‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 3)Chapitre 26 sur 38 · TOME IX · texte numérisé non relu

TOME IX

ker^ il apprit que Koutchoum> frappé du re- 1 vers de Mahnaetkoul ^ errait dans les déserts au delà de l'Ischim. Cet usurpateur allait être attaqué par Seidek (fils de Bekboulat^ prince de Sibérie.^ l'uue de ses yictiiues}^ qui marchait coiitre lui avec de nombreuses bandes d'Usbecks. D^un autre côté^ il se trouvait affaibli par la défection du mourza Karatcha^ qui, Fabandonnant dans son malheur, avait entraîné une grande partie de ses troupes, et se disposait à camper dans le pays de Lym, près d'un grand « lac , au-dessus de l'embouchure de la Tara dans rirtisch. Ces nouvelles étaient de' nature à causer une vive satisfaction à l'illustre chef des Cosaques, dout les nouvelles entreprises allaient être favorisées par la Êiiblesse du principal ennemi des Russes, ainsi que par l'approche du printemps.

Suite des Icrmak, ayant laissé à Isker une partie de conqu s. ^ tpQiipe^ s'emb9,rqua avec l'autre sur l'Irtisch

qu'il descendit, eu naviguant vers le nord. Les tribus du voisinage reconnaissaient déjà son pouvoir, de sorte qu'il s'avança, saps obstacles, jusqu'aux bouches de l'Ârmidzianka, ok il fut arrêté psir des Tatars encore indépendans , qui , s^étant renfermés dans une forteresse, refusèreqt de se rendre. Elle fut emportée d'assaut.

et les chefs cosaques firent fusiller ou pendre iSSa. les principaux auteurs d^une opiniâtreté dangereuse pour les Russes. Intimides par la terreur, le reste des habitans jura soumission et fidélité à la Russie ^ en baisant un sabre teint de sang. Les cantons actuels de Ratzin^ Karbîn^ Tourtass n'osèrent opposer aucune résistiance. Plus loin commençaient les campemens des Ostiaks et des Vogoules de la Kouda. Là, sur le rivage escarpé de FIrtisch, leur prince Démian, réfugié dans un fi)rt avec deux mille guerriers prêts à combattre , rejeta toutes les propositioiis d'iermak. Au rapport de l'annaliste^ « cette petite ville possédait dans ses murs une !• idole d'or que l'on supposait y avoir été ap- » portée de l'ancienne Russie , à l'époque où » elle embrassa le christianisme. Les Ostiaks la » conservaient dans un vase rempli d'eau qu'ils » buvaient pour ranimer leur courage; les cïiefe )> cosaques, ^y^P^ chassé les assiégés à coups » de canon, pénétrèrent dans la ville, mais ils » ne panent découvrir cette précieuse idole. » Les conquérans continuèrent leur navigation. Ils aperçurent une foule de devins qui offraient un sacrifice à leur fameuse idole de Ratscha, la conjurant de les sauver de ces terribles étrangers : l'idole restait muette, les Russes s'a van-

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çaient f^yec leur tonnerre , et les devins effrayes coiirui:aat se cacher dans l'épaisseur des forets. C'est, là que se trouve aujourd'hui la colonie de ilatscha^ au-dessous de Demiausk. Plus loin, dans le cauton de Tzingal , à Teridroit où l'Irtisch, resserré par dies montagnes, précipite son cours rapide> une multitude d'hommes armés attendaient les^ Cosaques : mais une décharge de mpusquetetie les mit en fuite> et ceux-ci s'emparèrent de la petite ville de Nazym> où ils ne trouvèrent que dés femmes et des enfans ,frappés de terreur et attendant la mort. 1ermak les traita avec tant de douceur que leurs pèr^ et leurs maris ne tardèrent .pas à venir Iq trouver avec un tribut. Après avoir soumis le canton de Tarklian, les Cosaques entrèrent dansi Iç ps^ys du plus considérable des princes p$tiak3> nommé Samar. Allié avec huit autres petits. princes^ il attendait les Russes de pied ferme y afin de décider, par une bataille , du sort de tout l'ancien pays d'Yougorie. Samar se vantait de son courage, de sa forc0, ma|s il oublia la prudence.^ car lui , son armée et ses gardes étaient plçpgés dans le sommeil, lorsqu'à l'heure du crépuscule, les Cosaques vinrent attaquer son camp. Éveillé par le tumulte, il se lève, ^saisit ses armes, et tombe frappé à mort du

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premier coup de fusil. A Finstant, ses troupes »^2« se dispersent ^ et les habitans s'engagent à payer tribut à la Russie. Déjà lermak se trouvait sur la rive dé FOby, fleuve important^ sur le cours duquel les anciens Novgorodieils avaient quelques notions^ mais dont la source et rem-< bouchure , suivant les voyageurs moscovites de 1567, se cachaient dans des. régions inconnues. Maître de Nazym, principale ville des

Ostiaks, et de plusieurs autres forteresses, ayant entre ses mains le prince de Sibérie, lermak eut à déplorer la perte d'un de ses braves compagnons d'armes^ Fketman Nicétas Pan, tué dans un assaut âvec quelques uns des plus intré-; pides cosaques. Il ne voulut pas pénétrer plusi avant dans un pays qui ne lui présentait quQ des déserts glacés, lieux de désolation où, pen-» dant Fêté, les rayons brûlans du soleil parvien-r* neiit à pdine à réchauffer la surface de marais immenses couverts de mousse; des fondrières durcies par le froid et parsemées d'ossemenâ de, mammoutbs, y offrent Taspect d'un vaste cime-» tière. lermak désigna Alatscha, prince ostiak^ comme chef des tribus de' l'Oby ; ensuite il f éprit le chemin de la capitale de Sibérie, traité en vainqueur et en souverain par ses tributaires» Il était accueilli partout avec les démons-*

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)68!i. trations d'une soumission absolue^ comme un guerrier redoutable et doué d'une force d'âme surnaturelle. Au son d'une musique guerrière lès Cosaques remontaient les fleuyes : ils descendaient de leurs barques^ vêtus de leurs plus beaux habits^ afin d'étonner les habitans par leurs richesses* Ayant ainsi assuré la domination de la Russie depuis Bérézof jusqu'au Tobol^ lermak^ satisfait et tranquille ^ arriva heureusement à Isker.

Amba»- Alors seulement, il annonça aux Stroganof, Mosiîou. qufavec l'aide de Dieu il avait vaincu le sultan, pris sa capitale , ses Ëtats , son neveu , et &it prêter à ses peuples serment de fidélité à la Russie. En même temps, il écrivit au tzar que ses pauvres Cosaques, proscrits, troublés par leur conscience et livrés au repentir, avaient bravé la mort pour réunir un vaste État à la Russie , au nom du Christ et de lear grand mlMiarqne , pour les siècles des siècles et pour tout le temps qu^il plaira au Très*Haut de prolonger V existence de V univers, a Us attendent y ajoutait-il , » les ordres des voïévodes russes auxquels ils » sont prêts à remettre le royaume de Sibérie, » sans aucune espèce de condition, disposés à » mourir pour la gloire ou sur un échafaud, se- » Ion qu'il plairait à Dieu et à leur maître. »

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Muni de cette missive^ le second des chefs ^ Jean i58a. Koltzo j premier compagnon d'Iermak dans les combats et dans les conseils^ partit pour Moscou où il avait été condamné à un supplice rigoureux^ comme criminel d'État^ sans craindre l'arrêt solennel qui menaçait ses jours.

Ici nous préviendrons une question qui paraît assez naturelle. En aononçani aussi tard ses succès aux Stroganof ^ lermak y séduit par la facile conquête de la Sibérie^ ne songeait-il pas^ ainsi que le supposent quelques historiens ^ à régner sur ce pays d'une manière indépendante? Quoique vainqueur^ ses forces diminuaient tous les jours ^ et le besoin de secours n'aurait-il pas été le seul et yéritable motif de sa démarche auprès de Jean? Cependant comment imaginer que ce chef prudent n'aurait pas prévu, en commençant son expédition, qu'une poignée de téméraires , abandonnés de la Russie , seraient dans deux ou trois ans anéantis par les combats ou les maladies; que dans un climat rigoureux, ils succomberaient au milieu des déserts etd'épaisses forets, impénétrables refuges d'une population sauvage et féroce , que les armes à feu pouvaient, seules, forcer à payer tribut aux étrangers? Il est plus probable que n'ayant pas été témoin oculaire des faits, l'annaliste établit, sur des

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i58j hypothèses, Tordre dans lequel ils se sont succédés. Peut-être lermak avait-il craint de se vanter trop tôt de ses succès, voulant, avant tout, achever la conquête de la Sibérie; ce qu'il crut avoir fait eii chassant Koutchoum dans les déserts, et en établissant les bornes de l'empire moscovite sur les rives de FOby.

Transportés de joie à la nouvelle qu'ils venaient de recevoir des hetmans, les Stroganof partirent à l'instant pour Moscou, empressés de communiquer ail tzar tous les détails de leur glorieuse entreprise. Us lui demandèrent d'achever la réduction de la Sibérie^ de simples particuliers comme eux n'ayant pas les moyens de conserver une aussi vaste conquête. Les envoyés d'Iermak, Jean Koltzo et ses compagnons, parurent aussi devant le prince pour lui offrir le royaume de Sibérie, ainsi que de précieuses fourrures en zibelines, renards noirs et castors.

Joio k C'était, depuis bien long- temps, les premiers Moscou, transports de joie dans la triste Moscou ! Le tzar et la nation semblèrent se ranimer. A la cour^ sur la grande place, on répétait avec ivresse. Dieu a envoyé un nouvel Empire à la Russie! On sonnait les cloches, on adressait au ciel de solennelles actions de grâces, comme à l'époque de Kazan et d'Astrakhan^ temps heureux de la

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jeunesse du tzar I La renommée exagérait la i58a. gloire de cette conquête; il n'e'tait bruit que des innombrables armées de'truites par les Cosaques ^ du grand nombre de peuples soumis par leur valeur , des richesses immenses qu'ils avaient trouvées ; en un mot , la Sibérie semblait être tombée du ciel pour les Russes ; et , pour faire ressortir davantage les succès d'Ierxnak^ on oubliait que de temps immémorial ce pays avait été connu des Russes. La disgrâce des Cosaques fit place aux honneurs ; Jean Koltzo^ baissant avec humilité sa tête coupable devant le tzar et les boyards , n'entendait plus que des paroles de bienveillance^, que des louanges sur sa conduite 9 que le nom de vaillant guerrier; vivement attendri^ il baisait la main du tzar, qui lui fit donner, ainsi qu'aux autres envoyés de Sibérie, de l'argent, du drap et des étoffes de prix. Jean expédia immédiatement vers 1er- Envoi mak le prince Siméon Bolkovsky et l'officier Jean mëe en si- Gloukof avec cinq cents strélitz. Il autorisa Jean Koltzo à chercher des volontaires pour aller s'établir dans les nouvelles contrées du Tobol , et ordonna à l'évêque de Vologda d'y envoyer dix' prêtres, à l'effet de célébrer l'office divin. Le prince Bolkovsky devait prendre, au printemps, des bateaux chez les Stroganof, et s'embarquer

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i583. sur la Tchoussovaïa , pour suivre les traces du he'ros de la Sibérie. Les illustres citoyens > véritables auteurs de cette acquisition importante pour la Russie , la cédèrent à l'État ; mais en récompense et pour prix de leurs services et de leur zèle, Jean fit à Siméon Stroganof concession de deux bourgs > la grande et la petite Sol^ sur le Volga. Maxime et Nicétas obtinrent le privilège de faire le commerce dans toutes leurs villes, sans payer aucun droit.

En attendant de bonnes nouvelles de la Russie^ les conquérans de la Sibérie ne s'abandonnaient pas à un stérile repos. Ils s'avancèrent par la Tavda jusqu'au pays des Vogoulitches et près de l'embouchure de cette rivière , où dominaient les princes tatars Laboutan et Fetschénieg. Dans une affaire sanglante, lermaii les mit en déroute sur les bords d'un lac , et l'annaliste rapporte que de son temps on y voyait encore une grande quantité d'ossemens humains. Mais les timides habitans des cantons de Koschoutz et de Tabarin payèrent, sans murmurer, le tribut exigé par le chef des Cosaques. Ces paisibles sauvages vivaient dans une indépendance absolue^ n*ayant ni princes , ni chefs ; seulement ils accordaient leur respect à quelques hommes riches, dont la sagesse était généralement reconnue, et les pre-

naient pour juges dans leurs querelles. Ils ac- i583. cordaient une égale estime à de prétendus devins. L'un d'eux regardant lermak avec une sainte terreur, lui avait, dit-on, prédit une longue gloire; mais il avait gardé le silence sur sa mort procliaine. Ici la fable créa de nouveaux géans parmi les nains de Vogoulie qui ont à peine deux archines de hauteur. D'après un de ces contes , les Russes virent avec surprise , près de la ville de Tabarin, un géant haut de deux toises, qui saisissait une dixaine d'hommes à la fois, et les étoilffait entre ses bras; ne pouvant parvenir à le prendre vivant, ils le tuèrent à coups de fusil. Au total ,^ la relation de cette expédition n'est pas très-authentique, et ne se trouve que dans le supplément à la chronique de Sibérie. On y lit aussi qu'après avoir atteint les marais et les forêts de Peloum, dispersé les Vogoulitches, et fait de nombreux prisonniers, lermak chercha à recueillir de ces derniers quelques renseignemens sur les chemins qui, des bords de la Haute-Tavda, conduisaient à Ferme à travers la chaîne des monts de pierre, afin de découvrir une communication moins dangereuse, moins difficile avec la Russie : mais qu'il lui fut impossible de se frayer un chemin dans des déserts marécageux en été, et ensevelis en

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i583. hiver sous des neiges profondes. lermak venait d'augmenter le nombre de ses tributaires^ et d'étendre ses domaines jusqu'à la rivière de Sosva^ dans l'antique pays d'Yougorie. Il avait enclavé dans leurs limites le pays de Kondinie^ peu connu jusqu'alors^ bien que placé depuis long-temps dans les titres des souverains moscovites. Il retourna ensuite dans la capitale de la Sibérie ^ où l'attendait la récompense de ses glorieux travaux.

Jean Koltzo était arrivé à Isker chargé des gratifications du tzar , suivi du prince Bolkovsky avec ses hommes de guerre. Le premier remit de riches présens aux chefs ainsi qu'aux soldats* Il était porteur pour lermak de deux cuirasses, d'une coupe d'argent et d'une pelisse que le tzar avait portée lui-même. Dans une lettre pleine de bonté , Jean annonçait aux Cosaques un entier oubli de leurs fautes et la reconnaissance éternelle de la Russie pour leurs importans services. On assure qu'il nommait lermak , prince de Sibérie , lui ordonnant d'administrer et gouverner ce pays, comme il l'avait fait jusqu'alors; d'y établir l'ordre , d'y consolider enfin la suprême puissance du tzar. De leur côté les Cosaques rendaient des honneurs aux voïévodes de Jean ainsi qu'à tous les strélitz. Us leur firent des présens

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en zibelines et les traitèrent avec tout le luxe «583. que permettait leur position, se préparant ensemble à de nouvelles entreprises. Toutefois cette félicité d'Iermalt et [de ses compagnons ne fut pas de longue durée : nous touchons au commencement de. leurs revers.

D'abord on vit se manifester parmi les troupes un affreux scorbut, maladie commune à ceux qui arrivent dans dçs climats froids et humides , ^ dans des contrées sauvages et presque inhabitées. Les strélitz en furent attaqués les premiers. Bientôt elle se communiqua aux Cosaque s , dont plusieurs perdirent les forces et même la vie- Ensuite l'hiver amena une grande disette de vivres : un froid excessif , des tourmentes^ des tourbillons de neige empêchaient la chasse et la pêche ainsi que l'arrivage du grain des campemens voisins, dont quelques habitans s'occupaient d'une agriculture peu productive. La famine commençait à se faire sentir t la maladie faisait des progrès , et tous les jours elle enlevait plusieurs victimes, au nombre desquelles se trouva le prince Bolkovsky. On lui fit, à Isker, d'honorables funérailles. L'abattement général atteignit aussi le cœur d'Iermak; il ne craignait pas la mort , habitué depuis long-temps à la braver , mais il s'affligeait à l'idée de perdre sa conquête^

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>584. réduits à un petit nombre ; il se contentait donc de faire tirer du canon, sans aucun réstiltat, car n'ayant que des pièces d'artillerie légère, il ne pouvait atteindre l'ennemi qui se tenait hors de portée et ne toulait pas s'approcher de la ville , certain de la prendre par famine , chose inévitable si le siège avait duré plus long-temps. Dans cette extrémité les Cosaques prennent une resolution désespérée. Pendant la nuit du 12 juin, laissant lerinak pour veiller à la sûreté de la ville, ils en sortent commandés par Mathieu Métchériak, se glissent à travers les chariots de l'ennemi, et à la faveur de l'obscurité ils parviennent jusqu'à l'endrpit nommé Saouskan , à quelques verstes dé la ville. C'est là que Karatscha avait établi son camp. Aussitôt ils se jettent sur les Tatars plongés dans le sommeil , en égorgent un grand nombre (entre autres deux âisdeKaratscha), poursuivent de tous côtés les fxiyards saisis d'épouvante et se baignent dans le sang des infidèles. Le mourza lui-même s'enfiiit au delà du lac, suivi de quelques-uns des siens. L'aube du jour rendit bientôt le courage aux ennemis. Des troupes arrivées des autres campemens avaient arrêté les fuyards : les Tatars s'étaient rangés en ordre de bataille ; cepends^it les Cosaques, retranchés au milieu des chariots

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dç Kiu*at$çha ^ parvinrent ^ au moyen d'un feu i563; ];iîe0 eatr<;^nu ^ à repousser toutes les attaques et à rentrer dans la ville, délivrée par leur valew; Q^Vy, frappe de terreur, le mourza avait Ifvé le siëgei w toute hât^ et s'ëfuit sauvé audelà de rischim. Les.villagieaet çampemens voi^sius se soumirent de nouveau à lermak : le de3tip' favorisait encore les héros !

lermak résolut d'intinaider les ennemis et de Dernières

A f t9 «A /Y» 1 • ■ conquêtes

garan^tir sa surete pour 1 avenir. A cet eiiet , nieti d'iermak. qu'il ne lui restât plu^ qu'une faible troifpe,. il entreprit de poursuivre Karatscha^ en remontant rirtisch, afin. d'éte^drQ ^ 'possessions de là Rusçie vers l'ectt* HJ^attît le-.priaioe Begkielie et s'empara de SA vîlW, diiàt !oii voit encore lei débris sur les rives d'un lac sinueux, prèa et l'emboucbure du V$igaï. U çe^i^ndit maître de toutj^ \fL contrée qui s'éteqd )us(|u'à . i'Iscbim , effrayant par sa vengeance ceux qui osaient lui résister^ épargnait Oàux qui m^tt^.i^nt bas les armes. Dans la contrée de. Sarg^ty vivait alors un illustre vieillard , ancien ctieftatar, juge bét réditaire de toutes les tribus , depuis le premier khan de Sibérie. Il fit aqte[ de SQumis^ipju aii|ai que le prince Etitckaï, qui gouveirnait la? ville de Téb^Ad. Celui-ci, en apportant. le tribut Ik lermak, lui présenta sa jeune fille fiancée au Tome IX. 55

5l4 HISTOIRE

>^i* fils de Koutchoum ; mais rhetman , rigide observateur des lois de la chasteté^ ordonna à la vierge des déserts d'éloigner de lui la séduction de ses atirtdtê et de son innocence. Près de l'enibouchure de Flschim ^ il s'éleva entre les soldats d'Iermak et les farouches habitaiis de ce misérable pays, une querelle sanglante, dans laquelle cinq de ses intrépides cosaques perdirent la vie . On célèbre encore aujourd'hui leur mémoire dans les chansons mélancoliques de la Sibérie. La petite ville de Tachatkan tomba aussi au pouvoir des Russes ; leur chef ne jugea pas à propos d'attaquer une plads plus importante, fondée par Koutchoum sur les bords du lac Aoussaklou. H pénétra jusqu'à là rivière de Chiséhe , où comnencent les déserts ; imposa des tribtits à cette nouvelle conquête , et revint apporter à Isker 4es dépouilles qui devaient être ses derniers trophées! '

La domination des Cosaques, établie depuis deux ans sur la Sibérie, leur avait donné les moyens d'ouvrir un négoce avantageux avec les contréies les plus éloignées de l'Asie, célèbres, de temps immémorial, par leurs richesses et leur commerce florissant. Déjà les caravanes de Boukharie se rendaient à Iskér, en côtoyant le lac Aral , à travers les déserts de Kirghis-Kaïs-

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saks^ par un chemin fraye sans doute depuis i58i. long-^temps^ peut-être même par Genghis-Khan et ses successeurs. L'arrivée de ces étrangers animait la capitale de la Sibérie et lui donnait Faspect d'une foire tumultueuse , où les Russes trouvaient en échange de leurs pelleteries y les produits de l'industrie orientale^ nécessaires ou agréables à des hommes qui ^ sans craindre d'exposer leur vie^ aimaient à en jouir. Les marchands de Boukharie étaient attendus à Isker, lorsque lermak apprend que le fugitif Koutchoum avait osé reparaître daais le désert du Yagaï et leur coupait le chemin. Il part aussitôt à la tête de cinquante cosaques pour aller à leur rencontre ; il les cherche pendant tout un jour et ne découvre ni la caravane^ ni les traces de l'ennemi; Il révisât sur ses pas et se dispose à passer la nuit sous des tentes ^ laissant ses bateaux amarrés au rivage^ près de l'embouchure du Vagaï. C'est là que l'Irtisch, dirigeant son cours' vers l'orient • se divise' en deux bràs dont l'un forme de sinueux détours , et dont l'autre coule en. droite ligne par un canal appelé d'Iermak, mais qui doit avoir été creftisé'à une époque bien antérieure ; ses bords aplanis psir le temps ne présentent plus aucun vestige du travail des hommes.

5i6 AifitoiRË

i$aj. Eu cet enàtoït, au sud de la rivière ^ on voit , au milieu d'un vallan, ui>e elévatiou destinée ^ d'après une tradition unpuime 5 k L'babiiatioii d'un rdi et formée par les mains de jeunes filfea. C'est parmi ces mooumens d'un siècle perdu dans l'oubli que devait périr le conquérant de la Sibérie 9 celui de qui dateut les notioas positives que uous ayons sur ce pays. U devait périr vie*ttopie de sa propre imprudence ^ effet d'uue inévitable destinée ! lermak n'igoorait pas la proximité de l'ennemi : cependant ^ sans prendre auemnfi précaution» saus placer de seiitînelles ^ et tçmvm s'il eût été las de vivre ^ il s'abandonna y lui et ses camardde»^ h. uu pn^oud sommeil. Ij^ pluie totabait à veirse : le bruit des vagues , cekii de» yeuts oontribuaiênt à endormir les Co- 8aqïu0is > taudis guel'ennen»! vmUaitfinr l'autre bord du fleuve- Ses espions ^ymt dm>uvert un gue «'apppacjbe»t en silence du camp d'Iermak. II3 voient £ies guerriers eouchés^sûr la terre et leur enl(èvent trois ifosills avee leurs sacs, à cartouches > (fu'ils apportent à leur roi^ comme preuve de h facilité avec laqùaHie nn pouvait enfiu^xtemi«^rles invinciblnsA A cette nouvelle KQUtcboum tressaillit de J4He*:San& perdre un instbiut il assaillit les Russes à demi^morts et les égorge ; c'était la nuit du 5 août. Deux seule*

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ment échappèrent au massacre. L'un s^enfuit à i5«4, Isker; le second, qui «tait lermak lui-même, réveillé par le clifjtietis des armes , piar les cris des mourans, se lère et voit la mort devant lui. Il parvient cependant encore à repousser ses assassins à coups de sabre, et s'élance dan^ les ondes profondes et orageuses de Tlrtisch ; mais. Mort entraîné sous les flots par le poids de la cuirasse de fer qu'il avait reçue du tzar , il se noie

avant d'atteindre ses bateaui Déplorable fin

pour un conquérant, car il pouvait penser qu'il perdait sa gloire avec la vie ! Non , les eaux (ïe rirtisch ne l'ont point engloutie ! La reconnaissance de la Russie, les pages de l'ki&toire, les animales de l'Église , garantiaseiit à lermak un étemel souyenir I

Ce k^s, dont les hauts faits avaient effacé 'depuis long-«temps l'épithète de bi*igand jointe à son nom , périt d'une mort prématurée ; tou«^ tefois il avait eu le temps de terminer son principal ouvrage. Eu égorgeant quarante-neuf closaques plongés dans le sommeil, Koutchoum ne put dier le royaume de Sibérie à la puissance qui l'avait rangé pour jamais au nombre de ses domaines^ Lés contemporains et la postérité ont laissé à lermak toute la ^irede cette conquête. Ses: exploits sont célébrés noui^seulenient dans

5l8 HISTOIRE

1584. les annales^ mais aussi dans les temples sacrés ^ où, jusqu'aujourd'hui, on prie le ciel pour le repos de, son âme ainsi que pour ses braves compagnons d'armes , morts avec, lui sur les rives de l'Irtisch. On y retrouve -encore son nom dans ceux des lieux, dans .les traditions orales, et les plus pauvres cabanes sont ornées de portraits

Portrait de cc princc-hetman. Il était d'une figure noble

«lu beros * *-'

de Sibérie, et majestucusc ^ d'une taille moyenne. Il avait des muscles prononcés, de larges épaules, un visage aplati, mais agiéable, la barbe noire, les cheveux.bruns et^bouclés, des yeux perçons, miroir d'une âme ardente, énergique ,' et d'un esprit pénétrant. Le i3 d'août, son corps fut porté par le courant près, du village d'Epantchinsky, à douze verstes d'Abâlak. UnTatar, nommé Yaniche , petit-fils du prince Beghiche , péchant dans la rivière, y aperçut les pieds d'un -cadavre. L'ayant retiré de l'eau au moyen d'une corde , il reconnut lermak à sa- cuirasse de fer -garnie de bronze, avec un aigle d'or sur la poitrine. Joyeux , il appelle à 'grands cris les habitans du village pour leur montrer les restes du héros. Diaprés quelques rapports du' temps ^ un mourza, nommé Kafndaoul, fit dépouiller lermak de sa cuirasse et aussitôt un sang frais sortit à gros bouillons du cadavre déjà roide : les

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Tatars , altères de vengeance , le placèrent sûr iSS^. un ëchafaud et en firent un î)ut pour tirer de Farc pendant six semaines. Le roi Koutchoum et les plus éloignes des princes O^tiaks s'étant rassemblés dans ce lieu pour jouir de cet affreux spectacle^ virent avec le plus grand étonnement de nombreux oiseaux de proie voltiger au dessus du cadavre ^ sans oser y toucher ; des visions y des rêves effray ans ^ forcèrent les infidèles à enterrer le mort dans le cimietière de Beghiche^ à l'ombre d'un sapin touffu. Le jour de son enterrement^ ils firent rôtir et • mangèrent trente boeu& en l'honneUr de ses funérailles ; ensuite ils donnèrent la cotte de maille d'Iermak aux prêtres de la fameuse idole de Bélogorsk , sa cuirasse au mourza Kandaoul^ son habit au prince Seïdek, et son sabre^ avec le ceinturon^ au mourza Karatscha. Il s'opéra beaucoup de miracles sur sa tombe , qui brillait d'une clarté éblouissante et-sur laquelle paraissait une colonne de feu. Le clergé mahométan , effrayé de ces phénomènes ^ trouva le moyen de cacher cette tombe, que personne ne connaît aujourd'hui. Tous les détails relatifs aux exploits et à la mort d'Iermak furent donnés^ en i65o, au centenier Joseph Réniézof, par un Taïacha on prince Kalmouk, nommé Ablaï, qui brûlait du désir d'acquérir la cui-

^20 ilIâTÛIRË

i5«4 liasse d'Ieru^ak et pAr¥int enfin à Tobtenir des desceiidaiis de Kandaoul.

La nouveUe de la motX d6 l'iietman plongea les Ru$3es de l'expéditioti dans une inexplicable terreur ; sa tronpe était réduite à .cent cinquante cosaques et ^dats. de Moscou^ y compris les restes de la coùipagiiie étra»$^e des Str^^ajuof , sous le commandement de Mathieu Metchériak. Tout était fini pour eux l La mort d'Iernaak aTait détruit leur audace et leuts es»pérances« Redou* Les CoM- tant Koutclifium ^ SeSdek ^ Karatacha ^ 1^ habi^ ^Ua^Si- taos et la famine ^ ils se décidèrent à retourner en Russie > et, le x5 août» ils abandonnèrent la capitale de La Sibérie , livrés à un profond cha* grin» En e^et^ ils quittaieut^ daus ce pays^ les tombeau^ de leurs frères d'armes et les monur mens sacrés du christianisme ; ils perdaiejat tout le fruit de leurs pénibles travaux ? uue conquête acheté^ au prix de Iqur saug^.^t bc voyaient ^ eutre çux et la Russie » que d'immenses déserts , des dangers s^us nombre 9, des combats et probablement un trépas i^uoré. Ces hommes^ na« guèrçss conquérans prgu^illeuoP , maintenant uiaIlieureuf bauuis y s'embarquèrent sur le Tobol , à la grande satis&ctionderKoutchpum et de tous le^s Sibériens, car les sauvages euit-mêiues abhorrent upe, 4omin^^^9 étrangère. Après la mort

d'Iertnak 9 •Routchoum n'avait pas osé cerner k i584. ville d'Isfcer. Lorsqu'il apprit la fuite des Cosaques y toujours redoutables et invincibles à «es yeux y dans la forteresse comme dans leurs bateaux foudroyans , il se garda bien d'inquiéter leur navigation j il rentra, sur les traces d'Aleï, son fils , dans sa capitale déserte , pour y rétablir âa puissance , pour réorganiser un royaume que bientôt il devait perdre de nouveau. A la vérité, il n'y restait plus de Russes , mais leurs cendres et leurs sépultures y appelaient des vengeurs. Les ombres d'Iermak et de ses compagnons invitaient les Russes à achever la facile conquête d'un pays immense qui s'étend depuis la chaîne des monts Ourals, jusqu'au nord- ouest de l'Amérique i jusqu'à l'Océan oriental. Le succès de cette entreprise devait, dans la suite des siècles , reculer les limites de la Russie jusqu'aux possessions espagnoles et lui procurer, non-seulement d'inépuisables mines de métaux, les riches produits de la chasse , un commerce d'échange avantageux avec la Chine, mais encore la gloire de civiliser des peiiples sauvages. Elle . y trouvait également un moyen heureux de châtier les criminels sans leur faire subir la peina de mort; la possibilité d'utiliser leur existence au profit de l'État, en les faisant siervir à peu-

i584 pler ies déserts ; en employant leurs bras^ libres de chaînes , à extraire les trésors renfermés dans le sein de la terre ; enfin de corriger souvent les mœurs de ces infortunés; puissant motif de consolation pour l'humanité !

Nous verrons bientôt le retour des Russes en Sibérie^ ainsi que la suite de leurs victoires et conquêtes dans ce nouveau monde y sofis le règne du successeur de Jean.

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