‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 3)Chapitre 16 sur 38 · Tome IX · texte numérisé non relu

Tome IX

i£(;7' qu'Odoïevsky . Il fut mis à mort avec ses deux fils et Eudoxie ^ son épouse > fille du prince Dmitri Belzky, renommée pour sa piété et la sainteté de ses mœurs. Ce dignitaire avait trayersé y sans en être atteint ^ tous les orages de la cour de Moscou ; il avait résisté aux nombreuses yicissitudes du gouvernement des boyards^ également aimé des Schouïsky ^ des Belzky et des GUnsky; en i547 il avait figuré au premier mariage de Jean y en qualité de principal officier > et ^ par conséquent^ comme un des seigneurs les plus rapprochés du trône. Continuant à s'élever sous Adaschef^ sans autre appui que son propre mél*ite^ il s'était distingué comme guerrier et comme diplomate. C'était lui qui avait dirigé l'artillerie au siège de Kazan* Il n'avait point fait partie de la légion des Opritchniks , de sorte qu'on ne l'avait pas vu figurer avec les Basmanof et Maluta aux sanglans festins du tzar; mais il avait continué à servir l'État par son esprit , par ses travaux ; enfin il succomba à son tour et fut sacrifié comme un reste odieux^ un détestable monument de temps plus fortunés. Ainsi avait péri 5 en iSyS^ un autre vieux boyard^ le prince Pierre Kourakin^ qui^ pendant vingt-cinq ans^ avait été parmi lesvoïévodes un modèle d'activité; ensuite le boyard Jean Boutourlin. Celui-

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ci avait survécu à ses nombreux parens ; il était 1577. même parvenu à se concilier la feveur particulière du tzar; cependant ni ses services , ni son habileté dans Fart de la cour ne pureftt détourner sa disgrâce. Cette année et les deux suivantes^ on supplicia les grands officiers dont les noms suivent : Pierre Zaïtzof , l'un dès plus zélés opritchniks ; Grégoire Sabakin, oncle de la feue tzarine Marpha ; le prince Touloupof , voïévode de la cour , et par conséquent favori du tzar ; Nicétas Borissof, Féchanson Calliste Sabakin^ beau-frère du tzar, et Fécuyer prince Jean Dévétélevitsch, Nous ignorons la nature de leurs délits ou plutôt le prétexte de leur supplice. Ce que nous pouvons seulement apercevoir, c'est que, dans ses meurtres, Jean suivait constamment son système de fusion. S'il achevait d'exterminer les anciens seigneurs condamnés par sa politique, il n'épargnait pas davantage les nouveaux qu'il proscrivait impartialement. Les hommes vertueux ou les méchans étaient également exposés à sa fureur. C'est à peu près à cette époque qu'il fit mettre à mort un saint homme nommé Cornélius, abbé de Pskof , avec Vassian Mouromtzef^ son humble disciple, et Léonidas, archevêque de Novgorod, prélat indigne, dévoré d'une basse cupidité! Les deux premiers furent écrasés au

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i57?. moyen d'un instrument de torture. Ayant fait coudre Par chevêque dans une peau d'ours, on lâcha contre lui des chiens qui le mirent en pièces. Rien alor^ne pouvait plus surprendre les Russes; La forcede la tyrannie avait e'moussë toute espèce

de sentiment! On rapporte que Cornélius a

e'crit, pour la postérité, l'histoire de son temps, où il retrace les calamités de la patrie, les troubles, les divisions intestines , enfin l'anéantissement de la population par la barbarie de Jean, par la famine, la peste et les invasions étrangères*

En cette circonstance Kourbsky nous apprend encore la fin du vertueux archimandrite Théodorite , ex-religieux du monastère de Solovky; Il avait été l'ami de saint Alexandre Svirzky et de Porphyre , cet illustre vieillard proscrit parle père de Jean, pour la généreuse hardiesse avec laquelle il avait défendu l'infortuné prince Schémiakin. Un grand nombre de sauvages lapons avaient reçu le baptême des mains de Thëodorite. Loin de s'effrayer d'immenses déserts de neiges , pénétrant au fond de leurs froides et ténébreuses forêts, il avait annoncé le Sauveur du monde sur les rives de la Touloma. Après avoir étudié la langue des habitans , il leur expliqua l'Évangile, inventa pour eux des caractères d'écriture, feiida un monastère à l'embouchure de

la Kola ; en un mot, il les instruisit, leur fit du 1577. bien à l'exemple de Saint-Etienne de Perme, et vît, avec attendrissement, le zèle que ces gens simples et débonnaires témoignaient pour la vraie religion. En i56o, il fît, d'après les ordres de Jean, un voyage à Constantinople et lui apporta, de la part du clergé grec de cette métropole, là bénédiction sur sa dignité dé tzar, avec Fancien livre du sacre des empereurs de By^ zance. Il se fixa ensuite à Vologda, dans le monastère de Sàint-Dmitri de Prilouki , et, malgré son âge avancé , il allait souvent visiter son couvent chéri sur les bords de la Kola , ainsi que ses néophytes lapons. Pour passer d'un désert à l'autre , il voyageait par eau en été , et avec un atelage de rennes en hiver ; partout il était accueilli avec des témoignages d'amour pour sa personne , avec attention et respect pour sa doctrine. Généralement estimé des Russes et du tzar lui-même, Thépdorite attira sur lui la colère de son souverain par son attachement au prince Kourbsky, dont ce zélé pasteur avait été le confesseur. Il eut le courage de rappeler à Jean la déplorable destinée de cet illustre fugitif, aussi malheureux que coupable. Il osa parler de pardon! .. Suivant quelques rapports, Théodorite fut noyé dans une rivière. D'autres assurent que.

1577. nonobstant la disgrâce qu'il avait encourue^ il termina ses jours en paix dans une solitude.

Abusau Ce monarque qui n'épargnait ni la vertu , ni préciiii. la sainteté • qui exigeait en tout une obéissance passive , tolérait avec une inexplicable indifférence les disputes sans cesse renaissantes entre les voïévodes russes au sujet du droit de primauté^ disputes dans lesquelles ceux-ci ne craignaient pas de montrer lopiniàtreté la plus audacieuse. Ils voyaient sans murmurer le supplice de leurs proches ; ils courbaient la tête sous la hache des bourreaux y mais ils osaient désobéir au tzar lorsqu'il leur conférait, dans l'armée, des emplois qui ne répondaient pas à l'ancienneté de leur naissance. Ainsi, par exemple, celui dont le père ou l'aïeul avait été voïévode du centre , ne voulait pas dépendre d'un voïévode dont l'aïeul ou le père n'avait commandé que V avant ou Varrière^garde^ Voile droite ou Vaile gauche. Le mécontent renvoyait au tzar son ordre de service , accompagné d'une plainte , et demandait justice. Alors le prince consultait les registres et prenait l'ancienneté pour base de sa décision. Lorsqu'il se présentait des cas graves , il répondait quelquefois : w Les voïévodes » ne disputeront point sur leurs places y chacun )) gardera la sienne jusqu^à plus ample exa-

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>) men. » En attendant^ le temps s^écoulait dans 1577. une inaction préjudiciable à TÉtat^ et le coupable jouissait de rimpunite. Ces querelles de prée'minence avaient également lieu dans le service de la cour : Boris Godounof^ nouvel ëchanson et favori de Jean y eut à ce sujets en 1578^ un procès avec le prince Bazile de Sitzky; Le fils de celui-gi refusait de servir à la table du tzar y de pair avec Boris y et^ bien que le prince Basile fût revêtu de la dignité de boyard^ Godounof fut déclaré 5 par une lettre-patente du souverain^ plus élevé que lui de plusieurs rangsy parce que Taïeul de Godounof était inscrit dans les anciens registres avant les Sitzky. Mais s'il fermait les yeux sur les disputes des voïévodes à l'occasion de la primauté y il ne leur pardonnait jamais de fautes dans leur conduite militaire: par exemple, le prince Michel Nozdrovaty^ oiBcier de haut rang , fut fouetté dans les écu^ ries pour avoir mal disposé le siège de Smilten. « Toutefois ni les supplices y ni le déshon- » neur, écrit un annaliste livonien^ne pouvaient » affaiblir le dévouement de ces hommes à leur » souverain. Nous allons en citer un mémorable » témoignage. Le prince Sougorsky ^envoyé vers » l'empereur Maximilien en 1676, tomba ma- » lade au moment où il traversait la Gourlande.

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1577. » Par respect pour le tzar , le duc fit demander » plusieurs fois des nouvelles de cet envoyé' par )) son propre ministre > qui l'entendait répéter » sans cesse : ma santé n^ est rien ^ pourvu que » celle de notre souverain prospère. Le ministre n étonné lui dit : comment pouvez^pous servir >y un tyran avec autant de zèle ? Nous autres

Exemple» Russss , répondit le prince Sougorsky, nous » sommes toujours dévoués à nos tzars, bons ou » cruels. Pour preuve de ce qu'il avançait le )) malade raconta que^ quelque temps aupa^ » ravant , Jean avait fait empaler un de ses )} hommes de marque pour une faute légère; ». que cet infortuné avait vécu vingt-quatre heu- » res, dans des tourmens affreux, s'entretenant » avec sa femme et ses enfans et répétant sans » cesse f grand Dieu , protège le tzar ! » Cestà-dire que les Russes se faisaient gloire de ce que leur reprochaient les étrangers, d'un dévouement aveugle et sans bornes à la volonté du monarque, lors même que, dans ses écarts les plus insensés , il foulait aux pieds toutes les lois de la justice et de l'humanité.

Ce fut à cette époque que la licence effrénée de Jean étala un nouveau scandale, en transgressant d'une manière inouie les lois sacrées de l'EglîçCf \i^ tzarine Anne n'avait pas tardé à perdre

la tendresse de son ëpoux^ soit en raison de sa sté« i^:?* rilité^ soit uniquement parce que ce prince, oubliant ses devoirs et sa conscience^ s'abandonnait au de'réglement de ses moeurs. Telle qu'autrefois Salomonie, cette infortunée princesse fut obligée ' de se retirer du monde ; elle s'enferma dans le couvent de Tivkin , où elle vécut, sous le nom monastique de Darie, jusqu'en 1626. Aussitôt après sa retraite , sans observer la plus légère bienséance, sans demander aucune absolution ecclésiastique , le tzar se maria pour la cinquième fois Cinc^uièavec Anne Vassiltchikof (iSyS). Nous ignorons me marias'il lui accorda le titre de tzarine et s'il reçut solennellement la bénédiction nuptiale , car celui-ci ne se trouve pas dans la description de ses mariages, et nous ne voyons ni à la cour, ni dans les places éminentes, aucun des parens de cette princesse. Elle mourut bientôt et fut enterrée au couvent des religieuses de Souzdal, où reposaient les restes de Salomonie. La sixième épouse de Jean fut une veuve nommée Vassilissa Mélentief, distinguée par sa beauté. Sans s'astreindre à aucune cérémonie religieuse, il se contenta d'une simple bénédiction de son confesseur pour vivre avec elle. Ce n'était pas encore là le terme des mariages illicites du tzar, insatiable dans les meurtres comme dans les voluptés.

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