean lui-même était à Kalouga , et que > dans une audacieuse incursion ^ les cosaques du Don s'étaient emparés d'Islam-Kirmen. Décidé à la guerre, le tzar fit, en conséquence, les dispositions que commandait la sûreté de l'État : il augmenta la garnison des places fortes au sudest et à l'occident de la Russie pour s'opposer aux incursions du khan et des Polonais. Il établit sur le Volga une force navale considérable formée des habitans des bords de la Dvina , de ceux de Ferme et de Souzdal , destinée à tenir en respect les séditieux Tchérémîsses, Astrakhan et les Nogaïs, ainsi qu'à se réunir aux cosaques du Don pour agir contre la Tauride même. Ensuite il se prépara à décider du sort de la Livonie.

On était alors au commencement de l'année 1577. 1677, époque funeste pour ce malheureux pays et dont la multitude croyait trouver le présage dans les phénomènes de la nature. L'automne

Sl6 SISTOIRE

I^^ avait produit d'efSroyables ouragans : p^ddant l'hiver^ la fureur dés vents enlevait les tieiges et formait des tourbillons tels ^qu'cm n'en avait jamais vus , de sorte que la Baltique était couverte de débris des vaisseaux submergés : les rivages et les grandes routes étaient bordés de cadavres humains engloutis dans les ondes ^ ou Gaenede daûs les ueigés également orageuses : ce .fut dans ce moment que cinquante mille russes > partis de Novgorod , s'avancèrent sur Revel. Les habitans de cette ville attendaient en vaih des secours y par mer y de la Finlande ^ de la Suède et de Lubek; les vaisseaux qui leur apportaient des vivres et des troupes avaient péri dans la tempête, ou,, cédant à la violencedes vents contrai- Tes y s'étaient vus forcés de retourner dans les ports d'oà ils étaient partis* L'anxiété, la terreur régnaient dans Revel, et le roi dé Suède écrivait à Jean, comme par ironie, qu'ils n'avaient réciproquement aucun motif pour se &ire la guerre : la Suède ^ disait-il, a pris des arràngemens avec V empereur d'Allemagne au sujet de la cession de Revel, et si vous ambitionnez la possession de cette ville, c'est à l'héritier de Maximilien qu'il faut vous adresser pour l'ob^ tenir.

Cependant le courage des habitans de Revel

DB lUSSIK* Sl^

était soutenu par le souTe&ir de» évënemena de i^??- 1 57 1 ; époque où ils avaient yu ^ du haut de leurs murailles , la fuite de Maguus ; en consëqueoce^ seusk commandement du général suédois Horn , ils reçurent les Russes avec mie prudente Taleur. Les principaux Toiévodes du t^r étaient le jeune prince Féodor Mst^&laTsky et Jean Schérémetief ^ ie plus ancien des capitaines moscovites, qui avait juré à son maître de prendre Revel ou de périr dans cette entreprise. L'artillerie des assié* gealis^souS( leç ordre&du prince Nicétas Rostovsky, avait dans ses rangs plusieurs canonniers aUe^ mand& et écossaia. On ouvrit le siège Ifi ^ jan-^ vier y et quatre jours après toutes les Iwittej^ies d'attaque conunencèrei%t un feu qui dura envivou six semaines, sans aucun résultat décisif*. Le feu prenait aux églises, aux maisons, I99 citoyens l'éteignaient aussitôt : ih entretenaieuit nue canonnade continuelle et faisaient de frért quêtes sorties, dans lesquelles ils avaient quelquefois l'avantage sur les Russes , de sorte que le nomlùre de ceux-ci se trouva çonsidérabjlieiuent diminué par suite des combats, du froi4 ^ dé$ maladies* Scbérémetief tint sa parole. Il w prit pas Revel , mais il fut tué d'un CQiq> de canon des remparts. Les restes de ce valeureux voïévode fiirent transportés à Moscou avec le butin

3l8 HISTOIRE

1^77- enlevéetles prisonniers esthomensonfinlamlais^ car^ au mépris de la trêve de deux ans conclue ay€c la Finlande^ le prince Mstislavsky envoyait la cavalerie ta tare dévaster ce pays ^ en traversant le golfe sur la glace. Dans l'intention d'effrayer les assiégés^ et pour encourager leurs propres troupes y les généraux moscovites faisaient courir le bruit de l'arrivée prochaine du tzar devant la place ; inutile subterfuge ! Les habi« tans de Revel savaient par le traître Mourza Boulât ^ déserteur du camp russe ^ que le tzar n'avait pas quitté Moscou : ils savaient aussi que nos généraux découragés n'inspiraient plus aucune confiance aux soldats; ils repoussèrent donc avec fierté toutes les propositions d'accommodement qui leur furent faites par Mstislavsky, ce qui décida les Russes à' lever le siège. Le i5 mars , ils mirent le feu à leur camp, encombré de cadavres, et s'éloignèrent après avoir fiiit dire aux habitans gu^ils leur disaient adieu pour peu de temps.

Ce nouveau triomphe de Revel occasionna la dévastation des domaines du tzar en Livonie. Les Russes , en petit nombre , se trouvèrent attaqués et vivement poursuivis non-seulement par les Suédois ou les AU^niands, mais encore par les paysans de l'Esthonie. Dans cette occasion, Yve

DE RUSSIE. SlQ

Schenkeiiberg^ fik d'un monnoyeur de Reyel et 1577. surnomme Ânnibal à cause de son audace ^ parvint à s'illustrer. On le vit paraître à la tête des laboureurs armés ^ à Faide desquels il prit Vit-tensitein , incendia Pernau, et livra, au pillage plusieurs petites villes lou châteaux du jpays d'Erven en Virlaùdie.. U torturait, il massacrait impitoyablement les prisonniers russes ; il excitait partout une vengeance inhumaine qui ne tarda pas à retomber sur son pays; car les troupes qui avaient fait le siège de Revel avec si peu de succès , n'étaient que l'avant-garde de l'armée du tzar.

Aux premiers jours du printemps , ce prince sie rei^t, avec ses deux' fils, à. Novgorod. Cette ville fut désignée avec Pskof comme pdint de réunion des. forces militaires de son vaste empire. Bientôt on vit y arriver des contrées du midi ou , du nord, chrétienties ou inifîdèles, des soldats partis des bords de la mer Caspienne , d'autres des. côtes de l'Qcéan septentrional, les Circassieiis, les Nogaïs, les Mord viens», ^Içs Tatars, princes, mourzas, hetmans, enfin tous les voïévodes, à l'exception de ceux à qui était confiée la garde d0s frontières, depuis le Dnieper jusqu'au Voii^nège. Immédiatement îstprès letzar,^ l'armée était sous les ordres de Sahim-Boijlat ,

320 HiSTOiRt

>577* ex-tzar de Kassimof> et qai y deyeim. chrétien , s'appelait Siméon^ grand^due de Tver. Des princes commandaient difFërens corps dëtackës. Depuis long-temps les Russes n'avaient pas vu d'armée aussi formidable. On croyait généralement qu'elle se précipiterai! sur Revcl. Les^ habitans de Riga envoyèrent à cette ville plusieurs vaisseaux chargés de blé et de munition» de* guerre : armez-vous d^un nouveau courage , éerivaient-ils ; préparez -vous à un troisième orage ^ le pliis terrible de tous* Puisse le Tout-- Puissant vous protéger cette fois encore contre les efforts d'un tyran impie!*.** Le taar quitte Novgorod le 1 5 de juin : il g'ajrrdta environ un mois à Pskof > oîi il fut rejoint pat Mi^nus , tremblaiit à Faipproche du parjure dont il allait se rendre coupable y ainsi que nous le verrcms bientôt : le tzar , qui ignorait encore ses projets perfides^ lui donna l'ordre de marcher sur Vendes avec sa troupe allemande ; ensuite il pénétra lui-même^ le ^5 juillet, dans la Livônie méridionale' y au grand étonnement des Polonais qui occupaient cette province et qui se croyaient en paix avec la Russie. C'est ainsi que commença entre Jean et Batory^une guerre si impprtante par ses résultafts ! Etienne Chodkévitch , général en chef, n'étant pas préparé à la' défense, prit la

DE'nUSSIE. 3!2I

futte et fut bientôt suivi de tous les autres voie- ^^hivodes; de sorte que, dans quelques jours , Jean se rendit maître de Marienhausen , Luitzen y Rositten, Dunebourg., Kreutzbourg, Laudon^ dont les défenseurs , Allemands et Polonais y demandaient merci sans tirer Vépée. Ceux qui se soumettaient spontanément étaient remis en liberté y la moindre hésitation de la part des autres les faisait rester prisonniers. Le tzar, ayant fait raser la forteresse de Laudon et placé des garnisons russes dans les autres, détacha le voïévode Thomas Boutourlin contre la place de Zesvéghen, commandée par le frère du traître Taube. Les Russes s'emparèrent d'abord du faubourg. Alors Boutourlin écrivit à Jean que les assiégés , rejetant le pardon qu'on leur offrait ,' étaient décidés h se défendre jusqu'à la mort : aussitôt ce 21 Ao&:. prince arriva en personne devant la place, qu'il fit battre en brèche par toute son artillerie. A l'aspect de leurs murailles écroulées, les Allemands tombèrent à ses pieds ; mais l'heure de la miséricorde était passée ! Les plus distingués d'entre eux furent empalés; on vendit les autres aux Tatars. Berson , Kaltzenau , se soumirent sans capitulation et il fut permis à tous les Allemands qui s'y trouvaient de se retirer en Courtaude, avec leurs femmes et leurs enfans.

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