Tome IX
1573. La première affaire dont il sf occupa après son retour à Moscou ou à la Slobode Âlexandrovsky^ causa un scandale jusqu'alors inoui dans l'Église russe, c'est-à-dire qu'ayant choisi pour femme Anne Koltovskoï^ d'une naissance obscure ^ il se maria pour la quatrième fois, ne jugeant pas même nécessaire de demander la bëne'diction épiscopale ; cependant , touché de repentir, il convoqua bientôt les évêques et les conjura de confirmer ce mariage. A cette époque, Cyrille étant décédé, le concile était présidé par Léonidas^ archevêque de Novgorod, prélat avide de richesses, complaisant et vil. Lorsque les éyêques furent solennellement réunis dans l'église de l'Assomption, Jean leur parla en ces termes : Des méchana ont fait p4ri^j par leurs sortilèges , Anastasie , ma première 4pouse : la seconde^ princesse tcherhesse , également empoisonnée ^ a expiré au miliewde douloureuses convulsions. J*ai lohg^îemps hésité avant de me décider à un troisième mariage^ commandé par mon tempérament et par la position de mes enfans qui n^ ont pas encore atteint l^dge de raison y leur jeunesse m^ empêchait de quitter le monde ^ et y idvre sans femme me paraissait scandaleux. Béni par le métropolitain Cyrille y y ai cherché long-temps une épouse, que j^ ai enfin
choisie après un mûr examen. Mais la haine 1579. et Venpie ont fait périr Marpha qui y réeU lementy n^a été izarine que de nom. A peine fiancée y elle a perdu la santé ^ et , quinze jours après son hym^en, elle est morte vierge. Désespéré y abattu par le chagrin y je voulais me consacrer û la vie monastique; mais ayant reporté mes regards sur la jeunesse de mes enfans et la détresse de mes États y j^ai osé me marier une quatrième fois. Je supplie les saints évèques de m' accorder V absolution et leur bénédiction. Cet acte d'humilité d'un souverain puissant ( disent les actes de ce concile) toucha profondément l'assemblée des prélats qui versaient des larmes sur la faute et sur le coupable. On fit lecture des canons œcuméniques , on en discuta l'application et il fut décidé que le mariage serait confirmé en faveur du fervent y de V humble repentir du monarque y et en lui intimant défense d'entrer dans l'église avant le jour de Pâques, comme de s'approcher, jusque-là, de la sainte table et de ne manger de pain béni que les jours de fête. Il lui était également ordonné de se placer à l'église, pendant une année, avec les pénitensy et une autre avec les fidèles. Mais, en cas de guerre, on le relevait de cette pénitehcè, dont les prélats se chargeaient eux-mêmes, s'enga-
»57a. gçant en même temps à prier pour la tsarine ^ Anne. Afin cpie Faction illégale du tzar ne trouvât point d'imitateurs parmi le peuple , ils menacèrent d'un anathéme fulminant celui qui 39 Avril, oserait convoler en quatrièmes noces. L'acte d'absolution fut signe paf trois archevêques, seize ëvêques , plusieurs archimandrites jet les
^ ^ prieurs des couvens les plus respectés. Ayant ainsi tranquillisé la conscience de Jean, ils s'occupèrent d'une autre affaire importante , l'élection Mai. d'un métropolitain. Antoine, archevêque de Polotsk, fut honoré de ce titre.
Cependant le tzar, bien qu'il désirât la paix, faisait des préparatifs de guerre : il appelait au service tous les enfaris-boyards , faisait fortifier Bolkhof, Orél, villes du midi, fondées depuis peu de temps dans un désert, entrait eîQ négociations avec plusieurs puissances de l'Europe, et renouvelait l'alliance de la Russie avec l'Angleterre. L'indifférence qu'avait montrée la reine Elisabeth, lors de la confidence du {)rojet de chercher un asyle en Angleterre , avait vivement ercité le mécontentement du tzar, et peu s'en fallut qu'il ne chassât de ses États tous les marchands de Londres, accusés d'une avidité déloyale •• Afin de l'apaiser, Elisabeth lui envoya, pour la quatrième fois, Jenkinson, chargé
de lui portçr les assurances d'une amitië sincère i^^* et inaltérable. Jean répondit : « Pourquoi donc » la reine ^ uniquement occupée des avantages D du commerce anglais.^ ne m'a-t-elle pas té- » moigné le moindre intérêt dans des circonsw tances décisives pour mon sort? Je sais que la » négoce est d'une grande importance pour un 1) Etat ; mais les affaires particulières des sou-^ » verains doivent passer avant celles des mar-^ » chands. » Jenkinson cherchait à justifier Elisabeth , en rejetant tout le tort sur l'ignorance des interprètes qui avaient mal rendu ses exprès*» sions animées d'une vive amitié pour le tzar. Il s'informa des griefs reprochés aux marchands anglais^ et^ récapitulant les services qu'ils avaient rendus à la Russie^ il s'efforça de prouver que , conformément à la volonté de leur rein^y ils avaient contribué aux succès de nos armes en Livonie, en s'opposant aux entreprises des puisv sances du Nord, dont l'intention était d'intercep* ter la communication maritime de Narva^ afin de priver la Russie des avantages du commerce de la Baltique. Satisfait de ces explications^ Jean déclara qu'il faisait gr^ce à tous les Anglais^ sans vouloir expliquer leur délit. Il ajouta : « Je n'accuse pas ceuxà qui je pardonne. Soyons Jû amis comme auparavant. Le secret que j'ai
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'^'^- .» confié à la Reine ne doit jamais être divulgué. » A la vérité les circonstances sont changées » aujourd'hui ; toutefois, en cas de besoin, j'ou- » vrirai mon âme à Elisabeth n. ma bien-aimée » sœur , avec une confiance absolue, » C'est-àdire qu'après la destruction de ses prétendus ennemis domestiques , il ne songeait plus à se réfugier à Londres. Jenkinson, ayant donc ob-tenu pour les marchands de sa nation une autorisation nouvelle de commercer en Russie, proposa d'établir à Astrakhan un comptoir pour les échanges de marchandises avec la !^erse et de construire dés magasins à Kolmogore. Il demanda ensuite ,
i'. Qu'on laissât aux artistes et ouvriers anglais qui se trouvaient à Moscou pleine liberté de retourner dans leur patrie ; ^
3^. Qu'il fût tenu compte aux négocians anglais de la valeur des marchandises par eux fou]> nies à crédit à pliisieurs gentilshommes du tzar suppliciés;
3**. Que le montant des pertes à eux occasionnées par l'incendie de Moscou , leur fÙt également remboursé.
Il paraît que ces diverses réclamations furent désagréables au tzjar. Il répondit que les étrangers étaient maîtres d'habiter ou de quitter la
Russip : au sujet des dettes « il promit de faire '^73 prendre des informations sur leur validité ^ ajoutant que doxiénavant il ne voulait plus en entendre parler; enfin qu'il ne pouvait être responsable des dommages de l'incendie et des effets du, courroux céleste ^ qui avaient réduit en cendres la ville de Moscou. Jenkinson^ munid^une lettre amicale pour Elisabeth ^ fiit congédié avec honneur.
Dans seÈ nouvelles relations avec le Dane- Négociamarck et la Pologne^ Jean ^ fidèle aux anciennes le Danemaximes 5 se conduisait av^c une orgueilleuse la Pologne opiniâtreté. Frédéric y roi de Danemarck ^ qui . ne lui avait pas donné connaissance de son alliance avec la Suède ^j ne paraissait prendre aucun intérêt à la destinée de Magnus ; mais il donnait au tzar de continuelles assurances de son amitié inaltérable : il se plaignait de ce que les Russes enlevaient aux Norvégiens leurs terres, leurs pêcheries 9 et demandait £?&« lettres de sauvegarde pour les ambassadeurs de Maxi<milien, qu'une affaire importante appelait à Moscou. <( Frédéric fisiit très-bien, répondit le » tzar, de vouloir être notre ami fidèle jusqu'à » la mort; mais ce que je n'approuve p^s, c'est » que , sans notre permission , il contracte al- )) liance avec l'ennemi de la Russie. Il faut qu'il
i^a. )) change de système; qu'il embrasse la même » cause que nous^ et persuade ai;x Suédois de » se soumettre à nos volontés^ Quant aux aiSaires » de la Norvège, nous prendrons à ce sujet >i d'exactes informations^ afin de lui en rendre a satisfaction dans un court délai. Nous atteni) dons les ambassadeurs de notre frère Maxii) milieu. La route est libre pour leur arrivée » ici y comme pour leur retour en Allemagne, n Harabourda , envoyé de Pologne y détlara à Jean que^ dans plusieurs villes d'Allemagne^ onfai^ sait circuler sous son nom des lettres injurieuses pour Sigismond , remplies de mensonges et d'absurdités. Il demandait que le tzar désavouât hautement ces calomnies répandues par la haine. « Le duc Magnus, disait-il ^ envahit les domai-r » nés royaux avec le secours des Russes^ et^ au )» mépris des articles du traité , ceux-ci ont ocn cupé Tarvast. Enfin Sigismond serait disposé » à céder à la Russie plusieurs villes de la Li- » vonie^ en échange de Folotsk. » Chelkalof^ secrétaire du tzar , fut chargé de répondre à ces diverses demandes. Selon lui^ les libelles répandus contre le roi avaient été fi)rgés par les Allemands^ .Taube. et Kreuse^ pour réfuter les choses indiscrètes avancées par Sigismond. Ces deux vagabonds s' étant réfugiés en Pologne > le roi
doit les envoyer à Moscou pour y subir la peine 1572. quHls ont méritée et w alorè^ ajoutait^il ^ le tzar » déclarera incessamment à tous les souverains » de l^ Europe que q^s lettres ^ offensantes pour » Sigismondj sont apocryphes : quant a la ville » de Tarvasty jelle est occupée par nos troupes » parce qu^elie nous appartient. Magnus n^at- » taque point les domaines de la Pologne y mais I) seulement ceux de la Suède» Si le roi veut abani> donner toute la Lsivonie à la Russie y nous lui » céderons Polotsk et la Cour lande : et au sur^ » plus , pour terminer une affaire de cette im-^ » portancey Jean attendra à Pshofles ambassan deursduroi
En efFet^ le tzar se disposait à faire un nouveau oëpande voyage à Novgorod pour conclure la paix ou con- No^JJod! tinuer la guerre avec la Suède, quHl méprisait;
et dans quelles circonstances! au moment
où, ne recevant pas de nouvelles de la Tauride, il lui était facile de deviner les intentions hostiles du khan! lorsque, déjà, des bruits, avantcoureurs du danger , annonçaient une Nouvelle invasion des Tatars , et que la sûreté de Moscou, celle, de la Russie, nécessitaient la présence du souverain dans une capitale à peine sortie de ses cendres, faible , encore effrayée par Faffreux souvenir de ses derniers malheurs ! Ce projet de
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iSja. Jean semîîlait n^avoir d'autre but que celui de > chercher sa sûreté personnelle dans une contrée éloignée. Il fit expédier sur Novgorod quatre cent cinquante chariots chargé^ de trésors et partit, emmenant avçc lui sa jeune épouse 5 ses deux fils y le tiarévitch Michel , fils de Kaïboula ; Etienne, voïévode de Moldavie; Radoul, voïévode de Valachie ; les frères de la tzarine, Grégoire et Alexandre Koltoysky , un petit nombre de boyards, .ses favoris, ses secrétaires et sa troupe d'élite. La preuve qu^il prévoyait le siège de Moscou, c'est qtt'il en confia la défense aux princes Takinatof et Dolgorouky • 11 laissa aussi un corps d'armée en campagne. Le plus illustre - de ses capitaines , le prince Michel Vorotinsky , le boyard Schéréméttef , lés princes Odoïevsky et Khovansky^ ses dignes compagnons d'armes^ étaient campés sur les rives de l'Oka pour »ttendre et repousser les TataTS. Le tzar leur donna son bataillon allemand composé de sept mille hommes et commandé par Georges Fahrensbach ; mais lui-même était déjà loin de sa capitale !
A son arrivée à Novgorod, il envoya des renforts à Dorpat , à Fellin ; il attendait des nouvelles du roi de Suède , et il écrivait à Sigismond que le succès des affaires d'État dépendant du
ehoix des hommes par cpii elles étaient traitées , 1572. le Castellan Trotzky , . Eustache Volorviteh et le secrétaire Harabourda lui paraissaient^ plus que tous les autres grands de Pologne^ habiles à procurer à leur patrie une paix solide afvec la Russie : .le Roi ne jugea à propos d'acquiescer aux désirs de Jean^ car il lui répondit que ses ambassadeurs seraient des dignitaires aussi es^ timés que Volofvitch et Harabourda. Cette lettre de Sigismond fixt sa dernière au tzar. Il mourut le 18 juillet 5 laissant aux grands de json pays le conseil d'offrir la couronne des Jagellons au monarque moscovite. Us s'empressèrent d'annonccfr au tzar là mort de Sigismond^ promettant d'entamer bientôt avec lui des négociations d'une haute importance. Une perspective nouvelle, favorable à l'ambition de Jean , s'ouvrait devant lui..«. • Néanmoins, à cette épdque, le désir de conquérir de nouveaux États occupait moins sa pensée que les moyens dç conserver les siens.
Devlet- Ghireï semblait > depuis - quelque temps, livré à uîne complète inaction^ Il se reposait, mais sans, desseller ses chevaux. Peu sa- ^tiafait d'avoir désolé la Moscovie, d'avoir abaissé l'orgueil de Jean , il conservait l'espoir de s'enrichir, une autrefois encore, de butin et de pri-
ï572. sonniers , sans livrer bataille ; il se croyait certain d'atteindre notre capitale > de détrôner , même d'expulser le tzar sans rencontrer d'obstacles et n'ayant qu'à tue^ des hommes désarmés. Un jour il dit à seshoulans^ aux princes > aux grands de sa cour, « au lieu de perdre son )) temps à une correspondance fallacieuse , il » faut décider , avec le tzar de Moscovie en » personne y l'a0aire d'Astrakhan et de Kazah. » Aussitôt il se précipite, par une route qui lui était déjà connue , vers le Don et l'Ongra , traversant, sans aucun danger, des stepps, des villes incendiées, des villages en ruine, et à la tête d'une; armée telle que les khaiiis n'en avaient point rassemblée depuis Mamaï, Tokhtamouich et Akmet. Il s'y trouvait des Nogaïs, des Janissaires du Sultan et un train d'artillerie considérable. Les Russes , peu nombreux > se tenaient renfermés dans leurs forteresses j rarement voyait-on en campagne quelques cavaliers; encore y paraissaient^ls comme éclaireurs , et non pas pour combattre. Bientôt le khan découvrit l'Oka, et, sur la rive gauche de ce fleuve, à trois verstes de Serpoukhof , il aperçut l'armée moscovite dans des retranchemens^, garnis de fortes batteries. Cet endroit était regardé comme le plus propre au passage ;' le khan , trompant
Fattention des Russes par une vire canonnade , iS?^. trouva un gué moins défendu, de sorte que le jour suivant il était sur la rive gauche de FOka et sur la route de Moscou ^
Cette nouvelle parvint à Novgorod le 3 1 j uillet. Le tzar, dissimulant le trouble intérieur dont son âme était agitée, donnait des fêtes et des banquets à l'occasion des noces de son beau-frère Koltovsky , et faisait noyer des enfans-boyards dans le Volkhof. Il avait encore des troupes, mais il n'était plus tenjps de les envoyer à la^léfense de la capitale. Il attend donc, dans l'inaction, des nouvelles décisives, tandis que Moscou, livrée à la frayeur, apprenait que déjà le khan désignait dans son enceinte les maisons que devaient ha- . bi ter les grands de Crinaée. C'était le moment de décider si le tzar courroucé avait raison d'accuser les généraux russes de lâcheté , d'insousiance , de froideur pour le bien-être et la gloire de leur patrie • ' \
Vorotinsky , abandonnant d'inutiles retranchemens, se jeta à la poursuite de l'ennemi, parvint à l'atteindre , le força de s'arrêter et de combattre, le i*'. août, près de Molody > à cinquante verstes de Moscou. L'armée du khan s'élevait à cent-vingt mille hommes , celle des Russes était bien inférieure en nombre : la vic-
157a. toire devait procurer aux Tatars Astrakhan et Kazan, et leur faciliter une libre retraite ; les
• Russes combattaient pour tout ce qui pouvait les attacher à la vie , pour la religion ^ la patrie , leurs familles. Moscou délaissée par son souverain leur causait un vif attendrissement^ augmenté encore par Fidée qu'elle ne s'était relevée de «es cendres que pour subir une nouvelle destruction. Bientôt commença un combat à mort ^ et les rives de la Lopasnia et du Rojaï furent inondées de sang. Outre les ravages de Fartillerie, les combattans , acharnés F un contre Fautre , s'égorgeaient à Farme blanche et cherchaient^ au milieu de la mêlée , à l'emporter d'audace et
• d'opiniâtreté. Vprotinsky combattait et observait en même temps les mouvemens*de l'ennemi : il faisait manœuvrer, il encourageait ses troupes ; il inventait des ruses de guerre et attirait les Tatars dans des positions où ils se trouvaient exposés au feu des batteries cachées, qui en enlevaiait, à la fois^ des files entières. Au moment où les deux armées fatiguées de moi\vemens ra-
^ pides dans tous les sens, commençaient à faiblir, à désirer la fin de Faction , Vorotinsky , couvert de sang et de sueur , se fraie un passage par im vallon étroit et tombe sur les derrières de. l'ennemi.... C«tte habile manœuvre fixa la victoire
«l décida du sort de la bataille. Le khan^ profi- 157a. tant de la nuit, s^enfiiit dans les de'serts, aban- victoire au donnant aux Russes ses bagages, ses tentes et son ^fmsky? propre drapeau ; selon le rapport des contemporains, il ne ramena en Tauride qu'environ vingt mille cavaliers. Les plus illustres de ses princes refièrent sur le champ de bataille,et Di vi-M ourza, le héros des infidèles , le fléau , l'exterminateur des chrétiens, se rendit prisonnier au brave Âlatykin de SouzdaL Dans cette journée, Tune des plus mémorables de nos annales , les Russes sauvèrent et leur capitale et leur honneur; ils affermirent leur domination sur Astrakhan et Kazan, vengèrent l'incendie de Moscou, et, sinon pour toujours, au moins pour long-temps, ils imposèrent respect aux Tatars de Crimée. La terre engloutit leurs cadavres entre la Lopasnia et le Rojaï, à l'endroit où l'on voit encore de nos jours de hautes élévations , monumens de cette célèbre victoire , ainsi que de la gloire du prince Vorotinsky.
Le 6 d'août, cette nouvelle parvint à Novgorod. Le dignitaire Davidof et le prince Nogtef , témoins d'un triomphe auquel ils avaient coopéré, en apportèrent les trophées au tzar; C'était deux arcs et deux sabres de Devlet-Ghireï, qu'ils lui remirent avec l'expression d'une joie à laquelle
157a. ils n'étaient plus habitués. Ils le félicitèrent au nom de ses vaillans voïévodes qui , après Dieu^ lui attribuaient toute leur gloire. Étranger au sentiment de la reconnaissance il ne vit 9 dans cet événement , que le bonheur d'être délivré de ses inquiétudes ; il combla de faveur les n^essagers et les voiévodes , fit sonner les cloches , chanter un Te Deum jour et nuit^ pendant une semaine entière ; et signalant lui-même sa pusillanimité y comme pour prouver que la crainte seule de l'invasion du khan^ et non pas les affaires de Livonie ou de Suède, lui avait fait abandonner sa capitale^ il se hâta d'y retourner avec son épouse 9 se3 fils et toute sa cour> afii^ de recevoir les actions de grâce du peuple pour le salut de la patrie.
, Lettre Avant de quitter Novgorod, Jean écrivit une Suède, lettre fulminante au roi de Suède., ce J'avais » pensé, lui disait-il, que toi et ton p^ys, châtiés » par notre colère, vous étiez revenus de vos or- » gueilleuses prétentions, et j'attendais tes am- » bassadeurs \ ils ne viennent pas et tu faisxourir » ^e bruit que je te demande la paix ! . . . . Je » vois qhe le sort de la Suède ne t'inspire au- » cune pitié et que tu comptes sur tes richesses. » Informe-toi comme le khan de Crimée a été » traité par nos voïévodes. Nous allons partir
DE RUSSIE. ^Sy
» pour Moscou; mais nous reviendrons a Nov- 157». » gorod au mois de décembre, et tu verras alors >i comment le tzar de Russie et son armée de- » mandent la paix aux Suédois. »