CHAPITRE IX
Suite du règne de Jean le Terrible.
Guerre et trêve avec la Suéde. — Affaires de Pologne. — Révolte des Tcbérémisses. — Relations avec diverses puissances, et particulièrement avec l'Angleterre. -^
••Jean forme le projet d'e'pouser une Anglaise. — Portrait de cette dame. — Ambassade à Londres. — t Ambassadeur d'Elisabeth. — Maladie et mort de Jean. — Amour des Russes pour l'autocratie. — Comparaison entre Jean et d'autres tyrans. — Utilité de l'Histoire. — Mélange de bien et de mal dans le caractère de Jean. — Jean administrateur et législateur. — Collèges. — • Diaks, — Gens de robe. — Gentilshommes du Conseil. — Gentilshommes , pairs et cadets. — Princes serviteurs de l'État.
— Stolniks ou échansons. — Réglemens pour l'armée.
— Lois. — Valeur du rouble. — Réglemens ecclésiasti<{ues. — Remarquable cérémonie d'Église. — Fondation de villes. — État de Moscou. — Commerce. — Luxe et magnificence. — Renommée de Jean.-
Jean avait désarme Batory par de grands sa- 1584. crifices ; quelques pre'sens de peu de valeur trêve avec avaient satisfait le khan ^ moins redoutable à la *
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i583. vérité 9 mais toujotirs à craindre; il ponvait donc 9 en toute liberté^ attaquer la Suède, aban* donnée par ses alliés. Ses désirs et ses espérances avaient pour objet de réprimer cet audacieux ennemi, et de relever par des triomphes Fhonneur des armes russes aux yeux de FEurope. Le succès paraissait certain et facile. Non - seulement Batory livrait le roi de Suède à la vengeance du tzar, il le menaçait encore de lui déclarer la guerre au sujet de FEsthonie. En réclamant cette province, il disait au. roi : Fous avez profité de mes victoires pour vous approprier Narva et d^autreê villes allemandes^ propriétés de la Pologne i Ce qui est acheté ^ répondit le prince, au prix du sang de nos sujets est à nous : j* étais en campagne avant d'avoir vu vos étendards. Souvenez^ous que F Europe entière tremblait jadis au seul nom des Goths^ dont la puissance et la valeur sont devenus notre héritage* Nous ne craignons ni le glaive des Russes y ni celui des Transylvains. Cette fierté avait quelque chose de chevaleresque qui annonce une âme élevée j toutefois elle pouvait avoir des suites funestes pour la Suède encore faible 9 < encore agitée par le fackatisme de son souverain , partisan zélé de rËg^iâe Utine, ainsi quie par l'inimitié qui eifistait entre Ini et le
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duc Charles , son frère. D'utt côté , l'impétueux » 5»». Batory ^ annonçant qu'il enlèverait de vive force ce qu'ilréclamait, «e préparait à marcher contre les Suédois; de l'autre, les voïévodes russes y princes Rostovsky^Toumensky^ Khvorpstinin, Schèrbatoï, sortis de Novgorod, s'avançaient contre Narva, Yara, et vers les rives de la Neva, en t^inlande. Ayant rencontré l'ennemi au village de Liatitz, canton de Votsk, ils le battirent complètement, et reçurent du tzar des médailles d'or pour récompense de leur valeur. Celte victoire était due, surtout, au prince Dmitri Khvèrostinin, un des héros de Pskof, qui avait mis les Suédois en déroute par le choc de son avantgarde. Une seconde affaire non moins impor* tante , non moins favorable aux armes russes , eut liem sur les bords de la Neva. Conformément aux conseils du traître Athanas Belzky , le général de La Gardie s'était porté inopinément contre Nottebourg ou Oreschek qu'il voulait surprendre. Les voïé^CMÎes prince Basile Rostévsky Sottdakôf et Khvostof s^y défendirent avec intrépidité; ih égorgeaient les Suédqis, les noyaient dans la Neva ; tandis que le prince AtjÊkdaté Schouïsky arrivait, k marches forcées, tte Novgorod avec sa cavalerie , pour sauver cette place importante. A cette riouveHe>
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i58!i. le présomptueux de La Gardie prit la fuite. Cependant la fortune vint au recours de la Suède : Tillustre Batory^ puissant dans les contbats 9 vit ses desseins contrariés par la diète. Les seigneurs polonais^ turbulens et ingrats^ rejetèrent toutes les propositions que lui inspirait un véritable amour pour leur patrie , et lui dirent avec insolence : «Nous ne voulons » point de guerre, ni avec la Crimée, ni avec » les Suédois , et nous n'accorderons ni troupes » ni argent. » Jacques Niémékovsky, Fun d'entre eux, ajouta : J^ous êtes notre,- roi ^ si vous exécutez fidèlement les institutions du royaume: autrement vous n^étes que Batory^ comme moi je suis Niéméhoçshy • Les Suédois virent avec une satisfaction inattendue : les mouvemens des troupes russes s'arrêter inopinément, d'après les ordres du tzar, qui offrait la paix à de La Gardie. Le prince Labanof et le gentilhomme Tatischef lui ayant proposé une entrevue dans le canton de Schélon, sur la rivière de Plussa,.on y con-
i583. dut, le 26 mai i583 , d'abord une.trèye de deux mois , prolongée ensuite pour trois ans , d'après les conditions de laquelle Yam , lyan-Gprod et Koporié restaient entre leâ mains des Suédois. •• ! condescendance surprenante que les circonstances suivantes peuvent expliquer.
La paix avec la Pologne pai'aissàit établie sur j5S3. des bases peu solides; les ambassadeurs deBa- Pologne. tory , lors de leur séjour à Moscou , ayaient élevé' de nouvelles prétentions. Us voulaient que ^ dans ses titres, Jean ne prît jamais celui de souverain de la Livonie, et qu'il reconnût l'Esthonie comme légitime possession d'Etienne . Les b({^ards firent droit à une partie de cette demande en ratifiant la promesse de ne point porter , pendant dix ans , la guerre en Esthonie. Ensuite les deux souverains s'engagèrent, par un serment, à observer avec fidélité toutes les conditions du traité : cependant les généraux polonais occupaient plusieurs places dans les districts de Toropetz , de Louki, de Vétlige; ils se refusaient à déterminer positivement les frontières des deux Etats; ils offensaient, ils insultaient les dignitaires russes , opposant des difficultés à l'échange respectif des prisonniers de guerre, condition consentie par eux. Ils extorquèrent environ 7,000 roubles et 280 peaux de zibelines , pour rendre la liberté à Théodore Schérémétief; i^ii^ roubles pour le prince Tatef, 5,225 pour le prince Khvorostinin , et ^A^J pourTchérémissinof : les autres prisonniers furent retenus en captivité. Dans ses communications avec le tzar , Etienne trouvait quelquefois les plaintes de ce prince
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i583. justes et foodées; U s'eagfigei^it alors à rejH*!mer^ sans retard^ Taudace des officiers polonais; mais bientôt il accusait les Russes et justifiait ses sujets; de sorte qu'au mois de septembre i583^ Jean se trouva forcé d'envoyer sar la frontière deux mille enfans-^boyards et stréliYz , polur y défendre les Russes contre les vexations de Patz, voii^évode de Vitebsk, qui avait construit une nouvelle forteresse sur le territoire de la Moscovie ; en un mot 5 maigre la pusiUaAime patience de Jean^ les hostilité pouvaient ^ d'un jour à Vautre ^ sa renouveler du coté de la Pologne.
Rdvoite Une révolte générale éclata tout4-coup dans rémisses, le p^ys des Tchorémisses* de la plaine^ et s'é*^ tendit avec une telle violence que les voïévodes de Kaxan ne purent parvenir à l'apaiser. Le tzar^ alarmé^ fit partir aussitôt des troupes sous le commandement du prince Életsky ( oc^ tobre i582). Ensuite^ ayant appris que l'insurrection faisait des progrès au lieu de se calmer^ il fit marcher contre les Tchérémisses ses plus illustres voïévodçs^ le prince Jean Yorotinsky et le valeureux Dmitri Khvorostinin« D'autres nouvelles répandirent epcpre de plus vives alar* mes dans Moscou. Au mép|*i& du traité de paix, le khan Mehmet-Ghireï,. qui entretenait des in-*
telfigences arec les Tchéremisses rebelles^ était i^* ]»^t à mareher contre la Russie ; les Nogaïg^ jusqu'alors demeurés fidèles 5 mais excités par lui et par le roi de Sibérie^ pillaient les environs de la Kama. Il fallut faire agir à la fois toutes les forces militaires. Un corps d'armée fut détaché yers les bords de cette rivière ; un autre, sous le commandement des princes Théodore Matislavsky, Kourliatef et Schouïsky^ alla occuper les rives de l'Oka y tandis qu'un troisième, embarqué sur le Volga ^ naviguait vers Sviaïsk. Toutefois le khan n'osa pas pénétrer en Russie; mais la révolte des Tchéremisses se prolongea jusqu'à la fin des jours du tzar^ avec un acharnement extraordinaire. Trop faibles^ ttop ignorans pour donner des batailles rangées ^ ces sauvages farouches^ irrités sans doute par la cruauté dés fi>nctimmaires du tzar , s'entr'égorgeaient avec les soldats moscovites sur les cendres des habitations ^ dans les forêts ou dans les déserts^ en hîret comme en été. Us voulaient lUndépendance ou la mort. Pour serrer les rebelles de plus près , le voïévode prince T<mrénin fit construire alors les forteinesses de Saint- Cosme et Saint-Damien.
Ainsi le tzar avait acheté à haut prix xme trêve avec la Pologne, afin de pouvoir écraser la Suède.