Tome X
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si ce n'est par le slyle, du moins par leur esprit.... Combien de chansons, plus ou moins anciennes, sont déjà oubliées dans la Capitale et que nous entendons encore dans les campagnes et les petites villes, où le peuple a plus de mémoire pour les anciennes traditions. Ts^)us savons que , du temps d'Ivan , des troupes de troubadours Russes allaient de village en village et égayaient les habitans par leurs chants; le goût du peuple favorisait alors les compositions des chansonniers que le pieux Fédor aimait aussi.
AnsetMciieis Ce Prlncc aimait également les arts. Sous son règne nous avions d'habiles joailliers dont un Vénitien, nommé François Ascentini , des orR'vres , des brodeurs et des peintres. Le bonnet, donné par Fédor au patriarche Jérémie , qui était orné de pierres précieuses et de saintes images , est appelé, dans la description du voyage d'Arsène , une magniiique production des artistes de Moscou. Cet Evéque grec vil, sur les murs du palais d'Irène, de trèsbelles mosaïques représentant les images du Sauveur, de la Sainte Vierire , des Anees des Hiérarques et des Martyrs; et sur la voûte, un
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lion parfaitement exécuté et qui tenait dans ses (ienls un serpent au(îuel étaient suspendus des lustres précieux. Arsène vit également avec surprise, dans le palais, une cpiantilé d'énormes vases en or et en argent; les uns en forme de quadrupèdes , tels que des licornes , des lions, des ours et des cerfs; d'autres en forme d'oiseaux, tels que des pélicans, des cygnes , des faisans et des paons , et qui étaient d'un tel poids que douze hommes pouvaient à peine les transporter d'un endroit à l'autre. Ces vases extraordinaires se fabriquaient probablement à Moscou, du moins une partie; les plus lourds d'enlr'eux étaient fondus eu argent de Livonie, conquis par les arftes d'Ivan. L'art de la broderie, que nous avons imité des Grecs, était connu depuis long-temps en Russie où les nobles et les riches portaient dans tous les temps des habits brodés. Fédor voulut aussi établir àMocou une fabrique de soieries. INlarco-Cinopi, appelé par lui d'Italie, fabriquait du velours et des étoffes d'or dans une maison qui lui avait été assignée près de la cathédrale de l'Assomption. La multiplicité des églises augmentait le nombre des peintres.
Pendant long-lcnips on ne peignit qne des images. Nous eommençâmes à peindre des tableaux précisément sous le règne de Fédor , époque à laquelle les deux palais, BaUhdia Granaçiiuia, monument d'Ivan III, et Zolaidia-Granailidia , eonstniil par son petit-lils , s'embellirent de peintures. Dans le premier étaient représentés l'Eternel, les actions des anges et des hommes , toule l'Histoire du vieux et du nouveau Testament, le prétendu partage de l'univers entre les trois prétendus frères de César- Auguste, et le partage réel de notre antique patrie entre les fils de Saint Vladimir, représentés en mitres, en babils de damas, %vec des eolets et des ceintures d'or, le grand JaroslaC, Ysévolod I". et Monomacjue en habits de Tsar ; Georges Dolgorouky , Alexandre Nevsky, Daniel de Moscou, Kalita , Dmitri Donskoy et ses successeurs jusqu'à Fédor, qui était assis sur le trône avec une couronne sur la tète, un manteau , un collier en perles, une chaîne d'or sur la poitrine, 'et tenant dans ses mains le sceptre etlaponime d'or; auprès du Trône se tenait le Piègent Boris Godounolf en bonnet noimand , et avec
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un habit d'or tléboulonné. Dans la Zalataïa PaJaia^ sur les murs et sur les voûtes , étaient également peintes Thistoire sacrée et celjt; de Russie , en même temps que quelques ligures allégoriques des vertus et des vices, des saisons et des phénomènes de la nature. Le Printemps était représenté par une jeune lille , TEté par un adolescent, l'Automne par un homme tenant un bocal, et l'Hiver par un vieillard avec les bras nus. Quatre anges , avec des trompettes , désignaient les quatre vents. Dans quelques tableaux , il se trouvait des rouleaux sur lesquels les mots étaient écrits, non en lettres ordinaires, mais avec des chiffres mystérieux. La Zalatdia Pnlata n'existe plus ; à sa place a été construit le palais d'Elisabeth ; et quant aux tableaux qui se trouvaient sur les murs de la Granadidia Palata , ils ont été effacés depuis long-temps , et ne nous sont connus que par la description des contemporains (258j. Faisons mention aussi de l'art de la fonderie. Sous le règne de Fédor nous avions un célèbre fondeur, André Tchokoff, dont nous voyons le nom sur les plus anciens canons du Kremlin , sur le Drobovik , qui pèse
Moscou.
JJO HISTOIRE
deux mille quatre cents pouds , sur le Tro'il et sur YAspide ; le premier a été coulé en 1 586 , et les deux autres en 1590.
Les progrès de la civilisation se faisaient remarquer au seul aspect de la Capitale. Moscou s'embellit aux yeux, non seulement par de nouveaux édifices en pierres, mais par l'élargissement des rues , pavées en bois et moins boueuses (249). Le nombre de belles maisons augmenta : elles étaient ordinairement construites en bois de sapin , à deux ou trois étages, avec de grands escaliers et de grands toits en planches qui avançaient en dehors. Les chambres à coucher d'été et les magasins en pierres se trouvaient dans les cours. L'élévation de l'édiiice et la grandeur de la cour désignaient le rang du maître. Les bourgeois pauvres habitaient encore dans des cabanes, avec des poêles sans tuyaux; dans les apparfemens des riches il y avait des cheminées en l'aïence. Pour prévenir les incendies , des employés militaires , chaque jour, en été , parcouraient la ville et faisaient éteindre tous les feux , après qu'on avait fini de préparer le manger (25o). Moscou, c'est-à-dire le Kremlin, le Kiiaï, le Tscu
DE RUSSIE. 3,")f)
refou BirJgorod , la nouvelle ville en bo's , le quartier au-delà delà iMoskva, les Slobodcs ^ au-delà de la Jaousa, avait alors en circonférence plus de vingt verstes. On complait au Kremlin trente-cinq églises en pierres, et en tout, dans la Capitale, environ quatre cents , outre les chapelles; le nombre des cloches montait à cinq mille. « Aux heures où l'on » sonnait pour les fêtes , disent les étrangers, » il était im[)ossihle de s'entretenir dans les » rues». La cloche principale, qui pesait mille pouds, était suspendue à un clocher en bois sur la place du Kremlin; on la sonnait lorsque le Tsar parlait pour un long voyage , lorsqu'il revenait dans la Capitale , ou qu'on recevait des étrangers de distinction. Le Kiiaigorod^ entouré d'une muraille en briques non recrépies, et réuni au quartier au-delà de la Moskva, par des ponts de bois ilottans et par un pont de pierres , était embelli par la maguilique église gothique de Saint Basile, et par le Bazar , divisé en vingt alignemcns : dans l'un on vendait des étoffes de soie, dans un autre des draps, dans un troisième de l'argent , etc. Sur la Grande place se trouvaient ,
36o ^ HISTOIRE
deux énormes canons démon lés. Colle partie de la ville renfermait les maisons d'un grand nombre de Boyards , de dignitaires , de marchands distingués, et un arsenal bien fourni. Dans le Bicigorod ^ ainsi appelé à cause de ses murs blanchis, étaient la fonderie, sur le bord de la Néglinnaïa , riiotel des Ambassadeurs , celui des Lithuaniens, des Arméniens, les marchés aux chevaux et au foin, la boucherie, les maisons des enfans Boyards, des employés aux tribunaux et des marchands. Dans la ville de bois ou Skorodoni, c'est-à-dire bâlie à la haie ^ en iSgi , demeuraient les bourgeois et les artisans. Autour des édifices, on voyait des bois , des jardins , des potagers et des prairies. Auprès du Palais même on fauchait du foin ; et les trois jardins du Tsar n'occupaient pas un petit espace au Kremlin. Les niouiins, dont un se trouvait à Fembouchure de la INéglinnaïa, les autres sur la Jaousa , donnaient un aspect de campagne à la ville. La Slobode allemande ne faisail point partie de la ville, non plus que Krasnoé-Sclo , où habitaient sept cents ouvriers et petits marchands , auxquels le sort, pour le malheur de la famille de Boris,
Me
liiiif:».
DR RUSSIE. 36l
réservait un rcMo si important dans notre histoire.
Il est probable que les mœurs de la nation cliangèrenl peu sous les règnes d'Ivan et de rédor. Mais , dans des relations contemporaines, nous trouvons, à ce sujet , quelques détails nouveauxet intéressans pour nous.
Godounoff", rhabile et ambitieux Godou- Evcn^pir»
Jp (llS|)llt.S
noff, ne put ou ne voulut point détruire les snHiMicien-
' ^ i inU- des ia-
prétentions de prééminence entre les familles "ùi-sfiJ';» des Bovards et des Nobles. Cet orurueil des rangs était arrivé à un point difficile à imaginer, et tel qu'aucune nomination de Voïévodes, aucune désignation pour le service de la Cour dans les jours de fête, ne se passait sans amener des querelles plus ou moins graves. En voici un exemple : On entendait déjà à Moscou , en i5c)i, le pas des chevaux du Khan, que les Voïévodes disputaient encore sur l'ancienneté de leurs titres et les honneurs du pas, et ne se rendaient point à leurs postes, par un faux point d'honneur. Ils ne craignaient pas de s'exposer à la diffamation et à des punitions sévères; car ceux qui se plaignaient à tort étaient quelquefois punis cor-
porellcmcnt et sans lorinc de procès. En iSSg, le prince Gvosdeif fut hatlu de verges, ])Our une dispute de prééminence avec les princes Odoevsky, et il leur fui livré , c'est-àdire qu'on lui ordonna de leur demander humblement pardon. Le prince liarialinsky fut mis trois jours en prison , pour une dispute semblable avec Schérémélieff ; mais il ne voulut pas s'humilier; il sortit de prison et n'alla point servir. Comment expliquer cette singukvpité , si ce n'est par celte vanité toujours renaissante chez l'homme, qui cherche un aliment dans toutes les circonstances de la vie sociale , et qui est souvent excitée par la politique même des Tsars ; car cette prééminence des titres , soutenait l'ambition , nécessaire même dans un gouvernement absolu, pour rintérét de l'Etat, toujours servi avec plus de zèle par ceux qui en attendent des dislinctions. Il n'existe point un usage, pas un préjugé qui, dans son origine , n'ait euun but raisonnable, quoique, dansées usages consacrés par les siècles , le mal l'emporte quelquefois sur le bien. Godounoff pouvait aussi avoir un but particulier et suivre le funeste
principe : Divisez pour régner. Ces éternelles qnerelli^s d'ambition entretenaient une haine niuluelle parmi leslamilles 1rs plus illustres , les Mstislaslky et les Schouisky, les Glinsky et les Troubetskoy , les Schérémélielf et les Sabourofï', les Kourakin et les SchestounolT. Ils étaient divisés et Boris régnait, <
Mais les disputes de rangs ne troublaient pas la décence dans les assemblées de la Cour. Tout rentrait dans le silence, dès que le Tsar paraissait avec un éclat qui étonnait même les ambassadeurs étrangers (25 1). « Les yeux fer- » mes, disent les Contemporains, on croirait '> que le Palais est désert ; cette grande multi- >> tude de grands dignitaires couverts (For , est » muette, et comme sans mouvement. Ils sont « assis sur des bancs et forment plusieurs » rangs, depuis la porte jusqu'au trône où » se tiennent les liindns , jeunes gardes du » corps , en vètemens blancs de velours ou de » satin garnis d'hermine ; ils ont de grands » bonnets blancs sur la tête , deux chaînes « d'or qui se croisent snr leur poitrine et » tiennent des cimetères précieux levés sur » leurs épaules, comme s'ils étaient toujours
La Cour.
3) prêts à frapper. Aux repas solennels donnés »> par le Tsar, le service se l'ait par deux ou » trois cents oOiciers du Palais, habillés d'éj) tofies d'or, portant des chaînes d'or sur la » poitrine et des bonnets de renard noir sur » la tête. Lorsque le Souverain s'assied sur une >» estrade élevée de trois marches, seul , à la » table d'or (252), les dignitaires servans lui » font une profonde révérence, et deux à » deux^ défilent pour aller chercher les plats. » En attendant, on présente de l'eau-de-vie. » Sur les tables, il n'y rien que du pain, du sel, » du vinaigre, du poivre, des couteaux et des » cuillers ; on n'y voit ni assiettes ni serviet- » tes. On apporte à la fois plus de cent plats » auxquels le cuisinier a goûté devant le niaî- » Ire-d'hôtel. Le Grand Maréchal les goûte }> pour la seconde fois devant le Tsar qui, lui « même, envoie aux convives, des morceaux » de pain , des mets de sa table, des vins, de » rhydron:iel ; et à la fin du repas, il leur dis- » tribue de sa propre main, des prunes sèches » de Hongrie. Chaque convive, en s'en allant, j> reçoit encore un plat entier de viandes ou » de pâtés. Quelquefois les Ambassadeurs
» étrangers dînent à leur Ilolel, de la table eo- » pieuse du Tsar; un des prineipaux dif^ni- ») taires se rend chez eux pour leur annoncer » cet honneur, et il dine avec eux. Quinze ou » vingt serviteurs entourent son cheval, des » Streletz, richement vêtus, portentla nappe, » les salières, etc.; d'autres, jus(prà deux » cents, le pain, l'hydromel et une quantité » de plats d'or et d'argent, chargésde différens » mets (253) ». Les détails suivans, extraits de papiers oiiicieis, donnent une idée du luxe et de la friandise de ce temps. En iSgg, on four- vinsttrannissaitdu Palais, pour la table de l'ambassa- RÙs^e»? """" deur d'Autriche, sept pintes de romanée , autant de vin du Rhin, de muscat, de vin blanc de France, de vin de Canarie, d'Alicante et de Malvoisie ; douze cruches du meilleur hydromel de cerise et d'autres de la première qualité ; cinq seaux d'hydromel de groseille , de genièvre, de Heurs de cerisier à grappes , etc. ; soixante-cinq seaux d'hydromel de framboise; de celui que buvaient les Boyards et les Princes. En fait de vivres, on livrait huit plats de cygnes , huit de cigognes avec des légumes, quelques coqs au gingembre , des poules dé-
sossécs, des coqs de bruyère ansaffran, desg{'linoUcs aux prunes, des canards aux concombres, des oies au riz, des lièvres au vermicel et aux navets, des cervelles de daim, etc.; des soupes de saiïran, blanches el noires , de citrons et de concombres , du pain blanc , des paies avec de la viande, du fromage et du sucre ; des crêpes, des gâteaux, des blancs-manger, de la crème, des noisettes, etc. Les Tsars voulaient étonner les étrangers par une telle abondance, et ils y parvenaient.
,, ., v, • On retrouvait, également l'ancien luxe de rhospitalité des Slaves, dans les maisons des particuliers à Moscou; il n'y avait point d'hôtes avares pour leurs convives; aussi le reproche d'ingratitude, le plus offensant étaitil : « tu as oublié mon pain et mon sel «. Ces copieux repas, les longues méridiennes et le peu d'exercice que faisaient les gens de distinction et les riches, produisaient en eux cet embonpoint qui passait alors pour une qualité : être un homme fort et puissant signifiait avoir des droits au respect ; mais cet embonpoint ne les empêchait pas de vivre jusqu'à
Longéviié. quatre-vingts, cent el cent vingt ans. 11 n'y
avait que la Cour et les grands qui <:onsullassent les médecins élrangers(254).Fédor en avait ^i^^^J^'^'os. deux, Marc l\idley, envoyé par la reine d'Angleterre en i594i ^t Paul, citoyen de ]Slilan. Le premier passa cinq ans à Moscou et retourna à Londres. Pour le second, Henri IV écrivit à Fédor en ijqd, lui demandant de vouloir bien le laisser partir, pour passer sa vieillesse à Paris, auprès de ses parens. Cette lettre amicale du plus illustre Monarque de la France , est le seul monument qui se soit conservé chez nous de ses relations avec la Ptussie, à la iin du seizième siècle. Pour remplacer Piidley, Elisabeth envoya à Boris le docteur Willis. Il fut examiné par le secrétaire de TEmpire Yassili Stchelkaloff , qui lui demanda s'il avait apporté avec lui des livres et des médicamens ; quels principes il suivait et si c'élait sur le pouls qu'il jugeait les maladies ousur Tétaldes humeurs dans le corps ? ^yillis réponditqu'il avait jeté tous ses livres à Lubeck et avait continué sa roule pour se rendre chez nous sous le nom dun marchand, parce qu'il savait, combien en Allemagne et dans les autres pays, on favorisait peu les médecins qui se rendaient
VU Russie ; il ajouta que le meilleur livre était dans sa tèle ; que les médicamens étaient pn*parés par des apolliicaires et non par les Docteurs; que le pouls et Télat des humeurs étaient également imporlans pour un observateur habile. Ces réponses ne parurent pas assez satisfaisantes à Slchelkalolf, et Ton ne chercha pas à retenir Willis à Moscou.
En iGoo, Boris lit venir d'Allemagne six médecins ; il donnait à chacun deux cents roubles de traitement, outre un domaine , le service, la table et réf[U i[)age ; il leur délivrait aussi des patentes de Docteurs. Celte singulière idée lui fut inspirée par Lée, Ambassadeur d'Elisabeth, qui ledétermina adonner le titre de Docteur, au chirurgien Reillinger, arrivé avec lui pour servir le Tsar.
iSous avions alors plusieurs apothicaires; Vun d'eux nommé Frenchham, anglais de nation et qui avait déjà résidé chez nous , sous le rè"^ne d'ivan , revint de Londres sous celui de Godounoff et rapporta avec lui une riche collection de plantes et de minéraux propres à la iTiédecine; un autre, Arend-Klausend , ïlol- Mjaicim.ns. landais, passa quarante ans à Moscou ; mais
les Russes, excepté les nobles, n'avaient point de eonfiance dans les remèdes. Les gens du commun se servaient ordinairement d'eau-devie dans laijuelle iîsmettaienl de la poudre à canon, de l'oignon et de Tail piles, après quoiilsemployaient les bains. Ils ne pouvaient soulfrir le musc ni les pilulles ; quant aux lavemens ils en avaient une telle répugnance qu'on ne put jamais la vaincre , même dans les cas les plus désespérés. Celui qui, après DiffcieDs avoir ele malade a toute extrémité et avoir reçu l'Extréme-Onction, relevait d'une grande maladie, portait jusqu'à sa mort un vêtement noir pareil à celui des moines. On prétend que sa femme pouvait se remarier. Les morts étaient enterrés avant l'expiration des vingtquatre heures. Les riches étaient pleures dans leurs maisons et sur leurs tombes par une quantilé de femmes qu'un louait à cet effet , et qui chantaient en san2:lotant : <( Etait-ce à toi » de quitter ce monde? Ne possédais-tu pas » la faveur du Tsar? N'avais-tu pas des ri- » chesses et des honneurs, une épouse tendre » et d'aimables enfans ?.... etc. ». Les quarante jours de deuil se terminaient par un fvsliii Tome X. 24
Moits
dans la maison du défunt ; et la veuve pouvait, sans manquer aux bienséances, prendre un autre époux au bout de six semaines. Fielclier assure que , pendant l'hiver , on n'enterrait pas les morts à Moscou, maisciu'on transportait les cadavres hors de la ville dans la Afijic des Maison de Dieu (hospice) , et on les y laissait jusqu'au printemps, ^lorsque la terre se dégelait et qu'on pouvait sans peine creuser des fosses (255).
« Les Piusses, dilMargere , conservent en- » core beaucoup de leurs anciens usages, mais » ils commencent déjà à en prendre de nou- » veaux , depuis qu'ils voient chez eux des » étrangers. 11 n'y a pas plus de vingt à trente » ans que, dans leurs contestations, ils se »> disaient sans détour, le serviteur an Boyard » » celui-ci au Tsar, et même à Ivan-le-Terrihle : « Ton raisonnement est fauœ , lu inenis. Main- » tenant ils sont moins grossiers et commen- » cent à connaître la politesse; mais ils ont » d'autres idées que nous sur le point dhon- » neiir. Par exemple, ils ne permettent pas » le duel et marchent (oujours sans armes ; » en temps de paix ils n'en portent que dans
r- leurs voyages. Eu cas d'oiTcnso personnelle » ils s'aclressenl loujours aux Irihunaux, Le » coupable est puni de verges en présence de » roilensé el du juge , ou par une amende eu » argent , qui est fixée en raison des appoin- » temens de raccusalenr: celui quia delà » Couronne quinze roubles par an , reçoit » une îUTiende de quinze roubles , et sa femme ) le double, parce que rolTense du mari rc- » jaillit sur elle. Pour une insulte grave on » donne le knout sur les places, on met en )> prison et on exile. La justice n'est jamais » aussi sévère que dans les cas d'une offense » personnelle, ou celui d'une calomnie avé- » rée. Le duel est un crime capital en Kussie , « même pour les étrangers ».
Los femmes, comme chez les anciens Grecs, ou chez les peuples d'Orient, avaient des appnriemens séparés, et ne se montraient qu'aux pkjs proches parens et amis. Les dames de Fe^,uf,',"I"^ "^^ distinction allaient l'hiver en traîneau et l'été en charriot; et quand elles suivaient la Tsarine , lorsque celle-ci sortait pour aller prier ou se promener, elles mf)ntaient à cheval avec des chapeaux blancs de feutre, garnis de
3^2 HISTOIKE
talîelas couleur de L'hair, <l<!rul)ans, de boutons Cil or, et de gros glands pendans jusqu'aux épaules ;^256). Dans leurs maisons, elles portaient sur la tète un petit bonnet de lalfeias ordinairement de couleur rouge avec un bandeau blanc el en soie par-dessus ; pour sortir elles mettaient un grand bonnet de drap d'or orné de perles; celles ([ui n'étaient pas mariées ou qui n'avaient pas encore d'enfans , étaient distinguées par des bonnets en renard noir; elles portaient aussi des boucles d'oreille en or avec des émeraudes et des saphirs , des colliers de perles , un habit long et large de drap rouge, avec des manches pendantes, boutonnées par douze boutons d'or, surmontées d'un collet de zibeline, tombant jusqu'à la moitié du dos. Sous cet habit elles en mettaient un autre en soie, qu'on appelait Xé'/w/c, avec des manches dans lesquelles elles passaient leurs bras, et qui étaient garnies en drap d'or jusqu'au coude ; au-dtssous du Lc/.fiikse trouvait une férèse bouloniiée jusqu'en bas ; les dames mettaient encore à leurs bras des bracelets larges de deux doigts, en pierres précieuses ; elles portaient des bottines de
inarocuiin jaune et bleu, brodées en perles; CCS bollincs avaient de grands talons. Toutes les icmmes , jeunes et vieilles , se fardaient et regardaient comme une honte de ne pas se peindre la figure.
Parmi les divertissemens de cette époque , Divciiissc-
m«'ns.
voici la description que Ton lait d'un combat d'ours , plaisir favori de Fédor ('^.^7). « Les chasseurs du Tsar, tels que les gladia- » teurs Romains , affrontent la mort pour » amuser le Souverain par leur art dangc- » reux. 0,n tient ordinairement en cages des » ours sauvages pris dans des filets ou dans des » fosses. Au jour et à l'heure fixée , la Cour et >> une foule immense se rassemblent devant » le théâtre où doit se livrer le combat; cette » place est entourée par un large fossé , pour » la sûreté des spectateurs , et a-'in que , ni l'a- >' nimal , ni le chasseur ne puissent échapper » l'un à l'autre. C'est là que parait Tinlré- » pide combattant, armé seulement d'une pi- » que, et qu'on lâche l'ours, qui , dès qu'il >> l'aperçoit, se redresse sur les pal tes de der- » rière , rugit , et, la gueule ouverte, se pré- » cipite sur lui. Le chasseur reste immobile ,
» regarde , \ise , et d'un coup porté de toutes » ses forces, il enfonce sa pique dans le corps )» de l'animal, et cherche avec son pied à en » appuyer Tautre hout contre terre. L'ours , » irrité , blessé, s'enferre de plus en plus; il « arrose la pi((ue de sang et d'écume ; cherche « à la briser, à en ronger le bois, et ne pou- » vanl y parvenir, il tombe, il expire en » poussant un dernier rugissement étouffé. ^) Le peuple , qui , jusqu'à cet instant, a gardé :» le plus profond silence, fait alors retentir 3' la place du bruit de ses acclamations, et l'on » mène le vainqueur en triomphe dans les » caves de la Cour, pour boire à la santé du » Souverain. Celui-ci se trouve heureux de » cette seule récompense , et peut-être un peu » plus d'avoir échappé à la fureur de Tours , » qui , en cas de maladresse ou de défaut de » forces du combattant, prendrait une cruelle » revanche, en mettant d'abord la pique en » pièces , et en le déchirant lui-même , en un « instant, avec ses dents et ses griffes ». Tains. Fletchcr , en parlant de la passion des habi-
tans de Moscou pour les bains, s'étonne surtout de leur insensibilité au chaud et au froid.
« Par les gelées les plus rigoureuses , dit-il, » on les voit sortir du bain, nus et rouges » comme du feu, et se précipiter dans des » trous pratiqués sous la glaee ».
Les Piusses irétaient point Ilattés dans le Vices. portrait que cet observateur faisait de leur moralité. Admetlant, comme tout écrivain poli , des exceptions, il reprocbait aux Moscovites d'être menteurs, et, par conséquent , dune méliance sans bornes les uns envers les autres. Il s'exprime ainsi : «■ Les Moscovites >> ne croient pas à la parole des autres, parce » que personne ne croit à la leur ». Lesvols , d'après lui , étaient très-fréquens à cause de la quantité de vagabons et de mendians , (pii , en demandant Taumône , disaient à chaque passant : « Fais-moi la charité, ou tue-moi »! Le jour ils imploraient la pitié , et la nuit ils volaient ou dérobaient, au point que, lorsque les soiréesétaient obscures, les gens prudens ne qu ittaient pas leurs maisons. Fletcher, serviteur dévoué d'Elisabeth, ennemi de l'Eglise d'occident , et condamnant également dans la nôtre tout ce qui avait quebjue rapport avec les réglemens de l'Eglise latine, fait une peinture des
ô-b HISTOIRE
mœurs monastiques, qui a tout le caractère du Piéié. (Icuigrement. Il avoue cependant qu'il y avait en Russie une véritable piélé. Soit pour plaire à la disposition générale des esprits, soit pour calmer les remords dont sa conscience était déchirée, Godounoff afiectait une grande dévotion. En i588, n'ayant qu'un seul lils en bas âge , il le porta , malade , pendant l'hiver , sans la moindre précaution et sans écouter les Mort ji, pie- médecins, dans l'église de Saint Basile : l'en-
micr tils de ' n
^°r^- . , faut mourut (258). Il y avait alors à Moscou
luspues. \ / j
un inspiré qu'on respectait à cause de sa sainteté réelle ou feinte. Il marchait dans les rues, avec les cheveux tlottans , et nu , par les gelées les plus fortes; il prédisait des calamités et disait publiquement du mal de Boris , qui n'osa cependant sévir contre lui , craignant peut-être le peuple, ou ajoutant foi à la sainteté de cet homme. De semblables ùupirés ou bienheureux paraissaient souvent dans la Capitale ; ils portaient des chaînes ou des cilices, et avaient le droit de reprocher à chacun la vie licencieuse qu'il menait , et même aux gens les plus distingués ; ils pouvaient également prendre sans payer, dans les boutiques , tout ce
qui leur convenait; les niarcliands les en remerciaient comme crune i^rande faveur qu'ils leur accordaient. On assure (|ue Saint Basile de Moscou, contemporain d'[van , parlait avec une hardiesse étonnante de ses cruautés.
Les Etrangers, en reproclianl aux Russes Toi.Vancf. leurs superstitions, donnaient cependant des éloges cà leur tolérance. Elle existait chez nous depuis le siècle d'Oleg , phénomène étonnant dans notre ancienne histoire; on ne sait par quoi Texpliquer; serait-ce par défaut de lumières ? ou par une véritahle connaissance de Tesprit de la religion Chrétienne ? Quoique sur ce point important, les savans et les meilleurs logiciens du temps, eussent peine à s'accorder entre eux. Serait-ce par indifférence sur les divers dogmes? Ce qui n'est pas trèsprésumable, chez une nation très-religieuse ; mais ne serait-ce pas plutôt par une sage prévoyance de nos Princes gueriiers, ([ui pour maintenir leurs conquêtes , auraient voulu réunir différens peuples entre eux , par une entière liberté de conscience, et les enchaîner parla tolérance;? Cette opinion semblerait la
^"^'7^ iiiSToir.E
plus vraisemblable. Noirnricrons-iious donc celle loléraiice une vertu polilique? Dans lous les cas, elle fut d'un très-^^rand avantage; pour la Russie, en favorisanl non-seulement Tesprit de conquête, mais aussi les progrès de la civilisation pour lesquels nous avions besoin d'attirer ebez nous des étrangers qui pussent coopérer à celle grande œuvre.
Union en
Liii.ua. .i(. Pour notre bonbeur, les vrais ennemis de
la Piussie ne suivaient point son sage système : ebez nous, les Maboméians, les Idolâtres ador.jient Dieu comme ils l'entendaient ; et , en Lîtiiuanie, on forçait les Cbrétiens de l'Eglise d'Orient, à devenir papistes. Nous parlons du tommenceiTient de iunion^ du temps de Sigismond : événement important par ses conséquences politiques et (|ue ses auteurs ne pouvaient ni désirer, ni prévoir.
Le Clergé de Lilbuanie, ayant rejeté le décret du concile de Florence (209), reconnaissait de nouveau, le Patriarcbe de Constanlinople, pour cbef de son Eglise. Le Patriarcbe Jérémie, à son retour de Moscou, passa par Kief ; ily destituale Métropolitain Onicépbor,
comme I)lp;ame, et consacra à sa f)]ac<' jNIichel IVaj^osa ; il y )ii«,^ea les Evcqucs cl punit les arcliinian(iritvs indi^çnes (260). Celle sévérité produisit un grand méconlenlement.D'aulrcs causes agissaient en même temps , telles que les efforts du Pape et la volonté du lloi , les séductions et les menaces. Dès i58i, le rusé jésuite Antoine Poissevin , trompé par Ivan non moins tin que lui, écrivit, des bords de la Chelona, à Grégoire XIII, que , pour facililer la conversion des hérétiques .Moscovites, il fallait auparavant éclairer de la vraie lumière, -Kief, berceau de leur religion (261). 11 rengageait à se mettre en rapport avec le Métropolitain et lesévéques de Lilhuanie ; à envoyer auprès d'eux un homme instruit et sage qui , par la conviction et les caresses , put préparer le triomphe de TEglise latine dans le pays de l'hérésie. Antoine écrivait et agissait en même temps. Il inspira à P»alhori l'idée d'établir un collège de jésuites à Yilna, })Our y élever de pauvres jeunes gens de la religion Grecque dans les préceptes de celle de Piome. Il s'occupait de la traduction, en langue Paisse, des
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principaux livres de la religion Latine. Il prêchait lui-même avec un zèle qui ent raina beaucoup de genlilshommes Lithuaniens. Ceux-ci commencèrent à parler de la réunion des deux Eglises, et à favoriser celle d'Occident, écoutant moins en cela leur conscience que des intérêts mondains ; car nos coréli^ionnaires en Litliuanie, sans qu'on eut égard à ]vurs droits et à leurs libertés confirmés par les Lois et les Diètes, étaient obligés, partout et toujours , de céder le pas aux catholiques ; ils étaient même souvent opprimés*, ils se plaignaient, et n'obtenaient point de satisfaction. Il y avait de l'agitation dans les esprits , et même parmi les principaux dignitaires ecclésiastiques ; car le Pape et Sigismond III , suivant les conseils du jésuite Antoine , leur offraient, d'un côté , des avantages , des honneurs et des revenus nouveaux; et de l'autre , leur représentait l'abaissement de l'Egîiso de Byzance sous le joug Ottoman. Ils ne menaçaient point de violence et de persécution ; cependant, en louant le bonheur qui résultait de l'uniformité de la religion dans un Etat ,
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ils rappelaient les désagrémens qu'éprouva le Clergé eu Litliuanie , lorsqu'il rejeta le décret du Concile de Florence, l^e métropolitain Ragosa cachait encore sa trahison ; il se vantait (le son zèle pour l'orthodoxie, et il fit dire aux ambassadeurs de Moscou, qui traversaient les états de Sigismond pour se rendre en Autriche, qu'il n'osait les voir, étant en disgrâce, et persécuté pour sa fermeté dans les dogmes de l'Eglise d'orient, trahie et abandonnée par les faibles. 11 n'était soutenu , ajoutait-il , que par le voïévode de Novgorod , Seversky, qui déjà, lui-même, était réduit au silence par la ])eur. Le Pape exigeait absolument du Roi et des grands, la n'îunion des éparchies de Lithuanie à l'Eglise romaine, et voulait donner la métropole de Kief, à un de ses Evèques ; quant à lui, métropolitain Ragosa, il se voyait forcé inévilablement à abdiquer son titre et à se renfermer dans un couvent C262). Les Ambassadeurs lui conseillèrent d'être inébranlable au milieu de la tempête , et de souffrir plutôt la mort que d'abandonner son troupeau a la merci des loups dc'çorans de la coniniuiiioît,
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Latine. Michel , aussi rusé que cupide , voulut encore , pour la dernière lois, avoir de notre or, et prit quelques ducats à titre d'arrhes, car les Tsars distribuaient des aumônes au Clerj^é de l>itiiuanie, et avec intention. Us voulaient par là entretenir dans le peuple Famour pour leurs coreligionnaires. (>e fut dans la même année , i595 , que ce fourbe , ayant appelé à Kief tous les Evêques, les détermina à chercher la paix et la sécurité dans le sein de l'Eglise d'occident. Il n'y eut cjue deux évéques, Gédéoii Balaban de Lemberg, et Micliel de Pérémichle , qui se montrèrent opposans; mais on ne les écoula pas, et, à la grande satisfaction du Roi, on envoya à Rome lis prél.iîs Ipate de Yladimir et (>yrile de Loutsk, (ji;i, en plein Vatican , baisèrent solennellement le pied de Clément Mil , et lui livrèrent leur Eglise.
Cet événement remplit de joie le Pape et les Cardinaux. On loua Dieu et on honora les Anibassadew^s du Clergé de Russie , titre qu'on donnait aux évéques de Yladimir et de Loutsk, pour relever le triomphe de Rome. On leur
assigna un palais niagniiiqne , of lorsque, après beaucoup de discussions, toutes les diUiculles furent a]>{)lanies, lorsque les Amlx'.ssadenrs eurer.l fait le serinent d'observer iidèiement les réglemens du Concile de Florence, et curent reconnu la Procession du Saint-Esprit du Père et du Fils , Texistence du Purj^atoire , la suprématie de l'évèque de Home, mais en conservant leur ancien rite el la lani^ue Slave, alors le Pape ïes embrassa et leur donna sa bénédiction , et Sylve Anlonin , directeur de son Conseil , dit à haute voix : « Eniin , après » cent cinquante ans , écoulés depuis le Con- » cile de Florence, vous revenez , vous évéj> ques de llussie , à ia pierre fondamentale » de la reli}^ion sur laquelle Jésus-Christ fon- » da son Eglise ; à la sainte Montagne où TÉ- » ternel habita ; à la mère et à l'institutrice de « toutes les églises ; à la seule véritable , en un » mot, à l'Eglise catholique-romaine »! On chanta des Te Deum , et , pour en conserver le souvenir dans les siècles futurs, on inscrivit dans les annales de TEglise la relation du nouveau jour qui luisait dans les couirc'es sepien-
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ir'ionales. On grava sur du bronze l'image de Clémcut Ylll et un Piusse proslerné devant son trône , avec celte légende latine : Ruiheiùs receplis (269). Cependant celte joe ne lut pas de longue durée. Première nient ^ les évèques Lithuaniens, en trahissant l'orthodoxie, espéraient , d'après les promesses de Clément, siéger au Sénat à l'égal du Clergé romain ; mais ils furent trompés dans leurs espérances. Le. Pape ne put leur tenir parole à cause de la forte opposition des prélats Polonais qui ne voulurent point être traités dVgal à égal avec \Qsiinls. Secomhrncni^ non seulement Gédéon, l'évêque de Lemberg et d'autres dignitaires ecclésiastiques, mais même plusieurs seigneurs laïques, nos coreligionnaires , s'opposèrent à l union ^ principalement le prince Constantin Osirojsky , voïévode de Kief , à qui , ses richesses elles séntimens élevés de son àme , donnaient une grande considération. Ondisait et l'on écrivait que cette prétendue réunion des deux Eglises n'était qu'une supercherie ; (jue le Métropolitain et ses confrères avaient entièrement adopté la religion Latine , ne
conservant que pour la forme les rites de l'Eglise grecque. Le peuple sV.gilait, les temples devenaient déserts. Afin de calmer ces troubles par Tacte solennel d'un Concile, tous les prélats se réunirent à Brest où assistèrent aussi tous les grands du Pioyaume et les ambassadeurs de Clément VIII et du patriarche de Byzance. Mais, au lieu d'obtenir la paix, on ne lit qu'irriter les haines. Le Concile se partagea en deux partis dont l'un anathématisa l'autre ; et , depuis cette époque, il existe deux Eglises en Lithuanie, celle des unis ^ et l'ancienne Eglise Orthodoxe. La première fut sous la dépendance de Rome, et la seconde, sous celle de Gonstantinople. Celle >de /w7?/o/2, sous la protection spéciale des Rois et des Diètes, se renforçait et opprimait l'orthodoxe, dans son état déplorable d'abandon ; et , j)endant long-temps les gémissemens de nos frères coreligionnaires se perdaient dans les airs, ne trouvant , ni pitié, ni justice dans le pouvoir suprême. C'est ainsi que , dans la Diète même, un de ces chrétiens zélés de la confession Grecque (264), osadireauroiSigismond: