‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 5)Chapitre 1 sur 20 · Tome VIIL · texte numérisé non relu

Tome VIIL

Fuite de Tennemi. — Troubles occasîonës paf les boyards. — Le métropolitain emprisonné. — Le prince Jean Schoulsky reprend le pouvoir. — Consécration de Macaire. — - Trêve avec la Lithuanie. — Incursions' des Tauriens et des Nogaïs. — Affaires^de Kazan. — Rela«tions avec Astrakhan et la Moldavie. — Changement dans le gouvernement. — Violences des Schouisky. — L'éducation de Jean est négligée. -—Conspiration contre les principaux dignitaires. — Pouvoir des Glinsky. — Sévérité du gouvernement. — Rapports de bonne intelligence avec la Lithuanie. — Guerre contre Kazan. — Fuite de Schig-Alei, tzar de Kazan. — Campagne ver» l'embouchure de la Sviaga. — Voyage du grand prince et mécontentement de la nation.

i538. Après la mort d'Hélène , l'incertitude qui oc- Diort <ic cupait tous les esprits dura plusieurs jours ^ sans que rien troublât la tranquillité publique : le peuplQ attendait révénement^ tandis que les seigneurs ambitieux intriguaient et se consultaient entre eux. La régente avait jusque là tenu les rênes d\i gouvernement , et remplacé le grand prince ; mais sa perte laissait le champ libre à l'aristocratie y et l'extrême jeunesse de Jean (a) devait favoriser , parmi les boyards , l'espoir d'une autorité sans bornes: Les grands de l'Etat^ qui osaient aspirer à la souveraine puissance^ étaient peu nombreux. ][jes autres se

(a) Ce prince n'avait que sept ans.

préparaient à entrer dans celui des partis dont les projets s'accorderaient mieux avec leurs vues personnelles. Le coup qui venait d'accabler Telennef ne l'avait pas jeté dans un stérile découragement ; parent et ami d'Agrippine Tchelad*^ nin f gouvernante de Jean , il conservait Tespoir de captiver Tamitié du grand prince y et constamment auprès de sa personne , il employait tout pour se rendre agréable. Il comptait aussi sur les anciens amis de sa fortune^ sans penser que le changement des circonstances avait dû les lui enlever presque tous ^ ou refroidir leur zèle. Cependant la mort d'Hélène, qui , au jugement de Topinion publique , ne pouvait être naturelle , semblait annoncer une puissance occulte et formidable , et Ton attendait , pour reconnaître l'auteur du crime , l'apparition de celui qui songerait à en profiter. Les soupçons , bien ou mal fondés, se fixèrent sur le vieux Vassili Schouisky , descendant des pfinces de Souzdal , chassés anciennement de leur pa«trimoine par le fils de-Dmitri Donskoï. Animés d'une haine violente contre les souverains moscovites qui les avaient dépouillés y ils entrèrent au service de Novgorod ; et , dans les derniers temps de la liberté de cette république , le prince Schouisky-Grebenka en était le principal voïé-

vode. Lorsque la puissance de la Russie fut déd^ nitivement triomphante et assurée , les membres de cette famille passèrent, les uns après les autres, au service moscovite , où ils s'illustrèrent. Le prince Vassili Schouisky occupait , du temps de Vassili ^ la première place dans le conseil , et comme il l'avait conservée pendant la régence d'Hélène , il avait de puissaus motite pour détester le favori, qui lui cédait d'insignifians honneurs , tandis qu'il gouvernait exclusivement le conseil. Après s'être assuré du succès y en faisant entrer dans ses vues un grand nombre de boyards et de dignitaires de l'empire , ce prince, avide de pouvoir, osa, par un acte à la fois arbitraire et cruel, se déclarer chef du gouvernement. Le septième jour après la mort d'Hélène , il ordonna l'arrestation des personnes les plus chères à Jean ; et sans avoir égard aux larmes, aux cris du jeune souverain , livré sans défenseurs à son injuste pouvoir , il le fit séparer d' Agrippine sa gouvernante. QuantàTelennef , il fut chargé de chaînes et jeté dans un cachot obscur. Ce ne fut point l'équitable justice qui fixa le sort de ce favori , naguère entouré de princes et de boyards atten- , tifs à ses moindres commandemens. La passion seule dicta l'arrêt qui ordonnait son supplice. On le laissa mourir de faim ! .... Il est vrai que^

Glinsky et les oncles du grand prince avaient été <^^traités de la même manière par les ordres d'Hélène y et peut-être de Telennef ; mais un crime ne peut jamais en justifier un autre y et c'est avec raison que les annalistes blâment cette vengeance particulière, dictée par l'envie qu'inspirait le favori d'Hélène , dont les prétentions tendaient à devenir également celui de son fils. Telennef possédait 4in esprit vif, beaucoup d'activité , de nobles sentimens ; il savait quitter la cour pour voler au champ de bataille , et non content de l'éclat emprunté qui résulte de la faveur, il cherchait à acquérir , par de hauts faits , cette véritable gloire y cette illustration personnelle que les grâces des souverains ne sauraient procurer. Sa sœur Agrippine y reléguée dans un mo-< nastère de Kargopol , fut obligée d'y prendre le voile. Le conseil y Tempire et le grand prince lui-même , durent plier sous le pouvoir usurpé raincSTX de Schouisky et de son frère Jean , qui occupait Sçhâoîsaussi une des premières places dans le conseil. . ^^* Comme Dmitri Belzky , allié du grand prince y pouvait seul rivaliser d'ancienneté avec eux , ils recherchèrent l'amitié de ce boyard , dont le frère , Jean Belzky , languissait dans les fers ,. ainsi qu'André Schouisky. Tous les deux furent mis en liberté d'une manière honorable et pro-

thirgîs- clames innoccns. On réintégra le premier dans

ment de ... . ..

semen

Jean Beh- la place qu'ii avait occupée au conseil, l'autre fut

Schouis-

jçy et

d*Andrë promu à la dignité de boyard. Le prince Vassîli ky. Schouîsky était veuf; il avaifplus de cinquante

ans : mais aveuglé par l'orgueil , il résolut de s'allier à la maison du grand prince , afin de s'affermir dans ce haut degré d'élévation qui ne le cédait qu'au trône. En conséquence il épousa Anastasie , fille de Pierre , tzarévilch de Kazan , et parente de Jean. Cependant ce boyard ambitieux ne jouit que six mois du pouvoir qu'il s'était attribué. Jean Belzly , dont il avait brisé les fers, vint en troubler l'exercice, après s'être ligué contre lui avec le métropolitain Daniel , rintendant Michel Toutchkof et plusiéurs'autres dignitaires. Schouisky fut transporté de colère à la nouvelle que, sans l'en prévenir , Belzky avait osé s'adresser directement au jeune souverain , afin d'en obtenir pour Youri Boulgakof-Golitza, la promotion au titre de boyard , eX une charge éminente pour le fils de l'illustre Khabar- Simsky (i). Les injures que l'on se prodigua mutuellement en cette occasion , ne servirent qu'à eovenimer les haines. Schouisky accusait Belzky d'une noire ingratitude et d'artifices odieux; celui-ci lui reprochait l'usurpation du pouvoir et la tyrannie qu'il exerçait. Mais enfin le premier

donna des preivres de sa formidable puissance. i538. Son ennemi fut arrête de nouveau , et ses con- ,io?j*""J seillers bannis de la capitale. Fédor Michourine, nouyeUmle principal d'entre eu* , vétéran couvert de *'^*n"°5c nobles cicatrices , eut la tête tranchée devant la J^*"* ^|**" prison de la ville. Ces actes de rigueur furent exercés , non pas comme émanant de Tautorité du grand prince y mak au nom de Schouisky et de ses partisans ^ ce qui était contraire à toutes les lois y et prouvait en même temps la plus téméraire audace. Une chose digne de remarque , c'est que Dmitri , l'aîné des Belzky , échappa cette fois encore au sort funeste de son frère , faveur qu'il dut sans, doute à sa pru^ dence et à la douceur de son caractère.

Le prince Schouisky se considérait déj à comme Mon de souverain de la Russie , lorsque y tout à coup , on Schoaû • on apprit sa maladie et sa mort. Elle pouvait être naturelle ; cependant cet événement ouvrit un vaste champ à toutes sortes de doutes et de suppositions. Dans tons les cas , ce trépas subit y irrévocable preuve de la fragilité des grandeurs , fut une insuffisante leçon pour les boyards moscovites. Bientôt le prince Jean Schouisky devint leur chef; et il se vit à peine investi du souverain pouvoir, qu'il s'occupa du soin de tirer vengeance des ennemis de sa maison ; et d'exécuter

1539, ainsi ce que peut-être le défunt n'avait eu ni la

hardiesse ^ ni le temps d'entreprendre. Le mé-^

tropolitain Daniel ^ qui s'était ligué avec Jean

Belzky pour renverser la puissance des Scbouisky^

ne put lui-même , malgré la sainteté de ses fonc-*

tions et les ressources de son esprit , se soustraire

\^T^^' *^ ^^^ ^^ ^^^ è\aci\. réservé. Déchu de sa dignité

îiiai!!r^Dâ P^^ ^^ oukase des boyards , il fut relégué da^ns

n'«^- un monastère^ où il eut le temps, d'expier , par

les austérités du jeûne , ses erreurs mondaines.

Kempiacë U fut remplacé ps^r Jojsepl^ Sk^ipizin ^ abbé àxx,

par Skri^ . , ,

piïin. couvent de la Trinité.

Agité par les troubles que l'esprit de dominât tiojn des boya,rds fs^isait naître dans son sein , le gouvernement ne pouvait avoir ni l'unité, de force j ni la fermeté et la vigilance propres à ' maintenir le bon ordiee dans l'Ëtat . et à faire marcher y d'une manière convenable , les affaires

Caractère, de là poUtiquc cxtérieui^e. Jean Schquisky y chef

dn prince iii* !•• /

Jean des boyards y ignorant en poUtique % peu porte

fcJchouisky , v« . i» ^ / i- -

rtdépréda. au w^v^y cnclm a un amour-propre révoltant^

lions des cû •». ^ J 'x'x ■.

pioTînces. ne souffrait aucune espèce de compétiteur j et ne voulait quQ deç gens prêts à l'aider. Il çomt mandait en despote au conseil ;'se comportait au palais comme s'il en eut été Iç maitre ^ et affectai^ des airs de grandeur ^ poussés jusques à l'impu-^ 46nç€? Jamais on ne le vit dans une attitude

respectueuse yis-à-yis du jeune souverain-: il s'as* seyait dans la chambre de Jean y négligemment appuyé sur le lit , et les pieds étendus sur des fauteuils; en un mot^ il manifestait^ en toutes circonstances , le ridicule orgueil d'un valet devenu maitre. Sa sordide avarice excitait aussi de vifs reproches. On fissure qu'il puisait à pleines mains dans le tr&or de l'Etat ; et qu'avec cet or mal acquis^ il fit fabriquer un grand nombre de vases précieux y sur lesquels était gra\é son nom. Ce qu'il y a de certain^ c'est que ses pàrens , ses partisans et ses favoris ne mettaient point de bornes à leurs exactions dans les provinces où ils occupaient des emplois publics et des places lucratives. C'est ainsi que le boyard André Schouisky et le prince Vassili Repnin- Obolensky, étant gouverneurs de Pskof, sy comportèrent , suivant l'expression des contemporains ^ comme des lions féroces. Ils ne se contentaient pas d'accabler les agriculteurs et les citoyens d'impôts arbitraires^ ils supposaient des crimes, encourageaient les fausses dénonciations , et donnaient à leurs arrêts un effet ré-troactif ; ils exigeaient des présens des personnes riches , et de la part des pauvres un travail gratuit. L'asile sacré des monastères ne fut pas même épargné ^ et c'était avec la farouche avi-

e^Ltcrienrs.

lO HISTOIRE

1539. dite des Mogols, qu'ils j recherchaient quelque butin • Les habitans des environs de la ville craignaient d'entrer dans Pskof^ qui n'était plus à leurs yeux qu'une caverne de brigands. Enfin ^ une partie de la population ayant abandonné incàr- ce Hialheureux pays j les marchés et les monas-

sions des •

ennemis tèrcs devinrent déserts. A tous'^ces maux , produits par l'injustice et la violence y venaient se joindre encore les dévastations fréquentes des ennemis extérieurs. Ainsi qu'à des victimes méprisées des infidèles , le Lhan de Crimée dictait des lois aux Russes , et le tsar 4^ Kazan les trompait en pillant leurs provinces. Le premier ayant fait arrêter un officier du grand prince envoyé à l'hospodar de Moldavie ^ écrivait aiâsi à Jean : «J'ai agi comme tu Tas fait en plu-. » sieurs circonstances. Vassili et Hélène , n'ayant » aucune idée dit droit des gens ^ ont fait ar* » réteret massacrer inhumainement mes am- » bassadeurs^ en route pour liazan; ainsi j'ai de » mon coté te droit de mettre obstacle à tes I) communications avec mon ennemi ^ l'hospodar » de Moldavie. Puisque tu parais désirer des M témoignages d'amitié , pourquoi donc te con* » duire ainsi ? Apprends que cent mille guen^ers » sont à ma disposition; et^ en supposant que » chacun d'eux ne ferait qu'un seul prisonnier

» russe , la perte énorme qui en résultera pour ,539. » toi > ne tournera-t-elle pas à mon profit ? Je » ne sais pas dissimuler, parce que j'ai U senti- » ment de ma force, et je te préyiens , parce » que d'habitude j'exécute ce que j'annonce. Où }} veux-tu me voir? Est-ce à Moscou ou sur » rOka ? Songe que je n*y viendrai pas seul , » mais accompagné du grand Soliman , de celui » qui a subjugué l'univers d'orient en occident, » et que c'est moi qui lui indiquerai la route de » ta capitale. Mais toi , quel mal pourrais-tu me » faire ? Malgré la haine qui t'anime , tu ne met- » tras jamais le pied sur mes terres. » Jean III , Vassilî et Hélène , tout en faisant quelques concessions à l'avidité du khan , avaient su , par une noble fierté, le maintenir dans les justes bornes de la modération ; mais la souveraineté des Schouiskj se distingua particulièrement par la faiblesse et la servile pusillanimité de la politique moscovite.

Les boyards n'osèrent pas même répondre aux menaces de Sahib - Ghireï , et s'empressèrent de lui envoyer un ambassadeur distingué , chargé d'acheter la perfide alliance d'un barbare, par la promesse pl)sitive de ne point faire la guerre à Kazan. Mais ce tzar, en même temps qu'il donnait l'assurance de ses intentions pacifiques, exigeait qu'on lui fît parvenir des

présens annuels en témoignage de considération; C'est en vain qu'on attendît ses ambassadeurs à Moscou , on ne les vit point paraître ; et pendant deux années consécutives^ les Kaasanais com-^ mirent des horreurs sans nombre sur les terri-* toires de Nijni y Balakhna , Mourom , Metchera^ Gorokbofz , Vladimir y Choui, Yourief, Kostroma^ Galitch , Totma^ Oustioug, Vologda ,, Viatka et Ferme. Ils ne se présentaient que par bandes , brûlaient les villages , massacraient ou traînaient en captivité les malheureux habitans ; et ces dévastations furent poussées à tel point , qu'un annaliste compare les malheurs de ce temps aux incursions désastreuses de Bâti. Il s'exprime ainsi : « Telqu^un éclair ^ Bâti ne faisait qu^ap-- M paraître sur le territoire russes mais lés Ka^ » zanais ne quittaient pas nos frontières , et » versaient par torrens le sang des chrétiens^ » Ltes malheureux habitans sans défense étaient » réduits à se cacher dans les forêts ou au fond n des cavernes y et les lieux autrefois peuplés de - » villages ^ étaient couverts de broussailles. Au )) milieu des ruines des monastères en cendres^ » les infidèles vivaient ^ dormaient dans les » églises y buvant dans les vases sacrés j arra^ » chant les omemens des images pour les titans-' » former en pendons d^oreilles et en colliers

DE RUSSIE. l5

h dont ils paraient leurs femmes; ils glissaient 1539. )> des cendres chaudes mêlées à des charbons » ardens dans les bottes des religieux, et les for- » çaient y malgré la douleur , à danser devant M eux. Ils violaient les jeunes nonnes , crevaient » les yeux , coupaient le nez et les oreilles , » les mains et les pieds à ceux qu'ils n'entrai-- » naient pas en captivité; mais de toutes ces » choses y la plus horrible , c'est que beaucoup » de chrétiens adoptèrent leur croyance, et que » ces misérables renégats persécutaient les M fidèles avec autant d* acharnement que leurs Il féroces ennemis^ Ce que j'écris y je ne l'ai pas }} entendu dire, mais je l'ai vu dénies propres I) yeux y et je n'en perdrai jamais le fatal soU" » venir. » Que faisaient alors les boyards chargés du gouvernement? Ils se contentaient de se fiaire un mérite auprès du khan de la patience qu'ils manifestaient , déclarant que les Razanais déchiraient la Russie ^ au lieu de s'occuper des mesures vigoureuses , indispensables pour la défense de notre territoire . Tous leurs désirs avaient pour but une paix qu'ils ne pouvaient cependant obtenir; et ils reconnurent l'inutilité de l'alliance qu'ils venaient de conclure avec Sahib-fthircï ; car f à l'instant même où les. ambassadeurs du khan étaient à Moscou , son fils Ymin, a la tête

t4 HISTOIRE

1239. d'une troupe de Tatars, dévastait le district de

Kochir. On eut la faiblesse de recevoir, commci

valable exc^jse à ce sujet, la déclaration de Sahib^

qu'en cette circonstance Yaiin n'avait eu aucun

égard pour ses ordres , et qu'il agissait de son

propre mouvement.

Ambas- D'autres relations également relatives à la po-

îjonstand- ^^*^^^ extérieure , s'accordèrent mieux avec la

s?okhoim^ dignité de l'Etat. L^officîer Adamef fut envoyé k

Traite Constantinoplc « chargé de lettres amicales pour

avec la 11- JT ^ O r ^

«"«^"an ^^ sultan et le patriarche. Zamouitzki se rendit ^^akl^^ de Novgorod à Stockholm , et nos ambassadeurs han. Aia- furent accueilHs avec beaucoup de distinction

bassade ^

des No- dans l'une et l'autre de ces capitales. Les boyards confirmèrent le traité de commerce avec la ligue Anséatique^ et renouvelèrent aussi l'alliance avec Astrakhan y où Abdyl-Bakhman était remonté sur le trône. Les ambassadeurs nogaïs ne cessaient de venir a Moscou en nous offrant leurs services; ils demandaient seulement , comme une grâce ^ la liberté du commerce. La Lithuanie observait fidèlement la trêve, et n'inquiétait point la Russie. Le vieux Sigismond termina en paix le reste de sa carrière.

.. Cep^dant un changement inattendu s'opéra

dans le sein de l'aristocratie. Le prince Jean Schouisky croyait , par la disgrâce du métropo-

DE RUSSIE. l5

iitaîn Daniel • s'être acquis un ami dans la pet- Gonspira-

* , , * ^ tioneontre

sonne de son successeur ; mais il se trompait : Scbou»car Joseph , soit par amour pour la vertu , ou par ^è^ zèle pour la patrie j soit qu'il reconnût Schouisky >ty «on de incapable de gouverner , ou qu'il y fut pousse dcw«nt p^ d'autres motifs peut-être moins louables , osa plaider la cause de Jean Belzky auprès du jeune grand prince , et même devant le conseil. Ses démarches furent appuyées par plusieurs boyards , dont les uns en appelaient à la miséricorde du monairque 9 d'autres à sa justice. Il en résulta que Jean Belzky fut mis en liberté et réintégré dans la place qu'il occupait au conseil* Quant à Scbouisky , n'ayant pu parer le coup hardi que le métropolitain venait de lui porter, il jura , dans sa colère , de lui faire ressentir les effets, de sa Vengeance ; il refusa , dès ce moment, de prendre aucune part aux affaires , et ne se présenta plus au conseil , où le parti de Belzky, ayant obtenu la prééminence ». gouverna FEtat avec sagesse et modération. On vit cesser tous les genres de persécutions, et le gouvernement, pru^ dent , modéré , dirigea toutes ses vues vers Tiof térêt public. Les abus de la puissance furent réprimés. On déposa plusieurs gouverneurs dont l'adiministration était vicieuse ; et les Pskoviens , délivrés des violences du [u^inqQ André Sehoui$ky^

l6 HISTOIRE

i54o. rapjpeié à Moscou j obtîarent du conseil le même droit que celui qui avait été concédé à Novgorod par Vassili. Quant à l'exercice de la justice^ deô jurés choisis parmi les citoyens les plus recom-» mandables^ décidèrent des affaires criminelles qui n'étaient pas du ressort des gouverneurs ^ mesure qui froissait ces derniers ^ privés par là dès moyens de s'enrichir par des violences ou deiï déprédations. Les habitans de Pskof qui , enfin ^ commençaient à respirer ^ rendaient grâces à la bonté du grand prince ainsi qu'aux vertus des

Pardon boyards. Le gouvernement mérita bientôt de

•ccordé au ni /• • a *• j •

prince via- nouvçUes louangcs^ en taisant sortir de prison ^

dJéiëYhch" avec sa mère , le prince Vladimir Andréiévitch ^

mère. ^ cousin du grand prince ^ tous deux renfermés

par ordre d'Hélène. Rentrés dans leur propre

habitation > ils y vécurent pendant une année

dans la solitude ^ et furent^ après cetintervalle^

présentés à Jeaa à l'époque des fêles de Noël.

On les rétablit dans la possession des riches apa-*

nages d'André ^ en leur permettant d'avoir une

cour composée des boyards et des serviteurs de ce

Le sort prince. Mais pouvait-on considérer comme un

Dmitd'^^^ acte dé grâce le faible bienfait accordé à un

est adouci, autre parent du jeune grand prince ? Dmitri ^

petit-fils de Vassili-l' Aveugle , et fils^ d'André

d'Ouglitch y était encore au nombre des vivans ;

totalement oublié et prisonnier pendant quarante-neuf ans f il subit depuis sa tendre jeunes^ jusqu'à l'âge le plus avancé , toutes les horreurs d'une détention arbitraire et barbare. Chargé de chaînes > il était seul avec Dieu et son innocence ; jamais il n'avait offensé personne; jamais il n'avait enfreint les saintes lois de l'humanité ^ et son unique tort venait de sa naissance ; car il avait le malheur d'être neveu d'un autocrate auquel il importait de détruire en Russie le système des apanages ^ et qui ^ pour s'attribuer un pouvoir unique j ne ménageait pas même ses plus proches parens. Malgré ces considérations, le gouvernement ne put se résoudre à lui accorder grâce pleine et entière, et à rendre au monde celui qui , comme sorti de la tombe , lui aurait été entièrement étranger. 11 ordonna seulement de le délivrer du poids de ses fers , et de donner plus d'air, plus de clarté à sa prison. Sans doute ce fut alors que Dmitri , abattu par de longues souffrances , répandit les premières larmes d'attendrissement et de gratitude, en se trouvant débarrassé de ses chaînes, pouvant au moins jouir de la vue du soleil et d'un air plus pur. Il était détenu à Vologda, où il termina sa vie. Son frère, le prince Jean , mourut moine quelques années Tome VIII. 3

l8 HISTOIRE

ayant lui. Ils reposent tous deux dans une églîsô

de Vologda.

Le prince Jean Belzky , occupé d'adoucir le

sort des grands^ par des actes de clémence ,

n'oubliait pas son coupable frère Siméon ; il dé*

i54k ^ "" sirait le rendre à la vertu et à sa patrie , et le mé-

Simëon tropolitain Joseph entreprit dHntercéder en sa

pardonné, favcur. On employa toutes sortes d'argumens

propres k pallier sa criminelle conduite ; on mit

en ayant sa jeunesse, l'insoutenable tyrannie

d^Hélène , celle de son fayori, «te. Enfin le grand prince accorda son pardon , objet d'un éternel reproche à la mémoire du prince Jean Belzky ! Un traître , un transfuge^ qui n'ayait pas eu honte de susciter des ennemis à sa patrie , pouyait-il paraître h la cour ou au conseil ayec les honneurs , entouré des égards destinés à ceux qui , fidèles à l'Etat, s'étaient illustrés à son service ? Siméon ne profita point d'uqe grâce contraire aux lois de la justice et aux principes sur lesquels reposent les fondemens de la société. Le courrier qui lui fut expédié de Moscou ne le trouva plus en Tauride : le perfide était en campagne avec le khan , qui projetait la ruine de la Russie ; car . Sahib-Ghireï ne faisait ^es assurances d'amitié au grand prince , que dan^ le but de lui inspirer une fausse sécurité , et de pénétrer , par une ir-

DE R0SSIE. 19

ruption soudaine ^ jusque dans le cœur des pos<^ '^^/^^ sessions moscoTites. Mais le conseil , dirigé par Belzky^ en régularisant les affaires de l'intérieur , ne perdait pas de vue les mesures de sûreté que réclamaient les circonstances contre les entre*^ prises des ennemis du dehors.

Le khan , secrètement préparé à la guerre ^ engagea le tzar de Kazan à se réunir à lui contre la Russie. Heureusement pour nous qu'ils étaient dans l'impossibilité d'agir en même temps : le premier attendait la belle saison , afin de trouver d'abondans fourrages dans les stepps ^ et le second^ qui ne possédait qu'un petit nombre de bateaux de guerre , craignait de laisser derrière lui le Volga ^ où , en cas de fuite , son armée , poursuivie par les Russes , aurait été menacée de périr. Cependant Sahib^Ghireï, enhardi par l'iné- incnrMon puisable patience du gouvernement moscovite , Kazan. laissant derrière lui Nijni-Novgorod , s'avança *'%'^2 sans obstacle jusqu'à Mourom ; mais il ne put pénétrer plus loin , car les soldats et les habitaus combattaient avec le plus grand courage , sur les murailles ainsi que dans de fréquentes sorties.^ Le prince Dmitri Belzly , parti de Vladimir^ s'approchait en hâte ^ et le tzar Schig- Alei , à la tête de ses fidèles Tatars , venait de Kassimof y détruisant les détachemens ennemie

qui se trouvaient sur le territoire de Metchersk et dans les villages de Mourom. Safa-Ghireï ,

/ effrayé, s'enfuit avec une telle vitesse, 'que les Yoïévodes moscovites ne purent l'atteindre ; et cette campagne, dont le succès parut peu satisfaisant aux Kazanais , ne servit qu'à augmenter le nombre des mëcontens. Les princes de cette ville, et surtout Boulât, le plus considérable d'entre eux, étaient en correspondance avec Mos*

/ cou , et ils demandaient seulement que le grand prince leur envoyât son arinée , assurant qu'ils étaient prêts ou à tuer ou à liyrer entre nos mains Safa^Gbireï, qui dépouillait les grands et le peuple de leurs biens, pour faire passer des trésors en Tauride. Les boyards donnèrent aussitôt l'ordre de réunir à Vladimir les milices de dîxsept villes 5 sous les ordres du prince Jean^chouis-* ky , et répondirent amicalement à Boulât en lui faisant espérer des grâces et l'oubli du passé : toutefois, avant d'y envoyer une armée, ils attendirent de Kazan de plus amples informations.

,5^y^ Le khan de Crimée' ne laissait point encore

pénétrer ses intentions ultérieures. Le princ6 Alexandre Kachin, ambassadeur de Jean, était en Tauride, et celui du khan , nommé Tagaldi, se trouvait à Moscou ; mais les boyards se persuadèrent que le tzar de Kazan n'avait pu com«

mencer les hostilités sans être d'accord avec la Crimée , et ils ordonnèrent en conséquence de rassembler , à tout événement , une armée à Kolomna ; le jeune grand prince alla en personne en mspecter le camp. Ces mesures ne pouvaient da khan de

A. • f « M. 3 ' Grimée.

être prises plus a propos; car^ au retour du prmtemps , on apprit à Moscou , par quelques prisonniers qui s'étaient échappés de la Tauride , que le khan se portait contre la Russie à la tête de tQute la horde , n'ayant laissé dans le pays que les femmes , les enfans et les vieillards ; qu'il se trouvait aussi de la cavalerie turque dans son armée ^ ainsi que des bouches à feu ; que de nombreuses troupes de Nogaïs , des campemens d' Azof , d'Astrakhan et de Gaffa , s'étaient réunies à lui, et qu'enfin le prince Siméon Belzky s'était chargé de guider les ennemis dans leur marche. Le gouverneur de Poutivle, Fédor Pletchéief, eut ordre de s'assurer de la véracité de ce rapport ; et les gens envoyés par lui dans les stepps , y reconnurent les traces du passage d'une armée de cent mille hommes et au-delà. Alors le prince Dmitri Belzky , principal voïévode , se rendit à Kolomna et se mit aussitôt en campagne avec l'armée russe. Le prince Jean Schouisky resta cantonné à Vladimir avec le tzar Schig-Alei , et de nombreux escadrons de cavalerie légère, ar-

rivés de tous les points , se portaient sur Seras juillet, poukof, Kalouga^ Toula et Rézan. Nos hardis cclaireurs rencontrèrent enfin le khan aux enyi-i rons du Don , et reconnurent son armée y dont les innombrables files couvraient au loin les stepps. Sahib, déjà ende-çà du fleuve, s'appro* cha de Zaraïsk; mais il ne put s'emparer de cette forteresse , défendue par Nazar-Glébof , qui le repoussa avec une rare valeur.

Tandis que nos troupes occupaient les posi-^ tions de l'Oka , un spectacle des plus toucbans fixait l'attention des citoyens de la capitale : le jeune grand prince , âgé de dix ans , prosterné , avec son frère Yourl , devant l'image de 1^ Ste.-Vierge de Vladimir et lâchasse du métro-' politain Saint-Pierre , invoquait le Tout-Puissant dans Féglise de V Assomption , et le suppliait de sau* ver la patrie. 11 proférait , eh versant des larmes , ces paroles que le peuple pouvait entendre: «Mon » Dieu f toi qui défendis un de mes aïeux contre » le cruel Tarnerlan , prends^nous aussi sous ta . n sainte garde , jeunes et orphelins que nous w sommes! Notre espriê et nos bras sont en- » core sans vigueur ^ et cependant la patrie atu tend de nous sa délivrance: m II se rendit au conseil accompagné du métropolitain, et s'adres* sant aux boyards rassemblés , il leur dit : « L^en-

» nemi s^ approche ; décidez 8^ il convient que je M reste ou que je m^ éloigne ? » Les boyards discutèrent paisiblement entre eux. Les uns disaient qu'aux époques d'inyasions ennemies, jamais les «grands princes n'étaient restés à Moscou. ^ ces observations y d'autres répliquaient ainsi : « Lor^ » qu^Êdigée menaça la capitale , F^asaili Dmi' » triévitch e^en élçigna pour rassembler une » armée dans les propinces de la Russie ^ lo^is^ » sant à Moscou ses frères et le prince P^ladimir » Andréiémtch* MaiSf dans les circonstances >) actuelles , la position est bien différente y le » grand prince y dans Vâge le plus tendre, et » son frère , plus jeune encore que lui , sont" » ils en état de parcourir le pays pour lever » des troupes ? Et ces enfans ne sont-ils pas bien » plus exposés alors à tomber entre les mains » des infidèles j qui y sans doute, peuvent se ré^ » pandre plus facilement dans les autres prO" » pinces qu^ arriver jusqu^ à Moscou ? » Le métropolitain adopta. cette dernière opinion. « Où 1) donc y disait-il , le grand prince pourrait-il » être plus en sûreté? Est-^ce à Novgorod ou à » Psiofy limitrophes de la lAthuanie et de » . V Allemagne? Serait-ce à Kostroma , Yaros^^ » lavle y Galitch , exposées aux courses des . » Tatars de Kazan ? Et à qui confier M os-

» COU y OÙ se trouvent les saintes Images? Si » Dmitri Ipanop^itch n^a point laissé un puis- » sant poïépode dans la capitale , ne sapons-nous » pas ce qu'il en est résulté? Que le ciel daigne » nous préserper d'un semblable désastre! D'ail- , » leurs y est-il donc si urgent de rassembler des » troupes? N'ai>ons'nous pas une armée sur » l'Oka^ et une autre à P^ladimir sous les ordres » da tzarSchig'Aleij capables, de défendre Mos- » cou ? Nous apons des forces suffisantes y Dieu » et les Saints, auxquels, le père de Jean a re- » commandé son fUs chéri j sont pour ncfus.

» Prenez courage t » A ces mots , tous les

boyards s'écrièrent : «Prince ! restez à Moscou l >f niem °"dîî Alors , Jean donna de vive voix , à tous les offi- SepLmée! cicrs de la ville , l'ordre de faire les préparatifs nécessaires. Tous jurèrent de mourir.pour lui^ et de défendre , jusqu'au dernier soupir , les asiles sacrés du Seigneur ainsi que leurs foyers. Un grand nombre de citoyens se firent inscrire aussitôt pour la garde des murailles , des portes et des tours ; on plaça de l'artillerie dans toutes les directions , et les faubourgs furent entourés de palissades. Personne ne songeait à s'éldigner ; et les annalistes , dans l'étonnement que leur cause cet élan d'enthousiasme et de courage , Tattribueiit à une cause surnaturelle»

11 en était de niênie à rariïiée. A cette époque, \^i. les généraux, sans avoir égard aux nominations faites par le grand prince, n'avaient ordinairement, les uns pour les autres, qu'une considération proportionnée à leur ancienneté ou à l'élévation de leur naissance , et ne voulaient point dépendre de ceux qui, sous ces deux rapports , leur étaient inférieurs. Il est vrai que Vassili et Bon père avaient su mettre un frein à ces disputes de prérogatives ; mais la minorité de Jean^ qui semblait en quelque sorte assurer l'impunité y en rendant les dignitaires plus audacieux, réveilla ces dispositions pernicieuses, poussées bientôt au dernier excès. Le camp était un théâtre d'animosités et de querelles journalières. Le grand prince en ayant été informé, y envoya Jean Kouritzin , son secrétaire , avec une lettre adressée à Dmitri Belzky et aux principaux chefs, les engageant à mettre de côté toutes personnalités , tout sujet de mésintelligences , et à se réunir de cœur et d'esprit sous les drapeaux de la patrie , de la foi et d'un prince qui mettait tout ' son espoir en Dieu et dans leur valeur. « Que » VOha^ écrivait Jean , devienne pour les Ta^ » iars une barrière impossible à franchir y et » si cette rivière est un insuffisant obstacle aux » efforts de V ennemi ^ barrez^lui , de vos poi^

}} trines', le chemin de la capitale^ combattez » avec vigueur, au nom du Tout-Puissant; mon » amitié et mes bienfaits seront votre récom- » pense et le patrimoine de vos enfans. Je ferai » inscrire dans les fastes militaires ^e la Russie, » les noms de ceux qui tomberont pour elle au » champ d'honneur. Leurs femmes et leurs en-^ » fans feront partie de ma famille. » A la lecture de c^tte lettre , les voïévodes , pénétrés d'attendrissement , s'écrièrent : « A^nis , ou- » blions nos animosités ! sachons renoncer à » nous-mêmes , et ne nous ressouvenir que des » bienfaits de f^assili. Obéissons à Jean, dont » le bras encore faible ne peut soutenir le poids » des armes. Servons4e pendant son enfance , D afin que plus tard il nous distingue honora^ » blement. Si nos vœux ardens s'accomplissent, » si nous enchaînons la victoire , nous nous se" » rons illustrés , non-seulement dans notre pw » trie, mais la gloire attachée d nos actions s'é-^ i> tendra même jusque dans les pctys les plus >» éloignés. St puisque nous ne sommes pas im^ » mortels, que notre sang coule du moins pour la » patrie. Dieu et le grand prince ne nous oublie-- » ront pa^ I On vit alors ces voïévodes , jusque-là opiniâtres et querelleurs , verser des larmes d'attendrissement ^ s'embrasser les uns les autres

comme de bons frères y et , dans l'enthousiasme i&figénéreux qui enflammait leurs cœurs, jurer de vaincre ensemble ou de perdre la vie sur les bords de l'Oka. Ils sortirent de la tente où ils s'étaient rassemblés , pour communiquer à l'ar-* mee la lettre de Jean j et haranguèrent les troupes avec le profcmd sentiment dé vertu dont ils étaient pénétrés. L'effet en fut inexprimable. D'une voix unanime les guerriers s'écrièrent : ce Oui y pour le grand prince y nous viderons la » coupe de la mort avec les Tatars. Restez unis y » 6 pères de la patrie y et nous marcherons avec » ardeur contre les infidèles ! n

Déjà le khan était parvenu jusqu'à l'Oka » et Soiuiiiet. son armée couronnait les hauteurs qui bordent le fleuve. La rive opposée était occupée par les troupes légères moscovites , sous le eompiandément des princes Jean Touroontaï Pronskj et Vassili Okhlebin de Yaroslavle. Les Tatars s'imaginant qii'ils voyaient toute l'ârraée , lancèrent des radeaux , et protégés par l'artillerie et le feu delà mousqueterie des Turcs, ilsvoulu* rent forcer le passage. Les Russes , qui ne faisaient usage que de flèches j furent d'abord ébranlés , et il y eut quelque confusion dans teurs rangs ; mais les princes M ikoulinsky et Obolensky ayant eu le temps de les soutenir , ik tinrent ferme.

a8 HISTOIRE ,

L'armée se mit alors en mouvement y et ses nombreux bataillons se déployèrent avec ordre sous les yeux des ennemis. Les princes Michel Koubensky , Jean Schouisky^ et Dmitri Belzky luimême y plantèrent leurs drapeaux sur les bords de rOka. D'autres troupes arrivaient encore sur les ailes , et l'on apercevait dans l'eloignement une nombreuse réserve. A cette vue, le khan consterné , s'adressant avec colère au traître Belzky et aux principaux cheâ de son armée , leur dit : « Voua m^avez trompé en m* assurant » que la Russie ne pourrait soutenir à la fois » la guerre contre Kazan et contre moi. Quelle » armée / . • • Jamais ni moi^ ni aucun de mes plus » vieux guerriers n^en avons vu de semblable. » Rempli d'eflfroi, il voulait se retirer sur4e-champ, mais les mourzas firent leurs efforts pour l'en détourner. Les boulets ^ les balles et les flèches valaient des deux côtés; le soir, lesTatars se retirèrent sur les hauteurs y et les Russes , enflammés de courage , leur criaient : Venez ! venez ! » nous vous attendons ! »

La nuit étant survenue , les voïévodes de Jean se préparèrent pour le lendemain à une bataille qui semblait devoir être décisive. Il n'existait dans Tarmée russe , ni crainte , ni doute ; l'impatience éloignait le repos, et le camp reten-

tissait du bruit des armes. De nouvelles troupes '^'* arrivaient successivement avec des transports d'artillerie. Le khan y qui entendait dans le lointain les cris de joie de notre armée , pouvait aussi distinguer ^ à la lueur des feux , la manière dont les Russes disposaient leur artillerie. Il n'attendit pas le jour : en proie à la frayeur^ livré à des FuUede sentimens de fiireur et de honte ; il se sauva sur un chariot , et l'armée le suivit ajh*ès avoir détruit une partie de ses équipages. Ceux qui restaient y ainsi que quelques canons ^ tombèrent entr€ nos mains. Ce fut alors que ^ pour la première fois y les Russes recueillirent des trophées ottomans. DmitriBielzky dépécha le prince Jean Kachia à Moscou pour y porter cette heureuse nouvelle, tandis que les princes Mikoulînsky et Séréberny poursuivaient l'armée du khan, dont les traînards furent tués ou faits prisonniers. Us apprirent par ceux-ci que Sahîb-Gbireï marchait Sttr Pronsk. Comme il s'était vanté de pénétrer jusqu'aux montagnes de Vorobief et de dévaster toutes les provinces moscovites , il croyait diminuer la honte de sa fuite en s'em-^ parant de Pronsk , forteresse peu importante; agissant en cette circonstance ainsi que l'avait fait Tamerlan^ qui , dans son invasion en Russie, ne s'empara que de la forteresse d'Eletz. Le ge-

1541. Itérai en chef russe fît alors marcher de Uou^ Telles troupes pour contraindre le khan à quitter le territoire de la Russie.

3 août. Sahib-Ghireï forma donc le sîége de Pronsk , où commandait Vassjili Joulebin , qui suppléait à la faiblesse de la garnison par la plus rare intrépidité. 11 soutint les attaques de Tennemi avec quelques canons^ des pierres et des pieux. Les mourzas ayant demandé à lui parler , il se présenta avec assurance sur la muraille. « Rends^ » toi y lui dirent-ils , le tzar ne te fera aucun » inal ; si tu prolonges une inutile défense , il » restera deuant la ville jusqu^à ce qu^il s^en 1) soit emparé. » Le héros répondit à cette sommation : (( Placé dans cette ville par la volonté y^ de Dieu y son bras puissant me protégera j> contre les attaques du than. Qu^il reste de^ » vont nos murs ! il verra bieniâi arriver les » voiépodes moscovites. » Sur cette réponse ^ Sahib ordonna de préparer des gabions pour livrer un nouvel assaut. De son eôté \ Joulebin arma tous les citoyens et jusqu'aux femmes firmes. D^à des tas de pierres et de pieu^^ des chaudières d'eau ^bouillante garnissaient les remparts ; les canonniers étaieiit à leurs pièces ^ la mèche allumée^ lorsque les assiégés apprirent que les vomodes russes étaient à ^eu* de

DE RUSSIE. 3l

distance. A. cette nouvelle des cris de joie se firent entendre dans la ville. Le khan , informé de leur cause , fit mettre le feu aux gabions y et s^éloigna de Pronsk le 6 d'août , poursuivi par , nos voïévodes jusque sur le Don. Le prince Vorotinsky battit le tzarëvitch Ymin qui était resté, pour piller , jdans le district d'Odoef.

La nouvelle de l'expulsion de L'ennemi formidable qui avait osé pénétrer dans le sein de la Russie , fut reçue partout avec des acclamations de joie. On comblait de louanges le grand prince et ses vaillant généraux. La jeunesse de Jean , qui , au moment du danger , avait excité parmi le peuple un intérêt , un attendrissement général , charmait tous les citoyens. Elle excita le plus vif enthousiasme , lorsque l'enfant souverain , prosterné dans le temple , rendit grâces au Tout-Puissant de la délivrance de la Russie ; lorsqu'au nom de la patrie il témoigna aux voïévodes toute l'étendue de sa reconnaissance , et que ceux-ci , touchés jusques aux larmes , lui ré* pondirent : « Prince , ce sont vos prières angé^ » ligues et votre heureuse étoile qui nous ont » fait triompher. » En toutes circonstances le peuple attribue une grande partie des éyénemens à cette dernière cause, et la jeunesse de Jean ouvrait un vaste champ aux espérances. C'était là

ropînion des contemporains qui , considérant Sahib'Ghireï comme un nouveau Mamaï^ comme un autre Tamerlan , voyaient, dans sa fuite , Té- , vénement le plus glorieux pour la Russie. Mais ils ne songeaient pas à l'avenir ; car ce qui venait d'arriver pouvait se renouveler encore > et la Russie , bien que déjà puissante, n'en restait pas moins exposée à des irruptions soudaines et désastreuses. Lorsque l'on avait le temps dé se mettre en état de défense, nous finissions par chasser l'ennemi ; mais les villages étaient déserts , et par la perte de ses habitans , l'Etat se voyait privé de la plus précieuse de ses richesses. Ce n'est que par l'expérience des siècles que l'on parvient à créer un système fixe relativement aux mesures de défense indispensables à la su* reté d'un Etat.

Le prince Belzky , Tàme du gouvernement > était parvenu au plus haut degré de la fortune > soutenu par la bienveillance particulière du jeune souverain , dont les facultés morales se développaient de jour en jour , par sa proche parenté avec lui , par les succès de la guerre > enfin par des œuvres d'humanité et de justice. Le calme de sa conscience et la satisfaction du peuple étaient la récompense de sa conduite ; mais la méchanceté ourdissait de secrètes machinations^

l'envie , ce poison de la société^ et surtout deg cours, pcépaïaît ses dangereuses attaques. Ici notre hisftoinç r^etrace lé danger de la magnanitmté, comme pour justifier les ambitieux crueb et vindicatifs , qui n^ l^mmt à leurs ennemis d'>^utr^ paiiic qn^ ceUe des tombeaujc. I^ prince Bebky , délivra' par h mëfanopolitainat les boyards^ aurait pu r^n fermer Schbuisky dans la prisan d'iOÙ il venait de sortir, car il était maitre de lui raidir la tibertié. et la vie ; mais il méprisait una ijlipui$aant/ê fur/egr , et comme ^ estimait ses ta-> Um miliimf^s , il le plaça même à la tète des armées ; ce qu^ nous pourrioos considérer commo un abus 4# générosité , si ces procédés avaient été dictés p9r les passions et non par i'impul-» sii^n d'un Qûeur vertueux. £cboniskj' , en cédant aarec cci^re k la puissance de son imprudent compétiteur , p'eut plus d'autre vue que la ven** geance. Les princes Michel^ Jean Koufaensky, Dmitri PaLetzky et le trésorier Tretiakof ^ fous boyards distingués ^ se liguèrent avec lui pour détruire Selasky et le métropolitain , liés d'aini-^ tié , ^t sans doute aussi par Tamour ardent que tous les de^ix avaient pour la patrie. Il parait qu'aucun prétexte, mémç spécienx^ ne futcnia en avaiokit , et que les pçnspirateurs ne voulaient autre chose que renverser le cbef du gouverne* Tome VIIl. -5

ment pour occuper saplace^ afln de prouver leui* puissance et non pas leur justice. Ils firent en-^ trer dans leur projet plusieurs seigneurs et enfans-boyards de Moscou ^ et même des autres provinces de l'empire , mais particulièrement de Novgorod. Schouisky^ qui devait marcher contre Kazan ^ se trouvait alors ^ avec l'armée ^ dans la ville de Vladimir > où > par des promesses et d'insidieuses caresses ^ il parvint à augmenter le nombre de ses partisans. Ayant reçu d'eux un serment secret ^ il détacha , sous la. conduite de soti fils Pierre , trois cents cavaliers sur lesquels il pouvait compter^ pour soutenir les conjurés de Moscou^ auxquels il fit savoir qu'il était temps d'agir. Le 5 janvier , un grand ^tu- Troubles multe se fit entendre dans le Kremlin : le prince parïeT*^* Belzky , arraché de son domicile^ fut jeté dans ointe ^'de «^c prison par les conspirateurs , ainsi que ses JeanBciz- a^iig fidèles Ic priuce Pierre Tcheniatef et l'illustre Khabar. Le premier fut enlevé de la chambre même du grand prince , et transporté hors du palais par un escalier dérobé : dans un instant la cellule du métropolitain fut entourée ; on lança des pierres contre les fenêtres y et ce chef ' de l'Eglise , menacé d^y perdre la vie , se réfugia enfin dans une maison appartenant au couvent de Troïtzly ; ce ne fut qu'au nom de S. Serge ,

en pri&on.

tjue Pabbé de ce célèbre monastère, aidé dti iSJi. prince Diiiitri Paletzky, parvint à contenir les enfans-boyairdsy qui, semblables à des forcenés, menaçaient de leurs gestes le métropolitain épouvanté. Il se rendit an palais, croyant que là présence du grand prince lui procurerait une puissante 'garantie; mais, réveillé par les cris des séditieux , le monarque tremblait lui - même comme une victime dévouée. Les boyards en- p^fj^hTest trèrènt eii tumulte dans sa chambre peur s'êm- ^^^^^^ piBiffer du métropolitain qu'ils saisirent et envoyèrent en prison dans le monastère de Kirillof , à BélOzet^K. Us ordonnèrent au prêtre de la coût de célébrer la messe du matin, trois heures avant le jour, criant , donnant des ordres 'comme ^'ils avalent conquis et le trône et l'Eglise ; ils avaient mis àe doté toute bienséance , et se tomportèrent comme' des rebelles dont la conduite semait Fépouvante dans la capitale. A la pointé du jour Schonisky Schouisky arriva de Vladimir, et, pour la seconde pouvoir. fois , il devint chef des boyards. Le prince Belzky fut renfermé à Bélozersk ^ Tcheniatef à Yaro^ laf , et Khabar à Tver. L'ordre et la tranquillité commençaient à se rétablir : mais tous tes d&irs de Schouisky n'étaient pas encore satisfaits', car il redoutait un changement : d'ailleurs, les ve^rtus de Belaky, l'estime qu'il inspirait, portaient ombrage

à son farouche compétiteur y qui , du consenteméat des boyards , le fit mettre à mort ^ sa^ que le gr^d prince en eût été instruit. Trois scélérats consommèrent le crime dans la prispn du malheureux prince. D'après le jug^^^Dt des coptepiporains ^ Belzky avait de la grandeur d'àme ; il était intrépide à la guerre , et chrétien éclairé. I^ns les deux guerres où il çoinm^iula l'armée contre Kaziaa^ son amour peut--etr^ exagéré pour la paix ^ le fit soupçonner de s'iâtrie laissé séduire par les présens de l'ennemi ; mais la gloire qu'il sut acquérir dans les dernières années de sa vie ^ servit à le justifier 4ans l'opimon du peuple.

La Russie^ connaissait déjà le qaractère d^ Sckouisky ; elle savait qu'on me pouvait rien attendre de bon y ni de sage d'un gouvernement dont le chef n'était point animé d'un véritable zèle pour le bien de l'Etat ^ et son unique, espérance reposait sur le prompt anéantissement d'un pouvoir si illégitimement acquis. Le conseil n'éprouva ancurï changement , si ce n'est que quelques uns de ses membres virent augmenter leur influence en proportion des rapports qui existaient entre eux et les SchouisJ^y j tandis que les autres perdaient de jour en jour celle qu'auparavant ila avaient possédée. Le prince Dmitri

Belzkyyeadofmaatdeslarmesàsonfrère^ neUissa i54«. pas que d'y occtiper la première place , comme le plus ancien des boyards. Les premiers â>in8 du conseil devaient se porter sur le choix d'un métropolitain y et la jeunesse de Jean auginei^ tait encore l'importance de ces hautes fonctions ; car ce premier pasteur de TEglise, ayant un libre accès auprès du jeune souverain , pouvait le diriger par ses avis , se mettre hardiment en opposition avec les boyards^ et obtenir une puissante influence sur l'esprit des citoyens par les exhortations chrétienne^ qu'il leur adressait. Schouisky et ses partisans ne voulaient point hasarder de se tromper une seconde fois dans le choix qu'ils avaient à faire ; ils restèrent donc deux mois avant de se décider j et nommèrent enfin l'archevêque Macaûre y renommé par son esprit et son active piété. Gomme les honneurs du monde n'étaient pas sans attraits pour lui y * il serait possible que y pour parvenir à remplacer le métropolitain dépossédé ^ il eût r^udu quelque service au parti des Schouisky y et employé son autorité à disposer l'esprit des habitons de Novgorod en leur faveur. Quoi qu'il en puisse être y il fut nommé premier prélat y installé au palais métropolitain , et sacré dix-sept jours après son ^^^^ arrivée* C'est ainsi que cédant à des sentimens

de haine personnelle, Schouisky destitua deux métropolitains par des actes arbitraires y sans jugementy et sans aucune espèce de prétexte. Cependant le clergé se soumit en silence. Bientôt on vit renaître les anciennes violences^, renouveler de criantes injustices. Les immunités ^ les privilèges accordés aux habitans des provinces sou&j le gouvernement paternel desBelzky, furent abolis par la cupidité, par les ruses des gouverneurs , et la Russie redevint la proie des . amis , des pàrens ou des serviteurs de Schouisky.

TréT« L'acte le plus important qui eut lieu alors , et thuanie. qui Concernait la politique extérieure , fut le renouvellement de la trêve avec la Lithuanie, conclu à Moscou par les seigneurs Yan Glébovitch et Nicodème , envoyés du roi. Une paix perpétuelle était Tobjet des désirs des deux puis- «sauces; mais, comme on l'avait toujours vu, il fut impossible jie s'accorder sur les conditions. Les boyards sollicitaient viVement l'échange des prisonniers , et le roi n'y voulait consentir qu'à conditûm qu'on lui remettrait Tchernigof et six autres villes , craignant , selon toute apparence , que les Lithuaniens qui retourneraient . dans leur patrie n'y apportassent dçs semences de trahison^et que les Russes^ rendus à leuf sou -

avec

DE RUSSIE. 5g

Yerain ^ ne lui servissent à remporjter de nouvelles victoires. On se borna donc à convenir de ne point se faire la guerre y et d'accorder aux marchands des deux nations une entière liberté de commerce. Sigismond était sur le déclin d^ l'âge y et déjà les seigneurs traitaient au nom d'Auguste ^ son fils et son héritier. Après la lecture de l'acte , Jean baisa le crucifix et présenta la main aux ambassadeurs. Le boyard Morozof fut envoyé en Lithuanie pour l'échange et la ' ratification du traité. On le chargea d'employer son éloquence et son crédit pour obtenir que nos prisonniers fussent au moins délivrés de. leurs fers , et qu'on leur accordât la permission de fréquenter les églises de leur croyance : dernière consolation de ces infortunés condamnés à mourir en pays ennemi ! Cependant de vives discussions s'étant élevées relativement a la fixation des limites du territoire de Sébéjâ , on envoya à^ cet effet en Lithuanie le digmtaire Soukih, qui 9. dans une secrète conférence avec les principamx seigneurs de ce royaume , leur déclara que Jean songeait déjà à faire choix d'une épouse ; il chercha à connaître leurs idées relativement aux avantages qui pourraient résulter pour les deux États > d'une alliance contractée entre leurs souverains. Le rapport de Soukin ne fait point

40 HISTOIIRE

iS4^' mentîoi!! de la réponde que Ton fit à cette pro-

- position.

incar- Sahib-Ghircï, ayant éprouvé des revers , co»*

sîons des .•- \ i t* • •

Tiiiiriens seotit a reaouer avec ta Kossie ^ ses anciens rapgais!'* Af- porte d'afmitié. Il permit au prince Alexandre Kazan. Ke- Kachio ^ aDiblssâdeor russe ^ de retourner à avêr^As- Moscou, et le chargea d'un nouveau traité u^Moida- écrit. Mais Ymiti , fils du kbafi, et les avides ^**' mourzas inquiétaient , par de nouvelles incurr

àons , les provinces de Sétetsk et de^Résiân. Les Voïévodes moscovites les ayant rencontrés dans la célèbre plaine de Roulikof , les battirent coftiplètenolefif , et lei^ classèrent jusqu'à la rivière de Meteha. Ifùti autre toté > les Razàttais démodaient la pàrji , et le prittcé Bûulat , qui fl^àvaît pltis l'inteftfioh de déirônet Safa-Ghireï , écrivait en con€iéquence ati boyâfd Dmitri Belzky , et la ttaride Gorchadna , au gra^ prinçé luiméitie. Les annalistes assurent qu'elle annoctçà solennelleAient la ruine prochaine de Ka^an et la grandeur de la Russie. Le conseil des boyards Hé rejetait pas la paix ; mais Safa-Ghireï Irdtnait la chose en loUguehit ^ et ne paraissait pas décidé à la conclure. Biefi ti'aVàit interrompu ûos relations aiiiicales avec le& 71 ogais et la MôU dslvie , car Ëdlgée ^ Itàtévitch d'Astrakhan > eù-t tra à cette époque an service de là Russie. Je^ù

Pétrovitcb , voïérode de Moldavie ^ et pefif-iils '^*' de Stefan , écrîtait au grand prince que ^limati lui avait fait la grâce de le rétablir sur un trôné d'oii il Payait fait descendre y mais qu'il eitigeait, outre le tribut annuel imposé sur la Moldavi^i une somme d'environ trois cent mille ducats y qu'il lui était absolument impossible de se procurer dans un pays dévasté. L'hospodar supjXtait Je2|n de lui fournir quelque secours d'argent , ce qui lui fut accordé.

Mais les troubles et les intriguéis oui ré^tuaient ment dans à la cour^ occupaient le conseil plus encfore que nement. lès affaires de l'intérieur ou celles do dehors* Le prince Schouisky ne jouit pas long-temps du pouvoir : il parait que ses infirmités l'obligèrent à s'éloigner de la cour , et il véeiit encore àenx ou trois ans sans prendre part au gouvernement , qu'il remit entre les mains de trois Schouisky, ses proches parens : les princes Jean, André, et Féodor Skopin, qui, ne possédant ni grandeur d'àme , ni aucutie élévation d'esprit , ne voulaient que dominer, et ne songeaient nullement à mériter ^ par leur zèle pour la patrie, l'amour de leurs conclitoyens et la reconnaissance du jeune monarque. Toute lliahilefé de ce triumvirat oligarchique consistait à ine souffrir aucun genre d'apposition dan$

Iç conseil , et à ne donner accès auprès du grand prince , qu^ux gens jqui leur étaient servilement dévoués^ éloignant avec soin les hommes dont l'audace^ l'esprit où les nobles qualités du cœur, auraient pu éveiller les inquiétudes de leur jalouse ambition. Mais Jean y dont Tesprit commençait à se former, supportait déjà impatiemment le poids de cette tutelle désavouée par les lois'^ et haïssait les Schouisl j, mais suctout rinsoleat et féroce André. Il se sentait pcirtc pour leurs ennemis déclarés ou secrets^ au nombre desquels se trouvait Fé^dor Voronzof , membre .

1543. du conseil. Les Schouîsky essayèrent de l'éloigner avec bienséance ; mais n'ayant pu y parvenir, leur haine trouva un motif d'irritation dans les preuves d'amitié que Jean prodiguait chaque jour à ce boyard. Us résolurent enfin de recourir

Vioicn- à la violence , et ce fut à la cour , en plein con- Schouis- seil , en présence du grand prince et du métro-^ ^' politain , que les Schouisky et les princes Kou;*

bensky, Paletzky, Chkourliatef, Pronsky et Alexis Basmanof , leurs partisans , après une discussion orageuse concernant les prétendus torts, de ce favori de Jean^ exécutèrent leur audacieux projet. Ils se levèrent comme des forcenés, et ayant entraîné Voronzof dans une autre pièce , ils l'accablèrent de coups, et se disposaient à

lui ôter la vie y lorsque le jeune souverain , frappe d'épouvante , suppUa le métropolitain de sauver cet infortuné. Celui-ci, ainsi que le boyard Morozof^ leur parlèrent alors au nom du grand prince , et les Schouisly , comme s'ils lui accordaient une grâce y promirent de laisser là vie à Voronzof ; mais ces furieux continuèrent à le frstpper^ et l'ayant traîné sur la place du palais, ils ordonnèrent de le jeter dans un cachof* Jean les fit prier une seconde fois'^par le métropolitain et les boyards 5 d'envoyer Voronzof à l'armée de Kolomna, si on ne pouvait lui permettre de rester à Moscou , et de s'approcher de la cour* Les Schouisky rejetèrent cette proposition, et le grand prince fut obligé de confirmer l'arrêt qu'ils portèrent contre lui : , il fut envoyé avec son fils à Kostroma. Pour donner une idée de l'inso^ lence des seigneurs en cette circonstance , les an-* nalistes rapportent que le boyard Golovin , l'un d'eux , discutant' avec le métropolitain , marcha sur sa robe et la déchira en signe de mépris.

Ces coupables violences d'un despotisme grossier, ;et«4es passions déréglées de ceux qui gouvernaient l'Etat , devaient accélérer un changement désiré par le peuple et les ennemis, des Schouisky. Jean venait d'accomplir sa treizième année. Né avec, une âme ardente , une pénétra^

i543. tion rare et une force de volonté ^xtraordindire^ il aurait possédé toutes les. qualités des gratids monarques , si l'éducation avait cultivé ou perfectionné les dons qu'il tenait de la nature : mais L'edaca- privé de bonne heure des auteurs de ses jours , Jean est abandonne aux soins de seigneurs violens , aveu- •cghg^. gj^g p^^ j^^^ extravagante ambition et l'intérêt

personnel^ il fut ^ sur le trône ^ le plus infortuné des orpKelins^ car les^viçes que lui donna unefeiinesse négligée, préparèrent et ses propres malheurs, et ceux de millions d'autres hommes. Le meilleur naturel peut tourner au mal ^ lorsque la raison^ partage exclusif de l'âge mûr, et destinée à régler , à contenir les passions y ne se trouve pas remplacée par les préceptes de la saine nioi^ale , qu'un^ guide prudent et sage doit rappeler sans cesse à un jeune homme. Jean Belzkj eût mérité seul d'être à la fois l'instituteur et le modèle du jmonarque orphelin. Mais les Schouisky , en enlevant à TËtat l'un de ses dignitaires les plus res^ pectables, cherchèrent à captiver l'amitié du jeune prince par une basse soumission à tous ses caprices enfantins ; ils étaient sans cesse occupés de le distraire etde l'amuser par des jeuxbruyans, exécutés dans le palais, ou, dans la campagne^ par le spectacle de chasses d'apimaux; ils nouris-saient en lui des dispositions à foutes sortes de

DE KUSSIfi. 45

faiblesses et même a la craaqté ^ sans prévoir les suintes qui pourraient en résulter. Par exemple , Le jeune prince^ amateur de la chasse p se plaisait non-«eu)ement à répandu le sang des béte^ sauvages , mais il se faisait aussi un plaisir de iaire souffrir les ai^îaïauK domestiques ; et , lorsqu'il lui arrivait d'eu précipiter quelques uns du liant d'un escalier élevé , les boyards se conten<iaîent 4e dire : a Voit i puisque cela avertit » */« souverain^ » Quelquefoiis , entouré d'une troupe de jeunes "gens^ lui arrivait -il /le se livrer à sa pétulance ,. et de se conduire d'une manière indécente y de gsdopper dans les rues , écras^uEit des femmes et des vieillards f on ne faisait qu'en rire , et lui-mé^iiMe se félicitait de ces coupables étourderias ^ parce que d'imprudens flatteurs vantaient alors son audace ^ son infaré'^ pidife' et son adresse. Les boyards étaient loin de songer à lui faire connaître les devoir sacrés que doit refiiplir un souverain ^ car ^ eux-mêmes j ils négligeaient les leurs ; et au lieu d'éclairer y de 'Cultiver son jeune esprit^ ils se plaisaient à l'entretenir plutôt dans une ignorance quis'aocordait mieux avec leurs vues ambitieuses ; enfin ils pai> viurent à endurcir son cœur , tournant en ri* dicule les larmes que les infortunés Telennef , Belzky et Voronzof lui avaient fait n%iandré. Ils

espéraient eflacer le souvenir de leur audace eri satisfaisant de pernicieuses fantaisies , et basaient leurs calculs sur rinconstahced^un enfant entouré sans cesse de nouvelles distinctions . Les Schouisky voulaient que le souvenir de leur complaisance fit oublier au grand prince ses mëcontentemens contre eux : mais le contraire arriva ; bar il savait déjà comprendre que la puissance qu'ils avaient usurpée* n'appartenait qu'liflui. Cependant le^ cabales redoublaient au palais du Kremlin y à mesu^ que le grand prince avançait vers l'â'ge de raison ; la position des boyards dominaris devenait àe jour en jour plus embarrassante , et le nombre de leurs ennemis augmentait saps cesse. Les plus puissans d'entre eux étaient les princes Youri et Michel Glinsky , oncles de Jean, seigneurs vindicatifs, envieux et remplis d'ambition. Us surent , malgré la vigilance des Schouisky , insinuer au grand prince, âgé alors de treize ans, et encore Conspî- chagrin de l'exil de Voronzof < qu'il était temps

ration con« ,.p . , j

trciesprin- dc manifester sa souverame puissance et de ren-

cipaux di- , • • • • ^

gnitaires. vcrser les ravisscurs du pouvoir, qui opprimaient le peuple , soumettaient les boyards à leur tyrannie , insultaient enfin au monarque lui-même, en menaçant de la mort ceux auxquels il daignait témoigner de l'amitié. Ils ajoutaient qu'il ne s'agissait que dé déployer de l'énergie ^ et que

la Russie entière attendait ses ordres. II est pro-« bable que le prudent métropolitain ^ mécontent des violences des Schouiskj, se détacha de leur parti y et qu'il donna le même conseil à Jean. Ce projet se màrit dans le plus profond secret , et la cour paraissait livrée k une parfaite tranquil* Kté. En automne le grand prince se rendit , suivant l'usage y au couvent de Saint-Serge pour y faire ses dévotions , et partît ensuite pour Vo- » lok-Lamski avec les principaux seigneurs , afin dy jouir des plaisirs de la chasse; il célébra gaiement les fêtes de Noël > puis faisant appeler ino- i^4* pinément les boyards, pour la première fois il ^^^^^JJJJT se montra impérieux;: et menaçant : il leur déclara^ avec fermeté y qu'ils avaient abusé de son extrême jeunesse , en agissant contre les lois ; qu'ils avaient arbitrairement fait exécuter dés sentences de mort , livré le pays au pillage ^ qu'enfin il y avaitbeaucoup de coupables^ mais qu'il se contenteraitde faire mourir le prince André Schouîsky^ Chate des premier conseiller de cette tyrannique oiigar-*- ky.

chie , et le plus criminel d'entre eux. A l'instant on se saisit de lui , et il fut livré^ comme victime > aux conducteurs des chiens , qui , en pleine rUe ,* le firent mettre en pièces par ces animaux^ Les Scbouisky et leurs partisans , atterrés par cet acte d'autorité^ gardèrent un morne silence ; mais le

1534. peuple Jaîs§« éçhi^r «Qn i^onlmU^meui. Qa f u- )>lijft 4ii^itQt lia^ £9rf^ît|s du sivpplÂcié. On rapports qua , pouys^ié ppr ^o.a i»çMÎ9ible .^^yidlt/é , ij eolevait des te^r^s ^^^ i^^fii^^Qmm^^ comm^ s'il ça ^ijkt fait r^oq^îsition ; qv'U op{^infiaît les pays^Ojs de Ig i^anière la plus cr^eUe » et qw ses «^rvîteur/s ipêaieç <l<Hmnajient §t eicereaiept en Russjie toutes sortes diç tyr^noies , s^os Moir rien , a apprélieod^r des lob fii dçs ^0et$/de la justice' Maïs ee suppliipe i>,at*}^Fe , encore qw'ii fiai noiériXé , pouvait-il s'aUier avec h dignité d'un pripce et d'il» spuyeraipi ? IJ prçTiiyait que la wine des SQbouî&kj fii'ayait pu été p^ur leiars successeurs pn? iLniile et mémora&ïe hçon , et ^jiii$ }a loi , ia justke n'y étaBt poujr rîew , fl de^vait étrie regardé comme ]^ tripuipbie 4' m paijji sur l'autre ; il an- Bonçajt que h w'mhnm avait wimàé k la fîodcf Sim!!^ lepce : car Jejaia ^ nh pouvant enooré gouiyeruer ^y* par lui-jsoéme ^ les priiauces Gliasky et ieurs amis

comisiafkdaiâat en son nom , quoique , cependant ^ quelques annalistes rapporlieot ; s( Que » d0piÙ9 ce majseui ^ les boyards redoutèrent » le grand prince j, }) x546. Les confiscations et les autries actes de rigueur

jç^q]^^'^' «xeroés par le iiouv^au gauTewiement portèrent ^y* la terreur dans toutes les âmes. On exila dans

des contrées loîitfaines Féodôr Schoui^y-Skopin,

le prince Youri Temkin , le boyard Golovin pt ^^^{^ plusieurs autres dignitaires ; quant à Jean Koubensky y cousin du grand prince ^ il fut privé de la liberté : il était intimement lié avec les Schouisky, quoique d'ailleurs distingué par son esprit et la douceur de son caractère : il fut envoyé à Péreiaslavle avec sa femme , et renfermé dans la même prison où l'infortuné André d'Ouglitch avait gémi avec ses enfans. Boùterlin ^ officier attaché à la cour , subit un supplice inventé par la barbarie : accusé d'avoir tenu des propos outrageans^ on lui coupa la langue devant la prison , et en présence du peuple. Le grand prince ayant, après cinq mois , rendu la liberté à Koubensky , ne tarda pas à le remettre au ban de l'empire ainsi que les princes Pierre Schouisky, Gorbatof , Dmitri Pa- * letzky et même son favori Féodor Voronzof. Cependant l'intercession du métropolitain , leur obtint un pardon qui ne fut pas de longue durée. Le bruit se répandit que le khan de Krimée se préparait à marcher contre la Russie • Son fils Ymin avait, quelques mois auparavant, dévasté, sans nulle opposition , les districts d'Odpçf et de Belef j car nos voïévodes, occupés de leurs disputes sur l'ancienneté , n'avaient pas fait le moindre mouvement pour repousser l'ennemi.

. Le grand prince , à peine adolescent , prit Tome VIII. 4

5o HISTOIKE i

en persotine le conan^andement d'uo corps GonjsidérabLe , et s'ë^^ajit reaclu. par eau à Ougretâl f îVy fit ses dëvojtioj^s dans, le monastère de St.-Nieolas et rejpigiiit ensuite Tarifée k liolonma , ou il séjourna près de trois mpis» L'ennemi ne s'étant pas. montré , le camp moscovite, transformé en cour, devint poqi? les ambitieux un théâtre d'itatrigues et de. ru^g. Il arriva que le grand prince se trouvant à la chasse, fut arrêté par une cinquantaine de Novgorodiens armés de mousquets, qui désiraient lui adresser leurs plaintes au sujet des vexations auxquelles ils étaient en butte* Jean ayant refusé de les entendre et ordonné à ses gentilshommes de dissiper cet attroupement par la force, les Novgorodiens résistèrent : à l'instant s engagea un combat djans lequel dix hommes , départ et d'autre, restèrent sur le carreau. De retour au camp , le grand prince ordonna à Zakharof , son secrétaireintime , de rechercher les auteurs de ce rassemblement séditieux. Zakharof , dirigé sans doute par les Glinsky, rapporta au grand prince que les boyards Jean Koubensky , ainsi que Féodor et Vassili Voronzof, étaient les çecrets instigateurs de ce complot. 11 n'en fallut pas davantage à un prince violent, pour di3cider deleur sort , et, s^s autre examen ,

DE RUSSIE. 5l

Sans approfondir cette affaire , it les condamna à avoir la tête tranchée ^ déclarant que les excès' quHls avaient commis sods le gouvernement des boyards, leur avaient depuis long-temps mérité ce supplice* En rendant témoignage de leur innocence ^ les annalistes ajoutent que Voronzo^ n'eut d'autre tort que d'avoir aspiré au rang de premier boyard^ et de n'avoir pu souffrir que le grand prince accordât de grâces à personne sans qu'il en fût instruit. Voronzof contribua puissamment à la ruine des Schouisky ; il futFennemi de KoubensKy , et cependant cet infortuné favori laissa coUf^me eux la tété sur un échafaud ! . . . • C'est ainsi que les nouveaux grands y conseillers ou compagnons du jeune prince, l'habituèrent à traiter avec une effrayante légèreté les affaires da ressort de la justice , et parvinrent ainsi à le rendre cruel , a en' faire un tyran. Us ne prévoyaient pas que, comme les Schouisky , ils préparaient leur propre perte ; car loin de détourner le jeune monarque des sentiers du vice, les uns et lés autres l'y entraînaient, n'ayant d'autre but que de conserver entre leurs mains le souvenaîn pouvoir , au lieu de s'occuper à en' faire chérir les bienfaits.

Les relations politiques avec les autres puissancefi^ se traitaient d'une manière honorable

i544 — autant qu'avantageuse pour la Russie. Le vieux j^^j^jj^^g Sigismond avait transféré l'autorité souveraine «veela Li- ^ ^" ^^^^ Sigisoiond-Auguste , qui s'empressa ihuame. ^^^^ donner avîs au grand prince, en l'assurant de son amour pour la paix , et de sa ferme intention de remplir strictement le traité conclu avec Guerre la Russie. Cependant , les continuelles perfidies ean. du tzar et des seigneurs de Kazan y lassèrent enfin la patience du grand prince. Deux armées, l'une venant de Moscou et l'autre de Viatka , se présentèrent le même jour et à la même heure sous les murs de cette ville : elles réduisirent en cendres tous les environs ; et , après avoir tué un grand nombre d'ennemis près de Kazan ou sur les bords de la Sviaga, et' fait plusieurs prisonniers de distinction , les Russes s'en retournèrent sans éprouver le mofndre échec. Le khan , persuadé que cette irruption soudaine ne pouvait s'être exécutée qu'à l'instigation des seigneurs de sa cour , résolut d'en tirer vengeaxice : il fît mourir quelques princes , en chassa plusieurs autres y ce qui le rendit tellement odieux aux Kazanais , que, s'adressant au grand prince, ils le supplièrent de leur envoyer des troupes, ajoutant qu'ils lui livreraient Safa- Ghireï avec trente seigneurs tauriens. Jean promit de leur envoyer une armée ; mais il exigeait

que préalablement on détrônât Safa-Ghîreï , et i54rtL qu'on le mît en prison. A la suite d'une sédition qui y en effet , éclata à Kazan , Safa-Ghireï prit la fuite , et plusieurs seigneurs tauriens furent massacrés par le peuple . Le conseil , les Schigboulans et les princes / ainsi que tous les digni- monte sur taires de Kazan^ après avoir juré de rester fidèles Kazan. u » à la Russie , accueillirent de nouveau Schig- Aleî, cette ville. qui fut solennellement replacé sur le trône par les princes Dmîtri Belzl^y et Paletzky ; il y eut à cette occasion des fêtes brillantes et des réjouissances qui se terminèrent par de nouvelles trahisons. On aurait dit que pressentant la ruine prochaine et inévitable de leur puissance , les principaux seigneurs de Kazan , aveuglés par mîUe passions , et frappés d'un esprit de vertige, ne savaient plus sur quoi fixer leurs désirs j car s'ils consentaient à reconnaître un tzar,"c'était pour dominer en son nom ^ mais non pas pour se soumettre à son autorité , le traitant d'ailleurs comme un prisonnier , et ne lui permettant ni de sortir de la ville , ni de se mohtrer au peuple ; le palais , où ils passaient leur vie dans les festins^ retentissait de leurs clameurs et du bruit de leurs armes : ils buvaient dans les coupes d'or du tzar et se les appropriaient ensuite ; les serviteurs fidèles de Schig-Alei furent renfermés^

plusieurs même exécutés , et cependant ils exigeaient de ce prince que dans ses lettres au monar-que russe ^ il louât leur zèle et leur attachement. Les annalistes assurent qjue Sdiigr-Alei prévoyant le sort qui lui était réservé à Kazan, n'avait consenti à s'y rendre que poitr se con-? £ornier aux ordres de Jean. Pendant un mois entier il endura ces indignes procédés , sans donner aucun signe de niéconteiatemeat ^ ne confiant ses chagrins qu'au sêulTchoiiirja , Vfm des princes les plus considérables du pays , sincèrement dévoué à la Russie. Ce brave seigneur fît d'inutiles efforts pour faire rentrerdans les bornes du devoir et de la modération ces dominateurs de Kazan , et ce fut en vain qu'il leur représenta les funestes conséquences qui pouvaient résulter de leur conduite insensée ; ses exhortations produisirent un effet contraire au but qu'il s'était proposé. Comme en aigrissant Schig-Alei ils redoi^taient la vengeance de Jean , ils résolurent de rappeler Safa-Ghîreï j qui , à là tête d'une troupe de Nogaïs , s'était déjà avancé jusqu'à la Kama. Le prince Tchoura ayant découvert cette conspiration , en donna avis à Schig-Alei , lui conseilla de fuir , et fit , à cet effet , préparer une barque. Ce prioce profitant du désordre d'une fête où , à la suite de aom^

breifrt lèkcès , 4ès ^àUds et le peuple étaient "^^• ]^k>ii'gi^ iéAs lé âoïâtneil de Tivresse > quitta se* ci^èlèilaent le palais et s'enibàtcjua sans obstacles sur le Volga pout ^e réfugier en Russie. Safa- GhiïHrï ), reiinonté sur le trône , signala son nouveau fègne par îles à'ttes dé cruauté : il fit mcllre Il toôrt le prince Tchoura ^ ainsi que plusieurs itiuti*és personnage^ <(iistiki^és , s'entoura de TâUti&tà& et d'e Nogàïs , et animé de haikie contre ses èujél^ , il M songt&a qu'à les maintenir dans uh élM de terreur. Soixàntenseize priilces et mourras fidèles à Alei ^ et n^éteé les enneitiis les plus achkth^s éé ce prihèe , trompés par Safa-Ghireï y t^herckèrent un refuge à Moscou. Lès ambassadeurs dès Tchérémîsses ïiîontàgnards arrivèrent îmMediàtelAient^près eus:, et donnèrent au grand prince Tassurancé qu'ils étaient prêts à se réunir aux ârhiéës russes aussitôt qu'elles marcheraient c<ontre KiàêAn. Mais on était alors en hiver, et l'on fut obligé de difiërer les effets d'une juste yen^ géatice ; dôpehda^t afin de s'assurer des bonnes dtspôsitibhs dés farouches Tchérémîsses , Jean ordonna dfe ïklre partir tin borps de tWbpes poùt se rendre k l'eihbouchùrè de la Sviaga. Le prince Campa-

o * pne k I em-

Aléiiandfe Gorbaty , (juî le commandait, h'eut *'<>"cH a lutter que contre les rigueurs dé la saison , s»

n'éprouvant d'ailleurs aucune résistance ;• et

ure via-

comme il lui était recommandé de ne point assiéger Kazan.^ il se contenta de dévaster le pays ; et se fit accompagner à Moscou par cent guerriers Tchérémisses , qui devaient être , pour les Russes 9 des gages de la fidélité de ce peuple. Voyage» Cependant le grand prince faisait de fréquens

du granci * .

prince et yoyàges daiis les différentes provinces de son em-

niecoiiten- ,

tenieni du pire , saus autrc but que celui de visiter les plus

peuple» * ^ * ' *

célèbres monastères et de se procurer ^ dans des forêts sauvages ^ le divertissement de^ la chasse; mais il ne s'occupait en aucune manière à y faire observer les lois , à protéger le peuple contre l'oppression et les exactions des gouverneurs. C'est ainsi ^ qu'accompagné de son fr-ère Youri et de Vladimir- Andréiévitch il se rendit à Vladimir , Mojaïsk , Volok ,, Rjef , Tver, Novgorod, Pskof, etc. La foule de boyards, d'officiers . dont il était entouré , lui cachait le spectacle de la consternation du peuple , et au milieu du tumulte des plaisirs , les lamentations, les cris des • malheureux ne pouvaient parvenir jusqu'à lui. Dans ses courses rapides , il ne laissait d'autres traces de son passage , que des larmes , de justes sujets de plainte, et une augmentation de misère , car la cour devait être défrayée ; elle exigeait en outre des présens,, et ces voyages rninaient le peuple. En un mot, la Russie ua

pouvant reconnaître le père de la patrie dans un prince aussi jeune , aussi mal dirige , ne tréhiyait d^ consolation que dans l'espérance de voir les années et la raison mûrir son caractère , éclairer son inexpérience , l'instruire des devoirs sacrés d'un souverain ^ et l'initier enfin au grand art de jégner pour le bonheur de ses sujets.

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