TOME IX
iSjS, jures : « Nous te ch&tions^ lui disait41^ toi et la » Suède. Les justes triomphent toujours! trompe » par le faux bruit du veuvage de Catherine^ j^^sh-f » vais voulu l'avoir entre mes mains ^ sans autre » dessein que de la remettre s$i roi de Pplo^aye^ » afin d'obtenir en échange et sans effusicm de » sang^ la province de Livonie. En dépôi; de vos » calomnies^ voilà l'eitacte vérité' i Qu'ai-je à feir« » de ta femme?Vaut-elle qu'on entreprenne une » guerre pour elle ? On a vu des filles de rois » de Pologne mariées à des palefreniers : in- » forme-toi auprès dés gens instruits qui était » Svoïdilo, du temps de JageUon? Crpis-tu que » je Êisse plus de cas du roi Erik ? Il est ridi- » cule d'imaginer que l'idée pie soit venue de » lui restituer une couronne pour laquelle vous n n'êtes nés ni l'un ni l'autre. Dis-moi : de qui « toU père était-il fils? comment s'appelait ton » aïeul ? Fai&-moi parvenir ta généalo^ pour » me convaincre d'erreur, car jusqu'aujour- » d'hui je suis persuadé que tu es issu de race » roturière. De quels anciens rois de Suède nous » as*tu parlé jdans ta missive ? Vous n'avez eu » gu^un seul roi^ et «c'était Magnus ; encore M avait-il usurpé ce titre, puisqu'il aurait 4û se » contenter de celui de prinœ : ce n'est pas gra- » tuitement que j'ai voulu obtenir ton sceau et
DE RUSSIE. ayS
)i le titre de maître de la Suède ^ mais bien iS^a. » pour prix de l'honneur que tu ambitionnais » de traiter directement avec moi , sans l'en- » tremise de mes lieutenans de Novgorod. Choi- » sis maintenant^ selon ton bon plaisir^ ou >} d'avoir affaire à eux ^ comme cela s'est tou- » jours pratiqué , ou de te soumettre à notre » puissance* Ta nation a servi mes ancêtres de » temps immémorial : dans les anciennes chro- » niques on fait mention de Yarègues qui se » trouvaient parmi les troupe d' Yan>slaf Geor- » ges , souverain autocrate ; c^ Varègues n'é- » taient que des Suédois y et par conséquent tes » sujets. Tu dis que j'emploie le sceau de l'Ëm- » pire romain , ta te trompes ; c'est le mien et 3» celui de mes aïeux. D'ailleurs ^ le sceau ro- » main ne m'est point étranger , puisque je des- » cends de César-Âuguste. Je ne dis pas ceci M pour me vanter et te ravaler , mais pour te » feire rentrer en toi-même. Veux-tu la paix ? n ordonne à tes ambassadeurs de paraître en ma » présence. •»
Jean retourna à Novgorod^ laissant ses boyards^ Magnus y avec l'armée^ peur continuer la guerre en Esthonie. Les troupes russes s'emparèrent de Nâhof et de Kafkus ; maiâ le général suédois Âckesson défit complètement un de leurs dé^
2j6 HISTOIl^E
'573. tachemens pr^s de Lode, s'empara de^s bagages^ de ses canons et de ses drapeaux. Si l'on en croit les annalistes livoniens^ les Suédois avaient à peine deux mille hommes ^ tandis que le nombre des Russes s'élevait jusqu'à seize mille, et^ ils ajoutent que cette glorieuse victoire , ayant prouvé la supériorité des premiers dans l'art de la guerre > avait décidé Jean à conclure la paix ; du moins le tzar , après avoir entendu les raptports de ses voïévodes et consulté l'opinion du conseil des boyards , écrivit au roi une lettre pacifique autant que la dernière était injuri^i^se, lui annonçant qu'il avait ordonné aux voïévodes de suspendre les hostilités, jusqu'à l'ai>rivée à Novgorod des ambassadeurs Suédois^ qu'il attendait avec impatience pour établir une Révolte siucèrc alliaucc entre les deux Etats. Ce changeprovince mcut subit daus ks dispositions de Jean s'èx-
de Kazan. , * .
plique moins par les succès du général Âckessou que par une autre circonstance impérieuse qui vint inopinément troubler le tzar et la capitale. Les farouches Tchérémisses, tant, de la plaine que des montagnes , ayant des intelligences secrètes avec Devlet-Ghireï , avaient tout-à-coup causé une révolte dans la province de Kazan et secoué le joug de la Russie, ce qui mit le tzar dans l'obligation d'envoyer sur-le-champ une forte
armëe sur les bords du Volga. Heureusement 1573. les rébelles reconnurent bientôt leur imprudence. Le khan ne povivait leur fournir des troupes, et déjà celles de la Russie, prêtes à punir leur sédition , le fer et la flamme à la main , se trouvaient à Mouron. Us déposèrent les armes, et firent acte de soumission.
A cette époque, le tzar, ayant suspendu les Mariage hostilités en Livonie , célébrait à Novgorod les ^\^"^2 noces deMagnus avec la jeune pHncesse Marie, fille de Vladimir; il donnait des banquets, se livrait à la joie avec les Allemands pour lesquels il avait une prédilection toute particulière; il arrangeait lui-même les danses et chantait des cantiques sacrés avec les moines. Comblé de grâces et d'honneurs, déjà Magnus se regardait comme roi, sMmaginant qu'outre la riche dot promise,le tzar lui céderalttoutes les villes de Livonie occupées par les Russes ; mais au lieu des cinq tonneaux d*or sur lesquels il comptait, l'on n'apporta chez lui que quelques coffres remplis de linge et d'habits de parade pour sa jeune épouse. Loin de lui céder toute la Livonie, le tzar n'accorda à son neveu que la petite ville de Karkus : ce Roi Magnus, lui dit-il, rende?.- » vous avec votre épouse dans l'apanage qui n vous a été assigné. J'avais voulu, selon mes
î573. )* promesses , vous confier , dès aujourd'hui )) même^ k domination des autres villes de la » Livonie , ainsi qu'une riche dot en numéraire , » lorsque je me suis souvenu de la trahison de » Taube et de Kruse que j'avais comblés de » bienfaits!... A la vérité, vous êtes fils de roi » et fait pour ra'inspirer plus de confiance que » de vils esclaves; mais enfin vous êtes homme! . . » Si vous formiez un jour le dessein de metr^- » hir, vous pourriez, avec Por de ma caisse , » soudoyer des soldats pour agir de concert avec » mes ennemis, et je serais forcé de reconquérir » la Livonie au prix de mon sang. Méritez ma » faveur par une fidélité Constante, à toute » épreuve. » Ainsi, Magnus, le coeiîr navré, partit pour Karkus , d'où il se rendit à Oberpàlen.. Là, malgré un royaume en expectative, il vivait dans l'indigence, n^ ayant que trois plats pour son repas ( comme le disait son frère , Frédéric, roi de Danemarck, dans une lettre au duc de Mecklenbourg ) , amusant avec des joujoux son épouse âgée de treize ans ,• la now^ rissant de friandises ^ etj au grand rnécontentement des Russes y la faisant s habiller à V allemande. Ce duc de Mecklenbourg était Jean Albert , alors en relations avec le tzar : il avait envoyé à Novgorod le docteur Féling , l'un des
grands de sa cour , pour demander que la Russie confirmât les droits de son fils sur^a yille de Riga^ qui lui avait été promise par SiÂsmond- Auguste y roi de Pologne. Féling présenta à J^ean^ au nom du duc ^ un lion d'or enrichi de diamans et de rubis ^ avec cette explicatioii ^ le lion est la terreur des animaux y et le tzar de Moscopie V effroi de ses ennemis. « Je suis, reperdit le tzar » très-reconaissant de ce message flatteur; mais )) il m'est impossible de donner ce que je ne » possède pas encore ^ bien que la Livonîe et la » ville de Riga soient mon patrimoine et non » pas celui du roi de Pologne. J^ai l'intention » d'envoj^r une ambassade à l'empereur d'AUe- » magne afin de conclure avec lui une alliance >y contre les infidèles et pour traiter des affaires » de la Livonie ; je conseille au duc de s'armer » de patience ; je pourrai lui céder Riga lors- » que je l'aurai repris par un traité, ou Fépée » à la main. »
Cependant le roi de Suède, si méprisé du tzar, 1573 — commençait à montrer de la fermeté. On fut xi^^ê avec long-temps sans recevoir de nouvelles de Stock- ** ^"^'^''* kolm; enfin le roi répondit que jamais ambassadeurs ne se rendraient dans un pays où l'on ignorait le droit des gens, où ils étaient exposés à se voir dépouiller , emprisonner, a Si le tzar.
28o HISTOIRE.
1573— » ajoutait-il^ désire réellement la paix^ il peut
» m'envoyer les siens , oci du moins sur la fron-
» tière;^es plénipotentiaires suédois s'y trou-
» veront aussi; d'ailleurs on aurait dû parler de
» trêve trois ans plus tôt et ne pas attendre que
» l'armée suédoise fàt entrée en campagne. »
Cette réponse vigoureuse n'était pas le seul ipotif
propre à exciter le courroux du tzar : son envoyé
à Stockholm y avait essuyé des insultes inouies
dans les Etats policés. Voici un extrait de son
rapport. « Les grands voulaient connaître sur-
» le-ctamp le contenu de votre dépêche , pré-
» tention dont je leur ai démontré l'absurdité.
» Aussitôt^ l'tm d'entre eux m'a frappa à la ppi-
» trine en me tenant les plus injurieux propos.
», Votre très-humble sujet a répondu à cet ef-
» fronté Suédois : Si fêtais à cheval y muni de
» mes armes / tu n^uurais pas eu V audace de
» m' insulter ainsi, ni de lever la main , ni dJou-
» vrir ton odieuse bouche ^ mais nous ne sommes
» pas ici pour combattre • Au moment où j e mVp-
» prochais du trdne, un autre voulut m'arrêter
» et me dit : Donne ta lettre et ne pose pas ton
» pied sur le tapis du tréne. Sans lui répondre,
» j'ai marché sur le tapis et remis la lettre au
» Roi Le lendemain matin, Christophe
» Fleming, l'un des dignitaires de la cour,
DE RUSSIE, :28l
» m'a dit : apprends qvf hier tu n^ as pas vu le roi; '^7^ — w c'est moi gui étais d sa place , tandis qu^ilse » tenait parmi les grands; car il ne voulait pas » recevoir la missive de votre tzar y pensant n qu^eUe pouvait contenir encore des injures y » que même un simple bourgeois ne saurait ' » lire* En me congédiant le roi m'a adressé la » parole t le tzar , m'a-t-ildit, est devenu paci" » fique; mais moi je ne veux point de paix avec n lui et je pe le crains pas. >i En un mot^ la Suèjde avait retrouvé de l'énergie. Elle avait pris à sa solde trois mille Ecossais et deux mille Anglais , et le tzar, qui naguères traitait cette puissaace avec tant de hauteur, le tzar qui avait pli^s de cent mille hommes de troupes en Livonie et à Novgorod , témoigna la pli:^s grande condescendance , ne dit pas un mot de l'insulte faite à son envoyé, supporta les railleries qu'excitait cet oubli de toute dignité et fit ce que désirait le roi, c'est-à-dire , qu'il envoya ses boyards, le prince Sitzky et autres , sur les rives de la .Sestra qui formait alors la limite entre la Finlande et la Russie, pour traiter de la paix avec l'amiral Klass Fleming. De longues discussions eurent lieu avant de convenir du lieu de l'entrevue ; Fleming demandait que l'on dressât des tentes sur le pont , mais le prince
1573 Sitzky contraignit à la fin les Suédois à passer sur la rive russe. Ces Conférences n'eurent pas de grands résultats. Le tzar voulait reprendre l'Ësthonie et^ sous cette condition^ il consentait à accorder au roi le droit d'avoir avec lui des relations directes , droit que le roi réclamait , sans concessioa aucune , présentant la longue généalogie de l'illustre maison de Yasa ^ pour prouver à Jean l'ancienneté de son illustration. Enfin on conclut une trêve, à partir du 20 juillet i5j5 jusqu'en l'année 1 577, entre la Finlande et . nos possessions septentrionales. La Russie s'engageait à ne pas envahir cette province , et la Suède à ne point inquiéter les domaines de Novgorod, la Carélie, Oretchek et autres plaœs. U ne fut pas question de la Livonie, qui continua à être le théâtre de la guerre. Satis- , fait de la promesse c^ les ambassadeurs du roi arriveraient bientôt à Moscou pour conclure un nouveau traité de paix , Jean s'engagea solennellement à leur faire un honorable accueil, à ne les priver ni de leur liberté > ni de leurs biens ; à ne les insulter ni défait, ni de paroles. A dater àe cette époque les rois de Suède cessèrent tout rapport d'affaires avec Novgorod , obligation qu'ils avaient toujours regardée comme humiliante : en effet, dérivée du peu de considé-
ratîou qu'avaient pour eux les monarques mos- '573 — covites, elle était devenue jusqu'alors une loi constante de l'orgueilleuse politique du eabinet russe.
Si la condescendance du tzar lui avait laissé échapper les avantages de sa position , elle n'en produisit aucun de quelque importance dans les affaires du Roi. Les hostilités continuaient en Livohie. Les Suédois dirigèrent , de concert avec
les Ëcossais à leur solde ^ une infructueuse attaque contre Vesemberg> tandis que les Russes dévastaient les environs de Revel, et s'emparaient de Pernau , après avoir perdu sept mille hommes sous les murs de cette place. En cette circonstance , Yourief , voïévode de Jean , surprit les habitans par sa générosité. Il leur laissa 1576. le choix de prêter serment de fidélité au tzar ou '^ ^"^'^* de se retirer avec leurs biens. Cette politique, dictée ^ar l'humanité et la prudence , eut pour résultat la reddition , sans résistance ^ des châteaux de Helmet, Ermis, Ruen, Purgel, Léal, Lodé et de Fickel. Peu de temps après, cet exemple fut suivi par l'importante forteresse de Habi^l où se trouvait quantité de munitions de toute espèce , ainsi qu'un grand nombre de soldats et de gentilshommes qui aimaient auparavant à se vanter de leur courage. On rapporte
1576. que ces paisibles héros, auxquels le voïëvode russe avait garanti une entière sécurité, étaient occupés à se divertir au moment même où les Russes entraient dans leur ville , et qu'à Faspect de leurs réjouissances , un de nos jeunes princes dit à un Allemand de sa connaissance : a Si nous » eussions cédé, vivans, une place de cette im- » portance à l'ennemi , qu'aurait fait notre sou- » verain? Qui de nous aurait osé regarder en » face un vrai chrétien? Et vous autres , AUe- » mands , vous célébrez votre honte ! » Ils la célébraient entourés de tombeaux et de ruines ! Il semblait que, déchirée par toutes les calamités d'une longue guerre, victiriie de l'ambition des peuples voisins, la Livonie eût épuisé la coupe du malheur. Les châteaux ainsi que les chaumières étaient en proie à la famine et à la misère. Selon le rapport des annalistes , la femme d'un illustre chevalier, nommédeTedven, qui possédait nàguères un palais magnifique dont la richesse causait i'étonnement des gens les plus opulens eux-mêmes , mourut alors sur la paille , à Habsal , et fut enterrée nue ! . . . . Toutefois le destin préparait de nouvelles horreurs à cette malheureuse province, Jean retenait encore son bras armé pour sa conquête ou sa perte , car, bien qu'il ne craignît plus Devlet-Ghireï , il se
défiait toujours de lui et devait, pour le tenir 1576. en respect , rassembler de temps en temps des troupes sur les bords de FOka. Lui-même ayant quitté Novgorod , pendant Fêté de 1 574 ^ passa la revue d'une nombreuse armée rassemblée à Serpoukhof ; il envoyait aussi des détachemens ^ dans les steppes où se piontraient quelquefois des bandes de Tatars ; mais il s'occupait surtout des événemens dont Varsovie était le théâtre et qui, flattant d'abord son ambition, eurent des suites inattendues, humiliantes pour le tzar et nuisibles aux intérêts de la Russie.
Au commencement de l'année 1573, une diète 1573— s'ouvrit à Varsovie pour l'élection d'un roi de Affaires de Pologne : les principaux compétiteurs étaient : ° ^^"**
I •. Le jeune Ernest , fils de l'empereur Maxi-^ milieu:
^•. Le duc d'Anjou, frère de Charles IX, roi de France j
5**. Le roi de Suède et son filsSigismond;
4*- ^ monarqjie de Moscovie.
Le premier de ces princes avait , pour appuyer ses prétentions , les ambassadeurs d'Es- , pagne et de Maximilien ; le second, celui de France; et le troisième celui de Suède. Jean n'y était pas représenté, car il s'attendait à voir ar^ river à Moscou une ambassade de la part de la
1573 — diète. « Ce sont eux y disait41 ^ mii ont bemin de ' jnoi! Malgré cet, orgueil^ quelques grands de la couronne^ et particulièrement cetix^de Lithoanie , songeaient à le choisir pour roi y afin/le ccmsolider par ce moyen l'alliance de la Pologne avec la Russie (missante et dangereuse ^ idée inspirée par une politique sage' autant que prévoyante ! Ils connaissaient sans doute la cruauté de Jean ; mais ils espéraient que les lois de l^ir république deviendraient un frein pour le tyran ; ils pouvaient se tromper ! Au reste , le destin leur épargna cette épreuve. Les conditions réciproquement proposées se trouvèrent également exagérées^ également inadmissibles^ et^ après avoir entendu à Novgorod Harabourda y ambassadeur de Pologne y Jean lui , donna y le :i3 février 1 57 3 , la réponse suivante : « Le silence prolongé » des grands de votre pays^ dans une affaire de » cette importance^ excitait ma surprise^, car » il n'e$t pas bon qu'un Etat reste sans souve- » rain. Vous alléguer pour excuse la peste qui n désolait votre patrie. Je plains sincèrement la » Pologne y mais telle était la volonté de Dieu ! . . . . » Aujourd'hui vous m'offrez de régner moi- » même sur la Lithuanie et la Pologne y ou de » vous donner pour roi le tzarévitch Féodor, » exigeant de nous le serment d'observer avec
» fidélité tous vos statuts. Vous demandez ^ en «573 —
n outre , qu'en vous accordait mon fils pour roi >
»je re stitue au duché de Lithuanie les villes
» de Smolensk y Polotsk , Ousviat et Ozéritché ;
>) que je donne enfin à Féodor quelques villes
» particulières , prises parmi les anciennes pos-
H $essi(ms de la Russie. La première de ces de-
» mandes est. naturelle , l'autre est inconve-
» nante. Il est juste que chaque pays conserve
» ses coutumes 9 ses institutions, ses lois^ et nous
w pourrons^ sans doute ^ ccmfirmer vos privi-
» léges par un serment. Mais e6t-41 raisonnable
» de réclamer Smolensk^ Polotsk et même des
» villes héréditaires de Moscovie ^ pour en doter
» le prince Féodor ? Est-il donc une jeune fille , .
M une fiancée ? Il est glorieux d'agrandir et non
» pas de diminuer les États. Ceux de Pologne
» et de Lithuanie ne manquent pas de villes
» propres à une résidence royale. D'ailleurs il
» m'appartient plus qu'à vous de demanda: des
» restituticms. Si vous désirez avoir maa fils
» pour ^ouverain, voici les articles auxquels
» vous devez consentir.
» i"*. Écrire mon titre tout etitier, ainsi qu'il » est institué par Dieu , et m'appeler tzar ^ car » ce rang est un héritage de mes ancêtres et je » ne m'approprie pas celui d'autrui;
1573— » 2**. Dans le cas oii le Tout -Puissant rap- » pellerait à lui mon fils ^ les siens devront ré- » gner sur vous par droit à^ hérédité et non pas » d'élection. S'il ne laissait point d'en&ns mâles, » la Lithuanie et la Pologne seront indivisibles » de la Russie et deviendront propriété de mes » descendans dans |es siècles des siècles , mais » sans aucune altération des droits et privilèges » nationaux de ces pays, avec le nom particulier » de royaume de Pologne et de grand duché de » Lithuanie y dans les titres des monarques » russes* Est-il convenable au fils d'un roi de » ne pas lui succéder au trône? Le bien-être , » commun de ces trois puissances exige qu'elles )) soient gouvernées par un seul souverain. Je » sais tfue l'Autriche et la France montrent plus » de condescendance dans leurs négociations » avec vous ; mais elles ne peuvent servir d'exemi) pie à la Russie , car nous savons pertinemment » qu'excepté nous et le Sultan il n'existe point en » Europe de souverain dont la dynastie ait deux » cents ans d^antiquité. Les uns descendent de , » simples princes , les autres sont issus d'étran- » gers et il est tout simple que la royauté les sé- » duise:mais pour nous tzars d* origine , nous » descendcms de César Auguste, ce qui est connu » de tout le monde;
» 5**. Eu cas de mort> dans votre pays, de 1673 » l'un de mes descendans y son corps sera trans- » porté à Moscou pom* y; être inhumé ;
» 4''* La yille de Kief ^ le plus ancien des apa- }} nages de la Russie, devra être réunie à nos » domaines. Pour prix de cette cession , et par >i amour pour la paix, pour l'union des chré- » tiens , nous ne formerons plus aucune récla- » mâtion sur nos anciennes possessions en Li- M thuanie, jusqu'à la rivière de Bérézinaj
» 5"*. La Livonie deviendra, sans partage, la » propriété de la Russie.
» Voilà les conditions auxcpielles je puk vous » accorder mon fils bien aimé ; mais il est encore >) trop jeune pour résister à ses ennemis et aux » nôtres. Je sais, en outre, que la plupart de vos » grands désirent m'avoir moi-même pour roi » au lieu du tzarévitch. S'ils vous disent autre n chose ils ne sont pas sincères. iTa^i entendu w dire aussi que vous songez à me tromper en » m'arrachant mon fils , que vous avez l'inten- » tion de livrer aux Turcs, pour conclure la H paix avec eux. Cela est-il vrai ou faux ? Je l'i- » gnore; mais, dans une conférence intime, je » ne puis vous cacher mes préventions. »
Le prudent ambassadeur s'aperçut que le tzar ambitionnait la couronne de Pologne pour lui*
ToBiE IX. 19
i5^- même plutôt que pour s^n fils : (f Seigneur, kii *^^' » rëpondit"*!!^ nous Toudiions tous avoir pour » souverain un priiBoe a^ssi puissant^ aussi sage » qiie Votre Majestéf mais Moscou est ttop éloi- » gnée éà Varsorrie y àh la présence dû Roi est » indispensaUe ^ tant pour la sûreté de l'État ^ n au dehors 5 que pour le maintien intérieur de » l'ordre et de la justiceé Ce n^est pas l'usage en » Fblogoe que les rois s'absentent du royaume y » en se fiiisaiit remplacer par des liewIOBans^ » D^aiUeurs pous ne pourriez pas être couronné » sans embrasser la religion c&tkolique ron maine. >i Jean ordonna à l'ambassadeur de se retirer.
Le jour suivant^ l'ayant lait rappeler^ il lui dit : H Après de mûres réflexions^ il me paraît » que je pourrais gouverner trois États à la feis ^ » en me transportant de l'un à l'autre y et qu'il » serait facile d'éloigner les obstacles dont vous yy m'avez parlé* Je demimde seulement la cession » de Kief^ sans autres viUes ou districts. Je res- » tituerai Polotsk et la Gourlande à la Lithuanien » prenant la Livonie jusqu'à la Dvina ^ avec le » titre suivant : par la gràcê de Dieu , seignemr, » tzaretgrandrilHcdeteutetaRussieydeKiefy » Fladimir, Moscou y roi de Pologne et graxid- » duc de lÀihuame. Les noms des autres pto-
DE RUSSIE, a^I
éi YÎiiceis seront placés dans le titre eh proportion 157S— n de leur raMg; celles de Pologne et de Lithnamie }> pourront y figurer plus haut que celles de la n Russie. J'exige du respect pour la religion » grecque, le pouvoir de construire des églises » orthodoxes dans tons mes Ëtats > elfe demande » d^éire sacré par un métropolitain ru^se et non » par un archevêque latin. . . . D'ailleurs je ne » toucherai en rien à vos droits ou privilèges, » promettant de ne distribuer ili rangs , ni M places, sans le consentement du conseil de » Pologne et de Lithuanie ; et quand, épuisé par » Tâge dans mes forces morales et physiques , » je penserai à quitter le monde et le trône » pour vivre en prières dans la retraite , vous M choisirez pour souverain celui de mes fils que » vous préférerez; mais jamais un prinice ctran- >j gcr. Les grands de votre pays prétendent que » la Lithuanie et la Pologne sont indivisibles ; » cela dépend d'eux ; toute&is j'aurais préféré » être seulement grand-duc du premier de ces » deux États. Confirmant alors toutes ses lois par » serment y je n'aurais restitué à la Russie que » bk seule ville de Kief> tandis que par mes armes j» ou par des négociations, la Livonie aurait re- » couvre toutes ses anciennes possessions enle- » vées par Im Polonais ^ et je prendrais, dans les
»57^— » actes diplomatiques^ le titre de grand-duc de ». Moscovie et de Lithuanie. Écoutez encore! Je » puis me transporter d'un pays à Fautre, mais n non pas sans peine, car j'approche de la vicil- » lesse , et un monarque doit tout voir de ses » propres yeux ; ainsi , ne feriez-vous pas mieux » d'élire pour votre roi le fils de l'Empereur, et » de conclure avec nous un traite de paix et » d'alliance aux conditions suivantes :
» i*>. Kief et la Livonie seront l'apanage de la >i Russie; Polotsk et la Courlande resteront à la » Lithuanie;
» 30. Moi, l'Empereur et son fils, nous pren- M drons l'engagement de nous aider réciproque- » ment de troupes et d'argent contre nos ennemis » communs.
» Alors la Lithuanie et la Pologne partage- » raient la sollicitude qui m'anime pour le bien » de mes États. Que nous resterait-il à craindre » dans cette liaison intime ! Tous les autres sou- » verains de FEurope ne voudront-ils pas prenn dre part à cette alliance pour s'armer en masse » contre les ennemis de la chrétienté? Quelle » gloire ! que d'avantages pour tous ! • . . . Enfin , » recommandez à vos grands de ne pas doàner » la couronne au prince fi:*ançais, car il serait » plutôt Fami des infidèles que celui des chré-
DE flUSSIE. 293
» tiens , et sachez que s'il obtenait vos suiirages , '^^ — H je ne resterais point tranquille spectateur de » votre imprudence. Déclarez encote aux grands » de Pologne que plusieurs d'entre eux m'oiit » adressé des dépêches secrètes pour me coh- » seiller d'entrer à main armée en Lithuanie , » et d'obtenir la royauté par la terreur. D'au- » très m'ont demandé de l'or et des fourrures » pour prix dé l'élection de mon fils. Je désire » que votre conseil d'État ait connaissance de *• ces faits. »
Ce fut avec cette réponse que Harabourda partit pour Varsovie. Il est probable^ que les seigueursu lithuaniens n'avaient revendiqué Smo* lensk et d'autres villes de Russie que pour observer les convenances, et que s'attendant peu à une si grande condescendance de la part de Jean^ ils auraient^ sans beaucoup d'opiniâtreté^ renoncé à leurs prétentions. Cette pensée rendit le tzar inflexible dans ses conditions; mais elles furent rejetées d'une voix unanime par la diète, qui, sur-le-champ, le raya de la liste des prétendans. Ici se présentent plusieurs questions à résoudre. Les idées de Jean étaient «elles changées? Avait-il reconnu l'impossibilité de gouverner la Pologne et la Lithuanie selon son bon plaisir, ou craignait-il pour l'humble Russie
157B— Texemple d'une noblesse fière de sesdrdits? Avait* il réfléchi que cette union intime^ loin d^être utile à notre patrie , n'aurait d'atantages réels que pour ces deux puissances^ auxquelles il faudrait fournir^ et non pad demander^ des secours en kommes ou en argent^ au cas d'une guerre a vëe la Turquie, l'Autriche ou la TaUrideJ que le ^ titre de roi avec un pouvoir incertain et limité ne valait pas une augmentation de dangers et de dépenses pour le monarque héréditaire d'une graqde puissance, destinée par le ciel à devenit*^, redoutable par ses propres forces? Pouvait^ il espérer qu'acceptant ces dures propositions , 1^ diète voudrait anéantir les lois ibndamentales dé la république , renoncer volontairement à Félei^ tiou de ses rois, instituer en Pologne une solives raineté héréditaire , restituer Kief à la Russie , et* confier aux mains d'un prélat hétérodoxe la couronne des Jagellons, pour \e^ poser sur la tête de Jean? Il serait difficile d'imaginer que la va* nité l'eût aveuglé à ce point; il paraîtrait plus naturel de croire qu'après avoir témoigné d'abord un vif désir de succéder à Sigismond-Auguste , il était devenu ensuite |)lus indifférent à cet honneur, ayant saineiment calculé l'importance de la position politique des deux pays.
Cependant l'élection de l'archiduc , approuvée
Dfi RUSSIE. 295
par le tzar, ne mesafaitHeUe pas la MoscoTÎe du 157S voisinage dangereux de F Autriche ? Cette considëration avait d^autant plus de poids > que Teo- YCffé de FEmpcreur, en intercédant pour Eri;^t> promettait solennellement aux em^eurs polo* nais une part active de la part de son maître dans leurs guerres avec la Russie* N'était-il pas plus à propos que Jean favorisât les prétentions de la France qui, par son eloignement , ne pouvait/ en aucune fisiçon, être à craindre jpour lui? Nous ae poavon. néanmoins coada«ner entièrement sa politique : connaissant les rapports d'amitié qui existaient entre la cour de France et h^ Porte ottomane, il pensait, sans doute, que lorsqu'Henri d'Anjou' aurait à sa disposition les forces de la Turquie , il les dirigerait contre la Russie ; et , sans parler même de la religion de Maliomet, les Sultans lui paraissaient plus redoutables que les Empereurs, d'après les nombreuses victoires des armées turques. En dépit du tzar et de Maximilien, la diète de Varsovie élut Henri d'Anjcm , séduite par les intrigues de Mentlnc, ambassadeur de France, qui, dans un discours pompeux , avait prodigué des éloges effrontés aux grands de Pologne et de Lithuanie. Il les comparait aux anciens Romains, les appelait la terreur des tyrans, les citait comme des
1575— héros de vertu > hfox proBiettant ^ ayec un million de florins ^ une armée nombreuse pour expulser les Russes de la Liyonîiï^ enfin ^ une entière soumission de leur futur roi aux décisions du conseil d'État.
Cette désobéissance de la diète , selon l'expression de Jean , allia les vues de la politique russe à celles de FAutriche. L'Empereur se hâta de profiter des bonnes dispositions du tzar. Dans une lettre amicale qu'il lui écrivit, il se plaignit du crime de Charles IX ^ « qui avait fait » périr plus de cent mille de ses fidèles sujets » le jour de la Saint-^Barthélemy y sans autre » motif que leur croyance particulière. » Il s'indignait de la ligue des Français et du Sultan > par l'intercession duquel on donnait à Henri la couronne des Jagellons. Il engageait Jean à défendre les chrétiens, lui proposant d'ajouter la Lithuanie aux États russes > de céder la Pologne à l'Autriche, et de conclure avec l'Empire une alliance offensive contre les Turcs. Le tzar expédia sur-le-champ un envoyé à Maximilien, pour lui conseiller d'employer tous les moyens possibles à l'effet d'arrêter Henri dans son voyage à Varsovie. Il témoignait le désir de voir au plus tôt à Moscou les ambassadeurs de l'Empereur, chargés de ratifier un traité d'amitié
entre FAutriche et la Russie; « Nous réunirons ,«573 —
>» nos efforts^ ajoutaiMi^ pour que le royaume » de Pologne -et la Lithuanie ne se détachent » pas de nos États. Il m'est ihdifférent que ce » soit mon fils ou le vôtre qui occupe ce trône. n Vous déplorez^ mon frère, Fhorrible massacre » de tant d'innocens dans la journée de la Saint- » Barthélémy. Tous les monarques chrétiens » doivent s'affliger de cet acte cruel , inhumain , » du roi de France, qui , sans aucune nécessité, » a fait verser tant de sang L »
Cependant, fidèle à son système pacifique, Jean ne voulut pas d'abord se déclarer l'ennemi du nouveau roi de Pologne. Ayant appris au contraire l'arrivée de ce prince et son sacre solennel dans l'ancienne capitale des Piastes , il se préparait à lui envoyer un dignitaire de marque pour le complimenter, lorsqu'il fut prévenu par Henri,, qui , en lui annonçant son avènement au trône ^ le suppliait de ne pas rompre la trêve avec la ^publique avant l'aiinée 1676. 11 ajoutait que, plongé dans l'affliction par la mort du roi de France, il était indispensable qu'il se rendît h Paris; mais que cette absence momentanée n'empêcherait pas le tzar de traiter d'^aires avec les grands du royaume. « Mon frère ^ répondit » Jean, je me réjouis de votre avènement au
î573— >, trône et je prends part à votre cUmleur. lot
» mort de$ mo^arqu/es chrétiens est un maUiettr
» pour les chrétiens et un sujet de joie pour les
H infidèles. Voulant vivre en paix avec vous y
i) mes ambassadeurs se rendront k Yarsovieaus^
>• sitôt votre retour. J'attends les vôtres à Mos«-
» cou ; toutefois pendant votre absence ^ il ne
» me paraît pas convenable à ma dignité d'étré
» en rapport d'affaires avec les ^ands de votre
» royaume^ Quant à la trève^ j'ai donne à mes
» voïévodés l'ordre de l'observer, h Mais deji
Henri avait abandonné la Pologne { il n'avait
recherché cette couronne que pour complaire k
sa mère ^ Catherine de Médicis^ dont la conduite^
en cette circonstance ^ était le résultat des în-^
trigues ^ des insinuations d'un aventurier ^ le
nain Jean Krassovsky . Fendant trois iiiois p
étranger aux affaires de la politique , adonné
aux festins^ à la mollesse ^ au plaisir de la chasse^
Henri , prince indolent et voluptueux , s'était
dégoûté de son royaume ainsi que 4'nn pouvpir
limité. Il fit donc en secret des préparatî& de
départ^ et^ profitant de la nuit ^ il déserta le
trône de Pologne pour aller occuper celui de
France ? il se hâta d'aller hériter du sceptre de
son frère , mais en même temps de ses infor^
tunes^ destiné à régner comme lui daiis un temps
DE moftsiE. 399
de troubles • de trahisons «t de drimes : il se moii- ^i^3 vtra lâche et parjure ; toutefois il mourut en pro^t» nençant une parole à jamais ccmsacrëe par l'hii^ toire^ et digne du meilleur des princes.
Surpris de la fuite du roi^ les grands se trou-« aèrent dans Tobligation de lui donjnier un successeur. Alors ^ plusieurs d'entre eux , Tarchevêque deGi^sne^ le Castellande Minsk^ etc.^ s'adres-r sèrent de nouveau au tzar; ils lui conseillaient I*. d'envoyer à Varsovie quelques boyards de mérite porteurs de conditions semblables à celles sous lesquelles Henri avait été élu; 3^. d'écrire au cierge ^ à la noblesse et à chacun des grands en particulier pour les prier de le choisir pour roi 9 ayant soin d'assurer dans ses dépêches qu'il n^était pas un hérétique ^ mais un chrétien baptisé au nom de la Saintes-Trinité; 5*, de leur rappeler que les Polonais et les Russes , issus de iméme race Slavonne ou Sarmate^ devaient^ en qualité de frères^ avoir le même père^ le même souverain. Dans une lettre très-amicale^ Jean les remercia de leurs bonnes intentions et pro^ mit d'envoyer ses boyards à la diète ; mais il ne répcmdit pas positivement à l'article des condi-<tions y attendant d'un instant à l'autre les am^ bassadeurs de FEmpereur qui devaient arriver à Moscou.
SOO HISTOIRE
1 573 — Uenvoyé russe> Skobeltzin , revenu de Vienne, au mois d'août i5j4 9 ^'^^ avait rapporte aucune réponse annonçant que FEmpereur ifdulait expédier au tzar un de ses propres dignitaires ^ sin«gularîté dont on ne tarda pas à avoir l'explication. En effets ce nouvel envoyé de Maximilien était chargé de se plaindre de Skobeltzin, que l'on accusait de n'avoir pas voulu se charge de la lettre de l'Empereur^ sous le prétexte que tous les titres du tzar ne s'y trouvaient pas relatés ; ensuite d'être parti de sa propre autorité après s'être conduit à Vienne d'une inanière peu convenable , se permettant même de dire du mal de l'Empereur. Maximilien renouvelait au tzar l'assurance de son amitié et de sa reconnaissance* Celui-ci lui donna avis que pour punir Skobeltzin il l'avait disgracié. Bientôt on vit arriver à Mosx^ou de nouveaux dignitaires autrichiens chargés d'excuser Maximilien, accablé d^ occupations^ du retard qu'il apportait à terminer, de concert avec Jean, les afiaires de Pologne. Pour faire preuve de dévouement , un de ces envoyés rapporta aux boyards que , par de secrètes manoeuvres , les grands de Pologne excitaient Magnus à trahir la Russie, lui promettant la ville de Riga pour Alliance récompense. Enfin, dans le courant de janvier triehe. 1 576, Jean de Kobentzel et Daniel Printz, grands
DE RUSSIE. Soi
ambassadejULTS d'Autriche, arrivèrent à Moscou. «573— Le tzar les reçut à Mojaïsk avec une extrême mfignificence. Il était assis sur son trône, ea habit russe destiné aux grandes cérémonies , la cou^ ronne en tête, le sceptre à la main , entouré des boyards et gentilshommes de la cour vêtus de drap A^OT. A l'entrée des ambassadeurs Jean et le tzarévitch s'étant levés , s'informèrent de la santé de l'Empereur. Ce prince envoyait à son frère et alliée une chaîne d'or enrichie de pierres précieuses, et sur laquelle était gravé le nom de Maximilien, présent que l'on estimait &,ooo écus : l'Empereur suppliait Jean de l'aider de tous ses moyens, par son éloquence et son épée, à placer Ernest sur le trône de Pologne , et surtout de ne pas envahir la Livonie, province qui, de temps immémorial y avait appartenu à Vent" pire romain, a Alors , dirent les ambassadeurs , )) toute l'Europe chrétienne se joindra à vous » pour détruire d'un seul coup , par mer et par t) terre, l'orgueilleuse puissance des. Ottomans. » Voilà un exploit digne de couvrir d'une gloire » éternelle et votre nom et la Russie : repous- » sons les Turcs de Constantinople } reléguons-les » en Arabie; extirpons la religion de Mahomet » pour arborer l'étendard de la croix dans la » Thrace, dans la Grèce, et que l'ancien empire
502 HISTaiRK
t^. )i d^rieixt tombe sous vos lois^ ô srand tzar ! }i Voilà \e& Yoepx que forment FEoiperdur^ notre a Saint-^Père le pape et le roi d'Espagne, n Jean écouta froidement ce discours^ sans se laisser séduire psfr Fidée de régner sur les riyes du Bos^ pkore et de l'Helfesponté II répondit que sa parole était inviolable ; qu^ n'ayant point change de projets relatiyement au royaume de Pologne^ fl le kisj^it à Ernest > arrangement au sujet duquel il écrirait de nouveau aux grands de la couronne. «< Quant à la Lithuanie et à Kie4 ajou<n tait-il^ elles doivent-etre^ àjamaia^ réunies n à la Russie. Il en est de même de la Livonie n qm lui appartient et lui appartiendra toujours • *> Persomie jftsrqu'alor^ n'avait songé à cette pro* >y Tince^ mais depuis nos conquêtes dans ce pays^ » r£i:Éipereur > le Danemarck y la Suède et la »^ Polbgne ont imaginé de produire à ce sujet de t^ prétendus droits . Pont conclure une alliance x> contre les infidèles , il faut que les àmbassa* » deùrs du roi d'Espagne y de celui de Danen marck ^ des princes d'Alkmagne et des autres >r souYerains^ se rend^oi: à Moscou. La Rilssie n n'ignore pas le sort de Louis de Hongrie )} qui s'est mis en catrapagne^ piein de eon*^ A ùmate dana les promesses de FEmpeffeur , yi et qui y btenlot y totalement abandonné y a
DR RUSSIE. 3o3
» peidu la vie dan» qb combat inéfial contre les i^T^ "-*
r^ - TT- ■ 1577.
>i Turcs.»
Les ambassockars autrichiens^ d'accord sui* la ciession à la Rusfiie de la Livonie et de Kief> cherchaient à démc^itrer l'impossibilité de dé-^ tacher la Lithuanie de la Pologne^ ces deux pays dësirafit être gouremës par un même souverain. « Savea^^Yous ^ dirent^ils aux boyards moscorvitcs^ » qu'il existe parmi Les tuiinilei» polonais^ un >^ secret pitijet de choisir pour roi un tributaire » des Ottomans, le prince de Transylvanie^ afin » de complaire au Sultan, et au préjudice des in- )y térétsdelacbretienté.-^CS?/^^ ne serapa»^» ré^ pondit le tzar ^ U exig^ de& ambassadeurs/qu'ils confirmassent y par serment, le traita e» ce (|ui concernait la Livonief mais Kobentzel et Printx déclarèrent qu'en témoignage de son estime parr tieulière pour «fean, leur souverain enverrait, à cet effiA. y à Moscou , d^ autres personne» reyéiues des plus hautes dignités , des princes régnons ^ assurant que, d'ailleurs, tout se feiiait au gré àxa tzar* Ils domièrent parole que l'Empereur engagerait le roi de Suède à }a soumission. Jean satisfait donna aux ambas^deurs un diner au palais et les étonna par sa magnificence* Il était assis avec s<m fils à une table particulière,, en habit de velours amarante > parsemé dé.
3o4 HISTOIRE
1573— pierres précieuses et de perles fin^s , latêtecou-
verte d un bonnet pointu sur lequel on voyait briller uu rubis d'une grosseur extraordinaire • Les deux couronnes (celles du tzar et de son fils) étaient posées près d^eux resplendissante de gros diamans^ de rubis et d'émeraudes. L'or et l'argent étaient entassés par monceaux dans les ap-* partemens.Kobentzel écrivit aux ministres d'Autriche : « Chaque palais a son garde-meuble pai> » ticulier rempli de même argenterie, mais » celui du Kremlin surpasse tous les autres en » richesses : en un mot , j'ai vu les trésors de » Sa Majesté l'Empereur , ceux des rois à'Espan gne, de France, de Hongrie, de Bohême, » du grand-duc de Toscane, aucuns ne peuvent » égaler ceux de Jean. • . . Lorsque nous nous ren-* » dions en Russie, lés grands de Pologne nous » parlaient, avec indignation, de l'intolérable » insolence de la cour de Moscou. Au lieu de
^) cela qu'avons-nous trouvé ? Un accueil si
» honorable qu'il n'aurait pu être meilleur
» ni à Rome ni en Espagne, car le tzar sait
>i parfaitement comment il doit se comporter ,
» selon les personnes qui ont affaire à lui. En
» humiliant les Polonais et les Suédois , il ho-
» nore ceux qu'il estilne et qu'il s^ime. » Jean fit remettre aux ambassadeurs pour présent à
Dfi.nussiiE:. 3o5
Maximilien* des fourrures de zibeline estimées ^»^^
700 roubles et lui envoya le prince Sougorsky et le secrétaire Artzibaschef,' chargés de faire sentir à la cour de Vienne Furgente nécessité de conclure au plutôt un traité solennel et positif entre la Russie et r Autriche. Il écrivit également aux grands de Pologne qu'il fallait élire Ernest^ s'ils tenaient à conserver l'alliance du puissant empire de MoscDvie , et surtout ne pas accepter un souverain de la main du Sultan^ soumission qui les rendrait responsables devant Dieu d'une guerre terrible. En même temps , une de ses dé-r pêches aux seigneurs Lithuaniens exprimait le désir de devenii' leur grand-duc ou de leur donner à sa place le tzarévitch Féodor. a Si vous ne M jugez paé à propos , ajoutait-il , d'avoir un » souverain particulier, réunissez -^ vous à la » Pologne pour choisir le fils de Maximilien. »
Il est certain que Jean et l'Empereur auraient pu dicter des loi& à la diète ^ si ^ manifestant leurs prétentions d'une manièredécisive, ils les avaient appuyées d'un mouvencient combiné de leurs ar^» mées respectives , ainsi que l'avaient conseillé ceux des grands de Lithuanie qui .favorisaient les projets de la Russie et qui connaissaient la disposition des esprits à Vilna et à Varsovie; mais les facultés physiques et morales de Maxi-