‹ Histoire de l'empire de RussieChapitre 14 sur 45 · X6 HISTOIRE · texte numérisé non relu

X6 HISTOIRE

i57î. s'approchèrent par un a^itre chemin de Serpoukof, où se trouvait Jean lui-même avec sa légion. Dans une telle circonstance il fallait de la re'solution, de la grandeur d'ânie. Que fit le tzar? Il prit la fuite !..#• Arrivé en toute hâte à Kolomna^ il se rendit aussitôt à la Slobode Àlexandrovsky, évitant de traverser sa capitale , et partit ensuite pour Yaroslavle, afin d'échapper à Fennemi et aux traîtres, car il s'imaginait que ses généraux voulaient le livrer aux Tatars. Uà. ville de Moscou, abandonuée, se trouvait sans troupes > sans chef, sans aucune ressourcé, et le khan n'en était plus qu'à trente verstes ! . . . Dans ce pressant danger, les voïévodes arrivèrent à marches îPorcées des bords de l'Oka , et assez à temps pour la défendre. Mais au lieu d'aller à la rencontre des Tatars, pour les combattre en rase campagne > ils prirent le parti d'occuper les faubourgs , encombrés par une innombrable foule de fugitif des villages environnans. Us réso*lurent de s'y défendre au milieu d'édifices pressés et&ciles à détruire. Chacun des voïévodes, à la tête d'un détachement, occupait une rue particulière. Leiendemain, jour de l'Ascension (24 mai), le khan fit sa première attaque contre Moscou, et, comme on aurait dû le prévoir,^il fit mettre le feu aux faubourgs. Le temps était calme et

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serein (91). Dès le matin ^ les Russes s'étaient 1571. courageusement préparés au combat; tout à deMoîcoti coup ils se virent entourés de flammes : les maisons de bois et les chaumières étaient en feu sur dix points différens. Une épaisse fumée ^agitée par un rent impétueux^ obscurcissait le jour, et, dans peurd'instans, la Tille fut entourée d'une mer de flammes qu'aucune force humaine n'aurait pu arrêter. Le bruit, l'épouvantablfe mugissement de l'incendie , répandaient la terreur dans la capitale, et les habitans , les soldats éperdus , cherchant à se sauver , périssaient sous les ruines des maisons embrasées , ou dans la foule qui se précipitait dans l'intérieur de la ville, à Kitaï-Gorod; partout repoussés par les flammes, ils se jetaient dans la rivière, où ils trouvaient la mort« Personne ne songeait ni à commander, ni à obéir. On parvint seulement à murer la porte du Kremlin, refusant à tout le inonde l'entrée de ce dernier asyle de salut, protégé par de hautes murailles. Les malhéu*» reux habitans étaient consumés ou étouffés par la chaleur et la fîimée, dans les églises de pierre. Les Tatars essayèrent en vain de piller les faubourgs; le feu les en chassa : le khan lui-même^ effrayé à l'aspect de cet enfer, se retira à Kolo-' mensky. Dans l'espace de trois heures, la ville.

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i53i. les feutour^, tout fut détruit , et Moscou n'eiis* tait plus! • • • • Le Kreniliii seul avait échappe au désastre; c'était \k > daB$ l'église de rÂssomp^ tiou> (}ue s^ét^f eufermé le métropolitaiot.aTec les objets, dijL culte et le trésor. Le palais favori de Jeauj^ situé à l'Arbath, u'oSVait plt*s que des, ruines^ Le nombre d^hommes qui périrent dans cette fatale journçe est incroyable^ car il fitt dei plus de cent vingt mille soldats ou citoyens^ s^, compter les femmes > les enfai^ y et les hs^ bjltaus des.campagpes réfugiés à Ad^s^oujce qui^ eQ, totale s'éleva jusqu'à huit cestt millevâmjes(ga)» I^e prince Belzty fu4 trouvé mont da^is une cave 4c| sc»;i hptel; le boyard M4chel,¥oronoï^ Âmolphoi I^i^sçy^ premier médecin de Jean ^ ainsi, que vj^gt-^cinq négociais anglais ^subirent le même, sort } des cadayres .d'hommes et de chevaux à, demi-brûlés étaienitj a];n0fîC6lés iSur les. cendms. Celui :f rapporte up , té W)iQ oculaire , gui a vm cett^ catmtropff^ , s^er^ soupisnt toujours. jOiUeQ^ uri,nQupel effroi j, et prie JJtieu de lui. épargnex^ à jfpnq^s uTk Q^d qffremç speofwle. (gS)^

Djeylet-Q^jiieï .ét?^it s^tisi^i}:i ! il ne Jugea paê à propos d!|issiéger le Kremlin > et,, après avoir copteu^).é ^ du sommet des montagnes de Voror. bicîf ; un, esip^çç, de- trcpit^^i^ vcr3tjB^ (94) couvert de cendres fiw^Pte^» tri^t#. mo^mmeut d^soa

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trioDl]^e> il reprit le ekeittin de ht Tauride^ i^i* -effrayé par la fattôde nouvelle ijue le dtAc ou roi ^Magiitis s^Vançait à la tête d'une armée formidable. Jeab apprit à Rostof la retraite de Tendemi ; il ordonna aussitôt au prince Voiotynsky d'aller à la poursuite du khan ; mais ^ malgré *Ia célérité de ce voïévode, les Tatars eurent le temps de ravager la plus grande partie des pro^ •vinces situées au sud-est de Moscou et d'entraîner en Tauride plus de cent mille prisonniers* 'S41 était refisté dans l'âine de Jean la moindre 'étincelle de générosité , il serait devenu y après *ette aflfîpeuôe calamité^ le consolateur de son peuple : au lieu de cela y fuyant un théâtre de terreur et de larmes , il s'éloigna des ruines de sa capitale et retourna à la Slobode^ donnant •l'ordre de déblayer Moscou des cadavres qui inifectaient l'atmosphère. Comme on manquait de liras pour ies enterrer, on n'inhuma- avec les cérémonies religieuses que les gens distingués "par leur rang ou leurs richesses. Le reste fut jeté dans la Mpskva , en telle quantité que son cours se trouva iïitert*ompu : ces monceaux de corps ^empoisonnaient l'air et les eaux; les puits étaient eu desséchés ou comblés, de sorte que les débris de ta population succombaient à l'ardeur de la itoif. Enfin, on fit venir les hàbitans des villes

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1571. voisines; on retira de la rivière les cadavres qui l'ei^ombraient et on leur dpnna la . sëpuL*^ tui^er C'est ainsi que le courrou3f céleste vint frapper la Russie* Que manquait^il encore ^ ses in?fo|*t^ne$ après la famine^ la peste ^ le kt, lefeu^ 4a captivité, enfin un tyran pour maître ?

Nous verrons maintenant l'extrême lâcheté de ce tyran dans. un revers, le premier et le plus fu-, peste de son règne. Le 1 5 juin, il se rapprocha de Moscou et s'arrêta à Bratovtchina, où il trouva deux envoyés de Devlet-Ghireï qui , sortant de la ^lussie en triomphateur y désirait s'expliquer avec lui. Le tzar, les boyards et les officiers de Ja cour étaient yêtus simplement , en signe de d^uil ou par mépris pour Iç khaii. Jean^d^nianda à l'envoyé des nouvelles de son maître : « P^oiqij » répondit celui-ci , ce que notre tzar t^ fait » dire» Nous nous donnions réciprQquement le » titre d'aniis ; aujourd'hui nous sommes en- 7) nemis ; niais les frères se querellent et se ré- ]} concilient. Rends - nous. Kazan et ^striakhaii )\ et j'irai de bon coeur faire la guerre à .<?eux » qui te veulent du mal. » A ces mots l'enyoye présenta le présent dç Devlet-Ghireï j c'était un poignard monté en or : Mon maitre^ ajoutait-il , y a porté à sa ceinture ; fij^i^ cpmme lui. J^l f?o^fait aussi t^ envoyer isn chipai ^ iwiis[ tous les

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siens sont fatigués de la course qu^ils ont faite iS?». dans ton pays. Jean refusa ce présent peu convenable et se fit lire la lettre de Devlet-Ghireï , dont Yoici la teneur : Je brûle ^ je r^Lvage la Russie y sans autre motif que celui de venger Kazan et Astraihan; sans songer à V argent y aux richesses y que je regarde comme de la poussière. Je t^ai cherché partout y àSet^ouhhofy à Moscou même : je voulais ta couronne et ta tête; mais tu as fui de ces deux villes et tu oses te vanter de ta grandeur y prince sans courage et sans honte l Je connais maintenant le chemin de tes États : j^y retournerai bientôt si tu ne rends pas la liberté à mon ambassadeur y que tu retiens inutilement en captivité^ si tu ne fais pas ce que j^ exige de toi y si tu te refuses enfin d me jurer fidélité pour toi y tes enfans et tes des^ cendans. Quelle fut en cette circonstance la conduite de Jean? lui qui montrait tant de hauteur dans ses relations avec les monarques chrétiens de l'Europe! Il adressa au khan une humble supplique renfermant la promesse ^e l^i céder Astrakhan y après la oonclusion solennelle de la paix. Il le conjurait de ne pas troubler, jusqueslà, le repos de la Russie, et ne répondait rien aux injures, aux ironies amères de Devlet-Ghireï , consentant à mettre en liberté Fambassadeur de

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ï57i. Crîiwe, si le khan youldit laisser Atkanaœ JVagoï retourner en Russie^ et envoyer à Moscou un de $es grands dignitaires pour entamer des nëgocia^ons de'finitïves. Prêt, en effet, à se désister, au besoin, de sa brillante conquête, Jean écriyit à Nagpï, détenu alors en Tauride , que, de concert avec le khan, la Kussie devait au moins con£ri;ner les tzars d'Astrakhan sur leur trône , c'est-à-dire qu'il voulait conserver une oinbre de domination sur ce royaume. Trahis^ saut ainsi l'honneur et les intérêts de ses Etats , il n'hésita point à abandonner également les jfrincipes de notre JÉlglise; pour complaire h J)evlet-Ghrireï , il lui livra , à la même époque, un illustré captif de Crimée qui , de son propre gré , avait embrassé le christianisme à Moscou et que cette extradition eiq)osait à être.martyri&é ou forcé à changer de religion; affreux scandale pour l'orthodoxie !

Courbant ainsi son orgueil devant les Tatars^ Jean semblait se réjouir d'une nouvelle occasion d'arroser de sang son malheureux pays. Les rui-* nés de Moscou étaient enftore fumantes ; les Tatars dévastaient nos provinces , et déjà le tzar donnait à ses sujets la torture et la mort! Nous avons yu plus haut que des traîtres avaient conduit Devlet-Ghireï vers la capitale. Jean pou-

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valt attribuer à cette trahiâon lès sœcès de >57i. rennemi : elle lui paraissait suffisante ^ur justifier le délire de sa rage ; cependant il l'appuya bientôt sur un prétendu crime dont l'impciptance était aussi. grave à ses yeux. Ennuyé de son veu- YBge^ bien que. peu scrupuleux sur les lois de la chasteté^ il cherchait ^ depuis long-temps > une troisième épouse, affaire que Tinvasioft des ,Tatars avait interrompue et qui fut reprise dès que le danger fut passé. On amena au tzar, dans la Slobode Alexândrovjsky;9 des jeunes filles de toutes les villes de l'Empire , sans distinction de naissance, et au nombre de plus de deux mille., Char cune lui ayant été présentée séparément, il c^ choisit d'abord vingt-quatre , efr paitmi cellesci, dpuze que le médecin elles sages femn^es eurent Toï^dre de visiter. U compara loijg - temps leur beauté , leurs grâces, leur esprit, et don^a enfin la préférence à Marfa Sabakin, fille d'un Nouveau marchanddeKovgorod.il choisit enmémetemps j^nf^* * pour épouse à son fiils aîné Eudoxie Sabourof. Les pères de ces beautés heureuses furent élevés, de simples rot^iers, auc^ang de boyaitis : <^ oncles de la future tzcy:*ine reçurent la dignité d'x>kolniks , et sonirèi^ celui de grand éch§n6on* Avec iCes ^titres on leur d<imna pour richesses , le butin d^6 exécutions , biens <e(msidérables tdbntt

1571. on avaiè" dépouille d'anciennes familles de princes et boyards. Tout à coup la fiancée du tzar tomba •malade et commença à maigrir d'une manière surprenante. On répandit le bruit qu^elle avait été ensorcelée par de secrets ennemis , jaloux du bonheur domestique de Jean. Les soupçons se portèrent aussitôt sur les proches parens des défttntes tzarinès, Ânastasie et Marie. On ordonna une enquête > c'est-à-dire que les menaces et les promesses furent prodiguées pour obtenir des ayeux ou des calomnies. Sans avoir sur cet événement des détails circonstanciés, nous connaissons au moins les noms des victimes de cette cinquième époque des meurtres et le

Cinqniè- genre de leûr'mort. Le prince Michel Temgroudeft meur- kovitsch , bcau-frère de Jean, farouche asiatique, qui s'était quelquefois conduit en général illustre , et souvent comme le plus odieux des bourreaux, comblé tour à tour de faveurs ou d'humiliations à plusieurs reprises , enrichi et dépouillé par le bon plaisir du tzar, était chargé de poursuivre Devlet-Ghireï avec le corps des opritchniks. Il se mît en marcàe ; mais tombé tout à coup en disgrâce, il fut empalé! Le boyard Jean Yakovlef , qui , en 1 566 , avait échappé à la mort; Basile son frère, par*qui avait été élevé l'aîné des tzarévitchs; Sabourof, neveu de l'in-

tres.

fortunée Salomonie^ première ëpouSte du père ^^vde Jeau^ pe'rirent par le knout. Le bpyard Léon Soltikof ^ enfermé d'abord dans le monastère de la Trinité^ fut bientôt mis à mort. On imagina alors un nouveau genre de supplice. Elisée Bomélius^ cet exécrable calomniateur y cet indigne médecin dont 'nous avons déjà fait mention 5 proposa au tzar d'employer le poison pour exterminer ses ennemis , et composa ^ dit-on , un breuvage mortel avec un art si infernal^ que Fhomme empoisonné expirait précisément à Finstant indiqué par le tyran. C'est ainsi que Jean fit périr Griasnoï , l'un de ses favoris , le prince Gvosdof- Rostoysky et plusieurs autres seigneurs accusés de complicité dans l'empoisonnement de sa fiancée , ou d'avoir trahi leur souverain en ouvrant aux Tatars le chemin d^ Moscou (qS). Cependant^ la 2S octobre^ le tzar épousa la malade^ espérant^ comme il le disait luif^même^ l'arracher à la mort par cet acte d'amour et de confiance dans la miséricorde du Tout-Puissant. Six jours après son mariage ^ il ordonna celui de son fils avec Eudoxie; mais le banquet nuptiatfiit terminé par des fïiné- Mon de raille^! Marfa expira le i5 novembre, peut-être victime de la méchanceté des hommes y peut-être au^si cause inftrtunée de la perte détantd'innocens. Dans l'une et l'autre hypothèse, son cercueil.

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t57i. place au Gouvent 4es religieuses de FAscension y à côté deceut des deux premières épouses de Jeao^ est, pour la postérité^ un objet d'attendrissement et de pénibles réflexions.

Consolé par la yengeance^ Jean chercba de nouvelles distractions dans les affaires de l'État. U craignait une seconde inirasionduklianetYoalut prendre des mesures propres à garantir la sécurité de Moscou. En conséquence, il décida que cette capitale n'aurait plus de faubourgs, et, transférant dans l'intérieur de la Tille les marchands et les bourgeois, il défendit de construire des màisops de bois élevées, toujours dangereuses en cas d'incendie. Il passa la revue et fît la répartition de ses tt*oupes; ensuite il donna à Sahim-Boulat, tzar^*de Kassimof, l'ordre de marcher contre les Suédois, se dirigeant sur Orécheck avec l'avant-garde de l'armée russe. Lui-même se disposa à partir pour Novgorod, laissant paraître de la répugnance à visiter ce -théâtre de supplices barbares, affreux monument •de sa fureur; ces lieux où, au milieu d'un lu-

gubre silence, les pierres semblaient élever la voix contre le destructeur des hommes; cette cité de douleur, livrée aiu désespoir, à la misère, ^t dévasiée encore par dèsmaladhes contagieuses. Les lieutenans du tzar à Novgorod donnèrent

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ordre à loua les habitans de se réunir devant le 1571. palais épiscapal^ alors inhabité et désert. Là ^ on leur fit lecture d'une lettre de Jean^ dans laquelle il les engageait à être sans crainte et à prépare]:^ conformément aux anciens, usages^ des vivres pour son arrivée. Aussitôt on lui arrangea une maison ; on plaça dans Féglisè de Sainte<*Sophie un nouveau dais> au-dessus duquel on suspendit une colombe d'or^ en signe de paix et de réconciliation , et l'on restaura le siège du ^ métropolitain dans ce* temple orphelin de son pasteur» Les mesures les plus sévères furent prises pour la conservation de la santé du tzar. Il y eut défense d'enterrer en ville les hommes m^orts de maladies contagieuses et Ton destina à leur. sépulture Un cimetière situé au. bord du Volkhof^ aux environs du monastère de Khoutyn* Du matin au soir des patrouilles parcouraient les rues^ visitant les maisons^ fermant celles où la maladie s'était «déclarée. Il était interdit aux prêtres, eux-mêmes d'approcher des malades^ sous peine ^ en cas de désobéissance , de^ se voir les uns et les autres condamnés à être brûlés vifs. Cette excessive sévérité pro- ^lîsit néanmoins un résultat avantageux^ car elle arrêta les progrès du mal^ et> à l'entrée de l'hiver> le clergé annonça solennell^tnent à l'en-

1571. voyé du tzar que la mortalité avait cesse à Nor- < gorod* Le 2 3 de'cembre, les habitans eurent la sa-^ tisfaction de voir arriver Léonidas^ leur nouvel archevêque , qui avait ëtë sacré à Moscou. Le lendenxain^ le tzar fit son entrée à Novgorod' avec ses en&ns et les^ grands oiBciers de sa couronne. Malgré la perte d'un si grand nombre de dignitaires , la cour moscovite paraissait encore brillante pi magnifique. On voyait encore autour du trâne des hommes respectables par leurs cheveux blancs et par les services qu'ils avaient rendus à leur patrie. Le conseil militaire était composé de douze boyards ou princes, (Je plu-, sieurs grands officiers et des dçux secrétaires André et Basile Chtelkalof, principaux hommes d'État depuis la mort de l'infortuné Viscovaty. L'armée se rassemblait à Oréchek et à Dorpat , afin d'attaquer en même temps la Finlande et l'Esthonie, pour se venger du roi de Suède qui n'avait pas exécuté le traité conclu par Erik , autant que pour réparer la honte de l'infructueuse tentative de Magnus ^ur Revel.

Affaires Toutcfois Ics céudrcs de Moscou, l'appauvrissement de la Russie et les nouvelles craintes qu'inspirait le khan, faisaient pencher le tzar pour une paix que, seulement, il voulait honorable. * Les ambassadeurs suédois, exilés à Mourom^

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ffirtnl amenés à Novgorod où on leur fit con- 1571. naître les conditions auxquelles leur grâce était accordée. Jean exigeait du roi une somme de 1 0^000 écus pour FofFense que Voronzof et Naoumof avaient reçue à Stockholm; il demandait en outre la cession de toute FEsthonie et des mines d'argent de la Finlande : il voulait que la Suède conclût avec la Russie un traité d'allianci^ offensive contre la Pologne et le Panemarck^ et s'obligeât à lui fournir mille honimes de cavalerie et cinq cents d'infanterie: enfin que^ dans ses dépêches , le roi lui accordât le titre de maitre de la Suède et qu'il envoyât à Moscou les armes de son royaume pour être gravées sur le sc^au du tzar ! Épuisés par une cruelle captivité , les ambassadeurs craignirent d'irriter Jean, autant pour leur propre qompte que pour les intérêts de la Suède , affaiblie et menacée d'une invasion formidable; en conséquence, ils implorèrent l'intercession des tzarévitchs et des boyards , les suppliant d^engager le tzar à user de modération; à leur laisser la liberté dm retourner auprès de leur maître et à attendre, en paix, sa réponse. ïls ajoutaient que la Finlande ne contenait point de mines d'argent et que la Suède était un pays pauvre , absolument hors d'état de nous fournir des troupes. Au moment oîi ils fu- .

1571. re»t présentes à Jean^ ils se prosternèrent devant lui ; mais ce prince leur ordonna de se relever, w Je suis> dit-il, un monarque chrétien » et je ne* souffrirai pas que Ton se prosterne en » ma présence. » Ayant fait alors la re'capitulation des torts du roi , il renouvela ses prétentions et continua ainsi : « S^il n^ exécute pas » notre polontéj nous perrons qui de nous deux )} aVépée mieux aiguisée {^Q). » Ensuite il leur de'clara que lorsqu'il avait démandé à Erik de lui livrer Catherine, il Favait crue veuve et sans enians; que, par conséquent, il n^àvait point transgressé leè lois divines, n'ayant d'autre but que* d'obtenir un otage capable d'imposer à Sigismond. Les ambassadeurs lui doQnèrént l'assurance que le roi réparerait ses torts et en demanderait pardon au tzar. Admis à la table de Jean, ils signèrent après dîner un acte où il était stipulé que le monarque russe, faisant succéder la miséricorde à la colère dans ses rapports avec la Suède', consentait à ne pas attaquer ses provinces jusqu'à la Pentecôte , sous la condition que le roi lui enverrait à Novgorod de nouveaux ambassadeurs, avec 10,000 écus pour dédommagement de l'insulte faite à Voronzof et Naoumof, deux cents hommes de cavalerie armés d la manière des Allemands et quelques métal-

lurgistes habiles ; quHl permettrait ^exporta- 1571. tion , en Rassie , de diverses marchandises ^ comme cuivre^ ëtain^ plomj)^ naphte^ soufre^ et qu'il laisserait librement passer pour s'y rendre des médecins , des artistes et dès hommes de*guerre. Dans une conversation amicale avec Févêqne d'Abo, les boyards lui demandèrent des renseignemens sur l'âge, l'esprit et l'extérieur de la jeune soeur du roi, témoignai^ le dësir d'avoir son portrait et donnant à entendre que le tzar pourrait se dc'cider à l'e'pouser (97) : enfin, on laissa partir les ambassadeurs pour Stockholm, alunis d'une lettre adressée au roi. Je serai implacable ^ lui écrivait Jean, si vous ne renoncez pas à la Liponie. V^ous espérez en vain des secours de V empereur y et vous pourrez dire ce qu^il vous plaira y vous* ne défendrez pas votre pays avec de belles paroles* Alors lei tzar fit savoir à son armée que, par égard pour }es supplications des Suédois , l0s hostilités étaient suspendues. Après un mois de séjour à Novgorod , pendant lequel il ne fut commis aucune violence, il quitta cette ville le 18 janvier: ; il avait aupa- 157a. ravant rétabli , selon le vœu des habitans , l'ancienne coutume des duels judiciaires et nommé les princes Mstislavsky et Pronsky lieutenans de Novgorod.

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