‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 3)Chapitre 13 sur 38 · TOME IX · texte numérisé non relu

TOME IX

1573. jares : a Nous te châtions^ lui disait-il^ loi et la » Suède. Les justes triomphent toujours! trompé » par le faux bruit du veuvage de Catherine, j V » vais voulu l'avoir entre mes mains > sans autre » dessein que de la remettre au roi de Pologne, >y afin d'obtenir en échange et sans effusion de » sang, la province de Livojaie. En dépit de vos » calomnies, voilà l'exacte vérité* Qu'ai-je à faire » de ta femme ?yaut-elle qu'on entreprenn>e une » guerre pour elle ? On a vu des filles de rois » de Pologne mariées à des palefreniers : in- » forme-toi auprès des gens instruits qui était » Svoïdilo, duteinpsde Jageljon? Crois-tu que » je fasse plus de cas du roi Erik ? Il est ridi- » cule d'imaginer que l'idée me soit venue de » lui restituer une couronne pour laquelle vous » n'êtes nés ni l'un ni l'autre. Dis-moi : de qui » ton père était-il fils? comment s'appelait ton » aïeul? Fais-moi parvenir ta généalogie pour » me convaincre d'erreur, car jusqu'aujour- , » d'hui je suis persuadé que tu es issu de race » roturière. De quels anciens rois de Sutède nous » as-tu parlé dans ta missive ? Vous n'avez eu » qu^un seul roi , et c'était Magnus ; encore » avait-il usurpé ce titre, puisqu'il aurait dû se » contenter de celui dé prince : ce n'est pas gra- » tuitement que j'ai voulu obtenir ton sceau et

» le titre de maître de la Suède ^ mais bien 1573. n pour prix de l'honneur que tu ambitionnais » de traiter directement avec moi , sans l'en- M tremise de mes lieutenans de Novgorod. Choi- » sis maintenant^ selon ton bon plaisir^ ou » d'avoir affaire à eux y comme cela s'est tou- » jours pratique , ou de te soumettre à notre » puissance. Ta nation a servi mes anc^êtres de » temps immémorial : dans les anciennes chro-r » niques on fait mention de Varègues qui se » trouvaient parmi les troupes d'Yaroslaf Geor- » ges , souverain autocrate ; ces Varègues n'é- » taient^que des Suédois , et par conséquent tes » sujets. Tu dis que j'emploie le sceau de l'Em- » pire romain , tu te trompçs ; c'est le mien et » celui de mes aïeux. D'ailleurs , le sceau ro- » main ne m'est point étranger , puisque je des- » cends de César^Auguste. Je ne dis pas ceci » pour me vanter et te ravalet* , mais pour te » faire rentrer en toi-même. Veux-tu la paix ? M ordonne à tes ambassadeurs de paraître en ma » présence. »

Jean retourna à Novgorod, laissant ses boyards, Magnus , avec l'armée^ pour continuer la guerre en Eslbonie. Les troupes russes s'emparèrent de Néibof et de Karkus ; mais le général suédois Ackesson défit complètement un de leurs dé-

1573^ tachemens près de Lodé^ s'empara deses bagages^ de ses , canons et de ses drapeaux. Si l'on en croit les annalistes livoniens^ les Suédois avaient à peine deux mille hommes ^ tandis que le nombre'des Russes s'élevait jusqu'à seize mille > et^ ils ajoutent que cette glorieuse victoire > ayant prouvé la supériorité des premiers dans l'art de la guerre ^ avait décidé Jean à conclure la paix ; du moins le tzar y après avoir entendu les rapports de ses voïévodes et consulté l'opinion du conseil des boyards > écrivit au roi une lettre pacifique autant que la dernière était inj urieuse^ lui annonçant qu'il avait ordonné aux voïévodes de suspendre les hostilités ^ jusqu'à l'arrivée à Novgorod des ambassadeurs Suédois^ qu'il attendait avec impatience pour établir une

Réyoïtc sincère alliance entre les deux États. Ce chancedans la ■ ^ ...

province mcut subit daus les dispositions de Jean s'ex-

de Kasan. , ^ ' *

plique moins par les succès du général Ackesson que par une autre circonstance impérieuse qui vint inopinément troubler le tzar et la capitale» Les farouches Tchérémisses ^ tant de la plaine que des montagnes ^ ayant 4es intelligences secrètes avec Devlet-Ghireï , avaient tout-à-coup causé une révolte dans" la province de Kazan et secoué le joug de la Russie^ ce qui mit le tzar dans l'obligation d'envoyer sur-le-champ une forte

armée sur les bords du Volga. Heureusement i*:^. les rebelles recounurent bientôt leur împru^ dence. Le khan ne pouvait leur fournir des troupes^ et déjà celles de la Russie^ prêtes à punir leur sédition y le fer et la flamme à la inain , se trouvaient à Mouron. Ils déposèrent les armes et firent acte de soumission..

A cette époque, le tzar, ayant suspendu les Mariage hostilités en Lïvonie , célébrait à Novgorod les ^"^"l^l noces deMagnus avec la jeune princesse Marie, fille de Vladiinir j il donnait des banquets , se livrait à la joie avec les Allemands pour lesquels il avait une prédilection toute particulière; il arrangeait lui-même les danses et chantait des cantiques sacrés avec les moines. Comblé de grâces et d'honneurs, déjà Magnus se» regardait comm« roi, s'imaginant qu'outre la riche dot promise^le tzar lui céderaittoutes les villes de Livonie occupées par les Russes '; mais au lieu des cinq tonneaux d'or sur lesquels il comptait, Ton n'apporta chez lui que quelques coffres remplis de linge et d'habits de parade pour sa jeune épouse. Loin de lui céder toute la Livonie, le tzar n'accorda à son neveu que la petite ville de Karkus : a Roi Magnus, lui dit-il, rendez- » vous avec votre épouse dans l'apanage qui » vous a été assigné. J'avais voulu , selon mes

2j8 HISTOIRE

1573. » promesses^ vous confier^ dès aujourd'hui » m^me^ la domination des autres villes de la » Li vonie , ainsi qu'une riche dot en numéraire , » lorsque je me suis souvenu de la trahison de » Taube et de Kruse que j'avais comblés de » bienfaits!... A la vérité, vous êtes fils de roi » et fait pour m'inspirer plus de contiance q^ue » de vilâ esclaves; mais enfin vous êtes homme! . . » Si vous formiez un jour le dessein de metra- » hir, vous pourriez, avec l'or de ma caisse , » soudoyer des soldats pour agir de concert avec » mes ennemis, et je serais forcé de reconquérir » la Livonie au prix de mon sang. Méritez ma » faveur par une fidélité constante, à toute » épreuve. » Ainsi, Magnus, le cœur navré, partit pour Karkus , d'où il se rendit à Oberpalen. Là^ malgré un royaume en expectative, il vivait dans Findigence , n^ ayant que trois plats pour son repas (comme le disait son frère, Frédéric , roi de Danemarck ^ dans une lettre au duc de Mecklenbourg ) , amusant avec des joujoux son épouse âgée de treize ans ^ la nour^ rissant de friandises ^ et y au grand mécontentement des Russes y la faisant s habiller à ^allemande. Ce duc de Mecklenbourg était Jean Albert , alors en relations avec le tzar : il avait ^ envoyé à Novgorod le docteur Féling , l'un des

grands de sa cour ^ pour demander que la Russie iS^s. confirmât les droits de son fils sur la ville de Riga^ qui lui avait été promise par Sigismond- Auguste , roi de Pologne. Féling présenta à Jean^ au nom du duc ^ un lion d'or enrichi de diamana et de rubis , avec cette explication , le lion est la terreur des animaux , et le tzar de Moscovie l^ effroi de ses ennemis* « Je suis, répondit le tzar » très-reconaissant de ce message flatteur; mais » il m'est impossible de donner ce que je ne » possède pas encore ^ bien que la Livonîe et la * » ville de Riga soient mon patrimoine et non » pas celui du roi de Pologne. J'ai l'intention » d'envoyer une ambassade à l'empereur d'Aile- » magne afin de conclure avec lui une alliance » contre les infidèles et pour traiter des affaires » de là Livonie ; je conseille au duc de s'armer » de patience ; je pourrai lui céder Riga lors- » que je l'aurai repris par un traité, ou l'épée » à la main. »

Cependant le roi de Suède, si méprisé du tzar, iS^s — commençait à montrer de la fermeté. On fut T^ève avec long«-temps sans recevoir de nouvelles de Stock- ^ ' "^^"^ ''• holm ; enfin le roi répondit que jamais ambassadeurs ne se rendraient dans un pays où l'on ignorait le droit des gens , où ils étaient exposés à se voir dépouiller ^ emprisonner. « Si le tzar,

:28o UISTOIRE

1573— » ajoutait'-il ^ désire réellement la paix^ilpeut

» m'envoyer les siens • ou du moins sur la fron-

Y> tière ; des plénipotentiaires suédois s'y troii-

*) veront aussi ; d'ailleurs on aurait dû parler de

>? trêve trois ans plus tôt et ne pas attendre que

M J'armée suédoise fût entrée en campagne. »

Cette réponse vigoureuse n'était pas le seul motif

propre à exciter le courroux du tzar : son envoyé

\ Stockholm y avait essuyé des insultes inouies

dans les £tats policés. Voici un extrait dç son

rapport, (c Les grands voulaient connaître sur-

» le-champ le contenu de votre dépêche , pré-

)) tention dont je leur ai démontré^ l'absurdité.

» Aussitôt^ l'un d^entre eux m'a frappé à la poi-

>) trine en me tenant les plus injurieux propos.

>) Votre très-humble sujet a répondu à cet ef-

^) fronté Suédois : Si fêtais à cheval j, muni de

» mes armes ^ tu n^ aurais pas eu V audace de

*) w^^ insulter ainsi ^ ni de lever la main j ni d^ou-

» prir ton odieuse bouche^ mais nous ne sommes

» pas ici pour combattre. Au moment où je m'ap-

» prochais du trône, un autrç voulut m'arrêter

>) et me dit : Donne ta lettre et ne pose pas ton

>) pied sur le tapis du trône. Saps lui répondre,

» j'ai marché sur le tapis et remis la lettre au

)) Roi Le lendemain matin , Christophe

n Flé|iiing , l'un des dignitaires de la cour,

» m'a dit : apprends qu^hier tu n^ as pas vu le roi; '^73 — n c^ est moi qui étais à sa place ^ tandis qu^il se n tenait parmi les grands s car il ne voulait pas M recevoir la missive de votre tzar^ pensant » qu^elle pouvait contenir encore des injures y » que même un simple bourgeois ne saurait » lire m En me congëdiant le roi m'a adresse la » parole': le tzar, m'a-t-îldit, est devenu paci" » fique; mais moi je ne veux point de paix avec n lui et je ne le crains pas. » Er^ uh mot^ la Suède avait retrouvé de l'e'nergîe. Elle avait pris à sa solde trois mille Écossais et deux mille Anglais , et le tzar^ qui naguères traitait cette puissaace avec tant de hauteur^ le tzar qui avait plus de cent mille hommes de troupes en Livonie et à Novgorod ^ témoigna la plus grande condescendance , ne dit pas un mot de l'insulte faite à son envoyé , supporta les railleries qu'excitait cet oubli de toute dignité et fit ce que désirait le roi, c'est-à-dire , qu'il envoya ses boyards, le prince Sitzky et autres , sur les rives de la Sestra qui formait alors la limite entre la Finlande et la Russie , pour traiter de la paix avec l'amiral Klass Fleming. De longues discussions eurent lieu avant de convenir du lieu de l'entrevue j Fleming demandait que l'on dressât des tentes sur le pbnt , mais le prince

1^7^ Sitzky contraignit à la fin les Suédois à passer sur la rive russe* Ces conférences n'eurent pas de grands résultats. Le tzar voulait reprendre l'Esthonie et^ sous cette condition , il consentait à accorder au roi le droit d'avoir avec lui des relations directes , droit que le roi réclamait ^ sans concession* aucune ^ présentant la longue généalogie de l'illustre maison de Vasa y pour prouver à Jean l'ancienneté de son illustration. Enfin on conclut une trêve, à partir du 20 juillet 1575 jusqu'en l'année 1677, entre la Finlande et nos possessions septentrionales. La Russie s'engageait à ne pas envahir cette province , et la Suède à ne point inquiéter les do* maines de Novgorod, la Carélie, Oretchek et autres places. Il ne fut pas question de la Livonie, qui continua à être le théâtre de la guerre. Satis-* £siit de la promesse que les ambassadeurs du roi arriveraient bientôt à Moscou pour conclure un nouveau traité de paix, Jean s'engagea solennellement à leur faire un honorable accueil, à ne les priver ni de leul* liberté , ni de leurs biens ; à ne les insulter ni defiaiit, ni de paroles. A dater de cette époque les rois de Suède cessèrent tout rapport d'affaires avec Novgorod, obligation qu'ils avaient toujours regardée comme humiliante : en effet, dérivée du peu de considé-

ration qu'avaient pour eux les monarques mos- «573 — covites^ elle était devenue jusqu'alors ime loi constante de Forgueilleuse politique du cabinet russe. V

Si la condesç^dance du tzar lui avait laissé échapper les avantages de sa position , elle fi'en produisit aucun de quelque importance dans les affaires du Roi. Les hostilités continuaient en Livonie. Les Suédois dirigèrent , de concert avec les Ecossais à leur solde , une infructueuse attaque contre Vesemberg, tandis que les Russes dévastaient les environs de Revel, et s'emparaient de Pernau , après avoir perdu sept mille hommes sous les murs de cette place. En cette circonstance^ Yourief, voïévode de Jean^ surprit les habitans par sa générosité. Il leur laissa 1576.

^ ^ / 12 Février

le choix de prêter serment de fidélité au tzar ou de se retirer avec leurs biens. Cette politique, dictée par l'humanité et la prudence , eut pour résultat la reddition, sans résistance, des châteaux de Helmet, Ermis, Ruen, Purgel, Léal, Lodé et de Fickel. Peu de temps après, cet exemple fut suivi par l'importante forteresse de Habsal où se trouvait quantité de munitions de toute espèce , ainsi qu'un grand nombre de soldats et de gentilshommes qui aimaient auparavant à se vanter de leur courage. On rapporte

1576. que ces paisibles héros^ auxquels le voïëvode russe avait garanti une entière sëcurité^ étaient occupés à se divertir au moment même où les Russes entraient dans leur ville ^ et qu'à l'aspect de leurs réjouissances , un de n#s jeunes princes dit à un Allemand de sa connaissance : « Si nous » eussions cédé^ viyans^ une place de cette im- » portance à l'ennemi , qu'aurait fait notre sou- » verain? Qui de nous aurait osé regarder en » face un vrai chrétien? Et vous autres , Alle- » mands , vous célébrez votre bonté ! » Ils la célébraient entourés de tombeaux et de ruines ! Il semblait que , déchirée par toutes les calamités d'une longue guerre , victime de l'ambition des peuples voisins, la Livonie eût épuisé la coupe du malheur. Les châteaux ainsi que les chaumières étaient en proie à la famine et à la mi* sère. Selon le rapport des annalistes, la femme d'un illustre chevalier , nommé de Tedven , qui possédait naguères un palais magnifique dont la richesse causait l'étonnement des gens les plus opulens eux-mêmes , mourut alors sur la paille , à Habsal, et fut enterrée nue ! . . • • Toutefois le destin préparait de nouvelles horreurs à cette malheureuse province. Jean retenait encore son bras armé pour sa conquête ou sa perte , car, bien qu'il ne craignît plus Devlet-Ghireï , il se

défiait toujours de lui et devait, pour lé tenir 1576. en respect^ rassembler de t^mps en temps des troupes sur les bords de FOka. Lui-même ayant quitté Novgorod , pendant Tété de 1 574 y passa la revue d'une nombreuse armée rassemblée à Serpoukhof ; il envoyait aussi des détachemens dans les steppes où se montraient quelquefois des bandes de Tatars ; mais il s'occupait surtout des événemens dont Varsovie était le théâtre et qui y flattant d'abord son ambition , euretit des suites inattendues 9 humiliantes pour le tzar et nuisibles aux intérêts de la Russie.

Au commencement de l'année iSyS, une diète iS^s— s'o^vrit à Varsovie pour l'élection d'un roi de Affaires de Pologne : les principaux compétiteurs étaient : ^ ^^"**

- 1 % Le jeune Ernest , -fils de If empereur Maximilien;

t!". Le duc d'Anjou, frère de Charles IX, roi de France;

3°. Le roi de Suède et son fils Sigismond; /f. Le monarque de Moscovie.

Le premier de ces princes avait , pour appuyer ses prétentions , les ambassadeurs d'Espagne et de Maxinpiilien ; le second y celui de France; et le troisième celui de Suède. Jean n'y était pas représenté, car il s'attendait à voir arriver à Moscou une ambassade de la part de la

1573 — diète, u Ce sont eux y disait-il ^ qui ont besoin de moil Malgré cet orgueil^ quelques grands de la couronne^ etparticulièrement ceux de Lithuanie y songeaient à le choisir pour roi ^ afin de consolider par ce moyen l'alliance de la Pologne avec la Russie puissante et dangereuse^ idée inspirée par uiie politique sage autant que prévoyante ! Us connaissaient sans doute la cruauté de Jean ; mais ils espéraient que'les lois de leur république deviendraient un £rein pour le tyran ; ils pouvaient se tromper I Au reste ^ le destin leur épargna cette épreuve. Les conditions réciproquement proposées se trouvèrent également exagérées^ également inadmissibles^ et^ après avoir entendu à Novgorod liarabourda , ambassadeur de Pologne , Jean lui donna ^ le aS février 1673^ la réponse suivante : « Le silence prolongé » des grands de votre pays^ dans une affaire de » cette importance ^ excitait ma surprise y car » il n'est pas bon qu'un État reste sans souve- » rain. Vous alléguez pour excuse la peste qui » désolait votre patrie. Je plains sincèrement la » Pologne , mais telle était la volonté de Dieu ! . . . . » Aujourd'hui vous m'offrez de régner moi- » même sur la Lithuanie et la Pologne , ou de » vous donner pour roi le tzarévitch Féodor, » exigeant de nous le serment d'observer avec

» fidélité tous vos statuts* Vous demandez^ en ^^7^ —

» outre ^ qu'en tous accordant mon fils pour roi >

»je re stitue au duché de Lithuanie les yilles

» de Smolensk ^ Polotsk , Ousviat et Ozéritché ;

» queje donne enfin à Féodor quelques villes

» particulières , prises parmi les anciennes pos*

H sessions de la Russie. La première de ces de-

M mandes est naturelle^ Fautre est inconve-

» nante. Il est juste que chaque pays conserve

» ses coutumes , ses institutions ^ ses lois^ et nous

» pourrons 9 sans doute ^ confirmer vos privi-

» léges par un serment. Mais est-il raisonnable

» de réclamer Smolensk^ Polotsk et même des

» villes héréditaires de M oscovie , pour en doter

» le prince Féodor ? Est41 donc Une jeune fille ,

» une fiancée ? Il est glorieux d'agrandir et non

» pas de diminuer les États. Ceux de Pologne

» et de lithuan^ ne manquent pas de villes

» propres à une résidence royale. D'ailleurs il

» m'appartient plus qu'à vous de demander des

>i restitutions. Si vous désirez avoir mon fils

» pour souverain , voici les articles auxquels

» vous devez consentir.

» i"*. Ecrire mon titre tout entier^ ainsi qu'il » est institué par Dieu , et m'appeler tzar ^ car » ce rang est un héritage demes ancêtres et je » ne m'approprie pas celui d'autrui ;

1573— » :i?i Dans le cas où le Tout -Puissant rap^

» pellerait à lui mon fils ^ les siens devront ré-

H gner sur vous par droit d'hérédité et non pas

» d'élection. S'il ne laissait point d'enfans inâles,

» la Lithuanie et la Pologne seront indivisibles

» de la Russie et deviendront propriété de mes

» descendans dans les siècles des siècles > mais

» sans aucune altération des droits et privilèges

» nationaux de ces pays^ avec lé nom particulier

» de royaume de Pologne et de grand duché de

» Lithuanie y dans les titres- des monarques

» russes. Est-il convenable au fils d'un roi de

» ne pas lui succéder au trône ? Le bien-être

» commun de ces trois puissances exige qu'elles

» soient gouvernées par un seul souverain. Je

» sais que l'Autriche et la France montrent plus

» de condescendance dans leurs négociations

» avec vous ; mais elles ne peuvent servir d'exem-

» pie à la Russie ^ car nous savons pertinemment

» qu'excepté nous et le Sultan il n'existe point en

» Europe de souverain dont la dynastie ait deux

» cents, ans d*antiquité. Les uns descendent de

» simpks princes ^ les autres sont issus d'étran-

» gerset il est tout simple que la royauté les sé-

» duise : mais pour nous tzars d* origine ^ nous

» descendons de César Auguste^ ce qui est connu

» de tout le monde;

» 5'. En cas de mort^ dans votre pays^ de 1573— n l'un de mes descendans > son corps sera trans- » porté à Moscou pour y être inhume' j

)) 4*» La ville de Kief , le plus ancien des apan nages de la Russie^ devra être réunie à nos » domaines. Pour prix de cette cession, et par » amour pour la paix, pour Funion des chré- » tiens, nous ne formerons plus aucune réclaw mation sur nos anciennes possessions en Li- » thuanie, jusqu'à la rivière de Bérézinaj

» 5*. La Livonie deviendra, sans partage, la y> propriété de la Russie. -

» Voilà les conditions auxquelles je puis vous » accorder mon fils bien aimé ; mais il est encore » trop jeune pour résister à ses ennemis et aux » nôtres. Je sais, ^n outre, que la plupart de vos » grands désirent m'avoir moi-mêpae pour roi » au lieu du tzarévitch. S'ils vous disent autre « chose ils ne sont pas sincères. J'ai entendu » dire aussi que vous songez à me tromper en » m'arrachant mon fils , que vous avez l'inten- » tion de livrer aux Turcs, pour conclure la » paix avec eux. Cela est-il vrai ou faux? Je l'i- » gnore; mais, dans une conférence intime, je ». nie puis vous cacher mes préventions. »

Le prudent anibassadeur s'aperçut que le tzar ambitionnait la couronne de Pologne pour lui-

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