H1>«T0IR
1^- » le Sultan seul surpasse «n piissance. » Le paipe promit à Batory ée solUciler pour lui au^ près de tous les cabiitets de F Europe ^ et lui euràya, eu att^adant^ une epée ûrwec sa bénëdictioB. L'électeur de Braindebouï^ lui donna qoelqoes pièces de cainon. Le roi de Banemaixxk^ hien qu'il favorisât «eu secret les desseins de oet <e&rneoii de la Aus&ie^ y<>ulait temporiser et atteoidre les^YëBemens; mais celuii <de Suèdie conclut 6ur4e*-cha{np4xn traité d' alliance 0ffensi^e et-dé- ^ieasive airec Bat(»y . Le àhan obtint les présens ^qu'il exigeait delà Pologne pour agiir dcicoucert âT«c elle dansla^erreprojetée. LaTrai^lvanie envoya à Etienne ses anciens' et valeureux bataillons. Gépendant il manquait de moyens préliminaires pcnarfaire face aux fnds ide la guerre; il irédxdsit les dépenses de Ja coor , v^ersa a^i trésor (public ce qu'il |D089ëdâit d'or et d'argent^ et fit de nombreux eniprunts r les trotipés fiu*ent ipassées en revue ^ exercées par hiimnéme ; il for^ -ma des approvisionnemens ^ et , <x«nme s'il eût eu encore dju loisir , on le TÎt instiAuer de n&Or ^eaui tribunaux, do»»er 4e iioui^teskis i l'État, iElatter la tiobtesse tt affermir le pouvoir royal.
Ce fut sur ces entrefaites que Karpof et Golovin , ambassa4eurs de Jean , porteurs de l'acte
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de la trêve 5 arFÎvèîpeiit à Varsovie; ils avaient 1579. élë lon^-^temps iHâteaus éa route par les feactionnaires du roi^ avec lesquels de vives discussions s'étaient élevées relativemeut au titre des deux souverains. Les Formais rejetaient le nom iftsignifiant de vfAmn que le tzar loûnait à Ba*tory , et voulaient une parfaite égalité, ne dis'^ simultait pas qtte le traité de Moscou resi^rait sans exéoatioA. On reçut honorablement Les amîbasaadenrs ; mais £atory^ assis sur son trône^ ne daigna ni ;se lever pour les saluer^ ni sHnlarnsier de la santé du tsai:'. lodiiférent à leurs mur«mures, il leur fit dire qu'ils pouvaient se retirer et 'relaunnër dails leur pays, ou sa réponse «erait portée à leur maître par fun courrier:. Alors les> amiiassadeurs reprirent lechemin de Moscou^ et le roi ne tarda pas a les suivre avec son arnfïée , après avoir fait partâr pour cette ville rofficier Lopatinsky eiiargé d'Orne dépêche adressée a^ tzar. *
Mais J^n 'avait quitté sa capitale. InsÉradt de ce qm âe passait à la diète de Val*sos^iei; privé depuis long-46ntps de ndiivelles *de ses ^laabassadeurs, il entendit parler d'un armement fbiwnldab'le en Foloigne et en Lithuanien et s'occupait lui-Htéme de ses préparatifs de guerre. Daf|s un conseil général des boyards et du clergé^ il s'ex-
i^9« prima ainsi : « Lie moment de sanglons comhaU » est arrivé* Quant à moi ^ implorant la grâce » de Dieu y je vais fixer le sort de la patrie ainsi » que le mien y en marchant contre la Livonie » et la Pologne ! d Aussitôt il fit avancer son armée vers l'ouest^ désignant lui - même les marches et les campemens : il avait laissé des garnisons dans quatre-vingts villes. sur les bords du Volga., du Don , de TOka , du Dnieper et de la Dvina; Ses principales forces ,européeanes et asiatiques avaient l'ordre de se réunir à Novgorod et à Pskof. Les -Russes y les princes tcherkesses y schavkals , moltlviens y nogaïs ; les tzarévitcks et les mourzas de l'ancienne horde d'Or y de celle de Kazan y d'Astrakhan y s'avanrcaient à marches forcées vers les lacs d'Irmen et Peipus; Toutes lesi routes étaient couvertes d'infanterie et de cavalerie. L'hiver, le printemps et une partie de l'été se passèrent au milieu de ces dispositions; enfin, après avoir confié le commandenient de Moscou au prince André Kourakin, le tzar, accompagné de tous les boyards, des membres du conseil , d'un grand nombre de secrétaires d'État pour les affaires civiles et militaires, quitta la capitale au mois de juillet et se rendit à Novgorod où les chefs de l'armée attendaient ses derniers ordres. Ce fut dans cette
dernière ville que vinrent le trouver Karpof et iS^d. Golovin^ poiir lui apprendre que Batory, ayant rejeté la trêve ^ marchait contre la Russie. Son armée , d'après leur rapport ^ n'était forte que d'environ quarante mille hommes; mais elle s'augmentait sans cesse des troupes arrivant de Transylvanie et d'Allemagne^ ainsi que de nombreux volontaires lithuaniens.
Telle était la force de l'ennemi qui prétendait écraser la Russie ; et ^ dans sa garde seule ^ le tzar avait quarante mille gentilshommes^ enfans -boyards, strélitz, cosaques, etc....! Ensuite il était entouré de deux armées principales réunies à Novgorod et à Pskof, sous le com-' mandement de Simeon, prince de Tver, des princes Mstislavsky, Schouïsky, Nogtef, Troubetzkoï et autres généraux. Il pouvait donc , d'un seul mot, précipiter toutes ces masses sur la Pologne : le peuple , la noblesse de ce pays , opposés aux vues guerrières d'Etienne, désiraient scrètement la paix avec la Russie , et un cri de terreur avait reteilti des rives de la Dvina à celles du Soug; mais les ombres dé Schouïsky, de Sérébrianoï, de Vorotinsky, s'offraient à l'imagination de Jean au milieu de ces tombes de Novgorod , comblées des victimes de ses fureurs. Il se défiait également du dévouement de Tome IX. • 24
'^"9 ses voïévodes et de celui de ses sujets , car la confiance n'est un sentiment naturel que pour une conscience pure. Le tzar^ qui avait fait périr des héros ^épargnait alors d'indignes voïévodes. Les princes Jean Galitzin^ Paletzky^ Théodore Schérémétief, couverts de honte par leur fuite de Yenden y commandaient encore dans l'armée ! A l'approche d'une guerre dangereuse , il n'osait pas les punir ^ dans la crainte de se voir trahi par ceux qui leur ressemblaient et qui auraient pu chercher un refuge auprès de Batory. Avec cette manière de penser sur le compte de ses généraux > Jean se persuadait que lenteur et indécision devenaient prudence ; il ne voulait qu'effrayer son ennemi par le nombre des troupes rassemblées y conservant encore l'espoir de la paix> ou du moins attendant pour tirer le glaive une urgente nécessité ; elle ne tarda point à se présenter.
Dès que le tzar eut appris que Lopatinsky^ envoyé de Batory^ se rendait à Moscou^ il doniMi l'ordre de le feire arrêter à Dorogouge. Cet officier lui envoya alors la lettre d'Etienne ^ écrite de Vilna le a6 juin; elle était extrêmement prolixe ^ d'un style sec et sans éloquence^ mais écrite avec esprit. En voici l'analyse, (c L'acte de tfève y y était-il dit ^. est faux; les boyards mos-
covites ayant inséré frauduleusement dans son ^^g, contenu Facte relatif à laLivonie. En parlant de la paix^ Jean fait la guerre dans cette province, domaine du roi , et il a imaginé une fable pour faire remonter son origine aux empereurs romains. La Russie a enlevé illégalement à la Pologne Novgorod , les provinces de Se versk , Smolensk et Polotsk. Karpof et Golovin sont partis de Cracovie sans avoir rien fait ni rien dit : toutes négociations ultérieures deviendraient inutiles^ Etienne étant décidé à reconquérir ses droits , avec le secours de Dieu et par la force des armes. » Au moment où le tzar lisait cette lettre, il apprit que déjà Batory était entré sur * le territoire russe.
Après a voir ainsi déclaré loyalement la guerre à la Russie , le roi , entouré des grands et des chefs de l'armée, mit en délibération les moyens et le point de l'attaque. Plusieurs d'entre eux étaient d'avis de pénétrer en Livonie , pour en chasser les Russes et assiéger Pskof, ville riche et importante qu'ils supposaient mal fortifiée. Le roi ne goûta pas cette proposition ; il démontra la difficulté de faire la guerre dans une province dévastée , l'imprudence de la laisser derrière soi, enfin le danger de s'éloigner des frontières. Selon son opinion , il était plus con-
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«579. venable de s^emparer de Polostsk^ clef de la Livonie et de la Lithuanie même^ conquête qui ouvrirait à Farme'e polonaise le chemin de la Russie^ ëtahliraitune communication assurée avec Riga^ au moyen de la Dvina, et lui procurerait des avantages re'els pour la guerre et pour le com- « merce. Il faut, disait-il, conquérir la Livonie w hors de ses frontières. A la vérité, la ville de » Polotsk est bien fortifiée ; il n'en sera que plus » glorieux de la prendre , et le succès de cette » entreprise intimidera Fennemi en stimulant )) le courage des Polonais. » Ces paroles étaient prononcées par un grand homme , elles furent écoutées. L'armée d'Etienne, semblable à celle d'Ânnibal , était composée d'hommes éti^angers lès uns aux autres par le langage, le costume, la religion; d'Allemands, de Hongrois, de Polonais ; d'anciens Slaves de Gallicie, de Volhynie ou des bords du Dnieper ; de Krivitches et de Lithuaniens. Batory sut inspirer à cette multitude des sentimens unanimes et une vive émulation. En quittant Svir pour ouvrir la campagne , il publia un manifeste adressé au peuple russe : (c Je tire mon épée , disait^il , contre le » tzar de Moscovie, mais non pas contre les pmi- » sibles habitans de ce pays : je les épargnerai, » j'userai de clémence envers eux , en toute oc-
» casion. J'aime la valeur autant que j'abhorre ,5^^. » la barbarie, et je poursuivrai la victoire, en » évitant la dévastation autant qu'une inutile » effusion de sang, » Sa conduite réalisa ces promesses : jamais guerre ne fut conduite avec plus de modération, plus d'humanité envers les laboureurs et les* citoyens ; mais Batory qui parlait en chrétien, agissait en politique adroit, cherchant à mettre les habit ans de son parti, afin d'assurer la stabilité de ses conquêtes. Au com- sic^gf «t mcncement du mois d'août, il ouvrit le siège fciouk. devant Polotsk. Le tzar, persuadé que la Liyonie deviendrait le principal théâtre des hostilités, ne «^attendait pas à une attaque vigoureuse du côté des frontières de la Lîthuanie, de sorte que Polotsk n'avait qu'une faible garnison. Cette ville était renommée pour ses fortifications , restaurées et étendues depuis l'année i56i : le fort de Strélitz et celui d'Ostrog, construits sur des hauteurs escarpées qu'çntouraient les eaux de la Dvina et de la Polota, étaient réunis par un port et dominaient, pour la protéger, la ville principale, défendue en outre par des fossés profonds , des murs et des tours en bois. Le prince Tcliatevsky commandait dans la ville, et Pierre Volinsky à Ostrog. L'autre forteresse était sous les ordres du prince Dmitri Scherbatoï et de Rjevsky, secré-
1579. taire d'État. Us avaient pour se défendre une quantité suffisante de munitions de guerre et de Jiouche ; mais^ s'il faut en croire les chroniques^ beaucoup plus de z;èle et de courage que de talens militaires.
Afin d'effrayer l'ennemi et pour ne se réserver d'autre alternative que la victoire ou la mort , ces voïévodes, ayant fait prisonniers quelques Lithuaniens^ les firent lier à des poutres et jeter
dans la Dvina, à la vue de l'armée du roi
Les Polonais donnèrent d'abord l'assaut à la ville. Les Russes, en trop petit nombrepour la défendre, y mirent le feu et se retirèrent dans la citadelle, où pendant près d'un mois ils se défendirent avec courage. Le temps les favorisait à la vérité , car il tombait des torrens de pluie qui empêchaient l'effet des batteries ennemies ; les transports des assiégeans s'engouffraient dans la fange, leurs chevaux tombaient morts; épuisée par la fainine , l'armée faisait d'inutiles tentatives pour enlever la forteresse de vive force. Voyons comment le tzar sut profiter de ces circonstances.
Le i". août, il se trouvait à Pskof, et détacha vingt mille cavaliers asiatiques qui, sous les ordres de Khilkof et de Beznin , traversèrent^aDvina et entrèrent en Courlande, pour
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ravager et piller impuïiément ce pays. Il fit i$79 partir en même temps d'autres troupes destinées à défendre la Carélie et l'Inghermanie , dévastées par les Suédois ; il renforça les garnisons de la Livonie ; néanmoins il lui restait encore assez de troupes pour marcher hardiment sur Yilna et Varsovie. Troublé par la nouvelle imprévue du siège de Polotsk , il donna ordre à Schein , aux princes de Likof > Paletzky et Krivoborsky de s'y rendre à marches forcées, avec des compagnies d'enfans-boyards y de cosaques du Doa , et d'employer . la ruse ou la force pour pénétrer dans la ville. Cependant, en cas d'impossibilité absolue , il leur était prescrit d^occuper la forteresse de Sokol , de harceler l'ennemi et d'intercepter ses communications avec la Lithuanie, en attendant l'arrivée du principal corps d'armée russe ! Schein s'étant approché du camp de Batory n'osa pas livrer bataille et se contenta d'occuper Sokol ^ faisant répandre le bruit que bientôt le tzar en personne y arriverait avec une armée formidable.
Cette nouvelle fiit loin d'intimider le roi : seulement elle lui fit sentir la nécessité de terminer promptement le siège. Ne pouvant plus compter sur l'effet de son artillerie, il proposaaux plus audacieux des Hongrois, sous l'appât de l'or et de la
5j6 . HISTOIRfi
1579. gloire, d'escalader la hauteur sur laquellç était située la forteresse, et de mettre le feu aux fortifications. Alors , comme pour seconder ses desseins et favoriser une entreprise si audacieuse, le soleil ayant reparu et desséché la terre , les assaillans s'élancent vers les murs , la torche à la main.... Plusieurs d'entre eux trouvent la mort dans cette attaque; mais quelques-uns atteignent leur but, et cinq minutes après la citadelle est en feu. Aussitôt on entend retentir des cris de victoire. Sans écouter ni leurs chefs , ni le roi lui-même, les Hongrois se précipitent à l'assaut, et pénètrent dans hi forteresse, à travers une grêle de boulets, de balles , de tisons embrasés , malgré les flammes qui s'échappaient des ruines. Cependant les Kusses se battaient en désespérés. Ils repoussent l'ennemi qui , bientôt , renforcé par des Allemands et des Polonais, renouvelle l'attaque et se voit obligé de céder encore à l'acharnement des assiégés. Le roi lui-même, oubliant sa sûreté personnelle, se jeta dans une sanglante mêlée, pour rétablir l'ordre et rallier les fuyards. Le moment était décisif! Si Schein, Lyhof et Paletzky avaient attaqué alors l'armée polonaise , ils pouvaient sauver et la forterçsise et l'honneur de la Russie. Us apercevaient l'incendie; Ils étaient même à portée de voir le combat et
d'entendre les cris des assiégés ^ dans cet instant '^^o* de victoire, cris d'appel à leurs frères de Sokol! Mais le prévoyant Batory avait détaché des troupes fraîches du côté de Drissa, pour couper la communication et arrêter les Russes au cas qu'ils voulussent faire un mouvement vers Polotsk. En méine temps les voïévodes de Sokol se Tirent trahis par les cosaques du Don qui , de leur propre autorité , abandonnèrent l'armée pour s'en retourner dans leur pays, défection de nature à excuser Schein et ses compagnons. En Tain Etienne attendit leur dangereuse attaque pendant vingt-quatre heures : il finit par se tranquilliser à ce sujet et se hâta de réparer l'échec qu'avaient éprouvé ses troupes.
Les Russes, après avoir repoussé l'assaut, s'étaient empressés d'éteindre l'incendie de la citadelle. Uennemi établit alors d'autres batteries et s'avança vers les murs en ruines, qu'il embrasa de nouveau, en lançant des grenades dans leurs débris. A peine les assiégés pouvaient-ils respirer au milieu des tourbillons de flammes et de fumée; occupés sans cesse à éteindre le feu, ils ei^piraient de fatigue ou sous la mitraille. Dans cette terrible position, ils résistèrent encore quelques jours , soutenus par l'attente d'un secours et l'idée de leur délivrance; enfin, tout es-
5j8 HISTOIRE
>%• poir étant évanoui^ ils demandèrent à capituler. D^abord les voïévodes et le vénérable archevêque Cyprien repoussèrent cette propos ition. (< Nous ne craignons pas^ disaient41s^ le coùr- D roux d'Etienne^ mais celui du tzar, n Dans un généreux désespoir , ils conçurent la pensée de faire sauter la forteresse pour s'ensevelir sous ses ruines. Le feible Volinsky et les strélitz s'opposèrent à l'exécution de leur dessein. Ils proposèrent des conditions h Etienne , et soit par respect pour la valeur qu'ils avaient déployée , soit par crainte de perdre du temps ^ ce prince consentit à laisser sortir de la citadelle les chefs et les soldats avec leurs familles , leurs effets^ promettant de fortes récompenses à ceux qui voudraient se ranger sous^ ses drapeaux. Étrangers à cette capitulation^ quelques voïévodes s'enfermèrent avec l'archevêque dans l'antique église de Sainte-Sophie d'où il fallut les arracher de force. Ils parurent en présence de Batory, humbles et non pas humiliés de Içur défaite. Au rapport d'un historien^ témoin oculaire de cet événement, les Russes, bien que vivement touchés de la générosité , de l'humanité du roi , refusèrent cependant de s'enrôler à son service. S'attehdant presque fous à être envoyés au supplice par le tzar- courroucé, ils demandaient avec
fermeté d'aller se livrer à ses volontés, sourds 1579. aux offres flatteuses d'Etienne. « Preuve, ajoute » cet historien , d'un admirable dévouement à la » patrie ! »
Malgré sa promesse, Etienne retint long-temps ces prisonniers , comme s'il eût craint de rendre à son ennemi des guerriers si fidèles et si braves. Aussitôt que la forteresse iîit déMayée des cadavres qui l'encombraient, le roi y fit une entrée triomphante. Il déclara Polotsk, préfecture du grand duché de Lithuanie , et ordonna la construction d'une superbe église catholique romaine, laissant celle de Sainte-Sophie aux chrétiens du rit grec , à qui il donna pour évêque l'ex-prélat de Vitebsk. Ensuite , comme il songeait à étemdre ses conquêtes en Russie, il assura, par unédit, le libre exercice de cette religion , afin de se concilier l'amour de la nation au moyen d'une sage tolérance, principes opposés à ceux . des jésuites, ses favoris ; il leur distribua alors de riches dotations , des terres considérables dans la Russie Blanche , en les exhortant à corriger les moeurs dès habitans par leur doctrine et leur exemple. Depuis cette époque, Polotsk, antique apanage de la dynastie de Vladimir et de Rognéda , dont la facile conquête couvrait de honte le souverain de Moscou; Polotsk qui, depuis
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»579. dîx-huit ans, faisait partie de son Empire^ retomba sous la domination de la Lithuanie et y resta jusqu'au règne de Catherine ii , d'immortelle mémoire.
Après la prise de Polotsk, Etienne fit partir sa cavalerie le'gère pour s'approcher de Pskof, et observer les mouvemens de l'armée moscovite ; d'autres troupes arrivèrent devant Sokol, qu'elles assiégèrent le 19 septembre, et, le^S, ayant mis le feu aux tours , les assaillans se précipitèrent sur les murailles, au bruit des trompettes. Les Russes cherchaient à éteindre ^incendie, lorsque tout à coup plusieurs édifices en bois s'embrasèrent; de sorte que les cinq ou six mille comibattans renfermés à Sokol ne savaient où se réfugier. Ils firent alors une sortie et résistèrent long-temps aux forces supérieures de l'ennemi. Bientôt contraints d'y céder , ils rentrèrent dans la forteresse où les Allemands se jetèrent avec eux. Là , commence aussitôt un combat acharné^ combat de désespoir pour les deux partis , car les Russes avaient refermé les portes et baissé la herse , afin d'ôter' tout moyen de salut aux ennemis comme à eux-mêmes. On s'égorgeait au miilieu des flammes qui étouffaient, qui dévoraient une partie des combattans. Après de longs efforts , les Polonais et les Lithuaniens étant par-
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venus à enfoncer lies portes de la i^ille, ache- i^tq- Tèrent d'exterminer les assiégés>. Quatre mille Russes restèrent sur la place. On nepU prisonnier que Sche'rëmëtief et un petit%iombre d'enfans^boyards. Dans le délire de la fureur > les Allemands mutilaient les morts; ils défigurèrent le cadavre de Schein et ceux de plusieurs autres. Maîtres de Sokol^ les Polonais enlevèrent Krasnoï, Kozian^ Sitna^ Tourolve, Nescherda; portèrent la dëvastatioa dans la province de Sëversk^ jusqu'à Starodouh ; livrèrent aux flammes deux mille villages dans celle de Smolensk^ tandis qu'au milieu de ces désastres > le tzar se tenait immobile à Pskof !
Alors que les gënëreux enfans de la Russie périssaient victimes de la lâcheté de leur souverain^ au moment où la patrie gémissait sous le poids j d'une humiliation qu'elle était loin de mériter, un Russe , autrefois cher à son pays , se couvrait d'une éternelle honte par ses triomphes» Criminel transfuge , le prince André Kourbsky, transporté de courroux, cherchait des consolations dans la vengeance et se trouvait ainsi qu'un autre moscovite , Vladimir Zabolotzky , sous les drapeaux de Batory. Il pï*it une part très-active aux succès des armes du roi > et ce fut au milieu des cendres de Polotsk , entouré de ruines trempées
1579. du sang de ses concitoyens , qu^l répondit à la lettre que Jean lui avait écrite de Volmar. « Eh » bien! Jiurdisait-il, où sont donc tes victoires?. . » dans la tomBe des héros , des vrais défenseurs » de la Russie , des voïévodes exterminés par toi ! » Accompagné d'un petit nombre de guerriers , » fort seulement de son courage , le roi Etienne » est dans tes Etats ; il reprend les provinces que » nous avions conquises et fortifiées ; et toi , à )) la tête dune armée nombreuse^ tu te caches » ou tu, fuis ^ quand personne ne te poursuit, » hors ta conscience qui te reproche tes iniquités. » Voilà les dignes fruits des leçons du perfide » Yassian. Tu règnes seul, sans conseillers; tu » fais la guerre , débarrassé d'orgueilleux voie-- » i^acfe* : qu'en résulte-t-il ? Au lieu de Pamour » du peuple et de ses bénédictions jadis si dou- » ces à ton cœur , tu ne recueilles^ que haine et » malédictioiis universelles ! Au lieu de gloire » militaire , tu t'abreuves de honte, car il n'est » pas de bon règne sans de sages ministres , et, » privée d'un chef habile, une armée innombra- » ble n'est qu'un troupeau de brebis que dis- » persent le bruit des vents ou la chute des » feuilles dans les forets. Des flatteurs ne sont » pas des hommes d'Etat ; des myrmidons spi- » rituels ne s<Mit pas des Voïévodes : ne voit-on
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» pas le jugement de Dieu s'accomplir sur le 1579* » tyran ? Quel spectacle ! . . . • La famine , la peste , » le fer des barbares, les cendres de la capitale , » et, ce qui est plus affreux encore , l'opprobre , » l'opprobre d'un monarque, jadis si illustre! » Etait-ce là ce que nous désirions tous? ce que » nous avions prépare' au prix de notre sang, » et par d'éminens services rendus à notre an- » tique patrie?.... » Après l'éloge des vertus guerrières d'Etienne et une prophétie sur la fin prochaine de la maison entière du tzar, cette lettre était terminée par ces mots : « Je me tais et je pleure!.... » Guidé par sa haine contre Jean, Kourbsky pouvait trouver des justifications dans son esprit, mais non pas échapper aux remords qui le tourmentèrent jusqu'à la fin de ses jours. Il possédait plusieurs villes ou domaines en Volhynie j toutefois ni les richesses , ni les grandeurs ne le rendaient heureux. Ayant épousé, sans l'aimer, la princesse Doubrovitzky, il chercha des consolations dans l'amitié , dans les charmés de l'étude ; il connaissait la langue latine et traduisit en Russe les œuvres de Cicéron. Nous lui devons aussi la description du fameux siège de Kazan, de la guerre de Livonie et de la tyrannie de Jean, auquel il survécut. Dans sa vieillesse , il regrettait encore la Russie,
iS79. qu'il appelait^ avec sentinieot^ sa pairie bien aimée. L'obscurité couvrit d'un voile épais le» derniers jours et la tombe de cet homme qui s'était signalé par de glorieux faits d'armes , par son esprit et son éloquence^ enfin parle honteux éclat du crime.
Jean ne fit aucune réponse à Kourbsky : que lui aurait-il dit^ au moment où les circonstances et leur effet moral sur son âme lui étaient les moyens de joindre la présomption aux menaces? Il chargea André Tchelkalof , secrétaire d'État à Moscou^ d'annoncer aux habitans de cette ville, les succès de l'ennemi , avec calme et indifférence. Ce fonctionnaire habile, ayant fait aussitôt rassembler les citoyens, leur dit : t< Bon3 Mos^ » coviles , apprenez que le roi a pris Polotsk et » brûlé Sokol : cette nouvelle affligeante exige w de nous de la fermeté. Rien n'est constant » dans ce monde et la fortune trahit quelque- » fois les plus grands monarques. Si Polotsk est » entre les mains d'Etienne, toute la Livonie M est en notre puissance. Quelques Russes ont » péri ; mais la perte des Lithuaniens est biea w plus considérable. Consolons -nous de ce revers » peu inquiétant par le souvenir des nom- » breuses victoires et conquêtes de nôtre tzar « orthodoxe. » Dès que Jean fut assure que la
tranquillité régnait dans Moscou 9' il fît écrire au 1579. coiiseil de Lithuanie que^ jpréparé à marcher incessamment contre le roi^ ses conseillers d'État^ prenant en pitié les pleurs des Chrétiens ^ étaient parvenus 9 à force de sollicitations y à lui per* suader de suspendre les hostilités. La dépêche ajoutait : « Etienne prouvera son véritable amour » de l'humanité et de la justice ^ si^ arrêtant » l'effusion du sang^ il veut entrer en négocia- >i tions avec le tzar^ à l'effet de conclure une » paix étemelle ^ appuyée sur une amitié sin- » cère. » Cette missive pacifique fut expédiée à Vilna par un courrier ; la réponse de Batory , apportée par un officier ^ déclarait ^ en termes très-durs 9 que la Livonie était le sujet d'une guerre qui devait en même temps réprimer l'am* bition insensée du tzar. Le roi exigeait que^ conformément au droit des gens^ Lopatinsky^ détenu jusqu'alors à Dorogobouge^ fut rendu à la liberté. Ce courrier ennemi dina chez le tzar à Novgorod ^ comme s'il eût été l'ambassadeur d'une puissance amie; chose qui ne s'était jamais vue. Voici un extrait de la réponse de Jean à Batoxry. « Désirant conserver avec vous des re- » lations de fraternité ^ je ne veux pas répliquer )) à vos reproches. J'attends avec bienveillance n vos ambassadeurs^ pour lesquels j'accorde une