‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 5)Chapitre 2 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Suite du règne de JBJiifr IV.

Couronnement de Jean. — Mariage du grand prince. — Vertus d'Anastasie. — Vices de Jean. — Mauvaise administration de l'État. — Incendies à Moscou. — Révolte du peuple. — Amendement miraculeux de Jean.

— Sylvestre et Adachef. — Discours tenu par Jean dans la place publique. — Changemens à la cour et dans le gouvernement. — Gode de lois. — Mesures relatives aux disputes sur les rangs et les prérogatives. — Assemblée du clergé et des grands. — Lois constitutionnelles. — Choix des jurés. — Réglemens de Téglise. — Projet d'éclairer la Russie. — Opérations militaires. — Campagne contre Kazan. — - Trêve avec la Lithuanie*

— Affaires de Tauride. — Mort du tzar de Kazan. — Nouvelle expédition contre Kazan. — Nouvelle forteresse. — Incursion des Nogaïs. —Fondation de Sviaga.

— Soumission des montagnards de Kacan. — Terreur des Kazanais. — Traité de paix avec eux. — La tzarine Siouyounbeka. — Nouveau règne de Schig-Alei. — Les prisonniers sont rendus à la liberté. — Infidélité des Kazanais et cruauté de leur tzar. — Négociations avec Alei.

— Le tzar abandonne Kazan. — Dernière perfidie des Kazanais.

CoDron-J^^^ venait d'entrer dans sa dix-huîtîème J^J^^**^^* année; lorsqu'il fit appeler le métropolitain et

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eut arec lui un long et secret entretien. Macaire "^^^ sortît de l'appartenieat , la physionomie rayonnante de joie ; il célébra une messe <kn8 k kasili<p3e de l'Assomption ; ensuite ayant fait rass^nbler tous les boyards , même ^cux qui se trouvaient en état de surveiiiance , il se rendit avec eux au palais du grand prince. Le peuple ne pouvait se douter encore de ce <piî se préparait ; mais sla 3 oie des boyards, égaie à celle du métropolitain , en laissait ]^essentir ia cause , et Ton attendait avec impatience l'éclaircissement ^ d'un mystère si heureusement annotice.

Quelques jonrs après , la cour reçut l'ordre de '^ ^^^^' se réunir. Le métropolitain , les boyards et les principaux dignitaires entouraient le grand prinlce , qui , apjès quelques instans de silence , s'adressa à Macaire en ces termes : h Fondant » tout mon espoir dans la miséricorde de Dieu y M et l^ intercession des saints protecteurs de la » Russie y j'ai résolu de faire choix édune I) épouse. Ma première idée aidait été d'abord » de chercher une fiancée dans les pays étran^ » gers j mais après de mûres réflexions , j'ai » renoncé à ce projet. Privé de me4 parens dès » ma plus tendre jeunesse y élevé comme un » orphelin j il serait possible que mon carac^ }) tère ne s'accordât pas avec celui d'une étraU'^

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» gère; alors une pareille union pourrait' elle » être heureuse? Je souhaite donc de trouver » une épouse en Russie y par la volonté de Dieu » et avec votre bénédiction. » Le métropolitain répondit avec une douce satisfaction : « Prince! » c^ est Dieu lui-même qui vous a inspiré une » intention si avantageuse pour votre peuple y » je la bénis au nom du Père céleste. » Les boyards émus jusques aux larmes prodiguaient les louanges à la sagesse du souverain , lorsque Jean leur découvrit un autre projet : il déclara qu'avant son mariage il voulait s'occuper de son couronnement y cérémonie consacrée par ses ancêtres. Il ordonna en même temps au métropolitain^ ainsi qu'aux boyards, de se préparer à cette grande solennité, faite pour imprimer le sceau de la foi à l!alliance sacrée qui unit un souverain à son peuple.

Ce n'était pas pour la première fois que Moscou allait voir dans ses murs cette fête imposante ; car déjà Jean III avait fait couronner son fils ; mais les conseillers du «grand prince ^ dans le dessein , sans doute, de présenter cette cérémonie sous un aspect plus majestueux , ou peut-être pour écarter les tristes souvenirs que rappelait le sort de l'infortuné Dmitri Ivanovitch , ne citèrent que l'exemple offert par Vladimir Monomaque ,

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auquel le métropolitain d'Ephèse avait posé la couronne sur la tête, en le ceignant d'une chaîne d'or et du collier de Constantin. On a écrit qu'à sa mort Monomaque avait remis ces ornemens rojaux à George, l'un de ses fils, en lui recommandant de les* conserver aussi précieusement que la prunelle de ses yeux, et de les faire passer de mains en mains à ses descendans^ jusqu'à ce que Dieu , prenant pitié de la Russie, lui envoyât un souverain digne de se revêtir de ces attributs de la puissance. Les annales du seizième siècle' semblent confirmer cette traditfon; car ce fut à cette époque que la Russie vit sur le trône un véritable autocrate, et que la Grèce expirante nous légua la grandeur de ses souverains.

Le i6 janvier, le grand prince se rendit dans ' ^'' une des salles du palais, où étaient rassemblés les boyards ; les voïévodes , les princes et les officiers, tous richement vêtus, se tenaient dans le vestibule. Le confesseur du grand prince ayant, reçu des mains de Jean le saint crucifix , posé sur un plat d'or avec la couronne et le collier, les transporta dans la cathédrale de l'Assomption, accompagné du grand écuyer Gliiïsly, des trésoriers et secrétaires. Bientôt après, le grand prince s'y rendit lui-même; il était précédé d'un confesseur tenant en main un crucifix, et faisant à droite et à

gauche des aspersions d^eau bénitesur les assistant* Après Jeaiai veDaient immédiatement son frère Touri^Les hoy^ards^ les princes^ enfin toutelacour. Arrivé aiD temple , le monarque s'y plaça auprès des religieux et reçut la bénédiction du niétro-^ politain^ Alors les chœurs eatonnèrent Thymne In plurimos annos , et la messe fut célébrée* Au milieu de l'église , sur une estrade de douze degrÀ y tapissée en velours et en damas ^ on avait préparé deux sièges recouverte de drap- d'or^ destinés au monarque et au métropolitain y qui y prirent place. Au devant de l'estrade se trouvait un pupitire richement décoré.^ sur lequel étaient déposés les omemens royauic : des archimandrites les présentèrent à Macaire y qjiil se lev<ant alors >. donna la bénédiction au monsu'q.ue^ plaça la couronne sur sa tète ^ lui remit le sceptre y en priant ^ à haute voix ^ le Tout-Puissant de douer ce nouveau David' de la force du Saint-Esprit^ de le. placer sur un trône de vertus ,: et de le rendre terrible aux rebelles autant que bienfaisant envers ceux qui^xécuteraient fidèlement ses ordres. La cérémonie se terminai par l'hymne qui l'avait: commencée. Le ^and prince après avoir reçu les félicitations du clergé, des- grands et des ci^toyens^ assista à la lithui^ie et reprit le chemin du palais ^ marchant sur des tapis de velours et

de (kjnas. Arrivé aux portes et sur les marches de l'église , soû frère Youri répandit sur lui des pièces d'or qu'il puisait dans un yase porté der-« rière lui. par Michel Glinsky. Aussitôt quQ I^ ma-* zi^que eut quitté l'égalise ^ 1^ peuple , jusqu'alors immobile et daiis un prafoad silence , se pré-* cipita en tunijdjte vers la., place que , pendant la cérémonie 9 le souverain avait occupée ; car char cun désirait posséder un fi^agnatent de l'étoffe qui la recouvrait.^ en mémoire de ce jour aalenneL

Ce. couroni^ement fut^.à peu près, une répétition^ de celui de Dji^itri , si. ce^ n'est, d- abord y que les prières étaii^nt différentes , ensuite que ee* fut Jean IIH'ui-mêine , et non pas. le métropolitaini, qui plaça la couronne sur la tète du jeund jno* narque. Les annalistes contemporaine ne font aucune mention du sceptre ^ ni à*oncUon ou de communion; ils ne disent pas non plus quje Ma-* caife ait adressé au mona^Me des paroles édi-» fiantes.; mais le plus sage, le plus. éloquent dis-« coui$ aurait-il pu produire plus d'effet , avoir plus, d'influence sur Vespmt du. prince , que cette touchante invocation adressée au: Tout-Puissant, pour lui demander de diriger le nouveau sou-* verain dans le chemin de la vertu ?

A dater de cette époque , les monarques dct Russie prirent le titre de Tzars ^ non-seulement

dans leurs relations avec les puissances étrangères j luais aussi dans les affaires de Tintérieur et dans tous les actes publics^ en conservant néanmoins celui de grands princes , consacré par l'ancien usage. Les écrivains de Moscou annoncèrent au peuple qu'il voyait s'accomplir la prophétie de V Apocalypse , concernant le sixième empire 9 qui était celui de la Russie. Bien qu'un titre n'ajoute rien à la puissance , cependant il exerce une puissante influence sur l'imagination des hommes ^ et le nom de tzar j cité dans la Bible y rappelant ceux d'Assjrie, d'Egypte, de Judée , enfin des souverains grecs orthodoxes, augmenta aux yeux du peuple la dignité de leur monarque, w Nos ennemis y ^\si&ûX les an- » nalistes , les tzars infidèles et les rois impies » n^ osèrent plus troubler le repos de'la Russie , » et Jean s* éleva y parmi eux y au plus haut » degré de puissance l » Nous remarquerons ici que Joseph y patriarche de Constantinople , en témoignage de son dévouement pour le souverain de Russie , le confirma, en i56i , dans la dignité de tzar, par un acte authentique où il est dit : (( Non-seulement les traditions d^ hommes » dignes de foi y mais encore les annales prou^^ M vent que tes souverains actuels de Moscou )) descendent de la tzarine Anne y d^ étemelle mé^

^1 f noire > sœur d^un empereur d^ Orient , et que » le métropolitain d^Ephèse ^ muni des pleins j) pouvoirs du concile de Byzance y couronna M le grand prince f^ladimir. » Cet acte est signé 4e treate-six métropolitains et évéques grecs.

Cependant les. euvojrés du grand prince par-* Mariage couraient la Russie ^ afin de chercher^ parmi les prince. demoiselles «nobles y une fiancée digue du souye-- ■rain. 11 choisit , entre celles qui lui furent pré<sentées , la jeune Anastasie , fille de la veuve 2a\harine ^ dont le beau-père avait été boyard de Jean III. Cette famille descendait d'André Kobouil y qui , dans le quatorzième siècle , avait quitté la Prusse pour s'établir en Russie. Ce Vertus n'était point la naissance^ mais les qualités per- sie.

sonnelles de la fiancée qui justifiaient ce chpix; et ^ en traçant son portrait , les annalistes lui attribuent toutes les vertus que peut posséder une femme , et que la langue russe savait exprimer : la chasteté, la douceur y la piété ^ la sensibilité / la bonté étaient y chez elle , réunies k un esprit solide et à une beauté rare. Cette dernière qualité était considérée comme indispensable à l'heureuse fiancée d'un tzar. Après avoir terminé la cérémonie du maîiage dans l'église de Notre-Dame , le métropolitain s'adressant aux jeunes époux , leur parla en ces termes :

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w T^ous poilà aujourd'hui ^ en vertu des mys^ i5 février. ^^ tères de la sainte Eglise , unis à jamais^ }) Prosternez "VOUS donc ensemble devant le }) Très-Haut , et vivez dans la pratique des » vertus y mais celles qui doivent vous distin-^ w guer surtout y sont V amour de la vérité et la » bonté. Prince j aimez et honorez votre épouse; » et vous y tzarine vraiment chrétienne y soyez » soumise à votre époux; car^ comme le saint cru- » cijix représente le chef de V Eglise ^ de même » l^ homme est »ussi le chef de la femme, Rem^^ w plissez avec zèle les Commandemens de Dieuy y^ et faites fleurir la prospérité de Jérusalem , » et la paix dans Israël. » Tout étant terminé , les jeunes époux se montrèrent aux regards du peuple 'y et la rue dn Kremlin retentit de mille bénédictionSf Plusieurs jours se passèrent en fêtes et en réjouissances^ à la cour ainsi qu'à là ville. Les riches étaient comblés des bienfaits du tzar ; la tzarine prenait soin des pauvres. Anastasie , depuis la mort de son père , avait été élevée loin du monde et au sein de la tranquillité^; elle se voyait tout à coup transportée comme d'une manière surnaturelle , sur le théâtre des grandeurs humaines ; mais^ malgré le changement de sa situation^ son âme ne se livra point aux suggestions de l'orgueil; en rapportant tout àDieu^ elle

s'humiliait devant lui dans le palais des tzars , ^^47« ainsi qu'elle l'avait fait dans la triste habitation d'une mère privée de son époux. Les réjouissances de la cour étant terminées y Jean' se transporta à pied y avec la princesse, au monastère de Troïtzly, où ils passèrent ensemble la première semaine du grand carême , priant chaque jour sur la tombe de S. Serge.

Cependant ni ces actes de dévotion, ni l'a- jcân^tt mour sincère qu'il portait à sa vertueuse épouse, ™dmlnune furent capables de calmer l'âme ardente et ^'^'^'i^iat! inquiète de Jean ; il s'abandonnait souvent aux transports de la plus violente colère , et , habitué d'ailleurs à une oisiveté bruyante , il ne recherchait que des amusemens grossiers et indignes d'un prince. Si quelquefois il se plaisait à se montrer en souverain , ce n'était point par les actes d'une sage administration , mais seulement pour ordonner d'injustes chàtimens ou pour satisfaire ses nombreux caprices ; il distribuait des récompenses avec autant de légèreté qu'il ordonnait des confiscations , et s'il accordait sa faveur à de nouveaux favoris , c'était pour avoir le plaisir de repousser les anciens. Il se persuadait que les décisions arbitraires serviraient à prouyer son indépendance , tandis qu'en négligeant les soins de son empire , il se trouvait , par le fait ,

soumis à la volonté des seigneurs j il ignorait qu'un souverain n'est indépendant que lorsqu'il est vertueux. Jamais la Russie ne fut aussi mal gouvernée: lesGlinsUy, ainsi que leurs prédécesseurs^ faisaient toutes leurs volontés ^ au tiom du jeune tzar. Comblés d'honneurs et de richesses^ ils voyaient avec une coupable indifierence les injustices commises chaque jour par d'infidèles dépositaires de l'autorité , et pourvu qu'ils fussent assurés de leur soumission y ils s'inquiétaient peu si ceux-ci observaient les devoirs de leurs charges. Celui qui savait intriguer auprès des Olinsky, et plier bassement devant leur volonté , pouvait impunément opprimer le peuple; et il suffisait d'être leur valet pour dominer en Russie. Les gouverneurs n'avaient rien à redouter , et malheur aux opprimés qui osaient porter leurs plaintes jusqu'aux pieds du trône! C'est ainsi que les citoyens de Pskof^ réunis les derniers à l'empire ^ et par cette raison plus hardis que les autres ^ adressèrent au nouveau tzar ( en 1 547 ) des plaintes contre leur gouverneur , le prince Tourountaï-Pronsky , &vori des Glinsky. Jean se trouvait alors dans le village d'Ostrof. Soixante -dix porteurs de suppliques se présentèrent devant lui pour lui exposer des griefs dont ils offraient de fournir les preuves.

Le prince refusa de les écouter , et , dans les '547transports de la plus violente colère^ criant comme un énergumène^ il ordonna de les arroser d'eau*de-vie bouillante ^ et leur fit brûler la barbe et les cheveux ; ensuite on les dépouilla, de leurs vêtemens , et on les fit tous coucher par terre. Us attendaient la mort ^ lorsque dans le même instant l'on annonça au tzar que la grosse cloche de Moscou venait de tomber ; il partit précipitamment pour la capitale , et grâce à cette circonstance inattendue, les pauvres Pskovîens conservèrent la vie. Lorsque d'honnêtes boyards se trouvaient au palai$, ils baissaient les yeux et gardaient un morne silence , tandis que de misérables co«rti«!ans et des bouffons amusaient le tzar ; tandis que les flatteurs prodî- • guaient des louanges à sa prétendue sagesse. La vertueuse Anastasie invoquait le ciel , avec la Russie , pour qu'il daignât changer le cœur de Jean , et enfin leurs vœux furent exaucés. Les caractères d'une trempe vigoureuse ont besoin d'être vio]temment ébranlés pour secouer le joug des passions vicieuses et retourner à la vertu • il fallait que Moscou devint ta proie des flammes, pour opérer dans le caractère du jeune souverain , un changement si vivement désiré.

1557. Cette capitale voyait s'augmenter, de jour en

Incendies , r . .

i Moscou jour, son étendue et sa population. Les habitations du Kremlin se resserraient, et de nouvelles rues s'élevaient dans les faubourgs. Les maisons^ étaient , à la vérité , d'un meilleur goût que les * anciennes , mais également construites en bois et

séparées seulement , dans quelques endroits , par des jardins, elles se trouvaient aussi exposées, car la moindre étincelle pouvait communiquer un incendie et réduire en cendres ces édifices combustibles. Les annalistes moscovites font souvent -mention d'incendies considérables j cependant jamais il n'y en eut d'aussi terrible que celui de 1 547. Le 1 2 d'avril , le feu consuma les grandes boutiques , les entrepôts du commerce , ceux de la couronne , le couvent de l'Epiphanie et quantité de maisons, depuis la porte Illinsky jusqu'au Kremlin et la Moskva. Une tour élevée , qui servait de magasin à poudre , sauta en l'air , - et entraîna dans son explosion une partie de la muraille qui encombra la rivière de briques et de débris. Huit jours après, toutes les riies situées de l'autre côté de la Yaou^a, habitées par les potiers et les tanneurs , furent entièrement consumées : enfin, le 20 juin, par un violent ouragan^ un incendie ayant éclaté derrière la Neglina ,. aux environs du couvent de l'Assomption, le feu

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gagna de tous les côtes avec une effrayante rapidité y et le Kremlin , les rues environnantes , le grand faubourg , devinrent en peu d'instans la proie des flammes. La ville entière présentait l'aspect d'un immense bupher embrasé^ couvert d'une fumée noire et épaisse. Les édifices en bois disparurent entièrement ; ceux en pierres ne présentaient plus que des décombres ; le fer étincelait comme dans une fournaise , et la force de la chaleur avait liquéfié le cuivte : le mugisse-* ment de la tempête , l'écroulement des édifices, les cris de désolation du peuple , étaient ^ de momens à autres, étouffés par l'explosion des poudres déposées au Kremlin et dans quelques parties- de la ville. Les palais du tzar> le trésor, les choses précieuses, les armes , les images , les archives , . les livres et jusqu'aux saintes reliques , tout fut

détruit dans l'embrasement de Moscou !

Le métropolitain, presque étouffé par la fumée, était encore en prières dans la basilique de l'As-» somption i on fut obligé d'employer la force pour l'en faire sortir, et, comme il ne r&tait plus 4'autre moyen de le sauver, que de le faire glisser le< long d'une corde à nœuds jusqu'à la Moskva, on parvint à l'y décider ; mais n'ayant pas la force de se soutenir , il fit une ,chwte tellement ' dangereuse qu'il fallut le transporter, à demi-

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mort , au monastère le plus voisin. On ne put sauver de la cathédrale cju'une image de la Vierge peinte par le saint métropolitain Pierre , et les Canons ecclésiastiques > ouvrage apporté de Constantinople par Cyprien. La célèbre image de Notre-Dame de Vladimir resta en place sans être endommagée ; cary fort heureusement, le feu, après avoir consumé le toit et les couvertures , rie pénétra point dans l'intérieur de Féglise. Vers le soir l'ouragan commença à diminuer de violence, et le feu cessa à trois heures du matior; mais, pendant plusieurs jours, une épaisse fumée s'élevait à travers les ruines et les décombres* Les potagers et les jardins dépouillés d'arbres^ de verdure, étaient couverts de . cendres et de charbons. Dix-sept cents personnes, sans compter les enfans> périrent au milieu des flammes, et lesannalistes disent qu'il est impossible de donner une idée de ce désastre. Les habitans, les cheveux brûlés et le visage noirci, errans sur ♦ce vaàte champ de douleur , cherchaient leurs en* fans , leurs amis ou quelque faible reste de leur fortune ; mais, après d'infructueuses recherches, ils poussaient des hurlemens tels que des animaux sauvages. <i Heureux j s'écrie un araialiste ^ » celui dont l^ attendrissejnent suspendait le dé^ n sespoir! qui pouvait au moins verser des

» larmes y et tourner ses regards vers le ciel. » 1547, Il ne restait à ces malheureux aucune espèce de consolation. Le tzar et les grands, pour ne j pas être témoins de là désolation du peuple , s'étaient éloignés et habitaient le village de Vorobîef. Jean ordonna de reconstruire promptement ïe Kremlin ; les riches s'empressèrent aussi de faire rebâtir leurs palais ; mais les pauvres ne pouvaient relever leurs habitations , et les ennemis desGlinskys surent, avec adresse, profiter de cette circonstance. Le confesseur de Jean, le prince Scopîn-Schouisky, le boyard Jean Féodorof , le prince Youri Temkin , Nagoï et Grégoire 2akharin , oncles de la tzarine , formèrent une conspiration, pt le peuple, que le malheur disposait aux excès , à la révolte , s'empressa dé servir d'instrument à Fexécution de leurs desseins.

Quelques jours après ce désastre, le monarque, Emeni<> 4iccompagné des boyards^ alla rendre visite au métropolitain ; son confesseur, SkopinSchouîsky et leurs principaux complices, déclarèrent à Jean que l'incendie de Moscou provenait des sortilèges employés par quelques scélérats. Le fzar étonné ordonna aux boyards d'approfondir cette affaire, et ceux-ci s'étant rendus , deux jours après , au palais du Kremlin , rassemblèrent les habitans

sur la grande place , et leur demandèrent qnek étaient les auteurs de Tembrasement de la capitale ? Plusieurs voix répondirent : « Les Glinskyl » les Glinsky ! La princesse jénne^ leur mère j. » a arraché le cœur des morts , et parcourant » les rues de Moscou , elle les a aspergées de » sang»; voilà la cause de V incendie ! » Cette fable inventée et répandue parmi le peuple par les conspirateurs , ne pouvait^ être admise par les gens sensés ^ mais ils gardaient le silence f car les Glinsky s'étaient attirés la haine générale. Plusieurs d'entre eux , et les boyards eux-mêmes, excitaient l'irritation du peuple. La princesse Anne , aïeule maternelle de Jean , se trouvait alors, avec son fîls^Michel^ dans ses terres de Rîef* Youri , son autr^ fils , qui était sur la place da Kremlin^ dans le cercle des boyards, consterné de cette absurde accusation , et voyant la fureur du peuple , alla chercher un refuge dans la basilique , oit le peuple se précipita après lui , et cet asile sacré fut souillé d'un forfait jusqu'alors inconnu à Moscou. Sans respect pour la sainteté du lieu, les séditieux massacrèrent l'oncle de leur monarque ; puis ayant traîné son cadavre hors du Kremlin , ils le transportèrent sur la place des. exécutions , pillèrent tout ce qui appartenait aux Glinsky, et mirent à mort un grand nombre de.

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leurs serviteurs et d'enfans-boyards. Personne ne is^?songeait a réprimer ces crimes; on aurait dît que, livrée à une sanglante anarchie , Moscou n'avait

aucune espèce de gouvernement

Dans ce moment terrible , tandis que le îeune Amcnde-

* ^ ^ ' ment mi-

tzar tremblait dans son palais de Vorobief. et que racoitax

^ * ^ , * de Jean.

la vertueuse Anastasie adressait au ciel de fer- SyWestre ventes prières , on vit paraître un homme chef. extraordinaire , nommé Sylvestre : c'était un religieux , natif de Novgorod. Il s'approcha de Jean^ le doigt levé^ l'œil menaçant, comme un honxme inspiré par l'Esprit saint , et lui annonça , avec une gravité imposante, que la main de Dieu était suspendue sur la tête d'un tzar frivole , maîtrisé par de honteuses passions; il ajouta que Moscou avait été réduite en cendres par le feu du ciel , et que la colère du Très-Haut occasionait l'agitation du peuple , en répandant dans le cœur des hommes, ranin[iosité et la fureur. Puis ouvrant le saint Evangile ^ il montra à Jean les préceptes divins dictés par celui dont la main protectrice soutient tous les souverains de la terre : il l'exhorta à suivre avec zèle ces leçons sacrées. Enfin , par l'effet terrible de certaines apparitions |^ il ébranla fortement et son âme et son cœur, s'empara de son imagination et produisit un miracle* A l'instant le tzar devint un

autre homme ; baigné des larmes du repentir, il tendit la main à son courageux précepteur , lui demanda, d'une voix attendrie, la force de devenir vertueux , et le ciel combla ses désirs I L'humble religieux n'exigeant ni illustration , ni honneurs , ni richesses , se plaça près du trône pour affermir, pour encourager le jeune souverain dans la bonne voie , et se lia intimement avec Alexis Adachef , l'un des favoris de Jean. Ce jeune homme, du plus bel extérieur, est dépeint comme une créature céleste ,.dont l'âme était pure et sensible , le caractère excellent et l'esprit aussi agréable que solide. Porté au bien sans aucun motif sordide , il avait recherché la faveur de Jean , .plutôt pour l'intérêt de la patrie que pour le sien propre , et le tzar trouva en lui un trésor inappréciable pour un souverain, un ami vertueux et dévoué "qui pouvait lui Éaire mieux connaître les hommes, la situation vraie de l'Etat, et lui donner à ce sujet des détails- aussi exacts qu'étendus ; car, des hauteurs du trône , un souverain ne saurait, dans Péloignement , distinguer les individus et les choses qne sous un point de vue trompeur ; tandis qu'un homme, à la fois son ami et son sujet , placé dans la même région que le peuple^ est à portée de lire plus efficacement dans les coeurs , et de considérer les objets d'uiie

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manière que leur proximité rend plus positive. 1547. Sylvestre fit naître dans le cœur du tur le désir du bi^n y et Adachef lui &cilita les moyens de Texécuter. C'est ainsi que s'exprime le prince André Kourbsky ^ contemporain sensé^ qui alors occupait déjà un poste éminent à la cour. Il est certain que, de cette époque^ datent la gloire de Jean , le zèle , l'activité qu'il développa dans les affaires du gouvernement. Elle est remarquable par le succès qui couronna ses efforts^ ainsi que par la grandeur de ses desseins.

On songea d'abord à £sure rentrer le peuple dans le devoir. Trois jours après l'assassinat de Glinsky, il s'était porté en grand tumulte à Vo^ Tobief , où , ayant entouré le palais, il deman** , dait j à grands cris^ qu'on livrât à sa fureur la princesse Anne, a'ieule du taar, avec Michel Glinsky; mais Jean donna* Tordre de faire feu sur les séditieux,^ qui se dispersèrent aussitôt. Plusieurs d'entre eux, arrêtés à l'instant, furent punis de mort , le plus grand nombre se ^auva ; d'autres enfin se jetèrent à genoux en demandant grâce et L'ordre se rétablit. Le souverain, alors, se conduisit envers les pauvres comme un bon père , s'occupant , avec une bienfaisante sollicitude , des moyens d'assurer à chacun d'eux une habitation et les choses de première nécessité.

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Le prince Slopin-Schouîsky et sescomplîces ^ yëritables auteurs de cette émeute , avaient soukvé le peuple dans Te^érance de s'emparer de l'esprit du tzar, après le renversement des Glinsky ; mais ils se trompèrent dans leurs calculs , et , bien que Jean les traitât avec clémence,soit en considération de son confesseur et des oncles de son épouse , ou faute de preuves convaincantes j soit qu'il abandonnât au jugement de Dieu cette action qui , abstraction faite des criminels moyens employés , avait satisfait la haine générale qui existait contre les Glinsky , cependant la domination turbulente des boyards fut entièrement détruite et remplacée par le pouvoir absolu d'ua prince corrigé des caprices de la tyrannie . Pour consolider, par le secours de la religion , l'heureux changement opéré dans le gouvernement ainsi que dans son cœur , le tzar se confina y pour quelques jours, dans une pieuse solitude consacrée au jeune et à la prière; ensuite il ^t venir les évêques , témoigna en leur présence le plus touchant repentir de ses fautes ; et après l'absolution sacramentelle, il s'approcha de la sainte table avec le calme d'une bonne conscience ; son -jeune cœur éprouvait le besoin de dévoiler aux yeux de la Russie entière la vertueuse ardeur dont il était embrasé : en conséquence toutes les

rilles de l'emptre reçurent l'ordre d'envoyer à ^J^* jj^^ln* Moscou des personnes choisies dans tous les ^°*^^îfj rangs , dans tous les états , à l'occasion d'une *ï"*^affaire de grande importance pour la patrie . Lors- 1550. qu'elles furent rassemblées , le dimanche après la, messe^ le tzar sortit du Kremlin , accompagné du clergé et des boyards , pour se rendre sur la place des exécutions , où le peuple se tenait dans un profond silence. Aussitôt que la prière fut terminée , Jean s'adressa en ces termes au métropolitain : « Saint Père ! votre zèle pour la ver- » tu y votre amour pour la patrie y me sont >} connus ; secondez mes bonnes intentions!

n J^ai perdu trop jeune mes parens ^ et les » grands qui n'aspiraient qu^à la domination y » n^ont eu aucun soin de ma personne $ ils ont ». usurpé y en mon nom y les chqrges et les hon^ » neurs } ils se sont enrichis par l'injustice / » ils ont accablé le peuple sans que personne }} osât. mettre un frein dleur ambition. J'étais » comme sourd et muet dans ma déplorable en^ » fonce ^ car je n' entendais pas les lamentations j) des pauvres y et mes paroles n'adoucissaient :» pas leurs maux. Vous vous livriez alors à vos M caprices y sujets rebelles y juges corrompus! » Comment par viendrez - vous maintenant à » vous justifier? Que de larmes n'avez-vous

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}) pas fait répandre ? Que de fois vous ape£ » fait, couler un sang gui ne peut retomber » sur moi / Mais , craignez le jugement de » Dieu! » Saluant alors de tous côtés ^ le monarque continua ainsi: aO vous, peuple « que le Tout-Puissant m* a confié , y invoque )) aujourd'hui et votre religion et l'attache^ » ment que vous avez pour -moi : montrez-vous » généreux / // est impossible de réparer le% » maux passés ; mais je saurai dorénavant M vous présenter de l'oppression et du pillage. » Oubliez des chagrins qui .ne se renouvelle^ » roni jamais! Mettez de calé tout sujet de » haine et de discorde: qu'une ardeur chré*- » tienne et fraternelle embrase tous les cœurs! » jé àater de ce jour, ^ je serai votre juge, », votre défsnsçùr. » Dans ce jour solennel où la Russie entière , représentée par ses députés rassemblés dans la place publique ^ recevait , de son jeune souverain ^ la promesse de ne vivre que pour le bonheur du peuple , Jean^ emporté par un généreux enthousiasme , accorda à tous les boyards coupables le pardon de leurs fautes. 11 pria le métropolitain et les évêques deratifier cet acte de clémence , au nom du Père céleste , et témoigna le désir de voir tous les Busses s'em*brasser comme des frères y voulant que toutes

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espèces de procès fussent suspendues jusqu'à un 1547 ^ terme prescrit. Le même jour, il ordonna à * * Adachef d'accueillir les suppliques des pauvres , des orphelins , et de tous ceux qui souffraient : (c Alexis j lui dit-îl, tu es privé des titres que » donnent la naissance et la fortune ^ mais tu » es i>ertueux. Je t^ élève d un emplçi éminent » que tu n^ as pas sollicité ^ pour satisfaire mon » âme entraînée vers des hommes capables M d^adoucir le chagrin que lui cause le sort » des infortunés confiés a mes soins , par Dieu » lui-même» Sans égard pour le rang ou la » puissance y répare les injustices de ceux qui , » ayant envahi les honneurs y oublieraient leurs » devoirs. Garde -toi aussi de te laisser in-* » fluencer par les larmes trompeuses du pauvre y » lorsque Venvie le poussera à calomnier le » riche ! Porte dans toutes les affaires un exa^ » men approfondi y pour m^en faire un rapport » fidèle; et ne conserve d'autre crainte que celle » du juge suprême, » Le peuple partageait l'attendrissement de son jeune souverain.

Depuis ce moment , toutes les actions ^ tous les changediscours du tasar étaient diriges par Sylvestre et cour et Adachef. Ces dignes amis admirent dans leur pouvoir. miion non-seulement le sage métropolitain , mais encore tous les vieillards vertueux et expé-

ToittE VIIL ^ 6

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rimentës ^ chez lesquels l'âge n'avait point amorti une louable ardeur pour le bien de la patrie. Ils avaient été, jusque-là, éloignés d'ù^i trçne entouré d'une jeunesse frivole qui ne pouvait supporter leur contenance sévère. La cour ferma l'oreille aux discours des flatteurs et des bouffons ; dans le conseil y les calomniateurs et les întrigans furent réduits au silence ; enfin la vérité commença à se faire entendre. Malgré la confiance que Jean témoignait aux membres du conseil > il y présidait en personne et traitait les affaires de l'Etat, jugeait les procès les plusimportans , remplissant de cette manière la promesse qu'il en avait faite à Dieu et à la Russie. Le peuple bénissait en tous lieux la sollicitude du gouvernement pour le bien général : partout on changea les indignes dépositaires du pouvoir ; les uns eurent pour punition le mépris qu'ils inspiraient; d'autres furent simplement mis en arrestation , et l'on n'usa point de sévérité envers eux ; car on avait à cœur de ne pas signaler cet heureux changement par le supplice d'anciens fonctionnaires coupables, mais plutôt en choisissant les nouveaux avec plus de discernement , comme pour faire connaître au peuple que les abus du pouvoir exécutif sont la conséquence ordinaire , immédiate , de l'aveuglement

OU de la déprayatioa du pouvoir principal ; car là où le brigandage est souffert y les brigands sont moins coupables , en ce qu'ils ne font que profiter de la permission d'exercer qui leur est accordée. C'est seulement dans les États où l'au* torite est absolue q]ue l'on remarque ces changemens inopinés et faciles^ du mal au bien, parce que tout y dépend de la volonté du souverain y *qui, semblable à un mécanicien habile^ donne, d'une seule main , le mouvement à la masse , et y ' dans la rotation de l'immense machine y entraine des millions d'êtres à leur ruine ou au bonheur.

La puissance souveraine était établie sur des Modéraprincipes de sage^, de modération, de dou-« douceur ceur et de paix . On ne renvoya qu'un très-petit nemeni. nombre de courtisans , les plus vicieux ; les autres , observés et contenus avec fermeté , ne tardèrent pas à changer de conduite. Féodor, confesseur de Jean , et l'un des principaux instigateurs de rémeute populaire , fut enfermé dans un monas« tère. De nouveaux boyards entrèrent au conseil , entre autres Zakharin , oncle d^ la tzarine ; Kbabarof (ami fidèle de l'infortuné Jean Belzky )| le prince Kourakin-Boulgakof ; Daniel Pronsky et Dmitri-Paletzky y dont la fille Julienne fut jugée digne de devenir l'épouse du prince Youri y

frère du monarque \ alors âge de seize ans. Le grand écuyer y Michel Glinsky ^ perdit cette di* gnité importante : on lui laissa son rai^ de boyard et ses domaines , arec la pernpiission' de eboisir le lieu de sa résidence ; mais, effrayé du sort qu'avait éprouvé son frère , il essaya de fuir en Lithuanie avec son, ami Tourountaï- Pronsky. Le prince Pierre , son frère , suivit leur exemple ; mais reconnaissant Fimpos^bi-*' lité de s'échapper^ ils retournèrent à Moscou^ où, ayant été arrêtés, ils jurèrent que leur intention était de se rendre à Okovetz , pour y faire leurs dévotions , et non pas en Lithuanie* Cependant l'accusation fut' prouvée , et ces malheureux s'attendaient à une sévère punition; mais on leur fit grâce, attribuant à la peur cette démarche inconsidérée . La famille même du monarque , où régnait naguère la froideur , la méfiance , la haine et l'envie , offrait à la Russie l'exemple de la paix et d'une- parfaite union. Jean savait mieux apprécier toutes les qualités de son épouse, depuis qu'il connaissait le bonheur qui découle- de la vertu. Affermi par la belle Anastasie dans de louables intentions, livré à de nobles sentimens , il devint un bon prince ^ un bon parent. Apres avoir marié son frère Youri , il fit choix pour son couan

Viadimir , de la jeune Eudoxie , de la famille '^^57 des Nagoïs. Youri et André habitaient le palais du tzar , et ce prince les traitait avec amitié , avec considération ; il joignait leurs noms au sien dans les oukases relatif aux affaires de l'Etat : il écrivait : « Nous avons ordonné avec nos frères n et les boyards y etc. n

Afin de ressembler en tout à Jean III , son il- C<^<îf î^« lustre aïeul , et désirant , d'après ses propres ex->> pressions , régner selon les lois , Jean ne s'occupait pas seulement des moyens d'inspirer aux ennemis extérieurs la crainte de ses armes ^ il songeait aussi hi illustrer sa jeunesse par l'exécution d'un dessein qui ^ aux époques même où l'homme jouit de toutes ses facultés^ ®?îge une force d'esprit extraordinaire : il devint législateur de son peuple , titre glorieux et immortel que bien peu de souverains sont réellement dignes de porter. Entouré d'une foule de boyards et d*hommes versa dans la science du droit civil y le tzar leur proposa d'examiner et de perfectionner le code de JeanlII^ au moyen de modifications reconnues nécessaires par l'expérience , et conformément à la nouvelle situation de la Russie, dans ses rapports civils ou relatifs à la marche du gouvernement. Cest ainsi que parut (en i55o ) le code de Jean Vassîliévitch ou le second tfro/7 j^usse, pré-

sentant de nouveau un systèpie complet de nos anciennes lois. Il mérite une explication détaillée y et nous la donnerons dans un chapitre par-« ticulier où nous parlerons delà situation générale de la Russie à cette époque. Nous nous bornerons à dire maintenant que , dans la confection de ce travail^ Jean et ses prudens conseillers ne recherchèrent ni l'éclat, ni la vaine gloire, mais une uti- , lité réelle , évidente , basée sur un ardent amour de la justice et du bon ordre ; ils ne se laissaient point emporter par l'imagination , évitant de cpippromettre , par des décisions hasardées , Tordre de choses établi ; et , loin de s'égarer dans des uto» pies et des probabilités pour l'avenir , leur esprit se fixa sur ce qui les environnait. Par cette marche prudente , ils réformèrent les abus sans s'écarter des principes de l'ancienne législation ; ils laissèrent subsister les choses existantes dont le peuplé paraissait satisfait, en ayant soin de faire disparaître ce qu'ils savaient devoir occasioner des plaintes : ils cherchaient des perfectionnemens ; et sans aucune théorie , ne connaissant que la Russie , ^^^ la vérité ils con^ naissaient bien, ils composèrent un ouvrage de législation , qui, dans tous les temps , sera digne d'observation ,^ car c'est un miroir fidèle retraçant les mœurs et les idées de ce siècle. Un ^up-*

plément au code contient un oukase très-împor- "^^«7 tant alors ^ concernant les discussions relatipes aux rangs ou aux prérogatives de la naissance. Le souverain ne pouvant encore déracinei' entîè- Les dis-

eussions

rement cet abus , voulait au moins en modifier ««^f i«»

' ■ ^ ^ rangs elles

les résultats , et , en conséquence , il défendît aux prer^atiprinces ainsi qu'aux enfans-boyards , de se pré- nais&ancc

*^ *^ .. ^^^ repn-

valoir de leur naissance vis-à-vis des voïévodes. »«'««. Il ordonna aussi que le général en chef d'un corps d'armée , serait considéré comme le premier en dignité ; que les voïévodes de l'avant et de Tarrière-garde ne le céderaient qu'à lui , quant à l'ancienneté ^ sans dépendre de ceux de la droite ou de la gauche ; enfin qu'il n'appartiendrait qu*au monarque de distinguer la naissance et les quà-lités, et que chacun devrait obéissance à ses chefs.

Après avoir approuvé lé code , Jean convoqua Assemà Moscou une assemblée des personnages les plus clergé et distingués de l'etnpire ^ ecclésiastiques ou sécu- boyards.

liers , et le 25 février î55i , ils se réunirent dans

le palais du Kremlin. Le métropolitain y neuf éyêques , tous les archimandrites , les abbés , less boyards , les fonctionnaires d'un rang supérieur, assis dans un profond silence, fixaient leurs regards sur le jeune souverain^ qui, avec une grande force d'esprit et une éloquence rare , les entretint de l'élévation et de la chute des empires, événemens-

qui résultent toujours de la sagesse ou deserrevrs de l'autorité , des bonnes ou mauvaises coutumes des peuples; il retraça avec sentiment les malheurs dont la Russie , devenue veuve j avait été accablée lorsqu'il était encore enfant^ et qu'innocent d'abord il était tombé ensuite d^ns la corruption du vice; il /appela la déplorable fin de ses oncles it le désordre des seigneprs dont les mauvais exemples avaient perverti son naturel y en renouvelant i^nufxoins l'assurance qu'il couvrait le passé du voile de l'oubli. 11 parla ensuite des désastres causés par l'embrasement de la capitale et de l'émeute populaire qui en avait été la suite « « Dans ce moment^ ajouta-t-il ^^ mon ànie fut » saisie de terreur^ un trejnblevient soudain » s^ empara de Jiïoij mou e^rit s adoucit et n V attendrissement pénétra dans mon cœur.

>i Maintenant que y ai autant d^ horreur pour, yx la vice^ que d'amour pour la vertu ^ c^est de . >> votre zèle q^e je réolam^ des instructions* O n . vous j pasteurs ohré^ens y guides, sa^ês des >) princes et des grof^,^ dignes représeutans^ » de V église ! ne niépçiPgneZ' pas dans mes er^ ^ reurs; reprQcfhes^'-moi courageusement mes » faiblesses, et faites tonnes lap/aroU de Dieu n afin que mon âme cçnserve sa pureté. » Ayant annoncé ensuite l'ii^tention bienfaisante de con-

DE Ki:ssi£« 89

tribuer au bonheur de la Russie par tous les ,54^ ^ moyens que Dieu avait mis à sa disposition , il prouva la nécessité de perfectionner les lois , afin de contribuer au maintien du bon ordre ^ et soumit à l'examen du clergé , le codje ainsi que les articles d'une charte y d'après laquelle on était R(%1ctenu de choisir^ dans chaque ville ou district^ un avmeWii*

• .•/ • 1/y** •* 16. Jures.

ancien et iin jure^ pour juger les affaires conjomtement avec le gouverneur ou ses adjoints, comme cela s'était pratiqué jusqu'alor/s à Novgorod et a Pskof. Quant aux centeniers et autres employés qui devaient être choisis également par la con* fiance publique , ils avaient à s'occuper des affaires 'des villages , pour éviter tout acte arbitraire de la part des fonctionnaires du tzar , et procurer au peuple les moyens de £aire écouter ses réclamations. Ces nouvelles et sages institutions de Jean furent confirmées par Vapprobation de l'illustra assemblée.

Cçpçndaut les opérations de cette espèce de Rjgie^ concile n'étaient pas encore entièrement termi- pEgUse^ nées. Après avoir réglé les affaires d'Etat, le tzar proposa au clergé de £ûre le mçme travail pour celles de l'église , c'est-à^re , de réformer une partie de ses cérémonies ; de corriger les livres de piété, gâtés par d'ignorans écrivains , de donner aux ecclésiastiques un caractère propre à devenir

go HISTOIRE

Texemple des laïques^ de former, par Fétude, de dignes serviteurs des autels , d'établir les règles de décence à faire observer dans les temples du Seigneur, d'extîrper des monastères, les vices qui devenaient sujets de scandale ; enfin , de purifiejr la chrétienté russe de tout ce qu'elle avait conservé des anciennes pratiques païennes. En un mot, Jean désigna lui-même les objets plus ou moins dignes de fixer l'attention de ce concile , dont l'un des plus utiles résultats fut rétablisse* ment, à Moscou et dans les autres villes ^ d'écoles publiques , où des religieux et des diacres , connus par leur esprit et leurs bonnes qualités y ensei* gnaient à lire aux enfans et les instruisaient des devoirs de la religion. Une pareille institution était d'autant plus nécessaire, qu'à cette époque, beaucoup de prêtres russes , connaissant à peine l'alphabet, récitaient de mémoire les prières et tout le service divin . Afin de mieux graver dans les cœurs^ les vrais principes de la religion, les pères du concile prirent les mesures convenables pour mettre .. un frein à la superstition , à des actes de dévo-* tion déplacée. Il fut défendu de bâtir de nouvelles églises par ostentation et sans nécessité , et cette décision fut appliquée aux fainéans vagabonds, à qui l'on ne permit plus d'établir des hermitagea dans les forêts ou dans les déserta* Par ordre dvt

souverain y on intima également aux éyêques et i5i7 — aux monastères , la défense d'acquérir des domaines sans le consentement du tzar ; car Jean prévoyait^ avec beaucoup de discernement^ qu'au moyen de ces acquisitions , le clergé finirait par s'approprier la plus grande partie des immeubles < de la Russie y ce qui pourrait nuire à la société et corrompre la moralité des moines. En un mot , ce concile mémorable, par l'importance dé son but , fiit plus célèbre que tous ceux tenus auparavant à Kief , à Vladimir et à Moscou.

Au nombre de ces projets vraiment difi^nes P«>jet d'un grand prince , on doit placer l'intention que la Russie, manifesta le tzar d'enrichir la Russie du produit des arts étrangers. Un saxon , nommé Schlit , étant à Moscou en i5/^j, apprit la langue russe; et, comme il avait accès auprès de Jean , il l'entretint du progrès qu'avaient fait, en Allemagne, les sciences et les arts inconnus h la Russie. Le prince l'écoutait attentivement ; il l'interrogea avec curiosité, et lui proposa de se rendre en Allemagne, comme envoyé de la Russie, pour faire venir à Moscou non*seulement des artistes^ des médecins, des apothicaires , des imprimeurs et des artisans , mais aussi des gens versés dans les langues mortes ou vivantes , et même des théblogiens. Schlit accepta cette mission.

9a HISTOIRE

charmé de readre ce service au tzar et à la Russie. Ayant trouvé Charles-Quint à Ausbourg, où la diète était rassemblée , il lui remit une lettre de Jean relative à cette affaire. L'empereur Voulut connaître à ce sujet l'opinion de Tas*semblée des Etats^ et à la suite d'une longue délibération , on consentit à satisfaire les désirs du tzar; mais à condition (^ue SchUt, au nom du monarque russe^ s'engagerait, par serment, à ne laisser passer ni les artistes , ni les savans , de Russie en Turquie, et qu'en général, on n'emploierait pas leurs talens de manière à nuire à l'empire germanique. Au moyen d'une permission écrite, qui lui fut accordée par Charles-Quint, Schlit rassembla en Allemagne plus de cent vingt personnes propres à entrer au service du tzar* 11 était prêt à s'embarquer à Lubecl pour passer en Livonie , lorsque la basse et jalouse politique de la Ligue anséatique et de l'Ordre livonien, vint renverser des projets si sagement i[!onçus. Ceuxci craignaient que la propagation des lumières ne rendit la Rqssie plus puissante et plus redoutable à ses voisins; ils surent donc , par leurs artificieuses représentations , £aire entrer l'empe- ,reur dans leurs vues. Il en résulta qu'au mépris du droit des gens , les sénateurs de Lubeck firent renfermer Schlit, et que ses nombreux com-

DE RUSSIE. gi

pagnons de voyage , privés du chef de Tentreprise^ se dispersèrent. Il s'écoula beaucoup de temps avant que Jean eût connaissance du triste sort de son envoyé; mais^ enfin, celui-ci, étant parvenu à s'échapper, reparut à Moscou en iSSy^ seul , sans argent , accablé de dettes, et porteur' de propositions inconsidérées. Par exemple , l'empereur demandait que le tzar lui fournit des secours d'hommes et d'argent dans la guerre qu'il soutenait contre les Turcs ; qu'il lui donnât des otages (vingt-cinq princes et gentilshommes)^ comme garantie de sa fidélité ; que promettant de réunir l'Eglise russe à l'Eglise latine, il prit à ses gages six mille guerriers allemands ; qu'il entretint un ambassadeur à résidence fixe auprès de Charles ; qu'il établit une poste de Moscou à Ausbourg, etc. Les mauvaises dispositions des Lubeckois et des Livoniens, qui plus tard attirèrent sur eux une cruelle punition , s'opposèrent , il est vrai , à l'entier accomplissement des bonnes intentions du tzar. Cependant, sans égard pour les défenses de l'empereur et du grand maître de Lîvonîe,une grande partie des artistes allemands^ qui avaient été retenus à Lubeck , parvinrent k passer secrètement en Russie, et nous furent d'une extrême utilité en contribuant au grand' œuvra de notre civilisation.

1547 — ' Toutes/ ces vues importantes , irrévocables

* preuves du génie d'un souverain , s'accomplis^

lions luUi- saîcnt au bruit des armes et dans le sein de la

taires.

victoire , dont le concours était devenu indispensable pour assurer la^rospérité de la Russie. Il était temps de réprimer l'audace des barbares, qui, profitant de la minorité du prince et des dissensions des boyards , avaient tellement désolé nos frontières, que, j usqu'à deux cents verstes de Moscou > toutes les contrées du sud au nordest étaient couvertes de cendres et d'osseméns humains. Il n'était pas un village , pas une famille qui n'eût quelque pertç à déploref.

Guerre Jean , âgé alors de dix-sept ans, passionné pour zan. la gloire , ambitieux de se mesurer avec l'ennemi le^plus voisin , et le plus dangereux, partit de Moscou , au mois de décembre , à la tête d'une armée qu'il conduisait contre Kazan. Cette cam^ pagne devait mettre sa fermeté à l'épreuve. Méprisant les frimats , il s'était préparé à supporter le froid et les ouragans ordinaires dans cette saison; mais, au lieu de neige, il tomba uûe pluie continuelle , et les équipages , les canons , enfonçaient dans les boues. Le 2 février, le- tzar qui avait passé la nuit à Elna , à quinze verstes de Nijni, arriva dans l'Ile de Robotka. Tout à coup les glacés du Volga , couvertes d'eap ^ se

DE RUSSIE. r)5.

brisèrent avec bruit y et l'artillerie fut engloutie dans le fleuve : un grand nombre d'hommes périrent dans cette occasion. Le monarque resta trois jours dans l'Ile , espérant que le froid rétablirait les chemins et les communications ; mais enfin ^ comme effrayé de ce funeste présage j il retourna à Moscou. Cependant il laissa le com* mandement de l'armée au prince Dmitri Belzky , avec l'ordre de marcher contre Ka^an , plutôt pour affaiblir sa puissance que pour la soumettre entièrement. Le tzar Schig-Alei et d'autres chefs se portaient de Métchéra à l'embouchure de la Tzivila, où ils se réunirent à Belzky, Safa-Ghireï, qui les attendait dans les plaines d'Arsk^ fut com-* plétement battu par l'avant-gàrde du prince Mikoulinsky ; celui-ci le chassa jusque dans la ville et lui fit plusieurs prisonniers de marque. Pour se venger de leur défaite, les Tatars dévastaient les villages de Golitz ; mais Yakoflef , voïévode de Kostroma y détruisit ces bandes de brigands et tua leur chef sur les bords de la petite rivière d'Ëgofka.

Jean , que ces légers succès ne pouvaient satis^ Tr^^e faire , se préparait à une entreprise décisive ; ihaanie, pour la faire réussir il était essentiel, de rester en paix avec la Lithuanie. Auguste, successeur de Sigismond y plus occupé de ses amours que

du soin de son royaume , n'avait depuis cinq ans énlreterra aucune relation arec Moscou. Sîgismond avait terminé sa carrière en i548; le terme de la trêve allait expirer , et le nouveau roi gardait le silence , sans même annoncer à la cour de Moscou la mort de son père. Les boyards Dmîtri Belzky et Morozof s'adressèrent donc aux seigneurs lithuaniens et leur firent savoir que le tzar attendait leurs ambassadeurs pour traiter de la paix. En Janvier i549, "^ voïévode de Vitepsl, Stanislas Kichka, et le maréchal Komaefsky, arrivèrent à Moscou. On voulut entamer des négociations ; mais comme de coutume , ces ambassadeurs réclamaient Novgorod , Pskof , . Smolensk, etc. j et, pour s'excuser de ces propositions extravagantes ^ ils dirent aux boyards : «Un ambassadeur est semblable à une )> outre gui porte ce qu^on y a mis. Nous rem^ » plissons les ordres du roi et du conseil, >) Les boyards leur répondirent qu'il ne fallait alors s'occuper que de la trêve , qui fut renouvelée d'après les anciennes bases. Cependant il s'éleva une nouvelle difficulté : les Lithuaniens ne voulaient point consentir à insérer dans l'acte le nouveau titre de tzar. Chacun soutenait ses droits avec obstination; de sorte que sans rien terminer, les ambassadeurs lithuaniens étaient sur le point

de quitter Moscou : on parvint à les retenir i547 — encore , mais tout en maintenant ]a trêve on' se disputait sur les titres. Auguste ne Toulait reconnaître Jean que (^omme grand prince , et de leur cÀté^ les Russes 9 animés de dépit ^ refusaient d'accorder k Auguste^ le titre de roi. A ces sujets de mécontentement il s'en joignit bientôt d'un autre genre.

Auguste refusa une rançon de deuic mille rou-blçs offerte pour les princes Féodor Obolensky et Michel Golitza , et le tzàr rejeta la demande que faisait le roi de permettre aux Juifs de trafi*^ quer en Russie^ stipulation qui avait eu lieu dans le traité précédent. « Je ne puis y consentir^ » répondit-il ; ces genè ont introduit dans mes » états des poisons corporels et spirituels y ils ont » vendu à mes sujets de la poudre qui porté la » mort et diffamé Jésus y notre divin sauveur; w je ne veux plus entendre parler d^eux. »

Cependant malgré ces dispositions des deux puis^ sances ^ aucune d'elles ne désirait la guerre^

Sahib-Ghireï osait seul menacei: de son glaive , i^?'"r^* le monarque russe ; son audace était augmentée par la conquête d'Astrakhan dont il était par-^ venu à s'emparer ^ parce que cette ville , d'ailleurs peuplée de riches marchands y ne possédait qu'une armée peu nombreuse > et qu'elle était mal dé-

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