‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 3)Chapitre 17 sur 38 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

'WVW^^A'vMff 41

Suite du règne de Jejn le Terrible.

Négociations avec TAutriche. — Traité avec le Danemarck.

— Affaires de Grimée. -^Négociations et guerre avec Batorj. — Action admirable des canonniers moscovites.

— Prise de Polotsk et de Sokol. — Lettre de Kourbsky.^

— Concile à Moscou. — Ambassade à l'Empereur et au Roi. — Conquête de Véliki-Louki. — Malheurs de la Russie. — Septième mariage de Jean. — Humiliation inouie. — Lettre à Batory et sa réponse. — Ambassade du Pape. — Glorieux siégç de Pskof. — Prise de Narva par les Suédois. — Négociations. — Trêve. — Infanticide. — Jean veut fuir le monde. — Médecin Strogonof.

— Entretiens de Jean avec l'ambassadeur de Rome.

i577~ Au milieu des fêtes par lesquelles Jean celé- ' *^/^jjj. brait à Moscou ses conquêtes en Livonie, il

rAuirich^c*! pai'^ît q^^ 9 méprisant Batory et la Suède , il ne prévoyait pas de grands dangers pour la Russie. Toutefois il cherchait des alliés^ et, en réponse à une lettre de Rodolphe, nouvel empereur d* Al-

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lemagne^ dans laquelle ce prince lui annonçait ^^: — la mort de Maximilien^ il lui témoigna le désir de conclure ayec lui un traité d^ amitié et de fratemité* Le gentilhomme Kvaschnin fut envoyé à Vienne pour essayer de déterminer l'Empereur à déclarer la guerre à Etienne y leur ennemi coniraun y afin de partager la Pologne et la Lithuanie^ et à prendre ensuite les armes ayec toute l'Europe contre le Sultan ; idée dominante à cette époque ^ inspirée aux empereurs par les papes ! Il se trouyait alors à la cour de Vienne un illustre fugitif^ Albert Lasko y yoïéyode de Sirad, qui entretenait ayec Jean de secrètes intelligences. Ce prince l'engageait à employer tout son esprit^ tout son zèle pour ranimer la t froide et lente politique de l'Autriche. Obser- Tons que^ d'après les instructions à lui remises^ Kyaschnin deyait s'informer en Allemagne si le pape était ami de l'Empereur ^ des rois de France^ d'Espagne^ d'Ecosse et d'Elisabeth d'Angleterre? Si les discordes intestines auxquelles la France était en proie se trouyaient apaisées? De quelle nature étaient les négociations que l'Empereur entretenait ayec ce pays et les autres puissances ? A combien s'éleyait le montant de ses reyenus et le nombre de ses troupes ? C'est ainsi que depuis Jean III y fondateur de la puis-

r577'^ sance dès tzars et de la force nationale de ia

Russie^ ses princes n'étaient plus étrangers à l'Europe; ils, cherchaient à connaître les relations res|)ectives de ses monarques , autant pour satisfaire une curiosité naturelle aux esprits actifs , que pour trouver, dans les alliances et les inimitiés des différens États , des avantages immédiats ou éloignés pour la politique russe. 1578. Toutefois, Kvaschnin revint sans avoir obtenu d'autre résultat que la promesse de l'Empereur d'envoyer bientôt un de ses grands dignitaires à Moscou , afin de resserrer davantage les rapports d'ainitié qui existaient entré les deux puissances. Jean vit avec mécontentement que Rodolphe se plaignait du déplorable ravage de la Livonie , qu'il trouvait incompatible avec leur fraternité j^ et contraire aux lois de l'humanité comme à celles de la justice. Kvaschnin était également porteur, d'une lettre de Robert , voïévode de Hongrie , dans laquelle celui-ci vantait l'habileté de l'ambassadeur russe, et conjurait le tzar, comme le, second parmi les monarques chrétiens, de devenir le sauveur de l'Europe. Il lui promettait, pour la guerre contre les Turcs, un secours considérable en argent et en troupes. Il rengageait aussi à s'emparer de la Moldavie , léguée à la Russie par le hospodar Boydan, mort à Mos-

COU. Cette lettre était confidentielle et secrète, 1578. car le cabinet autrichien , toujours soupçonneux y n'aurait sans cloute pas permis à un grand de Hongrie de correspondre au nom de sa nation avec un souverain étranger, sur 'des affaires d'une aussi haute importance. Robert connaissait l'Empereur : habile chimiste , astronome et bon écuyer, mais fort mauvais monarque. Prévoyant l'orage dont l'ambition des Sultans menaçait la Hongrie, il voulait y opposer celle de la Russie, renommée alors par sa puissance. En effet, les ambassadeurs de Maximilien qui, en 1676, y avaient été envoyés , avaient publié en Europe que les forces militaires de Jean étaient incalculables; mais, malgré sa haine contre Batory, le pusillanime successeur de Maximilien redoutait le Sultan , et ne songeait pas à profiter de l'alliance du tzar pour conquérir la Pologne et sauver la Hongrie.

Frédéric, roi de Danemarck, pouvait devenir Trait*? le second de nos alliés naturels. Malgré la paix nemarck. par lui conclue avec la Suè^e , il ne se fiait pas à l'amitié de cette puissance, et recherchait celle de Jean. En 1678 , il envoya à Moscou Jacques Uhtfeld et^régoire Uhtstand, dignitaires de marque, pour se plaindre, en son uom , de ce que les Russes avaient occupé quel- '

55o HISTOIRE

1578. ques possessions danoises en Livonie^ telles que Âbsaly Lëal^ Lodë^ et ponr proposer tine paix durable à des conditions également avantageuses pour les deux Etats. Frédéric ^ qui désirait obtenir une partie de FEsthonie^ promettait d'aider les Russes à expulser les Suédois y se vantant de n'avoir accepté aucune des promesses flatteuses d'Etienne , cet ennemi de Moscou. Mais les boyards^ orgueilleux et inflexibles^ suivant le rapport d'Uhtfeld^ imiquement occupés de leur propre ambition ^ n'eurent pas la moindre condescendance pour Frédéric; ils ne voulurent écouter ni demandes, ni observations; ils repoussèrent l'alliance du Danemarck, ainsi que la paix éternelle 9 et se bornèrent à conclure une trèvl^ de quinze ans sous les conditions suivantes; savoir :

i"". Le roi reconnaissait comme propriété du tzar les provinces de Livonie*et de Courlande; le tzar lui cédait File d'OEsel avec ses villes et ses domaines;

:2*. Le roi s'engageait à ne fournir ni troupes^ ni argent à Batory, ou aux Suédois, dans leur guerre contre la Russie , qui , de son côté , ne devait prêter aucun secours aux ennemis du Danemarck ;

3*. Les anciennes limites entre les provinces

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russes et danoises devaient être rétablies en i5;8. Norvège ;

^. Les parties contractantes garantissaient une liberté absolue aux marchands^ de même qu'une entière sécurité aux voyageurs j

5". Frédéric devait accorder libre passage aux artistes allemands qui se rendaient à Moscou.

Ce traité 9 évidemment avantageux au tzar seul, fit perdre à Uhtfeld la faveur de son maître^ et, dans la description de son voyage, ce dignitaire, irrité contre les Russes, les maudit pour leur opiniâtreté. Leur esprit rusé et indomptable.

Jean n'avait pas interrompu le cours de. ses Agraires

!• Tki/^1» • 1 r 11/» de Crimée.

relations .avec Devlet-Ghireï, guide par le desir de la paix plutôt que par celui d'une alliance avec ce prince valétudinaire et aux portes du tombeau , duquel il n'exigeait qu'une paisible inaction. Le khan mourut le jag juin i Syy, et sou fils Mahmet-Ghireï lui ayant succédé écrivit à Jean une lettre. amicale pour l'en informer. Ensuite il porta la guerre en Lithuanie , mit à feu et à sang une grande partie de la Yolhynie ; docile aux avis des grands de Tauride, qui prétendaient que le nouveau khan devait signaler son avènement au trône par des incendies et de sanglantes incursions dans les pays voisins. Aussitôt le tzar se hâta de lui envoyer le prince Mossalsky

1578. en qualité d'ambassadeur^ pour le Complimenter et lui porter des présens d'une telle richesse que, jusqu'alors, la Tauride n'en avait jamais vu de semblables. Les instructions de cet envoyé lui prescrivaient la plus extrême condescendance pour le khan, et le chargeaient, par exemple, ff de pronaettre des présens annuels en cas d al- » liance, sans* i^anmoins, en faire mention » dans l'acte du traité ; ensuite d'exiger de » Mahmet- Ghireî , mais sans opiniâtreté, qu'il -» donnât au souverain de Moscou le titre de » tzar$ en général , de se conduire avec douceur, » d'éviter toute espèce de paroles désobligeantes, y) et de répondre sans colère , si le khan ou les » seigneurs tatars venaient à rappeler les temps >) de Kalita et d'Usbeck , Je n^ai aucune coU'- >) naissance des temps passés; c*est le bon Dieu » et vous y seigneurs, qui les connaissez ! » C'est ainsi que Jean cherchait à gagner l'amitié du nouveau khan , afin de réprimer Etienne par la crainte des invasions ta tares, si fatales à la Lithuanie ; mais cette politique qui avait eu d'heureux résultats sous le règne de Jean III, ne réussit ni à son fils ni à son petit-fils. Pour prix de son amitié, Mahmet -Ghireî demandait la cession d'Astrakhan , offrant en échange de donner la Lithuanie et la Pologne à la Russie ; il exigeait ,

en outre ^ qae le tzar désignât d'aatres centrées 157S de son Empire f^onr le séjour des cosaques du Don et du Dnieper. Les ambassadeurs du khan à Moscou ayant déclaré ces prétentions ^ on leur répondit que les cosaques du Dnieper et du Don n'étaient pas sous la dépendance de la Russie^ l^s premiers servant Batory , et les «econds n'étant que des déserteurs russes ou lithuaniens y qu'on devait punir de mort partout où on les rencon* trerait sur le territoire russe. Quant à la possession d'Astrakhan, elle estj leur disait^-on^ assurée à la Russie par les armes et la religion^ on y voit déjà deè temples consacrés au vrai Dieu y ainsi que des monastères y et une partie de éa population est d^origine chrétienne. Vous aviez consenti j répétait Mahmet^Ghireï ^ à nous céder cette ville ^ vous devez donc aujourd'hui accomplir votre promesse. Alors vos veuves et vos orphelins pourront porter sans crainte des habits de drap y d^or et d* argent; aucun de mes guerriers h^ osera les dépouiller -dans lès, chemins les plus déserts* Il demandait en même temps une somme de 4000 roubles. Le tzar lui en envoya 1000, avec quantité de présens pour ses femmes et les gralids de sa cour. Inutile condescendance qui ne conduisit pas au but désiré I Etienne y appréciant l'importance de ces négociations^ en prévint l'effet^ Tome IX. a?

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tS^s. en achetant i'amitië de ce chef de brigands , et se trouva libre de diriger toutes tfes forcés contre laUussie. . .

KëgO' fiatory^ cpi'enflaninmit l'amour de la gloire , nfe^eav^ tarait aussi attendre avec prudence le moment Baimy. et.roccasioti fevorables à ses desseins^ et^ sur les murs de Bantftig^ assiégée par ses trempes^ il paraissait regardei* avec indifTéreace les succès du tear en Livooie* Il savait^ sans doute y que c'était la fo^ce des armes et non pas des négociations qui termineraient leur querelle; cependant^ dans une lettre oix il témcHgnait au tzÀr sa surprise des dispositions hostiles de ce pilince 5 il ofïraii de renoncer à Ja guerre si la paix pouvait ccmcilier eacpre les intérêts y l'hqnneui: ^et la sûreté de la, Polo^Ete. u Votre ressentiment n'est >) pas fondé , lui répondit le tzar; lorsque xd»^ }) villes de Livonie sont rentrées ,60^^ «iHt puis^ » sai^e^^ j'en ai renvoyé vos sujets sans auquna » purtiiion^ Vous étesrol^ maisDionpaâ^eoette » province. » Au mois de janvier. ,1578, les toïévodes de Mazovie et de. Minsk >^ annl^assadeurs d'Etienne^ a^sivèreot à ^Moscou et ^éclarèreol aux boyatds que la tranquilUèé 'des puissances chrétiennes occupait uniquen^fit les peoiséesdik roi^ dont le plus sincère jdé^r •était de vivre en paix, avec toutes .^ et |>arttculièrement «avec la

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Knssie; la trêve j ^oula^etA-ïh^ n* a été violée i5!?i^ que par ^agression du tzar en Liponie. £ tienne noue a remis de pleins-pouvoirs pour rétablir la paix à perpétuité. Pour préliminaire, les boyards exigèrent alors qu'en accordant à Jean le titre de tzar y grand duc de Smolensk et de Polotskj le roi renonçât à ses prétentions sor la Livonie et la Cottrlande qui en était insépamble; ensuite €f u'il cédât à la Hussîe les villes de Kief , Kanéf , Vitehsk et plusieurs autres; de leur coté, les ambassadeurs du roi réclamaient la x^ession , iM>nraeul!ainent de la liVonie «ntièiie , ma is encore de toutes les ancieniies pro^vinces de la Russie, depuis Kalouga jusqu'à Tchernigof et aux rives de la Dvina. C!es prétentions respectives ireùjdaient la «paix impossible : les négociaiions n'eurent dooc d'autre j:*ésultat que le Tenouvellemiexit «de la trèfle pour trois ans. On avait intercalé .4ans la copie russe de l'acte ces mots qui ue se trouvaient pas dans la copie en polonais : le roi. doit remmcer àsespréientions aurla Ldvonie^ 1H9 le Azar ratifiant ce traité avec les fornialités d'usage, s'^eaipriana ainsi : « Je jure d^observer » les conditions de la trêve conclue avec mon >» Toifiin le roi Etienne ; mais je ne rjenonce point » à .mes dirotits sur la Livonie et la Courlande. » Les dignitaires JKarpol et.Galovin $e rendirent

1578. auprès d'Etienne pour recevoir son serment et faire réchange des traités : toutefois ces conventions demeurèrent sans effet et n'empêchèrent pas la guerre. *

Déjà les circonstances commençaient à changer de face et prenaient un aspect défavorable à la Russie. En 1677^ l'amiral suédois Gillenanker^ arrivé devant Narva avec une flotte de guerre , avait brûlé les fortifications en bois de cette ville ^ tué ou fait prisonniers un grand nombre de Russes , tandis qu'un autre corps suédois dévastait les environs de Keksholm; les troupes de Revel et Annibal Schenkenberg inquiétaient également l'Esthonie russe par de fréquentes invasions. Cependant les voïévodes moscovites, livrés à un paisible repos y paraissaient mépriser des ennemis trop faibles , dont ils augmentaient l'audace par leur inactivité. On rapporte que les officiers lithuaniens s'cfmparèrent de la ville de Dunebourg au moyen d'une ruse. Ayant .envoyé, en signe d'amitié, un tonneau d'eau-devie à la garnison, ils profitèrent de la nuit pour forcer les portes de cette forteresse, passèrent au fil de l'épée les soldats moscovites qui s'y trouvaient , tous plongés dans une complète ivresse* Les Allemands qui servaient sous les drapeaux de Batory, surprirent avec une égale

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facilité une place plus importante encore , c'est- 1578. à--dire Vendèn, ville renommée par la mort courageuse des troupes de Magnus^ et la terrible vengeance du tzar irrité. Mettant à profit la coupable insouciance des voïévodes russes y ils firent fabriquer, en secret, de fausses clefs pour ouvrir la porte de la ville où , une fois introduits, ils égorgèrent les russes endormis. A la même époque Jean vit s'évanouir Fombre du prétendu royaun^e de Livonie , œuvre de sa politique artificieuse, par la fuite du fantôme de roi qu'il avait créé pour ce pays ; et la trahison , depuis long- temps tramée , se trouvait enfin accomplie. Victime de l'ambition et de la crainte , Magnus qui venait de prêter un nouveau serment de fir délité au tzar, retourna une autre fois encore à Batory , ^vec lequel il conclut un traité , ensuite il partit secrètement d'Oberpalen pour se rendre à Pilten, ville de Gourlande, accompagné de sa jeune épouse; cette princesse ne put abandonner sa patrie sans éjprouver un vif chagrin , bien qu'il fût impossible d'aimer Un oncle meurtrier de ses infortunés parens.

Il paraît probable que Jean ne fiit pas trèsétonné de la fuite de Magnus, qu'il avait employé un instant comme instrument de sa politique. Toutefois il feignit d'en être surpris ,^

1578. s'accusant dç son exceâsire indulgence envers • un parjure, et détacha contre Yenden ses plus illustres voïévodes, pour faire couler le sang allemand sur une terre arrosée de celui des Ilusises; mais ces généraux firent d'inutiles tentatives pour s'emparer de la forteresse. Leur artillerie venait de &ire une brèche dans la |

piuraille lorsqu'ayant appris l'arrivée des trou^ pcs de Batorjr^ commandées pal* Dembinsky^ Buring et Khotkiévitsch ^ au secours de Ven^n^ ils levèrent le siège et s'éloignèrent de cette villfe. Lar honte de cette infructueuse entreprise fiit compensée par l'intrépidité du prince Jean Eletzky et du gentilhomme Léoii Valonief , les plus jeunes officiers du tzar. Avec une poignée d'hommes, as^siégés à Lehnvarden par les Allemands de Riga et le voïévodedeLithuanie^ sans autres munitions que des armes et de la poudre^ ils combattirent en héros pendant un mois entier ^ se nourrissant de la chair de leurs chevaux , de cuirs, etc. Vaincu par leur courage et leur patience , l'ennemi se retira , laissant des mon- ' ceaux de cadavres sous les murs de la ville. Cependant les Suédois , sous les ordres de l'infatigable Schenkenberg, brûlèrent le faubourg de Dof pat et mirent à mort , sans miséricorde , tous les Russes , hommes , femmes et enfans qui tom-

bèrent entre leurs mains : des deux côt^s on jus^ tifiail ces atrocités par le droit de représailles. A -la fin de rété> les voïéTodes moscovites ^ princes Galitzin^ Toumensky, Kkyorôstinin et Touffiakin , enlevèrent d'assaut 1^ ville d'Obçr^ païen que y depuis la fuite de Magnus > les Su^ dois occupaient du consentement des babitans. On y fit deux cents prisonniers qui ftirent envoyée à Moscou pour y être Uvrés au supplice^Xes généraux devaient.ensuite marcher sans délai sur Yenden; leurs disputes sur le droit de primauté retardèrent l'exécution des ordres du tzar. Ce prince ^ justement courroucé^ envoya à Dorpat lé secrétaire d'État André Tchelkalof ainsi que son gentilhomme favori ^ Daniel Soltikof ^ avec l'or-» dre de remplacer les voïévodes^ en cas d'une plus longue désobéissance. Cette mesure rigoureuse les décida enfin à se mettre en marche; mais ils avaient donné à l'ennemi le temps de se préparer à la défense , et laissé aux Polonais la faculté de se réunir aux Suédois^ de sorte qu'ayant mis le siège devant Yenden > ils virent quelques jours après l'ennemi derrière eux. Sapiéha, à la tète des Polonais et des Allemands > et le général Boë y avec les Suédois ^ -se précipitent sur dix-huit mille Russes^ qui ont a peine le temps de sortir de leurs retrancb^mcns et ^e

360 HISTOIEE

i57^. se ranger en bataille. On se bat lonig-temps avec courage^ mais dans un moment décisif > la ca— Valérie tatare abandonne l'infanterie moscovite et prend la fuite. Le désordre se met alors parmi les Russes qui^ rompant leurs lignes ^ rétrogradent vers les retranchemens , où ils arrêtent, par une forte canonnade, l'impétuosité de l'ennemi. La nuit mit |ih au combat : Sapiéha et Boë, décidés à le recommencer, attendaient impatiemment lé point du jour. Dans cet intervalle, cédant au délire de la frayeur , Galitzin , le premier des généraux moscovites , l'Okolnik Théodore Schérémétief , le prince André Paletzky , et le secrétaire d'État Tchelkalof, homme d'esprit autant que pusillanime , fuyaient au grand galop vers Dorpat, abandonnant au milieu de la nuit leurs troupes livrées à la terreur. Le résultat ' de cette défection fut une déroute générale : quelques braves essayèrent encore de faire entendre la voix du devoir et de l'honneur ; inutiles efforts ! on ne les écoutait plus ; ils prouvèrent au moins que leurs discours étaient dictés par la véritable grandeur d'âme, en donnant un exemple digne des plus beaux temps de Rome. Fidèles à leurs postes , les voïévodes Basile Sitzky , Voronzof, commandant l'artillerie, Daniel Soltikof, le prince Michel Touffiakin, attendent la

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mort qu'Hs troi^vent le lendemain y au moment iS^s. où Fennemi^ n'aperceTant plus qu'une poignée de braves dans le camp des Russes^ fond sur eux avec toutes ses forces. L'oflScier Tatef , les princes Khvorôstinin^ Simëon ToufEakin et le secrétaire d'État Kloboukof furent^ faits prison-' niers. L'ennemi se précipite alors sur les batte^ • Action

* 3 K f ,.- !>• 11 admirable

nés et s arrête étonne à la vue d un incroyable de? canontrait de fidélité militaire. Pénétrés d'horreur à covites. l'idée de se rendre y les canonniers moscovites s'étaient pendus à leurs pièces !.... Aucune illusion de gloire n'avait inspiré ces valeureux soldats I leurs noms sont restés inconnus , et cet acte d'héroïsme eût été perdu pour la postérité y si un homme de mérite y Leidenstein ^ secrétaire du roi , ne l'eût rapporté* dans l'histoire de ce prince y avec l'admiration qu'inspire à une âme élevée tout /^e qui a le caractère de la grandeur , même chez; des ennemis. Dix-sept pièces de canon tombèrent entre les mains des vainqueurs y avec tous les bagages et une grande quantité de chevaux tatars. Les Russes eurent six mille hommes de tués dans ce combat. Ainsi commencèrent les succès de Batory et les revers de Jean y dans une guerre déplorable par ses résultats plutôt qu'ignominieuse pour la Russie y qui avait tout pour enchaîner la victoire^ force ^ valeur^ dévouement^

503 HXSTOIRE

1578. hormis un souvetrain Téritable»ieBt digne de

Têtre.

Jusqti^ici Jean ' n'avait pag soûgé de bonne foi à la paiî. Il ne pensait pas même que le roi consentit à ratifier une trèye de laquelle résultât pour lui l'engagement de se désister de la * Livonie. Il attendait d'abord des dépêches desambassadeurs moscovites à Cracovie^ ensuite la nouvelle de. la prise de Venden, qu'il regardait comme certaine et fiicile. II avait réfusé de voir un envoyé expédié par Etienne , pour l'engager à conclure un traité particulier au sujet des villes de la Livonie ; mais effrayé par le désas-

1579. tre de l'armée russe sous les murs de Yenden^ « » ï lanv. jg ^g^j, répondit sur-le-champ à la lettre de

Batory. Il consentait à de paisibles négociatioas relatives au sort de la Livonie^ promettant à cet effet d'attendre à Moscou les nouveaux ambassadeurs du roi : en témoignant sa surprise de ne pas voir revenir de Cracovie ceux qu'il y avait envoyés , il exprimait le v^if désir de fiier^ par une paix honorable^ les prétentions des deux puissances. Cette modération tardive était hors de propos , car Batory, qui venait de soumettre Dantzig , avait déjà fait ses préparatifs , de guerre.

Cet ennemi dangereux, en même temps qu'il

DE russibC 565

témoignait des dispositions pacifiques envers la ï^tq. Russie^ démontrait à hi diète de Varsovie l'urgente nécessité^ d'e'taWir i^ sûreté de FÉtat par la force des armes. « Nous avons deux ennemis^ }} disait-il : les Tatars de Crimée qui incendient » nos possessions > et les Russes qui les envahis* » sent. Faut-il marcher contre tous les deux à la » £)is?Dans le cas contraire^ lequel de vons-nous » attaquer le premier? » Déjà la présence d'un grand homme avait ranimé Famour de la patrie dans le cœur des magistrats et des gentilshommes : Bàtory parlait mal la langue^ mais il connaissait parfaitement Fhistoire de la Pologne ainsi que celle de la Lithuanie. Il traça le tableau des envahissemens delà Russie^ fit Fénumération des portions du territoire que cette puissance leur avait enlevées ; il accusa de ces malheurs la faiblesse de leurs rois , flatta adroitement Famour-propre national, et posant la main sur son épée il écouta avec attention les discussions de la diète, u La Tauride , disaient les grands » du royaume , est sous la dépendance du Sul- » tan qu'une guerre offensive ne manquerait » jms d'irriter; pendant que nous serions dans » ce pays , les Ottomans entreraient en Pologne. » Et d'ailleurs, quel butin pourrions-nous es- » pérer chez ce peuple sauvage, toujours pau-

iSts. » yre malgré ses continuels pillages ? U vaut » mieux 9 pour quelque temps encore^ rester en » ,paix av«c la Cb:imée* L'empire de Moscovie H est puissant ; nos triomphes eh seront d'au- » tant plus glorieux! Les dons de la nature et » les avantages du commerce le rendent flo- » rissant ; notre bujtin n'en sera que plus cq^si- >i dërable !» D'une voix, unanime ^ la dièt^ résolut la guerre contre la Russie. Aussitôt des ordres sont donnés pour rassembler une armée nombreuse : les propriétaires^les citoyens se soumettent^ sans murmurer 9 à des impôtij jusqu'alors inouis. On s'armait ^ ou payait avec zèk ou du moins avec l'apparence d'un profond dé vouement : loin de se laisser éblouir par une confiance aveugle dans ses propres forces, Batory crut nécessaire de les appuyer encore de celles d'autres puissances, et, à cet effet, il sollicita de? secours du Sultan et du Pape. Pour captiver la bienveillance particulière du premier, il n'hésita point à enfreindre les lois sacrées de l'honneur, persuadé qu'en politique, la conscience pouvait être muette et que l'intérêt de l'Etat dcA^ait devenir l'unique loi d'un monarque.

A cette époque , où Etienne cherchait partout , paix et alliance afin de pouvoir diriger tous ses

ejSbrtS' contre la Russie^ un pauvre cosaque du i^:^* Borystène, valaque d*orîgine , fameux partisan et renommé pour ses forces phjrsîques (a), parut tout*à-eoup à la tête d'une bande de vagabonds y avec lesquels il envahit la Valachie , gouvernée alors par Fhospodar Pierre , tributaire du Sultan et ami de Batory. Irrité de ses audacieux succès^ Etienne envoya des troupes pour chasser l'usurpateur; mais séduit par les promesses des voïévodes , basant sa garantie personnelle sur la parole de Batory y le courageux cosaque mit bas les armes, et se rendit de bon gré. Le roi lui fit trancher là tête pour complaire au Sultan^ et^ en présence de l'ambassadeur de ce prince, il dit aux seigneurs polonais : « Je n'irai » pas, par respect pour le droit des gens, aigrir » \\n puissant monarque, qui pourrait nuire à » mes États. » Toutefois cette perfidie ne produisit à Batory que des assurances d'amitié de la part d'Àmurat. Son. prudent visir Mahmet dit aux ambassadeurs d'Etienne à Constantinopie : « Nous souhaitons à votre roi de glorieux » succès||Q* est difficile, mais il n'est pas im- » possible de vaincre le tzar de Moscovie , que

(a) Il rompait un fer à cheval avec ses mains , ce qui lui avait fait donner le surnom' de podkova, c'est-à-dire fer à cheval. «

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